Macron – Le Pen: deux France s’opposent

“On est gentils” vs. “On est chez nous”

Marine Le Pen et Emmanuel Macron sortent de l’isoloir, 23 avril 2017. SIPA.

En permettant à Emmanuel Macron et Marine Le Pen de se qualifier pour le second tour, les Français ont décidé de tourner une page. Ils ont tout d’abord sanctionné les deux grands partis de gouvernement. Benoît Hamon a perdu trois semaines dans des négociations avec Europe-Ecologie et en a récolté le résultat en adoptant le score qui va avec. Aujourd’hui, le PS est en état de mort clinique. Les Républicains ne se portent pas beaucoup mieux : ils se retrouvent aujourd’hui sans tête.

Pendant toute la soirée, les déclarations d’intentions de vote en faveur d’Emmanuel Macron de la part des dignitaires LR se sont succédé.

J’appelle donc tous les citoyens de notre pays à voter en faveur d’@EmmanuelMacron. Il est désormais le candidat de tous les républicains.

« J’ai toujours combattu le ni-ni qui renvoyait dos à dos le FN et la gauche : il y a un adversaire et un ennemi. » 

Seul Laurent Wauquiez a souhaité passer par-dessus le second tour de la présidentielle pour ne voir que les élections législatives, unique moyen pour son parti de survivre, voire même de prendre une revanche rapide. Dans cette optique, il manque un chef. Je m’étais amusé il y a quelques jours à imaginer le retour de Nicolas Sarkozy pour cette occasion dans une politique-fiction. Et si j’avais vu juste ?

François Fillon : “Il n’y a pas d’autres choix… par BFMTV

L’échec du PS et de LR dès ce premier tour est aussi celui des primaires. Leurs vainqueurs parviennent à peine à eux deux à réunir un quart des électeurs. Il y a cinq ans, ce système nous avait donné un très mauvais président, nous savons maintenant qu’il peut aussi sélectionner de très mauvais candidats. Echaudée par l’expérience, cette classe politique abandonnera peut-être ce système aussi délétère qu’inefficace et reviendra à une lecture gaullienne de cette élection, celle de la rencontre d’un homme et d’un peuple, au-delà des structures partisanes. Jean-Luc Mélenchon, qui a pratiquement doublé son score de 2012, Emmanuel Macron, qui n’avait même pas de parti politique à son service, et Marine Le Pen, qui avait éliminé le sigle de son parti de tous ses documents de campagne, l’ont compris.

“On est gentils” vs. “On est chez nous”

Ce second tour matérialise-t-il la recomposition attendue depuis des années autour du clivage sur la mondialisation ? C’est en tout cas ce que souhaitent les deux qualifiés du jour. C’est sur cette base qu’ils se sont choisis comme adversaires. Personnellement, je regrette que cette recomposition ne soit pas intervenue plus tôt avec des personnalités moins caricaturales. Après Maastricht, par exemple, ou en 2002 au moment où une candidature avait tenté de faire « turbuler le système ». On a toujours tort d’avoir raison trop tôt disait Edgar Faure. Cette recomposition se produit dans un contexte où la société française est plus que jamais radicalisée. Comme l’a expliqué Henri Guaino pendant des semaines, il n’y a pas de droitisation mais de la radicalisation, dans tous les partis politiques, dans la rue, dans les banlieues et même dans les stades.

Même la candidature d’Emmanuel Macron comporte une forme de radicalisation: j’avançais, il y a quelques jours, qu’il incarnait un « bisounoursisme radicalisé ».  Car si les smartphones des « helpers » d’En Marche ! le lui avaient ordonné, l’assistance aurait bien scandé « on est gentils ! ». « On est gentils » versus « on est chez nous », tel est donc le combat radicalisé auquel nous allons assister maintenant. Ceux qui pensent que l’affaire est déjà pliée devraient être prudents. Le scientifique Serge Galam qui avait vu venir les victoires du Brexit et de Trump les a mis en garde récemment. Florian Philippot draguait, hier soir, les électeurs de Mélenchon sur France 2, pendant que Marion Maréchal-Le Pen faisait de même avec ceux de François Fillon sur TF1. Le rêve de Marine Le Pen, reconstituer derrière la France du Non au TCE n’est pas inaccessible. Nicolas Dupont-Aignan lui annoncera peut-être dans quelques jours son soutien, et Jean-Luc Mélenchon refuse, pour l’heure, de donner une consigne de vote. Quant aux électeurs des Républicains, comment pourraient-ils suivre aveuglément les consignes de leur candidat pour le second tour alors qu’on les a conviés à choisir leur candidat pour le premier ? N’assistera-t-on pas à l’occasion à une nouvelle manifestation de la déconnexion des leaders de la droite avec leur électorat, radicalisé lui aussi ? Marine Le Pen en est fort consciente, elle qui a fustigé le candidat de « l’Argent-roi ». Cette bataille n’est pas jouée et pourrait réserver des surprises : la campagne la plus incroyable de la Ve République n’a pas encore livré toutes ses vérités

 

 

 

“Une victoire de Macron aggraverait les fractures françaises”

Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault 2/2

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Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00802648_000017.

>> A lire aussi: “La France devrait réhabiliter le conservatisme” – Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

François Fillon a été désigné candidat de la droite en novembre 2016 en remportant la primaire. Désigné pour son conservatisme, il a ensuite chuté de manière vertigineuse dans les sondages.  Son effondrement est-il vraiment dû aux affaires ou résulte-t-il de ses positions économiques très libérales, notamment autour de la Sécurité sociale ?

Le programme économique libéral de Fillon sans contrepoint conservateur ne lui aurait pas permis de triompher à la primaire. Il a gagné dans un fauteuil en novembre pour avoir su parler de la France, de notre héritage et de la nécessité d’honorer et de transmettre le monde reçu de nos pères. Les électeurs de droite étaient si sevrés de ce discours qu’ils lui ont aussitôt marqué leur reconnaissance en l’adoubant. Lors de la primaire, Fillon a été l’instrument d’une aspiration qui le dépassait. Aussitôt désigné, les ambiguïtés de son projet sont en effet apparues à l’occasion de la question ultra-sensible de l’assurance-maladie. Après ses propos ambigus, habilement exploités par la gauche, Fillon a vérifié que la France restait un pays tétanisé de peur – non sans raisons tangibles. Ces dernières années, l’atmosphère du monde du travail s’est durcie. Défiance et amertume s’expriment jusque parmi les cadres du privé. C’est pourquoi une politique libérale trop systématique ne me paraît ni possible ni souhaitable. Il faut s’entendre sur les objectifs et les moyens. Des impôts moins écrasants, la fin des aberrantes 35 heures, des dépenses publiques raisonnables, des comptes publics au cordeau, l’armée, la police et les autres fonctionnaires encore attachés au service de l’État traités avec égards : voilà ce que le conservateur désire. Mais il n’entend pas aller plus loin et n’accorde jamais une confiance aveugle à la logique d’une idée. S’adapter aux évolutions du marché ne justifie pas tout. Comment garantir au salarié d’un grand magasin qui ne veut pas travailler le dimanche – choix respectable – qu’il n’y sera pas contraint en cas de libéralisation du travail dominical ? Tous les choix dans une entreprise ne peuvent pas être livrés à l’arbitraire d’un rapport de force. Un conservateur ne confond pas, en outre, l’éloge justifié de l’entrepreneur avec la fascination pour la puissance ou l’admiration servile de la réussite sociale.                      

Une élection du libéral intégral Emmanuel Macron aiderait-elle à constituer, en guise d’opposition, un pôle conservateur assumé, tel que vous le défendez ?

Une victoire de Macron ne ferait qu’aggraver toutes les fractures qui existent dans le pays. S’inspirer d’exemples étrangers, pourquoi pas ? Mais aucune greffe ne réussira dans notre pays si elle n’entre pas en résonance avec le génie national. Le conservateur, lui, n’a pas honte de l’exception française. Quarante générations la lui ont léguée, et un homme de tradition respecte ce qui dure. Il sait que la France ne sera jamais l’Angleterre. De même, le conservateur refuse d’envisager les innovations sous le seul rapport de l’intérêt du consommateur. Ce libéralisme-là, très peu pour lui ! Le producteur aussi a des droits, malmenés par la tyrannie du coût le plus bas. Le conservatisme est ainsi tout désigné pour offrir une identité forte à la droite qui refuserait de participer à la majorité présidentielle de Macron. Pour commencer, par pitié, n’employons plus le mot conservateur comme synonyme d’immobiliste ! C’est un contresens complet. Le conservateur le sait : la vie modifie tout autour de nous. Le temps modifie les hommes comme les nations. Rien ne reste jamais parfaitement en l’état. Le conservateur ne rêve pas d’une fixité parfaite. Il la sait impossible. Son espoir est de compenser l’altération perpétuelle de toute chose en prenant appui sur les coutumes, les mœurs, les rituels, les symboles et les institutions. Autant de remparts contre la légèreté, la présomption et la suffisance. Le conservateur n’est pas un esprit hostile à toute évolution. Il refuse en revanche de vouer un culte au bouleversement permanent. Pourquoi considérer que changer est en soi une vertu et un bien ? L’arrogance du présent, la volonté de faire table rase du passé et le blâme attaché à la nostalgie sont des sentiments qui révulsent le conservateur. Il n’y voit qu’une sotte prétention. Le respect de l’héritage est la condition d’un changement profitable. Les innovations heureuses sont des greffes prudentes qu’on opère sur un chêne vénérable qui réclame des soins respectueux. C’est le B-A-BA du conservatisme.  

Quelles personnalités pourraient l’incarner ? En voyez-vous dans la droite actuelle ? Ou doit-on se tourner vers la société civile, et lancer dès maintenant le hashtag #Polony2022 ?                                                                                                  

Déposez-le toujours à l’INPI, on ne sait jamais. La droite, en tous cas, si elle veut survivre, doit retrouver la dignité d’une famille de pensée avec un corpus doctrinal. L’arrachement au passé que nous subissons depuis les années 1970 fait songer à ce qu’ont vécu les Français pendant la Révolution, ou au lendemain de la Grande Guerre. Non une simple évolution, mais une accélération brutale de l’histoire, la fin de tout sentiment de continuité, la disparition d’un monde. La vitesse et la violence de la dégradation que nous endurons suscitent une intense inquiétude dans le pays. Allons-nous perdre le trésor – historique, culturel, affectif – transmis par nos aînés ? On croyait cet héritage acquis pour toujours et on en jouissait en fêtard, négligemment, sans mesurer son prix ni les efforts qu’il avait coûtés à ceux qui nous précédèrent et avaient fait de nous ce que nous sommes. Voilà soudain qu’on le découvre fragile et mortel. Voilà pourquoi les conservateurs offrent une réponse aux anxiétés identitaires et culturelles du pays. Les conservateurs entendent préserver et réparer ce qui peut l’être dans une France chamboulée de la cave au grenier par l’application, depuis près d’un demi-siècle, des thèses des radical sixties nées sur les campus américains et qui ont ensuite déferlé sur tous les pays occidentaux. Une majorité de Français de tous milieux sociaux, je le crois profondément, sont prêts à les entendre.

“La France devrait réhabiliter le conservatisme”

Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

conservatisme liberalisme guillaume perrault

Dans un pays où la grande majorité des Français se veut progressiste par habitude et conformisme, et une minorité agissante s’assume réac, d’où vous vient le cri du cœur de votre livre Conservateurs, soyez fiers ! (Plon, 2017)?

Je ne supporte plus que ce mot de « conservateur », un des plus beaux de la langue française, soit péjoratif pour la plupart de nos concitoyens. Dans l’imaginaire national, être conservateur paraît une tare, un déshonneur. Aux yeux de beaucoup, conservateur signifie fermé, dur, rigide, frileux et routinier. C’est un reproche et un blâme qu’on lance à la figure pour vous faire douter de vous-même et vous discréditer. Il y a là une exception française très pénible. Dans le monde anglo-saxons, au contraire, les conservateurs portent beau et ont pignon sur rue. En Grande-Bretagne, être conservateur est valorisant. Le Parti conservateur s’appelle ainsi depuis 1834 sans discontinuer. Rien de tel en France. Depuis un siècle, dans notre pays, plus personne ne se revendique comme conservateur. Le phénomène s’est accéléré depuis une quarantaine d’années. L’expression de guerre des Anciens et des Modernes n’est plus pertinente, car elle suppose des belligérants qui s’affrontent. Or, du côté des Anciens, il n’y a plus de belligérants depuis les années 70. La tradition s’est effondrée. Le changement est devenu la passion exclusive qui domine les esprits sans partage. Les conservateurs ont été tournés en ridicule, caricaturés en vieux chnoques et diffamés. Or, l’aversion pour les conservateurs, l’hostilité que ce mot suscite n’ont aucune cause rationnelle, aucun fondement logique. Au sens strict, conserver signifie préserver de la destruction, ne pas laisser un bien précieux se dégrader ou mourir. « Cette mère a été soigneuse, vigilante, conservatrice du bien de ses enfants », indique comme exemple le dictionnaire Littré. N’est-il pas inquiétant qu’un mot si noble soit devenu objet de sarcasmes? Le conservateur veut préserver et transmettre. Être conservateur, c’est considérer avec piété l’héritage qu’on a reçu en dépôt, apprécier sa valeur, lui prodiguer ses soins et vouloir le remettre intact à ses successeurs. Une telle sensibilité représente une boussole pour l’action politique et l’art du gouvernement.

Penchons-nous sur la droite française. Vous regrettez que le mouvement gaulliste change souvent le nom des partis qui la représente, au contraire de ses homologues étrangères, ou même de la gauche française. Cette particularité n’est-elle pas la conséquence de sa volonté de soumettre les partis à l’intérêt général et la nation, attitude paradoxalement plus conservatrice qu’il n’y paraît ?  

Je ne l’interprète pas ainsi. Depuis la Libération, le parti gaulliste a en effet changé sept fois de nom. Sept fois en l’espace d’une seule vie d’homme ! Cette frénésie lexicale n’est pas bon signe. Lorsqu’on se révèle si peu attaché à son nom, on finit par ne plus savoir qui on est. Dans notre pays, à droite, en raison du legs bonapartiste, le parti est perçu comme un instrument au service d’un chef. Lorsqu’un nouveau leader s’affirme, il lui paraît tout naturel de débaptiser son parti pour affirmer son emprise sur l’appareil comme si c’était sa propriété personnelle. En Grande-Bretagne, au contraire, les différents courants du parti conservateur sont tenus par un héritage qui les dépasse et qui discipline leurs affrontements. Regardez la façon remarquable dont le Parti conservateur a fait face au résultat inattendu du référendum sur le Brexit. Nous n’avons pas affaire seulement, outre-Manche, à une structure partisane ou à un cartel d’élus professionnels, mais à une véritable famille de pensée qui surplombe ses leaders successifs. J’admire sur ce plan la droite britannique. Le problème de la droite française est qu’elle s’est définie en grande partie, depuis 1945, non par rapport à des idées, mais pour ou contre une personne d’exception (de Gaulle). Depuis la disparition de l’intéressé, en 1970, cette sensibilité ne sait plus se nommer et se définir. On devrait s’attacher moins aux personnes, si importantes soient-elles, et davantage aux traditions qui les dépassent et les nourrissent. C’est pourquoi redonner ses lettres de noblesse au conservatisme, expliquer ce que veut dire ce mot, me paraît si salutaire pour l’avenir de la France.

Russell Jacoby fustigeait « cette droite qui vénère le marché et qui déplore les effets qu’il engendre ». N’est-ce pas l’écueil du conservatisme libéral, si bien analysé pays par Jean-Claude Michéa ?                                             

Il existe entre le conservateur et le libéral une tension évidente. Mais qu’entend-on par libéralisme ? Ce terme suscite de nombreux malentendus. Au plan politique, le libéralisme est une pensée attachée à défendre les droits de l’individu contre les ingérences de l’Etat et les pressions de la majorité. Pour atteindre cet objectif, le libéralisme distingue les sphères (publique et privée) et les pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire). Le conservateur adhère à cet idéal, à condition cependant que l’individu ne devienne pas un absolu. Le principe des droits et libertés doit être équilibré par le principe d’autorité. « Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », résumait Valéry en une formule que Pompidou aimait à citer. Au plan économique, un libéral peut être défini sommairement comme un partisan de la liberté de l’individu de préférence à la réglementation par l’Etat. Il fait confiance à l’initiative privée plutôt qu’à l’intervention de la puissance publique. Qu’en pense le conservateur ? Son idéal social est le travailleur indépendant, la profession libérale, le petit patron. Il souffre de voir la France leur accorder si peu de considération. Qui n’est pas son propre patron ne peut comprendre ce que ce choix exige d’efforts. Certes, médias et politiques vantent les mérites des grandes entreprises. Mais le respect qui entoure les grands patrons depuis les années 80 ne s’étend en rien aux dirigeants de TPE-PME. On ne compte plus, de surcroît, les hauts fonctionnaires partis pantoufler dans les plus importants groupes privés, ce qui renforce leur consanguinité avec la puissance publique et éloigne encore plus l’aristocratie du privé de l’humble foule des petits patrons. Lorsque travailleurs indépendants et dirigeants de TPE-PME entendent médias et intellectuels vitupérer le libéralisme alors qu’eux-mêmes sont écrasés de charges, d’impôts et de réglementations parfois absurdes, ils sont ulcérés et moi aussi !

Certes. Mais cela ne répond pas vraiment aux objections de Jacoby et Michéa…

En effet, les auteurs de grande valeur que vous évoquez ont tout autre chose à l’esprit quand ils emploient le mot de libéralisme. Michéa observe que le libéralisme dogmatique partage avec le marxisme des affinités paradoxales. Les deux familles de pensée ont en commun la foi dans le mouvement, l’imaginaire du progrès. L’histoire leur paraît une marche vers un avenir nécessairement meilleur, le récit de l’émancipation de l’homme de tous les liens qui l’entravent. Aussi, libéralisme dogmatique et marxisme abhorrent l’un comme l’autre le conservatisme. Et il vrai qu’aujourd’hui, chacune des communautés humaines qui faisaient obstacle à l’épanouissement sans entrave du désir du consommateur – la famille, les corps intermédiaires, la nation – est disqualifiée et affaiblie. L’extension des rapports de l’offre et de la demande à tous les domaines de la vie a sapé les valeurs (sens de l’honneur, amour du travail bien fait, dévouement à la collectivité) qui préexistaient à l’économie libérale et qui lui avaient permis de donner le meilleur d’elle-même. Il suffit de présenter tout progrès du marché comme une victoire de la liberté individuelle pour faire taire les sceptiques. C’est le triomphe de ce qu’on appelle la mentalité « libérale-libertaire », fusion d’un néo-libéralisme désormais délivré de tout ancrage national et du gauchisme. Le terme de libéralisme désigne ainsi désormais des réalités si différentes qu’il faudrait trouver un nouveau mot pour dissiper tout malentendu. Si l’on ne fait pas ce travail de définition, aucun dialogue fécond n’est possible.

La deuxième partie de l’entretien arrive bientôt…

Macron, l’air du vide…

Reportage au meeting de Besançon

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Sipa. Numéro de reportage : 00801599_000029.

J’ai assisté à mon premier meeting d’Emmanuel Macron. Tous ces moyens déployés,  la musique à fond les ballons ! Un homme attendu comme une star ! L’image du télévangéliste est-elle la plus adaptée ? Sans doute pas. Car un télévangéliste a des messages à faire passer. Avec toute la bonne volonté du monde, je n’en ai pas détecté le moindre. Des slogans et des truismes enfilés à vitesse supersonique. Ma dernière visite au gouffre de Padirac m’a laissé un moindre sentiment de vide que le discours improvisé et décousu d’Emmanuel Macron, dont la syntaxe approximative rappelait parfois les romans de Christine Angot.

“Helpers”

Chez En Marche, il n’y a pas de bénévoles, il y a des « helpers ». L’un d’eux, à la fin du spectacle, a remarqué mon air consterné. Il m’a interrogé. Je lui ai dit mon tourment. Et il m’a vendu la mèche. Tout cela, en effet, n’est que de l’enfumage. Les discours, ça ne compte pas. L’important, ce sera l’action. Emporté par son élan, cet homme, qui se disait travailler « dans l’international », m’a donné l’exemple de Donald Trump, qui a enfumé tout le monde pendant sa campagne, avant de montrer aujourd’hui ce dont il est capable dans le conflit syrien. De l’enfumage, donc. Je lui ai dit mon soulagement. J’avais bien perçu la fumée.

Devant peu ou prou la même assistance (environ 2500 personnes) que François Fillon, il y a quelques semaines au même endroit, Emmanuel Macron s’est dit le candidat de « l’indignation utile ». Il a cité Stéphane Hessel. S’est adressé aux classes moyennes. « Ca ne peut plus durer ! » A combien de reprises l’a-t-il martelé ? Je n’ai pas compté. On ne savait pas, au passage, car il ne le précisait pas, ce qui ne devait pas durer. L’important était de le marteler. « Je vous le dis ! » Combien de fois ? Je n’ai pas compté. Mais, en fait, il ne nous disait rien. Pas très grave, pour les fans, dont beaucoup assistaient peut-être à leur premier meeting pour être aussi enthousiastes à l’écoute d’un tel enfilage de lieux communs.

Quelle “leçon de Besançon”?

Et puis, Emmanuel Macron a aussi voulu flatter les gens du cru. Il a évoqué « la leçon de Besançon », qui, paraît-il, se serait si bien remis de la disparition de ses nombreuses industries horlogères pour se reconvertir dans les industries de pointe. Tiens, donc ! Besançon, cette belle endormie qui a perdu son statut de capitale régionale pendant qu’Emmanuel Macron était aux affaires, n’a en réalité pas tant d’industries de pointe qu’il ne le dit. Besançon continue en revanche de former parmi les meilleurs horlogers du monde puisqu’ils vont se vendre à prix d’or en Suisse après des cycles de formation très courts. C’est sans doute cela « la leçon de Besançon ». Former pour ses voisins. Mais est-ce cela, le projet d’Emmanuel Macron ?

Dans moins d’un mois, l’ancien ministre sera peut-être à l’Elysée. Nous gratifiera-t-il toujours des mêmes discours ? Pourra-t-il continuer sur ce même registre ? S’il est en situation de cohabitation, pourquoi pas ? Mais s’il obtient la majorité ? Souhaitons-lui de choisir un premier ministre avec davantage d’épaisseur. Dans le cas contraire, et pour parler « jeune » comme Emmanuel Macron à Besançon : « On est mal » !

Débat: dites bonjour à Monsieur Mélenchon!

Le bruit, la fureur et le fracas, c’est fini

Jean-Luc Mélenchon lors du débat présidentiel à 11 candidats du 4 avril 2017. SIPA. AP22036293_000001

Un regret d’abord. Pourquoi mesdames Ferrari et Elkrief se comportaient parfois comme des candidates ? Je veux bien croire qu’un débat à onze n’est pas aisé à arbitrer. Mais justement pourquoi se permettaient-elles de donner leur avis par questions voire affirmations interposées ? Puisque des débats télévisés d’avant premier tour sont aujourd’hui un acquis, que les animateurs restent animateurs et se cantonnent au rôle de faire respecter les temps de parole et d’éviter les hors-sujets. Ce ne sont pas les journalistes qui ont passé des mois à trouver les cinq-cents parrainages et les téléspectateurs se fichent pas mal de leur avis.

Une satisfaction, ensuite. Je m’étais refusé à regarder le débat à cinq protagonistes, et donc à le commenter. Il faut remercier les deux chaînes d’information continue d’avoir organisé ce débat qui n’excluait aucun candidat, et qui permettait à chacun de pouvoir interpeller ses concurrents.

Deux candidats comptaient beaucoup sur ce débat où ils pouvaient laisser leurs derniers espoirs. François Fillon et Benoît Hamon avaient justement forgé leurs victoires respectives aux primaires lors des débats télévisés. A ce jeu-là, c’est sans doute Benoît Hamon qui s’en est le mieux tiré des deux, faisant preuve d’une combativité inhabituelle, notamment vis-à-vis de de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. François Fillon a démarré le débat sur un ton larmoyant et il a ensuite fait preuve de nervosité et parfois de mépris par rapport à certains contradicteurs. Son attitude par rapport à Nicolas Dupont-Aignan, notamment, pourrait bien lui causer du tort dans l’éventualité où il se qualifierait pour le second tour.

Emmanuel Macron a joué en défense, un peu comme Alain Juppé lors des débats de la primaire de droite. La position de favori n’est pas la plus facile qui soit, mais cette tactique n’avait pas réussi au maire de Bordeaux. Macron compte davantage sur l’émission de jeudi soir sur France 2. Marine Le Pen a semblé sur la réserve elle aussi, se positionnant d’ores et déjà en candidate de deuxième tour. Sa conclusion était plutôt réussie, à cet égard. Jean Lassalle et Jacques Cheminade ont fait le spectacle, à l’instar de Jean-Luc Bennahmias lors de la primaire socialiste.

Jacques Cheminade : “Vous êtes des grandes… par CNEWS

Leur authenticité a apporté des couleurs à l’émission. François Asselineau fut fidèle à lui-même. Il a cité beaucoup d’articles de textes divers, se montrant un élève appliqué, et a parfois lancé des flèches acides à certains de ses adversaires, en particulier ceux qu’il considère comme de faux eurosceptiques.

François Asselineau tacle Emmanuel Macron… par CNEWS

Il est difficile de séparer Nathalie Arthaud et Philippe Poutou tant leurs interventions étaient similaires, bien que provenant de partis historiquement séparés. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont guère surpris ni par leurs tons respectifs ni par leurs prises de positions. Nicolas Dupont-Aignan a marqué quelques points, notamment en début de débat où il a donné l’impression de prendre la place d’opposant numéro un à Emmanuel Macron, laissant Marine Le Pen et François Fillon spectateurs. C’est finalement Jean-Luc Mélenchon qui a sans doute le mieux tiré son épingle du jeu. Serein et pédagogue, il semblait sur la lancée de ses meetings du Havre et de Châteauroux. Qu’on se le dise, le bruit, le fracas, la fureur, c’est bien fini. Mélenchon veut incarner la sagesse. Il n’est pas interdit de penser que cette attitude lui réussisse et que le débat d’hier soir entretienne sa dynamique actuelle.

Le Grand Débat : la conclusion de Jean-Luc… par CNEWS

18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne

Petit essai de présidentielle-fiction (3/3)

François Bayrou descend les marches du palais de l’Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose (1/3)

>> A lire aussi:  Macron président? Sarko contre-attaque! (2/3)

Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (54%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

*

Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

*

Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

Macron président? Sarko contre-attaque!

Petit essai de présidentielle-fiction (2/3)

Nicolas Sarkozy en meeting à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775954_000025

>> A lire aussi: Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose. Petit essai de présidentielle-fiction (1/3)

Lundi 24 avril 20h12, Siège des Républicains, Paris

En fait, Laurent Wauquiez était soulagé que Nicolas Sarkozy reparte à l’assaut. Dans l’après-midi, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes était aux abonnés absents pour tous les journalistes de France, de Navarre et d’ailleurs. Deux heures avant, il avait eu Marine Le Pen au téléphone. Elle lui promettait Matignon en cas de victoire, à condition qu’il annonce son soutien dans les deux jours. L’ex-disciple du démocrate-chrétien Jacques Barrot avait été flatté, même s’il se doutait que Le Pen avait essuyé dans la journée les refus de Guaino et de Dupont-Aignan à qui elle avait proposé le même poste. Malgré cette désagréable sensation d’être un troisième choix, il avait été tenté. Mais la déclaration de Nicolas Sarkozy changeait évidemment tout. Dans ces conditions, il pouvait lui-même appeler aussi à voter Macron et s’engager à fond dans la bataille pour l’alternance que l’ex-président se proposait de mener pour les élections législatives. Après tout, mieux valait un Beauvau probable qu’un Matignon très hypothétique.

*

Jeudi 26 avril 13h47, Drancy

Jean-Christophe Lagarde hurlait dans le bureau, ses collaborateurs ne sachant que faire pour calmer sa colère. Il venait de découvrir que Nicolas Sarkozy avait décidé de passer outre toutes les investitures négociées avec l’équipe Fillon entre LR et l’UDI. L’ex-président avait décidé de contourner l’obstacle en créant un label « Pour l’alternance » qu’il distribuerait lui-même et qui supplanterait de facto les investitures LR-UDI. Ainsi la centaine de sièges accordée par François Fillon après l’épisode du Trocadéro partait en fumée. D’autre part, il savait qu’Emmanuel Macron ne serait plus si généreux, loin s’en faut, et accorderait chichement des investitures En Marche aux élus UDI les mieux implantés, sans même passer par lui. Il était coincé. Lagarde savait qu’il n’était plus à cette heure que le président d’une coquille vide.

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Dimanche 30 avril, 13h37, Studio de LCI, Boulogne-Billancourt

Après avoir salué Olivier Mazerolle, Christophe Jakubyscyn et Guillaume Roquette, Bernard Accoyer reprit l’ascenseur, assommé. Il avait bien dû finir par convenir que son titre de secrétaire général des Républicains, n’était plus qu’un titre honorifique. Mis en place par le candidat Fillon désormais éliminé après le score le plus faible de toute l’histoire de son parti, fruit de la fusion du RPR et de l’UDF quinze ans auparavant, il n’avait en fait aucune légitimité. Nicolas Sarkozy avait réussi en quelques jours un putsch soft, auquel personne n’avait pu s’opposer. Fillon, bien entendu mais aussi NKM et Juppé. Ces deux derniers avaient dû convenir que l’ancien président était le seul à empêcher l’éclatement définitif de la famille, qui n’aurait profité qu’aux deux finalistes de la présidentielle. Sauver leurs sièges ainsi que ceux des amis était désormais la priorité. Accoyer avait donc reconnu à demi-mot n’être plus là que pour sauver les apparences. Tout désormais serait fonction des trois prochains tours, celui du dimanche suivant, et plus encore ceux qui auraient lieu mi-juin. Il ne serait d’ailleurs pas le dernier à faire figurer le logo « Pour l’alternance » sur les affiches collées du coté d’Annecy-Le-Vieux. Sa docilité serait certainement récompensée le moment venu. A ce moment, que pèserait alors cette brève sensation honteuse qu’il avait ressentie en croisant le regard moqueur d’Olivier Mazerolle ?

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Jeudi 4 mai, 0h18, Rue de Miromesnil, Paris

Nicolas Sarkozy avait pris sa décision. Il ne pousserait personne d’autre à aller à Matignon à sa place. Il avait pourtant quelques idées : Pécresse, Bertrand, Larcher. Tandis qu’il se préparerait pour d’autres échéances plus intéressantes. Mais le traditionnel face-à-face qui venait d’avoir lieu l’avait convaincu. Lui à Matignon, Emmanuel Macron n’existerait pas à l’Elysée. Il le mangerait. Il le digérerait. Comme Marine Le Pen avait mangé et digéré le candidat d’En Marche pendant le débat. Bien entendu, ce dernier serait élu dimanche mais avec une marge beaucoup plus étroite que prévue. Cette impression « d’homme qui ne fait pas le poids » allait coller d’emblée au nouveau président. Le Grand Collier de la Légion d’Honneur, qu’Emmanuel Macron souhaitait revêtir sur la photo officielle, pour la première fois depuis 1969, serait beaucoup trop lourd pour un président si faible dès son entrée en fonction. Il fallait désormais obtenir une majorité absolue pour les candidats portant le label « Pour l’alternance ». Et obtenir Matignon, que Jacques Chirac lui avait refusé quinze ans auparavant, lui préférant « Raffarien ».

Le dernier épisode arrive bientôt…

Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose

Petit essai de présidentielle-fiction (1/3)

La plupart des sondages ne voient pas François Fillon passer le premier tour de la présidentielle. Mars 2017. SIPA. 00799524_000021

Dimanche 23 avril 2017, 20h00, Rue de Miromesnil, Paris

Assis à son bureau, et accompagné de Michel Gaudin et Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy assistait mi-consterné mi-fataliste à l’annonce par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau de l’estimation des résultats du premier tour de la présidentielle.

Anne-Claire Coudray avait annoncé la couleur, peu avant 20h : si l’institut partenaire de TF1 connaissait  les deux finalistes du second tour, il lui était impossible de déterminer avec certitude leur ordre d’arrivée au premier. De fait, selon les différents instituts, Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient annoncés entre 24 et 25%, avec sans doute un avantage pour la première citée. La même incertitude pesait sur l’ordre d’arrivée entre François Fillon et Jean-Luc Mélenchon (entre 15,5 et 16,5). En revanche, Nicolas Dupont-Aignan (entre 8 et 9) semblait créer la surprise en devançant Benoît Hamon (entre 6,5 et 7,5). Jean Lassalle semblait dépasser le seuil fatidique de 1%, tous les autres candidats étant en deçà de cette limite.

Brice Hortefeux osa une plaisanterie : « Imagine-t-on le général de Gaulle en dessous de 16% ? »

Nicolas Sarkozy explosa : « Jamais je n’aurais dû me laisser embarquer dans cette histoire de primaire ! Quelle connerie ! Regardez où ils sont, les vainqueurs des primaires. L’un à 16, l’autre à 7. Aucun qualifié pour le deuxième tour. On a offert des fausses légitimités démocratiques à des ectoplasmes élus par les gens les plus politisés. »

-          Hortefeux : « Dupont-Gnan-Gnan prend quand même huit points à Fillon. Sans lui, on serait au coude à coude avec les deux autres. La division nous coûte cher. »

-          Sarkozy : « Arrête tes conneries, Brice ! Tout le monde savait qu’il serait candidat. En 2012, Dupont-Aignan était en dessous de 2. Seulement c’est moi en face, pas l’autre. Quand les gens ont vu que Fillon ne pouvait plus être au deuxième tour, ils se sont dit : « foutu pour foutu, autant voter pour un type honnête ». Et puis Dupont-Aignan a aussi grappillé quelques points à Le Pen. Et peut-être même à Macron. Ce type, je l’ai méprisé. J’ai eu tort. Il est d’ailleurs moins méprisable que celui que j’ai eu à Matignon pendant cinq ans. »

-          Gaudin : Cela va partir dans tous les sens. Wauquiez est chaud bouillant pour appeler à voter Le Pen. Morano aussi. NKM est déjà sur le plateau de la 2 pour appeler à voter Macron. La droite va se péter en deux.

-          Hortefeux : Et Fillon n’est plus en état d’appeler à voter quoi que ce soit !

-          Sarkozy : Macron va se faire laminer dans le débat mais va gagner quand même. On aura un président élu plus que jamais par défaut dans un monde dangereux. Il faut dans le même temps appeler à voter pour Macron et lancer la campagne pour les élections législatives qui sont aujourd’hui la seule solution pour l’alternance. Les candidats aux législatives de Macron, de Le Pen et de Dupont-Aignan seront évidemment plus bas que leur chef à la présidentielle. Ce qui signifie que nos candidats Républicains seront bien plus hauts que le score de l’autre nul. Pareil pour les candidats PS. Ils seront plus hauts que le score de Hamon. Cela nuira aux candidats de Macron. Si la bataille des législatives est menée correctement, nous pouvons avoir la majorité et imposer une cohabitation à Macron.

-          Gaudin : Tu veux mettre Baroin sur orbite ?

-          Sarkozy : J’ai déjà désigné Baroin comme mon Premier ministre, puis comme celui de Fillon. Je ne vais pas recommencer en le désignant comme celui de Macron maintenant. Les gens vont finir par trouver ça ridicule. Il n’a pas l’autorité de toute façon. Le seul qui peut mener cette bataille, et empêcher Wauquiez d’aller chez Le Pen, c’est encore moi. Appelle Field. Je dois faire le 20h de France 2 demain. Brice, tu appelles Wauquiez. Et tu lui dis de ma part de la fermer tant que je n’ai pas parlé aux Français.

-          Hortefeux : Morano aussi ?

-          Sarkozy : Bien sûr ! Tes tympans sont moins fragiles que les miens.

 

La suite arrive bientôt…

“L’Emission politique” est indigne du service public

Bienvenue dans la campagne la plus grotesque de l’histoire

François Fillon scotché sous la barre des 20% dans les sondages, distancé de cinq à sept points d’un strapontin pour le deuxième tour, attendait beaucoup de son passage dans « L’émission politique » de France 2 hier soir. On ne sait s’il aura pu rebondir lors de cette émission. On peut en revanche être certain que la politique y aura beaucoup perdu.

Pire que les tweets de Trump?

Peu importe le sort de François Fillon, en fait. Cela fait des mois que cette émission fait honte à la politique française. Avec ses invités-mystères ridicules, avec ses « Français anonymes » triés sur le volet dont on découvre l’identité ultra-militante les jours suivants, avec son humoriste pas drôle à la fin. Ce jeudi soir, nous avons décroché le pompon : Christine Angot, l’invitée-mystère venue interpeller le candidat. La romancière préférée de Libé est venue faire son esclandre et Pujadas ne pouvait évidemment pas l’ignorer. Pour le spectacle. Pour la « punchline » comme on dit aujourd’hui. Echange consternant. Indigne d’une vieille démocratie comme la nôtre.

Quand Karim Rissouli est venu annoncer le record du nombre de tweets (170 000), David Pujadas pouvait jubiler. C’est pourtant davantage François Fillon et ses accusations portées contre l’Elysée qui avaient suscité cette explosion de commentaires sur les réseaux sociaux que la consternante confrontation avec Christine Angot. Mais peu importe. L’important, c’est de faire du buzz, du tweet. Et de l’audience alors qu’il n’y a pas plus de publicité sur le service public de télévision à cette heure. La prochaine fois, que nous réservera l’émission-phare de la politique 2017 ? Un de mes amis taquins propose Isaac de Bankolé face à Marine Le Pen et Douchka face à Emmanuel Macron.

Un dernier mot sur François Fillon qui s’est montré à la hauteur de l’émission en expliquant avec un culot d’acier qu’il avait créé sa société de conseil au moment où il pensait arrêter la politique, mi-2012, c’est-à-dire pile au moment où il briguait la présidence de l’UMP dans une bagarre dont on se rappelle tous très bien – Copé a dû bien rire. Et qu’il a aussi rendu les costumes sur-mesure à Robert Bourgi dont on se demande bien ce qu’il pourra en faire.

Au moment d’éteindre sa télé, on se demande tout de même si on n’est pas victime d’une caméra cachée géante, si Jean-Paul Rouland et Marcel Béliveau ne sont pas finalement encore de ce monde, et associés pour nous piéger, et vont enfin débarquer pour nous rassurer. On se demande aussi s’il était bien raisonnable de moquer le niveau des élections présidentielles américaines et des tweets de Trump. Jusqu’où ira la décomposition de notre vie politique et de son orchestration médiatique ? Peut-on descendre encore dans l’indignité ? Il faut y croire. Ces gens ne connaissent pas de limites.

Exclusion d’un sénateur LR pro-Macron: et la jurisprudence Desgouilles?

Virez-moi du RPR!

Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Lire la suite