Le débat sur l’Islam ne doit pas être organisé par l’Etat !

« La dernière fois qu’il a utilisé cela, c’était le débat sur l’identité nationale et le Front national a fait 15% (des voix) aux régionales. Alors encore un effort monsieur Copé, encore un petit débat, un petit blabla sur l’islam, la laïcité, et je pense effectivement que nous pourrons terminer à la présidentielle à 25% ».

Voilà en substance comment Marine Le Pen réagissait à l’intention de Jean-François Copé d’organiser un débat sur l’islam, relayé depuis par le Président de la République lors de la table ronde organisée au salon de l’agriculture. Marine Le Pen ne se cache donc même plus pour moquer les initiatives de la majorité alors qu’elle pourrait, de son propre point de vue, engranger en silence les bénéfices qu’elle en escompte. Elle se permet -luxe suprême- de les railler publiquement. Espère t-elle que leurs promoteurs finissent par tergiverser, qu’on débatte encore sans fin sur l’opportunité d’un débat sur le sujet, et pourquoi pas débattre de l’opportunité de débattre du bien-fondé de débattre du débat, etc… ? Que Sarkozy et Copé reculent finalement, et elle les accusera de se défiler ; qu’ils persistent et elle en recueillera les fruits, comme pour le débat sur l’identité nationale.

Car, au risque de me trouver en désaccord avec Elisabeth Lévy, qui en causait hier avec Pierre Assouline et Tahar Ben Jelloun à Semaine Critique, ce débat est une sottise. Non pas de débattre de l’islam, de la laïcité. Nous sommes dans un pays libre et nous devrions pouvoir discuter de tout sans crainte de se trouver devant un tribunal, de l’opinion ou en chambre correctionnelle comme Eric Zemmour. Ce qui est sot, en l’occurrence, c’est que ce soit le pouvoir exécutif qui organise des débats. On l’a constaté pendant le débat sur l’identité nationale. Alors, certes, chère Elisabeth, ce débat fut refusé et exécuté en place (médiatique) de Grève. Mais, lorsqu’on joue un coup au tennis, la position des pieds compte autant, sinon davantage, que le geste du bras avec la raquette.

Admettons que le geste avec la raquette -et, donc l’intérêt d’un débat sur l’identité nationale- ait été de qualité et concentrons nous donc sur la fameuse position des pieds. Elle était doublement mauvaise. D’abord parce, comme l’avait noté à l’époque Basile de Koch, causer identité lorsqu’on a bazardé la souveraineté, ce n’est pas très sérieux. Cela donne l’impression -loin d’être fausse- qu’il ne nous reste plus que ça à nous mettre sous la dent. Ensuite, le coup d’organiser cela dans les préfectures, c’était quand même le summum du ridicule, même pour un vieux jacobin départementaliste comme votre serviteur. Alors, pour tous les autres…

La position des pieds gouvernementaux sur l’Islam et la Laïcité ne semble pas davantage garante d’un joli coup de raquette. Premièrement, les citoyens se demanderont à bon droit pourquoi ce gouvernement a toléré -de concert avec la mairie de Paris- toutes ces prières de rue, pourquoi les pouvoirs publics nationaux ou locaux ont cédé jusqu’à aujourd’hui sur ces histoires de hallal ou de créneaux non mixtes dans les piscines. Dans bien des cas, il suffisait d’appliquer la réglementation existante et refuser ces fameux accommodements d’autant moins raisonnables qu’ils étaient illégaux. Faut-il débattre du bien-fondé d’appliquer la Loi ? Deuxièmement, le débat sur l’Islam, sur la Laïcité, il a lieu tous les jours dans les médias. Presse écrite, Internet, émissions avec « polémistes » radiophoniques ou télévisées, reportages, Calvi, Taddéi, Hondelatte et j’en passe : on ne peut pas dire qu’il soit interdit d’antenne.

Ce n’est pas le rôle de l’Etat d’organiser un débat, sur ce sujet comme sur les autres. Certes le Politique, pour agir, doit être branché sur le Peuple et ses aspirations. Pour cela il y a les élections, et plus précisément les campagnes électorales qui constituent un moment privilégié d’échange démocratique. Puisque le Président de la République actuel ne semble pas partisan de la pratique référendaire – dans ce cas, le débat organisé par l’Etat serait non seulement nécessaire mais rendu obligatoire par la Constitution-, il reste l’élection présidentielle. Toute velléité de nous rejouer le sketch de l’identité nationale un an avant cette échéance se retournera contre ses promoteurs. Errare humanum est, persevare diabolicum. Malheureusement, le déni de réel ne constitue visiblement pas le monopole de la gauche bienpensante.