«Je veux restaurer la primauté du droit national sur le droit européen»

Entretien avec Julien Aubert, candidat à la présidence de LR

David Desgouilles. Après Laurence Sailliet, Florence Portelli, Daniel Fasquelle et Laurent Wauquiez, vous avez décidé de vous porter candidat à la présidence des Républicains. Quel est le sens de cette candidature ?

Julien Aubert. Notre mouvement souffre depuis plusieurs années de « luttes d’écuries ». Entre les élections présidentielles, ce sont des accords de façade pour maintenir une paix armée. Au moment crucial, les querelles de personnes prennent le dessus. De 2012 à 2017, la Droite ne s’est pas interrogée sur ses idées, ses fractures, ses contradictions. Je ne suis attaché à aucune écurie, j’ai gagné sur mon nom deux élections dans un département difficile tenté par le vote protestataire, je suis député et siège là où le rapport de forces national se noue. Je crois donc que je suis légitime et surtout bien placé pour rebâtir notre parti. Je ne crois pas qu’on puisse reconstruire notre mouvement en continuant avec ceux qui, en responsabilité, tenaient un autre discours ou n’ont pas pris les mesures nécessaires au redressement de notre pays. La question posée aux militants est : en avez-vous assez des guerres intestines ? Si la réponse est oui, je peux être l’instrument de cette refondation. Je souhaite deux choses : réintroduire le débat d’idées et restaurer l’esprit de compagnonnage des origines du mouvement gaulliste.

Dans ces colonnes, Florence Portelli dénonçait il y a quelques jours le fait que la France ait « bradé sa souveraineté ». Mais elle ajoutait qu’on ne « pouvait pas revenir » sur cette « reddition ». Partagez-vous la même analyse ?

Oui sur le diagnostic, non sur le médicament. La souveraineté ne se partage pas. Revenir sur ces limitations de la souveraineté, c’est justement la première chose qu’il faut faire si on veut restaurer « l’outil politique ». Pourquoi croyez-vous que les gens ne votent plus ou votent protestataire ? Si voter ne sert à rien, puisqu’on ne peut pas revenir sur certains sujets complexes (comme par exemple la directive Travailleurs détachés), alors à quoi servons-nous, nous les élus ? Notre système juridique doit se dégager de la mainmise jurisprudentielle des cours européennes pour pouvoir notamment redonner au Parlement français les moyens d’agir, par exemple en matière de lutte contre l’immigration ou d’organisation de la justice. C’est pourquoi j’appelle de mes vœux une réforme constitutionnelle qui rétablira la primauté de la Constitution sur le droit dérivé (réglements, directives) de l’Union européenne. Par ailleurs, à l’heure où beaucoup parlent d’identité, comment ne pas voir qu’il n’est pas possible de défendre notre identité sans recouvrer la maîtrise de tous les outils politiques, donc notre souveraineté ? Tout le reste n’est que de la mousse.

La victoire d’Emmanuel Macron a recomposé le paysage politique. Certains de vos anciens collègues députés LR se trouvent aujourd’hui à Matignon ou à Bercy. L’explosion de LR n’est-elle pas inéluctable et même nécessaire afin que le paysage politique gagne en cohérence idéologique ?

Le gaullisme ce n’est pas « la droite ». C’est un courant de pensée beaucoup plus complexe, qui a une vision de l’économie qui n’est certainement pas celui de la social-démocratie ou du centre libéral. Je souhaite organiser le débat, définir ce qui est majoritaire et minoritaire. Ensuite, je proposerai une ou plusieurs solutions organisationnelles pour faire évoluer la structure des LR. Ma préférence personnelle irait à une confédération de type CDU-CSU, avec deux formations au contenu idéologique différent, à l’implantation géographique non concurrentielle, qui seraient alliées. L’une d’elles serait un grand parti patriote, gaulliste, populaire.

Laurent Wauquiez a refusé la main tendue par Nicolas Dupont-Aignan,considérant que son soutien à Marine Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle constituait « un aller sans retour ». Vous qui avez été proche du président de DLF, accepteriez-vous cette main tendue si vous étiez élu à la présidence des Républicains ?

Qu’il y ait des gens qui se réclament du gaullisme comme Nicolas Dupont-Aignan en dehors des LR montre bien que nous avons un petit souci de positionnement idéologique. Je n’approuve pas le choix fait par NDA entre les deux tours : la famille Le Pen, ce n’est pas le gaullisme. Notre avenir ne passera pas par des accords de cuisine électorale mais par un projet novateur, patriote, et populaire. A ce moment là, ceux qui sont partis auront des motifs légitimes de revenir.

Quand on vote la confiance au gouvernement après le discours de politique générale du premier ministre, on s’inscrit dans la majorité. Quand on vote contre la confiance, on se positionne dans l’opposition. Où êtes-vous, lorsque, comme soixante-quatorze autres collègues LR, vous vous abstenez sur un vote aussi décisif ?

« Ce n’est pas la droite, la France. Ce n’est pas la gauche, la France. », disait le Général de Gaulle. Je suis un adversaire de la majorité présidentielle mais je souhaite la réussite de mon pays. Je n’ai pas voulu accorder ma confiance car l’esprit social-libéral du quinquennat et plusieurs réformes annoncées (CSG, centrales nucléaires, RSI…) sont assez éloignées de ma vision pour mon pays. Néanmoins, je n’ai pas voulu non plus voter à ce stade une défiance totale car ce que souhaite faire le gouvernement en matière d’éducation me semble aller dans le bon sens. J’ai donc opté pour la 3ème solution qui nous était proposée, sachant que l’abstention au Parlement n’est pas l’abstention au sens courant du terme : ce serait plutôt un vote blanc. Nous verrons dans un an.

Florence Portelli: « Nous avons bradé notre souveraineté »

Entretien avec la secrétaire nationale et possible candidate à la présidence des Républicains

Causeur. Vous avez récemment indiqué que vous pourriez être candidate à la présidence des Républicains – La date du scrutin a été fixée début décembre. Avez-vous pris votre décision ?

Florence Portelli. J’ai pris ma décision et je l’annoncerai prochainement. Si je décide d’être candidate, ce ne sera pas pour ajouter une ligne à mon CV mais parce que ma génération a une responsabilité dans la reconstruction de notre parti et je ne suis pas du genre à fuir mes responsabilités !

Quelle ligne défendez-vous ?

Je suis très attachée à ce que j’appelle la « vraie droite sociale », pas une droite sociale imaginaire pour utiliser un slogan ou un terme peut-être galvaudé. Une droite qui entend résorber les fractures sociales et territoriales. C’est ce que j’essaie de faire concrètement tous les jours dans ma ville de Taverny (95). Ensuite, une droite qui s’interroge, travaille et répond aux problèmes européens. Ce sont des enjeux auxquels on n’a pas répondu depuis les années 1990. Soixante ans après les premiers traités, face au départ des Britanniques et à la dissidence de l’Europe centrale, nous devons effectuer un inventaire critique de l’Union européenne. Les Républicains doivent faire ce travail et pour cela, il faut quelqu’un à leur tête qui en prenne l’initiative, sortant des querelles datant d’un demi-siècle, afin de faire le tri entre les acquis de l’Union, son bureaucratisme, son interventionnisme, qui ne sont pas acceptables et enfin les priorités d’aujourd’hui et de demain.

Vous ne prononcez pas le mot « souveraineté »…

J’ai commencé en politique au moment du référendum de Maastricht et du combat de Philippe Séguin, à l’âge de treize ans, ce qui me rend très à l’aise sur ces sujets. Nous avons bradé notre souveraineté. Et pas seulement en adoptant Maastricht. On a des jurisprudences du Conseil d’Etat, de la Cour de cassation et même du Conseil constitutionnel qui démontrent que même au niveau de nos plus hautes instances juridictionnelles, on a fait également acte de reddition. Et là-dessus, on ne pourra pas revenir. En revanche, on peut s’interroger sur l’absence de légitimité de certaines décisions européennes, sur la bureaucratisation, sur l’absence de démocratie, l’absence d’écoute des peuples, sur un mode de fonctionnement institutionnel complètement inacceptable, sur la prédominance d’un droit anglo-saxon sur un droit romano-germanique qui est le nôtre.

Je vous ai coupée. Quelle serait votre dernier chantier de travail ?

La défense des collectivités territoriales et donc des territoires. Emmanuel Macron a bien compris qu’elles constituaient le dernier contre-pouvoir face à lui. C’est sans doute pour cette raison qu’il poursuit la baisse des dotations et maintient son idée de suppression de la taxe d’habitation. Il faut donc s’y opposer fermement puisque les collectivités sont les moteurs principaux de l’investissement et les garants de la cohésion sociale grâce à certains services publics qu’elles gèrent à la place de l’Etat, complètement défaillant sur ce plan.

Au fond, l’élection d’Emmanuel Macron ne rend-elle pas caduque l’existence même des Républicains ? En sus des « constructifs » pro-Macron, 75% des députés LR se sont abstenus lors du vote de confiance au gouvernement…

On ne peut pas être chez Les Républicains et chez Macron en même temps. Je considère que certains sont déjà partis. En participant au gouvernement ou en votant la confiance, Philippe, Le Maire, Darmanin, Solère ou Lecornu ont tourné le dos à leurs engagements et sont de facto, « En marche ». Quant aux LR « tangents » ou indécis, il faut les faire revenir au bercail. Comment pourraient-ils soutenir une politique qui prévoit d’assassiner littéralement les collectivités locales, que nous avons gagnées de haute lutte dans le passé ? Il faut de la clarté. Les militants ont besoin d’une boussole. A cet égard, je voudrais rappeler que nous n’étions pas si nombreux à nous rendre sur le terrain ou dans les médias pendant les élections législatives pour porter la parole de nos candidats. C’est facile de montrer les muscles en disant : « Moi je suis vraiment de droite, je suis le plus fort et je serai un vrai leader » mais d’être aux abonnés absents quand nos candidats en avaient vraiment besoin.

Que Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez appartiennent encore au même parti alors que tout les oppose semble étrange. Echapperez-vous à la recomposition du paysage politique ?

Il y aura une recomposition. Elle sera claire et nette dès lors que nous aurons une ligne claire. On doit avoir une ligne de conduite, une ligne idéologique identifiable et ensuite ceux qui ne sont pas d’accord prennent leurs responsabilités. C’est un problème idéologique. Je ne souhaite pas entrer dans des histoires de personnes mais j’aimerais bien connaître la ligne idéologique de Laurent Wauquiez, parce qu’elle a beaucoup changé au fil du temps… Donc le problème est ailleurs, et ancien : on s’est assis sur une clarification idéologique claire. Cela remonte aux années 1990. Lorsque la droite s’est divisée sur la question européenne, lorsque Jacques Chirac a fait le choix d’Alain Juppé pour Matignon, n’assumant pas son programme alors qu’il aurait dû logiquement désigner celui qui l’incarnait, Philippe Séguin. Tout cela a été accentué lors de la fondation de l’UMP en 2002. Nous avons fusionné électoralement mais brouillé les différences idéologiques.

Faudrait-il donc revenir au RPR d’antan ?

Le RPR était géré de manière autocratique et fonctionnait sous le régime de la cooptation. Mais seule la clarification idéologique nous permettra de bâtir des alliances. Quand on est dans la fusion permanente, on est dans la confusion, sans réserves de voix ni d’alliances à sceller. Il est sain d’avoir des alliances avec des partenaires tout en affirmant son identité.

Non, le Printemps républicain n’est pas “mort-né”

Entretien avec son président Denis Maillard

Le président du Printemps républicain Denis Maillard répond à l’analyse de Kevin Boucaud-Victoire sur son positionnement politique et son actualité.

Partisans d’Emmanuel Macron au Louvre, 7 mai 2017. SIPA. 00805657_000001

David Desgouilles. Dans l’entretien publié le 30 mai dans nos colonnes, Kévin Boucaud-Victoire évoque le Printemps Républicain dans des termes que vous n’approuvez pas. Pourquoi ?

Denis Maillard. J’ai lu l’entretien avec un mélange de contentement, d’amusement et d’agacement. Les mêmes sentiments que j’ai eu en parcourant les pages que l’auteur consacre au Printemps républicain et à la Gauche populaire dans son ouvrage. C’est toujours amusant de voir racontée une histoire à laquelle vous avez participé. Il n’y a pas tellement d’erreurs mais beaucoup de raccourcis. Des personnages et des pensées sont rapprochés pour les besoins de la démonstration ; on prend appui sur tel fait ou tel texte parce que ça arrange. Par exemple, la Gauche populaire était plus composite que ce qui en est dit dans le livre et Christophe Guilluy n’en a jamais fait partie, même s’il a écrit un texte dans un ouvrage qui porte le nom de « Plaidoyer pour une gauche populaire », rédigé bien avant que le mouvement ne naisse réellement. Bref, tout ceci n’est pas une enquête, plus une convergence de signes censés servir l’analyse de l’auteur. De là un peu d’agacement. Notamment sur deux points de l’entretien : conclure que le Printemps républicain était mort-né à partir du moment où deux personnes choisissaient de s’en éloigner. Là encore que sait-il de la réalité de cet épisode ? Et tout faire tourner autour de l’un des animateurs du mouvement, en l’occurrence Laurent Bouvet, au détriment de tous les autres membres qui ont également pu s’exprimer. Au point d’ailleurs de conclure à l’inanité du mouvement par son écartèlement entre la France insoumise d’un côté et En Marche ! de l’autre ; au prix d’ailleurs d’une contrevérité lorsqu’il affirme que Laurent Bouvet a soutenu Macron. Mais passons… Je préfère m’en tenir au sérieux de l’analyse qui pour une fois, et ce n’est pas coutume s’agissant de l’objet Printemps républicain, prend au sérieux ce que nous tentons de faire. Nos analyses vont inévitablement diverger. Mais au moins la discussion a lieu.

Justement, accordez-vous de la pertinence à cette distinction entre trois gauches, libérale,  jacobine et socialiste ? Partant de là, Kévin Boucaud-Victoire touche-t-il juste en voyant dans le Printemps républicain une émanation contemporaine de la gauche jacobine ?

Dans son livre sur Les gauches françaises, Jacques Julliard distingue quatre familles : la gauche libérale, à cheval sur la frontière droite-gauche, la gauche libertaire tentée par l’anarchisme et jalouse de l’indépendance syndicale, la gauche jacobine empreinte de la toute puissance de l’Etat, et la gauche collectiviste née de la rencontre du marxisme et du mouvement ouvrier. A partir de 1971, le parti socialiste a réussi à rassembler tout ou partie de ces quatre courants. Pourtant, on ne retient généralement que la division proposée par Michel Rocard au congrès de Nantes en 1977 entre deux gauches seulement : l’une idéologique, centralisatrice et jacobine contre une autre décentralisatrice, régionaliste, autogestionnaire, faisant la part belle à la société civile et au réalisme économique. La première contre la « deuxième gauche » ; le vieux monde ouvriériste industriel contre les nouveaux mouvements sociaux mâtinés de valeurs post-matérialistes ; Jacobins contre Girondins ; athées marxisants contre catholiques sociaux ; la gauche du collectif contre celle des individus ; le monde de l’égalité contre celui de la liberté… Cette fois-ci, notre auteur nous en propose trois. Pourquoi pas ? Si je vois bien comment il fait rentrer le Printemps républicain sous l’appelation « gauche jacobine », j’ai tout de même un peu de mal à m’y retrouver. Comme si ces trois gauches naissaient à un moment donné de l’histoire et se poursuivaient sous diverses formes mais avec un ADN pur. Je crois que le Printemps républicain est précisément une tentative de repenser ce que peut être une gauche républicaine après la mort de la première gauche et l’épuisement de la deuxième gauche qui, elle, a paradoxalement essaimé entre Benoît Hamon, Manuel Valls et Emmanuel Macron.

La gauche républicaine telle que vous la décrivez – ou la gauche jacobine décrite par Kévin Boucaud -Victoire – n’est-elle pas la grande perdante de cette séquence électorale ? Et qu’en est-il de la santé du Printemps républicain que l’auteur de La Guerre des gauches annonce chancelante ?

Chancelante non – nous avons près de 500 adhérents et plus de 12 000 personnes dans le réseau alentours -, mais difficilement audible durant la séquence électorale qui a commencé en septembre dernier et qui se poursuivra  jusqu’aux législatives. Pour deux raisons simples : le Printemps républicain a choisi explicement de ne pas prendre position durant la campagne présidentielle, sauf entre les deux tours pour appeler à voter Emmanuel Macron et non pas seulement empêcher Marine Le Pen d’accéder au pouvoir. Il nous semblait que le premier permettait, même si nous n’étions pas d’accord avec lui, de poursuivre une dispute démocratique et républicaine, ce que la victoire de la seconde risquait de rendre impossible. D’où ce choix clair. Notre mouvement était de fait un peu « en sommeil » durant cette période puisqu’il n’avait pas vocation à y être présent, laissant à ses membres toute liberté pour y participer derrière le candidat de leur choix. La seconde raison est à la fois plus inquiétante conjoncturellement et en même temps porteuse d’avenir : il n’y avait dans cette campagne aucun candidat portant nos idées et dans lequel nous aurions pu nous reconnaître. La gauche républicaine telle que nous l’imaginons n’est représentée nulle part aujourd’hui. C’est donc à nous de structurer notre propre offre politique comme nous avons commencé à le faire avant la campagne présidentielle.

“Fragilisées, les classes moyennes vont fuir le camp libéral”

Entretien avec le journaliste Kévin Boucaud-Victoire (2/2)

>> A lire sur Causeur.frla première partie de cet entretien

 

La question écologique, les défis autour de la manipulation du vivant, le débat sur le transhumanisme ne peuvent-ils pas faire apparaître de nouveaux clivages et faire éclater vos distinctions entre les gauches ? Vous participez vous-même à une revue, Limite, dont les rédacteurs assument leur conservatisme et piochent davantage chez Patrick Buisson que chez François Ruffin et Frédéric Lordon.

 

Je ne sais pas si vous ferez très plaisir à Paul Piccarreta ou Gaultier Bès en leur disant qu’ils sont plus proches de Buisson que de Ruffin, qui se revendique de la décroissance ! Mais en effet, aujourd’hui, des enjeux inédits viennent s’ajouter aux anciennes questions, qui ne sont pas pour autant désuètes. Ces problématiques proviennent même de l’extension du domaine du capitalisme et de la marchandisation à tous les domaines de la vie. Je pense pourtant, à la suite de Cornelius Castoriadis, qu’« il y a longtemps que le clivage gauche-droite, en France comme ailleurs, ne correspond plus ni aux grands problèmes de notre temps ni à des choix politiques opposés. »

 

A quelles recompositions doit-on s’attendre ?

 

Je parie à terme sur un jeu à trois. Il y aurait d’abord les libéraux avec leurs différentes nuances postmodernes, progressistes, républicaines et conservatrices. C’est cette famille que Macron a, en grande partie, captée, même si LR et le PS continuent de feindre l’opposition, malgré leur objectif commun de transformer la France en nouvelle Silicon Valley. Il y a ensuite l’alliance des néo réactionnaires – qui voudraient revenir avant Mai 68 – et des identitaires. Pour finir, et c’est là où je me situe, il y aurait les radicaux qui désirent rompre avec le capitalisme et éviter le nouveau monde qui nous est promis, « celui du réchauffement climatique, de Goldman Sachs et de la Silicon Valley », comme le dit Michéa dans son dernier livre, sans pour autant revenir en arrière.

 

Mais pour avoir une chance d’exister, ces derniers doivent abandonner la religion du Progrès, qui voit comme condamnable tout ce qui est passé et s’enthousiasme devant n’importe quelle nouveauté, et doivent accepter les limites de notre monde et de notre humanité. Dans certains domaines, si ce n’est tous, il ne faut pas aller trop loin. Bref, ces radicaux devront apprendre à révolutionner tout en conservant. On comprend alors que je puisse me retrouver dans la ligne de Limite, même si je n’ai a priori pas du tout la même histoire politique que les fondateurs de la revue. Mais nous partageons cependant de nombreuses références, de Michéa à Orwell, en passant par Ellul, Bernanos, Simone Weil et Pasolini.

 

En attendant, même s’il ne présente plus aucun intérêt intellectuel, le clivage gauche-droite existe et structure à la fois nos pensées et la vie politique. Comme je ne suis pas hors-sol et ne vis pas dans le monde pur des idées, je dois en tenir compte. A l’heure qu’il est, je suis donc bien à gauche.

 

Mais dans un jeu à trois, « il faut être l’une des deux », selon la formule de Bismarck. Les libéraux se trouvant en position centrale, ne sont-ils pas sûrs de gagner à tous les coups, si les deux autres puissances persistent à se regarder en chiens de faïence ?

 

Effectivement, la démocratie représentative et la parlementarisation qu’elle entraîne – même dans un régime parfaitement présidentiel comme aux Etats-Unis – favorise le partage en deux camps. Ensuite, il faut remarquer que les libéraux gouvernent déjà depuis 40 ans grâce à leur position centrale. Par-delà leurs vernis progressistes ou conservateurs, PS et droite « républicaine » sont d’accord sur le principal : protéger l’économie de marché et aller toujours plus loin dans la mondialisation et dans la construction européenne. C’est « blanc bonnet ou bonnet blanc », pour reprendre les termes du communiste Jacques Duclos. Mais j’ai des raisons d’espérer que l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron signera la fin de cette « alternance unique » et que nous vivons une recomposition politique inédite.

 

Même si Macron a été élu, le libéralisme ne rencontre plus de vraie adhésion au sein de la population. Un sondage Libération­-Viavoice publié après le premier tour révélait que seuls 58 % des électeurs du candidat d’En Marche ! l’avaient fait par adhésion, soit, d’après mes calculs, 10,55 % du corps électoral. De même, la moitié de ses électeurs au second tour l’ont fait pour éviter le FN. Ma conclusion est que Macron a gagné parce qu’il est apparu comme le « moindre mal » par rapport au péril « communiste », incarné par Mélenchon, au danger « fasciste », représenté par Marine Le Pen, et à Fillon qui, pour un tas de raisons, faisait figure de repoussoir. Cette logique n’est pas tout à fait neuve : en 1988, Debord remarquait déjà que la démocratie libérale préférait « être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats ».

 

Mais alors pourquoi cette logique du « moindre mal » libéral ne l’emporterait pas indéfiniment ?

 

Parce que les bases électorales se réduisent comme peau de chagrin. Les classes les plus populaires, ouvriers et employés, ne votent déjà plus pour ce bloc central. C’est le « marronnage des classes populaires », de Christophe Guilluy. Ensuite, parce que le déclassement des classes moyennes, fragilisées par la mondialisation, va à terme les faire fuir le camp libéral. Ce processus a déjà commencé et a permis la victoire à la primaire de Benoît Hamon, mais aussi le score de Jean-Luc Mélenchon. La captation de ces nouvelles classes populaires (ouvriers, employés, classes moyennes précarisées) sera un enjeu électoral primordial, d’où l’importance du populisme. Coté néoréactionnaire, le virage est largement amorcé, avec un populisme identitaire, qui défend un peuple ethnique (ethnos grec) contre les étrangers et les élites mondialisées. Côté radicaux, il reste encore du travail, malgré le virage de Mélenchon, pour construire un vrai populisme social, qui s’appuie sur les classes populaires contre l’oligarchie, qui bénéficie de la mondialisation.

 

“Chevènement a eu raison trop tôt”

Entretien avec le journaliste Kevin Boucaud-Victoire (1/2)

David Desgouilles. Votre ouvrage part du principe qu’il existe, depuis deux siècles, trois gauches distinctes : la gauche libérale, la gauche jacobine et la gauche socialiste. Vous vous opposez donc à l’homme qui a largement inspiré vos publications, Jean-Claude Michéa, qui considère que la Gauche ne peut être, par essence, que libérale ?

Kévin Boucaud-Victoire. Si Jean-Claude Michéa est le penseur vivant à qui je dois le plus aujourd’hui sur le plan intellectuel, cela ne veut pas dire que je sois toujours d’accord avec lui. Pour faire simple, l’une des thèses centrales du philosophe – qu’il a cependant modérée dans son échange avec Jacques Julliard – est que le socialisme, mouvement politique ouvrier, se distingue à l’origine, et jusqu’en 1899, de la gauche bourgeoise ou petite bourgeoise. Tandis que le premier combat radicalement le libéralisme, ainsi que l’atomisation de la société qui en découle, la gauche défendait au départ les deux contre le monarchisme et le cléricalisme.

Je considère pour ma part que la gauche est le camp politique des Lumières. Le socialisme y appartient donc bien, même si je pense, comme Michéa, que cette famille a un rapport dialectique aux Lumières : si elle en accepte les idéaux émancipateurs (égalité, liberté), elle en rejette le caractère individualiste. Les deux autres familles sont la gauche libérale, qui se définit par son adhésion au libéralisme politique et qui s’organise autour de la séparation des pouvoirs, de la liberté individuelle et de la « neutralité axiologique de l’Etat » ; et le jacobinisme, attaché à la République une et indivisible, à la puissance de l’Etat, dans ses rôles régaliens et sociaux, et à une laïcité ferme. J’estime cependant que la gauche ne forme un camp uni que depuis l’Affaire Dreyfus et la naissance du Bloc des gauches en 1899. Avant, il y avait seulement des alliances de circonstances face à la droite monarchiste et cléricale.

Plutôt qu’une opposition, ma position nuance surtout celle de Michéa, tout y en intégrant d’autres travaux sur l’histoire de la gauche. Ceux de Jacques Julliard et Michel Winock en premier lieu.

Vous expliquez que les trois gauches décrites se sont recomposées ces dernières années autour de trois mouvements, En Marche ! pour la gauche libérale, le Printemps républicain pour la jacobine et Nuit Debout pour le socialisme. La présidentielle a-t-elle consacré une victoire sans appel de la première sur les deux autres ?

Ces trois mouvements sont surtout des symboles des recompositions en cours à l’intérieur et à l’extérieur des partis politiques. En Marche ! est d’abord l’aboutissement de la logique de la nouvelle gauche libérale, qui est hégémonique depuis les années 1980, mais qui ne s’assumaient, jusqu’ici, pas. Le Printemps républicain ne peut pas être mis sur le même plan : il s’agit surtout d’un mouvement intellectuel, organisé autour du politologue Laurent Bouvet. Ce mouvement n’a pas réussi à exister hors des pages de Causeur et Marianne et est aujourd’hui réduit à l’état de zombie. Il est même presque mort-né avec les départs ou renvois – selon les versions – de Céline Pina et de Fatiha Boudjahlat dès les premières semaines. Mais ce qui m’a semblé intéressant avec ce mouvement, c’est qu’il intégrait toutes les tendances de cette nouvelle gauche jacobine, que j’avais identifiées et dont finalement le principal point de convergence est la laïcité. Mais écartelée entre la France insoumise – Mélenchon reprenant une grande partie de la rhétorique jacobine – et En Marche ! – Laurent Bouvet ayant soutenu Macron –, cette gauche est la grande perdante de cette élection.

Et Nuit Debout ?

Nuit debout a regroupé en son sein toute les tendances de la gauche alternative, héritière du socialisme. Si le mouvement n’a pas réussi à prendre l’ampleur des « mouvements des places » espagnol ou américain et a totalement échoué dans ses ambitions révolutionnaires, il a été un lieu de politisation pour beaucoup et a montré à la France entière qu’il existait encore une gauche qui s’opposait au capitalisme. Certes, son existence a été éphémère mais la culture politique qu’elle a portée devrait perdurer un moment et a sûrement permis en partie le bon score de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle.

La question de la souveraineté semble traverser vos trois gauches, surtout la gauche jacobine et la gauche socialiste. Diriez-vous qu’il n’existe pas de gauche souverainiste ?

Jusqu’à présent, il y a surtout eu de l’espace pour les souverainistes à l’extrême droite. Mais la dernière présidentielle a changé la donne, puisqu’un candidat de gauche a réussi à recueillir plus de 7 millions d’électeurs avec un discours souverainiste : Jean-Luc Mélenchon. Mais vous avez raison : la gauche souverainiste est  dispersée entre chevènementistes, mélenchonistes, décroissants, « gauchistes », etc. Le résultat est que même si tous ces militants sont d’accord sur le principal : la remise en question de la mondialisation et des traités européens, perçus comme les chevaux de Troie du néolibéralisme, ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur les sujets sociétaux et politiques – comme le rapport à l’Etat et à la VeRépublique. Mais ces dernières années, plusieurs initiatives, hors des partis, ont émergé. Avec généralement à la baguette de jeunes militants, plus décomplexés que leurs aînés sur ces questions. Ils ont tenté d’unir les souverainistes de gauche. Je rapporte plusieurs exemples dans mon livre. Mais le chemin risque d’être long. Je ne désespère cependant pas : je crois que la souveraineté est, avec le populisme, le futur débat principal à gauche. Et ça a déjà commencé.

Comment expliquer l’échec de l’entreprise Chevènement en 2002 ?

Le problème de Jean-Pierre Chevènement, c’est peut-être d’avoir eu raison trop tôt. Et de s’être trop éloigné de la gauche sur les questions sociétales. Ajoutons à cela la main tendue à Pasqua et le Che est vite apparu comme un homme de droite, au sein d’une gauche qui n’aime pas qu’on brouille ses repères. Dès 2003, une partie de ses militants, dont Éric Coquerel, aujourd’hui coordinateur du Parti de gauche, quittaient le MRC, jugé coupable de « dérives droitières », pour fonder le Mouvement pour une alternative républicaine et sociale (MARS). Au-delà de ça, Jean-Pierre Chevènement a un autre défaut majeur : il parle comme de Gaulle et agit comme Guy Mollet. S’il avait été capable de rompre définitivement avec le PS, peut-être qu’à terme les choses auraient été différentes.

“Une victoire de Macron aggraverait les fractures françaises”

Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault 2/2

guillaume perrault emmanuel macron

Emmanuel Macron. Sipa. Numéro de reportage : 00802648_000017.

>> A lire aussi: “La France devrait réhabiliter le conservatisme” – Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

François Fillon a été désigné candidat de la droite en novembre 2016 en remportant la primaire. Désigné pour son conservatisme, il a ensuite chuté de manière vertigineuse dans les sondages.  Son effondrement est-il vraiment dû aux affaires ou résulte-t-il de ses positions économiques très libérales, notamment autour de la Sécurité sociale ?

Le programme économique libéral de Fillon sans contrepoint conservateur ne lui aurait pas permis de triompher à la primaire. Il a gagné dans un fauteuil en novembre pour avoir su parler de la France, de notre héritage et de la nécessité d’honorer et de transmettre le monde reçu de nos pères. Les électeurs de droite étaient si sevrés de ce discours qu’ils lui ont aussitôt marqué leur reconnaissance en l’adoubant. Lors de la primaire, Fillon a été l’instrument d’une aspiration qui le dépassait. Aussitôt désigné, les ambiguïtés de son projet sont en effet apparues à l’occasion de la question ultra-sensible de l’assurance-maladie. Après ses propos ambigus, habilement exploités par la gauche, Fillon a vérifié que la France restait un pays tétanisé de peur – non sans raisons tangibles. Ces dernières années, l’atmosphère du monde du travail s’est durcie. Défiance et amertume s’expriment jusque parmi les cadres du privé. C’est pourquoi une politique libérale trop systématique ne me paraît ni possible ni souhaitable. Il faut s’entendre sur les objectifs et les moyens. Des impôts moins écrasants, la fin des aberrantes 35 heures, des dépenses publiques raisonnables, des comptes publics au cordeau, l’armée, la police et les autres fonctionnaires encore attachés au service de l’État traités avec égards : voilà ce que le conservateur désire. Mais il n’entend pas aller plus loin et n’accorde jamais une confiance aveugle à la logique d’une idée. S’adapter aux évolutions du marché ne justifie pas tout. Comment garantir au salarié d’un grand magasin qui ne veut pas travailler le dimanche – choix respectable – qu’il n’y sera pas contraint en cas de libéralisation du travail dominical ? Tous les choix dans une entreprise ne peuvent pas être livrés à l’arbitraire d’un rapport de force. Un conservateur ne confond pas, en outre, l’éloge justifié de l’entrepreneur avec la fascination pour la puissance ou l’admiration servile de la réussite sociale.                      

Une élection du libéral intégral Emmanuel Macron aiderait-elle à constituer, en guise d’opposition, un pôle conservateur assumé, tel que vous le défendez ?

Une victoire de Macron ne ferait qu’aggraver toutes les fractures qui existent dans le pays. S’inspirer d’exemples étrangers, pourquoi pas ? Mais aucune greffe ne réussira dans notre pays si elle n’entre pas en résonance avec le génie national. Le conservateur, lui, n’a pas honte de l’exception française. Quarante générations la lui ont léguée, et un homme de tradition respecte ce qui dure. Il sait que la France ne sera jamais l’Angleterre. De même, le conservateur refuse d’envisager les innovations sous le seul rapport de l’intérêt du consommateur. Ce libéralisme-là, très peu pour lui ! Le producteur aussi a des droits, malmenés par la tyrannie du coût le plus bas. Le conservatisme est ainsi tout désigné pour offrir une identité forte à la droite qui refuserait de participer à la majorité présidentielle de Macron. Pour commencer, par pitié, n’employons plus le mot conservateur comme synonyme d’immobiliste ! C’est un contresens complet. Le conservateur le sait : la vie modifie tout autour de nous. Le temps modifie les hommes comme les nations. Rien ne reste jamais parfaitement en l’état. Le conservateur ne rêve pas d’une fixité parfaite. Il la sait impossible. Son espoir est de compenser l’altération perpétuelle de toute chose en prenant appui sur les coutumes, les mœurs, les rituels, les symboles et les institutions. Autant de remparts contre la légèreté, la présomption et la suffisance. Le conservateur n’est pas un esprit hostile à toute évolution. Il refuse en revanche de vouer un culte au bouleversement permanent. Pourquoi considérer que changer est en soi une vertu et un bien ? L’arrogance du présent, la volonté de faire table rase du passé et le blâme attaché à la nostalgie sont des sentiments qui révulsent le conservateur. Il n’y voit qu’une sotte prétention. Le respect de l’héritage est la condition d’un changement profitable. Les innovations heureuses sont des greffes prudentes qu’on opère sur un chêne vénérable qui réclame des soins respectueux. C’est le B-A-BA du conservatisme.  

Quelles personnalités pourraient l’incarner ? En voyez-vous dans la droite actuelle ? Ou doit-on se tourner vers la société civile, et lancer dès maintenant le hashtag #Polony2022 ?                                                                                                  

Déposez-le toujours à l’INPI, on ne sait jamais. La droite, en tous cas, si elle veut survivre, doit retrouver la dignité d’une famille de pensée avec un corpus doctrinal. L’arrachement au passé que nous subissons depuis les années 1970 fait songer à ce qu’ont vécu les Français pendant la Révolution, ou au lendemain de la Grande Guerre. Non une simple évolution, mais une accélération brutale de l’histoire, la fin de tout sentiment de continuité, la disparition d’un monde. La vitesse et la violence de la dégradation que nous endurons suscitent une intense inquiétude dans le pays. Allons-nous perdre le trésor – historique, culturel, affectif – transmis par nos aînés ? On croyait cet héritage acquis pour toujours et on en jouissait en fêtard, négligemment, sans mesurer son prix ni les efforts qu’il avait coûtés à ceux qui nous précédèrent et avaient fait de nous ce que nous sommes. Voilà soudain qu’on le découvre fragile et mortel. Voilà pourquoi les conservateurs offrent une réponse aux anxiétés identitaires et culturelles du pays. Les conservateurs entendent préserver et réparer ce qui peut l’être dans une France chamboulée de la cave au grenier par l’application, depuis près d’un demi-siècle, des thèses des radical sixties nées sur les campus américains et qui ont ensuite déferlé sur tous les pays occidentaux. Une majorité de Français de tous milieux sociaux, je le crois profondément, sont prêts à les entendre.

“La France devrait réhabiliter le conservatisme”

Entretien avec le journaliste du “Figaro” Guillaume Perrault (1/2)

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Dans un pays où la grande majorité des Français se veut progressiste par habitude et conformisme, et une minorité agissante s’assume réac, d’où vous vient le cri du cœur de votre livre Conservateurs, soyez fiers ! (Plon, 2017)?

Je ne supporte plus que ce mot de « conservateur », un des plus beaux de la langue française, soit péjoratif pour la plupart de nos concitoyens. Dans l’imaginaire national, être conservateur paraît une tare, un déshonneur. Aux yeux de beaucoup, conservateur signifie fermé, dur, rigide, frileux et routinier. C’est un reproche et un blâme qu’on lance à la figure pour vous faire douter de vous-même et vous discréditer. Il y a là une exception française très pénible. Dans le monde anglo-saxons, au contraire, les conservateurs portent beau et ont pignon sur rue. En Grande-Bretagne, être conservateur est valorisant. Le Parti conservateur s’appelle ainsi depuis 1834 sans discontinuer. Rien de tel en France. Depuis un siècle, dans notre pays, plus personne ne se revendique comme conservateur. Le phénomène s’est accéléré depuis une quarantaine d’années. L’expression de guerre des Anciens et des Modernes n’est plus pertinente, car elle suppose des belligérants qui s’affrontent. Or, du côté des Anciens, il n’y a plus de belligérants depuis les années 70. La tradition s’est effondrée. Le changement est devenu la passion exclusive qui domine les esprits sans partage. Les conservateurs ont été tournés en ridicule, caricaturés en vieux chnoques et diffamés. Or, l’aversion pour les conservateurs, l’hostilité que ce mot suscite n’ont aucune cause rationnelle, aucun fondement logique. Au sens strict, conserver signifie préserver de la destruction, ne pas laisser un bien précieux se dégrader ou mourir. « Cette mère a été soigneuse, vigilante, conservatrice du bien de ses enfants », indique comme exemple le dictionnaire Littré. N’est-il pas inquiétant qu’un mot si noble soit devenu objet de sarcasmes? Le conservateur veut préserver et transmettre. Être conservateur, c’est considérer avec piété l’héritage qu’on a reçu en dépôt, apprécier sa valeur, lui prodiguer ses soins et vouloir le remettre intact à ses successeurs. Une telle sensibilité représente une boussole pour l’action politique et l’art du gouvernement.

Penchons-nous sur la droite française. Vous regrettez que le mouvement gaulliste change souvent le nom des partis qui la représente, au contraire de ses homologues étrangères, ou même de la gauche française. Cette particularité n’est-elle pas la conséquence de sa volonté de soumettre les partis à l’intérêt général et la nation, attitude paradoxalement plus conservatrice qu’il n’y paraît ?  

Je ne l’interprète pas ainsi. Depuis la Libération, le parti gaulliste a en effet changé sept fois de nom. Sept fois en l’espace d’une seule vie d’homme ! Cette frénésie lexicale n’est pas bon signe. Lorsqu’on se révèle si peu attaché à son nom, on finit par ne plus savoir qui on est. Dans notre pays, à droite, en raison du legs bonapartiste, le parti est perçu comme un instrument au service d’un chef. Lorsqu’un nouveau leader s’affirme, il lui paraît tout naturel de débaptiser son parti pour affirmer son emprise sur l’appareil comme si c’était sa propriété personnelle. En Grande-Bretagne, au contraire, les différents courants du parti conservateur sont tenus par un héritage qui les dépasse et qui discipline leurs affrontements. Regardez la façon remarquable dont le Parti conservateur a fait face au résultat inattendu du référendum sur le Brexit. Nous n’avons pas affaire seulement, outre-Manche, à une structure partisane ou à un cartel d’élus professionnels, mais à une véritable famille de pensée qui surplombe ses leaders successifs. J’admire sur ce plan la droite britannique. Le problème de la droite française est qu’elle s’est définie en grande partie, depuis 1945, non par rapport à des idées, mais pour ou contre une personne d’exception (de Gaulle). Depuis la disparition de l’intéressé, en 1970, cette sensibilité ne sait plus se nommer et se définir. On devrait s’attacher moins aux personnes, si importantes soient-elles, et davantage aux traditions qui les dépassent et les nourrissent. C’est pourquoi redonner ses lettres de noblesse au conservatisme, expliquer ce que veut dire ce mot, me paraît si salutaire pour l’avenir de la France.

Russell Jacoby fustigeait « cette droite qui vénère le marché et qui déplore les effets qu’il engendre ». N’est-ce pas l’écueil du conservatisme libéral, si bien analysé pays par Jean-Claude Michéa ?                                             

Il existe entre le conservateur et le libéral une tension évidente. Mais qu’entend-on par libéralisme ? Ce terme suscite de nombreux malentendus. Au plan politique, le libéralisme est une pensée attachée à défendre les droits de l’individu contre les ingérences de l’Etat et les pressions de la majorité. Pour atteindre cet objectif, le libéralisme distingue les sphères (publique et privée) et les pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire). Le conservateur adhère à cet idéal, à condition cependant que l’individu ne devienne pas un absolu. Le principe des droits et libertés doit être équilibré par le principe d’autorité. « Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons », résumait Valéry en une formule que Pompidou aimait à citer. Au plan économique, un libéral peut être défini sommairement comme un partisan de la liberté de l’individu de préférence à la réglementation par l’Etat. Il fait confiance à l’initiative privée plutôt qu’à l’intervention de la puissance publique. Qu’en pense le conservateur ? Son idéal social est le travailleur indépendant, la profession libérale, le petit patron. Il souffre de voir la France leur accorder si peu de considération. Qui n’est pas son propre patron ne peut comprendre ce que ce choix exige d’efforts. Certes, médias et politiques vantent les mérites des grandes entreprises. Mais le respect qui entoure les grands patrons depuis les années 80 ne s’étend en rien aux dirigeants de TPE-PME. On ne compte plus, de surcroît, les hauts fonctionnaires partis pantoufler dans les plus importants groupes privés, ce qui renforce leur consanguinité avec la puissance publique et éloigne encore plus l’aristocratie du privé de l’humble foule des petits patrons. Lorsque travailleurs indépendants et dirigeants de TPE-PME entendent médias et intellectuels vitupérer le libéralisme alors qu’eux-mêmes sont écrasés de charges, d’impôts et de réglementations parfois absurdes, ils sont ulcérés et moi aussi !

Certes. Mais cela ne répond pas vraiment aux objections de Jacoby et Michéa…

En effet, les auteurs de grande valeur que vous évoquez ont tout autre chose à l’esprit quand ils emploient le mot de libéralisme. Michéa observe que le libéralisme dogmatique partage avec le marxisme des affinités paradoxales. Les deux familles de pensée ont en commun la foi dans le mouvement, l’imaginaire du progrès. L’histoire leur paraît une marche vers un avenir nécessairement meilleur, le récit de l’émancipation de l’homme de tous les liens qui l’entravent. Aussi, libéralisme dogmatique et marxisme abhorrent l’un comme l’autre le conservatisme. Et il vrai qu’aujourd’hui, chacune des communautés humaines qui faisaient obstacle à l’épanouissement sans entrave du désir du consommateur – la famille, les corps intermédiaires, la nation – est disqualifiée et affaiblie. L’extension des rapports de l’offre et de la demande à tous les domaines de la vie a sapé les valeurs (sens de l’honneur, amour du travail bien fait, dévouement à la collectivité) qui préexistaient à l’économie libérale et qui lui avaient permis de donner le meilleur d’elle-même. Il suffit de présenter tout progrès du marché comme une victoire de la liberté individuelle pour faire taire les sceptiques. C’est le triomphe de ce qu’on appelle la mentalité « libérale-libertaire », fusion d’un néo-libéralisme désormais délivré de tout ancrage national et du gauchisme. Le terme de libéralisme désigne ainsi désormais des réalités si différentes qu’il faudrait trouver un nouveau mot pour dissiper tout malentendu. Si l’on ne fait pas ce travail de définition, aucun dialogue fécond n’est possible.

La deuxième partie de l’entretien arrive bientôt…

« L’Union européenne s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande »

Entretien avec Coralie Delaume et David Cayla

Dans le prologue de votre livre, vous dévoilez un secret de fabrication. Le titre de l’essai a été décidé à l’achèvement de vos travaux. Ces derniers vous ont donc convaincus que l’agonie de l’Union européenne est proche ?

Coralie Delaume : Non, mais ils nous ont très largement confirmés dans notre hypothèse initiale. Et si cela n’avait pas suffi, ce qui s’est passé en Belgique alors que nous mettions la touche finale, à savoir la révolte du social-démocrate wallon Paul Magnette contre la signature du traité de libre-échange euro-canadien CETA, aurait achevé de nous convaincre que l’Europe était définitivement entrée en phase d’agonie. Évidemment – et pour tout dire on n’en doutait guère – les Belges ont fini par rentrer dans le rang. Pour autant, on sent que désormais, les départs de flamme peuvent se produire n’importe quand et provenir de n’importe où. Jusqu’au jour où l’un d’entre eux, moins maîtrisable que les autres, fera s’embraser l’ensemble. Sera-ce une sortie inopinée de l’Italie de la zone euro, ainsi que l’ont prévue tout à la fois Joseph Stiglitz et le patron du célèbre institut économique allemand Ifo ? Ou une victoire du PVV ( Parti pour la liberté) aux législatives néerlandaises de mars 2017 ? Difficile à anticiper. Mais l’épisode « Wallonie contre CETA » n’était pas prévisible non plus.

David Cayla : Quoi qu’il en soit, le « combo » crise grecque de 2015 / vote sur le Brexit de 2016, signe vraiment – ça on le savait déjà avant de prendre la plume – la mise en route d’un processus de désagrégation. Celui-ci commence, pour des raisons qu’on développe dans l’ouvrage, par les périphéries. Périphérie Sud pour la Grèce, car même si elle n’a pas quitté la zone euro, le simple fait que cela ait été envisagé – pas par elle-même d’ailleurs mais surtout par les Allemands – a enfoncé un coin dans le mythe de l’irréversibilité de l’euro. Périphérie Ouest pour la Grande-Bretagne, avec une décision de sortir qui change considérablement les perspectives d’avenir. L’Europe n’avait fait jusque là que s’élargir. Pour la première fois, elle se rétracte. C’est un événement décisif, quoique certains aient pu dire pour en minimiser la portée.

Coralie Delaume : Et puis, la Grande-Bretagne reste la plus vieille démocratie du monde. Le fait qu’elle décide d’assumer pleinement sa souveraineté nationale a valeur d’exemple.

Vous démontrez qu’il est finalement assez facile de désobéir à l’Union européenne, citant notamment le couple Chirac-Schroeder sur les déficits excessifs ou un petit pays comme la Hongrie aujourd’hui. Finalement, n’est-ce pas une solution plus commode que l’activation de l’article 50 que les électeurs britanniques ont décidée ?

Coralie Delaume : Les Britanniques ont fait les choses très proprement. Leur choix a d’ailleurs surpris car n’étant pas ni dans l’euro ni dans Schengen, ayant obtenu des « opt-out » (des dérogations) dans plusieurs domaines, ayant refusé de signer le Pacte budgétaire européen introduisant une règle d’or dans le domaine des finances publiques, ils semblaient avoir une situation très privilégiée au sein de l’Union. Du coup, Hubert Védrine va jusqu’à dire que le vote sur le Brexit de juin 2016 était « un vote absurde ». Nous pensons que c’est minorer deux choses. D’une part l’attachement très fort de la Grande-Bretagne au principe de la « souveraineté parlementaire », qui l’a conduite à envisager l’idée même de supranationalité avec une très grande défiance. Dans les débats préalables au référendum, la question de la soumission du pays à la jurisprudence de la CJUE (la Cour de justice de l’Union), et de la primauté du droit communautaire sur les droits nationaux, a tenu une place importante. Le droit de l’Union, le caractère « quasi-constitutionnel » des traités, la production incessante de jurisprudence par la Cour, sont moins bien connus que les questions économiques. C’est pourtant décisif car ça pose la question même de la démocratie. C’est pourquoi nous y consacrons un chapitre entier dans notre livre. Des trois institutions communautaires supranationales (Commission, Banque centrale européenne, CJUE), la dernière est entourée de la plus épaisse « cape d’invisibilité » selon les mots de sociologue Antoine Vauchez. Nous avons essayé de lever une partie du voile….

David Cayla :  L’Union européenne s’apparente de plus en plus à un projet d’intégration continentale sous férule allemande. Son centre de gravité n’a de cesse de se déplacer vers l’Est. C’est flagrant économiquement, tous les pays méditerranéens étant en train de décrocher, sous les effets de la « polarisation » générés par le fonctionnement du Marché unique. La France, si nous n’y prenons garde et si les choses continuent sur cette trajectoire, finira elle-même par devenir un pays périphérique. C’est vrai aussi politiquement, et les représentants de l’Europe de l’Est et du Nord sont de plus en plus présents au sein des institutions communautaires. Quant au « couple franco-allemand », on est en droit de se demander s’il a encore la moindre réalité. Dès 2012, la politiste allemande Ulrike Guerot expliquait que la Pologne était « la nouvelle France pour l’Allemagne ». Le spécialiste américain de l’Europe Tony Corn explique par ailleurs dans Le Débat : « Pour Berlin comme pour Varsovie, la stratégie non déclarée est de substituer au « Big Three » (Allemagne, France, Angleterre), un « triangle de Weimar » (Allemagne, France, Pologne) dans lequel l’Allemagne serait primus inter pares ». On peut sans doute comprendre, dans ses conditions, que la Grande-Bretagne ait éprouvé le désir de céder à l’appel du grand large…

Selon vous, la prochaine crise de l’euro sera-t-elle fatale à la monnaie unique européenne ? Finalement, cette dernière n’a-t-elle pas montré qu’elle était capable de survivre à la plus grande crise financière depuis quatre-vingts ans ?

David Cayla : La Banque centrale européenne s’est montrée capable d’un grand pragmatisme en plusieurs occasions. Elle a su se prêter à une interprétation hétérodoxe des traités et mener une politique accommodante visant à éviter l’entrée de l’eurozone en déflation. Cela n’a pas manqué d’ailleurs de provoquer des tensions avec les dirigeants allemands de la Bundesbank, qui ont résisté à toute force. La BCE s’est également montrée féroce pendant toute la durée de la crise grecque de janvier à juillet 2015. C’est son action, pour une large part, qui a provoqué la reddition de Tsipras après que les banques hellènes ont été délibérément mises à genoux. Le problème c’est qu’en prenant de sa propre initiative des décisions aussi lourdes, la Banque centrale européenne sort du champ technique et se transforme en acteur politique à part entière. Or une Banque centrale qui n’est soumise à personne (puisqu’elle n’est adossée à aucun État), qui ne rend de comptes à personne….ça pose quand même un problème démocratique majeur. Dans un futur proche et pour répondre à votre question, il est probable que l’efficacité de la politique monétaire finisse par atteindre ses limites. La BCE ne peut pas tout. Les taux d’intérêt sur les dettes souveraines sont en train de remonter, les phénomènes de polarisation conduisent à une divergence de plus en plus grande des trajectoires économiques des pays. Tous les économistes le savent : l’euro en l’état n’est pas viable. Certains, comme Michel Aglietta, proposent des transferts budgétaires massifs. D’autres, comme Olivier Passet, proposent de renégocier les traités. Nous nous attachons pour notre part à démontrer pourquoi il est illusoire d’espérer que de telles solutions soient jamais mises en œuvre….

Constater que la crise des migrants a davantage fait que l’austérité pour précipiter l’agonie de l’Union européenne ne titille pas les essayistes classés à gauche que vous êtes ?

Coralie Delaume : Pourquoi ? Il y aurait des questions politiques classées à gauche comme l’économie, et d’autres classées à droite comme les migrations ? La crise migratoire est une crise majeure qui a joué un rôle de révélateur. Comme nous l’expliquons, elle a montré que le principe intangible de la libre circulation des personnes, l’une des « quatre libertés » garanties par le Marché unique, pose des problèmes auxquels l’Europe n’a pas forcément réfléchi, obnubilée justement par l’objectif de s’intégrer économiquement, et ne voyant dans la circulation sans entrave des hommes qu’une manière de faire circuler le facteur de production « travail ». De plus la crise des migrants a souligné avec une intensité inédite l’incapacité des pays européens à coopérer, alors qu’ils sont engagés depuis plusieurs décennies dans un processus d’intégration supranationale qui génère en lui-même de la divergence et fabrique de la compétition. Il faut dire que cette crise a eu la particularité de se déclencher brutalement et de toucher tous les pays en même temps, alors que les politiques d’austérité sont plus lentes à produire leurs effets, et les produisent de manière très différenciées selon les pays. Il ne faut pas minorer pour autant l’impact de l’austérité et la manière dont celle-ci a contribué à rendre le problème insoluble. Les deux principaux pays d’entrée des flux migratoires sont la Grèce et l’Italie. En somme, il s’agit d’un pays dont l’économie a été volontairement pulvérisée et d’un autre pays, l’Italie, dont la croissance n’a pas bougé d’un pouce depuis 2000, c’est à dire depuis la mise en place de l’euro. C’est à eux qu’on demande prioritairement de faire face. Et on s’attend à ce qu’ils y parviennent ?

Angela Merkel demeure encore très populaire dans son pays malgré la montée de l’AfD et de Pegida. Sa réélection probable n’est-elle pas porteuse du statut quo pour quelques années encore ?

Coralie Delaume : Difficile à dire. D’abord parce qu’il y a d’autres élections importantes en 2017 comme les législatives aux Pays-Bas et la présidentielle française. Dès 2018 se tiendront également les législatives italiennes (si elles n’ont pas lieu en anticipé d’ici-là). L’Allemagne se positionnera forcément par rapport à ce qui se passera dans son voisinage. D’ailleurs, elle peut tout à fait durcir encore ses positions… Sur le plan intérieur, il faut aussi savoir que le parti de la chancelière, la CDU, devra trouver des partenaires de coalition pour former un gouvernement. Or là comme ailleurs, le paysage politique se fragmente. Les alliances seront peut-être difficiles à nouer, la question européenne étant évidemment appelée à jouer un rôle important dans les marchandages entre formations. La Fin de l’Union européenne – Editions Michalon

“Désobéir aux traités européens sans sortir de l’UE serait dangereux”

Entretien avec François Asselineau

En 2012, vous n’aviez pas pu réunir les cinq-cents parrainages d’élus nécessaires pour être candidat à la présidence de la République. Compte tenu du durcissement législatif des conditions pour les obtenir, quelles sont les raisons qui vous poussent à croire que vous réussirez en 2017 ?

Nous ne comptions que 707 adhérents fin 2011. Nous avons désormais plus de 14150 adhérents et au rythme actuel, il est possible que nous dépassions les 15000 d’ici à la mi-janvier 2017. Cela fait de l’UPR le 5ème ou 6ème parti de France en nombre d’adhérents et l’un des tout premiers en nombre de militants. Or il faut beaucoup de démarcheurs sur le terrain pour récolter les parrainages. Il faut savoir que les maires, principaux détenteurs du pouvoir de parrainage, sont très réticents à parrainer. Environ 60% d’entre eux refusent de parrainer quiconque. Seulement 20% de ceux que nous contactons acceptent de nous recevoir. Et moins de 10% de ceux que nous rencontrons acceptent de me parrainer, le plus souvent d’ailleurs au bout de la deuxième ou troisième visite. Un simple calcul permet de conclure que nous devons passer environ 25000 appels téléphoniques et effectuer quelque 10000 à 15000 visites pour obtenir ces fameux 500 parrainages. Seul un parti structuré, avec une puissante force de démarcheurs très motivés, peut opérer ce travail de Titan. Nous n’avions pas cette force militante en 2011. Nous l’avons maintenant.

Au passage, cela montre que beaucoup de ceux qui se déclarent candidats n’ont strictement aucune chance d’obtenir les 500 parrainages, car le simple fait d’être une personnalité connue ne suffit pas, loin s’en faut ! Lire la suite

« Si Guaino et Dupont-Aignan devaient travailler ensemble, cela aurait de l’allure ! »

Entretien avec Jean-Philippe Mallé, député PS de 2012 à 2014

 

Suppléant de Benoît Hamon en juin 2012 et à ce titre député entre cette date et septembre 2014, vous avez claqué la porte du PS l’an dernier. Dans un entretien accordé à Marianne, vous expliquez ne plus croire au clivage droite-gauche. Quel est selon vous le(s) clivage(s) qui devrai(en)t structurer la vie politique aujourd’hui ?

Jean-Philippe Mallé : Je n’ai pas claqué la porte du PS : j’en suis parti, il y a plus d’un an, sans faire de bruit et j’ai rejoint République moderne, l’association présidée par Jean-Pierre CHEVENEMENT, que j’anime dans les Yvelines.

J’ai bien conscience que les notions de droite et de gauche, héritées de notre histoire, sont ancrées dans notre vie politique ; elles organisent cette dernière de façon binaire car elles sont fonctionnelles et pratiques : l’ordre et l’autorité seraient à droite quand le mouvement et la justice sociale seraient à gauche.

Une objection, cependant, à ce bel ordonnancement : l’examen de la vie politique en France de ces trente dernières années, avec sa succession de gouvernements de droite et de gauche brouille les lignes. L’épreuve du feu, en politique, c’est l’exercice du pouvoir qui agit comme un révélateur : on ne peut, en effet, se contenter des bonnes intentions affichées et en rester à de pures spéculations intellectuelles. Lire la suite