Retourne à ta cuisine, Audrey !

Jeudi soir, on enregistrait le dernier « On n’est pas couché » de 2011. L’un des invités, Stéphane Guillon en assurait dès hier la publicité par un tweet :« Demain soir, dans ONPC, je réponds à Audrey Pulvar en imitant Montebourg… ». Emmanuel Beretta, spécialiste des médias au Point, remettait une couche trois heures plus tard :« Accrochage Pulvar/Guillon hier sur le tournage de Ruquier à propos de France Inter. Guillon a fini par imiter Montebourg. Pulvar vexée. » Cette dernière, qui twitte aussi, tempérait cette nuit :«  je n’ai aucune envie d’ajouter l’ébullition à cette tempête dans 1 verre d’eau. Question d’élégance. »

Par chance, cette émission est enregistrée en public, ce qui nous a permis de recueillir des informations. C’est lorsque Guillon est passé dans le fauteuil que tout a commencé. Natacha Polony a débuté en déplorant le politiquement correct de son spectacle et donc du DVD dont il était venu faire la promotion. Le comique qui, à l’instar de Michael Youn il y a quelques années devant Eric Naulleau, aime qu’on rie de tout sauf de lui, n’a pas goûté la chose. Interrompant sans cesse la chroniqueuse, il a fini par la qualifier de maîtresse d’école, sans qu’on sache qui était le véritable destinataire du compliment, Polony ou les institutrices. Là dessus, Audrey Pulvar prend la parole. Guillon attend sans doute que la femme de gauche vienne à sa rescousse alors qu’il vient d’être attaqué par les forces de la Réaction. Manque de bol, elle explique qu’il se laisse aller à une légère monomanie à propos de son éviction de France Inter. C’est là que, pour répondre à la chroniqueuse, il choisit finalement d’imiter -et plutôt mal- Arnaud Montebourg. Classe ! Audrey Pulvar aurait pu en rire. A mon humble avis, c’est ce qu’elle aurait dû faire, comme elle l’avait fait un peu plus tôt dans l’enregistrement de l’émission lorsqu’il avait été évoqué son lien avec le député de Saône et Loire. Mais elle a du caractère, Audrey. Et au lieu de la jouer profil bas, comme le lui avait reproché gentiment mon ami François Miclo il y a quelques mois, elle n’a pas laissé passer, au risque d’apparaître vexée, selon les sources d’Emmanuel Berretta.

En fait, Pulvar était moins vexée qu’énervée. Marre de tout ce qu’elle entend depuis des jours, sur ses supposés conflits d’intérêt1, marre qu’on la renvoie à son statut de « femme de » alors qu’elle a été journaliste avant de connaître Montebourg, et qu’elle était déjà connue pour ne pas avoir la langue dans sa poche. Pour la première fois, Audrey Pulvar a réagi aux attaques dont elle est la cible de la part du tout-Paris-éditorialiste-masculin.

Bien que parfois étiqueté « macho de garde », je la comprends, moi, Audrey. Et je m’étonne que les fameuses associations féministes de la nouvelle génération, au lieu de se ridiculiser à la télé ou vouloir supprimer mademoiselle des formulaires administratifs, ne viennent pas à son aide, au nom d’une sororité de bon aloi. Quant à Stéphane Guillon, l’homme de gauche, le Jean Moulin de l’anti-sarkozysme, le maquisard entré en guerre contre la Réaction, est-il conscient du message qu’il envoie ? Une femme serait donc disqualifiée pour être chroniqueuse dans une émission de grande écoute et juger de l’action politique, d’une chanson ou d’un spectacle vivant ? Elle ne serait bonne qu’à  faire la tambouille à monsieur -n’est-ce pas, Audrey Pulvar- ou éventuellement à faire la classe en école primaire -n’est ce pas Natacha Polony- ?  Allons plus loin. Il se trouve qu’un autre gentleman incompris, Alain Soral, a eu la délicatesse de renvoyer Stéphane Guillon à sa compagne, dans un passé récent. Se placer sur le même terrain boueux, est-ce bien digne du progressisme dont il se réclame ?

En fait, Stéphane Guillon, si heureux d’être adoubé par Guy Bedos, a définitivement tombé le masque. Lorsqu’on dit de lui qu’il est politiquement correct, c’est lui faire beaucoup d’honneur et il devrait remercier son interlocutrice. Car il est seulement -et désespérément- nombriliste.

 

  1. De quel intérêt, parle t-on, d’ailleurs, puisque ces deux là ne sont même pas mariés et vivent, comme dirait ma grand-mère, dans le péché.

Toi aussi, écris à Martine Aubry!

C’est plus fort qu’elle. Lorsqu’on lui envoie une lettre, il faut qu’elle la rende publique, qu’elle la donne à la presse. Martine Aubry a ainsi réitéré la mauvaise manière qu’elle avait faite il y a quelques mois à Arnaud Montebourg, son secrétaire national à la rénovation lorsque, dans un courrier pourtant confidentiel, il lui présentait son rapport sur la fédé des Bouches du Rhône.

Le député de Saône et Loire a fait preuve d’une grande naïveté -ou alors c’est un coup de billard à trois bandes bien risqué-  lorsqu’il a écrit par un courrier tout aussi privé de ne pas renouveler dans le Pas-de-Calais l’erreur provençale. Mal lui en a pris. Cette missive là n’a pas attendu quelques semaines pour se retrouver dans toutes les rédactions françaises. Mieux ! Aubry a même évoqué le sujet en pleine présentation des candidats socialistes aux législatives de juin prochain. Fustigeant l’ego de celui qui lui a taillé des croupières lors de la primaire socialiste avant de choisir François Hollande au second tour, elle a volé au secours de cette figure d’avenir dont l’honneur aurait été sali par Montebourg : Jack Lang. Ce dernier, qui n’avait pas souhaité se soumettre au vote des militants dans sa circonscription du 6-2, venait pourtant d’être privé par le parti de point de chute pour juin. Mais, promis, on lui promet une nouvelle terre d’élection. En ce dimanche, une rumeur enflait sur la possibilité de voir Lang atterrir dans les Vosges qui, certes, en ont vu d’autres mais qu’on pourrait songer tout de même à épargner de temps à autre1. Après tout, les hiérarques du PS ont peut-être décidé d’investir les illustres habitants de la Place des Vosges dans le département éponyme ? Et DSK ? Epinal ou Saint-Dié ?

En attendant, il nous reste à souhaiter un bon courage à François Hollande qui va devoir mener sa campagne avec une Première secrétaire bien décidée à lui savonner la planche. D’ailleurs, des esprits affûtés ont remarqué qu’elle avait évoqué l’importance de la victoire… en Juin. La présidentielle, pour elle, c’est devenu secondaire.

Quant à ceux qui souhaitent connaître leur quart d’heure wahrolien, qui rêvent de voir leur prose reproduite dans la presse nationale, nous ne pouvons que leur conseiller d’écrire à Martine Aubry et de ne pas omettre d’ajouter sur l’enveloppe la mention « Confidentiel ». Il semble que cette méthode soit plutôt efficace.

  1. Un bon esprit de mes amis, constatant que cette rumeur prenait de l’ampleur, s’alarmait aujourd’hui à ce sujet :« la série noire continue depuis les invasions des Huns, la Guerre de Trente ans, deux guerres Mondiales, la tempête de 1999 et la mort de Philippe Séguin ». Peut-on franchement lui donner tort ?

Quand Marie-La-France fait la leçon à une ministre

Ce lundi soir, alors que Standard and Poor’s venait de mettre sous surveillance les derniers détenteurs AAA de la zone euro, Yves Calvi avait concocté un plateau intéressant. Pour commenter l’accord Merkel-Sarkozy, une ministre, NKM, un représentant du Parti socialiste, Arnaud Montebourg, accusé de germanophobie depuis quelques jours, Laurent Joffrin et Alain Lamassoure parce qu’il faut quand même s’emmerder un minimum dans ce genre d’émission et, last but not least, Marie-France Garaud.

Marie-La-France, comme elle fut jadis surnommée, s’est occupée de Nathalie Kosciusko-Morizet, sous l’oeil ravi et approbateur d’Arnaud Montebourg. Elle lui a donné une leçon en trois temps, la reprenant comme un professeur intransigeant devant une élève médiocre.

1er temps : NKM évoque Bismarck, l’homme qui a fait la guerre à la France. Garaud lui rappelle que c’est la France qui a déclaré la guerre à l’Allemagne de Bismarck en 1870. Au passage, elle rappelle que le chancelier est considéré comme un héros en Allemagne. NKM est recalée en histoire.

2e temps : NKM  évoque le fait que Nicolas Sarkozy a réussi à s’opposer à la volonté d’Angela Merkel, qui  souhaitait que les budgets soient soumis à la cour de justice européenne. Garaud la coupe : »Elle ne pouvait pas ! La Cour de Karslruhe le lui interdit ! » Et ajoute devant sa jeune élève « L’Allemagne joue au billard à trois bandes, pendant que la France joue à la pétanque ». Citation de la soirée, à l’évidence. Géopolitique : NKM recalée.

3e temps : NKM évoque sa définition de la souveraineté la réduisant à la « capacité à agir ». Marie-France Garaud  rappelle à la ministre son grand-père Jacques Kosciusko-Morizet, qui avait travaillé avec elle sur les accords de Maastricht en 1991. « Ce n’est pas parce qu’on supprime les panneaux indicateurs sur les routes qu’elles cessent de nous conduire là où elles vont », aurait dit l’ancien ambassadeur du Général, à propos de la suppression in fine du terme « à vocation fédérale » prévu initialement dans le Traité. Jacques aurait donc dit à la petite Nathalie que, du fait de la monnaie unique, la souveraineté de la France était déjà bien entamée par cette notion fumeuse de souveraineté partagée et qu’elle était aussi recalée en droit constitutionnel.

Montebourg s’est régalé  de compter une alliée si précieuse face à la représentante du gouvernement. Plus tard, il s’est payé le luxe d’évoquer la célèbre citation du Général de Gaulle sur la politique de la France et la Corbeille. Ils ont terminé la phrase en choeur. Marie La France s’est également autorisée une petite pique en direction de son allié d’un soir, lui reprochant d’avoir approuvé le traité de Maastricht. D’un geste de la tête, Montebourg a fait amende honorable. Décidément, c’était une bien belle émission.

Moi, gaulliste, souverainiste, je participerai à la primaire le 9 octobre

On pourrait croire que, soutenant ouvertement la candidature directe d’une personnalité à l’élection présidentielle et non située à gauche par les observateurs, l’idée de participer à la primaire socialiste ne m’effleurerait pas l’esprit plus de trois secondes. Ce serait une erreur. Non seulement, j’y participerai, mais je me sens légitime de le faire et ce sera par conviction. Etonnant, non ?

J’y participerai parce qu’elles existent. Certes, j’ai déjà mis en garde contre ce processus, que je trouve néfaste et même dangereux pour nos institutions. Mais, après tout, je vais voter pour la présidentielle tous les cinq ans alors que j’étais opposé au raccourcissement du mandat présidentiel1. La Ve République a déjà été pas mal amochée successivement par Valéry Giscard d’Estaing2, par François Mitterrand3, par Jacques Chirac4 ou Nicolas Sarkozy5. Ce n’est pas une évolution néfaste de plus, laquelle se trouve d’ailleurs en cohérence avec toutes les autres, en américanisant  notre vie politique, qui devrait m’envoyer sur une île politique déserte, fut-elle symbolique.

Je me sens légitime d’y participer, malgré la fameuse déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche. Je suis gaulliste et certains persistent même à me désigner comme souverainiste, ce que j’accepte de bonne grâce, même si ce qualificatif me semble réducteur. A ce stade, mon ami Laurent de Boissieu me taperait sur l’épaule et me dirait que le gaullisme ne se trouve ni à droite ni à gauche. Mais que faudrait-il en conclure ? Que, je ne devrais donc pas davantage participer à une primaire de gauche en 2012 qu’à une, organisée par la droite, en 2017 ? Ou que, le gaullisme se plaçant non entre la droite et la gauche mais au dessus, il m’appartient de me préoccuper des deux ? Cher Laurent, je privilégie la seconde solution. Et je vais même pousser l’audace plus loin. Ces fameuses valeurs de gauche et de la République, ce projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire, j’y adhère totalement. Tout comme je m’engagerais volontiers derrière des valeurs de droite et de la République, un projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de responsabilité et de progrès économique, ce qu’on me demanderait en cas de primaire dans l’autre camp. Mieux encore, je me sens davantage légitime pour les défendre que bon nombre d’adhérents du PS ou de l’UMP (et ses prédécesseurs) lesquels les foulent au pied depuis une trentaine d’années.

J’irai voter avec convictions. Il n’est surtout pas question de tactique de bas étage, comme le feront quelques militants UMP désoeuvrés et souhaitant influencer le résultat en votant pour celui qu’ils pensent le plus conforme aux intérêts de Nicolas Sarkozy. Je voterai en fonction des idées qui m’ont été présentées. Et il n’est pas un secret de révéler que celles d’Arnaud Montebourg se rapprochent le plus des miennes. Le député bressan a d’ailleurs participé dernièrement à un colloque sur le protectionnisme en compagnie de Jean-Pierre Chevènement, pour lequel je m’étais engagé il y a dix ans, et de Nicolas Dupont-Aignan, pour lequel je voterai en avril prochain. Ce n’est pas un hasard. Certes, il n’a pas encore franchi le rubicon monétaire. Mais pour peu que les évènements l’y poussent dans quelques mois voire quelques semaines, nous pourrions nous retrouver plus proches encore… Faire avancer ses idées partout où elles sont, ce n’est pas une tactique, c’est une stratégie culturelle et politique. Que j’assume, publiquement. S’il y a un second tour, j’irai éliminer celui (ou celle) qui me paraîtrait le plus néfaste à l’avenir de mon pays6.

Le candidat qui gagnera la primaire aura des chances sérieuses de se retrouver à l’Elysée en mai prochain. Y participer me semble donc non seulement légitime mais nécessaire pour qui se pique de politique. Mais que mes amis se rassurent. Dès que la vraie campagne sera lancée, je reviendrai au candidat dont le projet correspond totalement à mes convictions.

  1. Il m’arrive même de participer aux élections européennes alors qu’elles ont pour but d’élire un parlement censé représenter un peuple européen lequel, pour moi, n’existe pas !
  2. Par la réforme des conditions d’accès à la candidature présidentielle, par exemple.
  3. Avec ses participations à des cohabitations.
  4. L’homme qui a dissout l’Assemblée Nationale, a perdu les élections, pour finir par rester en place, comme si de rien n’était.
  5. L’homme qui a fait voter par les parlementaires un texte refusé par le Peuple par référendum après l’avoir maquillé comme une voiture volée.
  6. Ne cachons pas que la perspective d’assister à un second tour Sarkozy-Aubry en mai prochain me plonge dans une consternation voire un effroi que je ne peux dissimuler.

« En Europe, nous sommes à la fois naïfs et dogmatiques »

David Desgouilles – Imaginons que vous soyez président en mai 2012. Je suppose que vous présentez votre projet de démondialisation à Angela Merkel. Comme le conseille Emmanuel Todd depuis quelques années, vous suggérez à l’Allemagne de prendre la tête d’un protectionnisme européen. Que faites-vous si Angela Merkel vous oppose un « nein » ferme et définitif ?

Arnaud Montebourg – La question du débat avec l’Allemagne est au cœur de mon livre « Votez pour la démondialisation ! ». Le « Nein », comme vous dites, ne peut pas être et ne sera pas ferme et définitif. C’est une vision erronée de l’histoire de considérer les choses comme immuables. Il n’y a pas de fatalité ni en politique ni en histoire. Les Allemands ont accepté de violer le TCE sur la monétisation de la dette, le traité de Schengen a été réformé en 48h sous la pression de 5000 migrants tunisiens.

Pour ma part, je refuse d’adopter une vision béate des relations franco-allemandes. Bien souvent, en France, nous oscillons entre le déni des problèmes que nous avons avec l’Allemagne et l’idée que l’Allemagne serait par essence dangereuse. Je ne partage aucun de ces deux points de vue. Je ne crois pas à la pensée de Bainville. Une Allemagne faible ne fait pas forcément les affaires de la France. Mais une France faible ne fait assurément pas les affaires de l’Europe.

Aussi je propose d’engager un dialogue franc avec les responsables allemands. Il faut parler de l’avenir de l’euro, placé en pilotage automatique en pleine tempête économique. Il faut parler du libre-échange, qui casse le tissu industriel, ruine les classes populaires et nous appauvrit. Il faut parvenir à mettre un pilote dans l’avion de l’euro. Il faut aussi parler de la manière dont nous allons mettre en place un protectionnisme écologique, partagé avec les pays du Nord et du Sud, et réciproque avec les grandes nations mercantiles du monde. Il nous faut convaincre l’Allemagne que son attitude actuelle n’est pas un « modèle », ni pour elle ni pour l’Europe

DD – Le thème de la démondialisation a été importé en France grâce à Jaques Sapir. Emmanuel Todd signe quant à lui la préface de votre livre. Partagez-vous les analyses de ces deux intellectuels quant à l’implosion imminente de la zone euro ?

AM - La démondialisation est un concept inventé au Sud, par un philosophe phillipin, Walden Bello, qui est aujourd’hui député dans son pays. C’est un concept qui vise à réorganiser l’économie mondiale en grandes zones régionales et à modérer un système économique devenu extrémiste. Certains continents s’organisent déjà : l’Amérique latine avec le Mercosur notamment. C’est donc un projet de régionalisation de l’économie mondiale, de rapprochement de la production du lieu de consommation, de regain démocratique également puisqu’il s’agit de redonner du poids au politique face à l’économie.

Vous évoquez la question de l’euro. Je ne souhaite évidemment pas l’implosion de la zone euro, car je ne souhaite pas le chaos. Mais la situation est sérieuse, très sérieuse. L’Euro est effectivement menacé. Menacé par les marchés, menacé aussi par le dogmatisme de la BCE. Le vrai problème de l’euro c’est la BCE ! C’est le non pilotage d’une monnaie unique qui pourrait accroitre la force économique du continent, à l’intérieur et à l’extérieur. Nous avons besoin de l’euro à condition qu’il ne serve pas la politique du patronat allemand. L’euro a besoin d’un gouvernement économique. La Fed n’est pas, aux Etats-Unis, indépendante du pouvoir politique. La Fed n’a pas non plus, dans ses objectifs, que la lutte contre l’inflation. En Europe, nous sommes à la fois naïfs et dogmatiques, sans doute même naïfs parce qu’idéologues. La gestion du yuan est aussi une gestion politique.

Comme Emmanuel Todd je suis convaincu que pour sauver l’euro, il faut adopter un protectionnisme européen. Ce protectionnisme européen est, dans mon projet, industriel, écologique et social. Il vise à stabiliser les choses, à remettre de la cohérence dans un univers instable et périlleux.

DD – Pouvez-vous expliquer en quoi consiste le capitalisme coopératif que vous appelez de vos vœux ?

AM - Pour le résumer en une phrase, le capitalisme coopératif c’est la préférence pour les salariés et non pour les actionnaires. Dans ce système les salariés travaillent pour eux-mêmes et non pour des actionnaires anonymes, éloignés de la production et indifférent au devenir industriel des villes et régions concernées. Les entreprises coopératives ont beaucoup mieux résisté à la crise que les autres : c’est une raison de les soutenir et d’aider ce secteur à se développer. Je propose de créer un fonds souverain coopératif capable de piloter la mutation vers l’organisation coopérative des entreprises ou encore de réserver des marchés publics au système coopératif. Le capitalisme coopératif c’est la préférence pour l’humain quand le capitalisme financier privilégie l’argent.

DD –  Comment voyez-vous nos relations avec les pays émergents, et en premier lieu avec Pékin ? Les dirigeants chinois ne doivent pas voir d’un bon œil certaines tentations protectionnistes en Europe. Comment éviter que l’axe Washington-Pékin, que l’on a entrevu à la conférence de Copenhague sur le climat, ne se reforme pour contrecarrer votre projet de démondialisation ?

AM - La Chine est une grande puissance qui s’est sentie humiliée. On sous-estime, parce que nos manuels d’histoire ne l’enseignent plus, les deux guerres de l’Opium et le sac du Palais d’été en 1860. Il s’en est suivi une mise en coupe réglée de la Chine par les pays européens et l’Amérique. Le siècle suivant à été celui des seigneurs de la guerre, de l’invasion japonaise etc… La Chine a retrouvé la maitrise de son destin avec Mao en 1949. Ensuite Deng Xiaoping l’a dotée d’un projet économique visant à lui donner une puissance retrouvée. Economique d’abord, politique ensuite, militaire peut-être demain, sa puissance est réelle.

Mais il ne faut pas imaginer que la Chine est hégémonique et qu’on ne peut lui résister. La Chine doit développer son marché intérieur et elle dépend au plus haut point de nos marchés. Sa fameuse classe moyenne se chiffre davantage à 80 millions de personnes qu’à 400 millions. Il faut donc prendre conscience que l’Europe peut tenir tête à la Chine et l’inciter à réorienter sa politique, à développer son marché intérieur. Pour cela il faut casser le lien qui unit la grande distribution occidentale (Wal Mart aux USA), les places financières et le PCC.

On parle beaucoup du G8 en ce moment mais pas assez du G2 et du jeu connivent entre le Parti Communiste Chinois et Wall Street, entre la Cité Interdite et le Capitole américain où sévit un fort lobby pro-chinois. Le dialogue avec l’Allemagne doit permettre de bâtir une Europe autonome, non-alignée. La France, en tout cas, sera, si je suis élu, en avant-garde dans ce combat.

Quel candidat à la primaire socialiste êtes-vous ?

1. Vous décidez d’acheter une voiture

◊ - Une Peugeot, parce que je roule français, moi, monsieur !

♣ - Une voiture white ou blancos, parce qu’il n’y en pas assez dans ma ville

♥ - Une Heuliez, pour rouler propre et soutenir l’emploi dans ma région qui est exemplaire

♦ - J’attaquerai en justice toute personne insinuant que j’ai fait le choix de ne pas conduire

ο - Une Clio, tout ce qu’il y a de plus normal

 

2. Vous adoptez un chien

♦ - Un bouledogue

♥ - Un  grand caniche

◊ - Un setter

ο - Un Saint-Bernard

♣ - Un lévrier espagnol

 

3. Votre comédie française préférée

♣ - Le gendarme à Saint-Tropez

ο - Le corniaud

♥ - On connaît la chanson

◊ - Michael Kael contre la World News Company

♦ - Bienvenue chez les Ch’tis

 

4. Votre plat préféré

◊ - Le poulet aux morilles

♦ - Moules-frites

ο - Filet de merlan et pommes vapeur

♣ - la Paëlla

♥ - Croustillant au chabichou

 

5. Quand vous étiez petit, vous souhaitiez devenir

♦ - Infirmière-chef, pour prendre soin

◊ - Procureur de la République, pour faire embastiller les malfaisants

♥ - Présidente de l’association des parents d’élèves

♣ - Footballeur, pour être célèbre

ο - Représentant de commerce, receveur des postes ou boulanger, un type normal, quoi

 

Vous avez une majorité de ◊

Tel un chien fou, vous voulez démondialiser à donf, relocaliser à mort et lutter aussi bien contre les affairistes que les multinationales. Pas de doute, vous être l’Obama de la Bresse.

 

Vous avez une majorité de ♣

Sur les marchés, vous veillez à la diversité des marchands. A vos yeux, Brice Hortefeux et Claude Guéant apparaissent très mous face à l’impérieuse lutte contre l’insécurité. Pas de doute, vous êtes l’Obama catalan de l’Essonne.

 

Vous avez une majorité de ♥

Toujours digne et droite, vous revenez en deuxième semaine, instruite par l’expérience. Fraternité et démocratie participative sont les deux mamelles de votre action. Pas de doute, vous êtes l’Obama du Poitou.

 

Vous avez une majorité de ♦

Vous ne souhaitiez pas participer mais une histoire de fesses new-yorkaise a tout changé. Vous voilà candidate, afin de prendre soin de vos compatriotes abîmés. Pas de doute, vous êtes l’Obama des Flandres.

 

Vous avez une majorité de ο

Vous avez une vie normale, une voiture normale, des rêves normaux. Bref, vous êtes quelqu’un de normal à ceci près que vous êtes au régime. Pas de doute, vous êtes l’Obama corrézien.

 

 

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Le symbole Borgel

On se demande parfois pourquoi Nicolas Sarkozy semble si optimiste sur ses chances de réélection malgré une impopularité record à un an de l’échéance. Certains -à gauche, comme à droite- avancent l’idée que Dominique Strauss-Kahn mis hors-jeu, aucun candidat n’est pourvu de la même stature internationale ni de la même expérience. Pour ma part, je n’en crois rien. Les raisons, pour un socialiste, de ne pas céder à l’optimisme se situent ailleurs.

Que le lecteur me permette, afin de le convaincre, un détour vers le portrait d’un personnage dont le nom ne dira absolument rien à la plupart et qui, pourtant, tient un rôle décisif dans le dispositif socialiste.

Christophe Borgel est sans doute, à l’heure actuelle, l’un des hommes les plus puissants du Parti socialiste. Il cumule la responsabilité des élections et des fédérations1. Autant dire que, dans les conditions actuelles, Harlem Désir ne pèse pas grand chose avec son poste de Premier secrétaire par intérim face à un tel crocodile. L’ancien patron de SOS Racisme exerce un ministère de la parole, tout au plus. A contrario, Borgel fait la pluie et le beau temps dans bien des régions. Dans l’Hérault et dans le Jura, par exemple. Mais aussi dans les Bouches-du-Rhône. Ainsi, le lâchage en rase campagne de Montebourg face à Jean-Noël Guérini lui doit beaucoup. Pour cet apparatchik, passé comme beaucoup de ses congénères, et notamment son grand copain Cambadélis, par des responsabilités à l’UNEF, mieux vaut un bon vieux féodal aux méthodes douteuses que cette horreur de candidat prônant protectionnisme et capitalisme coopératif. Même si le care, marotte de sa désormais candidate préférée, n’est pas tout à fait en vigueur dans la fédé provençale, mieux vaut, pour Borgel, tenter de décourager au téléphone les soutiens de Montebourg d’apporter leur parrainage à ce dernier. Comme je ne lis pas dans les entrailles de poulet, à l’instar d’Opinion Way, je ne peux garantir que Martine Aubry sera opposée à Nicolas Sarkozy l’an prochain. Mais, en revanche, je suis certain que ce dernier se fera un plaisir de répondre « Guérini » si elle a l’idée saugrenue de lui parler de morale publique ou de République des copains.

A propos de république des copains, il n’est pas inintéressant de lire deux articles d’Emmanuel Lévy sur le site Marianne2.fr. On y apprend que la Cour des comptes a pointé l’an dernier une curieuse propension -à droite comme à gauche- à transformer en inspecteur général de l’Education Nationale sans affection2  le moindre apparatchik ou ancien conseiller à peu près aussi facilement que, naguère, des soutiers de la Rue de Lille3 en employés modèles de la Ville de Paris. C’est notamment le cas de Christophe Borgel qui passe pourtant son temps rue de Solférino et  pas rue de Grenelle. Voilà au moins un sujet que Nicolas Sarkozy n’osera pas aborder puisque Emmanuel Lévy cite également la nomination dans les mêmes fonctions d’Arnaud Teullé, lequel avait bien voulu s’effacer devant les ambitions locales d’un certain Jean S.

Plus généralement, c’est l’incapacité du Parti Socialiste de produire autre chose que des apparatchiks de cet acabit et surtout sa faculté à leur confier tous les postes-clefs  qui frappent l’imagination.  Il ne s’agit ni d’un signe de renouvellement ni d’un signe de bonne santé. Borgel en constitue assurément le symbole vivant.

  1. En temps normal, ces deux secteurs ne sont jamais confiés -au PS ou ailleurs- à la même personne tant cela confère de la puissance.
  2. Bon, c’était « sans affectation » et non « sans affection ». Mais il s’agit d’un si magnifique lapsus que je le laisse.
  3. Le siège du RPR au temps de Chirac.

Arnaud Montebourg, prochain invité d’Antidote

Après Paul-Marie Couteaux et Natacha Polony, c’est Arnaud Montebourg, candidat à l’élection présidentielle via la primaire socialiste, qui répondra à mes questions.

Il devrait y être question de démondialisation, des institutions, des primaires socialistes et, bien entendu, de sa candidature à ces dernières.