Auront-ils le scalp de Laurent Blanc ?

Il s’en pourlèche déjà les babines. Quel plaisir cela sera, pour le fondateur et directeur du marketing1 de Mediapart, le sémillant Edwy Plenel, d’accrocher le scalp de Laurent Blanc au dessus de la porte de son bureau. Des ministres, c’est très commun de les faire démissionner. Et puis, tout le monde les déteste, on pourrait finir par vous accuser de populisme. Mais un sélectionneur national ! Et pas n’importe lequel. Pas un Domenech honni ! Un sélectionneur populaire ! Cela en jetterait, n’est ce pas ?

Il a les trémolos dans la voix quand il parle avec condescendance de son copain Laurent, qu’il a eu au téléphone, et dont il veut croire que non, finalement, il n’est pas raciste. Mais c’est horrible n’est ce pas, de s’attaquer à des enfants de douze ans. Et il la répète plusieurs fois l’expression « enfants de douze ans » qu’on voudrait trier selon la couleur de leur peau. Lorsque Lilian Thuram parle ainsi, on imagine Blanc dans un uniforme de SS caressant d’une main la tête d’un enfant blond qui aura le droit d’entrer à Clairefontaine et désignant à un autre à la peau noire la direction du train. Il apprend vite, Thuram, les leçons de Tonton Edwy.

Il n’est pas ici question de traiter du fond. Nous l’avons fait dimanche. Nous examinons les forces en présence dans cette guerre médiatique autour du maintien ou du départ de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France. Ainsi, d’autres que moi, ou autres néo-réacs2 de la pire espèce, ont courageusement pris la défense du sélectionneur. Peu après avoir rendu ma copie à Causeur, samedi, j’ai pu lire Julien Dray sur son profil Facebook. Il expliquait à quel point il respectait Laurent Blanc, qu’il connaissait et considérait comme un homme de gauche sincère. Au passage, l’ancien co-fondateur de SOS Racisme qualifiait Plenel de « toujours aussi démago ». Dans le milieu du foot, on a  pu voir Dominique Rocheteau, connu pour son engagement à gauche, se faire aussi l’avocat du sélectionneur.

Et, ce soir, dans le Monde, on peut lire un entretien fort intéressant de Malek Boutih, ancien président de SOS Racisme. Boutih, secrétaire national du PS aux questions de société, explique que Laurent Blanc n’est pas, en réalité, attaqué pour les raisons invoquées. Mais qu’il se trouve, par sa position et sa réussite actuelle, en position de gêner certains intérêts : « Un jeu de dominos se met en place : la Ligue de football professionnel (LFP) abandonne des prérogatives au profit des grands clubs pour prendre possession, en contre-partie, de la FFF et en particulier, de son joyau, l’équipe de France. Derrière la bataille d’ego, se cache la volonté de copier les modèles anglais ou italien, où la puissance financière s’impose au détriment du monde amateur ». Derrière les beaux principes, qui sont d’ailleurs en meilleure santé dans le foot que dans le milieu politique, ajoute malicieusement Boutih, ce sont donc des histoires de gros sous qui motivent la chasse au Laurent Blanc.

Pour autant, j’ai la désagréable impression que ces soutiens ne suffiront pas. La ministre a donné le ton dès samedi en suspendant Blaquart et tout porte à croire que si l’idée d’établir des quotas pour limiter les binationaux dans les pôles « espoirs » de la Fédé n’a pas été suivie d’effet, elle a bien été évoquée comme solution parmi d’autres dans cette fameuse réunion. Cette seule évocation sera jugée suffisamment répréhensible. Il est alors très probable qu’on ne demandera pas à Laurent Blanc sa démission mais une séance supplémentaire d’auto-flagellation. Il aura alors le choix de s’exécuter ou de partir.  Et s’il avait déjà décidé de tout laisser tomber ? S’il leur disait de se démerder et leur conseillait, en prime, de rappeler Domenech ? La tentation doit être grande chez lui de privilégier cette option. Pour autant, je ne la souhaite pas. Je préférerais que, se sentant soutenu par le président de la FFF Duchaussoy, il décide de tenir bon, de ne pas s’excuser,  et d’aller avec lui affronter les élections fédérales de juin. En expliquant les vrais enjeux aussi clairement que Malek Boutih, nul doute que le monde amateur, majoritaire en voix, leur offrirait un joli triomphe, et enverrait valser Plenel, Thuram, Jouanno et les requins qui se cachent derrière.

Un joli match à jouer, monsieur le sélectionneur. Et à gagner.

 

  1. Amusez-vous à compter le nombre de fois où Plenel cite le nom de son site à chaque passage télé. C’est assez impressionnant.
  2. Parmi lesquels Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. J’ai entendu aussi Christine Boutin et François Bayrou.

Les prestations de madame l’ambassadeur

On ne pourra pas l’enlever à Nicolas Sarkozy. Sous son mandat, les mœurs politiques ont bien changé. N’ayons pas peur des mots, c’est bien à une révolution qu’on a assisté.

Ce soir, c’était encore une cerise supplémentaire sur le gâteau. Un ambassadeur de France était invité au Grand Journal de Canal +.  Ce représentant du gouvernement français auprès d’une institution internationale n’était pas mandaté par le Quai d’Orsay pour défendre la politique étrangère de notre pays. Pas du tout. Elle -puisque l’ambassadeur est une dame,- était interrogée sur son engagement politique. Il  y fut question de son départ de l’UMP, de son engagement  auprès du parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo. Il y fut question de sa prise de distance envers la politique du gouvernement. A un moment de l’émission, Ali Baddou lui a quand même fait remarquer que, tout de même, elle était ambassadeur de France. Elle n’a pas relevé. Un détail, n’est ce pas ? D’ailleurs Ali Baddou n’a pas insisté. Quant à Aphatie, il ne semblait pas gêné outre mesure par cette confusion des genres. Le réalisateur, en revanche, semblait plus taquin. L’incrustation « ambassadrice de France à l’UNESCO » est apparue plusieurs fois sur notre écran pendant que la diplomate expliquait pourquoi elle avait décidé de quitter le parti du président. Madame l’ambassadeur ne sera pas virée demain matin. Nicolas Sarkozy est trop affaibli  pour décider telle mesure. Sa majorité prend l’eau. Et par rapport à madame l’ambassadeur, il s’est toujours montré… débonnaire. Lorsqu’elle était secrétaire d’Etat, elle a, par deux fois, pris le contre-pied de ses ministres de tutelle. Le moment Kadhafi fut un modèle du genre puisqu’elle avait donné une leçon de droits de l’homme à Bernard Kouchner. Plus tard, elle s’est aussi opposée à Dame Bachelot, défendant certaines rémunérations défiscalisées des sportifs de haut-niveau. Mais comme il avait été expliqué à l’époque, elle n’aurait jamais, à l’instar d’un Chevènement, démissionné pour ouvrir sa gueule. Elle l’ouvrait et elle restait. Le Président a dû attendre six mois et le prochain remaniement pour l’exfiltrer sans en faire une martyre. On croyait qu’elle allait retourner administrer le Sénat mais le Président a jugé bon de la nommer ambassadeur. Ainsi, puisque les ministres causent sans démissionner, allait-il la faire taire en lui offrant un poste où la discrétion est de mise. Caramba ! Encore raté !

Jamais la fonction présidentielle n’a jamais été aussi abaissée. Jamais elle n’a manqué autant d’autorité. Merci à Rama Yade  -puisque tout le monde l’aura reconnue- de mettre ainsi en lumière cette évidence. Rendez-vous compte qu’il y a encore dans ce pays des gens qui parlent d’hyper-présidence, de présidentialisme, de monarchie républicaine à propos du pouvoir actuel. Tous ces gens, à commencer par le premier d’entre tous, Edwy Plenel, ce comique de haut vol, doivent à tout prix se lancer dans une tournée à travers la France. Le Plenel-Comédie-Club, ça en jette, non ?

Lettre à Patrick Ollier

Monsieur le Ministre,

Jamais je n’aurais eu l’idée saugrenue de vous écrire si je n’avais pas découvert vos déclarations sur Public Sénat. Ainsi, à la suite de tous vos collègues du gouvernement lors de l’affaire Woerth-Bettencourt, vous avez trouvé judicieux de faire de la Toile la responsable de tous vos maux. Les .fr, en l’occurrence, dont vous ne voulez pas citer de nom, sont donc ainsi mis dans le même caniveau, selon votre propre (sic) expression.

Tout en rappelant que ce n’est pas internet mais un journal satirique paraissant le mercredi qui a dévoilé l’essentiel de vos étranges équipées familiales en Tunisie, il est urgent de vous indiquer que votre épouse et vous-même avez fait le gros du travail pour vous y retrouver plongés, dans ledit caniveau.

Et c’est sur un .fr que Madame votre femme, ministre des affaires étrangères, a reçu il y a quelques semaines son soutien le plus inattendu. Irrité par la meute qui se jetait sur elle, scandalisé par ceux qui passent leurs vacances au Maroc et condamnaient ceux qui comme vous les passaient du côté de Tunis, j’avais commis un article qui m’a valu bien des interrogations du côté des chez mes amis. Luc Rosenzweig, le lendemain, me donnait tort avec des arguments très forts. Je n’étais pourtant pas près à regretter mon texte -têtu que je suis-, bien que Madame la Ministre ne m’aide pas, avec ses déclarations successives, dans les jours qui ont suivi.

Mais votre pitoyable déclaration sur les .fr dans le caniveau a fini par m’achever, d’autant -circonstance aggravante- qu’elle me met d’accord avec Edwy Plenel. Bel exploit ! J’ai eu grand tort, donc, d’écrire ce texte.