Aux abris ! Les brigades domestiques bientôt dans vos foyers !

Hier soir, chez Calvi, c’était la fête des hommes en général, et de ceux qui font de la politique en particulier. Alain Finkielkraut a repéré -vite fait, bien fait- où se situait l’opposition. Woerth et Peillon se sont écharpés et étaient hors-sujet et Jean-François Kahn poursuivait sa pénitence, méconnaissable. Cette opposition, donc, c’était Jean Quatremer et Caroline de Haas.

Afin de régler le sort du premier, je renverrai le lecteur vers l’article publié ce matin par Bruno-Roger Petit, avec lequel il ne m’arrive pourtant pas souvent d’être en accord. Mais son article a le mérite de décrypter fort bien la logique de Quatremer, présenté à juste titre comme un » partisan de l’investigation des chambres à coucher et des pratiques sexuelles ».

C’est donc de Caroline de Haas dont il sera question ici. Elle non plus n’a pas de la vie privée une vision très protectrice. J’ai fait sa connaissance télévisuelle la semaine dernière. Elle passait à « Ce soir ou jamais » et en face d’elle il y avait ma copine Elisabeth Lévy. Le courant n’est pas passé entre elles, c’est le moins qu’on puisse dire. La marotte de la porte-parole de « Osez le féminisme », c’est le partage des tâches ménagères. Elle a donc fini par aborder ce douloureux sujet et déclaré que 80 % de ces dernières étaient assurées par les femmes pendant que les hommes, ces fourbes, se grattent négligemment les parties génitales en buvant une bière devant Barça-Manchester. Elisabeth Lévy a cru lui asséner le coup de grâce en lui rétorquant « qu’on ne pouvait pas obliger certaines femmes à laisser leurs hommes faire la cuisine, qu’on n’allait tout de même pas les rééduquer de force ». Peine perdue. Aussitôt le plateau quitté, la collaboratrice de Benoît Hamon au parti socialiste se fendait d’un message sur twitter :«  Ouf. Vous conseille pas Elisabeth Lévy pour vos soirées. Par contre, si vous avez du ménage, elle a l’air d’aimer ça. » Les 1646 abonnés de Madame de Haas, ainsi que ceux qui auront, comme moi, bénéficié d’un « retwitt » sont au courant ; il n’y a donc pas de raison que les autres ne le soient pas aussi, à commencer par celle qui fut honteusement diffamée pour l’occasion.

Sur France2 hier soir, Caroline de Haas a remis le couvert. Elle nous a expliqué que lorsque 80 %1 des tâches ménagères étaient effectuées par les femmes, qu’on constate un tel déséquilibre avec des conséquences pour  la société toute entière, la vie privée n’était plus si privée que cela. Cela concerne la vie publique, mon bon monsieur ! Et il faut y remédier, et vite ! Il y a quelques années, on avait déjà entendu le même discours dans la bouche de Clémentine Autain. On frémit à l’idée que le Parti socialiste, pour faire oublier l’arrestation de leur putatif champion à l’élection présidentielle ou les déclarations à l’emporte-pièce de Jack Lang, ne décide d’amender en urgence son projet en prévoyant la création de brigades domestiques, chargées de contrôler et de faire appliquer manu militari le partage équitable des tâches ménagères dans chaque foyer. On tremble à l’idée que l’UMP, sous l’influence de Roselyne Bachelot, NKM, Valérie Pécresse et Chantal Jouanno, trouve aussi cette idée lumineuse. Relancera t-on le commerce de pointeuses, installées ainsi obligatoirement dans chaque foyer ? Et que Monsieur pointe lorsqu’il met une lessive en route, que Madame pointe à son tour lorsqu’elle fait la popote. Amendes pour les récalcitrants, stages obligatoires de rééducation antisexiste et de passage d’aspirateur au programme. Réjouissant, n’est ce pas…

La nouvelle égérie féministe ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. Elle a aussi expliqué très sérieusement qu’on était dans une société « où on ne parlait pas beaucoup du plaisir féminin ». Personne, sur le plateau, n’a eu le goût de lui répondre qu’on ne parlait pas beaucoup non plus du plaisir masculin, et que, tous comptes faits, c’était aussi bien. A t-elle également le projet de mobiliser les futures brigades domestiques aux fins de contrôle d’une  juste répartition du plaisir ?

DSK, innocent ou coupable, a mis un joli souk de l’autre côté de l’Atlantique. Sans même avoir pris le temps de se présenter à la primaire socialiste, il a déjà changé la France.

  1. Encore ce fameux chiffre dont on se demande toujours comment il a été calculé.

Le débat sur l’Islam ne doit pas être organisé par l’Etat !

« La dernière fois qu’il a utilisé cela, c’était le débat sur l’identité nationale et le Front national a fait 15% (des voix) aux régionales. Alors encore un effort monsieur Copé, encore un petit débat, un petit blabla sur l’islam, la laïcité, et je pense effectivement que nous pourrons terminer à la présidentielle à 25% ».

Voilà en substance comment Marine Le Pen réagissait à l’intention de Jean-François Copé d’organiser un débat sur l’islam, relayé depuis par le Président de la République lors de la table ronde organisée au salon de l’agriculture. Marine Le Pen ne se cache donc même plus pour moquer les initiatives de la majorité alors qu’elle pourrait, de son propre point de vue, engranger en silence les bénéfices qu’elle en escompte. Elle se permet -luxe suprême- de les railler publiquement. Espère t-elle que leurs promoteurs finissent par tergiverser, qu’on débatte encore sans fin sur l’opportunité d’un débat sur le sujet, et pourquoi pas débattre de l’opportunité de débattre du bien-fondé de débattre du débat, etc… ? Que Sarkozy et Copé reculent finalement, et elle les accusera de se défiler ; qu’ils persistent et elle en recueillera les fruits, comme pour le débat sur l’identité nationale.

Car, au risque de me trouver en désaccord avec Elisabeth Lévy, qui en causait hier avec Pierre Assouline et Tahar Ben Jelloun à Semaine Critique, ce débat est une sottise. Non pas de débattre de l’islam, de la laïcité. Nous sommes dans un pays libre et nous devrions pouvoir discuter de tout sans crainte de se trouver devant un tribunal, de l’opinion ou en chambre correctionnelle comme Eric Zemmour. Ce qui est sot, en l’occurrence, c’est que ce soit le pouvoir exécutif qui organise des débats. On l’a constaté pendant le débat sur l’identité nationale. Alors, certes, chère Elisabeth, ce débat fut refusé et exécuté en place (médiatique) de Grève. Mais, lorsqu’on joue un coup au tennis, la position des pieds compte autant, sinon davantage, que le geste du bras avec la raquette.

Admettons que le geste avec la raquette -et, donc l’intérêt d’un débat sur l’identité nationale- ait été de qualité et concentrons nous donc sur la fameuse position des pieds. Elle était doublement mauvaise. D’abord parce, comme l’avait noté à l’époque Basile de Koch, causer identité lorsqu’on a bazardé la souveraineté, ce n’est pas très sérieux. Cela donne l’impression -loin d’être fausse- qu’il ne nous reste plus que ça à nous mettre sous la dent. Ensuite, le coup d’organiser cela dans les préfectures, c’était quand même le summum du ridicule, même pour un vieux jacobin départementaliste comme votre serviteur. Alors, pour tous les autres…

La position des pieds gouvernementaux sur l’Islam et la Laïcité ne semble pas davantage garante d’un joli coup de raquette. Premièrement, les citoyens se demanderont à bon droit pourquoi ce gouvernement a toléré -de concert avec la mairie de Paris- toutes ces prières de rue, pourquoi les pouvoirs publics nationaux ou locaux ont cédé jusqu’à aujourd’hui sur ces histoires de hallal ou de créneaux non mixtes dans les piscines. Dans bien des cas, il suffisait d’appliquer la réglementation existante et refuser ces fameux accommodements d’autant moins raisonnables qu’ils étaient illégaux. Faut-il débattre du bien-fondé d’appliquer la Loi ? Deuxièmement, le débat sur l’Islam, sur la Laïcité, il a lieu tous les jours dans les médias. Presse écrite, Internet, émissions avec « polémistes » radiophoniques ou télévisées, reportages, Calvi, Taddéi, Hondelatte et j’en passe : on ne peut pas dire qu’il soit interdit d’antenne.

Ce n’est pas le rôle de l’Etat d’organiser un débat, sur ce sujet comme sur les autres. Certes le Politique, pour agir, doit être branché sur le Peuple et ses aspirations. Pour cela il y a les élections, et plus précisément les campagnes électorales qui constituent un moment privilégié d’échange démocratique. Puisque le Président de la République actuel ne semble pas partisan de la pratique référendaire – dans ce cas, le débat organisé par l’Etat serait non seulement nécessaire mais rendu obligatoire par la Constitution-, il reste l’élection présidentielle. Toute velléité de nous rejouer le sketch de l’identité nationale un an avant cette échéance se retournera contre ses promoteurs. Errare humanum est, persevare diabolicum. Malheureusement, le déni de réel ne constitue visiblement pas le monopole de la gauche bienpensante.