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Contre les « gens intelligents », la victoire posthume de « l’ours prĂ©historique »

Ce vendredi, Maurice Szafran, directeur de Marianne, qui dĂ©battait avec Natacha Polony sur iTĂ©lĂ©, nous a gratifiĂ© d’un superbe aveu. Il s’est moquĂ© de « tous ces gens intelligents », parmi lesquels il semblait s’inclure avec humilitĂ©, qui nous avaient expliquĂ© lors de l’adoption du traitĂ© de Maastricht, qu’il n’Ă©tait nul besoin d’accompagner une union monĂ©taire de la crĂ©ation d’un Etat, fĂ©dĂ©ral en l’occurrence. Ce faisant, ces fameux « intelligents » avaient, selon l’Ă©ditorialiste, commis une erreur historique dont les rĂ©sultats Ă©taient aujourd’hui sous nos yeux Ă  tous.

Szafran a raison. Cependant, nous ne saurions, pour notre part, en rester lĂ . Ce que l’Ă©ditorialiste nous dit aujourd’hui, Philippe SĂ©guin l’a dit Ă  la France il y a un peu plus de dix-neuf ans. Il nous l’a expliquĂ©, dans son fameux Discours pour la France, prononcĂ©  à l’AssemblĂ©e Nationale dans la nuit du 5 au 6 mai 1992, alors qu’il dĂ©fendait une exception d’irrecevabilitĂ©. Il l’a redit le lendemain dans un dĂ©bat animĂ© par Anne Sinclair qui l’opposait au ministre des affaires Ă©trangères Roland Dumas, je le cite de mĂ©moire : « Cette Europe est une Europe Ă  vocation fĂ©dĂ©rale. L’expression figurait dans le texte de base. Vous avez choisi de le retirer pour n’effrayer personne. C’Ă©tait la cerise sur le gâteau. Vous avez enlevĂ© la cerise mais le gâteau est toujours lĂ  ! ». Quelques mois plus tard, face Ă  François Mitterrand, Philippe SĂ©guin rĂ©cidivait. Il rappelait que la monnaie unique ne pourrait pas fonctionner si elle n’Ă©tait pas assise sur un Etat fĂ©dĂ©ral et le PrĂ©sident niait, remportant, de l’avis de tous les « gens intelligents », ce fameux dĂ©bat Ă  la Sorbonne.

Ce que SĂ©guin reprocha, dans cette campagne, Ă  la plupart des partisans du oui, c’est de ne pas annoncer honnĂŞtement la couleur. Selon lui, le dĂ©bat aurait dĂ» porter non pas seulement sur l’union monĂ©taire1, mais sur la vocation de la France -et de tous les autres peuples signataires du traitĂ©- Ă   transfĂ©rer leur souverainetĂ© Ă  un Etat fĂ©dĂ©ral alors qu’il n’existait pas de peuple europĂ©en. Je ne pense pas me tromper en Ă©crivant que si tel avait Ă©tĂ© le cas, l’issue du rĂ©fĂ©rendum aurait Ă©tĂ© radicalement diffĂ©rente. De toute Ă©vidence, François Mitterrand pensait la mĂŞme chose.

C’est toute l’histoire de la construction europĂ©enne « Ă  la Monnet ». A chaque fois, on rĂ©clame une « avancĂ©e » pour rĂ©parer les « insuffisances » de « l’avancĂ©e » prĂ©cĂ©dente. LĂ  encore, le SĂ©guin de la campagne rĂ©fĂ©rendaire de 1992 dit tout : « On nous raconte que sans Maastricht, le marchĂ© unique est dangereux. Lorsqu’on nous a demandĂ© d’adopter ce dernier, je ne me souviens de personne qui nous ait dit : vous allez voter pour un traitĂ© dangereux. » Ne soyons donc pas dupes. On nous raconte, pour la Ă©nième fois, la mĂŞme histoire, afin de nous faire avaler in fine ce qu’on a toujours voulu que nous avalions, refusant mĂŞme le TCE qui constituait une Ă©tape intermĂ©diaire, les fameux « Etats-Unis d’Europe ».

Qui Ă©tait donc le plus intelligent en 1992 ? Maurice Szafran, comme Claude Allègre et bien d’autres, rendent aujourd’hui hommage Ă  SĂ©guin ou Ă  Chevènement, lequel mena le mĂŞme combat. Mais que n’a t-on pas dit Ă  l’Ă©poque de ces deux-lĂ  ? Je me souviens avoir Ă©crit au journal de Szafran, L’Evènement du Jeudi2, pour protester parce que les partisans du non y avaient Ă©tĂ© dĂ©peints comme des dinosaures. Jacques Julliard, aujourd’hui Ă©ditorialiste Ă  Marianne, mais qui Ă©crivait au Nouvel Obs, avait surnommĂ© quant Ă  lui SĂ©guin « L’ours prĂ©historique ». Charmant3

Et bien que ce dĂ©bat sur la nĂ©cessitĂ© d’un Etat fĂ©dĂ©ral ait lieu. Qu’il ait lieu et qu’on vote, Ă  la fin. En France, en Allemagne, partout en Europe. Nous nous plierons au rĂ©sultat comme en 1992. Nous nous plierons au rĂ©sultat comme Nicolas Sarkozy, le PS et la presse unanime ne le firent pas en 2005. Mais, cette fois-ci, nous ne nous laisserons pas faire si nous gagnons. Il n’y aura pas d’Europe fĂ©dĂ©rale, et nous retrouverons notre monnaie nationale.

Chiche ?

 

  1. La fameuse PESC (politique européenne de sécurité commune) conservait peu ou prou une substance intergouvernementale et il ne la combattait pas, ou en tout cas avec la même ardeur.
  2. Qui me publia, d’ailleurs. L’esprit Jean-François Kahn flottait dans l’hebdo.
  3. Quant Ă  Maurice Szafran, juste après avoir reconnu l’erreur des « intelligents », il se laisse aller Ă  qualifier les partisans de la sortie de l’euro de « fous furieux ». Quel dommage, après ce tĂ©moignage de luciditĂ© !
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« L’euro ne nous a apportĂ© que des problèmes »

De ma correspondante en Grèce, Olivia Giorgio

Traduction de Yannis Retsinas1

 

Ressentez-vous la « crise » dans la vie quotidienne ? 

Notre  manière  de  vivre  a  changé  radicalement.  Outre  le  fait  que  nous  avons  réduit drastiquement  l’achat  des  biens  de  consommation,  on  dort  et  on  se  réveille  avec  l’incertitude du lendemain et une anxiété permanente. On a perdu le sourire mais surtout notre santé psychologique.

 En  France,  il  est  dit  que  les  Grecs  refuseraient  d’échanger  leurs  euros  contre  des drachmes : info ou intox ? 

Intox ! Moi,  personnellement,  je   souhaite cet Ă©change.  De  plus  en  plus  de  monde  veut sortir de l’euro. Il ne nous a apportĂ© que des problèmes.

Comment envisageriez-vous un retour aux drachmes ? Cela vous fait-il peur ? 

Non  cela  ne  m’effraie  pas.  En  Grèce  on  dit :  « celui  qui  est  mouillé  n’a  pas  peur  de la  pluie ».  J’aurais prĂ©fĂ©ré  les  drachmes.  Le  chemin  sera  difficile,  mais  on  arrĂŞtera  de s’acharner sur la Grèce et peut ĂŞtre retrouverons-nous notre dignitĂ©.

La troïka : héros ou zéro ? 

La Troïka est composée de trois personnes, rien de plus. Son rôle et de superviser et non pas d’appliquer des mesures. Selon moi, les seuls responsables de cette soumission sont nos politiciens. Ils ont le pouvoir de dire non, mais pourquoi ne le font-ils pas ?

Pensez-vous  que  les  pays  européens  leaders  font  tout  leur  possible  pour  aider  la Grèce ? 

Non,  les  pays  européens  n’aident  pas  la  Grèce.  Ils  la  regardent  sombrer  et  n’ont  rien empêché.  Encore  maintenant,  ils n’essayent  pas  de  sauver  la  Grèce,  mais  plutôt  de sauver l’Euro, pour ne pas qu’il sombre lui aussi dans cette crise économique.

Payez-vous vos impôts ? Si non, pourquoi ? Si oui, ont-ils augmenté ? 

Les salariĂ©s, les retraitĂ©s et les pauvres ont toujours payĂ© leurs impĂ´ts. Ils payaient et ils payent toujours les impĂ´ts les plus Ă©levĂ©s par rapport aux autres pays europĂ©ens. Oui, nous les payons, mĂŞme s’ils ont doublĂ©. Mais l’annĂ©e prochaine ?

Vous avez l’occasion de passer un message au peuple français, lequel serait-il ? 

Les Grecs sont un des peuples les plus fiers, travailleurs et honnêtes au monde. Si vous voulez  nous  faire  payer  une  erreur,  la  seule  chose  que  vous  puissiez  nous  reprocher c’est d’avoir « laissé » nos politiciens tricher. Cela s’est également produit dans d’autres pays, mais cela n’a jamais rompu l’honneur et la dignité d’un peuple. J’appelle le peuple français  à  nous  apporter  un  soutien  moral  et  à  aider  à  maintenir  notre  réputation  et notre dignité en tant que peuple.

Pensez-vous que la Grèce est encore un pays souverain ? 

La Grèce a perdu sa souverainetĂ© Ă  cause de ceux qui nous gouvernent depuis tant d’annĂ©es. Ils ont brisĂ© et vendu la Grèce en ignorant le peuple grec. Je veux croire et espĂ©re que la Grèce, un jour, redeviendra un Etat souverain et qu’elle reprendra la place qu’elle mĂ©rite.

  1. Qu’ils en soient, tous les deux, chaleureusement remerciĂ©s.
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« En Europe, nous sommes Ă  la fois naĂŻfs et dogmatiques »

David Desgouilles – Imaginons que vous soyez prĂ©sident en mai 2012. Je suppose que vous prĂ©sentez votre projet de dĂ©mondialisation Ă  Angela Merkel. Comme le conseille Emmanuel Todd depuis quelques annĂ©es, vous suggĂ©rez Ă  l’Allemagne de prendre la tĂŞte d’un protectionnisme europĂ©en. Que faites-vous si Angela Merkel vous oppose un « nein » ferme et dĂ©finitif ?

Arnaud Montebourg – La question du dĂ©bat avec l’Allemagne est au cĹ“ur de mon livre « Votez pour la dĂ©mondialisation ! ». Le « Nein », comme vous dites, ne peut pas ĂŞtre et ne sera pas ferme et dĂ©finitif. C’est une vision erronĂ©e de l’histoire de considĂ©rer les choses comme immuables. Il n’y a pas de fatalitĂ© ni en politique ni en histoire. Les Allemands ont acceptĂ© de violer le TCE sur la monĂ©tisation de la dette, le traitĂ© de Schengen a Ă©tĂ© rĂ©formĂ© en 48h sous la pression de 5000 migrants tunisiens.

Pour ma part, je refuse d’adopter une vision béate des relations franco-allemandes. Bien souvent, en France, nous oscillons entre le déni des problèmes que nous avons avec l’Allemagne et l’idée que l’Allemagne serait par essence dangereuse. Je ne partage aucun de ces deux points de vue. Je ne crois pas à la pensée de Bainville. Une Allemagne faible ne fait pas forcément les affaires de la France. Mais une France faible ne fait assurément pas les affaires de l’Europe.

Aussi je propose d’engager un dialogue franc avec les responsables allemands. Il faut parler de l’avenir de l’euro, placé en pilotage automatique en pleine tempête économique. Il faut parler du libre-échange, qui casse le tissu industriel, ruine les classes populaires et nous appauvrit. Il faut parvenir à mettre un pilote dans l’avion de l’euro. Il faut aussi parler de la manière dont nous allons mettre en place un protectionnisme écologique, partagé avec les pays du Nord et du Sud, et réciproque avec les grandes nations mercantiles du monde. Il nous faut convaincre l’Allemagne que son attitude actuelle n’est pas un « modèle », ni pour elle ni pour l’Europe

DD – Le thème de la dĂ©mondialisation a Ă©tĂ© importĂ© en France grâce Ă  Jaques Sapir. Emmanuel Todd signe quant Ă  lui la prĂ©face de votre livre. Partagez-vous les analyses de ces deux intellectuels quant Ă  l’implosion imminente de la zone euro ?

AM - La dĂ©mondialisation est un concept inventĂ© au Sud, par un philosophe phillipin, Walden Bello, qui est aujourd’hui dĂ©putĂ© dans son pays. C’est un concept qui vise Ă  rĂ©organiser l’Ă©conomie mondiale en grandes zones rĂ©gionales et Ă  modĂ©rer un système Ă©conomique devenu extrĂ©miste. Certains continents s’organisent dĂ©jĂ  : l’AmĂ©rique latine avec le Mercosur notamment. C’est donc un projet de rĂ©gionalisation de l’Ă©conomie mondiale, de rapprochement de la production du lieu de consommation, de regain dĂ©mocratique Ă©galement puisqu’il s’agit de redonner du poids au politique face Ă  l’économie.

Vous Ă©voquez la question de l’euro. Je ne souhaite Ă©videmment pas l’implosion de la zone euro, car je ne souhaite pas le chaos. Mais la situation est sĂ©rieuse, très sĂ©rieuse. L’Euro est effectivement menacĂ©. MenacĂ© par les marchĂ©s, menacĂ© aussi par le dogmatisme de la BCE. Le vrai problème de l’euro c’est la BCE ! C’est le non pilotage d’une monnaie unique qui pourrait accroitre la force Ă©conomique du continent, Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur. Nous avons besoin de l’euro Ă  condition qu’il ne serve pas la politique du patronat allemand. L’euro a besoin d’un gouvernement Ă©conomique. La Fed n’est pas, aux Etats-Unis, indĂ©pendante du pouvoir politique. La Fed n’a pas non plus, dans ses objectifs, que la lutte contre l’inflation. En Europe, nous sommes Ă  la fois naĂŻfs et dogmatiques, sans doute mĂŞme naĂŻfs parce qu’idĂ©ologues. La gestion du yuan est aussi une gestion politique.

Comme Emmanuel Todd je suis convaincu que pour sauver l’euro, il faut adopter un protectionnisme europĂ©en. Ce protectionnisme europĂ©en est, dans mon projet, industriel, Ă©cologique et social. Il vise Ă  stabiliser les choses, Ă  remettre de la cohĂ©rence dans un univers instable et pĂ©rilleux.

DD – Pouvez-vous expliquer en quoi consiste le capitalisme coopĂ©ratif que vous appelez de vos vĹ“ux ?

AM - Pour le rĂ©sumer en une phrase, le capitalisme coopĂ©ratif c’est la prĂ©fĂ©rence pour les salariĂ©s et non pour les actionnaires. Dans ce système les salariĂ©s travaillent pour eux-mĂŞmes et non pour des actionnaires anonymes, Ă©loignĂ©s de la production et indiffĂ©rent au devenir industriel des villes et rĂ©gions concernĂ©es. Les entreprises coopĂ©ratives ont beaucoup mieux rĂ©sistĂ© Ă  la crise que les autres : c’est une raison de les soutenir et d’aider ce secteur Ă  se dĂ©velopper. Je propose de crĂ©er un fonds souverain coopĂ©ratif capable de piloter la mutation vers l’organisation coopĂ©rative des entreprises ou encore de rĂ©server des marchĂ©s publics au système coopĂ©ratif. Le capitalisme coopĂ©ratif c’est la prĂ©fĂ©rence pour l’humain quand le capitalisme financier privilĂ©gie l’argent.

DD –  Comment voyez-vous nos relations avec les pays Ă©mergents, et en premier lieu avec PĂ©kin ? Les dirigeants chinois ne doivent pas voir d’un bon Ĺ“il certaines tentations protectionnistes en Europe. Comment Ă©viter que l’axe Washington-PĂ©kin, que l’on a entrevu Ă  la confĂ©rence de Copenhague sur le climat, ne se reforme pour contrecarrer votre projet de dĂ©mondialisation ?

AM - La Chine est une grande puissance qui s’est sentie humiliĂ©e. On sous-estime, parce que nos manuels d’histoire ne l’enseignent plus, les deux guerres de l’Opium et le sac du Palais d’Ă©tĂ© en 1860. Il s’en est suivi une mise en coupe rĂ©glĂ©e de la Chine par les pays europĂ©ens et l’AmĂ©rique. Le siècle suivant Ă  Ă©tĂ© celui des seigneurs de la guerre, de l’invasion japonaise etc… La Chine a retrouvĂ© la maitrise de son destin avec Mao en 1949. Ensuite Deng Xiaoping l’a dotĂ©e d’un projet Ă©conomique visant Ă  lui donner une puissance retrouvĂ©e. Economique d’abord, politique ensuite, militaire peut-ĂŞtre demain, sa puissance est rĂ©elle.

Mais il ne faut pas imaginer que la Chine est hĂ©gĂ©monique et qu’on ne peut lui rĂ©sister. La Chine doit dĂ©velopper son marchĂ© intĂ©rieur et elle dĂ©pend au plus haut point de nos marchĂ©s. Sa fameuse classe moyenne se chiffre davantage Ă  80 millions de personnes qu’à 400 millions. Il faut donc prendre conscience que l’Europe peut tenir tĂŞte Ă  la Chine et l’inciter Ă  rĂ©orienter sa politique, Ă  dĂ©velopper son marchĂ© intĂ©rieur. Pour cela il faut casser le lien qui unit la grande distribution occidentale (Wal Mart aux USA), les places financières et le PCC.

On parle beaucoup du G8 en ce moment mais pas assez du G2 et du jeu connivent entre le Parti Communiste Chinois et Wall Street, entre la Cité Interdite et le Capitole américain où sévit un fort lobby pro-chinois. Le dialogue avec l’Allemagne doit permettre de bâtir une Europe autonome, non-alignée. La France, en tout cas, sera, si je suis élu, en avant-garde dans ce combat.

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IrrĂ©vocable, qu’ils disent !

Pendant que nos dĂ©putĂ©s, après avoir prĂ©levĂ© douze milliards pour lutter contre le dĂ©ficit, en  jettent quinze autres dans un puits sans fond en prĂ©textant que c’est pour sauver la Grèce alors que c’est pour sauver l’euro, les NĂ©erlandais, les Slovaques, les Finlandais, et certains Ă©minents Allemands1 se posent des questions sur le bien-fondĂ© du maintien de la Grèce dans l’union monĂ©taire. Les Grecs eux-mĂŞmes doivent commencer Ă  penser au retour Ă  la monnaie nationale, lorsqu’on leur propose pour toutes perspectives, une contraction de leur PIB de 7 % et la mise sous tutelle de leur gouvernement.

Alors que les dĂ©clarations -notamment nĂ©erlandaises- semaient le trouble, ce n’est pas Angela Merkel ni Nicolas Sarkozy, dont les discussions avaient, paraĂ®t-il, Ă©vacuĂ© le spectre de l’Ă©clatement, qui ont rĂ©agi mais la Commission europĂ©enne. Amadeu Altalfaj, porte-parole du commissaire aux affaires Ă©conomiques a prĂ©cisĂ© lors d’un point presse aujourd’hui : « Aucune sortie, ni expulsion de la zone euro n’est possible d’après le traitĂ© de Lisbonne. La participation Ă  la zone euro est irrĂ©vocable. Il n’y a aucune discussion Ă  ce sujet ». En fait, il ne peut y avoir dĂ©bat : c’est interdit par le TraitĂ© ! Pourtant, dans le but de sauver l’euro, la BCE a dĂ©jĂ  violĂ© les traitĂ©s en rachetant de la dette grecque ou italienne. On n’a guère entendu Ă  ce sujet la Commission, gardienne des TraitĂ©s. Mais, cela n’a rien Ă  voir, n’est ce pas ! C’Ă©tait une question de vie ou de mort pour le Saint-Euro !

On se demande bien ce que la Commission envisage en cas de dĂ©cision grecque de rĂ©tablir le cours de la Drachme. Saisira t-elle la cour pĂ©nale internationale ? L’OTAN ? Ou, plus modestement, JosĂ© Manuel Barroso dĂ©clarera t-il qu’il boycotte la fĂŞta, les matches de l’Olympiakos Ă  la tĂ©lĂ© et ses prochaines vacances Ă  Corfou ? Sur quelle planète vivent donc ces messieurs de la Commission ? Mesurent-ils Ă  quel point ils se ridiculisent et, avec eux, les chefs d’Etat et de gouvernement qui tentent maladroitement de repousser l’Ă©chĂ©ance ? Ces derniers, finalement, gagneraient peut-ĂŞtre, afin de mettre toutes les chances de leur cĂ´tĂ©, Ă  rĂ©duire la Commission au silence, se comportant ainsi comme de vulgaires souverainistes. Vous avez dit « paradoxe » ?

 

  1. Je comprends qu’il y ait de la rĂ©sistance aux mesures d’austĂ©ritĂ© au sein du peuple grec, mais au final, c’est Ă  la Grèce de savoir si elle peut remplir les conditions qui sont nĂ©cessaires pour faire partie des membres de la devise commune, Wolfgang Schäuble, ministre allemand des Finances.
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Inimitable Quatremer

Il paraĂ®t que Jean Quatremer est le meilleur journaliste spĂ©cialiste de l’Europe. « Cite-moi un autre journaliste spĂ©cialisĂ© dans ce domaine » me questionnait un camarade de Twitter  alors que je me moquais gentiment de ce que ce dernier tenait, semble t-il, pour une Institution. Seulement voilĂ , que Quatremer connaisse par coeur les rouages de la grande machine bruxelloise, appelle commissaires et dĂ©putĂ©s europĂ©ens – pas Nigel Farage, faut pas charrier ! – par leurs prĂ©noms, cela n’en fait pas pour autant un spĂ©cialiste de l’Europe. Et puisqu’il m’est donnĂ© l’occasion de montrer que j’ai l’esprit maison, Luc Rosenzweig, qui a Ă©tĂ© correspondant dans plusieurs capitales europĂ©ennes, me paraĂ®t donner davantage de garanties que le titulaire d’un bureau bruxellois.

Mais revenons Ă  twitter, puisque notre spĂ©cialiste auto-proclamĂ© de l’Europe et son Histoire y vient, comme moi, y dĂ©livrer chaque jour quelques messages n’excĂ©dant pas 140 signes. Au moment oĂą les chefs d’Etat et de gouvernement de l’union monĂ©taire rĂ©animaient l’euro en salle de soins intensifs et y parvenaient en donnant au malade un rĂ©pit de quelques semaines ou quelques mois, Jean Quatremer plastronnait sur le rĂ©seau.

La veille, il annonçait la couleur : « Le sommet de l’eurozone s’annonce chaud. Angela Merkel ne veut toujours pas bouger. Sarkozy parviendra-t-il Ă  la convaincre? »  Mais en ce 21 juillet, ce sont les Grecs qui sont habillĂ©s pour l’hiver dès le matin : « Pendant que les EuropĂ©ens tentent de sauver la #Grèce, les taxis grecs bloquent Athènes, Corfou, la Crète pour sauver leur statut. » ou ce charmant : « Juste pour rappel: le tourisme est la première ressource grecque #suicide ». C’est vrai, quoi, ces feignasses de Grecs, ils ne pourraient pas fabriquer des machines-outils et des bagnoles de luxe ?

Après avoir ainsi montrĂ© que ces manants hellènes ne mĂ©ritaient quand mĂŞme pas tant de sollicitude si ce n’Ă©tait pour sauver le totem monĂ©taire, Quatremer revenait Ă  davantage de positive attitude comme auraient dit Lorie ou Raffarin. Et il finissait par fĂ©liciter les participants au Sommet :

- Le sommet de la zone euro se dirige vers un succès. Les marchĂ©s le saluent comme tel. « Les tabous sont tombĂ©s », dit un diplomate #Grèce1

- Chacun a donc fait un pas vers l’autre: Allemagne, France et BCE
- Le sommet est terminĂ©. Un succès. « Pour la 1ere fois, les chefs ont discutĂ© dans les dĂ©tails, ce qui est bien », dixit un pp de la C° #Grèce

C’est bien simple, on pourrait presque l’engager, lui-mĂŞme, comme PP de la C°, c’est Ă  dire porte-parole de la Commission.

Le troisième temps n’est pas moins caricatural. C’est au tour des europhobes de faire l’objet de la dĂ©licate attention de Jean Quatremer. Ah, ce : « Un jour noir pour les europhobes. Caramba, encore ratĂ© ! » , il m’a bien fait rire et je ne le remercierai jamais assez pour ce moment de bonheur. Impitoyable, il rosse : « @dupontaignan c’est sĂ»r, avant l’euro, pas de chĂ´mage, que du bonheur. Il faudrait arrĂŞter de dire n’importe quoi! #dĂ©magogie ». Le prĂ©sident de DLR lui avait fait remarquer que l’heure n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas Ă  la satisfaction bĂ©ate. Ce n’est pas comme si, pendant les annĂ©es 90, l’arrimage du Franc au Mark dans l’objectif de l’union monĂ©taire avait anĂ©miĂ© notre Ă©conomie au point de faire atteindre Ă  notre pays les 3,5 millions de chĂ´meurs. Plus tard dans la nuit, il fera preuve d’un mĂ©pris souverain pour Paul Jorion lequel fut tout de mĂŞme l’un des seuls chercheurs Ă  prĂ©voir la crise des subprimes. Un Ă©conomiste, lui ? Mouarf ! Les vrais Ă©conomistes, il les croise tous les jours Ă  Bruxelles, lui. Rien Ă  voir avec cet hurluberlu.

Eric Zemmour l’avait surnommĂ© le « curĂ© de l’Europe ». Un cĂ´tĂ© curĂ©, Jean Quatremer ? C’est vrai que son autre spĂ©cialitĂ©, la politisation de l’intime, pourrait renforcer cette idĂ©e. Mais, finalement,  je prĂ©fère laisser les vrais curĂ©s tranquilles. Il n’y a qu’un Quatremer. Inimitable.

 

  1. Une semaine après, Les marchés semblent un peu moins enthousiastes et Quatremer est contraint à ravaler son optimisme.
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Adresse à Mélenchon

Monsieur le Député,

Aujourd’hui, sur Europe 1, interrogĂ© sur la sortie de l’euro, vous avez cru bon de dĂ©clarer qu’il s’agissait d’une solution d’essence « marĂ©chaliste ». Ce propos visait Marine Le Pen, avec laquelle vous avez dĂ©jĂ  quelques dĂ©mĂŞlĂ©s judiciaires pour d’autres noms d’oiseau.  Selon vous, refuser d’imposer Ă  l’Allemagne une autre gestion de la monnaie unique (abandon du principe de monnaie chère, monĂ©tisation des dettes souveraines par la BCE) rappelle le dĂ©faitisme, l’esprit capitulard du MarĂ©chal PĂ©tain.

Permettez-moi d’abord de vous rappeler que cette rĂ©fĂ©rence honteuse -qui ne vous grandit pas-  vise non seulement la PrĂ©sidente du Front National -qui, pourtant, s’inspire sur ce sujet d’Ă©conomistes qui ne sont pas connus pour une proximitĂ© idĂ©ologique avec elle- mais aussi mon ami Nicolas Dupont-Aignan, lequel prĂ©conise  comme vous l’Ă©tablissement d’un salaire maximum, et -plus grave, de votre point de vue- le Mouvement Pour une Education Populaire (M’PEP) lequel, si je ne m’abuse, fait partie du Front de Gauche. MarĂ©chalistes aussi, Jacques Nikonoff et AurĂ©lien Bernier ? Il faudra bien vous en expliquer avec eux et avec les Ă©lecteurs de gauche qui, dans les milieux populaires, ne croient plus depuis longtemps aux bienfaits de l’union monĂ©taire. Mais quittons ces arguments que vous pourriez trouver trop politiciens, bien qu’ils expliquent pourquoi vous n’arrivez pas encore Ă  attirer vers vous un certain nombre d’Ă©lecteurs hĂ©sitant entre la pĂŞche et la Marine.

Il est totalement mensonger de dire que les partisans de la sortie de l’euro seraient muĂ©s par une quelconque tentation capitularde. Premièrement, certains d’entre eux -dont je suis- proposent de se tourner vers l’Allemagne et de lui proposer de transformer la monnaie unique en monnaie commune, solution qui permettrait aux Etats-Nations de retrouver leur souverainetĂ© monĂ©taire tout en conservant l’euro comme monnaie de rĂ©serve internationale. Si nous ne croyons plus Ă  votre solution, c’est que nous savons que l’Allemagne d’aujourd’hui ne l’acceptera pas et qu’elle prĂ©fĂ©rerait sortir elle mĂŞme de la zone euro que de la voir appliquĂ©e. Peut-ĂŞtre, d’ailleurs, tablez-vous sur cette issue 1 ? Simplement, pour nous, le temps presse. Et nous n’allons pas attendre encore quelques annĂ©es que nos amis Allemands boutent Angela Merkel de la chancellerie et la remplacent par une coalition dominĂ©e par Die Linke. Notre Ă©conomie ne peut faire ce pari risquĂ©. Nous devons agir, et vite, car les peuples souffrent.

Nous savons aussi, quant Ă  nous, que l’euro n’est pas viable en tant que monnaie unique car cette monnaie ne correspond pas Ă  une zone monĂ©taire optimale, lui permettant de rĂ©sister Ă  des chocs asymĂ©triques. Trois conditions sont nĂ©cessaires pour qu’elle le devienne : un budget fĂ©dĂ©ral beaucoup plus important, une convergence macro-Ă©conomique et une mobilitĂ© des travailleurs. Un Jean-Luc MĂ©lenchon prĂ©sident pourrait peut-ĂŞtre imposer la première condition, peinerait Ă  permettre la seconde mais ne pourrait absolument pas satisfaire la troisième. Les Andalous n’iront jamais travailler dans le froid de Hambourg d’autant que peu d’entre eux maĂ®trisent la langue de Goethe. Cette zone monĂ©taire optimale n’avait jamais existĂ© en TchĂ©coslovaquie, comme l’explique mon ami Laurent Pinsolle, nous ne croyons pas qu’il soit possible qu’elle existe sur quinze pays ou plus. Ou alors dans le long-terme, dans lequel, comme vous le savez, nous serons tous morts.

Enfin, notre dĂ©bat n’aura peut-ĂŞtre bientĂ´t plus lieu d’ĂŞtre. La zone euro implosera peut-ĂŞtre avant que les trĂ©teaux de la campagne prĂ©sidentielle ne soient installĂ©s. Que direz-vous alors ? Vous ne serez plus audible. Les Français se tourneront vers ceux qui leur auront tenu un langage de vĂ©ritĂ©. Au moins, faites comme Chevènement et mĂ©nagez-vous  un plan B. Cela vous Ă©vitera, afin de vous diffĂ©rencier Ă  tout prix de Madame Le Pen, d’insulter jusqu’Ă  vos propres amis du M’PEP.

 

  1. Je reconnais volontiers que cette stratĂ©gie n’est pas idiote. Vous voyez : nous autres ne pratiquons pas, comme vous, l’anathème.
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Le visage de monsieur Copé

Pour tout vous dire,  les histoires entre Sarkozy, CopĂ© et Fillon, je m’en contrefous. Le psychodrame autour du dĂ©bat sur la LaĂŻcitĂ©, auquel j’ai fait un sort il y a quelques semaines, je le trouve ridicule et dĂ©risoire. Tous ces gens, qui dĂ©couvrent après trois ans qu’on ne peut pas circuler rue Myhra chaque vendredi après-midi et qui veulent faire plus laĂŻcs que laĂŻcs alors que le PrĂ©sident actuel est prĂ©cisĂ©ment celui qui avait tentĂ© d’empĂŞcher la loi sur les signes religieux Ă  l’Ecole en 2003  puis avait tentĂ© de vider le concept en lui accolant le qualificatif de « positive », ne mĂ©ritent que le discrĂ©dit.

Aussi, la petite phrase de CopĂ© sur Fillon hier soir au Grand Journal de Canal + m’en a touchĂ© une sans faire bouger l’autre. En revanche, une autre phrase n’a pas suscitĂ© chez moi la mĂŞme indiffĂ©rence. Donnant des exemples de ce que pouvaient ĂŞtre des propositions d’extrĂŞme-droite, CopĂ© a citĂ© notamment la sortie de l’euro, ajoutant, dans sa grande ouverture d’esprit, qu’elle pouvait ĂŞtre aussi le fait d’extrĂ©mistes de gauche. DĂ©fendant cette proposition et l’assumant parfaitement, me voilĂ  cataloguĂ© dans l’une ou l’autre catĂ©gorie.

Je ne suis pas seul Ă  dĂ©fendre cette idĂ©e sans pour autant adhĂ©rer au FN ni au Parti des Travailleurs. Mon ami Nicolas Dupont-Aignan vient de publier un ouvrage dĂ©fendant cette thèse1. Il a d’ailleurs interpellĂ© CopĂ© sur twitter hier soir, lui demandant si c’est Ă  l’extrĂŞme-droite ou Ă  l’extrĂŞme-gauche qu’il fallait dĂ©sormais le classer. Il n’a pas tort, Nicolas, d’interroger ainsi le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’UMP, d’autant qu’il m’a donnĂ© une idĂ©e.

Alors, d’extrĂŞme-droite ou d’extrĂŞme-gauche, Maurice Allais, dĂ©cĂ©dĂ© dernièrement et qui fut le seul prix Nobel d’Ă©conomie français ? D’extrĂŞme-droite ou d’extrĂŞme-gauche, Jacques Sapir, Emmanuel Todd et Jean-Luc GrĂ©au ? D’extrĂŞme-droite ou d’extrĂŞme-gauche, ces Ă©conomistes qui, acquis au dĂ©part Ă  l’idĂ©e de la monnaie unique, en voient aujourd’hui toutes les limites et les dangers, Patrick Artus, Ă©conomiste en chef Ă  Banque Populaire-Caisse d’Epargne, ou Christian Saint-Etienne, qu’on croisait davantage dans les cercles centristes -si j’ose dire- qu’Ă  la fĂŞte BBR ou Ă  une rĂ©union de cellule de Lutte ouvrière ?

Et d’ailleurs, pourquoi s’arrĂŞter aux  personnalitĂ©s souhaitant aujourd’hui la fin de la monnaie unique europĂ©enne ? Pourquoi ne pas s’interroger aussi, afin de plaire Ă  Monsieur CopĂ©, sur ceux qui l’ont combattue en 1992  ? On ne voit pas par quel miracle ils seraient dĂ©douanĂ©s. Ainsi, d’extrĂŞme-droite ou d’extrĂŞme-gauche, Philippe SĂ©guin et ses compagnons de route Etienne Pinte et François Fillon2 ? D’extrĂŞme-droite ou d’extrĂŞme-gauche, Jean-Pierre Chevènement et Max Gallo ? Tous d’extrĂŞme-droite ou d’extrĂŞme-gauche, les 48,95 % qui ont votĂ© avec eux contre le TraitĂ© de MaĂ«stricht ?

Toutes ces questions dĂ©montrent Ă  quel point le propos de Jean-François CopĂ© n’est pas seulement ridicule mais aussi mĂ©prisant, arrogant et suffisant, toutes qualitĂ©s qu’il dĂ©veloppe Ă  chaque fois que radio ou tĂ©lĂ©vision lui offre un micro depuis une quinzaine d’annĂ©es. Et on s’Ă©tonne de l’abstention dans le pays. Le dĂ©goĂ»t qu’inspire la politique Ă  un nombre croissant de Français a un visage, monsieur CopĂ©.

Et ce visage, c’est le vĂ´tre.

  1. L’Arnaque du siècle – Editions du Rocher. Ouvrage qui sera dès demain dans toutes les bonnes librairies et dont je conseille ardemment la lecture Ă  toutes celles et ceux qui frĂ©quentent ce blog.
  2. Tiens, tiens…
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Un dĂ©bat sur l’Euro ? Chiche !

L’autre matin, j’entendais la star des mĂ©dias de la semaine dernière, Alain JuppĂ©, qui venait de se faire piquer, par Marine Le Pen, ce statut si enviĂ©.  L’homme dont on nous raconte depuis vingt ans, avec la rĂ©gularitĂ© d’un mĂ©tronome, qu’il n’est pas celui qu’on croit -notamment qu’il est en fait humble et pudique-  a ainsi expliquĂ© qu’il existait une solution simplissime pour faire baisser le Front National : expliquer son programme Ă©conomique basĂ© sur la sortie de l’euro, laquelle -on cite cet Ă©conomiste si distinguĂ©, au point qu’il voulut vendre un jour Thomson pour un franc symbolique- serait atterrant et fou.

L’homme qui se tenait si droit dans ses bottes, au point de gĂŞner dans le dĂ©cor, n’imagine pas une seconde qu’une grande partie de ceux qui rĂ©pondent aux sondeurs qu’ils ont l’intention de voter Marine Le Pen, savent dĂ©jĂ  qu’elle souhaite revenir Ă  la monnaie nationale. De mĂŞme, peu lui chaut que la nouvelle prĂ©sidente du Front National soit loin d’ĂŞtre la seule Ă  promouvoir ce projet ; que des Ă©conomistes aussi diffĂ©rents que Jean-Luc GrĂ©au, Paul Krugman, Jacques Sapir ou feu notre prix Nobel d’Ă©conomie Maurice Allais ne donnent -ou ne donnait- pas cher du devenir de la monnaie unique. Il tient aussi -comme les sondeurs, du reste- la candidature de Nicolas Dupont-Aignan, ce fou dangereux adversaire et dĂ©chireur d’euro, comme quantitĂ© nĂ©gligeable.

Pourtant le plus probable, c’est que si davantage d’Ă©lecteurs savaient que Marine Le Pen voulait sortir de l’euro, elle ne serait pas entre 17 et 24 selon les instituts mais plus proche des 30, Ă  moins que certains d’entre eux ne soient dĂ©rangĂ©s, comme votre serviteur, par d’autres aspects du projet frontiste. N’oublions pas que des sondages Ă©valuaient au printemps dernier Ă  37 % des Français ceux qui souhaitent un retour Ă  la monnaie nationale. Cela, Nicolas Sarkozy, qui n’est certes pas dans une forme optimale en matière de choix stratĂ©giques, arrive tout de mĂŞme Ă  le concevoir. Il faut dire qu’en matière de stratĂ©gie politique, mĂŞme un Sarko aux fraises demeurera toujours infiniment supĂ©rieur Ă  un type capable de penser qu’une dissolution de confort pouvait le reconduire tranquillou Ă  Matignon. C’est pourquoi, vraisemblablement, ni le gouvernement ni l’UMP n’organiseront un dĂ©bat sur l’euro dans les prochains jours.

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Le PrĂ©sident me traite d’irresponsable… Et j’aime ça !

Hier soir -ou l’an dernier, c’est comme vous voulez-, j’ai Ă©coutĂ© le PrĂ©sident prĂ©senter les vĹ“ux traditionnels Ă  ses compatriotes. Je me suis fait ce devoir, entre la dĂ©gustation de deux huĂ®tres, puisque ce rendez-vous demeure souvent l’occasion de bien rire, en particulier depuis le 31 dĂ©cembre de l’an 1974.

Je ne m’y attendais pas du tout, mais le PrĂ©sident de la RĂ©publique a parlĂ© de moi. Pas nommĂ©ment, bien sĂ»r. Ni exclusivement. Mais il a bien mis en garde les Français contre les irresponsables qui prĂ´nent la sortie de l’euro. Dont je suis : nul lecteur de ce modeste carnet ne l’ignore.

PassĂ© le lĂ©ger rougissement qui s’est manifestĂ© sur mes joues, j’en suis venu Ă  la rĂ©flexion purement politique : mais pourquoi donc, alors que l’ElysĂ©e nous ignorait, ou plus exactement feignait de nous ignorer, lilliputiens politiques que nous sommes, le PrĂ©sident de la RĂ©publique nous a si gentiment mis en scène Ă  l’occasion d’une Ă©mission sans doute parmi les plus regardĂ©es de l’annĂ©e ? Il aurait pu, en effet, se contenter de la seconde partie de ce passage consacrĂ© Ă  la dĂ©fense de la monnaie unique, qui consistait Ă  raconter qu’il dĂ©fendrait icelle de toutes ses forces, indiquant aux mĂ©chants spĂ©culateurs qu’ils dĂ©pensaient leurs sous en vain. Nenni, il a ouvert sur ces irresponsables qui voient dans une sortie de l’euro un remède Ă  la crise.

Le PrĂ©sident doit avoir des sondages que nous n’avons pas. Peut-ĂŞtre mĂŞme les fameux 35 % de  partisans de retour Ă  la monnaie nationale, annoncĂ©s par les instituts, sont-ils sous-Ă©valuĂ©s par rapport aux Ă©tudes dont dispose l’ElysĂ©e. Il n’est d’ailleurs pas anormal que le PrĂ©sident de la RĂ©publique puisse bĂ©nĂ©ficier de sondages secrets. Après tout, nous n’avions qu’Ă  devenir PrĂ©sidents nous-mĂŞmes. Toujours est-il que Nicolas Sarkozy a bel et bien accrĂ©ditĂ© l’idĂ©e que notre discours progressait Ă  grands pas dans le pays et que ce phĂ©nomène le prĂ©occupait Ă©normĂ©ment.

Bien sĂ»r, il y a ce qualificatif « d’irresponsables ». Que mes amis, qui pourraient s’en formaliser, se rassurent.

D’abord, ĂŞtre ainsi dĂ©signĂ© par un tel spĂ©cialiste de l’irresponsabilitĂ©, cela vaut en quelque sorte adoubement. Les nombreux Français qui n’ont plus aucune confiance en Nicolas Sarkozy pourraient bien alors se demander qui sont ces irresponsables auxquels il a apportĂ© tant d’attention en se souvenant de leurs vieux souvenirs d’algèbre : moins par moins, cela donne « plus ».

Ensuite, n’importe quel spĂ©cialiste de la conviction d’autrui, le militant politique ou tout simplement l’agent commercial, vous dira qu’il est souvent improductif -voire contreproductif- d’insulter la concurrence. Cela suscite un intĂ©rĂŞt nouveau pour celui qui ne la connaĂ®t pas encore, ou une vexation pour celui qui a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par le discours en question.

Enfin, cela nous annonce la suite. Le Figaro a publiĂ© la semaine dernière un article que Laurent Pinsolle a, mieux que je ne pourrais le faire, dĂ©montĂ© point par point. Pour ma part, Ă  la lecture de cet article, je n’ai pas eu le sĂ©rieux de mon confrère et nĂ©anmoins ami. J’ai Ă©tĂ© pris d’un fou rire que ni Nicolas Canteloup, ni Laurent Gerra, ni mĂŞme HervĂ© Morin prĂ©sentant ses voeux Ă  des casseroles vides, n’ont rĂ©ussi Ă  Ă©galer. Ne manquait Ă  ce catalogue des malheurs -qui surviendraient en cas de sortie de l’euro- que l’invasion de sauterelles, les inondations mais aussi des sĂ©ismes divers et variĂ©s. A l’Ă©vidence, le PrĂ©sident a donnĂ© le signal hier soir : les Ă©lĂ©ments de langage sont quasi-distribuĂ©s pour l’annĂ©e. Nous aurons droit aux sauterelles, aux inondations, aux sĂ©ismes par l’entremise de tous les relais prĂ©sidentiels mais aussi de la part de la plupart de leurs faux adversaires socialistes. On peut se demander si confier telle mission aux CopĂ©, PaillĂ©, Morano et consorts ne relève pas de l’imprudence. Dans leur zèle lĂ©gendaire, ils pourraient bien ajouter Ă  toutes ces catastrophes naturelles, jaunissement des dents, calvitie pour les dames et dĂ©veloppement de l’Ă©jaculation prĂ©maturĂ©e pour les messieurs. Toute cette dĂ©bauche d’Ă©nergie ne fera que renforcer chez les Français l’idĂ©e que ces gens-lĂ  ne sont pas plus sĂ©rieux que l’euro qu’ils dĂ©fendent.

Le PrĂ©sident est donc inquiet. Et son inquiĂ©tude lui fait faire des bĂŞtises, de son point de vue. Pour ma part, si je n’avais qu’un vĹ“u politique Ă  formuler, il serait celui-ci : que 2011 Ă©claire encore davantage les Français sur l’irresponsabilitĂ© -rĂ©elle, celle-ci- des gens qui nous ont convaincus d’abandonner notre monnaie nationale. Afin qu’ils puissent se tourner enfin vers ceux qui les ont mis en garde, Ă  l’exception, bien sĂ»r, de ceux qui ont changĂ© d’avis1.

Mais il n’y a pas que les vĹ“ux politiques, il y aussi ceux, de santĂ©, bonheur et prospĂ©ritĂ© que je formule auprès de ceux qui me lisent, sur Antidote, Causeur ou Marianne2, et qui continueront de le faire en 2011, je l’espère, mĂŞme lorsqu’ils ne sont pas d’accord.

  1. François F., Henri G., si vous me lisez…
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