Les 75 % de Hollande : une tranche de bon sens

Affirmons-le d’emblée : contrairement à mon ami Gil Mihaely, je ne vois pas dans la volonté de créer une tranche marginale d’imposition à 75 % pour les revenus supérieurs à un million d’euros une stigmatisation des plus riches, encore moins une recherche de boucs émissaires. Certes, je ne suis pas aveugle et je vois très bien que le candidat socialiste a certainement voulu faire un coup politique, d’autant qu’il exposait àMediapart une thèse radicalement inverse en janvier 2011. A cet égard, cette campagne atteint les sommets du minable puisque les deux favoris désignés rivalisent de coups de com’, quitte à se contredire eux-mêmes à un an d’intervalle voire d’une semaine à l’autre comme Nicolas Sarkozy sur l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage1.

Mais oublions les deux candidats et causons de la proposition fiscale en elle-même. Il ne s’agit non pas, rappelons le, de taxer une certaine catégorie de contribuables à 75% mais d’imposer à ce taux les revenus supérieurs à un million d’euros. Tout contribuable ayant déjà rempli une feuille d’impôt l’aura compris. Afin d’entrer davantage dans les détails, on se reportera à un article du Monde fort bien documenté. A mon sens, il n’est pas choquant que de tels revenus fassent l’objet de tels taux et, au risque de surprendre, c’est plus mon éducation dans une famille conservatrice que ma récente fréquentation de Jérôme Leroy qui en est à l’origine. Mais est-ce si surprenant ? En 1967, le gouvernement avait fait passer la tranche marginale de 70 à 80%. Affreux marxiste, le général de Gaulle ? On peut trouver la mesure inappropriée en 2012 à l’heure où les capitaux sont libres de leurs mouvements, mais pour la juger moralement choquante et crypto-communiste il faudra repasser.

En fait, ce n’est qu’à partir des années quatre-vingts, avec la conversion commune de la mitterrandie et de la droite française à la frénésie libérale nous venant de l’Amérique de Reagan et de l’Angleterre de la Dame de Fer, que la France est entrée dans un cycle nouveau. Auparavant, à part Alain Madelin ou Jean-Marie Le Pen, personne n’aurait qualifié de « confiscatoire » un tel taux marginal d’imposition. Les travaux d’Emmanuel Todd sur les systèmes familiaux expliquent très bien les ressorts anthropologiques français et notamment notre attachement puissant à l’égalité. Cela se traduit naturellement par une volonté de ne pas voir exploser l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Voilà pourquoi en France, on trouve souvent indécent les salaires faramineux des joueurs de football alors que cela pose moins de problème en Allemagne ou en Angleterre. Il ne s’agit pas d’être envieux, jaloux ni de ne pas comprendre que de taxer les riches ne fera pas diminuer le nombre de pauvres : c’est une question de cohésion nationale. Si le deuxième million d’euros est taxé à 75 %, il en restera tout de même 250 000 soit dix fois ce que gagne un Français moyen, en plus du premier million taxé plus faiblement. Le Président de la République lui-même a naguère fustigé certains revenus démentiels, notamment dans son fameux discours de Toulon en 2008, démontrant d’ailleurs qu’il a lui aussi parfaitement conscience des risques que fait peser sur la cohésion nationale l’explosion de l’échelle des revenus. Peut-être se souvenait-il d’un certain Henry Ford qui estimait que l’échelle des salaires ne devait pas excéder le rapport 1 à 40. Et Ford n’était ni français, ni communiste mais seulement un entrepreneur américain lucide.

Dans l’absolu, même si cette mesure doit évidemment faire l’objet d’une étude d’impact, ce que je concède bien volontiers à Gil, en rappelant que même le bouclier fiscal n’avait pas retenu Johnny Halliday, cette idée me paraît de « bon sens  ». Le « bon sens » m’expliquait l’autre jour une bonne âme de gauche, c’est ce que dégaine toujours un mec de droite, un conservateur congénital ! C’est sûr, c’est bien mon surmoi de droite conservatrice que François Hollande a touché la semaine dernière  !

  1. Alors que la polémique lancée par Marine Le Pen était jugée absurde par le candidat-président à Rungis il y a quelques jours et que le ministre de l’agriculture Bruno Lemaire jugeait stigmatisant l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage, ce qui était d’ailleurs cohérent avec le refus du gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour les propositions de loi de Françoise Hostalier (février 2012) ou de Nicolas Dhuicq (2011), Nicolas Sarkozy a fait volte-face à Bordeaux samedi. Peut-être avait-il lu Causeur entre-temps.

La notion d’inacceptable, selon Sophie de Menthon

Ce matin, après la révélation du Parisien selon laquelle François Hollande se serait laissé aller à qualifier le Président de la République de « sale mec » devant quelques journalistes, la rumeur enfle : et si le syndrome Jospin1 atteignait Hollande ? Pourtant, on n’imagine évidemment pas Nicolas Sarkozy évoquer ses adversaires en des termes plus aimables. On se rappelle aussi des moqueries dont le Président de la République en exercice, Jacques Chirac, fut victime en son temps, notamment en raison de sa passion pour le Sumo. Bref, Hollande a plutôt du retard sur Sarkozy sur le terrain de l’invective2 et, même si cela ne paraît pas forcément productif de son propre point de vue, ceux qui l’attaquent sur ce point nagent dans le ridicule.

C’est notamment le cas de Sophie de Menthon, dirigeant d’entreprises, membre éminente du Conseil économique et social et polémiste à RMC, qui a jugé inacceptable la saillie hollandaise .  Il semble bien que la notion d’acceptabilité, chez Madame de Menthon, ne recouvre pas les frontières que celles qu’on lui connaît habituellement. Que pèsent en effet de tels propos de campagne électorale à côté des pratiques personnelles de cette chef d’entreprise ? Qu’une personne se vante ouvertement de délocaliser des centres d’appels téléphoniques, parce qu’en France, ça coûte trop cher, on commence à être habitué. Qu’une telle personne soit membre du conseil économique et social, en revanche, devient problématique.

Mais Sophie de Menthon ne s’arrête pas là. Elle a aussi récemment défendu les entreprises occidentales qui font travailler des enfants en Chine ou ailleurs, assurant qu’il fallait se montrer pragmatique, sans quoi, finalement, « ces gosses retourneraient dans le ruisseau ». Que le lecteur incrédule visionne la vidéo, où la Présidente du mouvement Ethic -ça ne s’invente pas- professe de telles déclarations, et se rende compte par lui-même de ce que Sophie de Menthon trouve, quant à elle, acceptable. Il ne viendrait pas à l’idée à cette grande avocate de la fierté d’être de droite3, d’imaginer qu’une multinationale a largement les moyens de payer ce qu’il faut à ses ouvriers chinois afin que les enfants de ces derniers puissent aller à l’école plutôt que de se rendre à l’usine. Le  pragmatisme  qu’elle porte en étendard rappelle les réalistes qui s’opposaient à l’abolition de l’esclavage et du travail des enfants aux XIXe siècle.

On imagine bien volontiers qu’il serait, en revanche, inacceptable d’établir des barrières douanières afin de lutter contre ce moins disant social. Ainsi va le monde selon Madame de Menthon. Si  j’étais le candidat Sarkozy, je me dépêcherais de demander à cette avocate de se faire plus discrète. Car, me pensant associé à un tel environnement,  il est possible que beaucoup d’électeurs soient tentés de ne pas croire à ma candidature au service de l’emploi « made in France ».

  1. Lors de la campagne de 2002, Lionel Jospin avait confié à des journalistes en off qu’il trouvait Jacques Chirac, vieilli, usé et fatigué. La citation éventée, le candidat s’était obligé à un mea culpa public, ce qui n’avait rien arrangé. Cet épisode avait été considéré comme l’un des tournants de cette élection présidentielle et une raison de la chute de la maison Jospin.
  2. Le même Parisien indiquait il y a quelques jours que Nicolas Sarkozy avait traité Nicolas Dupont-Aignan « d’imbécile ». Nous n’en avons pas parlé ici tellement c’était insignifiant.
  3. Y a t-il en ce bas monde chose aussi méprisable que la droite affairiste, à part la gauche sociétale ?

Peillon monte sur son petit poney !

Vincent Peillon aurait largement mérité de faire partie de ma dernière livraison. Ridicule, il le fut effectivement autant que les quatre autres. Si Martine Aubry avait émis l’idée que François Hollande était le candidat du « système », il n’y avait assurément pas de quoi monter sur ses grands chevaux, ni d’ailleurs sur un petit poney. Alors que le maire de Lille avait donné raison à Hollande en montrant son sectarisme, lui reprochant d’utiliser des mots de droite, voilà que Peillon, guère sage pour un professeur de philosophie, l’accusait de reprendre le lexique de l’extrême-droite. Franchissant allègrement le mur du çon, cher au Canard Enchaîné, le soutien de François Hollande déclarait en effet : « Qu’est-ce que ça veut dire ‘le système’ ? Est-ce que les mots n’ont pas de sens ? Quand on emploie le mot ‘race’ ça n’a pas de sens ? Quand on dit ‘youpin’ ça n’a pas de sens ? Quand on dit ‘système’, qui parle comme ca ? Tout les mots ont un sens ». Du mot « système », on passe à l’évocation de l’antisémitisme en une cuiller à pot. Protégez-moi de mes amis, a dû penser Hollande…

La saillie peillonnesque s’avère doublement conne. Car ce n’est pas pas l’indignation que la sortie anti-système aurait dû susciter dans les rangs hollandistes -comme d’ailleurs dans la France entière- mais la bonne humeur, la franche rigolade, le rire aux larmes, même. Martine Aubry qui accuse son adversaire d’être le candidat du système, et se plaçant donc en candidate anti-système, c’est quand même mieux que toutes les chroniques de Canteloup ou Gerra réunis. L’amie d’Alain Minc, soutenue par Bernard-Henri Lévy et Dominique Strauss-Kahn, candidate anti-système, cela constitue une hypothèse aussi crédible que votre serviteur sélectionneur national de natation synchronisée.

Au lieu de surenchérir comme un imbécile à cette galéjade, Peillon aurait mieux fait d’en rire publiquement. Et de susciter le rire des autres. Communicatif, ce dernier aurait pu se déclencher ainsi dans la France entière et être entendu du Pôle Nord au Cap de Bonne-espérance  et du Machu Picchu aux steppes sibériennes. Transformer une bonne occasion de rigoler en psychodrame, n’est-ce-pas la preuve du plus grand crétinisme ?

 

Quel candidat à la primaire socialiste êtes-vous ?

1. Vous décidez d’acheter une voiture

◊ - Une Peugeot, parce que je roule français, moi, monsieur !

♣ - Une voiture white ou blancos, parce qu’il n’y en pas assez dans ma ville

♥ - Une Heuliez, pour rouler propre et soutenir l’emploi dans ma région qui est exemplaire

♦ - J’attaquerai en justice toute personne insinuant que j’ai fait le choix de ne pas conduire

ο - Une Clio, tout ce qu’il y a de plus normal

 

2. Vous adoptez un chien

♦ - Un bouledogue

♥ - Un  grand caniche

◊ - Un setter

ο - Un Saint-Bernard

♣ - Un lévrier espagnol

 

3. Votre comédie française préférée

♣ - Le gendarme à Saint-Tropez

ο - Le corniaud

♥ - On connaît la chanson

◊ - Michael Kael contre la World News Company

♦ - Bienvenue chez les Ch’tis

 

4. Votre plat préféré

◊ - Le poulet aux morilles

♦ - Moules-frites

ο - Filet de merlan et pommes vapeur

♣ - la Paëlla

♥ - Croustillant au chabichou

 

5. Quand vous étiez petit, vous souhaitiez devenir

♦ - Infirmière-chef, pour prendre soin

◊ - Procureur de la République, pour faire embastiller les malfaisants

♥ - Présidente de l’association des parents d’élèves

♣ - Footballeur, pour être célèbre

ο - Représentant de commerce, receveur des postes ou boulanger, un type normal, quoi

 

Vous avez une majorité de ◊

Tel un chien fou, vous voulez démondialiser à donf, relocaliser à mort et lutter aussi bien contre les affairistes que les multinationales. Pas de doute, vous être l’Obama de la Bresse.

 

Vous avez une majorité de ♣

Sur les marchés, vous veillez à la diversité des marchands. A vos yeux, Brice Hortefeux et Claude Guéant apparaissent très mous face à l’impérieuse lutte contre l’insécurité. Pas de doute, vous êtes l’Obama catalan de l’Essonne.

 

Vous avez une majorité de ♥

Toujours digne et droite, vous revenez en deuxième semaine, instruite par l’expérience. Fraternité et démocratie participative sont les deux mamelles de votre action. Pas de doute, vous êtes l’Obama du Poitou.

 

Vous avez une majorité de ♦

Vous ne souhaitiez pas participer mais une histoire de fesses new-yorkaise a tout changé. Vous voilà candidate, afin de prendre soin de vos compatriotes abîmés. Pas de doute, vous êtes l’Obama des Flandres.

 

Vous avez une majorité de ο

Vous avez une vie normale, une voiture normale, des rêves normaux. Bref, vous êtes quelqu’un de normal à ceci près que vous êtes au régime. Pas de doute, vous êtes l’Obama corrézien.

 

 

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Villepin victime de l’humour corrézien

Si j’étais dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, ce qu’à Dieu ne plaise, je ne me formaliserais pas beaucoup de la boutade présumée1 de Jacques Chirac à propos de son futur vote pour François Hollande.

En effet, on cherche encore la Française ou le Français qui n’est pas informé du peu d’estime que l’ancien président porte à son successeur. Si jamais on parvenait à trouver cette pierre rare, nul doute qu’il s’agirait de quelqu’un expatrié depuis deux bonnes décennies, sur la planète Mars de préférence. Pour ma part, j’en étais resté à cette phrase, citée par Marianne : « Lui confier le pouvoir, c’est comme organiser un barbecue en plein été dans l’Estérel ». A partir de là, que Jacques Chirac préfère le Président du Conseil Général de Corrèze  à l’Elysée ne doit constituer une surprise pour personne.

Ce qui pourrait susciter de l’intérêt, en revanche, mais qui n’en provoque aucun, c’est ce que Chirac précise en introduction :  » Si Alain Juppé n’est pas candidat… ». On savait qu’il avait autrefois désigné Juppé comme « Le meilleur d’entre nous »2 mais il est une autre personnalité oubliée par notre boute-en-train limousin : Dominique de Villepin. Le président de République Solidaire, qui laisse partout entendre qu’il sera candidat à la présidentielle, ne bénéficierait donc pas du suffrage de Jacques Chirac.

Bien entendu, Chirac préfère Villepin à Hollande et il ne faut donc pas penser qu’il voterait pour le second plutôt que pour le premier. Ce qu’il révèle là, c’est qu’il ne pense pas une seconde que son cher Dominique ira au bout de sa volonté de candidature. Le voilà, le scoop ! Un scoop qui, de toute évidence, n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy, lequel craint qu’un éparpillement des voix pourrait l’empêcher d’être présent au second tour de la présidentielle. Pis, c’est aussi une leçon pour le Président actuel qui perd du temps et de l’énergie à vouloir faire embastiller son rival, ou le rendre légalement inéligible, alors que ce dernier n’ira pas au bout de sa candidature, faute d’espace de politique et de l’esprit de sacrifice que requiert une telle aventure.

  1. Tout est présumé aujourd’hui, lorsqu’on est prudent.
  2. Je m’inclue dans le « nous » attendu que je faisais partie du public auquel le Président du RPR s’adressait aux universités d’été à Strasbourg en septembre 1993. Je n’ai toujours pas digéré l’affront même si je n’en suis pas mort, au contraire de Philippe Séguin.

Une campagne de Hollande

Il y a quelques années, je n’aurais pas eu une idée si saugrenue. Figurez-vous qu’hier soir, je me suis retrouvé avec bloc et stylo en train de prendre des notes à une réunion publique dont la vedette était François Hollande. J’avais appris une grosse  heure avant, par l’entremise du journal de France 3 Besançon, que le candidat aux primaires socialistes était de passage et que, peut-être, un petit reportage pourrait intéresser les lecteurs de mon blog et éventuellement ceux de Causeur.

Deux bonnes heures après, je me demandais si ce que j’avais vu et entendu méritait vraiment un article. Hollande a la réputation d’être drôle et d’improviser quelques mini-sketches lors de ses discours. Il a fait mentir sa réputation. Mais peut-être est-cela aussi, la mutation du candidat. Moins de rondeurs, moins de blagues, et un discours plutôt chiant, à vrai dire. Hier soir, dans le gymnase de la Malcombe et devant 250 militants et sympathisants socialistes pas du tout chauffés à blanc, l’ambiance n’était pas à la fièvre électorale.

Certes, l’homme a l’air sympathique et lorsqu’il déambule parmi les participants à son arrivée, il n’oublie jamais le petit mot pour faire sourire et il a une poignée de main ferme et chaleureuse. Il n’empêche, le discours de François Hollande aurait pu -tout aussi bien- être prononcé par son concurrent DSK mais aussi par François Bayrou, Jean-Louis Borloo ou même François Fillon. Mise en garde face aux populismes européens, mise à l’index du protectionnisme -assimilé au repli et aux barbelés, fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, nouvelle vague de décentralisation, le rêve de Hollande n’a rien d’une révolution. On demeure dans la continuité des trente dernières années mais pouvait-on attendre autre chose de celui qui fut une cheville ouvrière du club deloriste « Témoins » au début des années 90 ?

C’est donc dans le style que François Hollande veut se différencier. Il est un candidat « normal » souhaitant devenir un président « normal ». Il explique en quoi l’exercice de la présidence de Nicolas Sarkozy demeure profondément « anormal », ce qui ne casse pas trois pattes à un canard. Tout cela est vrai mais réchauffé au micro-ondes. En fait, derrière l’image du président actuel se profile Dominique Strauss-Kahn. A quelques moments de l’intervention, on sent à quel point le souci premier de Hollande semble bien de se positionner par rapport au directeur général du FMI. On notera l’allusion à François Mitterrand largué dans les sondages par Michel Rocard à un an de l’élection dont on fête aujourd’hui l’anniversaire. On remarquera également ce tacle vicieux : « Je parcours la France depuis quelques années. Je la connais. » Plus significative encore, alors que, le discours terminé, il assure le service après-vente dans la salle, cette parole à un militant qui le questionnait sur Mélenchon : « Il est très dur, Jean-Luc. Et si c’est Dominique face à lui, il sera très très dur ». Petit doigt me dit que si François Hollande tient, en tant que candidat socialiste, le même genre de discours qu’hier à Besançon, le candidat du Front de Gauche ne serait pas plus doux avec lui que confronté à DSK.

Hollande ne se voit qu’un seul adversaire dans ces primaires, c’est bien Strauss-Kahn. Il ne croit pas à la candidature de Martine Aubry et il méprise -voire ignore-  celles d’Arnaud Montebourg ou de son ex Ségo , qu’il n’a pas cités parmi ses compétiteurs (« Pour l’instant, il n’y a qu’un candidat ; il y en aura bientôt deux »). Au passage, on se demande comment le député de Saône et Loire pourrait se ranger derrière François Hollande à partir de l’automne. La démondialisation qu’il prône se situe aux antipodes des conceptions orthodoxes développées hier soir.

Quel réquisitoire, me direz-vous, avec raison ! Je l’assume d’autant plus que je suis au nombre de ceux qui pensent que François Hollande est actuellement le mieux placé pour entrer à l’Elysée dans un an. Je me souviens de m’être livré en 2007 à la devinette suivante : « Savez-vous pourquoi je déteste à ce point Chirac ? Parce qu’à cause de lui, on a eu Sarkozy ».

Savez-vous pourquoi je déteste autant Sarkozy ? Parce que de sa faute, on va très probablement devoir se payer François Hollande…

 

Mauvais rêve

2 mars 2016, Paris,

Le Président François Hollande1 se demande si, finalement, tout cela n’est pas allé trop loin…

Il s’est peut-être laissé emporté par les évènements, le chef d’Etat. Et il s’en veut. D’avoir nommé, sous la pression, Eva Joly au ministère de la Justice. De lui avoir laissé les mains libres, à l’ancienne juge, sous la dictée du chef de l’opposition, Jean-François Copé, devenu en quelques mois le meilleur allié de la dame qui, selon la jolie formule de Fabrice Luchini -traduit en justice pour ce bon mot- « en plus de venir du froid, ne nous faisait pas chaud dans le dos ».

Tant que les affaires, qui avaient autant pollué le début du mandat de François Hollande que les deux dernières années de celui de Nicolas Sarkozy, ne concernaient que des histoires de vacances où de propos de fin de banquet, le Président prenait les évènements avec philosophie. Certes, la démission forcée de son secrétaire d’Etat au Tourisme, Manuel Valls, qui avait eu le mauvais goût de passer ses sports d’hiver en Suisse, avait bien mal inauguré son quinquennat. Le sourire de Jean-François Copé au journal de TF1, se félicitant du départ de ce membre du gouvernement, dont il avait eu la peau, à force de harcèlement aux séances du mercredi à l’Assemblée, et avec l’aide de Mediapart, ne l’avait pas rempli d’aise. Valls était loin d’être son copain, certes, mais son lâchage était bien ressenti par l’opinion comme une défaite d’un président fraîchement élu. Bien sûr, les histoires de conflits d’intérêt s’étaient multipliées. Le ministre de la jeunesse et des sports, ainsi, avait eu l’outrecuidance de dîner au su et au vu de tout le monde avec Serge Dassault. Cécile Duflot avait protesté vivement chez Aphatie contre cette proximité honteuse avec un marchand d’armes et s’était ainsi désolidarisée de son collègue du gouvernement, suscitant des mouvements divers dans la majorité. Mais le Président avait dû trancher et, désormais, les autorisations de dîners seraient visées à Matignon.

Le Président, mi-2015, avait tenté de reprendre la main. Alors que tout le monde donnait le Premier Ministre Ayrault sur le départ, il avait finalement décidé de le maintenir, mais d’innover en nommant, donc, Eva Joly Place Vendôme. Ainsi, pensait-il, l’opinion serait convaincue de sa volonté d’instaurer la probité à tous les étages et de bouter toute suspicion hors de son gouvernement. Bien mal lui en avait pris. La gardienne des sceaux2 ne laissa de répit ni à lui, ni à personne, d’ailleurs.

Lorsque le premier « scandale sexuel » survint, François Hollande pensa qu’il ferait « Psschit », comme aurait dit son maître corrézien. Mais c’était sans compter l’alliance d’une opposition revancharde avec une ministre de la Justice, soucieuse de son indépendance et fidèle à sa réputation d’incorruptible. La cousine du Président de groupe socialiste au Sénat 3 participait à l’émission de Laurent Ruquier4 et confia en fin d’émission qu’il lui était arrivé, il y a bien longtemps, de jouer à touche-pipi avec son cousin dans la grange de ses grands-parents. Peu importe qu’elle avait 15 ans et qu’il en avait 12, que l’initiative venait davantage de la jeune fille en l’occurrence, l’opposition avait interpellé Eva Joly le mardi d’après. Jean-François Copé, grave, n’avait eu aucune pitié pour son collègue du Sénat. La ministre, sous les regards défaits de ses collègues du gouvernement, hagards des députés de la majorité et plutôt surpris de ceux de l’UMP, donnait raison à Copé. Devant sa télé, le Président, eut ce mot : « C’est une dingue ; j’ai nommé une dingue. » Mais impossible de la virer. Plus blanc que blanc, il fallait laver. Eva Joly, du Grand Journal de Canal à la matinale de France Inter, sous les regards énamourés de Jean-Michel Aphatie et de Pascale Clark, allait porter la bonne parole.

La parole, justement, il était devenu de plus en plus difficile d’en user. Toute blague gauloise pouvait faire l’objet d’une poursuite ; les procureurs avaient été bien briefés. Les journalistes, qui étaient pour la plupart bien en phase avec la ministre, à de très rares exceptions, commencèrent à déchanter lorsque Jean-François Copé, reçu en audience Place Vendôme5 suggéra que conflit d’intérêt et scandale sexuel pouvaient faire bons ménages, en particulier dans le milieu journalistique. Autrement dit,  la chasse aux parties de jambes en l’air mêlant membres de la presse et de la politique pouvait commencer. Eva Joly ne recula devant rien, pour les débusquer. Edwy Plenel, qui avait cru à cette ministre incorruptible, commença lui même à déchanter et, la mort dans l’âme, publia une enquête de ses ouailles où il apparaissait clairement que la gardienne des sceaux avait utilisé des écoutes téléphoniques illégales pour confondre la ministre des affaires européennes et un journaliste du Figaro, lesquels -circonstance aggravante- avaient pratiqué du sexe oral, interdit depuis deux ans pour raison cancérigène ayant trait au déficit de la sécurité sociale. Plenel, qui gênait maintenant la ministre, mobilisa à partir de ce jour toute l’attention de la Chancellerie et tomba très rapidement pour une affaire de drague un peu insistante auprès d’une serveuse de restaurant, sous les yeux des flics qui le suivaient. Sans pitié, Eva Joly donna des instructions pour qu’il partage la cellule d’Eric Zemmour en QHS.

En ce 2 mars 2016, alors qu’il venait de consulter les sondages qui le plaçaient en quatrième position, derrière Marine Le Pen, Jean-François Copé et Eva Joly, François Hollande réfléchissait à cette situation abracadabrantesque, comme aurait dit son maître corrézien. Il ne restait plus qu’une solution pour en sortir. Le lendemain, il parlerait aux Français.

C’est lorsque Hollande prononça cette phrase déjà entendue quelque part -«J’ai décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale »- que la radio s’alluma, m’arrachant à ce mauvais rêve. Nous étions bien le 2 mars 2011. François Hollande n’était pas président et Eva Joly ne sévissait pas Place Vendôme. Il ne s’agissait que d’un cauchemar. Je ferais bien de consulter. Connaître de tels songes dans un pays aussi étranger à de telles pratiques, ce n’est pas normal.

Vraiment pas normal.

  1. Afin de rendre mon texte crédible aux yeux du Tout-Paris journalistique parisien, c’est à dire de complaire à la fois à Franz-Olivier Giesbert et à Michel Denisot, j’ai décidé de leur donner comme chef d’Etat, celui qui, aujourd’hui en 2011, a les faveurs de leurs boules de cristal.
  2. Gardienne avait remplacé garde, répondant à deux objectifs : une féminisation et démilitarisation du terme.
  3. Lequel avait remplacé Jean-Pierre Bel devenu président du Sénat en 2014.
  4. A laquelle ne participait plus Eric Zemmour en quartier de haute sécurité- ils avaient été rétablis pour l’occasion- depuis son premier dérapage de l’ère Joly et en attente de son procès.
  5. La ministre considérait comme moderne de s’entretenir régulièrement avec le chef de l’opposition. En toute indépendance.