Les prestations de madame l’ambassadeur

On ne pourra pas l’enlever à Nicolas Sarkozy. Sous son mandat, les mœurs politiques ont bien changé. N’ayons pas peur des mots, c’est bien à une révolution qu’on a assisté.

Ce soir, c’était encore une cerise supplémentaire sur le gâteau. Un ambassadeur de France était invité au Grand Journal de Canal +.  Ce représentant du gouvernement français auprès d’une institution internationale n’était pas mandaté par le Quai d’Orsay pour défendre la politique étrangère de notre pays. Pas du tout. Elle -puisque l’ambassadeur est une dame,- était interrogée sur son engagement politique. Il  y fut question de son départ de l’UMP, de son engagement  auprès du parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo. Il y fut question de sa prise de distance envers la politique du gouvernement. A un moment de l’émission, Ali Baddou lui a quand même fait remarquer que, tout de même, elle était ambassadeur de France. Elle n’a pas relevé. Un détail, n’est ce pas ? D’ailleurs Ali Baddou n’a pas insisté. Quant à Aphatie, il ne semblait pas gêné outre mesure par cette confusion des genres. Le réalisateur, en revanche, semblait plus taquin. L’incrustation « ambassadrice de France à l’UNESCO » est apparue plusieurs fois sur notre écran pendant que la diplomate expliquait pourquoi elle avait décidé de quitter le parti du président. Madame l’ambassadeur ne sera pas virée demain matin. Nicolas Sarkozy est trop affaibli  pour décider telle mesure. Sa majorité prend l’eau. Et par rapport à madame l’ambassadeur, il s’est toujours montré… débonnaire. Lorsqu’elle était secrétaire d’Etat, elle a, par deux fois, pris le contre-pied de ses ministres de tutelle. Le moment Kadhafi fut un modèle du genre puisqu’elle avait donné une leçon de droits de l’homme à Bernard Kouchner. Plus tard, elle s’est aussi opposée à Dame Bachelot, défendant certaines rémunérations défiscalisées des sportifs de haut-niveau. Mais comme il avait été expliqué à l’époque, elle n’aurait jamais, à l’instar d’un Chevènement, démissionné pour ouvrir sa gueule. Elle l’ouvrait et elle restait. Le Président a dû attendre six mois et le prochain remaniement pour l’exfiltrer sans en faire une martyre. On croyait qu’elle allait retourner administrer le Sénat mais le Président a jugé bon de la nommer ambassadeur. Ainsi, puisque les ministres causent sans démissionner, allait-il la faire taire en lui offrant un poste où la discrétion est de mise. Caramba ! Encore raté !

Jamais la fonction présidentielle n’a jamais été aussi abaissée. Jamais elle n’a manqué autant d’autorité. Merci à Rama Yade  -puisque tout le monde l’aura reconnue- de mettre ainsi en lumière cette évidence. Rendez-vous compte qu’il y a encore dans ce pays des gens qui parlent d’hyper-présidence, de présidentialisme, de monarchie républicaine à propos du pouvoir actuel. Tous ces gens, à commencer par le premier d’entre tous, Edwy Plenel, ce comique de haut vol, doivent à tout prix se lancer dans une tournée à travers la France. Le Plenel-Comédie-Club, ça en jette, non ?

Titine ment et Jean-Mimi laisse passer !

Ce soir, c’était Martine Aubry au Grand Journal de Canal +. Il se passe toujours quelque chose chez Denisot. On passera sur le sourire de la soirée lorsque Ariane Massenet a attribué à Balzac la création du personnage Emma Bovary1.

Attardons nous plutôt sur ce moment surréaliste où l’immense, la légende, l’homme qui ne laisse jamais rien passer, j’ai nommé Jean-Michel Aphatie, n’a pas cru bon intervenir lorsque la première secrétaire du PS a affirmé : «c’est la première fois en France qu’un parti républicain n’appelle pas à voter pour un autre parti républicain ». Quelques secondes après, elle récidivait :«c’est la première fois que cela arrive dans notre République ». Il s’agissait de commenter la décision de l’UMP de ne pas adopter la stratégie dite de « front républicain ».

Or, la ligne de conduite de l’UMP qui consiste à ne pas choisir entre FN et PS(ou un autre parti classé à gauche) lors d’un deuxième tour dont elle est absente, ne date pas d’hier soir, comme l’a affirmé à deux reprises Martine Aubry. C’est même précisément la stratégie adoptée depuis plus de vingt ans. Je le dis avec d’autant plus de tranquillité qu’il m’est arrivé, lors d’une autre vie, de regretter lors d’un comité départemental du RPR (ancêtre de l’UMP) que notre mouvement n’appelle pas à voter pour un candidat du MDC, parti chevènementiste dans les années 90, pour faire barrage au Front National2. Cette ligne « ni accord avec le FN, ni front républicain » a été fixée par le tandem Chirac-Juppé à l’occasion des premiers faits d’armes du parti frontiste en scrutin majoritaire à deux tours3. Quelques années plus tard, Alain Carignon fut même exclu du RPR par Chirac et Juppé pour avoir appelé à voter socialiste contre le FN dans une situation analogue. On remarque au passage que Jean-François Copé s’avère beaucoup plus coulant avec Valérie Pécresse ou NKM4.

Que Martine Aubry raconte des menteries à la télé, cela arrive à beaucoup de personnalités politiques et cela nous ne étonne pas outre mesure : il s’agit précisément d’une des raisons principales de la montée de l’abstention et du vote FN.

Mais que Jean-Michel Aphatie laisse passer cela, je suis déçu. Vraiment déçu ! Il avait un trou de mémoire ou il a fait preuve de timidité ?

  1. Alors que c’est Chabrol, comme chacun sait !
  2. Mais aussi parce que j’aimais déjà, à l’époque, construire des ponts avec les amis de JPC, il faut bien le reconnaître.
  3. Réalisés par Marie-France Stirbois, qui fut d’ailleurs élue lors d’une législative partielle à Dreux.
  4. On me dit dans l’oreillette que le Premier ministre aurait dit la même chose que ces dernières en marge du bureau national de l’UMP. Il est effectivement plus difficile de leur faire subir le sort de Carignon dans ces conditions…