Affaire du piéton : lâchons les basques de Morano !

Lorsque quelqu’un est la cible à la fois de Stéphane Guillon et de Chantal Perrichon, l’intégriste présidente de la ligue contre la violence routière, il devient urgent de le défendre. C’est pourquoi, une fois n’est pas coutume, je vais prendre la défense de Nadine Morano.

Alors qu’elle était le centre d’un cortège officiel, l’un des motards de ce dernier a percuté un piéton, lequel vient de sortir de l’hôpital avec un arrêt de travail de trois mois.  Voilà donc la ministre au centre, cette fois-ci, d’une polémique. Et notre Guillon de la moquer sur twitter, alors qu’elle n’y est absolument pour rien, puisqu’elle consultait un dossier, bien tranquillement à l’arrière de son véhicule, en train de rejoindre un avion à Villacoublay, lequel devait la transporter à Sarrebourg auprès du Premier Ministre1. Et Madame Perrichon, la dame qui veut mettre des mouchards sur toutes nos autos, de fustiger l’existence même de cortèges officiels pour les ministres. C’est bien connu, un ministre est plus utile dans un embouteillage qu’au boulot.

Or, lorsqu’on lit le témoignage du jeune piéton, ce dernier n’en veut absolument à personne, ni au motard, ni évidemment à la ministre. Il n’a visiblement pas regardé, il n’a pas entendu les sirènes puisque il avait mis ses écouteurs. Il a été touché par le comportement de Nadine Morano qui s’est préoccupée de son cas et qui a eu des gestes aux antipodes de son image médiatique2. Et il ne lui en veut pas du tout. Bref, c’est un type bien, qui se sent lui-même responsable de ce qui lui arrive, et ne cédera donc à aucune « envie de pénal », à contre-courant des moeurs de notre époque.

C’est pourquoi ce jeune homme nous donne une leçon de vie. Il en donne une à Guillon, à Perrichon, aux sociétés d’assurances, tous ceux qui profitent de cette judiciarisation folle et ceux qui n’ont pour obsession que de faire payer l’autre. Mais il en donne une aussi à Nadine Morano, qui pourra méditer sur cette attitude, elle qui a le papier bleu plutôt facile, aussi bien avec les journalistes que les citoyens lambda.

  1. Et non dans sa ville de Toul, comme il avait été d’abord annoncé, certainement pour lui nuire.
  2. Image dont elle est co-responsable avec les médias, dois-je préciser.

Ma contribution à la concurrence victimaire

Dame Morano s’est félicitée qu’enfin, en 2011, le tabou de la violence conjugale dont sont victimes les femmes ait été brisé. Il paraît qu’on peut en parler maintenant. Et qu’avant, personne n’osait. J’espère que les commentaires ci-dessous, qui sont ouverts dans ce blog comme sur Causeur, viendront à ma rescousse pour confirmer que ce que j’ai entendu aujourd’hui, je l’ai entendu aussi l’année dernière, et puis l’année d’avant, depuis une quinzaine d’années. Par exemple, je sais depuis plusieurs années qu’une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Et évidemment, ce chiffre me révolte, moi aussi.

Il y a néanmoins quelque chose qui cloche. Car lorsque ministres, journaux, télés et radios évoquent ce phénomène, ces 146 femmes décédées ainsi en 2010, ils parlent des victimes des violences conjugales. Et ils oublient alors systématiquement les 28 hommes décédés dans les mêmes conditions, soit un tous les 13 jours. Pour la quasi-unanimité, ces 16 % des tués dans le cadre du couple ne comptent pas. Ils n’existent pas, ou plutôt, ils n’ont jamais existé. Pourtant c’est le même organisme, la délégation aux victimes rattachée au ministère de l’Intérieur qui donne les chiffres. Certes, les victimes de sexe féminin sont plus nombreuses, mais est-ce une raison pour oublier les autres ? Cette délégation aux victimes donne d’ailleurs des chiffres complets et fort instructifs1.

La violence faite aux hommes demeure un tabou plus important encore que celle faite aux femmes. Si je me félicite qu’elle ne fasse pas l’objet d’une journée internationale de plus, il ne serait pas complètement incongru que ministres et médias ne la passe pas sous silence à chaque fois qu’ils évoquent la violence conjugale. Surtout lorsqu’ils insistent sur le fait qu’il est difficile pour les femmes de déposer plainte. Car il ne doit pas être davantage aisé, pour un mec, surtout dans la société  patriarcale que l’on nous dépeint, d’aller au commissariat se plaindre qu’il vient d’être corrigé par sa femme. Plutôt moins, me souffle t-on.

C’était ma contribution annuelle à la concurrence victimaire.

 

 

  1. On y apprend notamment que les victimes féminines le sont la plupart du temps suite à une rupture. Et que ce sont des disputes qui aboutissent le plus souvent aux morts masculines.

Les quatre ridicules

Il arrive souvent que nos hommes politiques, éditorialistes, sondeurs et cartomanciennes en tout genre, se penchent sur nous autres citoyens afin de savoir pourquoi, bordel de merde, certains d’entre nous se montrent moins assidus dans les bureaux de vote. Généralement, cela oscille entre lamentations, invocations des révolutionnaires qui se sont battus pour qu’on ait le droit de vote et proposition de rendre le vote obligatoire.

Parfois, des esprits plus éclairés interviennent dans le débat et avancent prudemment que si l’Etat n’avait pas abandonné ses prérogatives à des institutions supranationales, aux marchés financiers ou à des comités théodule sans légitimité démocratique, le bon peuple aurait peut-être le sentiment que se déplacer servait à quelque chose. Généralement, ces gêneurs sont réprimandés dans la seconde voire accusés de faire le jeu des extrêmes, selon la formule consacrée.

Mais si je les approuve néanmoins, il y a d’autres raisons qui tiennent au comportement de certaines personnalités1. Elles s’appellent Nadine, Jack, Jean-François et Martine2 et elles m’ont, chacun à leur manière, donné envie de casser les télés ou radios grâce auxquelles j’avais eu le malheur de les entendre.

Nadine squatte les plateaux de télé depuis quelques semaines. Comme un bon petit soldat, elle est toujours disponible pour aller soutenir l’honneur du Président de la République. Le problème, c’est que sa mauvaise foi insupportable3 peut énerver jusqu’à l’électeur qui vote à droite depuis dix générations. Cela n’a pas manqué lundi dernier chez Calvi ou elle s’est surpassée à tel point que même Harlem Désir m’a paru sympathique, sincère, poli et convaincant. Je ne vous dis pas l’exploit… Il se dit que les télés et radios vont devoir procéder à un rattrapage du temps d’antenne pour l’UMP à cause de la primaire socialiste qui a occupé l’espace pendant quelques semaines. Si c’est Nadine qui s’y colle, on n’a pas fini de s’énerver devant le poste.

Jack aime passer à la télé. Il se débrouille toujours pour y passer. Paraît que c’est sexy d’inviter Lang… Tu parles, Charles ! Un homme d’une si grande fidélité… Lorsque Martine Aubry a pris la place de son copain DSK, il a laissé entendre que, pour lui,  ce devrait être Martine. Mais il l’avait fait à mots très couverts, le temps de voir comment la campagne tournerait. Bien lui en a pris, Martine n’a jamais rattrapé son retard sur François. A trois ou quatre jours du 1er tour de la primaire, Jack a donc annoncé qu’il soutiendrait François. Depuis, Jack essaie de passer pour un soutien de la première heure avec, en clou du spectacle, cette ridicule présence devant les télés au QG hollandiste hier soir après le débat télévisé ultime, un bon esprit ayant fait remarquer que Lang devait faire son jogging par hasard dans le quartier… en costume ! On imagine le staff de Hollande consterné et ne sachant que faire pour éloigner ce boulet, résistant de la dernière heure.

Jean-François avait déjà eu mes faveurs. Je l’avais déjà ici accusé d’être ridicule, arrogant, suffisant lorsqu’il avait qualifié les partisans de la sortie de l’euro d’extrémistes de droite ou de gauche. Mais Jeff n’est pas en reste. Voilà que non content de surnommer « dingueries » les projets protectionnistes d’Arnaud Montebourg, il vient de traiter le député bressan de bolchévik. Imaginer Arnaud Montebourg avec un couteau entre les dents et juché sur un tank, voilà qui ne laisse pas de prêter à l’hilarité, si ce n’était pas si triste. Après tout, si l’on pense ceci des apôtres de la démondialisation, que penser alors de celui qui prononça le discours de Toulon ? Bolchévik, peut-être pas ! Sale gauchiste, en revanche, certainement. Copé passera sans doute pour un con lorsque, acculé par la prochaine poussée de crise, Nicolas Sarkozy mettra en oeuvre un contrôle plus accru des banques, ce que réclame le bolchévik en question. Ce jour là, l’homme qui avait promis d’arrêter la langue de bois nous gratifiera d’une pirouette balourde dont il a le secret sans imaginer une seconde qu’elle fait davantage fuir l’électeur qu’elle ne l’attire.

Last but not least, Martine est candidate à l’élection présidentielle. Elle devrait donc éviter au maximum le ridicule. Mais la Mère Emptoire n’a pas été en reste ce matin. Non contente d’avoir accolé le terme de gauche molle4 à son adversaire et n’appréciant pas que François Hollande finisse par y riposter en pointant la « gauche sectaire », elle l’a accusé de reprendre le lexique de la droite. Ah bon ? Sectaire, c’est un terme de droite. La gauche ne l’utilise jamais ? Il y aurait donc dans le dictionnaire, des mots de droite et des mots de gauche ? Le croire, à l’évidence, c’est faire preuve de sectarisme et donner raison, par l’absurde, à François Hollande. Franchement, je ne suis pas emballé, loin s’en faut, à l’idée que le député de Corrèze s’installe à l’Elysée en mai prochain. Mais y voir Martine Aubry, c’est un cauchemar à peu près autant effrayant que d’imaginer Sarkozy y demeurer.

Ainsi je m’adresse à Nadine, Jack, Jean-François et Martine. Ne pourriez-vous pas prendre quelques mois de vacances afin que nous puissions profiter de la campagne la moins désagréable possible ? Les boules puantes, c’est vrai que cela n’attire pas forcément l’électeur dans le bureau de vote, mais les quatre ridicules pourraient bien réussir l’exploit de le vacciner à jamais.

  1. Qui n’ont rien à voir avec telle ou telle indélicatesse avec l’argent du contribuable. Qu’on se rassure, pas question de me faire accuser de jouer sur la corde du « tous pourris ». Je suis heureusement conscient qu’il existe des malhonnêtes dans tous les milieux.
  2. Z’avez vu comme je respecte la parité ?
  3.  Je frise le procès là. Nadine est très procédurière.
  4. Adepte de la contrepéterie, Martine ?

Y a t-il un pilote au ministère de la Famille ?

Il y a quelques semaines, Nora Berra, secrétaire d’Etat à la Santé, ne défrayait pas du tout la chronique en sortant pourtant complètement de son secteur ministériel. Elle se déclarait favorable à la création du statut de co-parent, lequel permettrait à une personne liée à l’un des parents légaux d’exercer une autorité parentale sur un enfant.

L’idée n’est pas nouvelle. Elle a longtemps vécu sous un autre nom (le statut de beau-parent) et était souhaitée vivement par le Président de la République et portée par l’ancienne ministre de la Famille, Nadine Morano. En réalité, ce statut de beau-parent ou de co-parent constitue une façon hypocrite de légaliser l’homoparentalité. Lors de l’émission « On n’est pas couché », Madame Morano avait été déstabilisée par Eric Zemmour qui arguait de manière magistrale que ce dispositif ne servait à rien puisque le parent éloigné (le père, le plus souvent) peut très bien déléguer par écrit son autorité parentale au compagnon (ou la compagne) de sa (ou son) ex-conjoint(e). Ce statut ne servait donc à rien sinon à reconnaître l’homoparentalité de manière rampante. A cette occasion, Jean-François Copé, Bernard Accoyer, Christine Boutin et, in fine, Jean Léonetti avaient, chacun à leur manière, fait capoter l’affaire au grand dam de Nadine Morano.

L’affaire présentée, et le lecteur étant désormais convaincu que l’auteur de ces lignes n’est pas -mais alors pas du tout- favorable à l’institutionnalisation -rampante ou en grandes pompes- de l’homoparentalité, quittons le fond et examinons le mode de fonctionnement gouvernemental. Nous avons donc une secrétaire d’Etat à la santé qui, en plein été, fait des propositions sur le domaine de la politique familiale sans que ni la titulaire du département concerné ne réagisse, ni le Premier ministre ni l’Elysée. Sur Europe 1, alors que le sujet était traité à une des ses éditions de midi, personne ne semblait s’émouvoir de ce drôle de fonctionnement gouvernemental. Les journalistes ont certes des excuses. Quand, dans le même temps, le ministre des affaires étrangères, est dépossédé de ses prérogatives par un (nouveau ? ancien ?) philosophe, ce genre de détails n’étonne plus personne en Sarkozye. On ne serait d’ailleurs pas forcément ébranlé si la ministre des sports annonçait  prochainement quelques suppressions de niches fiscales touchant le secteur du bâtiment. Mais on a toujours tort de s’habituer à la chienlit surtout lorsqu’il s’agit du gouvernement de son pays.

Dès lors, on peut examiner trois hypothèses pour expliquer cette distribution des rôles :

1ère hypothèse : après avoir nommé Claude Greff au ministère de la famille afin de rassurer la part la plus conservatrice de son électorat, le binôme Elysée-Matignon a tenté de ne pas désespérer le bobo urbain en mandatant Nora Berra. Celle-ci -jeune, moderne- lançait donc ce ballon d’essai, chargé de démontrer qu’un président réélu ne serait pas forcément si hostile à certaines évolutions. Le gouvernement ne désavouant pas Berra, et la titulaire du ministère de la Famille, tout juste nommée -et pour neuf mois seulement- et priée de rester silencieuse, cette stratégie de l’essuie-glace serait donc pensée et réfléchie au plus haut niveau.

2ème hypothèse : Claude Greff et Nora Berra sont de mèche. La première ne serait pas si « traditionnelle » qu’on veut bien le dire mais ne pourrait pas dégrader cette image grâce à laquelle elle fut nommée. N’ayant pas bien vécu la période Morano ni l’absence de ministre de la Famille pendant quelques mois, les diverses associations et forces de la majorité conservatrices sur le plan sociétal  auraient considéré une telle proposition comme une trahison si elles l’avaient entendu dans la bouche de Claude Greff. Cette dernière se serait donc entendue avec sa jeune collègue, laquelle n’aurait pas été mécontente de bénéficier d’un éclairage médiatique plus gratifiant que ses histoires de rapports avec les labos pharmaceutiques.

3ème hypothèse : Berra a lancé cela toute seule dans son coin. Et comme elle n’est prise au sérieux par personne dans le monde politique en général et par ses collègues en particulier, tout le monde savait que l’histoire ferait flop.

Nous ne saurions cacher que notre coeur balance entre la première et la troisième hypothèse. En tout état de cause, deux conclusions s’imposent. En premier lieu, dans le gouvernement de la France, c’est encore davantage le bazar qu’au Parti socialiste et c’est plus grave parce que c’est précisément le gouvernement. En second lieu, les assocs familiales ont eu tort de déplorer l’absence d’un titulaire au ministère de la Famille. Mieux vaut pas de ministre du tout qu’une Morano aux manettes où une ministre fantôme comme celle qui occupe actuellement le poste.