Quand Jean-Pierre Chevènement prête ses propres réflexes à un autre…

Le 30 juin 2010, Marianne2 publiait un article de mon blog. Alors que l’on connaît ma proximité avec Nicolas Dupont-Aignan, je prenais une liberté par rapport à ce dernier en m’adressant à Jean-Pierre Chevènement : «  si nous nous mettions d’accord sur ce projet républicain, je serais quant à moi prêt à admettre que vous avez plus de chances que NDA d’une part de réunir les 500 parrainages mais aussi de faire un meilleur score, votre notoriété supérieure aidant. Mais cette fois-ci, ne renouvelons pas les mêmes erreurs : oublions d’être petits bras et faisons des vrais accords politiques, en toute transparence. A ce moment là, je n’oublierai pas, qu’on me croie sur parole, de plaider vigoureusement pour le soutien de DLR à votre candidature. » 

On reconnaîtra que mes amis de Debout la République et Nicolas Dupont-Aignan auraient pu m’en tenir rigueur, d’autant que dès le lendemain, Jean-Pierre Chevènement douchait mon espoir dans un entretien accordé au même site1. C’est la Gauche et elle seule qu’il fallait mettre à la hauteur. Ainsi persuadé que l’esprit de Vincennes n’était plus qu’un mauvais souvenir pour le candidat du Pôle républicain, pour lequel je fis campagne en 2002  m’affranchissant d’un clivage secondaire, Nicolas Dupont-Aignan devenait donc le seul candidat pour lequel je pourrais désormais mouiller ma chemise. Et le fait est que quinze mois plus tard, c’est bien ce dernier qui a le plus de chances de réunir les 500 parrainages, puisqu’il a déjà fait les trois-quarts du travail, et que bien du chemin a été parcouru en terme de notoriété.

Pourtant, Jean-Pierre Chevènement a  confirmé la semaine dernière sa candidature. Cette dernière, nous a t-il annoncé, se veut pédagogique et destinée à faire bouger les lignes… à gauche. Soyons clairs : les attaques dont il a été victime sur le thème « l’homme qui a causé le 21 avril » étaient aussi scandaleuses que ridicules. D’ailleurs, lorsque j’ai pris ma plume pour fustiger Cayrol, il me semble bien que c’était aussi pour prendre la défense de Nicolas Dupont-Aignan et de Jean-Pierre Chevènement. C’est dire que, même si je ne crois guère qu’il soit lui-même convaincu d’aller au bout, je ne suis pas du genre à juger péremptoirement que sa candidature soit illégitime.

C’est donc toujours intéressé que j’étais à l’écoute du rendez-vous politique dominical de France Inter duquel le candidat pédagogique était l’invité. Sur le fond, je n’ai guère plus qu’une feuille de papier à cigarette qui me sépare de ses analyses sur la crise. Chevènement croit de moins en moins en son plan A, constatant que les Allemands ne sont pas décidés à accorder d’autres missions à la BCE, et privilégie désormais le plan B, qui transforme la monnaie unique en monnaie commune, recréant parallèlement les monnaies nationales. Cela tombe bien, son plan B correspond à notre plan A. Les auditeurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Aussi l’un d’entre eux a donc demandé à l’invité ce qui le séparait de Nicolas Dupont-Aignan. Comme il lui était difficile de se différencier sur le fond, je m’attendais à ce qu’il réitère sa perte de foi dans le dépassement droite-gauche, qu’il y aille de son couplet, après tout admissible, sur l’attachement des Français dans ce clivage, prenant acte de son échec en 2002. Nenni ! Il a, piteusement, évoqué une « solidarité » de NDA avec Nicolas Sarkozy dans un futur second tour de l’élection présidentielle, osant même avancer que le candidat de Debout la République voterait pour le président de sortant si lui-même y accédait. Vous imaginez ? Sarko-Chevènement, et Dupont-Aignan choisit Sarkozy ! Si le sujet n’était pas si sérieux, on se roulerait par terre de rire. Comment peut-il croire une seule seconde à telle calembredaine ?

Je n’ai pas, effectivement, la moindre envie d’en rire, cher Jean-Pierre Chevènement. Car il se trouve que j’ai donné un peu de temps et d’énergie à votre service il y a dix ans. Et je ne trouve guère digne que vous prêtiez, à un autre, vos propres réflexes.

  1. Précision : l’auteur de l’entretien, Gérald Andrieu, m’a assuré qu’il s’agissait d’une coïncidence. Et je le crois.

Moi, gaulliste, souverainiste, je participerai à la primaire le 9 octobre

On pourrait croire que, soutenant ouvertement la candidature directe d’une personnalité à l’élection présidentielle et non située à gauche par les observateurs, l’idée de participer à la primaire socialiste ne m’effleurerait pas l’esprit plus de trois secondes. Ce serait une erreur. Non seulement, j’y participerai, mais je me sens légitime de le faire et ce sera par conviction. Etonnant, non ?

J’y participerai parce qu’elles existent. Certes, j’ai déjà mis en garde contre ce processus, que je trouve néfaste et même dangereux pour nos institutions. Mais, après tout, je vais voter pour la présidentielle tous les cinq ans alors que j’étais opposé au raccourcissement du mandat présidentiel1. La Ve République a déjà été pas mal amochée successivement par Valéry Giscard d’Estaing2, par François Mitterrand3, par Jacques Chirac4 ou Nicolas Sarkozy5. Ce n’est pas une évolution néfaste de plus, laquelle se trouve d’ailleurs en cohérence avec toutes les autres, en américanisant  notre vie politique, qui devrait m’envoyer sur une île politique déserte, fut-elle symbolique.

Je me sens légitime d’y participer, malgré la fameuse déclaration d’adhésion aux valeurs de la gauche. Je suis gaulliste et certains persistent même à me désigner comme souverainiste, ce que j’accepte de bonne grâce, même si ce qualificatif me semble réducteur. A ce stade, mon ami Laurent de Boissieu me taperait sur l’épaule et me dirait que le gaullisme ne se trouve ni à droite ni à gauche. Mais que faudrait-il en conclure ? Que, je ne devrais donc pas davantage participer à une primaire de gauche en 2012 qu’à une, organisée par la droite, en 2017 ? Ou que, le gaullisme se plaçant non entre la droite et la gauche mais au dessus, il m’appartient de me préoccuper des deux ? Cher Laurent, je privilégie la seconde solution. Et je vais même pousser l’audace plus loin. Ces fameuses valeurs de gauche et de la République, ce projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire, j’y adhère totalement. Tout comme je m’engagerais volontiers derrière des valeurs de droite et de la République, un projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de responsabilité et de progrès économique, ce qu’on me demanderait en cas de primaire dans l’autre camp. Mieux encore, je me sens davantage légitime pour les défendre que bon nombre d’adhérents du PS ou de l’UMP (et ses prédécesseurs) lesquels les foulent au pied depuis une trentaine d’années.

J’irai voter avec convictions. Il n’est surtout pas question de tactique de bas étage, comme le feront quelques militants UMP désoeuvrés et souhaitant influencer le résultat en votant pour celui qu’ils pensent le plus conforme aux intérêts de Nicolas Sarkozy. Je voterai en fonction des idées qui m’ont été présentées. Et il n’est pas un secret de révéler que celles d’Arnaud Montebourg se rapprochent le plus des miennes. Le député bressan a d’ailleurs participé dernièrement à un colloque sur le protectionnisme en compagnie de Jean-Pierre Chevènement, pour lequel je m’étais engagé il y a dix ans, et de Nicolas Dupont-Aignan, pour lequel je voterai en avril prochain. Ce n’est pas un hasard. Certes, il n’a pas encore franchi le rubicon monétaire. Mais pour peu que les évènements l’y poussent dans quelques mois voire quelques semaines, nous pourrions nous retrouver plus proches encore… Faire avancer ses idées partout où elles sont, ce n’est pas une tactique, c’est une stratégie culturelle et politique. Que j’assume, publiquement. S’il y a un second tour, j’irai éliminer celui (ou celle) qui me paraîtrait le plus néfaste à l’avenir de mon pays6.

Le candidat qui gagnera la primaire aura des chances sérieuses de se retrouver à l’Elysée en mai prochain. Y participer me semble donc non seulement légitime mais nécessaire pour qui se pique de politique. Mais que mes amis se rassurent. Dès que la vraie campagne sera lancée, je reviendrai au candidat dont le projet correspond totalement à mes convictions.

  1. Il m’arrive même de participer aux élections européennes alors qu’elles ont pour but d’élire un parlement censé représenter un peuple européen lequel, pour moi, n’existe pas !
  2. Par la réforme des conditions d’accès à la candidature présidentielle, par exemple.
  3. Avec ses participations à des cohabitations.
  4. L’homme qui a dissout l’Assemblée Nationale, a perdu les élections, pour finir par rester en place, comme si de rien n’était.
  5. L’homme qui a fait voter par les parlementaires un texte refusé par le Peuple par référendum après l’avoir maquillé comme une voiture volée.
  6. Ne cachons pas que la perspective d’assister à un second tour Sarkozy-Aubry en mai prochain me plonge dans une consternation voire un effroi que je ne peux dissimuler.

Inimitable Quatremer

Il paraît que Jean Quatremer est le meilleur journaliste spécialiste de l’Europe. « Cite-moi un autre journaliste spécialisé dans ce domaine » me questionnait un camarade de Twitter  alors que je me moquais gentiment de ce que ce dernier tenait, semble t-il, pour une Institution. Seulement voilà, que Quatremer connaisse par coeur les rouages de la grande machine bruxelloise, appelle commissaires et députés européens – pas Nigel Farage, faut pas charrier ! – par leurs prénoms, cela n’en fait pas pour autant un spécialiste de l’Europe. Et puisqu’il m’est donné l’occasion de montrer que j’ai l’esprit maison, Luc Rosenzweig, qui a été correspondant dans plusieurs capitales européennes, me paraît donner davantage de garanties que le titulaire d’un bureau bruxellois.

Mais revenons à twitter, puisque notre spécialiste auto-proclamé de l’Europe et son Histoire y vient, comme moi, y délivrer chaque jour quelques messages n’excédant pas 140 signes. Au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement de l’union monétaire réanimaient l’euro en salle de soins intensifs et y parvenaient en donnant au malade un répit de quelques semaines ou quelques mois, Jean Quatremer plastronnait sur le réseau.

La veille, il annonçait la couleur : « Le sommet de l’eurozone s’annonce chaud. Angela Merkel ne veut toujours pas bouger. Sarkozy parviendra-t-il à la convaincre? »  Mais en ce 21 juillet, ce sont les Grecs qui sont habillés pour l’hiver dès le matin : « Pendant que les Européens tentent de sauver la #Grèce, les taxis grecs bloquent Athènes, Corfou, la Crète pour sauver leur statut. » ou ce charmant : « Juste pour rappel: le tourisme est la première ressource grecque #suicide ». C’est vrai, quoi, ces feignasses de Grecs, ils ne pourraient pas fabriquer des machines-outils et des bagnoles de luxe ?

Après avoir ainsi montré que ces manants hellènes ne méritaient quand même pas tant de sollicitude si ce n’était pour sauver le totem monétaire, Quatremer revenait à davantage de positive attitude comme auraient dit Lorie ou Raffarin. Et il finissait par féliciter les participants au Sommet :

- Le sommet de la zone euro se dirige vers un succès. Les marchés le saluent comme tel. « Les tabous sont tombés », dit un diplomate #Grèce1

- Chacun a donc fait un pas vers l’autre: Allemagne, France et BCE
- Le sommet est terminé. Un succès. « Pour la 1ere fois, les chefs ont discuté dans les détails, ce qui est bien », dixit un pp de la C° #Grèce

C’est bien simple, on pourrait presque l’engager, lui-même, comme PP de la C°, c’est à dire porte-parole de la Commission.

Le troisième temps n’est pas moins caricatural. C’est au tour des europhobes de faire l’objet de la délicate attention de Jean Quatremer. Ah, ce : « Un jour noir pour les europhobes. Caramba, encore raté ! » , il m’a bien fait rire et je ne le remercierai jamais assez pour ce moment de bonheur. Impitoyable, il rosse : « @dupontaignan c’est sûr, avant l’euro, pas de chômage, que du bonheur. Il faudrait arrêter de dire n’importe quoi! #démagogie ». Le président de DLR lui avait fait remarquer que l’heure n’était peut-être pas à la satisfaction béate. Ce n’est pas comme si, pendant les années 90, l’arrimage du Franc au Mark dans l’objectif de l’union monétaire avait anémié notre économie au point de faire atteindre à notre pays les 3,5 millions de chômeurs. Plus tard dans la nuit, il fera preuve d’un mépris souverain pour Paul Jorion lequel fut tout de même l’un des seuls chercheurs à prévoir la crise des subprimes. Un économiste, lui ? Mouarf ! Les vrais économistes, il les croise tous les jours à Bruxelles, lui. Rien à voir avec cet hurluberlu.

Eric Zemmour l’avait surnommé le « curé de l’Europe ». Un côté curé, Jean Quatremer ? C’est vrai que son autre spécialité, la politisation de l’intime, pourrait renforcer cette idée. Mais, finalement,  je préfère laisser les vrais curés tranquilles. Il n’y a qu’un Quatremer. Inimitable.

 

  1. Une semaine après, Les marchés semblent un peu moins enthousiastes et Quatremer est contraint à ravaler son optimisme.

Adresse à Mélenchon

Monsieur le Député,

Aujourd’hui, sur Europe 1, interrogé sur la sortie de l’euro, vous avez cru bon de déclarer qu’il s’agissait d’une solution d’essence « maréchaliste ». Ce propos visait Marine Le Pen, avec laquelle vous avez déjà quelques démêlés judiciaires pour d’autres noms d’oiseau.  Selon vous, refuser d’imposer à l’Allemagne une autre gestion de la monnaie unique (abandon du principe de monnaie chère, monétisation des dettes souveraines par la BCE) rappelle le défaitisme, l’esprit capitulard du Maréchal Pétain.

Permettez-moi d’abord de vous rappeler que cette référence honteuse -qui ne vous grandit pas-  vise non seulement la Présidente du Front National -qui, pourtant, s’inspire sur ce sujet d’économistes qui ne sont pas connus pour une proximité idéologique avec elle- mais aussi mon ami Nicolas Dupont-Aignan, lequel préconise  comme vous l’établissement d’un salaire maximum, et -plus grave, de votre point de vue- le Mouvement Pour une Education Populaire (M’PEP) lequel, si je ne m’abuse, fait partie du Front de Gauche. Maréchalistes aussi, Jacques Nikonoff et Aurélien Bernier ? Il faudra bien vous en expliquer avec eux et avec les électeurs de gauche qui, dans les milieux populaires, ne croient plus depuis longtemps aux bienfaits de l’union monétaire. Mais quittons ces arguments que vous pourriez trouver trop politiciens, bien qu’ils expliquent pourquoi vous n’arrivez pas encore à attirer vers vous un certain nombre d’électeurs hésitant entre la pêche et la Marine.

Il est totalement mensonger de dire que les partisans de la sortie de l’euro seraient mués par une quelconque tentation capitularde. Premièrement, certains d’entre eux -dont je suis- proposent de se tourner vers l’Allemagne et de lui proposer de transformer la monnaie unique en monnaie commune, solution qui permettrait aux Etats-Nations de retrouver leur souveraineté monétaire tout en conservant l’euro comme monnaie de réserve internationale. Si nous ne croyons plus à votre solution, c’est que nous savons que l’Allemagne d’aujourd’hui ne l’acceptera pas et qu’elle préférerait sortir elle même de la zone euro que de la voir appliquée. Peut-être, d’ailleurs, tablez-vous sur cette issue 1 ? Simplement, pour nous, le temps presse. Et nous n’allons pas attendre encore quelques années que nos amis Allemands boutent Angela Merkel de la chancellerie et la remplacent par une coalition dominée par Die Linke. Notre économie ne peut faire ce pari risqué. Nous devons agir, et vite, car les peuples souffrent.

Nous savons aussi, quant à nous, que l’euro n’est pas viable en tant que monnaie unique car cette monnaie ne correspond pas à une zone monétaire optimale, lui permettant de résister à des chocs asymétriques. Trois conditions sont nécessaires pour qu’elle le devienne : un budget fédéral beaucoup plus important, une convergence macro-économique et une mobilité des travailleurs. Un Jean-Luc Mélenchon président pourrait peut-être imposer la première condition, peinerait à permettre la seconde mais ne pourrait absolument pas satisfaire la troisième. Les Andalous n’iront jamais travailler dans le froid de Hambourg d’autant que peu d’entre eux maîtrisent la langue de Goethe. Cette zone monétaire optimale n’avait jamais existé en Tchécoslovaquie, comme l’explique mon ami Laurent Pinsolle, nous ne croyons pas qu’il soit possible qu’elle existe sur quinze pays ou plus. Ou alors dans le long-terme, dans lequel, comme vous le savez, nous serons tous morts.

Enfin, notre débat n’aura peut-être bientôt plus lieu d’être. La zone euro implosera peut-être avant que les tréteaux de la campagne présidentielle ne soient installés. Que direz-vous alors ? Vous ne serez plus audible. Les Français se tourneront vers ceux qui leur auront tenu un langage de vérité. Au moins, faites comme Chevènement et ménagez-vous  un plan B. Cela vous évitera, afin de vous différencier à tout prix de Madame Le Pen, d’insulter jusqu’à vos propres amis du M’PEP.

 

  1. Je reconnais volontiers que cette stratégie n’est pas idiote. Vous voyez : nous autres ne pratiquons pas, comme vous, l’anathème.

« La question sociale est liée à la question culturelle »

Suite et fin de l’entretien Leroy-Dupont-Aignan

Entretien Causeur « J’entame un combat de libération nationale »

Blog Partie I « Un système oligarchique pervertit l’économie de marché »

Jérôme Leroy - Croyez-vous qu’un CNR, référence majeure pour un homme tel que vous, est encore possible aujourd’hui puisque vous aspirez à ce que nous sortions d’une dictature soft où nous sommes pieds et poings liés, sachant que cela supposerait que des personnalités de gauche y participent. Faisons un rêve un instant.

Nicolas Dupont-Aignan - C’est totalement possible et souhaitable, mais cela ne viendra qu’après une situation de trouble. Je doute que cela puisse se faire à froid. Si l’on rêvait les choses, si je suis élu, demain matin, j’ai un gouvernement d’union nationale, mais sur un projet de libération nationale et de salut public. Rien à voir avec l’ouverture sauce 2007. Avec 10 points à mettre en œuvre. Après, le jeu politique reprendra son cours.

JL – Et vous verriez qui de l’autre rive ?

NDA – Cela va de Mélenchon à Chevènement. Il y a des jeunes aussi, de la nouvelle génération, comme Aurélien Bernier du mouvement pour une éducation populaire. Il a tout compris. Il faut sortir l’Union européenne de l’Europe. Malheureusement, cela ne se fera pas à froid.

JL : La sensibilité écologique ne me semblait pas comme étant celle qui vous caractérisait pourtant ?

NDA : Les Verts sont totalement incohérents. Ils ont de bonnes idées, mais ils ne veulent pas se donner les moyens. Or, seul l’Etat pourra lancer la reconversion écologique de la France. C’est un chantier magnifique.

JL – C’est une idée assez proche du PG et de Mélenchon qui parle de « planification écologique ». C’est quelque chose dans laquelle vous vous reconnaissez ?

NDA - Tout à fait, mais je ne comprends pas pourquoi Mélenchon ne franchit pas le cap de la sortie de l’euro. Comme Chevènement. Ils sont dans le tabou.

JL – Vous pensez qu’on ne s’en sortirait pas avec un euro faible, en reprenant le contrôle de la Banque centrale européenne ?

NDA - C’est très sympathique, mais cela ne viendra jamais. A moins d’envahir l’Allemagne ! C’est le côté rêveur de la gauche que d’imaginer cela.

JL – Pouvez-vous expliquez votre théorie très lucide du non déficit de gouvernance européenne ?

NDA – Il y a une gouvernance très claire. C’est l’Allemagne qui dirige l’Europe. Pour ses intérêts. Et je ne lui en veux pas. J’en veux à la France d’avoir abandonné les siens. Un mélange d’intérêts de la classe dirigeante allemande -parce que le peuple allemand trinque-et des intérêts extérieurs à l’Europe qui sont ravis d’avoir une Europe suffisamment forte pour étouffer les Nations qui mèneraient leur propre politique, et suffisamment faible et apathique pour laisser ses intérêts en berne. La situation est parfaite pour les Etats-Unis, la Chine, le Brésil, l’Inde… et l’Allemagne s’en tire ! Que demander de plus ? Les puissants, les nouveaux féodaux de France, d’Italie, d’Espagne rackettent leurs peuples. La gouvernance est mise en place. Il n’y a plus qu’à élire Strauss-Kahn1 et tout est complet. Paradoxalement, Sarkozy a compris au fond que cela ne fonctionnait pas, que tout cela n’était pas bon pour le peuple français. Il l’a perçu sinon il n’aurait pas été élu en 2007. Donc il tempête en permanence contre ce système auquel il s’est pourtant plié et que, finalement, il conforte. Il joue double jeu. DSK est plus clair, il veut conforter le système. Il est à la fois plus franc et n’a plus aucun surmoi, ni même électoral. C’est pour cela que cela finira en désastre. Ce système est-il si différent des grands féodaux qui s’entendaient avec l’Angleterre à l’époque de Jeanne d’Arc et trahissaient leur pays ?

JL - Comment vivez-vous une certaine solitude politique ? Vous décrivez une scène assez étrange où vous prenez la parole pour vous opposer au plan de sauvetage de la Grèce, pas contre la Grèce mais contre la méthode, et vous racontez qu’un député UMP vient vers vous et vous dit qu’il va manquer de courage mais qu’on ne peut pas être contre l’Europe face à l’opinion… Lâcheté politique et erreur d’analyse ?

NDA – Cela arrive très fréquemment. Beaucoup viennent me voir en me disant que j’ai raison. Mais on est face à un dogme ou à une faiblesse. Ils ont été prêts à dépenser 17 milliards d’euros pour sauver la Grèce. Maintenant qu’ils ont transféré les créances bancaires sur l’Etat, ils vont préparer une restructuration. C’est-à-dire qu’ils sont prêts à perdre de l’argent pour sauver l’euro… La prochaine étape, c’est l’explosion de l’euro en vol. Les Allemands ont encore un peu de sens d’intérêt national. Ils savent compter leurs sous. Paradoxalement, ils sont plus souverainistes que nous, de très loin. Les Anglais ont compris l’escroquerie depuis longtemps, ils n’y participent pas. Les Allemands participent parce que cela leur profite. Mais le jour où cela ne leur profitera plus, ce sera fini. Et nous, nous sommes les dindons de la farce, les naïfs.

JL – Si je reviens à vos rapports avec l’UMP, il n’y a plus de retour possible ?

NDA - Non. Certes, il ne faut jamais dire jamais en politique. Si l’UMP rejoignait l’opposition…  Mais, dans ce cas ce ne serait plus l’UMP. Là où nous en sommes, ce n’est plus possible. Il n’y a pas d’issue avec l’UMP.

JL - Vous arrivez au pouvoir, ça se passe comment les 100 premiers jours ?

NDA – Il y a le champ politique et le champ du gouvernement. Sur le champ politique, c’est l’union nationale de tous ceux qui veulent reprendre le pouvoir. Référendum immédiat sur l’euro pour en sortir au plus vite, reprise du pouvoir à la banque centrale, dénonciation des accords européens, sommet européen exceptionnel pour reconstruire une Europe des nations, Europe à la carte, reconquête scientifique, nationalisation des groupes énergétiques et mise en place d’une reconversion énergétique française sur 5 ans, baisse des charges sur les PME, construction de 20 000 places de prison . Mais les grandes réformes, euro, justice, école publique, fiscalité, il faut les soumettre à référendums. Sinon, on n’en sortira jamais.

JL – Votre assemblée, dans la foulée, elle est constituante ou pas ?

NDA - Il faut toiletter la Constitution, mais ne pas tout détruire, loin de là. Un peu de proportionnelle.

JL – Et la coïncidence du mandat présidentiel et de la législature ?

NDA : L’idéal c’est de revenir au septennat mais c’est difficile. Je l’avais mis et je l’ai enlevé de mon projet. Pourquoi pas  un mandat de six ans ? Ce qu’il faut avant tout, c’est dissocier les deux élections.

JL - C’est quand même un problème énorme pour le rôle du Parlement ?

NDA – Il ne faut pas se disperser. Le plus important, c’est la reprise du pouvoir économique.

JL -  Mais de Gaulle a commencé par la constitution en 1958 !

NDA - Et elle est très bien. La IVème République, c’était l’impuissance. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas la constitution. C’est ceux qu’on élit. Vous me direz, on élit des gens comme ça parce que les institutions sont défaillantes. C’est le problème du mode de scrutin. Vous l’assouplissez et vous aérez le système. Mais pas trop non plus. Le plus grave aujourd’hui, le plus grand danger, ce n’est pas la révolte, c’est la résignation et le défaitisme. Les Français sont désabusés, ils croient que leur pays est foutu. Tous les hommes politiques et gouvernants ont trahi. Ces alternances ratées successives aboutissent à des échecs et les Français ne croient plus en la France. La grande difficulté c’est à la fois de leur redonner espoir et de leur dire que la France peut s’en sortir, à une condition, de reprendre le pouvoir et de lui rendre, de reprendre sa liberté. Je ne veux pas avoir un discours de repli et d’échec, c’est un défaut français et c’est ce qui me différencie de Marine le Pen. Il faut vraiment expliquer à nos concitoyens que la France a plein d’atouts, leur expliquer qu’elle n’est pas condamnée. Il faut retrouver ce que Marie-France Garaud appelle la volonté de vouloir et de pouvoir, le déclic, l’envie de s’en sortir. C’est tout le boulot de la campagne.

JL - Pensez-vous qu’on peut avoir le sentiment d’appartenir à une même nation avec une telle différence de revenus ?

NDA – La question sociale est au cœur de mon projet, mais elle y est liée à la question culturelle. On a cassé tout sentiment d’appartenance. On a transformé le citoyen en consommateur. On a cassé l’école, on a cassé la télévision, la culture, on est dans le déni de soi permanent, la haine de soi. La différence sociale est inacceptable mais elle peut être très vite corrigée. Salaire maximal, limitation de 1 à 30. Je suis aussi pour l’impôt lié à la nationalité, à l’américaine. Il s’agit un impôt minimum, même si vous êtes résident fiscal ailleurs. Et vous avez interdiction de séjour si vous ne l’avez pas réglé : finis Saint-Tropez l’été et la Pitié Salpétrière pour l’infarctus ; finis le plateau de Fogiel ou celui du Grand Journal pour les auteurs à succès qui sont fiscalisés en Suisse ; fini le tennis à Roland Garros pour ceux qui sont résidents ailleurs.  On ne peut avoir la clientèle de ses bouquins, passer sa vie à Paris faire ses promotions et repartir. Aux Etats-Unis, quelqu’un qui n’a pas réglé son impôt est arrêté à la douane et ne peut pas rentrer. On peut se passer d’eux. D’ailleurs, ils reviendront vite, ne vous en faites pas. Ce genre de mesure, c’est réalisable très rapidement

JL – Et donc, sur le plan culturel ?

Ce qui est beaucoup plus grave, en effet, c’est le déni de soi, l’abandon culturel, la perte d’enseignement de l’Histoire. Ce combat est beaucoup plus difficile. Il s’agit de remettre au centre le rôle de la langue française, de l’écriture. Si on en est là, c’est parce que pendant 30 ans, on a détricoté ça. Il faut le reconstruire grâce à une grande réforme de l’éducation nationale.  Ensuite, il faut en finir avec le communautarisme. En France, on se rassemble, quelque soit sa couleur, sa religion. Et on appartient à la même nation. L’affaire du foot est emblématique. Christophe Dugarry a révélé que Thuram voulait faire une photo entre noirs de la coupe du Monde. C’était du communautarisme, de l’exclusion. On ne pourra redresser la France que si on réconcilie les Français. C’est une différence majeure que je pense avoir avec  Marine Le Pen. Qu’on arrête de souffler sur les braises. Bien sûr qu’il y a des problèmes, des fanatiques. Mais pour 1 pour 1000 de fanatiques, on est en train de créer un sentiment d’exclusion dans une bonne partie de notre jeunesse. La réconciliation nationale est peut-être beaucoup plus compliquée à réaliser que la réconciliation économique et sociale.

JL – vous n’avez pas l’impression qu’il s’agit d’une sorte de cercle vertueux ?

NDA - C’est l’emploi qui fera la réconciliation. Les différences de salaire sont insupportables sentimentalement et idéologiquement. A l’inverse il y a des aides sociales considérables dans notre pays. Les gens de la classe moyenne qui viennent me voir à la permanence, ils critiquent le RMI, le RSA. On oppose les gens. Il suffirait d’un salaire maximal, d’un impôt national, de remettre un peu d’ordre. La dynamique pourrait aussi reprendre si on était davantage ambitieux en matière de participation dans l’entreprise. Ce projet, il est tout à fait réalisable.

 

 

  1. L’entretien a eu lieu avant le 14 mai, date de l’arrestation de DSK à New-York.

« Un système oligarchique pervertit l’économie de marché »

Le 12 mai dernier, Causeur publiait une interview de Nicolas Dupont-Aignan par Jérôme Leroy. En exclusivité pour le blog, Jérôme a bien voulu me faire parvenir l’ensemble du dialogue afin que j’en publie -en deux parties- les moments occultés il y a un mois.

 

Jérôme Leroy – Après une parenthèse utopique de politique fiction heureuse, votre livre s’ouvre sur Maestricht, précisant la date fondatrice. Précisément, comment expliquez-vous que toutes les tentatives de rapprocher les Républicains des deux rives depuis 92 aient d’une certaine manière échoué, alors que nous étions tous plus ou moins prêts ?

Nicolas Dupont-Aignan - Pour deux raisons. Le clivage droite/gauche imprime les consciences, et une sorte de sectarisme -à droite ou à gauche, qu’importe,- empêche de dresser des ponts. Et le peuple français n’avait pas encore pris conscience de l’inanité et  du caractère totalement dépassé et faux de ce clivage. Aujourd’hui, du fait du bilan général, les Français ouvrent les yeux. Nous étions en quelque sorte en avance sur notre temps. Je suis absolument convaincu que l’élection de 2012  ne va pas se jouer sur le clivage droite/gauche, mais sur le clivage mondialisation-oligarchie/réveil du peuple-République, donc sur ce concept de libération du peuple.

JL – C’est ce qu’on avait cru à un moment donné avec l’expérience de JP Chevènement, comment l’analysez-vous rétrospectivement alors qu’il avait osé franchir le pas par rapport à Philippe Seguin ?

NDA – C’était trop tôt. Il y avait encore l’espoir dans chacun des camps qu’il pourrait changer les choses. La droite et la gauche ont donc continué à tromper les Français. L’échec de l’expérience Sarkozy prouve bien que sans remettre en cause le cadre, on demeure dans le verbe.

JL - La question peut paraître iconoclaste pour un gaulliste, mais n’est-ce pas dû aussi aux mécanismes et aux logiques partisans propres à la Vème République, dont le mode de scrutin ?

NDA - C’est évident. Il faut peut-être imaginer un peu de proportionnelle. Ce sera la surprise de 2012. Je suis surpris par le nombre de courriers que je reçois de gens de gauche qui veulent voter pour moi parce que je suis le seul à remettre en cause ce cadre autoritaire et anti-démocratique qui est en train de ruiner notre modèle économique et social.

JL – Même si effectivement la monnaie est la mère de toutes les batailles [voir entretien sur Causeur], n’avez-vous pas peur d’oublier d’autres abandons de souveraineté, notamment dans le domaine de la politique étrangère ?

NDA – C’est simple à reprendre, si je puis dire. On peut sortir de l’OTAN assez facilement. Pensez qu’en période de disette budgétaire on envoie 800 militaires au quartier général de l‘OTAN ! Le cœur du problème, c’est la marge de manoeuvre budgétaire et économique. Sortir de l’euro c’est une bulle d’oxygène pour nos entreprises et c’est retrouver notre liberté monétaire. C’est au coeur de tout. On règle d’un côté le problème du budget, donc du financement de nos services publics, et on règle le problème de la croissance économique et de la compétitivité du pays. Avec une seule clé, ce qui est beaucoup. Voilà pourquoi je me suis concentré là dessus. Mais il y a d’autres exemples. Il y a l’aspect législatif, le fait que le Parlement français n’est là que pour recopier des directives décidées par d’autres. Tout est une question de liberté. Il faut reprendre en main notre liberté juridique, législative, monétaire, de défense.

JL – J’en arrive à une forme de contradiction que j’aimerais voir éclaircie. Il s’agit pour vous très clairement de casser la logique financière propre au capitalisme mondialisé devenu à peu près fou. Comment pouvez-vous envisager de le faire sans rompre d’une manière ou d’une autre avec l’économie de marché, en reprenant une économie fortement administrée. Préconisez-vous finalement un libéralisme national ?

NDA - Aujourd’hui, les petits entrepreneurs ont très bien compris que l’économie de marché était totalement pervertie dans un système oligarchique. Il n’y a pas incompatibilité entre une économie de marché régulée et une reprise en main des intérêts stratégiques de l’Etat. On peut, d’un côté, baisser les charges sur les PME et ,de l’autre, taxer les grands groupes. On peut, d’un côté, libérer les initiatives dans notre pays et, de l’autre, investir massivement dans le secteur de l’énergie en renationalisant EDF, GDF et Total et en faire les vecteurs d’investissements stratégiques. Je n’oppose pas les deux. Nous avons besoin  d’un minimum d’esprit d’initiative. La France ne doit pas s’enfermer dans une espèce de néo-soviétisme dangereux qui casserait l’initiative privée. Elle ne doit pas être étouffée au niveau local par des charges, des réglementations. Mais elle doit être libérée de l’emprise oligarchique. Malheureusement, on fait exactement l’inverse à l’heure actuelle. On accable les petits entrepreneurs et on permet à des grandes entreprises -que j’appelle les oligarques- de s’emparer des services publics et des profits d’une rente sans aucune concurrence, ce qui les dissuade d’investir dans l’économie réelle.

JL – Comment inverser la tendance ?

En se débarrassant de ces parasites que sont les oligarques du régime, les grandes banques, le secteur de l’énergie. Tous ces gens fonctionnent dans une économie mixte et non plus privée. Mais à la différence de l’économie mixte de Mitterrand, c’est le privé qui commande l’Etat ! C’est dangereux. On a besoin d’initiative privée, de concurrence. L’emploi se créera par des initiatives ; le peuple français est inventif ; il y a de très bons entrepreneurs dans notre pays. Mais une petite caste de 2 à 3000 personnes s’est emparée des leviers de commande et est en train de complètement appauvrir et affaiblir notre pays. Cela rappelle un peu les fermiers généraux à la veille de la Révolution. . C’est ce qu’il faut casser pour libérer les énergies.

JL - Quels sont les services publics auxquels il ne faudrait pas toucher ? Pour lesquels on dit « le périmètre du marché s’arrête là » ?

NDA - L’éducation, la santé qui sont aujourd’hui les deux prochaines cibles. C’est tellement plus simple pour les oligarques de conquérir des marchés publics qu’ils privatisent et qu’ils rackettent que d’investir dans l’économie réelle, dans la science, d’obtenir de nouvelles positions. Il faut cadenasser le secteur de l’éducation, de la santé, reconquérir le secteur de l’énergie -absolument vital-et celui des banques, du crédit, et des transports. Tout simplement parce que dans ces secteurs, il n’y a pas de concurrence privée. Or, il y a nécessité pour un pays de taille moyenne d’avoir des économies d’échelle. Il faut donc rétablir certains monopoles publics et rompre avec les accords de Barcelone de libéralisation. C’est simple, et c’est une question d’efficacité, pas idéologique. Il faut aussi revoir le fonctionnement de certaines entreprises publiques, pour éviter qu’il y ait des citadelles de confort clientélistes. Il ne s’agit pas de dire « le public est toujours génial ». Pour le reste, il faut au contraire libérer les initiatives.

JL-: Pensez-vous que le monde enseignant soit une citadelle par exemple ?

NDA - Oui et non. L’administration du ministère est une citadelle où règnent notamment les idéologues pédagogistes qui ont fait tant de mal.

JL - Que pensez-vous de l’autonomie des établissements scolaires ?

NDA - J’y suis totalement hostile. C’est une aberration, comme l’autonomie des rectorats. Soit on a un système privé -et j’y suis hostile- soit on a un système dirigé, mais on ne peut pas avoir un système en apesanteur.  C’est la pire des situations. Il faut remettre sous tension l’éducation nationale. Après l’emploi, ce sera la deuxième priorité de ma campagne présidentielle.

 

 

 

Le visage de monsieur Copé

Pour tout vous dire,  les histoires entre Sarkozy, Copé et Fillon, je m’en contrefous. Le psychodrame autour du débat sur la Laïcité, auquel j’ai fait un sort il y a quelques semaines, je le trouve ridicule et dérisoire. Tous ces gens, qui découvrent après trois ans qu’on ne peut pas circuler rue Myhra chaque vendredi après-midi et qui veulent faire plus laïcs que laïcs alors que le Président actuel est précisément celui qui avait tenté d’empêcher la loi sur les signes religieux à l’Ecole en 2003  puis avait tenté de vider le concept en lui accolant le qualificatif de « positive », ne méritent que le discrédit.

Aussi, la petite phrase de Copé sur Fillon hier soir au Grand Journal de Canal + m’en a touché une sans faire bouger l’autre. En revanche, une autre phrase n’a pas suscité chez moi la même indifférence. Donnant des exemples de ce que pouvaient être des propositions d’extrême-droite, Copé a cité notamment la sortie de l’euro, ajoutant, dans sa grande ouverture d’esprit, qu’elle pouvait être aussi le fait d’extrémistes de gauche. Défendant cette proposition et l’assumant parfaitement, me voilà catalogué dans l’une ou l’autre catégorie.

Je ne suis pas seul à défendre cette idée sans pour autant adhérer au FN ni au Parti des Travailleurs. Mon ami Nicolas Dupont-Aignan vient de publier un ouvrage défendant cette thèse1. Il a d’ailleurs interpellé Copé sur twitter hier soir, lui demandant si c’est à l’extrême-droite ou à l’extrême-gauche qu’il fallait désormais le classer. Il n’a pas tort, Nicolas, d’interroger ainsi le secrétaire général de l’UMP, d’autant qu’il m’a donné une idée.

Alors, d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, Maurice Allais, décédé dernièrement et qui fut le seul prix Nobel d’économie français ? D’extrême-droite ou d’extrême-gauche, Jacques Sapir, Emmanuel Todd et Jean-Luc Gréau ? D’extrême-droite ou d’extrême-gauche, ces économistes qui, acquis au départ à l’idée de la monnaie unique, en voient aujourd’hui toutes les limites et les dangers, Patrick Artus, économiste en chef à Banque Populaire-Caisse d’Epargne, ou Christian Saint-Etienne, qu’on croisait davantage dans les cercles centristes -si j’ose dire- qu’à la fête BBR ou à une réunion de cellule de Lutte ouvrière ?

Et d’ailleurs, pourquoi s’arrêter aux  personnalités souhaitant aujourd’hui la fin de la monnaie unique européenne ? Pourquoi ne pas s’interroger aussi, afin de plaire à Monsieur Copé, sur ceux qui l’ont combattue en 1992  ? On ne voit pas par quel miracle ils seraient dédouanés. Ainsi, d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, Philippe Séguin et ses compagnons de route Etienne Pinte et François Fillon2 ? D’extrême-droite ou d’extrême-gauche, Jean-Pierre Chevènement et Max Gallo ? Tous d’extrême-droite ou d’extrême-gauche, les 48,95 % qui ont voté avec eux contre le Traité de Maëstricht ?

Toutes ces questions démontrent à quel point le propos de Jean-François Copé n’est pas seulement ridicule mais aussi méprisant, arrogant et suffisant, toutes qualités qu’il développe à chaque fois que radio ou télévision lui offre un micro depuis une quinzaine d’années. Et on s’étonne de l’abstention dans le pays. Le dégoût qu’inspire la politique à un nombre croissant de Français a un visage, monsieur Copé.

Et ce visage, c’est le vôtre.

  1. L’Arnaque du siècle – Editions du Rocher. Ouvrage qui sera dès demain dans toutes les bonnes librairies et dont je conseille ardemment la lecture à toutes celles et ceux qui fréquentent ce blog.
  2. Tiens, tiens…

Un débat sur l’Euro ? Chiche !

L’autre matin, j’entendais la star des médias de la semaine dernière, Alain Juppé, qui venait de se faire piquer, par Marine Le Pen, ce statut si envié.  L’homme dont on nous raconte depuis vingt ans, avec la régularité d’un métronome, qu’il n’est pas celui qu’on croit -notamment qu’il est en fait humble et pudique-  a ainsi expliqué qu’il existait une solution simplissime pour faire baisser le Front National : expliquer son programme économique basé sur la sortie de l’euro, laquelle -on cite cet économiste si distingué, au point qu’il voulut vendre un jour Thomson pour un franc symbolique- serait atterrant et fou.

L’homme qui se tenait si droit dans ses bottes, au point de gêner dans le décor, n’imagine pas une seconde qu’une grande partie de ceux qui répondent aux sondeurs qu’ils ont l’intention de voter Marine Le Pen, savent déjà qu’elle souhaite revenir à la monnaie nationale. De même, peu lui chaut que la nouvelle présidente du Front National soit loin d’être la seule à promouvoir ce projet ; que des économistes aussi différents que Jean-Luc Gréau, Paul Krugman, Jacques Sapir ou feu notre prix Nobel d’économie Maurice Allais ne donnent -ou ne donnait- pas cher du devenir de la monnaie unique. Il tient aussi -comme les sondeurs, du reste- la candidature de Nicolas Dupont-Aignan, ce fou dangereux adversaire et déchireur d’euro, comme quantité négligeable.

Pourtant le plus probable, c’est que si davantage d’électeurs savaient que Marine Le Pen voulait sortir de l’euro, elle ne serait pas entre 17 et 24 selon les instituts mais plus proche des 30, à moins que certains d’entre eux ne soient dérangés, comme votre serviteur, par d’autres aspects du projet frontiste. N’oublions pas que des sondages évaluaient au printemps dernier à 37 % des Français ceux qui souhaitent un retour à la monnaie nationale. Cela, Nicolas Sarkozy, qui n’est certes pas dans une forme optimale en matière de choix stratégiques, arrive tout de même à le concevoir. Il faut dire qu’en matière de stratégie politique, même un Sarko aux fraises demeurera toujours infiniment supérieur à un type capable de penser qu’une dissolution de confort pouvait le reconduire tranquillou à Matignon. C’est pourquoi, vraisemblablement, ni le gouvernement ni l’UMP n’organiseront un débat sur l’euro dans les prochains jours.

Elkabbach, dégage !

C’était à la fin du Buzz politique de la matinale d’Europe 1. Thierry Guerrier explique la stratégie de Nicolas Dupont-Aignan dans la perspective de l’élection présidentielle. Puis, il évoque Jean Arthuis qui n’écarte pas l’hypothèse d’être le candidat rassemblant tous les centristes lors de la même échéance. Marc-Olivier Fogiel passe alors le micro à Jean-Pierre Elkabbach qui va interroger Martine Aubry. S’engage alors un petit dialogue. Verbatim :

Fogiel - Bonjour, Jean-Pierre Elkabbach

Elkabbach – Bonjour Marc-Olivier, vous n’y allez pas vous, à la présidentielle en 2012 ?

Fogiel - Ben, si vous y allez, je vous soutiens Jean-Pierre.

Elkabbach – Non, pas du tout mais quand on voit la liste des n’importe qui qui veut se présenter

Fogiel – Vous parlez de qui ?

Elkabbach – Oh, ben, je n’donne pas d’noms.

Fogiel – Ah bon ! Ha, ha.


Il ne veut pas donner de noms. Pas couillu, Monsieur Elkabbach ! Mais on avait compris. Une liste, cela signifie qu’il sont au moins deux. Les « n’importe qui », ce sont donc bien Nicolas Dupont-Aignan et Jean Arthuis. Pour être candidat à l’élection présidentielle, il ne faut donc pas seulement récolter cinq-cents parrainages d’élus locaux dont les noms seront publiés au Journal officiel mais aussi recueillir l’assentiment de médiacrates méprisants.

Pour qui se prend donc Monsieur Elkabbach pour se moquer de ces deux personnalités politiques ? Qu’ a t-il réalisé dans sa vie qui puisse justifier qu’il les prenne ainsi de si haut ? Son souci de l’information exacte et recoupée ? Demandons à la famille de Pascal Sevran ! Sa probité, sa propension à se tenir à distance des conflits d’intérêts ? Relisons « mes chers amis » de Pierre Botton !

Le pouvoir, l’élection présidentielle, la démocratie, c’est entre gens sérieux. Assez des manants qui osent disputer le droit d’expliquer leur projet aux citoyens. Qu’ils retournent à la niche.  Zine el-Abidine Ben Ali avait bien théorisé cette forme de gouvernance. Il était au pouvoir depuis vingt-trois ans. On l’entend depuis combien de temps, Elkabbach ?

Reconnaissons le : nous nous sommes habitués à nous passer des invitations et de la reconnaissance de Jean-Pierre Elkabbach ou de son alter-ego Aphatie. D’autres média, d’autres journalistes, sont dotés d’une conception plus éthique de leur métier, tout en se passant de donner des leçons à la terre entière, comme ces deux-là. Mais que va donc pouvoir dire Monsieur Elkabbach à Nicolas Dupont-Aignan (ou Jean Arthuis) lorsque ce dernier sera effectivement candidat et qu’il sera contraint par la loi de l’inviter ? Il se fera porter pâle ? Comme lorsqu’il devait recevoir Arnaud Montebourg une semaine après l’avoir méprisé -lui aussi ?

Denis Olivennes qui, dit-on, se préoccupe beaucoup des audiences de la station ces temps-ci devrait commencer à y réfléchir. Sans tomber dans le jeunisme, il a certainement dans son personnel des voix qui savent interroger, être pugnace avec tous leurs interlocuteurs, de la même manière, et respecter tous les auditeurs. Le nouveau directeur d’Europe 1 pourrait d’ailleurs méditer sur les croupières taillées par RMC à sa station. Et au succès de Bourdin, l’ennemi intime de Jean-Pierre Elkabbach.

"Ils célèbrent Séguin aujourd’hui parce qu’il fut lucide à leur place"

David Desgouilles – Vous avez organisé le jeudi 6 janvier les Etats Généraux de l’Indépendance à l’Assemblée nationale (salon Lamartine), qui furent l’occasion de rendre hommage à Philippe Séguin, dont vous fûtes l’un des conseillers pendant les années 1990. Quel bilan faites-vous de la vie politique de Philippe Séguin ?

Paul-Marie Coûteaux - Les Etats Généraux de l’Indépendance, dont j’ai lancé l’idée il y a un an, sont d’abord l’occasion de célébrer l’actualité d’une valeur, l’Indépendance, qui est aujourd’hui doublement cardinale : l’indépendance d’esprit, d’abord ; celle des nations ensuite -deux choses évidemment liées, dans une idéologie du dépassement de la nation qui est devenue omniprésente et autoritaire, pour ne pas dire plus. Ces deux versants les plus actuels de l’indépendance sont d’ailleurs liées dans la revue trimestrielle que je dirige, « Les Cahiers de l’Indépendance », lesquels viennent de publier leur numéro 12 et auxquels j’invite vos lecteurs à se reporter. La question de l’indépendance se pose avec de plus en plus d’acuité et, contrairement à ce que veut faire accroire la pensée dominante, elle n’est pas résolue : je crois même que les déboires de l’Union européenne, qui vont aller grandissant, marquent la fin d’une génération politique qui a tout misé sur le dépassement supranational -et que le désenchantement supranational va disqualifier une bonne partie des forces politiques dominantes, en sorte qu’il aura de profondes conséquences sur le paysage politique français. Notre revue, telle que je l’entends, est la matrice d’une génération politique à venir, qui doit replacer la Nation et la res-publica au coeur de l’action et de la responsabilité politique.

Quant à Philippe Séguin, il fut un homme remarquable à deux titres au moins, l’un et l’autre justifiant d’ailleurs les commémorations étonnement nombreuses qui lui ont été consacrées. Remarquable, d’abord, sa lucidité. Inutile de s’étendre : sur l’abandon des fondamentaux de la République, des conditions de l’autorité de l’Etat à la nécessité absolue d’une éducation authentique nationale (notamment par l’impérieuse nécessité d’enseigner l’histoire de France), il a vu et il a dit beaucoup de choses essentielles ; et de même sur les impasses d’une Union européenne qui détruit la substance de l’Europe, c’est à dire ses nations ; ou sur l’euro qu’il jugeait incapable de résister aux chocs asymétriques, ce qui s’avère sous nos yeux. Il prononçait tout cela d’une voix de bronze qui a frappé les Français, comme en témoigna voici un an l’annonce de sa disparition ; on vérifia à cette occasion que les Français restent nostalgiques d’une politique qui soit la politique de la France.

Remarquable fut aussi, hélas, son incapacité à traduire cette lucidité en force politique. Cette incapacité n’est pas de son fait seul -encore qu’il eût pu, à plusieurs reprises, forcer le destin : en 1994 en déclarant sa candidature à la présidence de la République contre Edouard Balladur, ce que nous étions quelques uns à lui suggérer ; en 1997 quand il devint Président du RPR, en 1999 encore, lors des Européennes -ce qui supposait cette fois de marquer une opposition frontale à Jacques Chirac, à quoi il ne s’est jamais décidé…. Il y eut aussi cette abdication terrible, en 1996, quand il accepta de revoir complètement son « discours sur l’Europe » en prononçant à Aix-le-Chapelle un discours « euro-compatible » -discours que je me suis refusé à faire d’ailleurs, bien qu’il me le demandât à trois reprises, démissionnant de son cabinet la veille même du jour où il fut prononcé, et ne le retrouvant qu’un an plus tard, quand il m’a demandé de lancer, avec Jean de Boishue, la revue du RPR, « Une Certaine Idée ». L’épisode est intéressant, d’ailleurs : pourquoi éprouva-t-il le besoin de changer de discours sur l’Europe ? Il nous l’avait dit quelques mois plus tôt, quand, au lendemain de la victoire de Jacques Chirac, nous étions quelques uns à croire qu’il serait Premier ministre ; je le revois nous répondre en baissant la tête et en riant à moitié : « Vous n’y pensez pas, le Chancelier n’acceptera jamais! ». Phrase terrible si on y regarde bien, car elle dit à la fois la dépendance de nos hommes politiques vis à vis d’une UE à prépondérance allemande, et le piège de ladite UE, à l’abri de laquelle, comme dit Marie-France Garaud, l’Allemagne recouvrait sa souveraineté tandis que nous abandonnions la nôtre -en somme nous nous sommes fait une certaine idée de l’Europe tandis que l’Allemagne se refaisait une idée d’elle-même…

Mais l’incapacité de Philippe Séguin à traduire le « voir et le dire » en « faire » fut surtout le fait de l’actuel blocage du système partisan, confisqué par toutes sortes d’oligarchies qui sont parvenues à exclure à la fois le Peuple (le peuple et les forces qui se réclament de lui, ce qu’elles nomment pour le disqualifier le « populisme »), et la Souveraineté (et ceux qui la défendent, qu’elles nomment « nationalistes »). Exit le peuple, c’est à dire le démos , exit la souveraineté, c’est à dire le kratos: car les deux faces d’une même médaille qui se nomme démo-cratie sont la condition même du pouvoir effectif, d’une politique effective.

Je voudrais insister la dessus, qui est au cœur du « drame Séguin » -de notre drame à tous, et c’est bien pourquoi il nous parle. La démocratie est le pouvoir « par » par le peuple, il faut entendre ce par au sens large : non point simplement comme un mode de sélection des gouvernants , mais un moyen de gouverner, nul gouvernement ne pouvant se passer, s’il veut véritablement gouverner d’une légitimité forte, seul moyen de tenir la dragée haute aux féodalités, on dirait aujourd’hui aux oligarchies de toutes sortes. Or, cette légitimité populaire est aujourd’hui évaporée, voire niée : l’exemple le plus criant est la véritable gifle qu’a reçue le peuple français avec le traité de Lisbonne, qui fut une pure et simple négation de son non -et de son nom. Mais il y en a d’autres: des partis de premier plan (Front National, Front de Gauche, d’une certaine façon le Modem ou les écologistes) sont exclus, ou quasiment, de la représentation nationale, laquelle est accaparée par deux partis, l’UMP et le PS, bien qu’ils représentent à eux deux environ le quart des inscrits (et guère plus de 20% lors des européennes de 2009 !), soit à peu près moitié moins que les exclus. L’expulsion du peuple va très loin : lors de l’hommage à Philippe Séguin organisé vendredi 7 au Palais Bourbon, j’ai entendu un intervenant (de gauche !), expliquer que ledit Séguin aimait le sport et notamment le foutebole parce que c’est « dans les stades que l’on pouvait retrouver le peuple » ! Propos stupéfiants, surtout quand ils sont tenus à l’Assemblée nationale, qui est précisément le lieu où se forme la volonté populaire, je veux dire le peuple en tant qu’acteur de l’Histoire -le peuple étant évidemment une notion politique et non sportive… Et je passe sur les manipulations visant ni plus ni moins qu’à dissoudre le peuple, par l’éradication de la mémoire collective, la disqualification de ce qu’il est convenu d’appeler « le roman national », l’oubli du souci de la langue, l’abrutissement télévisuel, et par dessus tout l’immigration de masse, ce que Renaud Camus nomme « le grand remplacement », autre formule de dissolution des peuples explicitement voulues par les oligarchies mondialisées – voir par exemple le Livre Blanc de la Commission européenne publié en janvier 2007, et qui réclamait (comme le plus récent rapport Attali, d’ailleurs), l’accélération des migrations.

Or, quand on dissout le peuple (opération qu’avait prévue Brecht : le peuple vote mal, qu’on en change! »), ou quand on le relègue dans les stades, ce n’est pas simplement la démocratie qui meurt, c’est le pouvoir lui-même. En excluant le demos on exclue le kratos, le système politique délégitimé se condamne à l’impotence. Séguin l’a vue, cette impotence -cette évaporation du politique qui est le grand trait de l’époque, comme le montre l’incapacité à réformer, c’est à dire à agir, même quand il s’agit de réformettes sans rapport avec les nécessités de l’avenir que fut la dernière « réforme des retraites ». Ressaisir le politique en cassant le système oligarchique pour créer une force politique nationale et populaire qui redonne sa force, sons assise à l’action politique il n’y est pas parvenu -et ne l’a même pas tenté d’ailleurs. De ce drame, il est mort. Car le contraste entre sa clairvoyance, la lumière de son verbe et le poids de son impuissance fut chez lui pathétique, allant croissant jusqu’aux dernières années de sa vie, jusqu’à sa mort dans une lucidité parfaite et une impotence désolée, invivable tension que ne cachait plus que le voile de plus en plus épais de ses fumées de cigarettes. Le bilan, en somme, est triste -mais peut-être sommes-nous tous pris dans cette même tristesse. Nous n’en sortirons qu’en restaurant la souveraineté populaire dans ses deux versants : le versant international (car ce qui fait la France, c’est d’abord sa voix dans le monde, bien au delà de la fausse et trompeuse question de l’identité, question que l’on pose quand on a perdu le faire, c’est à dire la souveraineté), et le versant national, c’est à dire l’autorité de l’Etat impartial servant le Bien Commun contre les multiples oligarchies qui aujourd’hui le paralysent.

DD – Le lendemain, vous vous êtes rendu à l’Hôtel de Lassay, où un colloque était organisé aussi pour commémorer le premier anniversaire de la disparition de Philippe Séguin, mais celui-ci était semble t-il organisé par l’entourage du Premier Ministre, lequel concluait la réunion. Dans quel esprit y êtes vous allé ?

PMC - J’y ai dit ce que je viens de dire (du moins l’ai-je tenté, mais sur l’heure et demie que durait la « table ronde » à laquelle je fus convié, plus de vingt minutes ont été consacrées au Séguin amateur de soleil, de Méditerranée, de Tunisie, etc… et plus de quarante à l’amateur de foutebole, et je n’ai eu droit qu’à sept minutes !…) ; j’ai insisté sur le drame de la lucidité et de l’impuissance, quand bien même avais-je bien conscience de célébrer la lucidité au milieu de notables et de notoires qui, eux, célébraient plutôt l’impuissance -chose normale d’ailleurs puisque, cette impuissance, c’est la leur. Telle est l’ambiguïté des célébrations, que nous éprouvons aussi lors des interminables litanies commémoratives dont est accablé le Général de Gaulle… Ils célèbrent Séguin parce qu’il fut lucide à leur place, comme ils célèbrent de Gaulle parce qu’il fut grand à leur place. Mais faut-il oublier la part de grandeur qu’eut un de nos meilleurs hommes politiques parce que ceux qui se prosternent devant lui ne sont pas à sa hauteur -ou parce que ses fidèles lui sont pauvrement infidèles ?

Je m’empresse de dire que nombre des amis, et des amis sincères, de Philippe Séguin sont aussi lucides que lui. Mais nous ne manquons pas tant d’esprits lucides que nous manquons d’esprits forts, d’hommes ou de femmes assez puissants pour se situer à la hauteur de l’histoire, et de se faire par là acteurs de l’histoire -et de faire en sorte que la France reste, avec et par eux, dans l’Histoire telle qu’elle se fait sur nos yeux. Avec ou sans nous, c’est la question. Vous savez, la politique, c’est très simple : vous êtes dans l’histoire, alors vous pouvez faire de la politique; ou vous en êtes sorti, et alors vous faites des clapotis ou des papotis… Vous pouvez voir clair, autant que vous voudrez, ce que vous prendrez pour de la politique sera toujours du papot et du clapot…

Cependant, je fais le pari qu’il existe encore des hommes capables de mettre, ou plutôt de remettre la France dans l’histoire; point n’est besoin de beaucoup d’hommes de cette trempe : après tout, la France fut toujours faite par quelques uns, qui ont su, contre les féodaux, incarner le peuple. Peut-être ces hommes ou ces femmes sont-ils parmi ceux qui ont commémoré la mort de Philippe Séguin, le 6 ou le 7 janvier. Je crois qu’il y a une vertu de la mémoire.

DD – François Fillon insiste parfois sur l’attitude qui fut celle de Philippe Séguin face aux interrogations qui ont soulevé la droite française entre 1983 et 1998 par rapport à d’éventuelles alliances avec le Front National. Comment avez vous vécu, d’une part, ce débat à l’époque et notamment l’épisode des régionales de 1998, et comment les voyez-vous aujourd’hui dans le contexte de la succession qui devrait avoir lieu à Tours au congrès du FN ? Cette dernière question n’est pas innocente, je le reconnais, puisque vous n’avez jamais caché que l’union des patriotes, que vous appelé de vos voeux, ne saurait exclure Marine Le Pen.

PMC – Nous n’avons pas la même grille de lecture du paysage politique français.

Je suis d’autant moins porté à exclure Marine le Pen de l’Union des Patriotes que cette Union doit rassembler des sensibilités de droite et de gauche, le transcender même au service de l’essentiel, la souveraineté et la légitimité populaire, condition de l’autorité de l’Etat et condition conséquemment de toute politique ; or, je lis et je vois bien que les discours de Marine le Pen sont nettement plus marqués à gauche qu’à droite : sur plusieurs questions, la politique sociale, la défense des services publics, la sortie de l’OTAN, le refus de la mondialisation à tout va (y compris cette forme de la mondialisation marchande qu’est l’immigration, forme particulièrement sournoise et destructrice des droits sociaux, du droit en général, et, comme je l’ai dit, du démos et donc de la démocratie), comme sur la défense du cadre national, de l’autorité de l’Etat face aux oligarchies économiques et financières, sur tous ces sujets Marine le Pen est plus à gauche que ce qui passe aujourd’hui pour la gauche officielle et qui n’est qu’un ramassis de mondains, passablement ridicules. Marine le Pen n’est pas seule d’ailleurs à échapper complètement à ce que l’on entend par « extrême-droite »: au Parlement européen, l’un des plus ardents défenseurs de la taxe Tobin était le fiscaliste Jean-Caude Martinez, député du Front National…

Mais le personnage « Marine » est, en effet, spécialement parlant : à Hénin Beaumont, elle a fait campagne sur des thèmes de gauche, et une grande partie de l’électorat de gauche a voté pour elle contre le candidat UMP. Elle me paraît nettement plus à gauche que Dominique Strauss-Kahn, cet archétype des « élites mondialisées » qu’a stigmatisées Jean-Pierre Chevènement… Je ne vois pas pourquoi j’exclurais de l’Union des Patriotes cette gauche populiste, pas plus que je n’exclue ce qu’il est convenu d’appeler la gauche républicaine -et pas davantage, bien sûr, la droite nationale telle qu’elle fut incarnée un temps par le trio de 1999, Pasqua-Villiers-Garaud. Qui fera la synthèse entre ces familles politiques qui entendent d’abord restaurer la souveraineté, ou pour le dire autrement qui refusent la fin du politique, chacun avec ses mots, cela je ne le sais pas. Pour tout dire, j’attends; mais cela se fera, tôt ou tard; cela s’est toujours fait dans notre histoire : quelqu’un surgit.

Je n’ai jamais accepté de céder, quoi qu’il m’en coûtât, au piège des oligarchies au pouvoir consistant à nommer populisme tout ce qui vient du peuple dès que le peuple lui échappe ; à stigmatiser les réflexes populaires sous l’opprobre de « populisme » quand ce qu’il y a en lui de révolutionnaire et de radicalement critique échappe à la pensée dominante, imposée à grands renforts de bien-pensance médiatique, d’intimidations intellectuelles et, pour tout dire, de flicage de la pensée. D’ailleurs, je crois que l’on peut dire que cette idéologie dominante a d’autant plus besoin de diaboliser ce qu’elle appelle à tue-tête l’extrême-droite qu’elle en présente elle-même de nombreux traits : d’abord son refus de la démocratie (cf le traité de Lisbonne et la négation même du référendum de 2005) ; ensuite son anti-parlementarisme, sous couvert de maintenir des chambres d’enregistrement, l’Assemblée nationale et le Sénat, qui ne font qu’entériner les décisions des bureaucraties, notamment celles de Bruxelles ; citons également le recours permanent de l’idéologie dominante au langage racialiste -qui se traduit d’ailleurs par un racialisme actif, dont témoigne la « discrimination positive » ou la Halde, ou toute la logorrhée anti-républicaine sur les communautés ceci ou cela… Tout cela procède bel et bien d’une logique d’extrême-droite, qui ne le paraît pas car elle se drape dans un discours généreux et a trouvé un bouc émissaire, le FN de Jean-Marie le Pen -lequel ne s’est d’ailleurs que trop bien prêté au jeu. Je fais mienne la thèse que Jean Robin expose en détails dans un ouvrage récent, « la Nouvelle Extrême-droite ». Le totalitarisme est au pouvoir, et seul un mouvement profondément populaire pourra le juguler -oui, ce « populisme » que bien trop de patriotes sincères stigmatisent en maniant eux aussi des arguments d’autorité. Il faut qu’ils soient bien irréfléchis pour tomber dans un tel piège…

C’est pourquoi, pour en revenir au début de votre question, si j’ai pu comprendre que Philippe Séguin ait sur-réagi aux divers accords passés, lors des régionales de 1998, entre des élus RPR et des élus du FN (en Rhône-Alpes, mais aussi en Bourgogne, en Picardie…), accords qu’il était en effet difficile d’admettre après certaines stupidités proférées par Jean-Marie le Pen, lequel a passé son temps à jouir sans entraves de la haine qu’il suscitait lui-même, je l’en ai cependant désapprouvé, et le lui ai dit, comme je l’ai dit à certains conseillers régionaux de mes amis, par exemple Florence Kuntz à Lyon. S’il avait laissé faire, je suis sûr que les lignes eussent évolué très vite et que l’on en serait arrivé à la formation d’une sorte de « droite populaire » qui est fondamentalement le socle du gaullisme, et qui eût débordé Jacques Chirac et ses prudences de rad-soc, plaçant Séguin en très bonne position lors des présidentielles de 2002 -la suite l’a montré d’ailleurs… Notez que c’est à dessein que j’utilise l’expression « droite populaire », reprenant le nom de l’amicale parlementaire créée l’été dernier par Thierry Mariani, Jacques Myard, Lionel Luca et quelques autres, dont Christian Vanneste, lequel a fait sensation en déclarant à mon micro de Radio-courtoisie en octobre dernier qu’il n’entendait plus, en cas de triangulaire, tomber dans le piège du « Front Républicain » -déclaration qu’il a fort bien argumentée ensuite, notamment dans nos « Cahiers de l’Indépendance. Le fait qu’il n’ait point été exclu de l’UMP est un bon signe -signe notamment qu’il est soutenu par une grande proportion d’élus, cadres ou militants UMP. Il est vrai que cela est plus facile aujourd’hui, une fois tournée la page de Jean-Marie le Pen, et à travers lui, de toute une génération. Sur ce point aussi l’histoire avance et je crois que les lignes politiques vont bouger beaucoup plus brutalement qu’on ne pense; je suis d’ailleurs avec attention cette affaire de « droite populaire », et l’évolution d’une UMP complètement vide, idéologiquement, et qui pourrait bien exploser…

DD -Vous avez aussi participé à l’aventure du Pôle Républicain dans le cadre de la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002. Comment analysez-vous l’échec final de cette expérience ? Le clivage droite-gauche n’était-il pas plus fort que vous ne l’imaginiez lorsque vous écriviez dans le « Traité de savoir disparaître » qu’il n’était pas si inscrit dans l’Histoire de France qu’on ne voulait bien le dire et qu’il pourrait être substitué par le clivage « républicains-démocrates » qu’évoquait Debray en 1989 ?

PMC - Chevènement était fort bien parti avec le discours de Vincennes de septembre 2001, sur la base duquel je l’ai rejoint dès le mois d’octobre suivant ; j’ai publié dans le Monde un article où je l’exhortais à devenir ce que de Gaulle appelait « l’Homme de la Nation » : cela supposait de s’ouvrir à tous les patriotes, à sortir des logiques partisanes. Hélas, par la suite, malgré de louables efforts, il n’a pas vraiment dépassé les partis, et ses équipes, presque exclusivement venues de la gauche (et quelquefois de la gauche la plus sectaire) ont soigneusement limité notre participation à sa campagne, laquelle, du coup n’a pas tenu ses promesses. Quand j’ai organisé un dîner entre Jean-Pierre Chevènement et Philippe de Villiers, en janvier 2002, ce fut aussitôt contre moi une levée de boucliers -je raconte cela dans mon dernier ouvrage « Espérer contre Tout », sous la forme d’une lettre ouverte à Régis Debray, lequel n’était pas le dernier à demander ma tête…

Pourtant, c’est à ce moment là, quand ce dîner commença à être divulgué par la presse , que l’on commença à prendre au sérieux, à droite, le pari du « grand rassemblement national » annoncé à Vincennes au point que notre candidat atteignit, en février suivant, 15% des intentions de vote et que tout alors devenait possible. La encore, il eût fallu « assumer », ne pas céder aux sirènes du politiquement correct-il y en a pas mal chez les « républicains »… Hélas, il a vite refermé la porte. Max Gallo a avancé un motif, selon lequel la véritable intention de cette candidature était de faire un nombre suffisant de voix pour être indispensable à Lionel Jospin, le faire ainsi élire et devenir son Premier Ministre. Si cette hypothèse est la bonne, admettons que l’idée n’était pas stupide en soi, et qu’on ne peut ne rien reprocher à M. Chevènement. Encore peut-on penser que cet attelage n’eût guère été durable, et se fût brisé dès l’année suivante lors de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. De toutes façons, vous avez vu comment a fini cette pauvre ruse : elle a duré ce que durent les ruses…

Plus profondément, je me demande s’il entre dans la nature de Jean-Pierre Chevènement de bousculer les lignes, et de résorber les fractures françaises; et si, au fond, il ne ressemble pas, sur ce point aussi, à Philippe Séguin : ni l’un ni l’autre n’ont su « rompre en visière » comme on disait des chevaliers du Moyen-Age, quand la seule stratégie était de foncer droit sur l’adversaire ; foncer tout droit, sans prudence ni ruse inutile -la ruse étant d’ailleurs, selon le code chevaleresque, un péché contre l’honneur. Tout ce petit monde s’est d’ailleurs piteusement retrouvé, au second tour, derrière Jacques Chirac, ce dont on a vu les résultats. Le comble est que Chevènement, comme je refusais, moi, d’appeler à voter pour Jacques Chirac, et préférais le vote blanc, m’a tout simplement exclu du prétendu « pôle républicain ». Cette normalisation a d’ailleurs marqué un certain retrait dans sa vie politique. Est-il trop tard pour lui ? Je ne le crois pas ; un homme politique n’est jamais fini -je dirais la même chose, soit dit en passant, de Philippe de Villiers. Puisque la France n’est pas finie, tous ceux qui la servent, et n’entendent servir qu’elle et rien d’autre, ni la droite, ni la gauche, ni un parti, ni eux-mêmes, tous ceux qui savent se placer avec orgueil et humilité (deux autres vertus chevaleresques), au service de sa mission dans le monde, de sa liberté, de sa grandeur, de son Histoire, peuvent la ressaisir, la reprendre à bras le corps. Jean-Pierre Chevènement pourrait renaître une nouvelle fois, comme la France renaît toujours -je fais bien entendu allusion à son dernier livre, que je suis en train de lire « La France est-elle finie », et qui est encourageant. Rien ni personne n’est jamais fini…

DD – Vous vous êtes rapproché ces derniers mois de Nicolas Dupont-Aignan. Même porté par la vague de mécontentement contre l’euro, n’est-il pas difficile d’exister, pris en sandwich entre Nicolas Sarkozy, qui bénéficiera encore des discours rédigés par Henri Guaino et Marine Le Pen qui a fait en mars dernier, me dit-on et ce que vous me confirmez, campagne plus à gauche que l’UMP en Nord-Pas de Calais ?

PMC – J’ai beaucoup d’amitié pour Nicolas Dupont-Aignan ; cette amitié est ancienne, sincère et donc exigeante -ce qu’il n’accepte pas toujours… J’attends de voir s’il sera capable de dépasser les prudences, « d’aller vers son risque », comme disait René Char ; sinon, il est à peu près certain que le rassemblement national passera très au-dessus des petites formations telles que le DLR, ou le RIF, aussi méritoires soient-elles. Ne rassemble pas qui veut la gauche républicaine, la droite nationale et les différents courants du dénommé « populisme ». Présence médiatique et prudences de langage ne suffisent pas, surtout s’il est confronté à des concurrents tels que ceux que vous citez (Marine le Pen, Nicolas Sarkozy -ou François Fillon), mais aussi Dominique de Villepin, ou encore, comme nous le disions à l’instant, Jean-Pierre Chevènement, lequel esquisse lui aussi sa candidature. Quoi qu’il en soit, je souhaite bonne chance à « NDA », en lui rappelant que la visibilité médiatique n’est pas tout (elle peut aussi être contre-productive, par les temps qui courent…), et qu’il ne fera pas l’économie d’un travail intellectuel pour prendre la mesure du drame français tel que le vivent nombre de nos compatriotes. C’est à ce travail que j’entends pour ma part me consacrer par mes livres ou mon blog (« for intérieur« ), ainsi qu’avec mes amis du RIF et des Cahiers de l’Indépendance, dont la réussite des récents « Etats-Généraux » ont montré l’audience, tous dans l’attente du prochain « Homme de la Nation » tel que le fut si parfaitement le général de Gaulle, et qui reviendra toujours .