Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

Hier soir, sur LCI, le PS se cherchait une nouvelle tête


Le débat entre les candidats à la tête des restes du Parti socialiste (PS) a tourné autour… d’un ancien de la maison, Emmanuel Macron. 


Faut-il que nous soyons attentifs aux lecteurs de Causeur pour se priver de « Zemmour et Naulleau », sans doute la meilleure émission politique du PAF, et regarder pour eux le débat entre les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) ?

RTL et LCI, en association avec Le Figaro avaient donc organisé cette confrontation inédite sur leurs antennes. Louable intention. Pour la première fois, de grands médias offraient une vitrine à un petit parti, alors qu’ils ne le faisaient jusque-là que pour des gros. Difficile de résister à cette boutade. Le PS n’est évidemment pas un petit parti comme les autres. C’est surtout un ancien gros. On voit en effet mal LCI et RTLorganiser un débat préalable au congrès de Debout La France, qui a aujourd’hui des résultats électoraux comparables à ceux du PS, et pas seulement parce que Nicolas Dupont-Aignan ne suscite pas d’opposition à l’intérieur d’un parti construit par lui et pour lui.

L’épilogue du PS

Depuis la dernière élection présidentielle, le parti d’Epinay n’est plus. Il a rejoint le score de Gaston Deferre en 1969. D’ailleurs, pour faire oublier qu’il était le candidat, Benoît Hamon a quitté le PS, de même que son finaliste de la primaire Manuel Valls, tandis que le troisième s’est lancé dans l’apiculture.

Quatre candidats s’affrontaient donc. Stéphane Le Foll en héritier du hollandisme assumé. Emmanuel Maurel en héritier des frondeurs tout aussi assumé. Olivier Faure tentait de se faufiler entre les deux. Quant au quatrième, Luc Carvounas, il tentait de déborder Maurel sur sa gauche, pour faire oublier son passé de chasseur de frondeurs, au temps où il était lieutenant de Manuel Valls. Un cinquième homme s’est invité dans ce débat très vite, et ne l’a plus quitté : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dont Maurel a rapidement dit justement qu’il était « la créature du PS ».

Macron, président du PS

Se positionner par rapport au président de la République fut donc le fil conducteur de l’émission, chacun montrant à sa manière à quel point il en était différent. A ce jeu, c’est Emmanuel Maurel qui était le plus efficace, car lui avait expliqué d’emblée que Macron n’était en fait que le continuateur du quinquennat Hollande, quand les autres s’échinaient maladroitement à démontrer qu’il y avait entre les deux présidents une différence de nature, et pas une différence de degré. Sur la forme, Olivier Faure, qui fait figure de favori des spécialistes en « solférinologie » (bien que le siège de Solférino soit aujourd’hui vendu), n’a pas paru très à l’aise. Luc Carvounas, après un début difficile, s’est montré ensuite plus à son avantage. Le Foll et Maurel se montraient les plus efficaces, ce qui ne constituait pas une surprise pour l’ex-ministre de l’Agriculture, habitué des plateaux. Emmanuel Maurel, inconnu du grand public, et pas très souvent invité dans les médias, constituait la découverte de ce débat. Il y eut donc des différences de fond et de forme entre les candidats… jusqu’à ce que l’immigration soit abordée en fin de débat.

Une rose très épineuse

Sur ce sujet, les quatre furent d’accord pour dénoncer la politique incarnée par le duo Macron-Collomb, et n’ont sans doute pas convaincus ceux qui regardaient l’émission sans être adhérent du PS. Cette confrontation aura-t-elle une influence sur le congrès ? Rien n’est moins sûr tant les équilibres socialistes répondent à d’autres logiques que celles d’un débat télévisé. A-t-il d’ailleurs eu un vainqueur ? Un perdant ? Sans doute Maurel et Le Foll semblent avoir marqué des points quand le favori Olivier Faure en aura perdu quelques-uns. Une chose est sûre : le chantier est immense pour le futur vainqueur. Faire exister ce parti entre Macron et Mélenchon n’a rien d’un chemin parsemé de roses, fussent-elles rouges.

Laurent Wauquiez: Paris perdu, pari gagné !


La polémique sur les propos discrètement enregistrés de Laurent Wauquiez est purement parisienne et révèle la fracture entre la capitale et sa périphérie. Ca tombe bien, c’est à elle que le président de LR s’adresse. 


Je débarque de ma province comtoise et il est question de Laurent Wauquiez. Evidemment. C’est le sujet médiatique numéro un depuis vendredi soir. Et l’accusé est allé enfin s’expliquer la veille sur l’antenne de BFM TV. Immédiatement, sur le plateau de Sud Radio ce matin, j’ai compris que j’allais avoir le rôle ingrat de défenseur. D’avocat du diable.

Il n’y a que Paris pour s’offusquer

Mes trois interlocuteurs tapent comme des sourds sur Wauquiez. C’est un populiste. Il est irresponsable. Il se « trumpise ». Il raconte n’importe quoi pour qu’on fasse attention à lui. C’est à mon tour d’intervenir. J’attire l’attention sur le fait que, dans l’électorat de droite, il y a ce sentiment que l’ensemble de la presse tire toujours dans le même sens, qu’une phrase polémique d’Emmanuel Macron, c’est un jour de débats sur les chaînes info, quand c’est quatre avec Fillon ou Wauquiez. C’était d’ailleurs la première salve lancée par le président LR sur le plateau de Ruth Elkrief. Mes interlocuteurs protestent.

C’est à ce moment que l’animatrice de l’émission, Valérie Expert, prend l’appel d’une auditrice biterroise. Et elle défend Wauquiez bien plus énergiquement que je ne l’ai fait. Il y aura deux autres appels du même genre. Ce sentiment existe bien, et mes trois comparses sont bien obligés de le constater. Quant à le trouver justifié, en revanche, ce ne sera pas pour aujourd’hui, à écouter leurs protestations et leurs tentatives avortées de remettre l’auditeur fourvoyé sur le bon chemin. Pourtant, Muriel, Sammy et les autres existent bien et ils soutiennent l’homme à la parka rouge. On a l’impression qu’ils se fichent bien que ce soit Wauquiez ou un autre mais l’agacement est tel qu’ils ont pris leur téléphone pour dire leur vérité.

Laurent Wauquiez parle à la France qui vote pour lui

Cette coupure Paris « mainstream » vs. France des petites villes et des campagnes, elle existe, elle s’élargit et c’est bien aux habitants de la seconde que Wauquiez a voulu parler. Depuis sa fameuse tribune au JDD, on sait que c’est bien dans les provinces que les marges de manœuvre électorales existent. Le processus électoral de l’automne dernier, qui l’a mené à la tête des Républicains, lui a aussi permis de constater que plus les médias le présentaient en Bête du Gévaudan, plus il était populaire dans son propre camp. A-t-il lu le formidable livre de notre camarade Gérald Andrieu, qui racontait la défiance de la France périphérique envers le journaliste venu de Paris, et à qui on accepte de parler que parce qu’il a eu l’idée géniale de venir à sa rencontre avec son seul sac-à-dos ? C’est possible. Si la comparaison avec Trump a finalement un sens, c’est dans la compréhension que, pour bonne partie du pays, le divorce avec la presse « mainstream », dont Quotidien n’est que l’avant-garde arrogante et ricaneuse, est acté. Alors Wauquiez en profite.

Malgré sa balourdise, qui le conduit à égratigner Sarko le grand commandeur. Malgré ses formules de communicants qui finissent par ressembler à des tics de langage (« Madame Ruth Elkrief, permettez-moi de répondre à votre question », combien de fois ?). Malgré le soupçon d’insincérité qui pèse sur lui, l’ancien disciple de Jacques Barrot reconverti en apôtre de la droite décomplexée version Puy-en-Velay.

A qui perd Paris, gagne la France

Alors que l’émission s’achevait, les chiffres d’audience de l’interview de Laurent Wauquiez sur BFM TV tombaient sur le fil Twitter de Valérie Expert. 786 000 personnes en moyenne avec un pic tutoyant le million de téléspectateurs. Un vrai carton d’audience sur une chaîne d’information continue. Une émission diffusée à 19h00. Où regarde-t-on la télévision à cette heure ? Certainement pas dans la France des métropoles. Il y a trois jours, je confiais à un jeune wauquiéziste que son patron aurait pu se priver de cette séquence et mettre plutôt le paquet sur la suppression des petites lignes de trainpréconisée par le rapport Spinetta. Finalement, elle lui sera peut-être bénéfique. Trop fort !

Jean-Michel Blanquer doit tout à Najat Vallaud-Belkacem

L’ancienne ministre a posé les bases de la reconstruction de l’école


Mais si mais si, pour l’oeuvre de Jean-Michel Blanquer, c’est à Najat Vallaud-Belkacem qu’il faut dire merci ! 


Jean-Michel Blanquer a donc explosé les compteurs de « L’Emission politique », avec 71% des personnes convaincues dans le sondage final. Plus encore, Alexis Corbière, qui n’avait pourtant pas démérité lors de son débat avec le ministre de l’Education nationale, a sans doute eu un moment de désolation lorsqu’il a appris que 69% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon de la dernière présidentielle avaient été convaincus par son interlocuteur du soir.

Corbière après avoir vu le sondage où 71% des téléspectateurs ont trouvé Blanquer convaincant

Blanquer, c’est « le vice-président » selon Le Point, et « la nouvelle star » selon Valeurs actuelles.

Derrière chaque grand homme…

Il ne s’agit pas là de mettre en cause ses compétences, ni son bon sens et son habileté politique. Mais on oublie un peu trop facilement à qui Blanquer doit en priorité son immense popularité. La personne à qui le ministre pourrait dire : « je lui dois tout ». Emmanuel Macron, le président qui lui a fait confiance ? Alain Juppé, ce fourier du macronisme, qui l’avait abondamment consulté pour la construction de son programme éducatif ? Gilles de Robien et Luc Chatel, qui lui ont permis de faire ses armes au ministère ? Non. Ni les uns, ni les autres. Cette personnalité à qui Blanquer doit tout est une femme. Sa femme ? Je ne pense pas à elle, et du reste – le ministre préservant à juste titre sa vie privée – on ne sait rien d’elle.

Jean-Michel Blanquer doit tout à Najat Vallaud-Belkacem, qui l’a précédé rue de Grenelle. Grâce à elle, il est populaire. Grâce à elle, tout ce qu’il touche se transforme en or sondagier. Grâce à elle, cet homme est le messie.

Après moi, le soleil !

Si Najat Vallaud-Belkacem n’avait pas mis en œuvre sa réforme du collège, si elle n’avait pas piétiné les classes bilangues et les options Latin et Grec, si elle n’avait pas délégué la rédaction des programmes à l’idéologue Lussault, si elle n’avait installé le tirage au sort comme solution de sélection d’entrée à l’Université, qu’aurait bien pu faire Jean-Michel Blanquer ?

Il suffisait juste d’annoncer son intention de rétablir les classes bilangues, le Latin et le Grec pour paraître un homme de bon sens. Le ministre n’a même pas eu besoin de financer leur rétablissement en redonnant les dotations en heures-postes correspondantes. Ce qui, au passage, n’a pas permis qu’elles fassent leur retour dans bon nombre d’établissements. Oui, il suffisait juste de l’annoncer.

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En ce qui concerne la sélection à l’université c’est encore plus piquant. Voilà une proposition qui avait mis la jeunesse dans la rue il y a trente-deux ans. Dont la perspective effrayait tous les dirigeants politiques de droite, Sarkozy en tête. Et que le gouvernement fait passer comme une lettre à la poste, avec quelques petites manifs embryonnaires de-ci de-là, sous les applaudissements, ou presque, de la plupart des lycéens. Pour réaliser ce miracle, dont Blanquer est crédité alors que c’est sa collègue Vidal qui est à la manœuvre, il fallait bien que Najat Vallaud-Belkacem soit passée par là, et instaure cette idée saugrenue de tirage au sort. Le tirage au sort, comme preuve par l’absurde de ce refus de la sélection par le mérite, préférant depuis des lustres organiser un naufrage dans le premier cycle des facs, pour mieux repérer les meilleurs nageurs.

La grimace de Mona Lisa

Ah, s’il n’y avait pas eu cette grimace ! Vous vous souvenez ? Cette grimace que Najat Vallaud-Belkacem avait faite lorsqu’elle avait appris le nom de son successeur.

Cette image qu’une caméra indiscrète avait filmée un jour de mai de l’an dernier. S’il n’y avait pas eu cette grimace, on pourrait croire que tout cela n’était que volontaire. Que Vallaud-Belkacem avait en fait tout planifié pour que son successeur puisse enfin, après tant d’années de destruction de notre système éducatif, remettre enfin l’église au milieu du village. Qu’elle avait dynamité sciemment le système de l’intérieur afin que Blanquer puisse reconstruire, enfin. On aurait pu croire à cette alliance entre les deux contraires, comme d’autres croyaient naïvement à celle du glaive et du bouclier à une époque que l’octroi d’un point Godwin ne me permet pas d’évoquer.

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S’il n’y avait pas eu cette grimace, on pourrait alors diminuer complètement les mérites de Jean-Michel Blanquer, et ériger une statue à la nouvelle directrice éditoriale de Fayard. Ne pas être statufiée à cause d’une grimace ! C’est ballot.

« L’Emission politique »: Wauquiez dit merci à ses ennemis

Laurent Wauquiez participait hier soir à « L’Emission politique », son premier grand rendez-vous en tant que chef de parti. Entre ceux qui ont décidé de claquer la porte et ceux qui ont décidé de se tenir en réserve, coincé entre le duo Macron-Philippe et un Front national (FN) qui cherche à devenir plus euro-compatible, Laurent Wauquiez a néanmoins acquis une légitimité dans les urnes, auprès des militants de son parti, et à une large majorité.

A la « droite » de la France d’en bas

Dès le début de l’émission, on a pu s’apercevoir quelle était sa cible électorale : la France périphérique. Sa première critique fut dirigée contre l’augmentation des taxes sur les carburants, décidée par le gouvernement. Un bon début gâché par cette manie de répéter le mot « droite » toutes les deux phrases, comme pour conjurer le sort que les sondeurs lui promettent : observer Emmanuel Macron devenir le nouveau leader de cette dernière, réalisant ce que RPR et UMP avaient promis à cet électorat sans jamais vraiment le réaliser. On ne parle pas à la France périphérique en se plaçant dans un clivage dans laquelle elle ne croit plus depuis longtemps.

Cette France périphérique, qui a majoritairement voté contre le traité de Maastricht en 1992 puis contre le TCE en 2005, s’est trouvée en difficulté lorsque François Lenglet lui a fait remarquer aussi malicieusement que pertinemment qu’il était aussi illusoire de vouloir réconcilier Jean Monnet et Philippe Séguin sur l’idée européenne que de vouloir demeurer vierge et porter un enfant.

Garde tes ennemis près de toi

C’est la rédaction de France 2 qui a livré le plus beau des cadeaux à Laurent Wauquiez. Il ne manquait plus qu’un joli ruban autour d’Alain Minc, cet invité inattendu et idéal à la fois. L’apôtre de la mondialisation a offert au président des Républicains son meilleur passage de l’émission, le seul où il a oublié de sauter sur sa chaise comme un cabri en prononçant le mot « droite ». C’est à ce moment-là qu’il a le mieux parlé à la France des provinces. Minc représentait le projet macroniste en bien plus caricatural. Pendant cette dizaine de minutes, la nuance était du côté de Wauquiez, et la caricature de celui du représentant de la France des métropoles.

La confrontation avec le porte-parole du gouvernement et putatif candidat LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, promettait donc de rendre un grand service à celui qui reproche à Emmanuel Macron d’avoir la haine de la province. Benjamin Griveaux a commencé par lui faire remarquer, à juste titre, que la question du clivage droite-gauche était désuète. Bon prince, il rendait service à son interlocuteur qui lui rendait la pareille en lui faisant remarquer que près de la moitié des baisses d’impôts avaient profité aux 5% les plus riches. Jolie triangulation. C’est là que Benjamin Griveaux a mis la question d’Alstom sur la table, donnant l’occasion à Laurent Wauquiez de se montrer plus eurosceptique qu’il ne l’est vraiment. Le candidat macroniste de la législative partielle qui se déroulera dimanche dans le Territoire de Belfort n’a pas dû goûter le passage…

La journaliste Nathalie Saint-Cricq a conclu l’émission par la question de l’identité. Et permis au président LR de cocher la dernière case chère à la France périphérique. Hier soir, les interlocuteurs de Laurent Wauquiez furent, de loin, ses meilleurs alliés, lui permettant de se conforter dans sa stratégie électorale. Même François Lenglet, qui a pointé son angle mort européen, lui a rendu service : c’est maintenant cette question qu’il doit trancher. Le sondage final (50% de convaincus) lui donne un peu de temps.

Une autre histoire de la présidentielle (3/3)


Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre


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Lundi 19 juin 2017

Arnaud Montebourg était assis face au président. La tension était palpable. Jean-Luc Mélenchon ne comprenait pas son Premier ministre. La France insoumise, grâce à la démobilisation de tous ses adversaires, avait obtenu plus de 300 sièges. Cette majorité permettait de mettre en œuvre le projet joliment appelé « L’avenir en commun », et l’hôte de Matignon faisait la fine bouche.

Montebourg souhaitait que l’idée de Constituante pour une VIe République ne soit pas mise en œuvre, comme prévu, aussitôt la réforme du mode de scrutin votée. Lui qui avait porté depuis le début de sa carrière l’idée d’en finir avec la Ve lui demandait de renoncer à ce projet, de le renvoyer aux calendes grecques. « Il faut regarder les choses en face, monsieur le président. D’abord, même si cette réforme était à votre programme, vous n’avez pas été élu pour ça. Si vous avez obtenu 20% au premier tour, c’est parce que vous, et non la France insoumise, avez su montrer que vous aviez les qualités d’un chef. C’est parce que vous avez incarné, dès l’annonce de votre candidature, ce « qui m’aime me suive » gaullien. Paradoxalement, c’est le futur monarque républicain qui a été élu, pas celui qui annonçait la Constituante. Ensuite, votre majorité est diverse. Entre le duo Obono-Autain, le jacobin Corbière et mes proches qui l’ont rejointe, on dirait des grenouilles dans une brouette.  Seule la Ve République et ses outils permettront de la discipliner pour mettre en œuvre les chantiers prioritaires, la transition écologique et le bras de fer européen avec l’Allemagne. Enfin, j’ai bien peur que cette assemblée constituante élue à la proportionnelle fasse n’importe quoi, allant beaucoup plus loin dans le régime d’assemblée que nous ne le souhaitons nous-même. »

Le président n’était pas décidé à s’asseoir sur sa VIe République, et il le signifia à Montebourg. Celui-ci ne se démonta pas. « Alors, je retourne faire du miel en Saône-et-Loire ! ».

Jeudi 14 septembre 2017

Au premier rang de la manifestation, Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, Manuel Valls et Florian Philippot – fraîchement débarqué du FN – avançaient, bras dessus bras dessous. Marine Le Pen avait été déclarée persona non grata, bien qu’opposée aussi à la mise en place du Conseil de déontologie des médias. Le nouveau Premier ministre Benoît Hamon faisait le siège de l’Elysée chaque jour depuis une semaine pour implorer le président Mélenchon de renoncer à son projet. A l’Assemblée, la majorité France insoumise se fissurait. Clémentine Autain avait demandé à ce qu’on abandonne le projet, suscitant la colère du président de groupe Alexis Corbière. François Kalfon, le ministre de l’Intérieur, avait aussi prévenu depuis quelques jours de l’ampleur de la manifestation.

Le président de la République avait toutes les raisons de tenir. Depuis son élection, il faisait l’objet d’une opposition médiatique massive, qu’il trouvait la plupart du temps caricaturale et malhonnête. Mais la France des médias résistait et était parvenue à mobiliser. Bizarrement, c’est la France périphérique, celle qui lui avait été la moins favorable lors de l’élection présidentielle, qui se mobilisait le moins contre l’idée de ce conseil de déontologie journalistique. La fronde se déployait en revanche dans toute la France des métropoles, ce qui donnait aux manifs l’effet grossissant d’une loupe. Les études d’opinion confirmaient politiquement le clivage géographique. Le président s’écroulait dans son propre électorat et celui du Parti socialiste. Il remontait en revanche légèrement dans l’électorat LR et sensiblement dans l’électorat FN. Il avait décidé de tenir bon, mais commençait à se demander si son éphémère Premier ministre, devenu apiculteur, n’avait pas vu juste en juin dernier. S’il avait du mal à imposer une telle réforme à sa majorité, comment la France serait gouvernée en VIe République ?

Dimanche 24 décembre 2017

Enfin, les émeutes avaient cessé. En octobre, le président Mélenchon avait décidé d’une répression tous azimuts contre la fraude fiscale. En Conseil des ministres, il avait insisté pour que cette bataille se fasse non seulement au niveau des cols blancs mais aussi dans les banlieues où nombre de trafiquants en tous genres ne déclaraient aucun revenu tout en affichant ostensiblement des signes extérieurs de richesse. Il avait ainsi exigé qu’on redonne une nouvelle vie au travail commun de la police, du fisc et des douanes initié par Nicolas Sarkozy lorsqu’il occupait Beauvau au début du siècle. Frapper les trafiquants au porte-monnaie.

Mais, comme en 2005, ces derniers avaient décidé de ne pas rester inertes. Il avait suffi d’un accident de scooter d’un jeune homme à Clichy-sous-Bois, poursuivi par la police, pour que les banlieues s’embrasent. Hamon et Khalfon étaient passés sous la table. Les médias – Mediapart en tête – vent debout contre l’Elysée, accusé de tous les maux. Ne restait plus que la Ve République. Et son fameux article 16. Au bout d’une semaine d’émeutes, le président se décida à l’utiliser. Les accusations de fascisme se multiplièrent, les allusions au Venezuela et à Cuba fleurirent. Mais Mélenchon savait qu’il jouait son mandat dans l’épreuve de force. En quinze jours, l’ordre régnait dans les banlieues. Et la popularité présidentielle remontait en flèche.

En ce dimanche de fête, le président de la République annonça la fin de la mise en œuvre de l’article 16 et ceux des travaux de la Constituante. La Ve République continuerait à vivre. Dans quelques jours, il nommerait Henri Guaino Premier ministre, Hubert Védrine aux affaires étrangères et Natacha Polony à la transition écologique. A la fin de son allocution, Jean-Luc Mélenchon se paya le luxe de ces deux mots adressés aux Français : « Joyeux Noël ».

Une autre histoire de la présidentielle (2/3)

Mai 2017, Jean-Luc Mélenchon élu président de la République

Mardi 4 avril 2017

Malgré son expérience, François Bayrou n’avait rien vu venir. Et pourtant, deux mois auparavant, les réseaux sociaux s’étaient timidement fait l’écho de ce passage d’un livre de Corinne Lepage paru deux ans avant. Une affaire d’emplois fictifs. Comme Fillon. Et concernant le Parlement européen, en plus. Il était monté trop vite et trop haut dans les sondages. Depuis vendredi dernier, il devançait désormais François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, et occupait ainsi virtuellement – avec 18.5 % – la seconde place pour le second tour, selon le Rolling-IFOP.

Son slogan de campagne, « La sagesse », s’était imposé et collait à merveille avec une opinion en train de se cristalliser. Cette « sagesse » répondait à une demande de protection. De manière surprenante, le démocrate-chrétien qui avait toujours été un représentant de la politique d’ouverture du pays aux vents du marché européen et de la mondialisation, faisait presque jeu égal dans la France périphérique avec Marine Le Pen. Il devenait le candidat de la France profonde, et un peu celle des oubliés. Et cette sagesse renvoyait aussi et surtout à l’honnêteté, ce qui lui avait apporté des bataillons d’électeurs de droite devenus rétifs au vote Fillon.

 Et voilà qu’il était rattrapé, comme le candidat LR et Marine Le Pen par cette histoire d’emplois fictifs. Il était désormais trop tard pour retirer sa candidature mais François Bayrou savait qu’il retomberait aussi vite qu’il était monté. Il savait aussi d’où venait le coup et rejoignait désormais François Fillon dans le diagnostic selon lequel un cabinet noir travaillait à la perte de ceux qui pouvaient succéder à François Hollande. A qui profitait le crime ? A Emmanuel Macron, à l’évidence.

Lundi 24 avril 2017

La France des médias avait la gueule de bois. Pendant des semaines, elle avait conjuré le mauvais sort, souhaitant ne pas voir en face ce qui la guettait. Le second tour tant redouté. Entre « les deux extrêmes ». Entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pendant des semaines, elle y avait pourtant travaillé soigneusement, avec l’Emission Politique en tête de gondole, ses invités-surprises, son surf sur les buzz en tous genres. Elle avait pourtant fustigé le dégagisme. Elle l’avait fustigé, mais encouragé à force de le dénoncer et d’y participer néanmoins. Schizophrénie médiatique.

Et voilà qu’il fallait choisir. Entre la peste et le choléra. Du côté des partis politiques, on était aussi devant ce second tour comme des poules devant un couteau. A part Benoît Hamon, Philippe Poutou (pour Mélenchon), Nicolas Dupont-Aignan (en faveur de Le Pen), François Asselineau, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle (pour le vote blanc), on n’avait encore donné de consigne de vote. Les trois gros candidats éliminés se taisaient. Quelques personnalités proches de ces candidats les avaient en revanche devancés. Laurent Wauquiez avait annoncé dans la matinale de RTL qu’il choisissait Marine Le Pen. Christophe Castaner se prononçait pour Jean-Luc Mélenchon sur France Inter. Marielle de Sarnez, enfin, se résolvait au même vote que le porte-parole d’Emmanuel Macron, « la mort dans l’âme », sur l’antenne de LCI.

Les premiers sondages donnaient Jean-Luc Mélenchon en tête avec 54%. C’était peu. Tout dépendrait de la capacité de chaque candidat à mobiliser, ce qui pouvait déjouer les pronostics et les sondages, jusqu’au dernier jour.

Dimanche 7 mai 2017

Jean-Luc Mélenchon apprit vers 18h30 qu’il était sans doute le huitième président d’une Ve République dont il souhaitait la fin. Il avait conscience que la France était en miettes. La campagne présidentielle la plus déplorable de l’histoire de la République n’y avait pas peu participé. Il fallait désormais rassembler. Le chef de la France insoumise avait conscience qu’il avait été élu par défaut, comme tout candidat vainqueur de Marine Le Pen l’aurait été à sa place. La désignation de son Premier ministre ne devait pas attendre. Il l’annoncerait dans les prochains jours, avant même d’être investi de ses fonctions. Tout le monde attendait Benoît Hamon mais le nouveau président ne souhaitait pas désigner une personnalité ayant participé au scrutin. Son choix se porta alors sur Arnaud Montebourg, qui accepta la proposition. Il fallait désormais trouver une majorité aux élections législatives. Jean-Luc Mélenchon n’en doutait pas : la mécanique des institutions de la Ve lui permettrait de l’obtenir.

Une autre histoire de la présidentielle 2017 (1/3)

Février 2017, François Bayrou se déclare candidat à l’Elysée

 Mercredi 22 février 2017

Les chevau-légers du macronisme faisaient feu de tout bois. L’annonce de la candidature de François Bayrou tombait bien mal. Le maire de Pau l’avait faite dans l’après-midi au cours d’une conférence de presse. « La France doit refuser l’aventure. Marine Le Pen représente l’aventure anti-européenne, l’aventure de l’isolement et du repli. François Fillon représente désormais l’aventure de l’immobilisme car il n’est désormais plus en position – même s’il était élu – de mettre en œuvre son programme. Emmanuel Macron, c’est l’aventure du déracinement, le porte-drapeau d’une élite hors-sol, le triomphe du consumérisme. La tentation de le soutenir m’a effleuré. J’y ai complètement renoncé après qu’il a lancé à la tribune qu’il n’y avait pas de culture française. J’ai donc décidé de présenter ma candidature à l’élection présidentielle ».

Au QG d’Emmanuel Macron, après une dizaine de minutes d’hésitation, entre le silence méprisant et l’offensive armée, le chef lui-même avait opté pour la seconde option. A grands renforts de tweets, « l’irresponsabilité », et « l’égocentrisme », censé prendre un double-sens avec François Bayrou, étaient fustigés, par les porte-parole officiels comme officieux. Dans l’open-space du Figaro, la journaliste Eugénie Bastié se souvint de l’appel téléphonique qu’elle avait reçu de lui début février, juste après une chronique matinale : « vous avez raison, Charles Péguy aurait vomi le progressisme d’En Marche ». Depuis ce jour, elle était convaincue de cette candidature. Comment pouvait-il en être autrement ? Pourquoi prenait-il la peine de l’appeler pour la féliciter si c’était pour se rallier la queue basse à Macron deux semaines plus tard ?

Jeudi 2 mars 2017

Assis dans une banquette du café Bonaparte à Saint-Germain-des-Prés, Bruno Le Maire se demandait si c’était la pratique de la course automobile qui avait doté François Fillon de cette mentalité de tête brûlée. « Imagine-t-on François Fillon mis en examen » ? C’était désormais le cas. Comment pouvait-il se renier à ce point ? Justifier cette volte-face par l’idée d’un complot politico-judiciaro-médiatique ourdi dans un « cabinet noir » sis rue du Faubourg-Saint-Honoré avait quelque chose de pathétique. Confier l’orchestration de cette musique à Sens commun, dans un grand raout au Trocadéro, avait quelque chose de suicidaire. Trop c’était trop. Il ne pouvait participer à une telle aventure. Il fallait que Fillon renonce à cette candidature, qu’il laisse Juppé y aller à sa place.

La décision de Le Maire était prise. Il ne soutiendrait pas Fillon. Si LR désignait un autre candidat, il jouerait le jeu. Dans le cas contraire, ce serait sans lui. Et il rebondirait ensuite chez Macron. Ou chez Bayrou. Mais il rebondirait bien quelque part. Du haut de ses 2% à la primaire de la droite, Le Maire se voyait déjà ministre à un poste régalien. Sauf si Fillon finissait par l’emporter. Dans ce cas-là, pour lui, ce serait les mines de sel. Ou au mieux, beaucoup de temps pour venir déguster un thé au Bonaparte.

Lundi 6 mars 2017

Alain Juppé en avait terminé avec sa conférence de presse. Il avait dénoncé la radicalisation du noyau dur des militants LR, cette droite qui s’était massée place du Trocadéro la veille. Encore sonné par sa défaite à la primaire, actée dès le premier tour, le 20 novembre, il avait définitivement perdu l’espoir de devenir président. Et il avait choisi d’en rendre responsables les militants de son parti. Alors qu’il savait très bien que sa propre histoire lui interdisait de prendre la succession de Fillon. Comment pouvait-il, lui condamné dans la plus grande affaire d’emplois fictifs de la Ve République, prendre la succession d’un candidat soupçonné dans une affaire du même genre ? Une minute après l’annonce de sa candidature, ce rappel fleurirait par centaines de tweets et de posts Facebook. On en rirait. On déplorerait à juste titre l’absurdité de la situation.

Juppé voyait aussi avec intérêt la montée dans les sondages de son ancien allié Bayrou. En moins de deux semaines, il avait déjà atteint un score à deux chiffres. Il avait pris deux points à Macron, et deux autres à Fillon. Il restait sept semaines. Avec la candidature du maire de Pau, le prix du ticket pour le second tour serait moins cher que prévu. 19 ? 18 ? 17%, même ? Jamais une élection présidentielle n’avait été plus ouverte et plus incertaine. Bayrou élu, Juppé se voyait déjà de retour à Matignon, vingt ans après. Quelle revanche ce serait. « Wait and see », comme disent les Anglais. Rester à Bordeaux. Attendre le 23 avril. Patiemment.

Emmanuel Macron, un président sans opposition

Ainsi, la communication présidentielle aurait dérapé. C’est ce qu’on pouvait lire samedi sur les réseaux sociaux alors que toutes les radios avaient annoncé qu’Emmanuel Macron fêterait son anniversaire à Chambord et qu’il avait même rencontré des chasseurs au petit matin. On a pu y voir des comparaisons avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy consécutives à la soirée au Fouquet’s et au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré. Ceux qui se sont prêtés à ces analyses se fourvoyaient évidemment. De dérapage, il n’y avait pas. Très vite, après un début d’agitation sur internet, on a fait savoir que le président de la République ne dormirait pas dans le château, mais dans un pavillon, et que la salle louée pour la fête d’anniversaire, payée sur les deniers personnels d’Emmanuel Macron, était moins onéreuse que si elle avait eu lieu à Paris. Bref, les spécialistes de la polémique ont pris dans les dents le boomerang qu’ils croyaient avoir lancé, alors qu’ils avaient joué les idiots utiles de la communication présidentielle. Chapeau l’artiste !

Ni Sarkozy, ni Hollande

Bien sûr, la référence à la monarchie était une volonté, et non une maladresse, dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Et contrairement à ce que pensent Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, elle ne constitue nullement une provocation. Le chef de file de la France insoumise se souvient-il des nombreuses allusions à la France des Rois dans les discours et actes politiques de François Mitterrand, ce président qu’il a tant admiré ? C’est aussi ce qu’a remarqué Patrick Buisson, interrogé par David Pujadas en début de semaine dernière : il prêtait à Emmanuel Macron, dans cette France qui a été si longtemps monarchique, dans les institutions forgées par l’homme du 18-juin de vouloir incarner la fonction, d’avoir à l’esprit qu’il ne succédait pas seulement aux présidents de la République, mais aussi à tous les monarques qui l’ont précédé.

Et cette obligation est d’autant plus pressante dans un contexte mondialisé où les Français ont compris que les marges de manœuvre étaient davantage réduites pour celui qu’ils élisaient. C’est ce que n’avaient compris ni Nicolas Sarkozy ni, davantage encore, François Hollande, lesquels, chacun dans leur style, hyperprésident vibrionnant et touche-à-tout pour l’un, président (trop) normal pour l’autre, avaient tant donné l’impression qu’ils n’incarnaient aucunement la fonction. Dès l’été 2016, dans un entretien accordé au magazine Le 1 hebdo, Emmanuel Macron l’avait théorisé ; il récidivait un an plus tard, interrogé par le magazine Challenges. Pendant toute sa campagne, la promesse du retour à un style « gaullo-mitterrandien » avait été martelée et il n’est pas interdit de penser qu’elle a pu être décisive en avril dernier lors du premier tour.

Macron apprend vite de ses erreurs

Comme nous l’avions expliqué à deux reprises dans ces colonnes, il semblait bien qu’après un mois réussi dans cette manière d’incarner la fonction, Emmanuel Macron avait oublié sa promesse, se rapprochant de plus en plus du style de Nicolas Sarkozy. La façon dont il avait morigéné publiquement le général De Villiers en avait été le meilleur exemple. L’espace réduit qu’il laissait à son Premier ministre y participait également. A cela s’est ajouté l’erreur originelle des députés de son parti qui ont accepté de se faire rouler dans la farine par Thierry Solère dans la consternante affaire de la questure, provoquant la colère du groupe LR, qui a boycotté le bureau de l’Assemblée pendant quelques mois. Ce qui a eu pour conséquence de promouvoir des députés complètement inexpérimentés aux vice-présidences, laissant cette impression d’amateurisme justifiée l’été dernier.

Mais, ce qui est notable chez Emmanuel Macron, c’est qu’il apprend vite de ses erreurs, contrairement à ses prédécesseurs. Il y a quelques jours, les Républicains acceptaient de revenir au bureau de l’Assemblée, retrouvant les vice-présidences qui leur étaient promises. D’autre part, Thierry Solère ayant décidé d’entrer à LREM, pression lui a été mise pour qu’il renonce à la questure et qu’elle soit rendue à la véritable opposition. Et voilà qu’une affaire sortait mercredi dernier à propos du député de Boulogne-Billancourt et que Jupiter, par Christophe Castaner interposé, lançait sa foudre en sa direction, lui signifiant la plus rapide exclusion de l’histoire.

L’Etat est tenu

Si Emmanuel Macron se porte désormais beaucoup mieux dans les sondages, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs. Il a laissé Edouard Philippe prendre davantage de place. Lorsqu’un mot dévastateur – car révélateur de ses pensées profondes – lui échappe dans le Limousin, évoquant ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du travail « pas loin », c’est-à-dire à deux heures de route, il rectifie le tir immédiatement dans une émission, anticipant les critiques justifiées sur son rapport à la France périphérique et la « haine de la province » que Laurent Wauquiez lui reproche. Et il demande à son Premier ministre de mettre en scène une délocalisation de Matignon à Cahors, afin de batailler sur ce terrain avec le nouveau président de LR. Alors que ce dernier a décidé de l’attaquer aussi sur l’immigration, il envoie aussi des messages directs, qu’on n’aurait sans doute pas pardonnés à Nicolas Sarkozy, en répondant à une femme déboutée du droit d’asile : « il faut retourner chez vous, madame ». Et enfin, sur la question essentielle de l’éducation, il dispose de son atout maître, Jean-Michel Blanquer, qui plaît à peu près autant à droite qu’à gauche, lequel envoie des messages de fermeté et de retour au bon sens que 80% de l’opinion approuve avec soulagement, presque étonnée par tant d’audace. Même Marlène Schiappa, qui enchaînait les bourdes à vitesse supersonique l’été dernier, semble avoir trouvé son rythme de croisière à l’étonnement de ceux qui la moquaient. Bref, Emmanuel Macron, en cette fin d’année a fini par donner cette impression, inconnue depuis bien des années, surtout sous la présidence de François Hollande, que « l’Etat est tenu ».

Elle est là, l’erreur de Jean-Luc Mélenchon. Arcbouté sur sa chimère de VIeRépublique, il ne voit pas que c’est justement ce sentiment qu’il était lui-même un chef et que l’Etat serait tenu s’il devenait président qui lui avait permis d’obtenir 19%. Dès lors, critiquer Emmanuel Macron sur ce thème, ne peut que nourrir l’impression, d’une part qu’il n’aurait pas été aussi bon président que ne l’auraient imaginé ses sept millions d’électeurs – leur laissant croire que l’Etat ressemblerait à cette France insoumise tirant à hue et à dia, entre Danièle Obono et Clémentine Autain d’un côté, et Alexis Corbière de l’autre – et d’autre part qu’il reproche à Macron de gouverner, lui donnant quitus que le président incarne effectivement la souveraineté, alors qu’il ne fait, avec son style de présidence, que donner le change. Mélenchon fait de Macron celui qui décide de prolonger le glyphosate alors qu’il le subit. Mélenchon passe sous silence le fait que Macron n’est pas aussi monarque qu’il le dit, lorsqu’il renonce à prononcer un moratoire sur l’extension des surfaces commerciales, otage des desiderata de l’inspection des finances et de la grande distribution.

La France qui va bien l’aime (toujours) bien

Laurent Wauquiez a annoncé qu’il serait meilleur opposant que Mélenchon. On attend de savoir s’il saura percer l’armure du président qui se veut monarque. Mais après avoir suivi sa campagne, et l’avoir entendu répéter à l’envi que « la droite était de retour », il est à craindre qu’il ne soit pas davantage à la hauteur que le chef de file de la France insoumise.

Hier soir, France 2 diffusait un entretien, enregistré en milieu de semaine, entre Laurent Delahousse et Emmanuel Macron.

Sa volonté d’incarner la fonction présidentielle, y ajoutant pédagogie de l’action, dédain du commentaire politicien et proximité avec un journaliste populaire, constituait le fil rouge du reportage. L’anti-Sarkhollande. La France qui va bien a dû adorer. Mais cela suffira-t-il longtemps à la France qui souffre ?

Lettre ouverte à Monsieur l’Ambassadeur de la République populaire de Chine en France

 Votre Excellence,

Le plus grand quotidien sportif français, L’Equipe, consacrait, le vendredi 24 novembre, un article à la situation difficile du plus vieux club professionnel français, le FC Sochaux-Montbéliard. Depuis quelques mois, le quotidien régional L’Est Républicain a également consacré plusieurs reportages à cette situation. Et Causeur a aussi publié plusieurs articles sur le sujet. Si nous nous permettons d’attirer votre attention sur ce dossier, c’est qu’un ressortissant de votre pays, Wing-Sang-Li, se trouve être le président de ce club historique du football français, depuis que l’entreprise qu’il dirige, Tech Pro, en est devenue propriétaire au printemps 2015.

Dès la vente du club par le constructeur automobile PSA à cet homme d’affaires chinois, nous avions été méfiants, non pas à cause de la nationalité du repreneur, mais de la faible surface financière de cette entreprise, des conditions opaques de la vente, et de l’identité des intermédiaires. La domiciliation de ses différentes filiales dans des paradis fiscaux, Iles Caïmans et Iles Vierges britanniques, n’était également pas de nature à rendre optimiste. La suite nous a donné malheureusement raison. L’action de Tech Pro s’est écroulée à la Bourse de Hong-Kong et sa cote est aujourd’hui suspendue, les autorités boursières de votre pays se montrant visiblement aussi méfiantes, soupçonnant des irrégularités dans la publication des résultats de Tech Pro.

Du côté du club, la situation n’est guère plus enthousiasmante. Alors que leur équipe favorite végète en Ligue 2, contrairement aux promesses de Wing-Sang-Li qui avait fait du retour dans l’élite son objectif affiché, les supporters du FC Sochaux sont très inquiets, voire davantage, comme vous avez pu le constater sur la photographie qui illustrait l’article de L’Equipe. L’autorité financière du football professionnel, la DNCG, surveille aujourd’hui de très près la situation du club, dont le directeur général, un ressortissant helvétique recruté par Wing-Sang-Li, est bénéficiaire d’un salaire astronomique, le troisième du football français, à poste équivalent. Enfin, Ledus France, filiale de Tech Pro, chargée de vendre des ampoules Led, et sponsor maillot du FC Sochaux, vient de faire l’objet d’une liquidation judiciaire.

Votre Excellence, nous avons cru comprendre que le président de la République populaire de Chine, se montrait très soucieux de l’image renvoyée par votre pays à l’occasion d’investissements à l’étranger. A ce titre, il devient évident que M. Wing-Sang-Li contrevient manifestement et gravement au vœu manifesté par M. Xi Jinping lors du dernière congrès du Parti communiste chinois. Qu’il nous soit permis, Votre Excellence, de vous montrer une vidéo prise en 1967 lors de la finale de la Coupe de France.

https://www.ina.fr/video/I07323226

Ce jour-là, le général De Gaulle assistait au match Sochaux-Lyon. Trois ans plus tôt, il avait été le premier chef d’Etat à reconnaître la République populaire de Chine. Votre pays serait-il fidèle à sa mémoire, s’il laissait l’un de ses ressortissants mettre à mort le plus vieux club de football professionnel français ?

Votre Excellence, si nous nous permettons de vous solliciter, c’est parce que nous savons que, soucieux de l’image de votre pays et des relations entre la Chine et la France, vous ne pouvez pas vous résoudre à cette issue. Wing-Sang-Li doit absolument vendre le FC Sochaux-Montbéliard dans les plus brefs délais et faire cette annonce lors de l’audience de la DNCG qui se tiendra le 11 décembre prochain. Il nous est apparu évident que le gouvernement chinois pouvait user de son influence pour convaincre l’un de ses ressortissants de ne pas nuire à l’image de la République populaire de Chine.

Journées du « matrimoine »: ne riez pas, la « matrouille » veille !

Qui a dit que le néo-féminisme ne pouvait pas faire marrer ? Ces dernières semaines laissaient croire le contraire, comme l’illustrait la « une » du Causeur de novembre et le dossier qui y était consacré. Mais hier, les néo-féministes nous ont réservé une bonne tranche de rigolade. Tout est parti d’une séance du Conseil de Paris, épicentre du Juste, du Bien et du Progrès, comme chacun sait. Attention ! Je vous vois déjà accuser Anne Hidalgo, vils personnages que vous êtes… Perdu ! En l’absence d’Anne Hidalgo, c’est le groupe écolo, par l’intermédiaire de la conseillère de Paris Joëlle Morel, qui a osé avancer une proposition révolutionnaire : rebaptiser les Journées du Patrimoine Journées du Matrimoine et du Patrimoine.

Allons enfants de la Matrie

Alors que j’écris ces lignes, mon traitement de texte, en retard d’une guerre néo-féministe, souligne « matrimoine » en bleu. Il n’est pas le seul à s’étonner. Car cette fois, les réacs ne sont pas les seuls à rigoler. Même certaines néo-féministes de mes amies (eh oui…) se demandent si les écolos parisiens n’ont pas fondu un plomb et ne décrédibilisent pas un chouïa la cause. Évidemment, les plaisanteries fusent. Qu’on se permette de vous en livrer quelques-unes : l’un se demande si le groupe vert parisien respecte bien la marité, une autre imagine une nouvelle Marseillaise (Parseillaise ?) « Allons enfants de la Matrie et de la Patrie ». On devise sur le nouveau gardien de chèvres, le mâtre. On se demande si une martie de tennis s’achèvera désormais par ces mots de l’arbitre de chaise : « Jeu, set et patch ». Pour ma part, j’ai vérifié la composition du groupe écologiste de Paris et je n’ai malheureusement trouvé aucune élue prénommée Patricia, à qui j’aurais alors conseillé de se faire re-baptiser Matricia. Evidemment, nos élu.e.s (pas envie de me faire rattraper par la matrouille !) écologistes n’ont guère apprécié les sarcasmes et l’ont fait savoir sur leur compte Twitter.

 Soutien à @ecoloParis victime de moqueries sarcasmes & injures pour une proposition qui n’enlève rien aux uns mais en redonne aux unes Marre de toutes ces personnes pour qui la tolérance s’arrête à leurs seules idées http://lelab.europe1.fr/le-groupe-eelv-au-conseil-de-paris-veut-rebaptiser-la-journee-du-patrimoine-en-journee-du-matrimoine-et-du-patrimoine-3500813 

Le groupe EELV au conseil de Paris veut rebaptiser la Journée du Patrimoine en « Journée du Matrim…

Le groupe EELV au Conseil de Paris veut parler désormais des « Journées du Matrimoine et du Patrimoine ».

lelab.europe1.fr

Caroline de Haas ose tout

Car ils prennent l’affaire au sérieux. Et cette idée n’est pas sortie de leur chapeau lors d’une séance de remue-méninges avant d’entrer en salle du conseil. Des Journées du Matrimoine, c’est-à-dire en bande à part, sans l’encombrant Patrimoine, il y en a déjà eues. J’en ai trouvées à Paris, à Lyon, à Toulouse. Et qui trouve-t-on derrière l’organisation de ces journées consacrées à ces artistes dédaignées par quelques siècles de patriarcat tout puissant ? Je vous le donne en mille ! Nos copines d’Osez le féminisme, fidèles compagnes de route de Causeur, association fondée par l’inénarrable Caroline De Haas, notre chargée de mission préférée à l’agrandissement des trottoirs de La Chapelle. Cette fois, De Haas n’est pas venue à la rescousse de ses amis verts, avec qui elle doit entretenir des rapports tourmentés depuis son formidable succès en tant que directrice de campagne de Cécile Duflot. Dire qu’elle nous a manqué serait exagéré.

Hidalgo cèdera ? Les maris sont ouverts

On ne sait si, à son retour, et alors que l’écriture inclusive a subi de sérieux revers cette semaine, Anne Hidalgo se décidera à  à mettre en œuvre la proposition de ses alliés écolos. Mais on peut parier (marier ?) que la persévérance sera de mise. Pourquoi ne pas récidiver au Conseil Régional et interpeller Valérie Mécressemrésidente de la Région ?