Séguin, le patriote inoublié

Philippe Séguin avait déjà fait l’objet de biographies. Deux d’entre elles, les meilleures jusque-là, avaient été publiées dans le courant des années 1990. Ne figuraient donc pas la présidence du RPR ni la campagne des élections municipales de Paris de 2001 ; elles n’intégraient pas non plus les Mémoires de Séguin, parues en 2003. Surtout, ces deux biographies étaient l’œuvre de journalistes, Bruno Seznec pour la première, et Jean-Baptiste Prédali et Jérôme Cathala pour la seconde. Non pas que les journalistes seraient illégitimes dans l’exercice, bien au contraire, d’autant que, répétons-le, ces deux-là étaient de véritables réussites. Mais l’ouvrage paru récemment aux Editions Perrin, Philippe Séguin le remords de la droite, est l’œuvre d’un historien, déjà auteur de biographies de Lyautey, Péguy, Richelieu, et Louis-Philippe.

Séguin comme il était

Il est publié sept ans après le décès de Philippe Séguin ce qui lui confère un recul que ne pouvait avoir une biographie écrite par des journalistes qui continuaient de le rencontrer régulièrement. Du recul, Arnaud Teyssier en a fait preuve dans cet ouvrage passionnant, que j’attendais depuis quelques mois, aussitôt qu’une indiscrétion m’avait fait connaître qu’il était en cours de publication. Je n’ai pas été déçu.

Tout au long des quatre-cents pages, j’ai reconnu celui derrière lequel j’ai milité, ses forces et ses faiblesses. J’ai reconnu mon Séguin, son hyperactivité, son caractère ombrageux. J’ai reconnu les épisodes qui avaient jalonné ma vie de jeune militant une grosse dizaine d’années durant. Le recul d’Arnaud Teyssier aurait pu être fragilisé par les quelques mois passés en tant que collaborateur de son objet d’études, à la présidence de l’Assemblée nationale. Il n’en est rien, cette expérience venant au contraire enrichir le travail de l’historien.

Comment les Français ont-ils pu passer à côté de Philippe Séguin ?

Bien entendu, Teyssier aime son sujet, mais il ne perd jamais de vue l’objectif de son ouvrage : restituer la vérité du parcours de Philippe Séguin, un homme qui a finalement été seulement deux ans au pouvoir pendant vingt-cinq mois au ministère du Travail et des Affaires sociales il y a trente ans, mais dont le décès avait fait l’objet d’une grande émotion dans tout le pays en janvier 2010. Séguin, ce remords de la droite, titre Teyssier, mais sans doute aussi au-delà de cette dernière. Comment Séguin a-t-il pu passer à côté de son destin ? Mieux encore, comment les Français ont-ils pu passer à côté de Philippe Séguin ? On trouvera beaucoup de réponses dans l’ouvrage d’Arnaud Teyssier. J’y ai moi-même retrouvé pourquoi je l’avais si longtemps soutenu et pourquoi soudainement, je m’en étais finalement détaché, à l’automne 1998.

Sur cet ouvrage, je n’aurais qu’un reproche et une réserve à formuler. Le reproche, léger, c’est peut-être de ne pas avoir assez creusé la relation de Séguin avec ses alliés, et notamment Charles Pasqua. On me dira que c’est plutôt l’œuvre des bios de journalistes que de creuser ce genre d’aspect mais, justement, sans doute que ceux-ci le font trop et que le tort de l’historien Teyssier est peut-être de ne pas l’avoir assez fait. La réserve est factuelle : l’auteur, qui est pourtant très attaché à la question institutionnelle et dont on comprend qu’il est un partisan convaincu de la constitution telle que pratiquée par De Gaulle, date la conversion de Philippe Séguin à l’idée de passer au régime présidentiel au début de ce siècle, au moment de l’adoption du quinquennat. Or, cette conversion était plus ancienne d’une dizaine d’années puisqu’on en trouve la trace dans une motion déposée au RPR en 1989 et dans le livre d’entretiens accordés à Pierre Servent, publié en 1990.

Une petite erreur en quatre-cents pages ne m’empêchera pas de recommander la lecture de cette biographie que les amoureux de politique et/ou d’histoire dévoreront avec appétit.

Sophie Montel: “Ce qui arrive à Florian Philippot est injuste”

Conversation avec la première tête coupée par Marine Le Pen

marine lepen sophie montel philippot

Les lecteurs de mes deux romans le savent, je ne manque pas de curiosité pour les personnages féminins franc-comtois, surtout s’ils ont du caractère. Comtoise rends toi ! Nenni ma foi, pour féminiser la devise régionale. Sophie Montel peut-elle entrer dans cette catégorie ?

Rencontre avec une “apparatchik”

C’est la question que je me posais en me rendant à son domicile, samedi, dans une bourgade du Grand Besançon. La veille, alors qu’elle était sous le feu des médias parisiens, elle avait accepté le principe d’une conversation et m’avait donné rendez-vous. Trente ans de Front. Une apparatchik, comme elle en plaisante elle-même. Licenciée en histoire, attachée de groupe au conseil régional de Franche-Comté, puis conseillère régionale, présidente de groupe. Le feu des médias, déjà, lorsqu’elle manque de reprendre la circonscription de Pierre Moscovici, en février 2015, mobilisant la venue de Manuel Valls deux fois. Le feu des médias toujours, lorsqu’elle n’est pas très loin de devenir la seule présidente de région FN, dix mois plus tard. Au Front comme ailleurs, on se fait beaucoup d’ennemis en trente ans de politique. Mais Sophie Montel imaginait-elle subir un jour ce courroux de Marine Le Pen ?

Lalanne désavoue Montel

Vendredi, tous les conseillers régionaux FN de Bourgogne-Franche-Comté ont reçu l’ordre de quitter le groupe qu’elle présidait à Dijon et d’en recréer un nouveau sans elle. Sur vingt-quatre élus, six ne l’ont pas lâchée et siègent aujourd’hui avec elle chez les non-inscrits. Et l’ordre venait d’en haut. Il avait été soigneusement préparé. Jeudi, Marine Le Pen l’a reprise de volée sur Twitter, avec le compte « Anne Lalanne ». « Anne Lalanne », le fameux compte Twitter dont la présidente du FN niait être la titulaire, avant de se prendre les pieds dans le tapis en envoyant un mail à des journalistes avec l’adresse dudit compte. Jeudi, « Anne Lalanne » n’est pas contente et tance Sophie Montel en lui reprochant une provocation.

Le travail de réflexion nécessaire ne fait pas bon ménage avec la provocation grossière… https://twitter.com/sophie_montel/status/880315292131393540 …

La provoc’ en est-elle vraiment une ? Sophie-la-malicieuse souhaite participer au débat de la refondation du FN, initiée par Marine-la-patronne. Et elle pose la question suivante sur Twitter : « Pour la refondation du FN, souhaitez-vous parler : A) D’identité et de musulmans B) De tous les sujets ». Anne Lalanne dégaine : « Le travail de réflexion nécessaire ne fait pas bon ménage avec la provocation grossière… ». Pourtant, la présidente du FN sait quelles sont les positions de Sophie Montel. Celle-ci les a exposées clairement au dernier bureau politique. L’approche du FN sur l’immigration peut être vécue comme anxiogène par de nombreux électeurs. Ceux-là ont questionné Sophie Montel sur les marchés. « Ma fille a épousé un homme originaire de tel pays. Seront-ils expulsés si vous arrivez au pouvoir ? ». Et beaucoup d’autres, du même tonneau. « J’voudrais bien voter pour vous, mais j’peux point ! ». Là où beaucoup d’autres expliquent que c’est la sortie de l’euro qui génère de l’anxiété et constitue le plafond de verre, Montel prend le contre-pied.

Bay et Olivier en embuscade

Qu’elle l’expose au bureau politique dans l’indifférence générale passe encore. Mais qu’elle en plaisante sur Twitter, Marine Le Pen met le holà. Or la candidate du FN à la présidentielle sait très bien, au moment où elle recadre Montel sur Twitter, que la décision de la débarquer de sa présidence de groupe à Dijon est déjà prise. Sophie-la-naïve ne peut pas l’imaginer. Au fait, quelle est la raison officielle de cette disgrâce ? Le fait que Montel ne souhaite pas sanctionner deux de ses lieutenants au conseil régional, Julien Acard et Antoine Chudzik, suspendus du parti depuis quelques jours pour avoir critiqué l’organisation logistique des élections législatives. Des bulletins, des tracts qui n’arrivent pas en temps voulu. En trente ans de Front, Montel n’avait jamais vu ça et elle ne s’est pas privée de le dire en haut lieu.

L’élue franc-comtoise n’a donc aucune raison de se priver des services de ses hommes de confiance. Ajoutant que cette critique sur l’organisation a été largement partagée dans le Front de la France entière, toutes tendances confondues. Marine Le Pen considère cet acte d’autonomie comme un refus de se soumettre à son autorité. Et voilà comment on décide de couper la tête de Sophie Montel. Reconnaissons-le, il est difficile de croire que Marine Le Pen ait pris une telle décision sur des motifs aussi futiles. Ce qui est reproché à Montel, c’est de seconder Florian Philippot avec beaucoup de zèle. Elle énerve beaucoup de cadres du FN, et de proches de Marine Le Pen. Parmi eux, Nicolas Bay, le secrétaire général, et Philippe Olivier, beau-frère de la présidente. Montel n’a pas l’air de les apprécier non plus, ces deux-là. Elle a vécu la scission. Bay et Olivier étaient du camp des mégrétistes ; elle était restée fidèle au patriarche. Bay n’apprécie pas, il est vrai, qu’on critique l’organisation de la campagne des législatives dont il avait la responsabilité.

Ligne contre ligne

Mais, idéologiquement, Bay est de ceux qui critiquent la ligne sociale-souverainiste incarnée par Philippot et partagée par Montel. Même sur les sujets sociétaux, il s’est opposé à elle. Coïncidence distrayante : c’est à l’occasion d’un repas à Montretout où Marine Le Pen a annoncé à ses cadres qu’elle souhaitait réintégrer Nicolas Bay, qu’elle a découvert la présence de deux jeunes hommes inconnus. Il s’agissait de Florian et Damien Philippot. Ces deux-là, et en particulier le premier, elle a appris à les aimer.

A ce propos, on l’interroge sur leur rôle dans la préparation du débat du second tour. On a lu dans Le Canard, qu’ils faisaient partie des mauvais conseilleurs, ceux qui ont préconisé de cogner sur Macron comme une sourde afin de le faire craquer. Elle les innocente. Ils ont simplement préparé les fiches thématiques. Celui qui a pu avoir une influence délétère, c’est Philippe Olivier. Tiens, tiens… Du reste, Sophie trouve des excuses à Marine. « Elle était fatiguée, faisait trois déplacements par jour… » Quoi qu’il en soit, Sophie Montel convient que les conséquences de ce débat se sont vite traduites sur le terrain.

Boules de neige à Strasbourg

De terrain, nous en changeons. On a envie qu’elle nous raconte cette histoire des assistants parlementaires du MoDem, qui a quand même fini par aboutir au départ de trois ministres, dont François Bayrou, ex-Garde des sceaux et de la moralisation de la vie politique. C’est elle, et son lieutenant Antoine Chudzik qui ont déclenché l’affaire judiciaire. Elle raconte. « Nous googlisions tous les assistants parlementaires des députés français au Parlement européen dans notre bureau. Nous cherchions à savoir s’ils apparaissaient dans des organigrammes de partis ou de campagnes électorales. Parce que c’est exactement cela qui nous était reproché. » Et ils trouvent. Ensuite, il fallait faire le signalement au procureur. Au FN, personne ne se bouscule, en pleine campagne électorale, pour jouer les auxiliaires de justice. Alors, Marine Le Pen finit par trancher, appuyé par Florian Philippot, c’est Sophie Montel qui doit finir le (sale) boulot. Le travail continue toujours, d’ailleurs.

Un gros poisson…

Mon hôtesse m’offre une info exclusive : le prochain poisson est un gros. Il fait aussi l’objet d’un signalement de sa part. Il n’est plus député européen et siège aujourd’hui au Palais-Bourbon ; il préside un groupe et a décidé de ne pas porter de cravate ; vous avez deviné ? Cette histoire participe à notre perplexité sur la disgrâce de Montel. Pourquoi Marine Le Pen décide-t-elle de s’en prendre à celle qui a démontré que ce qui était reproché au FN constituait en fait un système généralisé ?  Considérer que c’est juste un acte d’autorité, c’est un peu court ! N’est-ce-pas Philippot qu’on vise à travers elle ? Ce dernier est-il encore le stratège préféré de Marine Le Pen ? La malédiction des numéros deux du FN va-t-elle faire une nouvelle victime ? Sophie Montel ne veut pas y croire. « Ce n’est pas logique. Cette stratégie a fait ses preuves. C’est celle de Marine. Je n’ai jamais cru à l’union des droites. Elle non plus. » Elle ne veut pas y croire mais se lance dans un long plaidoyer pour son ami Florian. On lui reproche d’être cassant ? Son image au sein des adhérents du FN n’est-elle pas écornée par une attitude froide, qui passe parfois pour de l’arrogance ? Que nenni ! « En fait, il est réservé.» Et elle finit par lâcher : « Je déteste l’injustice. Lutter contre l’injustice, c’est le fil rouge de ma vie politique. Et ce qui arrive à Florian est injuste.» Sophie Montel a enfin lâché le morceau. Elle sait pertinemment que c’est Philippot qui est visé. Que les critiques d’Acard et Chudzik, ou de ses tweets « provocateurs » ne sont que des prétextes. Qu’il ne s’agit pas seulement d’un coup de sang de Marine Le Pen.

Florian et Sophie ont lancé comme un défi

Sophie Montel et Florian Philippot demandent l’apaisement. Y croient-ils seulement ? Celle qui a perdu son statut de leader du Front en Bourgogne-Franche-Comté, et qui s’amuse des premières bisbilles autour de sa succession à la tête du groupe au Conseil régional, a vécu la violente histoire de son parti. Elle promet d’accompagner Acard et Chudzik devant les instances disciplinaires du parti pour les défendre avant d’ajouter : « Peut-être que je serai suspendue d’ici là et que ce sera aussi pour me défendre. »

Sur le chemin de retour, je repense à ce que je lui ai glissé au milieu de notre longue conversation. Je lui ai dit mes doutes sur les qualités de chef de Marine Le Pen. Que penser de quelqu’un qui laisse pourrir des situations, incapable de convoquer Marion Maréchal Le Pen et Florian Philippot et de leur intimer l’ordre de se parler, enfin ? De quelqu’un qui finit par couper une tête sous la pression de son entourage ?

A-t-elle vraiment l’étoffe d’un chef ? N’est-ce pas rassurant qu’elle ne soit pas devenue présidente de la République ? Sophie Montel a gardé ses réponses pour elle. On la comprend. Qui sait si ses réponses n’auraient pas aggravé son cas…

Gouvernement: le travail de sape continue

Les législatives, c’est maintenant!

Après avoir été chercher un proche d’Alain Juppé pour occuper Matignon, Emmanuel Macron a donc poursuivi son travail de sape pour provoquer une fracture au sein de la droite. Pour composer son premier gouvernement, il est allé chercher un candidat à la primaire de celle-ci, Bruno Le Maire, et un sarkozyste rebelle, Gérald Darmanin, que Causeur connaît bien. Ces deux-là, qui avaient signé l’appel à saisir la main tendue par le nouveau président avec d’autres personnalités, telles NKM et Jean-Louis Borloo, se partagent Bercy. Ce sont eux qui devront appliquer et assumer les politiques de réduction des déficits et les coupes budgétaires qui vont avec. Mais après tout, ils soutenaient le programme analogue de François Fillon en la matière.

>> A lire aussi: Gouvernement: l’europhilie enfin légalisée! Macron et Philippe enterrent le souverainisme

Parmi les poids lourds, la désignation du proche parmi les proches du président, Gérard Collomb, à l’Intérieur, rappelle celle de Michel Poniatowski par Valéry Giscard d’Estaing. En bon connaisseur de l’histoire du chiraquisme, Edouard Philippe doit déjà être sur ses gardes. François Bayrou aurait été logique à Matignon, étant donné le rôle stratégique qu’il a joué dans la campagne d’Emmanuel Macron ; à partir du 23 février, date de son ralliement, le candidat En Marche ! n’a plus quitté les deux premières places dans les sondages. Mais le maire de Pau constituait sans doute une véritable muleta devant les électeurs de droite dans la perspective des élections législatives. La place de Garde des Sceaux et la défense du projet de moralisation de la vie publique qui lui est cher consoleront largement ses rares supporters regroupés dans le MoDem, qui place aussi Marielle de Sarnez auprès de Jean-Yves Le Drian, le nouvel occupant du Quai d’Orsay.

Monsieur Hulot et les technos

Mais la plus grosse prise constitue sans doute l’arrivée du médiatique Nicolas Hulot, que tous les présidents ont tenté de recruter depuis une quinzaine d’années. Emmanuel Macron, pourtant réputé modérément écologiste, y est parvenu. Preuve que ses capacités de séduction en tête-à-tête ne constituent pas une légende urbaine. Nous nous interrogeons davantage sur la nomination de Sylvie Goulard, spécialiste de la machinerie bruxelloise à l’Hôtel de Brienne, et ce d’autant plus que l’on revient à l’occasion à la vieille appellation gaullienne de ce poste régalien : exit le ministre de la Défense, bienvenue au ministère des Armées. On note aussi la nomination de nombreux technos : un ancien haut-fonctionnaire de l’Education nationale, rue de Grenelle, la présidente de la Haute Autorité de santé, à la Santé, une présidente de fédération d’associations sur le handicap, au Handicap, etc… On nous dira qu’il s’agit de personnes compétentes à leur poste ; on rétorquera qu’il n’est pas impossible que ces personnalités deviennent otages de leurs administrations ou de leurs clientèles respectives.

Ne perdons pas de vue que ce gouvernement a une durée de vie très courte. Les élections législatives rebattront forcément les cartes. Selon les défaites éventuelles de ministres dans la bataille, que le président obtienne une majorité ou non, relative ou absolue, constitueront autant d’éléments qui bousculeront le Meccano présenté aujourd’hui. La campagne des législatives semble être encore plus incertaine que l’élection présidentielle, d’autant que la décomposition de notre système partisan n’ajoute pas à la visibilité des électeurs. Au moment où le FN est fragilisé, le PS en voie de disparition, LR en pleine implosion, France insoumise en délicatesse avec le PCF et où les candidats LREM semblent largement inexpérimentés, bien malin qui peut prévoir la composition de la prochaine Assemblée nationale. C’est sans doute pour répondre à cette incertitude qu’Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont peaufiné les équilibres dans leur liste.

Mélenchon a raison de ne pas se prononcer sur son vote

Faire un choix, c’est ruiner tout son combat

Jean-Luc Mélenchon file droit, avril 2017. SIPA. AP22043998_000001

Jean-Luc Mélenchon n’a pas cédé. Il ne dira pas quel sera son vote le 7 mai prochain. Bien entendu, la pression sur lui est énorme du côté de la presse « mainstream » qui le somme de dire qu’il votera Macron. Sur les réseaux sociaux, la même pression est exercée sur les militants et sympathisants de la France insoumise. Au mieux, ils seraient irresponsables et gâcheraient tout. Au pire, ils seront tondus à la libération.

Ces deux derniers jours, les porte-parole de FI se sont pourtant relayés pour faire passer le message : « pas une voix pour le FN ». Et la consultation des militants appelés à se prononcer sur la position du mouvement donne le choix entre le vote blanc, l’abstention et le vote Macron. Mais rien n’y fait, cela ne suffit pas aux belles âmes dont la mission historique est de construire des barrages, et de traquer ceux qui font le jeu, et parfois même le lit, du Front national. Il faut absolument prononcer la phrase « je voterai Macron ». Et surtout, il faut que le grand chef, celui qu’on accusait encore il y a une semaine d’être un apprenti-dictateur-bolchévik, donne sa position lui-même.

Mélenchon a fait bien plus baisser Le Pen par sa campagne que n’importe lequel des petits marquis qui le somment de se rallier à Macron.

Jean-Luc Mélenchon a en fait entièrement le droit de ne pas livrer son vote dans ces circonstances. Il refuse la culpabilisation et il a bien raison. Comment peut-on le contraindre à s’exprimer en faveur de celui qu’il a dépeint comme le représentant de « l’extrême-marché » pendant sa campagne de premier tour ? Comment peut-on en faire le complice de Marine Le Pen alors qu’il a été le premier à la faire reculer sur son terrain, celui des ouvriers et de la jeunesse ? A-t-il seulement des leçons à recevoir de ceux qui ont, avec tous leurs barrages et autres cordons sanitaires, offert à Marine Le Pen le cadeau de devenir pendant plusieurs scrutins la représentante de tous les perdants de la mondialisation malheureuse ? Certainement pas.

Certains de ses électeurs ne le lui pardonneraient pas

Mais allons plus loin. De son point de vue politique, Jean-Luc Mélenchon n’a pas seulement le droit de ne pas céder à ses injonctions, il en a le devoir. Il y a quelques semaines, Marine Le Pen était encore la candidate la plus forte chez les jeunes. Le candidat Mélenchon lui a ravi la première place dans cette catégorie. Elle était encore au-delà de la barre des 50% chez les ouvriers. La campagne de Mélenchon ne l’a certes pas délogée de son perchoir mais elle est quand même descendue d’une marche, à 37%. Ces électeurs-là, jeunes et ouvriers, constituent sans doute le gros des troupes des 20% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon s’apprêtant, d’après l’IFOP, à voter Marine Le Pen lors du second tour. Ceux-là choisissent désormais le FN en second choix. Si Mélenchon se prononçait sans ambiguïté pour Emmanuel Macron, il les perdrait définitivement et anéantirait par-là tous ses efforts. En restant discret sur son vote, Jean-Luc Mélenchon démontre qu’il connaît le mode de scrutin majoritaire à deux tours, dont le mécanisme impose une humilité par rapport aux électeurs : il faut parfois accepter d’être un deuxième choix ; il faut aussi accepter que ses électeurs qui vous ont choisi en premier choix en fassent ensuite un second qui vous irrite. Bref, en tenant compte des circonstances et en jouant avec les règles du jeu, Jean-Luc Mélenchon fait de la Politique. Pendant que ses contempteurs continuent, comme s’ils n’avaient décidément rien appris, à faire du catéchisme.

Débat: dites bonjour à Monsieur Mélenchon!

Le bruit, la fureur et le fracas, c’est fini

Jean-Luc Mélenchon lors du débat présidentiel à 11 candidats du 4 avril 2017. SIPA. AP22036293_000001

Un regret d’abord. Pourquoi mesdames Ferrari et Elkrief se comportaient parfois comme des candidates ? Je veux bien croire qu’un débat à onze n’est pas aisé à arbitrer. Mais justement pourquoi se permettaient-elles de donner leur avis par questions voire affirmations interposées ? Puisque des débats télévisés d’avant premier tour sont aujourd’hui un acquis, que les animateurs restent animateurs et se cantonnent au rôle de faire respecter les temps de parole et d’éviter les hors-sujets. Ce ne sont pas les journalistes qui ont passé des mois à trouver les cinq-cents parrainages et les téléspectateurs se fichent pas mal de leur avis.

Une satisfaction, ensuite. Je m’étais refusé à regarder le débat à cinq protagonistes, et donc à le commenter. Il faut remercier les deux chaînes d’information continue d’avoir organisé ce débat qui n’excluait aucun candidat, et qui permettait à chacun de pouvoir interpeller ses concurrents.

Deux candidats comptaient beaucoup sur ce débat où ils pouvaient laisser leurs derniers espoirs. François Fillon et Benoît Hamon avaient justement forgé leurs victoires respectives aux primaires lors des débats télévisés. A ce jeu-là, c’est sans doute Benoît Hamon qui s’en est le mieux tiré des deux, faisant preuve d’une combativité inhabituelle, notamment vis-à-vis de de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. François Fillon a démarré le débat sur un ton larmoyant et il a ensuite fait preuve de nervosité et parfois de mépris par rapport à certains contradicteurs. Son attitude par rapport à Nicolas Dupont-Aignan, notamment, pourrait bien lui causer du tort dans l’éventualité où il se qualifierait pour le second tour.

Emmanuel Macron a joué en défense, un peu comme Alain Juppé lors des débats de la primaire de droite. La position de favori n’est pas la plus facile qui soit, mais cette tactique n’avait pas réussi au maire de Bordeaux. Macron compte davantage sur l’émission de jeudi soir sur France 2. Marine Le Pen a semblé sur la réserve elle aussi, se positionnant d’ores et déjà en candidate de deuxième tour. Sa conclusion était plutôt réussie, à cet égard. Jean Lassalle et Jacques Cheminade ont fait le spectacle, à l’instar de Jean-Luc Bennahmias lors de la primaire socialiste.

Jacques Cheminade : “Vous êtes des grandes… par CNEWS

Leur authenticité a apporté des couleurs à l’émission. François Asselineau fut fidèle à lui-même. Il a cité beaucoup d’articles de textes divers, se montrant un élève appliqué, et a parfois lancé des flèches acides à certains de ses adversaires, en particulier ceux qu’il considère comme de faux eurosceptiques.

François Asselineau tacle Emmanuel Macron… par CNEWS

Il est difficile de séparer Nathalie Arthaud et Philippe Poutou tant leurs interventions étaient similaires, bien que provenant de partis historiquement séparés. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont guère surpris ni par leurs tons respectifs ni par leurs prises de positions. Nicolas Dupont-Aignan a marqué quelques points, notamment en début de débat où il a donné l’impression de prendre la place d’opposant numéro un à Emmanuel Macron, laissant Marine Le Pen et François Fillon spectateurs. C’est finalement Jean-Luc Mélenchon qui a sans doute le mieux tiré son épingle du jeu. Serein et pédagogue, il semblait sur la lancée de ses meetings du Havre et de Châteauroux. Qu’on se le dise, le bruit, le fracas, la fureur, c’est bien fini. Mélenchon veut incarner la sagesse. Il n’est pas interdit de penser que cette attitude lui réussisse et que le débat d’hier soir entretienne sa dynamique actuelle.

Le Grand Débat : la conclusion de Jean-Luc… par CNEWS

18 juin 2017: le Premier ministre Bayrou démissionne

Petit essai de présidentielle-fiction (3/3)

François Bayrou descend les marches du palais de l’Elysée, juin 2016. SIPA. 00761864_000106

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Mardi 9 mai, 10h44, Mairie de Pau

François Bayrou posa son téléphone mobile sur le bureau de maire de Pau, dont il savait qu’il allait bientôt le quitter. Il venait d’accepter la proposition du nouveau président élu de devenir Premier ministre. Certes, si on comparait le score obtenu par Emmanuel Macron lors de ce second tour avec les précédents duels de la Ve République, il pouvait être considéré comme aussi bien élu que François Mitterrand en 1988 (54%). Mais compte tenu de son adversaire et des prévisions des instituts de sondages, qui le donnaient tous vainqueurs le 23 avril au soir avec un minimum de 60%, le nouveau chef d’Etat était conscient d’avoir réalisé une contre-performance. François Bayrou était d’accord avec son allié sur l’idée de nommer Christine Lagarde à Matignon. Mais ce matin-là, Emmanuel Macron avait enregistré le refus de la directrice du FMI, qui préférait rester sur les rives du Potomac, plutôt que de s’engager dans une périlleuse batailles des législatives, qui plus est face à celui qui l’avait nommée ministre des Finances puis lui avait obtenu le poste qu’elle détenait à Washington. Emmanuel Macron pouvant difficilement nommer un membre du PS à Matignon, et compte tenu du fait que Juppé et NKM ne bougeraient pas, François Bayrou était le seul homme à être taillé pour le poste. Et il ne pouvait pas refuser cette mission. C’était à lui de livrer la bataille contre Sarkozy, son adversaire de toujours, au service du nouveau président. Il n’était même plus question de négocier les sièges du Modem, ni de coalition. Il était devenu de facto le général du futur parti du président.

*

Jeudi 11 mai, 16h03, Le Carré, Nanterre

Marion Maréchal-Le Pen n’avait pas pu apprendre le maniement des armes, sa demande d’intégration à la réserve citoyenne ayant été refusée. Mais ce jour-là, elle était partie à la chasse. La chasse au Philippot. Pour elle, le temps était venu. Il fallait en finir avec son adversaire au sein du FN, responsable, selon elle, de la défaite du parti à la présidentielle, et de l’occasion manquée de faire exploser la droite entre les deux tours de l’élection présidentielle. Elle avait pris rendez-vous avec sa tante et lui balança alors toutes ses vérités. Si Sarkozy avait pu ainsi sauver l’armée LR pourtant en mauvaise posture avec le score catastrophique de son candidat à l’élection présidentielle, c’était à cause du projet trop à gauche, à cause du logiciel national-républicain du stratège frontiste. Marine Le Pen rétorqua à sa jeune nièce que sa candidature avait créé la surprise en obtenant huit points de plus que ne lui en accordait les sondages. Que la stratégie mise au point avec Florian Philippot lui avait permis de gagner le face-à-face, de l’avis de tous les observateurs. Mais Marion Le Pen ne désarma pas. Pour elle, une occasion avait été manquée. L’occasion de tuer la droite républicaine. L’occasion d’ouvrir les bras à tous les électeurs de droite face au candidat de la « gauche libertaire » chimiquement pure, incarnée par Macron. Il aurait fallu être conservateur, réactionnaire. Ne pas aller chercher bêtement les électeurs de Mélenchon, dont une bonne part, pourtant – Damien Philippot avait rédigé une note en ce sens- avait préféré le vote frontiste au second tour. Comprenant que sa nièce ne désarmerait pas, Marine Le Pen tenta de gagner du temps. « Nous avons des élections législatives à gagner maintenant. Nous pouvons obtenir une centaine de sièges. Tu me jugeras après. Si je me ramasse, tu pourras essayer de demander la tête de Florian. Et même la mienne. Mais pendant la bataille, toute déclaration perturbant le travail de nos candidats sur le terrain serait un crime contre le Front ». Marion tourna les talons, fit trois pas, et avant de passer la porte du bureau de sa tante, se retourna : « D’accord. A moins de cent sièges, je déclare la guerre. A toi. Pas aux frères Philippot ».

*

Dimanche 18 juin, 23h47, Rue de Miromesnil, Paris

Le décompte était terminé. Les trois dernières circonscriptions tangentes étaient passées dans l’escarcelle de « Pour l’alternance ». Dans les Ardennes, dans l’Eure et dans le Vaucluse, où le député-sortant Julien Aubert avait vaincu dans une triangulaire avec une avance de trois voix, trois nouveaux sièges portaient la future majorité parlementaire au nombre de 291, soit deux de plus qu’il n’en faut pour qu’elle soit absolue. Nicolas Sarkozy était vainqueur. Le téléphone ne tarda pas à sonner. Le président de la République lui annonçait la démission de François Bayrou, et lui fixait rendez-vous pour le lendemain à 11h00. Après avoir accepté d’être un acteur de la quatrième cohabitation de la Ve République, il pensa au maire de Pau, plus éphémère Premier ministre depuis 1958. Il pensa à ce fauteuil de Matignon qu’il n’avait jamais occupé. Il pensa aussi aux deux promesses d’ivrogne qu’il avait faites un soir de mai 2012 et un autre de novembre 2016. Ses passions publiques et privées étaient à jamais mêlées. Il pensa enfin à ce que lui avait confié Michel Gaudin quelques jours auparavant. A moins de 100 sièges obtenus, la guerre éclatait au sein du FN. Alors que minuit approchait, il était désormais certain que le chiffre n’irait pas au-delà de 99.

Macron président? Sarko contre-attaque!

Petit essai de présidentielle-fiction (2/3)

Nicolas Sarkozy en meeting à Paris, octobre 2016. SIPA. 00775954_000025

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Lundi 24 avril 20h12, Siège des Républicains, Paris

En fait, Laurent Wauquiez était soulagé que Nicolas Sarkozy reparte à l’assaut. Dans l’après-midi, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes était aux abonnés absents pour tous les journalistes de France, de Navarre et d’ailleurs. Deux heures avant, il avait eu Marine Le Pen au téléphone. Elle lui promettait Matignon en cas de victoire, à condition qu’il annonce son soutien dans les deux jours. L’ex-disciple du démocrate-chrétien Jacques Barrot avait été flatté, même s’il se doutait que Le Pen avait essuyé dans la journée les refus de Guaino et de Dupont-Aignan à qui elle avait proposé le même poste. Malgré cette désagréable sensation d’être un troisième choix, il avait été tenté. Mais la déclaration de Nicolas Sarkozy changeait évidemment tout. Dans ces conditions, il pouvait lui-même appeler aussi à voter Macron et s’engager à fond dans la bataille pour l’alternance que l’ex-président se proposait de mener pour les élections législatives. Après tout, mieux valait un Beauvau probable qu’un Matignon très hypothétique.

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Jeudi 26 avril 13h47, Drancy

Jean-Christophe Lagarde hurlait dans le bureau, ses collaborateurs ne sachant que faire pour calmer sa colère. Il venait de découvrir que Nicolas Sarkozy avait décidé de passer outre toutes les investitures négociées avec l’équipe Fillon entre LR et l’UDI. L’ex-président avait décidé de contourner l’obstacle en créant un label « Pour l’alternance » qu’il distribuerait lui-même et qui supplanterait de facto les investitures LR-UDI. Ainsi la centaine de sièges accordée par François Fillon après l’épisode du Trocadéro partait en fumée. D’autre part, il savait qu’Emmanuel Macron ne serait plus si généreux, loin s’en faut, et accorderait chichement des investitures En Marche aux élus UDI les mieux implantés, sans même passer par lui. Il était coincé. Lagarde savait qu’il n’était plus à cette heure que le président d’une coquille vide.

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Dimanche 30 avril, 13h37, Studio de LCI, Boulogne-Billancourt

Après avoir salué Olivier Mazerolle, Christophe Jakubyscyn et Guillaume Roquette, Bernard Accoyer reprit l’ascenseur, assommé. Il avait bien dû finir par convenir que son titre de secrétaire général des Républicains, n’était plus qu’un titre honorifique. Mis en place par le candidat Fillon désormais éliminé après le score le plus faible de toute l’histoire de son parti, fruit de la fusion du RPR et de l’UDF quinze ans auparavant, il n’avait en fait aucune légitimité. Nicolas Sarkozy avait réussi en quelques jours un putsch soft, auquel personne n’avait pu s’opposer. Fillon, bien entendu mais aussi NKM et Juppé. Ces deux derniers avaient dû convenir que l’ancien président était le seul à empêcher l’éclatement définitif de la famille, qui n’aurait profité qu’aux deux finalistes de la présidentielle. Sauver leurs sièges ainsi que ceux des amis était désormais la priorité. Accoyer avait donc reconnu à demi-mot n’être plus là que pour sauver les apparences. Tout désormais serait fonction des trois prochains tours, celui du dimanche suivant, et plus encore ceux qui auraient lieu mi-juin. Il ne serait d’ailleurs pas le dernier à faire figurer le logo « Pour l’alternance » sur les affiches collées du coté d’Annecy-Le-Vieux. Sa docilité serait certainement récompensée le moment venu. A ce moment, que pèserait alors cette brève sensation honteuse qu’il avait ressentie en croisant le regard moqueur d’Olivier Mazerolle ?

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Jeudi 4 mai, 0h18, Rue de Miromesnil, Paris

Nicolas Sarkozy avait pris sa décision. Il ne pousserait personne d’autre à aller à Matignon à sa place. Il avait pourtant quelques idées : Pécresse, Bertrand, Larcher. Tandis qu’il se préparerait pour d’autres échéances plus intéressantes. Mais le traditionnel face-à-face qui venait d’avoir lieu l’avait convaincu. Lui à Matignon, Emmanuel Macron n’existerait pas à l’Elysée. Il le mangerait. Il le digérerait. Comme Marine Le Pen avait mangé et digéré le candidat d’En Marche pendant le débat. Bien entendu, ce dernier serait élu dimanche mais avec une marge beaucoup plus étroite que prévue. Cette impression « d’homme qui ne fait pas le poids » allait coller d’emblée au nouveau président. Le Grand Collier de la Légion d’Honneur, qu’Emmanuel Macron souhaitait revêtir sur la photo officielle, pour la première fois depuis 1969, serait beaucoup trop lourd pour un président si faible dès son entrée en fonction. Il fallait désormais obtenir une majorité absolue pour les candidats portant le label « Pour l’alternance ». Et obtenir Matignon, que Jacques Chirac lui avait refusé quinze ans auparavant, lui préférant « Raffarien ».

Le dernier épisode arrive bientôt…

Dimanche 23 avril, 20h: la droite explose

Petit essai de présidentielle-fiction (1/3)

La plupart des sondages ne voient pas François Fillon passer le premier tour de la présidentielle. Mars 2017. SIPA. 00799524_000021

Dimanche 23 avril 2017, 20h00, Rue de Miromesnil, Paris

Assis à son bureau, et accompagné de Michel Gaudin et Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy assistait mi-consterné mi-fataliste à l’annonce par Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau de l’estimation des résultats du premier tour de la présidentielle.

Anne-Claire Coudray avait annoncé la couleur, peu avant 20h : si l’institut partenaire de TF1 connaissait  les deux finalistes du second tour, il lui était impossible de déterminer avec certitude leur ordre d’arrivée au premier. De fait, selon les différents instituts, Marine Le Pen et Emmanuel Macron étaient annoncés entre 24 et 25%, avec sans doute un avantage pour la première citée. La même incertitude pesait sur l’ordre d’arrivée entre François Fillon et Jean-Luc Mélenchon (entre 15,5 et 16,5). En revanche, Nicolas Dupont-Aignan (entre 8 et 9) semblait créer la surprise en devançant Benoît Hamon (entre 6,5 et 7,5). Jean Lassalle semblait dépasser le seuil fatidique de 1%, tous les autres candidats étant en deçà de cette limite.

Brice Hortefeux osa une plaisanterie : « Imagine-t-on le général de Gaulle en dessous de 16% ? »

Nicolas Sarkozy explosa : « Jamais je n’aurais dû me laisser embarquer dans cette histoire de primaire ! Quelle connerie ! Regardez où ils sont, les vainqueurs des primaires. L’un à 16, l’autre à 7. Aucun qualifié pour le deuxième tour. On a offert des fausses légitimités démocratiques à des ectoplasmes élus par les gens les plus politisés. »

–          Hortefeux : « Dupont-Gnan-Gnan prend quand même huit points à Fillon. Sans lui, on serait au coude à coude avec les deux autres. La division nous coûte cher. »

–          Sarkozy : « Arrête tes conneries, Brice ! Tout le monde savait qu’il serait candidat. En 2012, Dupont-Aignan était en dessous de 2. Seulement c’est moi en face, pas l’autre. Quand les gens ont vu que Fillon ne pouvait plus être au deuxième tour, ils se sont dit : « foutu pour foutu, autant voter pour un type honnête ». Et puis Dupont-Aignan a aussi grappillé quelques points à Le Pen. Et peut-être même à Macron. Ce type, je l’ai méprisé. J’ai eu tort. Il est d’ailleurs moins méprisable que celui que j’ai eu à Matignon pendant cinq ans. »

–          Gaudin : Cela va partir dans tous les sens. Wauquiez est chaud bouillant pour appeler à voter Le Pen. Morano aussi. NKM est déjà sur le plateau de la 2 pour appeler à voter Macron. La droite va se péter en deux.

–          Hortefeux : Et Fillon n’est plus en état d’appeler à voter quoi que ce soit !

–          Sarkozy : Macron va se faire laminer dans le débat mais va gagner quand même. On aura un président élu plus que jamais par défaut dans un monde dangereux. Il faut dans le même temps appeler à voter pour Macron et lancer la campagne pour les élections législatives qui sont aujourd’hui la seule solution pour l’alternance. Les candidats aux législatives de Macron, de Le Pen et de Dupont-Aignan seront évidemment plus bas que leur chef à la présidentielle. Ce qui signifie que nos candidats Républicains seront bien plus hauts que le score de l’autre nul. Pareil pour les candidats PS. Ils seront plus hauts que le score de Hamon. Cela nuira aux candidats de Macron. Si la bataille des législatives est menée correctement, nous pouvons avoir la majorité et imposer une cohabitation à Macron.

–          Gaudin : Tu veux mettre Baroin sur orbite ?

–          Sarkozy : J’ai déjà désigné Baroin comme mon Premier ministre, puis comme celui de Fillon. Je ne vais pas recommencer en le désignant comme celui de Macron maintenant. Les gens vont finir par trouver ça ridicule. Il n’a pas l’autorité de toute façon. Le seul qui peut mener cette bataille, et empêcher Wauquiez d’aller chez Le Pen, c’est encore moi. Appelle Field. Je dois faire le 20h de France 2 demain. Brice, tu appelles Wauquiez. Et tu lui dis de ma part de la fermer tant que je n’ai pas parlé aux Français.

–          Hortefeux : Morano aussi ?

–          Sarkozy : Bien sûr ! Tes tympans sont moins fragiles que les miens.

 

La suite arrive bientôt…

Exclusion d’un sénateur LR pro-Macron: et la jurisprudence Desgouilles?

Virez-moi du RPR!

Dans une campagne électorale normale, dans un monde normal même, des candidats distancés dans les sondages mobiliseraient leur seule énergie et leurs équipes dans le travail de terrain, dans le militantisme. Tout le monde serait sur le pont. Peu importerait en fait qu’on signale çà et là des défections, voire des trahisons. On règlerait ça après, la bataille terminée. Pourtant, à observer les comportements du côté de Benoît Hamon et de François Fillon, il semble que non, il ne faut pas rigoler avec la discipline. Lire la suite

Qui peut battre Marine Le Pen?

Personne, à moins que …

Marine Le Pen était attendue au tournant. Désormais en tête de toutes les études d’opinion pour le premier tour de l’élection présidentielle, sa participation à la plus grande émission politique de la télévision française était assurément pour elle le rendez-vous à ne pas manquer. De l’avis général, elle a réussi l’exercice et dominé tous ses interlocuteurs de la tête et des épaules. Seule Najat Vallaud-Belkacem, à la faveur d’un exposé liminaire de cinq minutes, a semblé pouvoir la mettre en difficulté sur la question des écoles hors-contrats pourvoyeuse de fondamentalisme. Cinq petites minutes sur une émission de deux heures, convenons que c’est négligeable. Lire la suite