Réflexions autour du succès inattendu d'un papier

L’incroyable succès de mon dernier papier m’a pris au dépourvu. Il s’agit sans doute du billet que j’ai écrit le plus rapidement ces derniers mois. Un coup de sang. Assez peu travaillé, finalement.

Et pourtant, quel succès. A l’heure où j’écris ces lignes, il est à plus de 45000 lectures[1. Et pour cause, le lien est conseillé dans la rubrique « A lire » de Google actu.] sur Marianne2 et dépasse mon précédent record qui parlait du livre d’Eric Zemmour alors que ce dernier était alors dans l’œil du cyclone médiatique. 68 commentaires ici-même. Seul le billet consacré à l’orthographe vue par François de Closets avait fait mieux.

Pourquoi un article consacré à un fait divers a t-il pu avoir autant de succès ? Pourquoi le sort de Nicole a t-il autant ému ? Un commentateur -je ne me souviens plus de qui, mais c’était plutôt quelqu’un qui critiquait l’article- écrivait que l’actualité récente autour des chauffeurs de bus agressés avait pu avoir quelque influence. C’est bien possible. Mais il y a autre chose. Cette histoire est tellement révélatrice de la société telle qu’elle est devenue… On m’a dit que je ne m’étais pas assez renseigné sur ce fait divers, que les choses étaient sans doute plus compliquées que je le racontais. A cela, j’ai répondu qu’en admettant même que Nicole soit fautive et ne soit pas la victime que je présentais, l’essentiel n’était pas là. L’essentiel était ailleurs. Dans le fait que des parents, au lieu d’aller discuter calmement avec la conductrice du bus, se soient précipités à la gendarmerie pour déposer plainte. Qu’un procureur, au lieu de classer sans suite cette plainte et d’expliquer que la justice était bien trop débordée pour se mêler d’affaires qui peuvent se régler par la simple discussion entre adultes, satisfasse avec entrain à cette fameuse envie de pénal décrite en son temps par Philippe Muray.

Ainsi, donc, les personnages étaient campés. Le gosse-roi, soutenu par ses parents qui donnent raison, forcément raison, à Monchéri-Moncoeur. Les parents, justement, qui ne voient d’autre moyen que de déranger les forces de l’ordre et la justice de leur pays pour un simple « petit con » lâché par une dame à leur progéniture. Le Procureur, à Boulogne sur Mer de surcroît, même si ce n’est plus ce monsieur Lesigne de triste mémoire, et qui prend le parti du gosse et de ses parents.  La conductrice, exaspérée, qui craque et qu’une grande majorité d’entre nous comprend et souhaite soutenir. J’allais oublier le fameux portable-caméra qui enregistre une personne à son insu, ce dont nous avons tous conscience de pouvoir être victime un jour. La pièce aurait été parfaite si une cellule de soutien psychologique avait été dépêchée dans le but de réparer les dégâts auprès des petits camarades ayant entendu l’insulte.

Presque tous les personnages étaient là. Et j’en ai joué, je le reconnais. On me l’a vertement reproché. On a même insinué que certains qualificatifs utilisés pourraient bien me valoir les mêmes mésaventures que Nicole et que je l’aurais bien cherché, après tout. Alors, sans doute, les histoires sont souvent plus complexes qu’on ne le croit. Sans doute, aussi, mon papier n’aurait pas souffert d’un moindre succès si j’étais resté davantage mesuré et que je n’avais pas utilisé des mots d’oiseaux. Mais, tout de même, on ne va pas rappeler sans cesse cette histoire de doigt qu’on regarde alors qu’il désigne la lune.

L’enfant-roi et l’envie du pénal, c’était bien cette lune que je souhaitais désigner. Et il semble que le succès de ce papier démontre que cela préoccupe et exaspère pas mal de monde. Au delà de ce fait divers malheureux, je trouve cela plutôt sain. Maintenant, il ne s’agit plus d’écrire seulement des articles ni de les approuver. Il faut tenter -et ce n’est pas si facile- de ne point se laisser aller, dans la vie réelle, à ces travers que notre société légitime de plus en plus, à l’image de ce procureur. Ou de M’dame Antier. Ou de notre assureur.

Chiche ?

Photo en Une : Philippe Muray qui a si bien décrit la notion d’envie de pénal