A quoi sert Virginie Calmels ?

Son nom n’existait qu’à-côté de celui de Laurent Wauquiez


Après son entretien au vitriol dans Le Parisien, Virginie Calmels a été limogée de son poste de vice-présidente déléguée des Républicains. Mais ces derniers ont sûrement moins perdu qu’elle dans la bataille. 


Virginie Calmels savait-elle que son entretien dominical au Parisien provoquerait de facto son éviction de l’équipe dirigeante des Républicains (LR) ? C’est fort probable. Convenons qu’elle n’y allait pas avec le dos de la cuiller. Evidemment, sa charge contre Laurent Wauquiez et – ce qu’on dit moins depuis dimanche soir – le fait de lui intimer publiquement l’ordre de prendre la tête de liste aux européennes, alors qu’il n’en a nul souhait, ne pouvaient pas passer comme une lettre à La Poste pendant les trente glorieuses. Peu avant vingt-et-une heure, alors que les Brésiliens débutaient la Coupe du Monde contre notre rugueux voisin helvète, LR lâchait son communiqué : Virginie Calmels n’était plus numéro deux du parti.

Virginie qui ?

Mais que croyait donc l’adjointe au maire de Bordeaux lorsqu’elle s’est engagée avec Laurent Wauquiez à l’automne dernier ? Et que croyait ce dernier, lorsqu’il a souhaité former cet improbable tandem ? Nous l’avions alors écrit ici, le duo Wauquiez-Calmels n’avait guère de sens. L’ancienne patronne d’Endemol France s’offrait l’illusion d’avoir sa part dans la victoire du successeur de Nicolas Sarkozy, et un poids politique en général, alors que – je le testerai bientôt – il est fort probable que ma coiffeuse de Besançon n’ait aucune idée de son existence. Quant à Laurent Wauquiez, il brouillait son message d’opposant en s’associant avec une personnalité qui, quoi qu’elle en dise, est idéologiquement très proche d’Emmanuel Macron.

Calmels accuse aujourd’hui Wauquiez de ne pas être rassembleur alors qu’il a, au contraire, tenté de rassembler ce qui est aujourd’hui inconciliable. Comment, en effet, avoir dans le même parti – et pis dans l’équipe dirigeante – Virginie Calmels d’un côté et Julien Aubert ou Guillaume Peltier de l’autre ? Nous l’avions fait remarquer à Eric Ciotti récemment. Il avait nié. Nous ne lui tenons pas rigueur de cette dénégation, figure imposée des conférences de presse.

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Il aura suffi d’un tract qui ne cassait pas trois pattes à un canard pour avoir raison de l’unité de façade. On ne peut pourtant pas dire que Virginie Calmels n’avait aucune influence sur la ligne politique, comme elle le martèle aujourd’hui. N’était-ce pas elle qui donnait le tempo sur les questions économiques, déroulant un discours selon lequel Emmanuel Macron était un fieffé dépensier creusant encore la dette de la France, en continuateur de François Hollande ? On a souvent entendu d’autres membres de l’équipe dirigeante reprendre cette antienne, à l’exception, il est vrai de Peltier et Aubert. Il suffisait alors de faire l’unité sur l’immigration et l’insécurité. D’où le tract.

Et maintenant, Macron ?

Calmels avait pourtant dit à qui voulait l’entendre, il y a deux ans, qu’elle était la « droitière » du clan Juppé. Et qu’elle s’était opposée à tous les autres, sur les thèmes régaliens. Ce n’était pas un malheureux tract qui allait la formaliser ! Lundi soir, au JT de TF1, elle a pourtant lâché les gros mots : « Identitaire », « populiste ». Il fallait aussi qu’elle trouve d’autres mots que Valérie Pécresse, qui avait tenu conférence de presse dans la journée, accusant Wauquiez de « rétrécir la droite ».

Car entre le président de LR et son ex-vice-présidente, c’est bien la seconde qui a perdu le plus dans ce divorce inéluctable. Virginie Calmels ne s’était finalement fait un nom qu’en duo avec Laurent Wauquiez. Aujourd’hui, à quoi sert-elle ? Alain Juppé n’a plus confiance en elle et semble bien décidé à rempiler à Bordeaux. Et pour incarner l’opposition à l’intérieur des Républicains, Valérie Pécresse a déjà pris la place, forte de bien davantage de légitimité. Que lui reste-t-il désormais ? Peut-être l’espoir, pas si improbable, de devenir ministre d’un prochain gouvernement formé par Emmanuel Macron ?

À LR, on ne change pas une équipe qui perd

Eric Ciotti était de passage à Besançon lundi, invité par la fédé’ locale des Républicains (LR). Avant qu’il ne se rende à deux réunions successives devant les militants, il tenait une conférence de presse à la permanence du parti présidé par Laurent Wauquiez, située depuis une trentaine d’années sur la place Victor Hugo, à quelques mètres de la maison natale de l’écrivain. La secrétaire générale de LR, Annie Genevard, député du Haut-Doubs, était présente pour l’accueillir, ainsi que le sénateur Grosperrin, qui ne pouvait ignorer la présence de celui qui préside la commission nationale d’investiture, puisqu’il compte, dit-on, guigner à nouveau la mairie de Besançon en 2020.

L’UMP renaîtra de ses cendres

C’était donc l’occasion d’interroger Eric Ciotti, sur la prochaine échéance électorale, celle des élections européennes, prévues dans une année tout juste. Alors que Laurent Wauquiez a décidé que la ligne du parti serait fixée lors d’un remue-méninges à Menton, à deux pas de Nice, fief de Ciotti. A croire ce dernier, il n’y aurait pas deux lignes irréconciliables sur le sujet européen, ce que je me suis permis de lui suggérer d’emblée. Entre Guillaume Peltier ou Julien Aubert, lequel avait réuni son think-tank Oser la France le week-end précédent, et Virginie Calmels, le député niçois ne voyait nul fossé, rien qui ne pouvait rappeler les fractures des années 1990, entre Pasqua-Séguin d’un côté, et Chirac-Juppé de l’autre. Et – ô miracle ! – l’immigration constituait le dénominateur commun, permettant d’unir tout ce petit monde, évitant ainsi tous les sujet qui fâchent et divisent. Le choix de Menton, située à quelques kilomètres de la frontière italienne, ne devait alors rien au hasard.

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Plus largement, Eric Ciotti ne croit guère à la recomposition. Ou, en tout cas, il pense que ce quinquennat Macron ne constitue qu’une parenthèse historique. Les plaques tectoniques sont amenées à se repositionner comme avant, celle de droite comme celle de gauche ; LR ne ressemble aucunement à une Californie menacée par la faille de San Andréas, comme je lui ai cruellement suggéré. Le retour du bon vieux temps est espéré, tout le monde se retrouvera à la fin de l’aventure au banquet, se gavant de sanglier à la broche après que Ciottix et ses amis auront donné les dernières baffes aux légionnaires de Jupiter Macron.

Un pour tous et tous contre eux

Eric Ciotti se berce-t-il d’illusions ? S’en remet-il à la méthode du bon docteur Coué ou nous gratifie-t-il d’une langue de teck ? Faisons le pari de la lucidité et penchons plutôt pour la troisième solution. Il n’était pas raisonnable de penser que le député de Nice nous avoue lundi que son parti ne parviendrait pas à trouver cohérence et unité sur l’Europe et soit condamné à subir la recomposition au forceps initiée à l’Elysée, laquelle consiste depuis quelques mois à étouffer Laurent Wauquiez. En revanche, lorsque je l’ai interrogé sur la possibilité d’une alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, ne pouvait-il pas éviter d’insulter l’avenir ? Certes, l’alliance avec le FN est exclue d’emblée par Laurent Wauquiez. Mais en décrétant Nicolas Dupont-Aignan « intouchable », parce qu’il avait touché « l’intouchable » Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle, Eric Ciotti et les autres dirigeants de LR ne se privent-ils pas d’un allié, prenant un poids de plus en plus important dans le paysage de ce qui reste de la droite ? Au jeu de l’intouchable, on peut aller loin. Car à Angers, Nicolas Dupont-Aignan a lui-même touché Thierry Mariani qui est toujours membre des Républicains et qui touche donc Wauquiez.

« Dans un jeu à trois puissances, il faut être l’une des deux »

Il n’est pas interdit de penser qu’Eric Ciotti, comme Laurent Wauquiez pourraient voir leur position évoluer dans un an, après le scrutin européen. Entre une liste FN conduite par Nicolas Bay ou Louis Aliot, et celle conduite par Virginie Calmels – c’est elle qui tient la corde pour l’instant – le patron de Debout La France (DLF) pourrait très bien constituer la surprise des européennes et faire jeu égal avec Les Républicains. Disposant aujourd’hui d’une cote flatteuse dans l’électorat de droite, Nicolas Dupont-Aignan, qui a abandonné le souverainisme pour se muer en Fourier de l’union des droites, ne peut plus être méprisé comme il y a cinq ans. Eric Ciotti devrait méditer la citation de Bismarck : « Dans un jeu à trois puissances, il faut être l’une des deux ». Laisser DLF dans les bras de Marine Le Pen ne constitue donc pas, à cette aune, une tactique de bon aloi.

Mais d’ici à l’an prochain, l’Italie aura sans doute revoté. Les cousins transalpins auront peut-être renvoyé le président Mattarella à ses chères études, confirmant leur volonté de voir gouverner la coalition Lega-M5S. Mattarella, que le président Macron a félicité lundi, comme si céder aux oukazes de Mario Draghi et Jean-Claude Juncker constituait un acte de courage. Dans quel état se trouvera l’Europe dans un an, quand les électeurs européens se rendront aux urnes ? Et que pèseront la langue de bois d’Eric Ciotti à Besançon et les reproches que je viens de lui faire, qui s’avéreraient alors complètement périmés ?

Violences: comme un pavé dans la mare du président

Macron adopte le parti du Désordre


Emmanuel Macron avait l’intention d’incarner le parti de l’Ordre. Mais les violences du 1er mai ont sérieusement écorné l’image qu’il comptait renvoyer, au point de voir resurgir l’ombre d’un ancien président…


La semaine du fameux match opposant Emmanuel Macron au duo autoproclamé  « irrévérencieux » Bourdin-Plenel – qui, à leur corps défendant, a bien profité au président – le locataire de l’Elysée avait programmé une séquence. Dès le lundi matin, avant même que nous apprenions qu’il irait se mesurer aux vedettes de Mediapart et BFM TV, les forces de police s’approchaient de Notre-Dame-Des-Landes. Il devait aussi aller le jeudi midi discuter avec Jean-Pierre Pernaut, l’homme qui murmure à l’oreille des retraités de France. Toute la semaine était placée sous le signe du parti de l’Ordre, comme on disait au mitan du XIXe siècle. Autorité et Réconciliation, nous susurrait-on du côté du Château.

Le parti de l’Ordre vacille déjà

Bref, il s’agissait de gagner des points à droite, d’étouffer Laurent Wauquiez, dont on craint qu’il n’arrive peu à peu à reconstituer le socle réuni par François Fillon il y a un an. Qui sait si ces vingt points ne suffiront pas, en 2022, pour accrocher le strapontin du second tour ? Avec une abstention forte des Insoumis, prônée par ses dirigeants, ce serait alors gagné pour l’homme à la parka rouge. Il fallait donc priver Wauquiez d’oxygène immédiatement. L’isoler, le pilonner, le moquer, le trianguler, aller sur son terrain. Le sondage indiquant le président de LR à 8% arrivait à point, juste après ladite séquence. « Jupiter » pouvait savourer son bon coup, sous les vivas de la foule médiatique.

Sauf que.

Lorsqu’on joue à incarner le parti de l’Ordre, il faut pouvoir l’assumer au-delà d’une séquence d’une semaine et deux émissions de télé réussies. Et de quoi s’aperçoit-on depuis quinze jours ? Notre-Dame-Des-Landes n’a toujours pas été évacuée de ses zadistes ; les images de Tolbiac vandalisée ont été vues par toute la France ; du côté de la frontière franco-italienne, Génération Identitaire joue aux garde-frontières, sous le regard passif du ministre de l’Intérieur ; et des centaines de militants cagoulés s’installent en tête de la manif du 1er mai, et commettent leurs exactions habituelles. Ce printemps 2018 n’est pas terminé que le parti de l’Ordre vacille déjà.

Chienlit, Kärcher et Jupiter

Cette perception ne se traduira pas immédiatement dans les études d’opinion mais l’idée qu’il vacille avance imperturbablement. Le charisme et l’énergie du ministre de l’Intérieur commencent à être mis en cause et il se pourrait bien que cela soit en partie injuste. Celui qui a voulu s’ériger en parti de l’Ordre, et le marteler dans cette première quinzaine d’avril, c’est « Jupiter » lui-même. Jupiter contre la chienlit ! Et si la chienlit s’installe, c’est donc Jupiter qui sera le seul responsable. Le seul coupable.

Il me revient une expression célèbre. Un ministre de l’Intérieur, qui ne pensait pas à l’Elysée qu’en se rasant, avait un jour évoqué la volonté de passer le Kärcher dans des territoires perdus de la République. Il avait tout fait pour qu’on l’associe à cet outil de nettoyage germanique. Il n’est pas complètement impossible que cela put l’aider à accéder au pouvoir suprême quelques années plus tard. Mais le Kärcher fut remisé dans un placard. Et, dans l’électorat populaire, on a beaucoup dit en 2012 que le président sortant n’avait pas perdu parce qu’il avait voulu passer le Kärcher, mais parce qu’il y avait piteusement renoncé. On évoque souvent les bonnes relations entre Emmanuel Macron et cet ancien président. Sans doute ce dernier aurait pu mettre en garde l’actuel chef de l’Etat. Malheureusement, il aurait fallu que lui-même, pour prodiguer un tel conseil, ait quelque capacité à l’autocritique.

Evidemment, comme le style de Nicolas Sarkozy – tout le monde l’aura reconnu, sous son loup – et celui d’Emmanuel Macron sont fort différents, le parallélisme des situations n’est pas parfait. « Jupiter » se meut bien plus en douceur, dans le style gaullo-mitterrandien. Mais l’intention était malgré tout la même. Incarner l’Ordre. L’Autorité de l’Etat. Qu’on le fasse en plastronnant ou lors d’une séquence de communication réussie, il faut pouvoir assumer derrière. Dans le cas contraire, tout cela apparaît tôt ou tard, comme un lancer de boomerang mal ajusté. Et il n’est pas facile de rattraper l’objet dans ces conditions.

Emmanuel Macron peut remercier Bourdin et Plenel


Hier soir, pendant plus de deux heures et demi, en mordant les mollets du président sur l’islam, l’immigration ou Notre-dame-des-Landes, ses deux contradicteurs Bourdin et Plenel lui ont permis de gagner des points à droite. 


Après le « good cop » Pernaut de jeudi, Emmanuel Macron était donc confronté à deux « bad cops », ce dimanche soir. Le ton de Jean-Jacques Bourdin et d’Edwy Plenel, et leur tendance à transformer leurs questions en plaidoyers politiqus, étaient évidemment prévus par le président de la République. Il s’y était manifestement préparé et c’était sans aucun doute une volonté de sa part d’y être soumis.

Jupiter conforté sur son trône

Tout l’objectif des deux journalistes était de faire descendre Jupiter de son trône, celui du monarque républicain. Tout l’objectif d’Emmanuel Macron était de demeurer sur son trône pendant l’émission. L’essentiel n’était pas pour lui de réussir à tous les coups, mais de démontrer que ledit trône existe encore. Sur ce plan, la partie était gagnée d’avance, grâce à l’aide des deux boxeurs qu’il avait en face de lui. En s’efforçant de toujours l’appeler par son nom et jamais par son titre, Bourdin et Plenel, en voulant le faire descendre du trône, en confortaient paradoxalement la stature. Ils faisaient oublier que toute la politique d’adaptation à la mondialisation d’Emmanuel Macron ne constitue, par définition, que le produit d’une contrainte extérieure, et que le trône est parti depuis longtemps du pays, surtout dans le domaine économique.

Plenel, gauchiste de service

En matière internationale, tout l’objectif d’Emmanuel Macron a été de se placer en tant qu’acteur diplomatique majeur et apôtre du multilatéralisme, après les frappes sur la Syrie. Ce n’était pas gagné d’avance, convenons-en mais son explication fut plutôt habile. Elle ne sera réellement convaincante que si les promesses d’actes diplomatiques d’ampleur sont tenues, en particulier en direction de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

C’est sur les sujets nationaux que la bagarre avec Bourdin et Plenel s’est tenue. Sur les dossiers fiscaux, sur la santé, sur la SNCF comme sur les universités et Notre-Dame-Des-Landes, Jean-Jacques Bourdin donnait, comme pour ses entretiens habituels, l’impression d’engueuler le président, ce qui n’avait pas l’air d’émouvoir particulièrement ce dernier, qui préférait réserver des piques à Edwy Plenel. Le patron de Mediapart a joué le rôle pour lequel il avait été choisi : le gauchiste de service, faisant apparaître Emmanuel Macron comme le dépositaire de l’ordre et l’autorité républicains. Plenel savait-il en arrivant à Chaillot qu’il jouerait aussi admirablement le rôle d’idiot utile du macronisme ?

Macron réservé face au voile

Après avoir interrogé le président sur l’inutile sujet du livre de François Hollande, Jean-Jacques Bourdin a eu la bonne idée de le questionner sur l’islam. Les questions étaient précises, notamment sur l’état d’esprit d’une bonne partie de la jeunesse musulmane. On n’est pas forcément certain que la fermeture de trois mosquées et la division par deux du nombre d’élèves par classe aient été de nature à rassurer les téléspectateurs. Sur ce sujet, Edwy Plenel a cru bon de ramener la question du voile islamique porté par les accompagnatrices des sorties scolaires. Cela a donné l’occasion à Emmanuel Macron de livrer ses réserves sur ce vêtement, dont il a dit qu’il était étranger à la civilité française, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’à présent.

Feu sur Wauquiez!

Sur l’immigration, Edwy Plenel a également permis au président de la République d’apparaître plus ferme qu’il ne l’est réellement, se plaçant ainsi sur le terrain qu’il voulait occuper, celui du président de LR Laurent Wauquiez. De l’évacuation de Notre-Dame-Des Landes au journal de Pernaut, et du discours des Bernardins aux baffes à Plenel, cette semaine constituait bien une offensive territoriale contre l’homme à la parka rouge, considéré aujourd’hui comme le danger numéro un pour 2022.

Denis Balbir, carton rouge d’une croisade morale


Pour avoir malencontreusement prononcé le mot « pédé » en se croyant hors antenne, le commentateur est exécuté en place publique. Au nom de la lutte contre l’homophobie, on abolit la vie privée…


Dans Le goût des autres, la réalisatrice Agnès Jaoui met en scène un petit patron beauf, joué par Jean-Pierre Bacri, qui a le malheur de prononcer le mot « pédé » sous sa forme d’insulte familière. Immédiatement, un acheteur d’arts homosexuel lui fait remarquer vertement ce que cette insulte a d’homophobe.

Finalement, le beauf joué par Bacri se révélera beaucoup plus sympathique et ouvert d’esprit que le snob incarné par Wladimir Yordanoff, lequel sera suspecté de vouloir profiter de l’inculture dudit homophobe pour lui vendre une fresque de son fiancé. Jaoui n’est pas suspecte de nager dans l’univers de la droite Manif pour tous ni de celui de certaines tribunes dont les « Oh hisse, enculé ! » fleurissent contre le gardien de but adverse. Mais, lorsqu’on découvre hier matin l’affaire Balbir qui a mis le feu à Twitter, on ne peut s’empêcher de demander si, dix-huit ans après, ce film pourrait encore recueillir le César du meilleur film. Le temps est aujourd’hui aux « Social Justice Warriors » (SJW), il n’est plus à la complexité.

En marge du match de Ligue Europa OM-Leipzig qu’il commentait avec Jean-Marc Ferreri, Denis Balbir a utilisé la même expression que Jean-Jacques Castella du Goût des autres contre les joueurs de Leipzig qui ont mordu la poussière hier soir au Stade Vélodrome.

Mais il ne l’a pas dit à l’antenne, ce qui aurait effectivement constitué une faute professionnelle. Il l’a glissé à son comparse après le match, hors-antenne. Il l’a fait dans un contexte et au cours d’une conversation strictement privés. Seulement voilà, il y avait dans la chaîne quelqu’un qui a capturé la phrase et qui a décidé de la balancer sur les réseaux sociaux. Les excuses de Denis Balbir n’y ont rien fait, il a été suspendu de ses fonctions par le groupe M6 en quelques heures. Sa carrière professionnelle est aujourd’hui en danger de mort, pour une parole prononcée dans un cadre privé.

A tous ceux qui pensent que l’important, c’est que le combat contre l’homophobie soit gagné et qui considèrent que cela passe par le recul d’expressions qui y contribuent, ce que nous pouvons approuver, il faut poser la question suivante : tous les coups sont-ils permis ? Faut-il, de manière déloyale, traquer la parole privée et l’assimiler désormais à la parole publique ? S’ils répondent positivement à cette première interrogation, il leur faudra aussi répondre à la seconde : sont-ils si irréprochables en privé ? N’y ont-ils jamais prononcé la moindre parole qui pourrait déclencher le courroux numérique d’une meute des justiciers du Net ? Qu’ils prennent quelques secondes pour bien y réfléchir ! Peut-être alors se rendront-ils compte du monde dans lequel ils nous plongent, doucement mais sûrement.

Obsédés par Paris, les nationalistes corses se trompent d’ennemi


Les nationalistes corses s’en prennent à un supposé « Macron jacobin » quand ils devraient viser le « Macron mondialiste ».

Il est parfois des critiques qui me donnent envie de défendre Emmanuel Macron. Celles qui ont suivi son déplacement en Corse en font partie. Qu’on se rassure, je ne céderai pas à cette facile tentation. Le clivage préféré du président de la République, qui sépare en toutes occasions les partisans de l’ouverture et ceux de la fermeture n’a rien pour me séduire. Mais s’agissant de la Corse, il n’est pas celui qui m’a agacé le plus.

La mauvaise foi appelle la fermeté

Dès le début, le duo qui dirige aujourd’hui la collectivité insulaire, a démontré sa mauvaise foi crasse, accusant Emmanuel Macron de provocation alors qu’il les multipliait lui-même. Jean-Guy Talamoni qui parlait du drapeau national comme celui d’un « pays ami », et qui, alors qu’il préside une assemblée qui doit sa légitimité aux lois de la République, refuse de la représenter lors de l’hommage dû à un préfet assassiné. Jean-Guy Talamoni toujours, qui ne laisse passer aucune occasion d’évoquer des « prisonniers politiques », comme autant de crachats à la République, à propos de ceux qui, justement, ont lâchement assassiné ce représentant de l’Etat qui refusait une protection rapprochée. Et Gilles Siméoni, jouant les « good cop » quand son alter-ego Talamoni serait le « bad cop », qui dénie à Jean-Pierre Chevènement le droit d’être présent à l’hommage à Claude Erignac, et qui accuse le président de la République de provocation, parce que cet ancien ministre de l’Intérieur avait eu le front d’envoyer un préfet de combat, après que le prédécesseur avait été assassiné. Dans mes souvenirs, lorsque des milliers de Corses avaient défilé pour s’élever contre l’assassinat de leur préfet, il ne me revient pas qu’ils réclamaient Gandhi au Cours Napoléon.

Face à Siméoni et Talamoni qui faisaient monter les enchères, alors qu’ils ont été élus pour exercer des compétences définies par la loi lors d’élections dont le taux de participation devrait inviter à davantage de modestie, il fallait qu’Emmanuel Macron fasse preuve de fermeté. Sans doute une autre attitude de ses interlocuteurs aurait pu inviter à davantage d’ouverture. Tout est affaire de contexte. Parce qu’il faut bien reconnaître que la demande de statut de résident répond à des problématiques qui existent bel et bien. Et qui peuvent exister aussi sur le continent. Il faut reconnaître aussi que les enfants des prisonniers corses ne sont pas responsables des crimes et délits de leurs parents et qu’une solution devrait être trouvée, en Corse comme ailleurs.

Le nationalisme corse a 50 ans de retard

Mais Siméoni et Talamoni ont dès le début souhaité défier Paris ! Paris la jacobine ! La bonne blague ! Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu… Paris la jacobine ? Si seulement ! Paris n’est plus jacobine depuis longtemps. Quand on entend Siméoni et Talamoni, et parfois d’excellents bons esprits (sauf sur ce sujet) reprendre cette antienne, on hésite entre hilarité et consternation. Non, Paris n’est plus jacobine depuis longtemps. Petite parenthèse en direction de M. Talamoni qui se voit en pays colonisé, il est rare que la capitale d’un pays colonisateur se donne un maire de la colonie en question. Pourtant, d’après mes informations, Jean Tibéri a bien été maire de la fameuse Paris jacobine. Et le clan corse à la Ville n’a rien d’une légende. Il est même arrivé qu’un Corse accède aux fonctions de ministre de l’Intérieur. Deux fois, ces trente dernières années. Paris la jacobine ? Cette page est tournée depuis bien longtemps.

Aujourd’hui, Madame Hidalgo ne parle plus que de « Ville-Monde » et se fiche bien de la Nation, de la République et de l’Etat. Ce qui l’intéresse, c’est d’imiter ses homologues londonien et new-yorkais, en moquant cette province dont les beaufs votent si mal, pour le Brexit ou pour Trump. Cette volonté de se détacher de la Nation n’a rien de jacobine, c’est même le contraire du jacobinisme, ce républicanisme ardent. Comment peut-on entretenir cette fiction de Paris-qui-décide-de-tout alors que, depuis bien longtemps, Paris ne décide plus de grand-chose ? Qu’on décide en fait à Bruxelles, à Francfort, à Washington, et dans les petites féodalités créées par la décentralisation.

Décentralisation, piège à…

La décentralisation, parlons-en ! Parce qu’il va bien falloir se décider à faire son bilan. Il va bien falloir déterminer sa part de responsabilité dans la toute-puissance de la grande distribution, dans l’enlaidissement de nos entrées de villes, dans la mort de nos bourgs-centres, dans l’accompagnement de la métropolisation dont profite justement la région parisienne jusqu’à l’étouffement, comme le montre à épisodes réguliers le blocage complet provoqué par les premiers flocons de neige. La décentralisation ! C’est en son nom qu’on a, par exemple, regroupé la Bourgogne et la Franche-Comté, c’est en son nom que Monsieur Rebsamen, qui se prend pour le Duc d’une Grande Bourgogne, traite les Franc-Comtois de « gougnafiers », parce qu’ils manifestent de la mauvaise humeur à tout voir partir à Dijon. Ma Franche-Comté, je l’aime. Elle n’a pas à rougir devant les quatorze ans d’indépendance corse. Dole a résisté bien plus longtemps face au Grand Condé. Besançon a subi le canon de Vauban. Et pourtant la Franche-Comté est française. Elle en est fière, et elle ne souffre pas moins que la Corse dans la mondialisation sauvage. Elle souhaiterait un Etat qui fasse son travail, qui la protège des ravages du libre-échange. Pas d’un Etat qui s’efface et qui lui dise « démerde-toi », en lui déléguant un pouvoir réglementaire.

En Corse comme en Franche-Comté, on ne vote d’ailleurs plus beaucoup. Il faut dire que lorsqu’on lui demande son avis sur une question importante, on s’assoit dessus ensuite. En 2005, dans la France entière, le peuple avait dit non à la constitution européenne. Trois ans plus tard, on faisait passer un traité quasi-identique par la fenêtre. En 2003, les Corses refusaient la collectivité unique et souhaitaient conserver leurs deux départements, vestiges du jacobinisme. Nationalistes, autonomistes, et vieux partis en capilotade se sont entendus pour piétiner aussi cette décision souveraine. Alors la moitié d’entre eux ne va plus voter et, par leur abstention, dit aux natios : « démerdez-vous, montrez ce dont vous êtes capables ». Ils leur disent en gros ce qu’Emmanuel Macron a dit l’autre jour, et qui a été pris pour du mépris.

La Corse a rendu service à Macron

Qu’on ne s’y trompe pas. On ne répondra pas aux fractures françaises par moins d’Etat, moins de République, moins de Nation. On ne répondra pas aux souffrances de la France périphérique par un « démerdez-vous ». En fait, Emmanuel Macron en rêve ! Le dépeindre en Jupiter jacobin, n’est-ce pas en fait lui rendre un sacré service ? Si son image s’est améliorée, c’est grâce à cette posture dont il sait qu’elle correspond à une demande réelle. Le critiquer sur ce thème, c’est lui rendre service. A bon entendeur…

Changement de nom du FN: est-il déjà trop tard?

Le premier tome des mémoires de Jean-Marie Le Pen devrait donc être publié début mars en guise d’apéritif du congrès du Front national (FN) le même mois. Clin d’œil du patriarche fondateur aux adhérents du parti, dont il veut toujours croire qu’il en demeurera le président d’honneur. Clin d’œil à la plus jeune de ses filles, Marine, qui a repris la boutique familiale il y a sept ans. Un septennat, un siècle, une éternité. En réalité, on se demande bien si Jean-Marie Le Pen a le cœur à témoigner des signes sympathiques à celle qui lui a succédé. Celui qui déclenchait son agacement, qu’il dépeignait en gourou de sa fille, Florian Philippot, a pourtant vidé les lieux.

Front populaire

Mais Marine Le Pen semble ne plus savoir où elle habite. Alors que le départ de son stratège préféré, qu’elle a finalement poussé vers la sortie, tout en assurant ne pas avoir l’intention de troquer sa ligne « ni-droite ni-gauche » par une ligne « à droite toute », l’a considérablement affaiblie à l’intérieur de son propre parti, la présidente du FN a toujours l’intention de changer le nom du parti. La semaine dernière, notre consoeur, Pauline de Saint-Rémy, toujours bien informée, dévoilait sur l’antenne de RTL que les réponses des adhérents FN à cette question s’avéraient catastrophiques pour Marine Le Pen. 80% d’entre eux souhaiteraient conserver la marque FN. Un vrai désaveu pour Marine. Un triomphe pour Jean-Marie.

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La présidente, afin de démontrer qu’elle demeurait fidèle à la ligne qu’elle avait développée pendant sept ans, a promu Sébastien Chenu. Issu des mêmes eaux souverainistes anti-Maastricht, tout en étant plus souple que Florian Philippot sur la question de l’euro, ce dernier constitue une nouvelle vitrine. Une différence subsiste néanmoins. Florian Philippot n’était pas qu’une vitrine. Il était aussi au four des idées et au moulin de la stratégie. Beaucoup de projets de communiqués passaient entre ses mains. Ainsi a-t-il pu déjà fustiger la position du FN sur le glyphosate et en faire le témoin d’un nouvel alignement frontiste sur la doxa européenne.

Marine Le Pen ne sait plus où elle habite

Mais revenons à ce vieux serpent de mer du changement de nom. A juste raison, Jean-Marie Le Pen faisait de ce chiffon rouge l’œuvre de Florian Philippot. Lequel en avait trouvé un, « Les Patriotes », avant de le garder finalement pour lui. Mais aujourd’hui, alors que le FN souhaite se recentrer sur ses fondamentaux sécuritaires et identitaires, pourquoi changer la marque du fondateur ? Parce que Marine Le Pen veut montrer qu’elle habite encore quelque part, contrairement à ce qu’ose raconter une certaine presse dont fait partie votre serviteur. Et cette volonté de le démontrer à tout prix dévoile en fait son embarras. CQFD.

Mais ce n’est pas parce que Marine Le Pen continue de donner des signes de sa fragilité que Les Patriotes de Florian Philippot disposent d’une autoroute à deux fois trois voies devant eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de ce côté, on sait où on va, et on y va avec panache, prenant des risques énormes. Le sort des numéros deux de l’histoire du FN n’incite en effet pas à l’optimisme. Bruno Mégret fit scission en 1998 dans de bien meilleures conditions et avec bien plus de cadres que ne l’a fait Florian Philippot cet été. On se souvient de ce qu’il advint de son aventure, dont certains chevau-légers entourent aujourd’hui Marine Le Pen et furent au premier rang de ceux qui l’ont incitée à bouter Philippot hors du FN.

Les Patriotes vs. Front national, premier test fin janvier

Non content de prendre le risque de la séparation, voilà que quelques mois plus tard, le patron des Patriotes décide d’envoyer son lieutenant le plus solide, mais aussi le plus exposé, au feu électoral. Souvent accusée d’utiliser le parachute électoral, Sophie Montel qui, d’après nos informations, « s’amuse terriblement » à écrire un livre sur sa « désillusion » mariniste, a donc décidé d’aller visiter une nouvelle terre électorale, le Territoire de Belfort, où l’invalidation de l’élection du député LR Ian Boucard par le Conseil constitutionnel a provoqué un nouveau scrutin. Le premier tour aura lieu le 28 janvier prochain et un premier débat s’est tenu ce dimanche sur l’antenne de France 3Franche-Comté.

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On y a beaucoup parlé d’économie en général et d’Alstom en particulier, puisque la circonscription abrite l’usine historique de l’entreprise. Et on a pu y déceler une ligne de partage décoiffante, avec d’un côté les « libéraux », à savoir le candidat de la majorité présidentielle issu du MoDem, Christophe Grudler, celui du FN Jean-Raphaël Sandri, et de l’autre les « étatistes », c’est-à-dire tous les autres candidats, ce qui n’est pas très étonnant de la part du PS tendance frondeuse Arthur Courty, de la candidate FI Anaïs Beltran et même de Sophie Montel. Le fait de trouver le candidat LR de ce côté de la barrière n’est en fait étonnant que depuis Paris. Ian Boucard ne cache pas faire partie de la sensibilité la moins libérale de son parti. Je l’ai personnellement entendu évoquer « l’obsession des 3% » à propos de l’orthodoxie budgétaire sauce bruxelloise.

Il est peut-être déjà trop tard…

Ce qui se joue dans cette circonscription, plus que de savoir si la majorité macroniste gagnera un siège supplémentaire aux dépens de LR, c’est évidemment le rapport de force entre Montel et Sandri, entre Les Patriotes et le FN. Si Sandri réussit à fidéliser l’électorat FN sur le logiciel libéral-identitaire très en phase avec le secrétaire général Nicolas Bay, et que Sophie Montel hérite, malgré un terreau sociologique et économique favorable à son discours, d’un score décevant, de l’ordre de celui promis à son nouveau parti par les instituts de sondages pour les élections européennes, Les Patriotes auront perdu une première manche décisive, leur promettant de devoir beaucoup ramer dans les prochaines années, à l’image du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Si au contraire Montel fait jeu égal avec Sandri, voire le dépasse, ce serait un coup de tonnerre électoral. Une véritable défaite pour Marine Le Pen. Son idée de changer le nom de son parti demeurerait perdant à tous les coups. Dans le premier cas, c’est surtout la marque qui serait décisive dans la fidélisation de l’électorat. Dans le second, cela signifierait surtout que ce changement de nom arrive bien trop tard et que pousser Philippot dehors constituait une erreur funeste.

Obono défend Bouteldja, Mélenchon se reconnaît bien las

Jean-Luc Mélenchon est débordé au sein de son propre parti par « celles et ceux » qu’il a fait élire. La député de la France insoumise, Danièle Obono, a une nouvelle fois fait parler d’elle hier en défendant Houria Bouteldja.


Danièle Obono ne facilite décidément pas la tâche à Jean-Luc Mélenchon. Mais est-ce vraiment son intention ? Ce dimanche, si elle a définitivement largué les amarres avec Dieudonné, elle a pris la défense de sa « camarade » de lutte anti-raciste, Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République (PIR).

Alors que la France insoumise est exposée à la critique de complaisance avec le PIR depuis des semaines, que la députée de Paris est accusée d’être elle-même complaisante avec le combat de l’auteur de Les Blancs, les Juifs, et nous, elle vient apporter une preuve matérielle à son dossier d’accusation. Qu’il nous soit permis de plaindre un instant le politiste Thomas Guénolé, qui avait naguère fustigé avec force et précision le discours de Houria Bouteldja, et avait pris il y a quelques jours la défense de Danièle Obono. Il doit éprouver aujourd’hui quelque sentiment de trahison. Mais qu’en est-il de Jean-Luc Mélenchon ?

Obono, Autain & co. : anarchy in the FI

Depuis l’élection présidentielle, il a perdu de la superbe qui lui avait permis une campagne impressionnante de pédagogie et d’entraînement. On était admiratif devant le tribun. On se méfiait tout de même de l’influence du mouvement « Ensemble » et on l’avait même mis en garde sur Causeur.fr. On lui faisait aussi remarquer que c’est parce qu’il avait complètement épousé la logique présidentielle de la Ve République (« Qui m’aime me suive »), sans s’embarrasser de savoir s’il aurait le soutien du PCF ou de la myriade de partis de gauche radicale, qu’il avait réussi l’exploit de tripler le score que lui promettaient les sondages au début de la campagne. Et on l’exhortait à arrêter de causer VIe République, alors que la Ve lui allait comme un gant.

Mais voilà, l’élection présidentielle est terminée et avec elle, la logique présidentielle qui l’accompagne. Le côté foutraque de la France insoumise a repris le dessus. La gauche radicale a parfois des airs du centrisme et de son image bayrouiste des grenouilles qu’il faudrait transporter dans une brouette. Maintenant que Jean-Luc Mélenchon ne peut plus dire « c’est moi le candidat » et qu’il a permis de faire élire Danièle Obono et Clémentine Autain dans la foulée de son excellent résultat, tout le monde pense avoir une part de son score à l’élection présidentielle alors que c’est lui et personne d’autre qui a fait près de 20%. L’ex-candidat ne peut pas faire régner l’ordre, prisonnier de ses déclarations enflammées pour la VIe République.

Marine Mélenchon

Lorsque Danièle Obono a commencé à faire parler d’elle, Jean-Luc Mélenchon l’a soutenue publiquement ; cela avait quelque part un certain panache ; on ne lâche pas ainsi ses ouailles. On peut d’ailleurs soupçonner qu’il avait relancé la polémique sur le caractère religieux du drapeau européen afin de faire oublier les déclarations de sa protégée et démontrer qu’il n’avait aucune leçon à recevoir de quiconque en matière de laïcité. Alors qu’il aurait été bien plus juste et efficace d’attaquer ce drapeau sur son versant politique, il a visé à côté de la cible en l’associant à la Vierge. Et on l’a retrouvé, en début de semaine, témoignant une certaine lassitude, reconnaissant que Macron avait gagné, ce qui ne lui ressemble guère…

Cette lassitude n’est-elle pas plutôt le fait de sa situation politique personnelle ? N’a-t-il pas intégré lui-même toutes les critiques qu’on se permet aujourd’hui de lui adresser ? Ne ressent-il pas actuellement un certain inconfort dans cette France insoumise qui tire à hue et à dia ? On a de plus en plus l’impression que Jean-Luc Mélenchon se retrouve dans une situation symétrique à celle de sa meilleure ennemie Marine Le Pen. Chef d’un collectif auquel il se sent de moins en moins en capacité d’imposer ses vues et ses convictions. Sauf que Mélenchon a bien plus de caractère que la présidente du FN et qu’on ne le voit pas vraiment en rentier de situation.

Back in the NPA

A la tête du Front de gauche, il avait réussi en 2012 un score qu’on n’attendait pas (11,1%). Déjà peu à l’aise entre 2012 et 2015, il avait fini par envoyer balader ce Front et par créer son mouvement d’aujourd’hui. La lassitude de Jean-Luc Mélenchon va-t-elle se muer en déprime ou en colère ? Ceux qui le mettent autant en difficulté devraient comprendre que sans lui, ils ne pèseraient pas dans les urnes. Avec le programme du NPA, la France insoumise obtiendra le score du NPA. Décourager Mélenchon, c’est scier la branche sur laquelle on est assis. A bon entendeur !

Wanted, Marine Le Pen a disparu

Invitée de L’Emission politique, Marine Le Pen n’a pas semblé plus assurée hier soir que lors de son débat raté de la présidentielle

Marine Le Pen était l’invitée de L’Emission politique, hier soir. Elle était attendue puisque c’était sa première grande émission depuis le fameux débat du second tour de l’élection présidentielle. Mais plus encore, la première après le départ de son stratège Florian Philippot. C’est d’abord sur l’euro, point d’achoppement avec ce dernier, qu’elle a été interrogée par François Lenglet. C’est peu dire qu’elle n’a pas été plus convaincante que face à Emmanuel Macron.

L’euro, monnaie gênante et trébuchante

Cette fois, ce n’est pas la distinction entre monnaie unique et monnaie commune, insuffisamment maîtrisée, qui l’a fait trébucher, mais le nouveau calendrier du FN, faisant de la souveraineté monétaire un aboutissement et non plus un préalable, laissant même entendre qu’une sortie de l’euro n’était plus obligatoire si on arrivait à réformer la gestion de la monnaie. Marine Le Pen favorable à la perspective de « l’euro sympa », c’était effectivement nouveau, mais on n’y croyait guère, pas davantage qu’elle-même à ce moment-là, d’ailleurs. Marine Le Pen sait très bien, pour l’avoir dit elle-même pendant deux campagnes présidentielles, que la monnaie est d’abord un outil politique et que sa gestion constitue une arme pour faire plier ceux qui refusent de rentrer dans le rang. Qu’on en parle aux Grecs qui ont été menacés par Mario Draghi de voir leurs banques privées de liquidités au plus fort de la crise de 2015.

À terme, la France doit-elle sortir de l’euro? « Nous allons voir », répond Marine Le Pen.  21:27 – 19 oct. 2017

La présidente du FN a malgré tout lâché les véritables raisons de sa volte-face : les sondages et le marketing électoral, qu’elle a pourtant fustigés en fin d’émission, comme pour mieux se convaincre qu’elle n’y avait pas cédé elle-même.

Tout est à refaire

C’est ensuite Laurence Parisot qui est venu lui porter la contradiction sur le sujet du féminisme. C’est à ce moment-là que Marine Le Pen a été la plus à l’aise. Divine surprise pour la présidente du FN que cette invitée mystère : une ancienne présidente du Medef. Elle a ainsi pu développer la défense des petits et des sans-grades, au féminin. Un peu d’oxygène dans l’émission avant d’être confrontée à Gérald Darmanin qui lui a donné davantage de fil à retordre sur les questions fiscales.

Marine Le Pen ne semble pas avoir retrouvé la confiance et la sûreté qui étaient sa marque de fabrique il y a encore quelques mois. Le débat face à Emmanuel Macron pèse toujours et elle en est convenue elle-même, hier soir. Sa crédibilité en a souffert, en souffre toujours. Elle en paraît d’autant plus consciente que ce débat a été le point de départ du processus qui l’a amenée à se séparer de celui qui fut son stratège depuis 2009, pour se retrouver aujourd’hui isolée idéologiquement dans le parti qu’elle préside, et qui l’amène à dire et faire le contraire de ce qu’elle disait et faisait jusqu’au 3 mai dernier, sur les questions économiques.

Concurrents, un mot qui commence bien mal

Il ne sera pas facile de remonter la pente dans ces conditions, d’autant que Laurent Wauquiez vient aujourd’hui lui faire de la concurrence sur les questions identitaires, et que Florian Philippot développe sa petite entreprise, qu’on aurait tort de mésestimer. Invité la veille chez Zemmour et Naulleau, il a fait preuve d’une efficacité d’autant plus grande qu’il est, au contraire de son ex-candidate, en total accord avec lui-même. S’il continue d’être considéré comme un bon client dans les médias audiovisuels, son nouveau parti pourrait se développer plus vite qu’on ne l’aurait cru. D’autant plus que la prochaine échéance électorale est européenne… Les divorces sont surprenants. C’est parfois celui dont on croit qu’il va souffrir le plus qui, contre toute attente, se libère, laissant l’autre bien plus malheureux que prévu.

Présidence LR: Laurent Wauquiez, le candidat élu

« – Quand je pense qu’on allait faire des élections pour choisir un nouveau chef. Les urnes sont déjà pleines.

– Les urnes sont pleines avant les élections ?

– Oui mais on les jette à la mer sans les ouvrir, et après, c’est le plus fort qui gagne. Une coutume de chez nous. »

Ce dialogue entre Astérix et Ocatarinetabellatchitchix, lors de l’aventure corse du célèbre héros de Goscinny et d’Uderzo pourrait bien aussi illustrer ce qui se passe pendant cette pré-campagne de l’élection à la présidence des Républicains (LR). Une pré-campagne hallucinante, où un seul candidat est assuré de remplir les conditions nécessaires en termes de parrainages de parlementaires et adhérents, et où il peut même se permettre de choisir ceux qui auront le droit de l’affronter.

Un candidat pour les gouverner tous

Dans ce rôle, il ne s’agit pas d’un chef corse exilé, de retour sur ses terres, mais de Laurent Wauquiez. En droit commercial, on parlerait d’abus de position dominante, et il serait déjà sanctionné par l’autorité gérant la concurrence. Laurent Wauquiez dispose visiblement de tous les fichiers d’adhérents, il peut arroser ces derniers de mails depuis des semaines alors que certains de ses concurrents sont à moins de 4000 noms. Quand on sait qu’il faut 2347 signatures de militants pour passer la rampe, leur qualification mercredi à 20h tiendrait du miracle républicain.

D’ailleurs, l’une d’entre eux, Laurence Sailliet, proche de Xavier Bertrand a jeté l’éponge dimanche soir. Depuis quelques jours, on s’inquiète quand même en haut lieu. Si Laurent Wauquiez était le seul qualifié, que ne dirait-on pas encore sur le rapport de LR à la démocratie ? Ce serait pain bénit pour LREM et surtout les constructifs qui auraient beau jeu de railler sur « ce parti d’un autre temps » – je vous fais les éléments de langage à l’avance.

Florence Portelli: « Nous avons bradé notre souveraineté »

Donc, à la fête de la violette de son ami et soutien Peltier, Laurent Wauquiez s’est publiquement choisi un challenger, Daniel Fasquelle, incitant les militants à le parrainer. Pourtant Fasquelle est lui-même déjà trésorier, a donc un accès au fichier des adhérents et n’est donc pas le plus mal placé pour solliciter ces derniers. Quand il a découvert cette adresse de Wauquiez à Fasquelle dans le JDD, Julien Aubert qui rame pour obtenir les sésames, lui a ironiquement fait savoir via Twitter qu’il était prêt aussi à bénéficier de cette générosité. Il semble d’ailleurs que Laurent Wauquiez refuse totalement la perspective de voir le député de Vaucluse concourir. Deux parlementaires parrains de ce dernier, dont l’un issu de la région Auverne-Rhône-Alpes, ont ainsi été retournés par l’homme à la parka rouge.

Pour la 2ème fois, L.  me pique un parrain. Je passe de 13 à 12 : veut-il vraiment un débat démocratique ou juste du playback ?

Pourquoi cette attention particulière ? Serait-ce parce qu’Aubert pourrait lui manger une partie de la laine eurosceptique sur le dos ?

Un front « Tout sauf Wauquiez »?

On s’inquiète donc en haut lieu de l’image que pourrait donner ce scrutin avec un seul bulletin possible et on a demandé à Madame Levade, grande organisatrice qui avait déjà présidé la haute autorité à la primaire, de voir si on ne pourrait pas assouplir les règles, par exemple en donnant un délai supplémentaire pour obtenir les parrainages. Mais l’inflexible Anne Levade se fait tirer l’oreille. Notons qu’elle n’est pas très regardante sur l’abus de position dominante que constitue le privilège d’avoir accès aux fichiers. Dans un monde normal, son premier travail aurait été de s’assurer que tous les candidats potentiels soient à égalité pour pouvoir solliciter les parrainages. C’est ce qu’on appelle la souplesse à géométrie variable.

Julien Aubert: « Je veux restaurer la primauté du droit national sur le droit européen »

Maël de Calan, proche d’Alain Juppé, et Florence Portelli, proche de Valérie Pécresse, semblent en meilleure position que Julien Aubert pour être sur la ligne de départ. Mais en abusant de sa position, Laurent Wauquiez ne s’est pas fait que des amis. Si jamais Florence Portelli devait être sa seule adversaire, on peut compter sur sa pugnacité, et l’énervement suscité par les conditions de la pré-campagne pour voir se constituer un front TSW, « tout sauf Wauquiez ». On voit mal, par exemple, comment Julien Aubert pourrait soutenir celui qui a tout fait pour le mettre sous l’éteignoir.

Les Républicains ont besoin d’un débat idéologique

Mais le verrouillage n’est pas le seul en cause. Même avec ces abus de position dominante, on s’interroge sur la faible mobilisation des adhérents LR. Voilà 234 700 personnes censément politisées, et qui ne comprennent pas l’intérêt d’un débat idéologique dans leur parti. Peut-on l’expliquer par le traumatisme né de la guerre Copé-Fillon de 2012 ? Les militants se diraient que la démocratie interne (primaires incluses) n’a pas que des avantages et seraient nostalgique de l’ordre ancien avec un seul candidat possible ? Si c’était le cas, ces frileux militants se mettraient le doigt dans l’œil. Car la meilleure garantie de ne pas assister à une bagarre de chiffonniers comme en 2012, c’est justement de permettre un véritable débat idéologique que seule la présence de toutes les tendances peut garantir.

S’il y a un duel Wauquiez-Portelli dès le premier tour, le débat se fera sur le style et la personnalité. Les médias choisiront leur gentil et leur méchant, comme en 2012, et c’est ainsi que la campagne pourrait dégénérer. Or, LR a, comme beaucoup d’autres partis politiques, besoin d’un véritable débat sur sa ligne et son positionnement politique. Il doit discuter idéologie, afin de pouvoir exister dans la recomposition du paysage politique. C’est à ce prix que les fondations pourront être solides. Il est désespérant que les adhérents de LR n’aient pas saisi cette évidence. Plus encore, il est consternant que Laurent Wauquiez refuse, par confort, cette confrontation, prenant le risque de devenir début décembre un colosse aux pieds d’argile.