[...] lorsque je me balade en ville et que je vois, devant chez mon marchand de journaux, la promotion de revues avec force femmes en cuir et regard insistant, je trouve les affiches des Infidèles plutôt gentillettes. On me dira que la promo du ciné est soumise à autorisation et pas la pub sur la presse. C’est sans doute vrai mais il faudrait m’expliquer pourquoi. » 

C’est en ces termes que je m’interrogeais il y a une semaine en dénonçant la censure de l’affiche du film les Infidèles. Grâce à une commentatrice avisée, Carine, que je remercie au passage, je connais maintenant la réponse. Si mon marchand de journaux qui n’est pas un kiosquier -je ne vis pas à Paris- présente  des affiches faisant la réclame de revues de charme sur le trottoir attenant à son échoppe, il le fait en conformité avec les règlements ministériels, préfectoraux et surtout communaux. L’affichage des sociétés JC Decaux et Mediakiosk, quant à lui, est soumis à un autre règlement qui n’a rien à voir avec les pouvoirs publics.

Ce règlement intérieur, c’est celui de la fameuse ARPP dont il était question dans mon précédent article. Mais cette autorité de régulation n’est pas, à l’instar du Conseil supérieur de l’audiovisuel ou de l’autorité des marchés financiers, un organisme relevant de l’Etat même si son intitulé pompeux le laisse croire, y compris à moi jusqu’à samedi dernier. L’ARPP est en effet une association relevant de la loi 1901. Une association, certes présidée par un ancien ministre, François d’Aubert, mais une association dont les adhérents, publicitaires et afficheurs, doivent respecter les préconisations. Le lecteur se fera une idée en consultant à la fois ledit règlement mais aussi les statuts de l’association. Il pourra aussi consulter comment il est composé ainsi que les instances qui lui sont associées, notamment le fameux Jury de déontologie publicitaire.

Deux conclusions peuvent d’ores et déjà être formulées suite à cette mise au point.

Primo, si j’ai eu la faiblesse de me laisser influencer par l’intitulé de cette association, allant jusqu’à évoquer la censure, je ne suis visiblement pas le seul. Le Journal de 20h de France 2 mais aussi l’ensemble des médias traitant l’affaire l’ont aussi présentée comme telle. Cela ne me dédouane certes pas, mais je serai sans doute l’un des premiers de présenter mes excuses à mes lecteurs pour cette omission d’importance.

Secundo. Imaginons une campagne publicitaire, dont les initiateurs connaissent par coeur les réactions de l’association dont elle est membre ; ne pourrait-elle pas être tentée d’oser l’affiche polémique afin de se payer une deuxième campagne, complètement gratuite celle-là, car relayée par le JT de France 2, twitter, facebook, les radios, et ma pomme réunis ? Je ne dis pas que ce fut obligatoirement le cas pour l’affiche des Infidèles même si on peut constater que les affiches de rechange ont été particulièrement rapides à prendre la place de celles incriminées. Mais en revanche, je comprends mieux pourquoi les polémiques à propos de retraits d’affiches sont de plus en plus fréquentes.

Questions subsidiaires : lorsqu’on n’est pas adhérent de l’association, ce qui est quand même le droit le plus strict de toute entreprise même publicitaire, ne risque t-on pas d’être victime d’une concurrence déloyale de la part de ceux qui bénéficient de ce présumé second coup de pub gratuit ? Ne rentre t-on pas alors dans le monde merveilleux de la concurrence complètement faussée ? De même, si une pub refusée peut être un bienfait pour une grosse écurie publicitaire, en est-il de même pour une toute petite, adhérente certes mais peu influente à l’intérieur de la toute puissante association ? Dans ces conditions, on n’est pas loin de regretter que ce ne soit pas un organisme public indépendant qui prenne ce genre de décision plutôt que cette association aux allures de cartel.