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Duhamélanchon

Chez Giesbert, l’autre vendredi, une fameuse passe d’armes entre Jean-Luc Mélenchon et Alain Duhamel a éclipsé le reste du spectacle donné par le Puy du FOG. Dommage ! Il y avait quand même là, outre les chroniqueurs habituels de Semaine critique !, deux autres invités, même si, là tout de suite, leurs noms ne me reviennent pas. Ah si, il y avait l’autre frère Duhamel, Patrice – celui qui parle moins mais qui comprend ce qu’il dit. 

Bref, l’essentiel fut la joute entre nos deux bretteurs, maîtrisant parfaitement leurs passes respectives dans ce duel pour rire du “peuple contre les élites”. Dans le rôle de ces élites qui n’en finissent pas de se tromper, avec d’autant plus d’aisance qu’elles siègent au-delà de la sanction des faits, Duhamel fut comme toujours plus que parfait.

Le temps semble n’avoir pas de prise sur cet éternel adulescent de la pensée ; comme s’il n’avait tiré aucune leçon des innombrables impasses où l’ont conduit, entre truismes controuvés et purs non-sens, quarante-cinq ans de “parlologie”. Pis ! Depuis sa fameuse blague sur la présidentielle de 2007 “avec 0 % de Ségolène”, le mec a visiblement troué la couche d’ozone.

Face à ce Tocqueville de contrebande, Mélenchon en rajoute dans l’Appel au peuple, oscillant entre la gouaille sans-culotte du Père Duchesne et la sobriété terroriste d’un Robespierre. Autant dire qu’à aucun moment leurs monologues respectifs ne se croisent ; d’ailleurs, l’escarmouche la plus notable entre nos deux champions ce soir-là ne se passera pas sur le terrain politique, mais linguistique.

Au beau milieu d’une tirade cyrano-duhamélienne, Mélenchon coupe : « Permettez-moi d’opiner à mon tour ! » Et l’autre de sauter sur son siège et sur l’occasion, trop heureux de pouvoir enfoncer son contradicteur, ne serait-ce que sur la forme : « Ha ! mais non, c’est impropre ! Ça veut pas dire ça, opiner : ça veut dire approuver ! » Las ! Voilà notre donneur de leçons professionnel pris lui-même en flagrant délit d’inculture : le sens premier d’“opiner”, comme le suggère l’étymologie, c’est donner son opinion. Bref, sur ce point au moins, Mélenchon a raison !

La manière dont l’intéressé va savourer sa victoire n’a rien non plus de politique. Elle révélerait plutôt, au-delà ou en deçà, quelque chose sur l’homme qui éprouve ainsi le besoin d’achever son adversaire à coups de talon rouge : « Merci, Alain ! Avez-vous d’autres leçons de maintien à nous donner ? » Cette ironie mordante, cette distance… Soudain ce n’était plus Hébert, mais le prince de Ligne !

Cela dit, sachant que Jean-Luc fut aussi un talentueux jeune premier social-démocrate, on aimerait connaître la liste complète des rôles qu’il a dans son répertoire.

Publié dans Valeurs Actuelles, le 21.04.2011

 

2 commentaires à “Duhamélanchon”

  1. Patrick Mandon
    26 Avril 2011 à 19 h 34 min #

    Bien vu (à la télé) ! Chirac, qui n’était pas la moitié d’un sot, avait dit, un jour : « J’ai fait un cauchemar : je voyais deux Duhamel ! ». Il en eut deux, en effet, pour le prix de… deux, et même un troisième, si l’on compte leur cousin Olivier, l’augure des crépuscules, le réfrigérateur des plateaux, l’annonciateur des temps obscurs. Mais le meilleur, bien sûr, c’est Alain, la pythie des micros ouverts, l’homme qui lit dans les entrailles de la IVe République, et ne voit rien dans celles de la Ve. Pour 2012, il « voit » DSK, prétend, avec une grande force de conviction, que Giscard n’osera pas se présenter, déplore l’absence de Baladur « parce qu’il réveillerait les débats », et assure que Mme Royal n’a jamais été candidate à l’élection présidentielle !

  2. robespierre
    28 Avril 2011 à 20 h 38 min #

    « Tocqueville de contrebande » Mouarf ! (barbarisme personnel).
    Moi j’ai compté ! le grand Dudu a fait une carrière plus longue que Leonid Brejnev. Et sans sourciller ! Je pense pouvoir affirmer que notre Dur d’Hamel s’est trompé plus souvent que le grand russe. Opinons, tous ensemble !

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