Enquête sur Miss Marple
Margaret Rutherford, vous connaissez ? Elle fut à l’écran la plus célèbre incarnation de Miss Marple, détective infaillible et fantasque imaginée par Agatha Christie. L’autre dimanche sur Arte, après le Train de 16 h 50, une aventure de Jane Marple, on pouvait découvrir l’actrice dans un étonnant documentaire.
La vie de Mrs Rutherford commence comme un mauvais mélange de polar et de mélo. À 2 ans, elle est quasi orpheline : sa mère s’est pendue à un arbre ; quant à son père, qu’elle croit mort, il est en fait interné pour avoir, sans motif valable, assassiné son propre père à coups de pot de chambre !
Sans être folle elle-même, Margaret souffre de “cyclothymie”, selon ses proches. Mais c’est surtout une sacrée personnalité, non conformiste et imprévisible, en un mot excentrique au meilleur sens britiche du terme.
Longtemps cantonnée dans les troisièmes rôles et les utilités par un physique ingrat, elle trouve son emploi sur le tard, à l’instar chez nous d’un Michel Simon – avec lequel on lui trouve même un air de famille, la pauvre !
C’est à partir de la soixantaine qu’elle donne enfin toute sa mesure dans un personnage de maritorne rigolote – qu’elle soit par ailleurs duchesse, gouvernante ou détective. L’actrice est naturellement drôle, et s’en étonne elle-même : « Je n’ai jamais eu l’intention de jouer pour faire rire ! », dit-elle sans rire.
Providentiel malentendu qui va lui ouvrir les portes du succès, puis de la gloire internationale – un oscar en 1964 – et, last but not least, l’anoblissement : en 1967, la reine la fait “dame commandeur de l’ordre de l’Empire britannique”, s’il vous plaît.
Mrs Rutherford est à la ville comme à la scène : avec son mari-copain, aussi fêlé qu’elle, elle forme un couple soudé jusqu’à la tombe par une communion active dans le nonsense. Ces deux-là vivent ensemble dans un monde parallèle, qui entre souvent en collision avec la réalité – mais jamais au point de les décourager…
Un jour ils s’entichent d’un soi-disant “prince indien”, qui s’avère être en fait brocanteur à Portobello. Qu’à cela ne tienne ! Loin de lui en vouloir, ils continueront à l’héberger et à le trouver charmant.
Plus tard ils recueillent un jeune romancier bizarre, qui changera de sexe sans prévenir et tentera même de les escroquer ! « Tout ce qui vous arrive vous ressemble », comme disait Oscar Wilde.
À 70 ans passés, Margaret tombe donc logiquement raide dingue d’un pianiste canadien de quarante ans son cadet ; elle aura, d’ailleurs, toutes les peines du monde à admettre que ce sentiment puisse n’être pas réciproque ! Son époux, en revanche, ne lui tient pas rigueur de cette foucade : il en a vu d’autres.
Bel exemple, au bout du compte, que ce couple aberrant qui aura su fonder un équilibre durable sur la complémentarité de ses fêlures. « Si le monde de Peter Pan avait existé, c’est là qu’ils auraient vécu ! », conclut la meilleure amie de Margaret. Y a-t-il plus belle épitaphe ?





Bienheureux les fêlés : ils laissent passer la lumière.
Ca me rappelle un autre couple, mais lequel ?^^
Elle me plaît bien, cette anglaise saint-simonienne (de Michel Simon). J’ai beau chercher un point de désaccord avec cet article, afin de donner à mon intervention un tour polémique, je n’en trouve pas. Au contraire, je ne lui accorde que des qualités : il est plaisant à lire, il nous fait partager une fantaisie heureuse, il ne contribue pas à percer un peu plus la couche d’ozone, son bilan carbone doit satisfaire les plus exigeants parmi les écologistes, bref, M. de Koch, je me vois contraint de vous faire part de ma satisfaction. Soyez assuré que je le regrette ! Si vous continuez comme cela, je renouvellerai mon abonnement.
@Patrick mandon (pourquoi cette minuscule ?) – Ravi de te rencontrer dans l’Asile, et flatté de tant de compliments, plus justifiés que courants sans me vanter. Et j’ai gardé ton autographe !
@PK Un autre couple, voyons… Holmes et Watson ? Chapeau
melon et bottes de cuir ? Quand même pas Frigidébasile ?? Trop facile, la devinette !
Mon cher Koch,
Vous avez eu raison de souligner ce glissement graphique, intempestif, qui minora mon nom. Or, minorer son nom n’est pas bon ! Je lui ai donc rendu sa majuscule sinon sa majesté. Mais laissons cela ; vous me dites que vous avez conservé mon autographe sur votre bras, j’en suis flatté, cher Koch, mais cela m’inquiète également. Imaginez qu’une telle information parvienne aux oreilles des collectionneurs, voire à celles de mes admiratrices ! Ce morceau de votre peau qui, désormais, porte ma signature, suscitera leur convoitise. Vous risquez l’enlèvement, et, après, l’amputation. Je vous en prie, cher ami, effacez vite ce signe trop visible de mon affection pour vous, qui pourrait vous être une source de graves déconvenues. Un jet d’eau chaude et un peu de savon feront l’affaire. Épargnez-vous le sort d’un tatoué tragique !
Pour le reste, cher Basile, je veux affirmer publiquement la haute estime dans laquelle je vous tiens, et que je ne manquerai pas de rappeler à l’occasion.
@Patrick – Mille mercis, mais cessons de nous entrecongratuler, sous peine de nous faire traiter de Vadius et Trissotin par quelque jaloux.