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Et s’il ne reste qu’un punk…

Le mois dernier, je vous racontais la dernière guerre de BHL : sa campagne de Libye, après la Bosnie et le Darfour et en attendant la Syrie si tout va bien, c’est-à-dire mal.

Le même soir, sur le plateau d’On n’est pas couché, il y avait un autre phénomène dont je vous aurais volontiers parlé : un rockeur quinquagénaire répondant au nom de Didier Wampas. Mais mettez-vous à ma place : je ne pouvais décemment pas, dans le même papier, mélanger ainsi le sérieux et le futile.

Je vous entends d’ici : “Et en quoi est-il sérieux, votre rockeur ? ” L’authenticité, tout simplement. Quand d’autres se gobergent d’ingérences alimentaires, ce « punk ouvrier », comme il se présente lui-même, mène de front depuis près de trente ans sa carrière de musicien et celle d’électricien à la RATP. 

C’est qu’il faut bien vivre, et le rock alternatif ne nourrit pas son homme ; a fortiorison groupe, puisque Didier, comme son pseudo l’indique, est le leader des Wampas. Traversant les heures les plus sombres du disco, de la techno et de l’électro sans jamais se renier, ledit groupe attendra vingt ans son premier succès – sans l’attendre vraiment, c’est ce qui fait son charme.

Leur tube : une charge rock’n drôle contre Manu Chao, chanteur altermondialiste du genre engagé, mais au prix fort. Didier Wampas, lui, serait plutôt un aimable anar. De gauche, certes, mais pas prétentieux ni même sectaire : une perle dans une huître !

Ce ludion incontrôlable est capable d’enchaîner « Chirac en prison » sur un hymne de solidarité avec les « rockeurs de droite » ! Et puis d’ailleurs, un punk amateur de vélo qui lit la Bible tous les jours ne peut pas être tout à fait mauvais ! « Tout est possible,explique-t-il benoîtement, y compris d’être heureux en faisant ce qu’on veut » ; à condition seulement de « ne pas vouloir à tout prix la richesse et la gloire ».

Admirable credo, sur lequel Ruquier ne va pas manquer de le titiller. N’a-t-il pas signé un album chez Universal, symbole du capitalisme mondialisé ? « Je préfère faire perdre de l’argent à ces gens-là plutôt qu’à un petit label ! » Ne l’a-t-on pas vu à Cannes cette année ? « C’était pour la soirée Groland, et j’ai dormi dans un deux-étoiles près de la gare. »

Rien à faire ! À l’évidence, le mec est sincère, comme un Poutou du twist. Son seul luxe : après vingt-huit ans de bons et loyaux services, Didier vient de prendre sa retraite anticipée de la RATP. Il va enfin pouvoir se consacrer à sa musique – la seule chose sur laquelle il ne plaisante pas.

« Votre dernier album est très années 1970 ! », risque Ruquier. « Ah non, bondit l’autre : ça sonne pas 1970, là ! 1964-1965, pas plus, écoutez les guitares ! » L’important, c’est que ça sonne vrai.

Publié pour Valeurs Actuelles, le 5 juillet 2012

3 commentaires à “Et s’il ne reste qu’un punk…”

  1. Fred
    6 Juillet 2012 à 20 h 28 min #

    Respect ! au nom du Père, du Fils et de Ludwig Von 88 voire de Louison Bobet !

  2. sahut
    7 Juillet 2012 à 10 h 17 min #

    Oui, bien sûr, punk-fonctionnaire, ça sent la rebelle attitude, le rejet du système, pas de doute

  3. Aventin
    7 Juillet 2012 à 19 h 30 min #

    Puisque vous me forcez la main, Cher Basile

    Ultima verba

    … Quand même grandirait l’abjection publique
    A ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
    Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
    Diraient à l’exilé : – Va-t’en ! nous avons peur !

    Quand même nous serions comme la feuille morte,
    Quand, pour plaire à César, on nous renîrait tous ;
    Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
    Aux hommes déchiré comme un haillon aux clous ;

    Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
    Bannirait les bannis, chasserait les chassés ;
    Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
    Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;

    Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
    Calme, le deuil au coeur, dédaignant le troupeau,
    Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
    Patrie, ô mon autel ! Liberté, mon drapeau !

    Mes nobles compagnons, je garde votre culte ;
    Bannis, la République est là qui nous unit.
    J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
    Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit!

    Je serai, sous le sac de cendre qui me couvre,
    La voix qui dit : malheur ! la bouche qui dit : non !
    Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
    Moi, je te montrerai, César, ton cabanon.

    Devant les trahisons et les têtes courbées,
    Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
    Sombre fidélité pour les choses tombées,
    Sois ma force et ma joie et mon pilier d’airain !

    Oui, tant qu’il sera là, qu’on cède ou qu’on persiste,
    O France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
    Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
    Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !

    Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
    France ! hors le devoir, hélas ! j’oublierai tout.
    Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
    Je resterai proscrit, voulant rester debout.

    J’accepte l’âpre exil, n’eût-il ni fin ni terme,
    Sans chercher à savoir et sans considérer
    Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
    Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer.

    Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
    Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
    S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
    Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !

    (Jean-Marc Sylvestre – primtemps 2012, plutôt vers la fin)

    Et Jeanne d’Arc, elle revient quand la gamine ?

    Zavez une date ?

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