L’ « invention » de Marie
Au nom de Marie : ainsi s’appelle le documentaire diffusé par Arte le 4 novembre dernier. La réalisatrice, Dominique Gros, résume d’emblée son approche du sujet : « Pour la jeune fille catholique que j’étais, Marie était la première star » (!), mais aussi « un éternel féminin si particulier que j’ai eu besoin très tôt de décrypter son histoire ».
Résultat de ce décryptage : « du bon et du moins bon », comme le résumait excellemment cette semaine-là votre guide télé. Le bon, l’admirable même, c’est le témoignage que l’auteur recueille auprès de deux carmélites installées en Syrie, qui racontent avec une joyeuse simplicité comment elles vivent déjà l’éternité par et pour Marie.
Le moins bon, face à cette lumineuse et douce spiritualité, c’est la rationalité didactique déployée par deux intellectuels, respectivement post et antichrétien, pour démonter cette fable de la “Vierge Marie”.
Le plus redoutable est, sans surprise, le théologien Eugen Drewermann, qui fut collègue et ami de Joseph Ratzinger avant que la vie, ou plus exactement la foi, ne les sépare.
En fait de théologien, Drewermann a tout d’un “ufologue” : n’omettant jamais les guillemets lorsqu’il parle du “fils de Dieu”, il doute naturellement de sa naissance virginale, sans parler de sa résurrection… Il est pourtant, aux yeux de ce grand sceptique devant l’Éternel, un dogme intouchable : sa relecture luthériano-freudienne de la Bible. Concernant Marie, Eugen se montre sévère : ce modèle imaginaire de femme toujours vierge n’est-il pas générateur depuis deux mille ans, chez les femmes réelles, de peur de la sexualité, de culpabilité et donc de névrose ?
La jeune mère Agnès-Mariam de la Croix semble lui répondre lorsqu’elle explique : « La virginité n’est pas une affaire de morale sexuelle, mais de consécration », avant d’ajouter, dans une sorte de provocation souriante : « Vous croyez que je n’ai pas connu le désir charnel ? » Non, c’est qu’elle y a renoncé volontairement pour un amour plus grand. Et de conclure, comme si elle s’adressait directement au “père-psy” nommé Eugen : « La véritable libido de l’être humain, c’est le désir d’absolu. »
L’autre intello mariophobe de service, c’est l’écrivain et traducteur Pierre-Emmanuel Dauzat. Pour cet athée nihiliste revendiqué, la Vierge n’est bien sûr qu’un mythe ravageur ; au moins le dit-il de façon plus distrayante.
Ainsi, au terme d’étourdissantes circonvolutions intellectuelles, ose-t-il un éloge inattendu du catholicisme comme… ferment de modernité. Le développement de la liberté sexuelle, argumente Dauzat, ne puise-t-il pas ses origines dans « la séparation entre sexualité et engendrement » que symbolise la Sainte Famille ? Et celle-ci, pendant qu’on y est, n’est-elle pas tout compte fait « le meilleur argument pour l’homoparentalité » ?
Là j’ai franchement décroché, et ma mâchoire aussi…
Publié pour Valeurs Actuelles, le 17 novembre 2011
Photo © Arte





Je vois sur votre joue qui ne rougie plus à rien le signe de ralliement de ceux que plus rien n’étonne. Bienvenue chez-vous Basile : notre maison est votre maison, votre consternation est la nôtre. Le temps est venu d’un roman – essai, mémoires… – à l’honneur de notre vieille nation qui s’étiole ; vous avez l’âge de ces choses sérieuses, l’expérience de plume qu’il faut, et puis du temps libre aussi (douce feignasse). La République est française, et la France catholique. Qui rappellera d’un trait vengeur que nous ne sommes pas et n’avons pas vocation à devenir de plats anglo-saxons, protestants, prosternés, devant ce dieu dollar auquel nous ne trustons pas et cette menteuse fée réussite que nous méprisons cordialement? C’est ça où un commentaire de la somme théologique, faut choisir mon grand. Alors ? J’attends – frigide aussi – votre chef d’oeuvre : il est l’heure, le pays – ce qu’il en reste – se languit.
Lecture pour cette semaine : Ballade de la grâce (Charles Péguy)
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Les rigueurs machinales
Des sûrs caissiers,
Les vigueurs matinales
Des policiers.
Les valeurs nominales
Des financiers,
La dette terminale
Des créanciers.
Les faillites finales
Des financiers,
La dette originale
Des créanciers.
Les dures diagonales
Des balanciers,
La culbute finale
Des dépensiers.
Les terreurs doctrinales
Des justiciers,
Les fleurs médicinales
Des pâtissiers.
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