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« Made in ailleurs »

Avec son documentaire “Made in France, la grande illusion », diffusé sur France 5, Delphine Parickmiller a lancé un sacré pavé dans la mare : à l’heure où tout le monde ne parle plus que de “produire français”, l’appellation made in France est bidon, tout simplement !

Entendons-nous : il ne s’agit pas de réserver ce label aux produits intégralement fabriqués dans l’Hexagone – qui viendrait vite à manquer, dans cette hypothèse, de coton pour les vêtements et d’alligators pour les sacs. 

Mais là, franchement, il y a de l’abus dans l’air : de nombreux industriels n’hésitent pas à vendre sous l’étiquette made in France des produits entièrement fabriqués à l’étranger. La loi étant muette sur cette affaire, le vide juridique est harmonieusement comblé par un flou réglementaire dont tout le monde a tendance à profiter.

Tout le monde ? Non, car on rencontre aussi des producteurs fiers de leur appellation et prêts à se battre pour qu’elle soit contrôlée, c’est-à-dire protégée. Voici le patron de la seule vraie savonnerie de Marseille, qui nous montre avec mépris des piles de prétendu “savon de Mar seille” provenant de n’importe où, et même de nulle part.

Sans difficulté mais non sans frais, il a obtenu auprès de l’administration le droit à cette “appellation protégée” qui ne fait qu’enregistrer une évidence.

Un qui a plus de mal à faire reconnaître officiellement son travail, c’est ce jeune couturier parisien créant amoureusement ses cravates à la main, avec les tissus les plus rares, dans son studio atelier. À 80 euros la pièce, y compris la main-d’oeuvre, l’artiste ne peut pas sortir comme ça les 3 500 euros que l’administration lui réclame pour prendre en compte sa démarche.

Pas rancunier, ce Belge bien héroïque brandit plus haut que jamais l’étendard du tissu français, imprimant même fièrement sur chaque cravate “Philippe Gaber, made in Paris” !

En face il y a les profiteurs du système, qui souvent jouent dans la cour des grands. Voyez cette célèbre marque de chaussures que l’on ne citera pas, réputée notamment pour ses ballerines. Ça tombe bien parce que, selon l’enquête, lesdits chaussons de danse sont les seuls produits de la marque à être “assemblés” en France. Tout le reste provient d’un ailleurs indéterminé, et nous arrive déjà griffé made in France

Selon les normes vaguement en vigueur, apprend-on, il est licite d’étiqueter ainsi tout article dont la valeur ajoutée en France représente au moins 45 % du coût total du produit. À ce tarif, il suffit d’intégrer les frais de promotion et la marge bénéficiaire pour faire fabriquer à peu près n’importe quoi en Tunisie et l’estampiller français !

Bref, il n’y a pas en France de politique du made in France. Heureusement, maintenant, il y a Arnaud Montebourg ! S’il est un secteur qui a besoin de son fameux “redressement productif ”, c’est bien le produit-en-France, qui hélas n’est souvent qu’un emballage.

Publié pour Valeurs Actuelles, le 7 juin 2012

2 commentaires à “« Made in ailleurs »”

  1. Christian
    14 Juin 2012 à 14 h 40 min #

    Le tout « made in France » ne peut plus fonctionner dans la mesure où le principal paramètre déclencheur d’achat le prix et quasi exclusivement le prix sauf dans certaines sphères qui aiment à se singulariser du commun des mortels et plutôt situées dans les hypercentres des grandes villes et même là !. Je suis un ancien cadre dans une célèbre société bretonne de confection ( l’originale, pas le succédané parisien « branchouille » siglé Jean Paul G. ) et, déjà dans les années 80, nous devions lutter contre des importations massives de vêtements bas de gamme mais pas seulement. Les plus grandes marques de sport ( la virgule, les trois bandes, le cougar autrichien, le croco parisien, … ) fabriquaient 99% de leur production « haut de gamme » en Indonésie, Philippines et autres contrées exotiques et asiatiques. Seul l’étiquetage, soit 1% de la nomenclature des opérations de fabrication, était réalisé en Europe ou en France afin de justifier du label « made in France » ou « made in EU ». Un tour de passe-passe parfaitement légal et vous imaginez bien, qu’en trente ans, les choses ont forcément évolué dans le mauvais sens.

  2. basiledekoch
    15 Juin 2012 à 2 h 26 min #

    @ Christian – Hélas oui, mais quand on le dit sur une chaîne publique, ça mérite d’être signalé.

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