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Révélation : la politique grecque se décide à Athènes. Pas à Berlin. Pas à Bruxelles. Ni à Paris.
Etonnant, non ? aurait dit Desproges.

Ce n’est pas faute d’avoir lourdement insisté. Les Européens ont morigéné Tsipras depuis des mois, ils l’ont humilié tant que faire se peut, je me demande comment il a résisté à l’envie de donner un coup de boule sur le nez de la « chancelière », comme dit Hollande. Ou sur le nez de Hollande. La BCE a coupé l’alimentation en liquide des banques grecques, les retraités — et les autres — n’avaient qu’à se cuire des réserves de moussaka. Ah bon, il n’y a plus de moussaka ? Qu’ils mangent de la brioche ! Le camp du « oui » a reçu, lui, des subsides et des coups de main considérables — jusqu’à la manipulation des sondages qui hier encore donnaient le Oui et le Non à égalité. Intoxiquez, il en restera bien quelque chose.

C’était un plaisir d’entendre, hier soir, les hommes-liges du système financier faire grise mine et menacer. Comme titre Libé aujourd’hui : « l’Oxi gêne ». Oh oui ! Eric Woerth sur BFM, grand moment ! reprenant l’antienne de son maître Nicolas, dans le genre « Dehors les Grecs ». Ou le ministre de l’Economie allemand, sidéré que les Grecs ne se plient pas, pour la seconde fois de leur histoire, aux diktats de Berlin. Quels Allemands vont encore oser aller passer leurs vacances sous l’Acropole ?
Il y a quelques jours, Die Welt, qui est conservateur mais qui passe pour un grand journal, remarquait que les Grecs créent du désordre depuis 1821, quand ils ont cessé de se plaire à être empalés par le Sultan et se sont révoltés, mettant à mal l’Ordre européen instauré par Metternich au Congrès de Vienne en 1815. Quel culot, ces Grecs ! Aujourd’hui on leur propose d’utiliser les fonds des retraités pour continuer à engraisser les banques allemandes — entre autres — qui élaborent des montagnes de cash pour gérer les retraites des Allemands — dans ce pays qui n’est même plus capable, malgré sa soi-disant suprématie économique, de faire des enfants. Varoufakis devrait leur montrer comment on fait.

Personne ne sait trop ce qui en sortira, si la Grèce, entraînée vers les abysses par une conjuration de banquiers, s’en sortira, ou si la Grèce sortira de cette Europe faisandée que nous ont construite les financiers, depuis qu’ils ont tenté de nous faire croire que le facteur économique est déterminant en première et en dernière instance. Je sais juste que les répercussions sur les pays où se développe un fort sentiment europhobe — à commencer par la France — seront fortes. Le FMI recommande depuis plusieurs jours de réduire sensiblement la dette de la Grèce. Suivront celles de l’Espagne et du Portugal — et pourquoi pas celle de la France… Ce sont les recommandations de Paul Krugman et de Joseph Stiglitz, qui savent plus d’économie que vous et moi, depuis plus d’un an : effacer carrément la dette et pratiquer une politique de relance. Incroyable, ces Prix Nobel d’Economie qui ont l’air d’en savoir plus qu’Angela Merkel — laquelle n’est pas sortie d’affaire, le bras de fer avec Wolfgang Schäuble ne fait que commencer. On croyait que l’intransigeance du ministre de l’Economie allemand s’adressait à Varoufakis, qu’il ne supporte pas. En fait, c’était, à distance, un tir à vue sur la femme au pouvoir. Billard indirect. Il ne doit pas supporter son côté est-Allemand.

Mélenchon ou Philippot se félicitent l’un et l’autre de cette victoire du Non en Grèce. Le premier homme politique majeur qui aura l’idée de faire campagne à fronts renversés et de tirer à vue sur cette Europe-là emportera le morceau : je me demande ce que Sarko ou Juppé attendent pour appliquer les recettes de notre ami Desgouilles… Mais ils sont tellement liés à l’argent qu’ils en oublient même de se donner une chance de gagner.

En attendant, les temps à venir seront intéressants. Il s’est enfin passé quelque chose en Europe, et c’est du plus petit pays que c’est venu. Le Petit Poucet fait un pied-de-nez aux ogres qui se croient des géants. C’est tout ce qu’il peut faire, mais ce n’est pas mal.

Jean-Paul Brighelli