À propos de la réforme du collège

Madame la ministre,

Vous venez d’annoncer une réforme du collège qui était bien nécessaire — car quoi qu’ait pu dire jadis Segolène Royal, le collège est bien le maillon faible, après une école primaire qui n’apprend plus à lire et à écrire à tout le monde et avant le lycée où fort heureusement les savoirs savants ne sont plus à l’ordre du jour. Il était temps, d’ailleurs, que la réforme de Luc Chatel descende vers l’amont, si je puis dire, et que la Gauche prouve enfin qu’elle peut faire aussi bien que la Droite. Ce qui arrive depuis deux ans en Classes préparatoires est très en dessous du niveau requis : mais qui a encore besoin de classes prépas ? Vous avez l’université entre vos mains désormais depuis que la regrettée Geneviève Fioraso est allée passer la maîtrise d’économie qui lui manquait. Pensez à la mettre sur les bons rails où elle est déjà.

Mais le collège ! Quelle occasion manquée ! Certes, l’idée de commencer une seconde langue dès la Cinquième en finançant cet enseignement par les heures de première langue supprimées en Quatrième et en Troisième — nous n’avons aucun besoin de savoir l’anglais mieux que François Hollande. Et puis cette initiative assèchera la demande pour les classes bilingues ou européennes, ces refuges de l’élitisme bourgeois. Notez bien que du coup tous ces enfants des classes favorisées, et pas mal d’autres aussi, se tourneront vers le privé, y compris ce privé confessionnel que vos amis appellent de leurs vœux, vu que l’Islam n’est pas assez présent en France. À terme, cela permettra peut-être de se débarrasser de ce fardeau immense qu’est l’Education Nationale : pensez, vous pourriez être la dernière ministre du Mammouth ! La classe !

Comme vous l’avez dit vous-même, les apprenants s’ennuient à l’école, et il faut mettre enfin du divertissement dans les vieux murs des collèges — demander par exemple à Gad Elmaleh d’enseigner l’économie, et particulièrement l’économie souterraine, ou à Jean-Noël Guerini le tri citoyen des déchets ménagers : ce seraient des numéros de clowns fort appréciés des élèves. Ça, ce serait du concret — la descente dans l’ordure !

Quant à la transdisciplinarité… Enfin ! Cinq misérables heures par semaine en moyenne ! Je comprends la colère du patron du SNPDEN, le surdoué Philippe Tournier ! Seuls 20% de l’emploi du temps sont aménageables au gré des fantaisies de « l’équipe pédagogique », cet admirable concept ! C’est la totalité qu’il fallait bouleverser. C’est l’ensemble des cours qu’il fallait rendre ludiques et interdisciplinaires ! Faire officier en même temps les enseignants de Français et de Maths, avec une petite expérience amusante organisée par le prof de Physique-Chimie — le tout en anglais ! Et briser l’espace-classe — consacrer enfin le couloir comme espace pédagogique, ce qu’il est déjà, je vous le fais remarquer ! Ouvrir le collège sur la vraie vie — j’ai dans mon quartier bon nombre de petits dealers que l’on pousserait certainement à la réhabilitation si on les laissait officiellement pénétrer dans un collège où ils sont déjà installés, puisqu’ils y recrutent leurs fourmis et y écoulent leurs produits 100% naturels. De l’herbe ! Voilà de quoi séduire et ramener à vous les élus d’EELV !

C’est la notion même de « prof » qu’il fallait déboulonner ! Qu’est-ce qu’ils se croient, ceux-là, sous prétexte qu’ils ont passé un concours ! Tout le monde peut devenir enseignant ! Notez que la primarisation galopante que vous mettez en place participe quelque peu de cette entreprise de démolition salutaire. Mais pourquoi l’arrêter à la Sixième ? De toute façon, vous allez bientôt recruter n’importe qui pour faire le job, puisque plus personne ne veut s’y risquer pour gagner des clopinettes. Mais enfin, ils ont les vacances, n’est-ce pas…
Pour leur apprendre à rester à leur place (au fond de la classe et devant le distributeur de cafés de la salle des profs), il fallait faire entrer massivement dans les établissements les parents qui y campent de toute façon, et leur donner la charge pédagogique à laquelle ils aspirent — afin de mieux préparer les enfants aux rigueurs de la vie sociale. Un cours sur les meilleures blagues entendues en faisant la queue à Pôle Emploi dériderait l’atmosphère !
De même, vous n’avez rien annoncé concernant la vie du collège. Certes, les redoublements sont désormais à peu près impossibles, mais vous avez maintenu les notes, au grand dam du merveilleux président de la FCPE, l’inoubliable Paul Raoult, qui a pourtant votre oreille. À quoi pensiez-vous ?

Enfin, tout cela ne se mettra en place qu’à la rentrée 2016, sous prétexte que les DHG (Dotations Horaires Globales) sont déjà expédiées. Mais c’est là qu’il fallait faire preuve d’originalité ! Les chefs d’établissement, sous la houlette de leur syndicat-godillot majoritaire, n’auraient pas rechigné à chambouler toute l’organisation ! Parce que d’ici 2016, il peut s’en passer, des choses ! Pensez, vos demi-mesures risquent fort d’inciter les hésitants à voter définitivement FN, dès la fin du mois. Vous me direz que c’est justement cela, le plan : créer les conditions d’accession au pouvoir de Marine Le Pen, dont vous êtes, ainsi que l’ensemble du gouvernement, le sous-marin fidèle. Je suis vraiment stupide de ne pas y avoir pensé !

Jean-Paul Brighelli