Jennifer Cagole redécouvre la langue française

le+pilierNe dites plus « grammaire ». « Grammaire », c’est très mal. Dites « langue ».

Mon tuteur est effaré par ma propension à faire de la grammaire. « Mais ils n’ont rien appris en Primaire », lui dis-je. « Pas même le présent de l’indicatif. » Réflexion oiseuse. « Jennifer, me dit-il avec la patience des vrais croyants, faut que tu fasses d’la langue en t’appuyant sur un texte. Tu dois pas enseigner le complément du nom, comme t’as essayé de le faire aujourd’hui, d’une façon abstraite. Tu pars d’un texte, tu le leur fais lire, observer, tu te débrouilles pour que le savoir leur apparaisse… »
Mais enfin ! Je ne peux pas leur apprendre que le complément du nom peut être un adjectif, ou un nom introduit par une préposition, « de » ou « à » par exemple, ou une proposition relative… »
« Pas de façon abstraite. Tu pars d’un texte… »
Ah oui, la « grammaire de texte » opposée à la grammaire de phrase »… L’obsession pédago !
« Mais c’est diablement difficile, de trouver un texte — surtout un texte court — où il y aurait tout ça à la fois et rien que ça… »
« T’as trop l’souci de l’exhaustivité. Z’ont toute leur vie pour apprendre petit à petit en fonction de leurs découvertes. C’est en construisant leurs savoirs qu’ils se construiront eux-mêmes, petit à petit. »
(Là, léger silence, de façon à bien me faire apprécier l’effet-citation de sa phrase, empruntée toute crue à quelque savant colloque de pédagogie moderne…)
« Tu veux leur faire violence… », assène-t-il enfin.

Nous en sommes donc là. Je me suis efforcée depuis la rentrée à leur faire entrer des règles dans la caboche — et puis Dieu le Père est venu m’observer en classe, et j’ai tout faux. « C’est pas comme ça que tu seras titularisée en fin d’année, Jennifer », menace-t-il. Et les cours à l’ESPE ne me disent pas autre chose. « N’enseignez pas le COD. Parlez de prédicat. » « Mais le ministre lui-même… » « Les ministres passent, la Pédagogie reste. »
Des croyants. Qui de surcroît obéissent aveuglément à ce précepte évangélique, « Heureux les simples d’esprit… ». « Fesez bien attention à respecter les consignes », dit la formatrice, prof de fac recrutée parce qu’en didactique, ils se cooptent en gros nullards. Nous n’étions pas loin de 70 stagiaires dans la salle, personne n’a bronché. Ma directrice de thèse n’en décolère pas. « Ils ont asséché toutes les créations de postes dans le Supérieur pour dix ans », constate-t-elle. Mais les élèves écrivent eux aussi « fesaient ». Alors…
La langue mute sous mes yeux.

« Fesez bien attention… » Elle n’est pas la seule, à l’ESPE, à avoir avec la langue des audaces modernes. Vendredi dernier une formatrice nous diffuse un PowerPoint — l’alpha et l’oméga de la formation. Sur les deux premières diapos, l’imagination orthographique est au pouvoir. Première diapo : « les éléments qui composes », « Délimiter le champs est important pour que les lecteur comprenne la situation ». Deuxième diapo : « L’objectif est donc de se poser « les bonnes question ». Un stagiaire lui demande en toute bonne foi si ce sont là des consignes orthographiques nouvelles. Réponse de l’intervenante : « J’ai fait ça à 23h, j’étais vraiment fatiguée, je vous assure, je n’avais pas bu d’alcool… » Hmm… Déculpabilise-t-elle le travail au dernier moment, l’innovation pédagogique ou la prise d’alcool ?
Ou les trois à la fois ?
La même critique férocement Blanquer, arguant de son autorité d’enseignante du Supérieur. Et elle s’appelle Jennyfer comme moi — mais avec un –y-, ça fait plus « staïle », comme disent les mômes…

Cette même semaine, j’ai découvert la notation positive.
En Sixième, ou en Cinquième, pas question de faire une dictée non préparée. Et dans cette dictée, pas question de noter autre chose que les mots spécifiquement préparés. Et pas question que cette dictée fasse plus de cinq lignes. Il ne faut pas décourager les élèves…
Ah ? Ma foi, il m’est arrivé au cours de mes études de me prendre des tôles, je n’en suis pas morte. Mais apparemment, les loupiots d’aujourd’hui ont le cuir moins épais.
Et ils ont une créativité sans bornes. Due peut-être au fait qu’ils écrivent ce qu’ils croient entendre (prononcez-moi croyent, sale bande d’impies ! les élèves le disent, mes « collègues » le disent, mes professeurs de (dés)ESPE le disent !), et comme ils n’écoutent pas vraiment…
Une créativité due aussi au fait qu’ils n’ont rigoureusement rien appris en Primaire. Rien.
Et puis ils réinventent l’orthographe selon des règles qui leur appartiennent. Un sujet pluriel régit une forme verbale en « s », puisque c’est un pluriel. « Les chats miaules ». « Très bien », dit mon tuteur. « Il a saisi qu’il y avait un pluriel. » Oui — mais « les chats miole », je le note comment ? « Dis-moi, Jennifer, en anglais, à la troisième personne du pluriel, la forme du verbe est inchangée, n’est-ce pas… We love, you love, they love… Pourquoi le français persiste-t-il à compliquer les choses, sinon pour perpétuer les différences sociales, chaque classe sociale n’ayant pas le même accès au langage… Si nous voulons créer plus d’égalité parmi nos élèves, nous devons respecter leur choix de simplifier la langue… Tu n’es quand même pas une bourgeoise, si ? » Le vieux tourneur guevariste qui a un jour copulé pour que je vienne au monde a sûrement tressailli dans sa tombe, lui qui a toujours proclamé que le bourgeois s’abattrait à coup de parpaings, certes, mais aussi à coup de menaces grammaticalement justes…
Ah oui — mais c’était du temps où le Parti était assez puissant pour entretenir des Ecoles et des cours du soir…
Mon tuteur m’a fait remarquer que ces règles absurdes qui veulent que le verbe s’accorde avec son sujet amenaient des confusions terribles dans la tête des enfants, qui du coup sur-corrigent leurs propres textes, et rajoutent des –s- aux finales en –ent. « Autant simplifier en supprimant tous ces reliquats », ajoute-t-il.Capture d’écran 2017-10-20 à 09.00.54

[Pour la petite histoire, le texte de la dictée était tiré de l’Homme qui savait la langue des serpents, un magnifique roman estonien d’Andrus Kivirähk que je ne saurais trop vous recommander, c’est drôle (profitez bien de ce joli mot : les pédagos veulent le défigurer parce que le circonflexe, c’est compliqué) et on y trouve, sous la fable, une remarquable analyse de cette modernité frappadingue.]

Mon tuteur œuvre lui-même à réformer l’orthographe. Sur le seul exemple de devoir qu’il m’a donné, il a calmement écrit : « Repérez tous les mots qui, dans le texte, évoque les sentiments du héros ». Tel que. Un sujet pluriel régit un verbe au singulier. C’est du franglais, ou alors il a accordé « évoque » avec « texte », selon un principe de proximité plus ou moins hérité du latin — ou de sa paresse intellectuelle. A brave new world, dirait Huxley.
Et de me mettre sous les yeux une pétition tout récemment signée par son syndicat (le SGEN, pour ne pas le nommer) et lue au Conseil Supérieur de l’Education ce jeudi 19 octobre, qui réclame pour le niveau « bac – 3 », comme ils disent, un « lycée unique » qui regrouperait « les trois actuelles voies du lycée, voies générale, technologique et professionnelle, pour tendre vers un lycée sans filière favorisant les mixités ». Oui. Après le collège unique, le lycée unique. Sûr que le niveau va monter.
Comme si nous ne savions pas que sous cette avalanche de démagogie gît l’obsession ancienne du « corps unique de la Maternelle à l’Université » ! Et l’ambition de fédérer sous leur bannière, en leur faisant miroiter d’hypothétiques augmentations de salaire, tous les enseignants, du Lycée professionnel à l’Université !

Des « féministes radicales » viennent de leur côté de pondre un texte intitulé « Le vagin n’est pas un organe sexuel ». En dehors de délires utérins, on y apprend au passage que désormais le pronom « nous », quand il désigne des femmes, doit s’écrire « noues ». Si ! « Le contexte dans lequel les hommes noues pénètrent est une société sexiste, haineuse des femmes… », « Les risques qu’ils noues font encourir… », « Autant de réquisitions viriles de notre anatomie pour noues faire croire, avec Gallien, que le sexe féminin est un organe en miroir du sexe masculin, le fourreau « fait pour » l’épée… »
D’ailleurs, JPB vient de me mettre sous les yeux quelques-unes de ses copies de prépas. Eux aussi ont une créativité orthographique débordante…Capture d’écran 2017-10-20 à 09.08.29… des connaissances livresques impressionnantes…Capture d’écran 2017-10-20 à 09.09.54Capture d’écran 2017-10-20 à 09.10.51
Il faut dire qu’ils ont de bonnes références…Capture d’écran 2017-10-20 à 06.55.33« C’est le dernier que je m’attendais à trouver ici », écrit (en vert) le malheureux JPB. Encore un suppôt de la culture bourgeoise. « The times they are changin’… »

Des formes simples…
Très bien. Je les ai fait travailler sur le haïku. L’un de mes hobbies. Bashô et Paul Eluard. Dix-sept syllabes. « Comptez sur vos doigts en réalisant vos propres haïkus », dis-je. « Et n’oubliez pas : il faut essayer d’associer une sensation, une notation évoquant la nature, et un sentiment. »
Ma foi, ça n’a pas donné que des horreurs…Capture d’écran 2017-10-20 à 06.27.22Et même :Capture d’écran 2017-10-20 à 06.26.31
Et comme je parle et écris le japonais, je leur ai traduit leurs chefs d’œuvre au tableau en kanji. Ils étaient fiers comme Bar-Tabac, comme dit Bérurier.

Jennifer Cagole

Uber über alles !

GabLa revue Eléments mérite vraiment qu’on en parle. Mieux, elle mérite d’être lue, partagée, et relue. Collectionnée peut-être. Alain de Benoist, le philosophe anarchiste, bon bougre et mauvais coucheur, qui veille sur sa destinée et y produit tous les deux mois des éditos vengeurs et des articles ravageurs (et vice versa), a bien voulu répondre à quelques questions à peine orientées, suscitées par le solide dossier du dernier numéro sur l’ubérisation à marches forcées à laquelle on soumet aujourd’hui la société française mondialisée, et qui nous prépare de jolis lendemains qui chanteront faux.

Jean-Paul Brighelli. Voilà que vous détournez le « grand remplacement » ethnique cher à Renaud Camus par un « grand remplacement » économique : l’ubérisation de l’ensemble des sociétés libérales — française, entre autres. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette mutation ?

Alain de Benoist. Le « grand remplacement économique », ce n’est pas tant l’ubérisation que le remplacement de l’homme par la machine, voire par l’intelligence artificielle, à laquelle conduit l’évolution même du travail, évolution dont l’ubérisation ne représente qu’un aspect.

« On l’oublie trop souvent : le capitalisme, ce n’est pas seulement le capital, c’est également le salariat. C’est aussi le système qui repose sur la force de travail, base de la valorisation du capital, et la transformation du travail concret en travail abstrait, concomitante de la transformation de la valeur d’usage en valeur d’échange. La transsubstantiation du travail en argent, puis de l’argent en capital, produit l’autovalorisation de la valeur. Le travail au sens moderne est une catégorie capitaliste. La généralisation du salariat fut une révolution silencieuse, mais une mutation énorme. Hier on avait un métier, aujourd’hui on cherche un emploi. Le métier et l’emploi, ce n’est pas la même chose. L’avènement du marché où l’on peut vendre et acheter contre salaire de la force de travail implique à la fois la destruction des anciennes formes sociales et la séparation du travailleur d’avec les moyens de production.

« La contradiction principale à laquelle se heurte aujourd’hui le capitalisme est directement liée à l’évolution de la productivité. Cette contradiction est la suivante. D’un côté, le capital recherche en permanence des gains de productivité lui permettant de faire face à la concurrence, ce qui entraîne des suppressions d’emploi et une diminution du temps de travail global (on produit de plus en plus de choses avec de moins en moins d’hommes). De l’autre, il pose le temps de travail comme seule source et seule mesure de la valeur. La contradiction tient au fait que les gains de productivité aboutissent à supprimer des emplois, alors que c’est justement la forme « emploi » qui a permis au travail d’être le moteur de l’expansion du capital. La contradiction entre le marché actuel du travail et la production réelle de survaleur fait que le système capitaliste est aujourd’hui menacé, non pas seulement d’une baisse tendancielle du taux de profit, mais d’une dévalorisation généralisée de la valeur.

« Avec la révolution informatique et le développement de la robotique, la production de richesses se découple par ailleurs toujours davantage de la force de travail humaine, et pour la première fois on supprime davantage de travail qu’on ne peut en réabsorber par l’extension des marchés.

« L’argument libéral classique est de dire que tout cela n’a rien de nouveau, que le progrès technique a toujours détruit des emplois, mais qu’il en a créé d’autres. On cite l’exemple de la révolte des canuts lyonnais contre les métiers à tisser, celui des luddites anglais ou celui des tisserands silésiens de 1844. On rappelle aussi la façon dont les emplois du secteur tertiaire ont remplacé ceux des secteurs primaire et secondaire. C’est oublier qu’aujourd’hui tous les emplois ne sont pas substituables, et qu’ils le sont même de moins en moins compte tenu de l’importance prise par les connaissances et de l’inégale distribution des capacités cognitives. Si dans le passé un paysan a pu se reconvertir en ouvrier sans grand problème, un ouvrier du bâtiment aura beaucoup plus de mal à se reconvertir en programmateur informatique. C’est pourquoi la robotique détruit aujourd’hui plus d’emplois qu’elle n’en crée.

« Mais c’est oublier surtout que nous sommes en train de sortir de l’époque où les machines faisaient les choses aussi bien que l’homme pour entrer dans celle où les machines font beaucoup mieux. Cela change tout, car cela signifie que les machines peuvent désormais entrer en compétition avec des fonctions qui ne sont plus seulement manuelles ou répétitives, ce qui pose le problème de la décision : la machine est mieux placée pour décider puisqu’elle peut traiter mieux qu’un humain les informations dont elle dispose. C’est ce qu’avaient déjà biens vu Hannah Arendt et Günther Anders. Voilà pour le « grand remplacement » !

JPB. Vous reprenez le terme de « précariat », introduit en économie alternative par des alter-mondialistes et des anarchistes (italiens à l’origine) à la fin des années 1970 — quelques années à peine après le départ de la crise structurelle dont se nourrit depuis cette époque le libéralisme. En quoi consiste-t-il ?

AdB. La précarité, aujourd’hui, tout le monde la constate autour de soi. Face à la montée d’un chômage devenu structurel (et non plus seulement conjoncturel), la tendance actuelle, parallèlement au remplacement des activités productives par des emplois inutiles, qui sont en dernière analyse des emplois de contrôle, destinés à désamorcer les velléités de révolte sociale, est de chercher à diminuer le chômage en augmentant la précarité. C’est la mise en application du principe libéral : « Mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout ». D’où l’idée de « flexi-sécurité », qu’il faut comprendre ainsi : la flexibilité c’est pour tout de suite, pour la sécurité on verra plus tard. Le refrain mille fois répété par le Medef est bien connu : plus on pourra licencier facilement, moins on hésitera à embaucher. Mais comment expliquer alors que la précarité ait constamment progressé en même temps que le chômage ?

« C’est cette montée de la précarité qui a abouti en Angleterre à la multiplication des « travailleurs pauvres » (working poors) et aux contrats « à zéro heure » (on en compte aujourd’hui plus de 1, 4 million), et en Allemagne, depuis les réformes Harz, aux « minijobs » (450 euros sans cotisations et sans couverture sociale) qui, en 2013, concernaient 7 millions de travailleurs, soit près de 20% de la population allemande active, parmi lesquels un grand nombre de retraités.

« Mais la précarisation, c’est aussi de façon beaucoup plus générale la destruction de tout ce qui dans le passé était solide et durable, et se trouve aujourd’hui remplacé par de l’éphémère et du transitoire. Dans ce que Zygmunt Bauman a très justement appelé la société liquide, tout est à la fois liquéfié et liquidé. Que ce soit dans le domaine professionnel, sentimental, sexuel, éducatif, politique, social ou autre, nous vivons à l’ère du zapping : on « zappe » d’un partenaire à l’autre, d’un métier à l’autre, d’un parti politique à l’autre, comme on « zappe » d’une chaîne de télévision à une autre. Et dans tous les cas, le changement n’aboutit qu’à donner le spectacle du même. On est toujours déçu parce que, sous diverses guises, c’est toujours le même chose qui se donne à voir. L’idéologie du progrès joue évidemment son rôle : avant, par définition, c’était moins bien. Le politiquement correct (qu’il vaudrait mieux appeler l’idéologiquement conforme) joue le sien : en transformant les mots, la « novlangue » transforme les pensées. L’individualisme ambiant fait le reste.

JPB. Un chauffeur de taxi « ubérisé » gagne fort mal sa vie, en moyenne. Serait-ce là l’un de ces « bullshit jobs » nommés pour la première fois par David Graeber pour désigner des « boulots à la con » dans la sphère administrative (privée ou publique) et désormais étendus à l’ensemble de la sphère économique ? À une époque où les employés des grandes surfaces ne sont plus jamais embauchés à temps plein, afin de les tenir en laisse en les faisant vivre avec 800 euros par mois, où un prof débutant touche après 5 à 6 ans d’études 1400 euros par mois, en quoi la précarité concertée est-elle la solution la plus adaptée trouvée par le néo-libéralisme contemporain ?

AdB. Les promesses du « travail indépendant » (l’« ubérisation » de la société) sont de leur côté trompeuses, car la précarité y est la règle plus encore que dans le salariat. Dans le monde post-industriel, qui privilégie les connaissances plus que les machines, chacun se voit convié à « devenir sa propre entreprise » (à être « entrepreneur de soi-même ») pour valoriser ses « actifs incorporels », quitte pour les anciens salariés à devenir des travailleurs multitâches, courant d’une activité à l’autre, cherchant de nouveaux clients tout en s’improvisant juristes ou comptables. L’ubérisation n’est alors qu’un nouveau nom de la parcellisation et de l’atomisation du travail. La précarité devient la règle, car les résultats recherchés se situent sur un horizon de temps de plus en plus court. Plus que jamais, on perd sa vie en tentant de la gagner.
« Sous couvert de « flexibilité » on recherche des hommes taillables et corvéables à merci, qui doivent sans cesse s’adapter aux exigences d’une économie dont on estime qu’ils doivent être les serviteurs, sinon les esclaves. La généralisation de la précarité, c’est l’avènement de l’homme substituable, interchangeable, flexible, mobile, jetable. C’est l’entière réduction de la personne à sa force de travail, c’est-à-dire à cette part de lui-même qui peut être traitée comme une marchandise. C’est la soumission à l’impératif de rendement, la vente de soi s’étendant à tous les aspects de l’existence.

JPB. Sur l’ensemble du dossier présenté par votre revue, je vous trouve terriblement marxiste — « le facteur économique est bien déterminant en dernière instance ». Peut-on cependant tisser un lien entre la réalité économique à laquelle on est en train de convertir l’ensemble de l’économie mondialisée, et l’homo festivus inventé par Philippe Muray ? Ou si vous préférez, dans quelle mesure l’ubérisation tous azimuts se conforte-t-elle de la société du spectacle — et vice versa ?

AdB. Pas du tout marxiste, mais marxien pourquoi pas ! Deux cents ans après sa naissance, il serait peut-être temps de lire Marx en étant capable de faire le tri entre les nombreuses facettes de sa pensée – en oubliant les « marxismes » et les « antimarxismes » qui n’ont fait qu’accumuler les contresens sur son œuvre. La philosophie de l’histoire de Marx est assez faible, mais il n’y a pas besoin d’être marxiste pour constater, avec lui, que notre époque est tout entière plongée dans les « eaux glacées du calcul égoïste ». Marx est à la fois l’héritier d’Aristote et celui de Hegel. Il a tort de ramener toute l’histoire humaine aux lutte de classes, mais il décrit à merveille celles de son temps. Ce qu’il écrit sur le fétichisme de la marchandise, sur la « réification » des rapports sociaux, sur l’essence de la logique du Capital (sa propension à l’illimitation, au « toujours plus », qui n’est pas sans évoquer le Gestell heideggérien), sur la théorie de la valeur, va très au-delà de ce qu’on a généralement retenu chez lui.

« L’homo festivus dont parlait le cher Philippe Muray est en effet comme un poisson dans l’eau dans l’économie libérale aujourd’hui déployée à l’échelle mondiale. L’homo festivus ne cherche pas seulement à faire la fête tout en aspirant à se vider le crâne (il ne faut pas se prendre la tête !) grâce aux mille formes de distraction contemporaine, au sens pascalien du terme. Il est aussi celui qui a remplacé le désir de révolution par la révolution du désir, et qui pense que les pouvoirs publics doivent faire droit, y compris institutionnellement, à toute forme de désir, car c’est en manifestant ses désirs, quels qu’ils soient, que l’homme manifeste pleinement sa nature.

« Cela s’accorde parfaitement à l’idéologie libérale, qui conçoit l’homme comme un être présocial, cherchant à maximiser en permanence son seul intérêt personnel et privé. Comme l’a si bien montré Jean-Claude Michéa, c’est parce que le libéralisme économique et le libéralisme « sociétal » (ou libertaire) sont issus du même socle anthropologique qu’ils ne peuvent à un moment donné que se rejoindre. La société du spectacle, où le vrai n’est plus qu’un moment du faux et où l’être s’efface totalement derrière le paraître, est le cadre idéal de cette rencontre. C’est la société de l’aliénation volontaire, qui croit que les rapports sociaux peuvent être régulés seulement par le contrat juridique et l’échange marchand, mais qui ne débouche que sur la guerre de tous contre tous, c’est-à-dire sur le chaos.

JPB. Vous notez qu’Emmanuel Macron est le chantre de cette ubérisation généralisée. Mais comment diable l’a-t-on élu ? Par un malentendu ? Grâce à l’écran de fumée médiatique ? Par un désir profond d’en arriver à un salaire universel garanti (le seul candidat qui le proposait était Benoît Hamon : un hasard ?) qui permettrait de vivoter dans la précarité sans plus poser de problème à un capitalisme financiarisé qui pourrait alors s’épanouir ? Mais alors, qui achètera les merveilleux produits fabriqués demain par les quelques travailleurs encore en exercice et une noria de machines « intelligentes » ? Bref, l’ubérisation serait-elle le premier pas vers la fin du libéralisme — l’ultime contradiction interne du système ?

AdB. Dans une démocratie devenue elle aussi liquide, Macron a su instrumentaliser à son profit l’épuisement du clivage droite-gauche et l’aspiration au « dégagisme » d’un électorat qui ne supportait plus la vieille classe politique. Il a également compris que l’alternance des deux anciens grands partis de gouvernement ne mettait plus en présence que des différences cosmétiques, et que l’heure était venue de les réunir en un seul. C’est ce qui lui a permis de l’emporter avec au premier tour moins d’un quart des suffrages exprimés.

« Macron est avant tout un contre-populiste au tempérament autoritaire et à l’ego hypertrophié. Il reprend à son compte le clivage « conservateurs » contre « progressistes », mais c’est pour choisir la seconde branche de l’alternative : réunir les partisans de l’« ouverture » (en clair : les élites libérales de tous bords) contre les tenants de la « fermeture » (en clair : ceux qui s’opposent, instinctivement ou intellectuellement, à l’idéologie dominante). Contre ceux « d’en bas », il est le représentant de la Caste « d’en haut ». On voit bien aujourd’hui qu’il ne supporte pas qu’on lui résiste, qu’il n’aime pas les corps intermédiaires, qu’il est insensible aux aspirations populaires, qu’il n’a rien à dire à la France qui va mal. A un moment où les classes moyennes, menacées de déclassement et de paupérisation, sont en train de rejoindre les classes populaires, il démontre ainsi son intention de construire une « start up nation », en parfaite conformité avec une religion économique qui exige l’absorption du politique par la gouvernance. Cela augure plutôt mal de l’avenir. »

Alain de Benoist et Jean-Paul Brighelli

Florian Philippot, l’épine dans le pied du FN

Capture d’écran 2017-09-30 à 10.27.00Le Tireur d’épine, Musée du Capitole, Rome.

« Le départ de Florian Philippot nous a retiré une épine du pied », a dit Marine Le Pen, de retour au Conseil régional du Nord (dont Philippot est réellement originaire, lui). Bien. J’ai donc repris mon stylo de pèlerin et je suis parti interviewer l’épine…
Nous nous sommes retrouvés dans un bar du VIème arrondissement de Paris qui lui sert de QG depuis longtemps. À deux mètres de nous, une bande d’octogénaires absolument déchaînées fêtaient le veuvage de l’une d’entre elles — champagne pour tout le monde. C’est au milieu de ce vacarme joyeux que nous avons évoqué le passé — un peu — et surtout le futur.Capture d’écran 2017-09-30 à 10.04.56

JPB. Alors, ce divorce ? Attendu ? Par consentement mutuel ? Aux torts partagés — ou comme autrefois, « pour faute » ?

FPh. L’état-major du FN, aujourd’hui mégrétiste…

JPB. Mince alors ! Quelqu’un se souvient donc de Mégret ?

FPh. Certainement — à commencer par Philippe Olivier, le beau-frère de Marine, qui est revenu en force entre les deux tours, avec ses amis.
Mais je ne veux pas en faire une querelle de personnes.

JPB. Revenus — revenus quand ?

FPh. Ça a commencé pendant la campagne présidentielle, et ça s’est accéléré après le second tour.
Pendant le débat, j’étais resté dans les loges — il n’y avait que les deux candidats et les journalistes, sur le plateau. Et j’ai à peine croisé Marine quand elle est revenue. Je n’ai pas trouvé l’énergie pour aller jusqu’au siège du FN ensuite.
A posteriori, et je ne parle pas de Marine Le Pen quand je dis cela, je ne peux pas m’empêcher de penser que la défaite en arrangeait plus d’un — qui l’ont d’ailleurs sur-exagérée. Parce qu’enfin, 11 millions de voix malgré les déchaînements de médias tous acquis à Macron, c’était beau !
Il y a eu un moment d’attente — les flingues étaient sortis, essentiellement pointés vers moi…

JPB. Un « mexican stand-off »…1352240857771mexican-standoff-photo1

FPh. En quelque sorte. Puis ça a commencé à tirer — et ça n’a plus arrêté.

JPB. Revenons au présent. Votre club, les Patriotes, est à compter d’aujourd’hui un parti. Cette mutation ne légitime-t-elle pas, a posteriori, la mauvaise opinion des caciques du FN et l’accusation de faire bande à part avec vos « potes », comme dit Marine ?Capture d’écran 2017-09-30 à 10.04.18

FPh. C’est juridiquement un parti — mais c’est surtout un point de ralliement. Ralliement des Français qui ont la France à cœur. Un parti qui n’exclut pas que l’on soit aussi membre d’un autre parti, d’un syndicat, d’une association — de gauche ou de droite. Je n’ai depuis toujours — et comme Jean-Pierre Chevènement — qu’une seule ligne et une seule obsession : la France. Avez-vous écouté le discours de Macron à la Sorbonne l’autre jour ? Il a clairement dit qu’il pensait l’Europe contre le nationalisme, l’identitarisme, le protectionnisme, le « souverainisme de repli ». Les « passions tristes » de l’Europe !
Il y a quelque chose que je ne saurais enlever à l’actuel chef de l’Etat : l’intuition de ce qui lui est préjudiciable. L’intuition que c’est bien le patriotisme qui constitue pour lui la plus grande menace. Et que la solution est une Europe « refondée ». « L’Europe seule peut assurer une souveraineté réelle », a-t-il dit — ou quelque chose de ce genre. « Il y a une souveraineté européenne à construire, et il y a la nécessité de la construire », a-t-il ajouté. Et de proposer une force de défense européenne — ce qui est dangereux et désarmera logiquement l’armée française : mais nous le savions déjà, la polémique de cet été avec le général Pierre de Villiers était très parlante sur ce point.Capture d’écran 2017-09-30 à 10.04.39Intégration de la défense dans l’Europe. Intégration économique aussi — et la façon dont en trois jours la France a cédé Alstom aux Allemands de Siemens et STX aux Italiens de Ficantieri est une reddition en rase campagne. Qu’en pensent les ouvriers des chantiers de l’Atlantique ? Un grand bravo à Bruno Le Maire !
Dans l’Europe que l’on nous concocte, et que les Français ont systématiquement rejetée, de votes en référendum, la France jouera le rôle du petit actionnaire minoritaire qui de temps en temps élève la voix pour faire croire qu’il est toujours vivant. On pourrait pourtant faire autrement et tellement mieux !Capture d’écran 2017-09-30 à 10.05.08Je veux dire que Macron est absolument fidèle à ses promesses : voilà un politicien qui ne ment pas ! Il sert les intérêts supra-nationaux, allemands, européens et américains. Et rien d’autre. Il feint de contrarier les Polonais, mais ne demande pas d’amender la « directive détachement des travailleurs ».

JPB. Il ne réussit pas mal, pour l’instant, au niveau Education…

FPh. Mon père était directeur d’école, ma mère était institutrice. J’ai baigné là-dedans, j’y suis peut-être plus sensible qu’un autre. Et je reste méfiant à l’égard de Blanquer — après tout, il était déjà là, sous Chatel, et je ne crois pas que les enseignants aient gardé un souvenir enthousiaste de la politique de Chatel, de la RGPP en particulier, qui a abouti à la suppression de tant de postes… On souhaite ardemment l’inverse, mais les mesures annoncées aujourd’hui par Blanquer ne sont-elles pas surtout de l’agitation de surface ? De l’enfumage, au fond ? à terme, ce qui se profile derrière la politique d’autonomie déclarée des établissements, n’est-ce pas une privatisation concertée ? Bien sûr, Blanquer a un discours très supérieur à celui de Najat Vallaud Belkacem — et il a bénéficié de la moue de l’ex-ministre lors de la passation des pouvoirs : il est apparu d’un coup comme l’anti-Belkacem ! Mais au fond, il y a continuité et cohérence entre les politiques éducatives des dix dernières années.Capture d’écran 2017-09-30 à 10.05.21Pour que Blanquer se démarque vraiment et fasse repartir l’Ecole de la République, il faudrait clairement condamner le pédagogisme, remettre le français et l’Histoire de France au centre et qu’il se désolidarise du processus de Lisbonne, qui a asservi l’école aux intérêts économiques, et instauré cette idéologie des « compétences » au détriment de la transmission des savoirs ; Mais cela, il ne le fera pas — parce qu’il est cohérent avec la politique globale du gouvernement.

JPB. Alors, pour en revenir aux Patriotes…

FPh. Les Patriotes sont déjà plus de 3000 — à jour de cotisations j’entends, je ne parle pas juste de « clics » comme d’autres. Je vais entamer très prochainement un tour de France des initiatives locales, pour aller à la rencontre de celles et ceux qui espèrent un sursaut de la France — ceux qui travaillent, qui ne désespèrent pas encore, qui ne sont ni « fainéants » ni attentistes. La France, quoi !Capture d’écran 2017-09-30 à 10.05.39

À ce moment deux jeunes gens, qui se présentèrent comme Guillaume et Paul — étudiants de la fac de Droit toute proche — sont venus s’immiscer dans notre conversation. Pour féliciter Philippot pour ses Patriotes ; le féliciter « bien qu’il ne soit plus au FN, et peut-être même parce qu’il n’était plus au FN ; parce qu’il répondait à leurs aspirations profondes — lutter contre l’oligarchie au pouvoir, que ce soit dans la finance ou dans les médias. Pace qu’il était du peuple et pour le peuple — et pas pour une nomenklatura repliée sur elle-même et auto-satisfaite. Philippot les a invités à le contacter via son compte Facebook — lui aussi utilise les nouvelles technologies de la communication.Capture d’écran 2017-09-30 à 10.05.51

JPB. Que restera-t-il du FN dans un an ? Un nom ?

FPh. Je ne sais pas. Marine va consulter le parti sur la question, toujours pendante, du changement de nom…

JPB. Vous ne pouviez pas y penser avant ?

FPh. Oui certainement ! Dès 2012 — et même avant. Ce nom au fond c’est comme le sparadrap du capitaine Haddock : l’étiquette vous colle aux doigts, au détriment des idées. Et ces derniers mois devant des évolutions inquiétantes, je me suis mis à penser que la « refondation » annoncée par Marine Le Pen pourrait en fait cacher un retour aux sources — le FN refondant sa fondation, en 1972. Ce n’est pour moi pas un hasard si Jean-Marie Le Pen demande sa réintégration dans le parti qu’il a fondé à cette époque. Une façon d’effacer les dernières années — et de repartir de l’arrière.Capture d’écran 2017-09-30 à 10.06.02

JPB. Vous disiez plus haut que Macron respecte en tous point ses promesses…

FPh. Oui — mais je voudrais revenir sur une question importante, qui est la tonalité de son discours — parce qu’il y a beaucoup à apprendre sur la société française de 2017. Macron pendant la campagne a joué franc jeu, mais dans un discours sans cesse positif. Il a compris que les Français en avaient assez des professeurs de désespoir. Il vend du rêve — et bien sûr les médias l’aident puissamment dans son entreprise.
C’est amusant, quand on écoute soigneusement : Macron et Mélenchon ont quasiment la même rhétorique enthousiasmante. Certes, Mélenchon est plus âgé, plus cultivé, plus rodé. Mais l’un et l’autre adorent les fresques historiques, et les grands développements manichéens. L’un et l’autre, ils sont le Bien !
Mais les Français sont en train de gratter derrière la com’ et ils voient un projet qui ne leur convient pas du tout. C’est significatif, d’ailleurs : avec des sondages d’opinion pourtant à peu près équivalents dans leurs pays respectifs, on arrive à nous présenter Macron comme adoré et Trump comme détesté…
Bien sûr, pas question de vendre du rêve. Mais je crois que le patriotisme doit parler positivement. Il doit parler du désir réel des Français.

JPB. Et avoir une tête d’affiche, non ?

FPh.. Les Français sortent d’une pleine année électorale. Ils en ont jusque là, des perspectives électorales et électoralistes ! Les européennes, les municipales, les présidentielles de 2022, tout ça, c’est loin. C’est abstrait. Ce n’est pas le désir présent.
Le désir présent, c’est de créer un souffle d’espoir, avec une plate-forme susceptible d’accueillir tous ceux qui ne reconnaissent pas la France dans le macronisme. De droite et de gauche — si tant est que cela signifie encore quelque chose. Oui, je crois qu’il y a dans ce « vieux pays », comme disait De Gaulle, un désir de France encore intact. Et c’est à ce désir que nous allons parler.

Jean-Paul Brighelli

Photos © JPB

 

Le FN, un grand cadavre à la renverse

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« J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer ». (Racine, Britannicus, IV, 3)

 

Rappelez-vous le Kairos — l’Occasion que vous présentent parfois les Dieux, et qu’il faut saisir par le bout des cheveux, sous peine de la voir s’envoler… « A la ocasion la pintan calva », disent les Espagnols.
Le Kairos, Marine Le Pen l’a eu trois fois à portée de main, et trois fois elle l’a laissé passer.
Il n’y en aura pas de quatrième.

Trois fois. Elle aurait pu pousser papa dans les escaliers de Montretout — après tout l’Histoire romaine et les drames shakespeariens sont pleins de ces initiatives de bon sens dynastique qui poussent les héritiers à sacrifier leurs pères sur l’autel d’une plus haute ambition. Elle aurait pu changer — à temps, en 2012 sans doute — le nom de son parti, qui reste un épouvantail bien commode, surtout dans un pays de médias paresseux. Elle aurait dû gagner son débat imperdable contre Emmanuel Macron — mais là, les Dieux lui ont donné l’Hubris, ce sens de la démesure et de la suffisance qui vous pousse à croire que « ça ira », au moment même où rien ne va plus.
Quant au prétexte d’une migraine ophtalmique — un symptôme psychosomatique s’il en fut jamais —, quand on est la fille d’un chef borgne, il signifie seulement le désir profond, chez la rejetonne comme chez le patriarche, de ne pas gagner. Tant pis pour le dernier carré de fidèles qui croient décrocher quelque chose le jour où le FN parviendra au pouvoir : il n’en a jamais eu et n’en aura jamais l’intention.

Pour clore une si belle série, elle vient de virer Philippot pour se recentrer sur ses fondamentaux — en clair, sa nièce et le clan de lapins crétins qui s’agitent autour d’elle. Maître Collard vient d’adhérer : ils sont sauvés !

Le FN a donc fait un grand trou dans ses poches et dans ses prétentions, un trou par lequel s’écouleront, dans les mois à venir, un bon nombre des 11 millions de voix qui s’étaient portées au second tour sur Marine Le Pen. Je parierais presque que dans un an, il ne restera dans ce parti « recentré sur ses fondamentaux », c’est-à-dire sur l’ultra-libéralisme, la francité blonde et l’obsession xénophobe, que la poignée de militants fidèles à Jean-Marie et à Marion. Entre les 4 millions de voix qui s’étaient portées sur le FN en 1988 et les 1,5 millions qui constituent son socle historique. Pas plus. Jamais plus.
Je n’ai pas d’intérêts particuliers dans la maison Philippot qui vient de s’effondrer sous la poussée de ce que le FN a de plus bête — le dégagisme façon coup de pied des ânes, dit en substance Polony. Voilà un garçon dont la stratégie souverainiste de méfiance européenne a attiré un électorat qui n’avait jamais voté et qui ne votera plus Le Pen.

Reste à savoir où vont s’égayer ces partisans d’une France souveraine.
Laurent Wauquiez, qui n’est pas aussi bête que ce que Valérie Pécresse le pense, en glanera quelques-uns : autant veauter pour un parti qui vise de revenir aux affaires que pour un groupuscule aux ambitions ludiques. Jusqu’à ce qu’ils comprennent que le libéralisme à la Wauquiez est le même que le libéralisme sauce hollandaise, qui est le même que… Ces citoyens-là n’ont rien a priori contre une Europe sociale — on en est loin, en ces temps où les plombiers ou les chauffeurs polonais — ces Sri-Lankais de l’Europe — opérant en France sont payés en droits sociaux polonais. Peut-être même, hors nostalgie du franc Poincaré, n’ont-ils rien contre l’euro, même si la monnaie unique est le lubrifiant d’intérêts supra-nationaux qui empapaoutent les citoyens européens. Ils se rappellent le gaullisme social de Seguin, le souverainisme de Chevénement, ils ont parfois crié « Debout la France » comme Dupont-Aignan. En bout de compte, ils ont voté Marine, parce que Philippot était à ses côtés et incarnait une ligne sociale patriote (sans être forcément xénophobe) et mettait un peu de finesse dans le marigot clodoaldien.
Game over. Marine revient à Le Pen. Elle peut compter sur sa nièce et ses amis pour lui savonner la planche. Rien de mieux qu’un revers pour que les ambitions des seconds couteaux reluisent au soleil de la défaite.

Reste à construire un vrai pôle souverain, face aux tentations mondialisées des uns et des autres. Aucun des battus d’hier ou d’avant-hier n’est plus crédible. Il faut trouver une personnalité nouvelle — et nombre de clubs se créent, çà et là, pour y penser. Aux Patriotes de Philippot s’additionneront les anciens amis de Dupont-Aignan, rassemblés pour le moment sous l’étiquette Unité nationale citoyenne (trois des vice-présidents de Debout la France et son secrétaire général — entre autres), les amis d’Henri Guaino qui vient de fonder Notre France, les mélenchonistes revenus du lyrisme creux du petit Castro de la Canebière, chevénementistes de République moderne, républicains des deux rives, solitaires plus ou moins résignés mais toujours prêts à seller leurs chevaux pour une dernière cavalcade. Et tous les déçus périphériques, tous les cocus de la mondialisation — hors Paris, cela fait du monde —,
artisans étranglés par les stratèges de la malbouffe et de la malfaçon,
paysans hésitant entre la corde et le fusil,
chômeurs ubérisés jusqu’au troufignon,
étudiants oubliés par le tirage au sort,
« fainéants » des Comores et d’ailleurs,
militaires qui se remettraient d’une balle mais jamais d’une insulte,
laïques sommés d’ouvrir leurs portes à tous les communautarismes,
féministes harcelées de voiles,
mal-pensants de toutes obédiences courbés sous le politiquement correct,
Français qui préfèrent parler français que globish,
journalistes virés au moindre battement de cils,
fonctionnaires oubliés,
ouvriers désindustrialisés,
ceux qui croyaient à l’ascenseur social et n’ont même pas trouvé l’escalier,
cadres prolétarisés,
prolétaires sous-prolétarisés,
et miséreux de toutes origines…

Cela fait du monde. Le souverainisme a vocation à rassembler non seulement les mécontents de cette France en miettes, mais tous les croyants en une France forte. Oui, cela fait du monde, et il est nécessaire dès aujourd’hui de penser à un leader pour mener la bataille — ni un septuagénaire éructant, ni un battu des dernières guerres, mais une personnalité nouvelle, assez fringante pour concurrencer Macron aux yeux des plus jeunes, assez intelligente pour écraser la concurrence, et assez déterminée pour emporter dans une seule vague tous ces Français en déshérence qui errent dans ce pays moribond dont le cœur bat encore.

Jean-Paul Brighelli

Jennifer Cagole n’est pas dans les clous !

Capture d’écran 2017-09-24 à 10.38.18La grammaire, c’est mal : d’ailleurs, les programmes l’ont soigneusement étalée sur les quatre ans de collège. Désormais, c’est en Cinquième qu’on est censé repérer les verbes de la phrase (qu’est-ce qu’ils ont fichu exactement en Primaire ?). Et en Quatrième on se « propose de commencer par l’étude d’un élément essentiel de la phrase : le verbe ». Sic ! Afin de « comprendre la cohérence textuelle et l’énonciation ». Re-sic ! Je mets les liens sinon personne ne me croira. Reprendre sans cesse la même chose — c’est ça sans doute, la « progression spiralaire » dont se gargarisent les programmes Najat — toujours valides en cette rentrée 2017. Personnellement, quand je tourne « en spirale » autour d’un rond-point, c’est que je suis perdue, — et que je vais m’écraser bientôt.
Faire de la grammaire pour elle-même — la « grammaire de phrase », opposée à la « grammaire de texte » qui a la faveur des pédagos et des crétins diplômés — c’est l’horreur.
Et en Sixième, me demanderez-vous ? Eh bien mon tuteur m’a recommandé de commencer par l’étude… du verbe. « Toujours lui ! Lui partout ! » comme disait Hugo. Au commencement était le verbe, et à l’arrivée aussi. Pour le groupe nominal, on verra plus tard. Donc, dans la phrase « le chien a mordu l’inspecteur », ce qui compte, c’est « a mordu »… T’as rien compris, Jenny ! D’abord, « Mordre » est un verbe du troisième groupe, c’est pour plus tard, beaucoup plus tard. Et le passé composé suppose que l’on maîtrise « avoir » ou « être » selon les cas. Mais ils ne sont pas supposés maîtriser les auxiliaires, en Sixième.
Seul le verbe importe, parce que si vous changez de verbe, vous changez la phrase. Ah bon. « Le petit garçon est méchant » / « Le petit garçon est une fille ». Toujours le même verbe, donc toujours le même sens, si l’on part du principe surréaliste qu’ils savent tous que « est » est le verbe être. Et que « il a » ne s’écrit pas « il la », ni « ilà », ni « il l’a », ni « i la » — variante « y la ». Toutes trouvailles de mon premier paquet de copies.
Ben voilà, t’as tout compris Jenni ! Quel jet d’ail que tu t’es pas pris !

Pourtant… Je me souviens d’avoir vu — je devais avoir dix ans — un excellent documentaire intitulé justement Etre et avoir où un instituteur émérite, Georges Lopez (JPB, qui lit sur mon épaule, me souffle qu’il a participé à un débat avec lui, et que c’est vraiment un enseignant remarquable) apprend les fondamentaux de la grammaire et de la langue à sa classe unique, de la Maternelle au CM2, quelque part dans le Massif Central. Mais ça, c’était avant : le film remonte à 2001, a été couvert de prix et de distinctions, mais désormais, c’est le Mal. Dans les Bouches-du-Rhône, « être et avoir », c’est plus tard. Beaucoup plus tard. Aux calendes phocéennes. Surtout au passé simple, ce temps bourgeois. Pourquoi pas à l’imparfait du subjonctif, alors, ce mode lepéniste ?
Que pour moitié au moins mes élèves sachent conjuguer correctement les auxiliaires (parce qu’enfin, il y a encore des instits qui font leur boulot), ce n’est pas le problème, ce n’est pas le programme. C’est ce que pense mon tuteur, qui tient absolument à être dans les clous de l’IPR de secteur, qui fait des siennes depuis des années — même que certains profs s’en sont émus. En 2013 déjà, un stagiaire notait, au sortir d’une réunion pédagogique : « La chargée de mission du rectorat (elle a pris du galon, depuis quatre ans, en reconnaissance de ses compétences) s’est empressée de nous expliquer qu’il ne s’agissait en aucun cas de la leçon de grammaire telle qu’elle se faisait en des temps anciens. Non, c’est une leçon qui repose sur l’observation et la manipulation. En effet, avec « Et si on était des grammairiens » — la dénomination officielle de cette fabuleuse méthode —, les élèves sont acteurs de leur apprentissage. Ils nomment eux mêmes les différents composants de la phrase. L’exemple nous a été donné pour la reconnaissance des verbes conjugués, les mots subordonnants avaient été nommés par les élèves: « machin », « truc », « bidule »… Cette dénomination commune étant adoptée, il est nécessaire pour le professeur de conserver la même dénomination jusqu’à la fin de l’année. De plus, avec cette méthode, dans la mesure où les élèves manipulent la langue, il n’est pas nécessaire qu’ils apprennent par cœur : « cela ne sert à rien et d’ailleurs cela n’a jamais fonctionné ». »
Ben voyons.
Et c’est de cette pédagogue au-dessus de tout soupçon, comme disait jadis Elio Petri à propos d’un flic criminel, que dépend, in fine, ma titularisation…

Ma foi, depuis 2013 (vous vous souvenez ? Le ministre, c’était Peillon et l’école était en pleine « refondation »), rien n’a changé. À quoi ça sert que Blanquer, il se décarcasse ?

J’ai bien tenté de faire cours selon les bonnes intentions du ministre. Que n’avais-je pas fait ! Mon tuteur est venu assister à une « séance » (« cours », c’est ringard, ça pue la blouse grise), et il s’est fendu d’une longue diatribe de deux pages, écrite dans un français approximatif (j’ai utilisé le mot « symbolise » « sans m’assurer que les élèves en maîtrise — sic — le sens ») et pleine d’agressions gratuites (il me reproche par exemple de ne pas avoir lu le texte étudié moi-même, ce que j’avais fait dans la première heure de cours, mais évidemment, il n’avait pas le temps de venir deux heures, donc il a pensé qu’en son absence, il ne s’était rien passé) et d’erreurs manifestes : ainsi, il n’a pas vu que j’avais écrit au tableau ce qu’il me reproche de ne pas avoir écrit. Par exemple un « ô » vocatif — que mes élèves ont d’ailleurs correctement réemployé à l’écrit pour la plupart, mais va faire comprendre à un observateur passé en coup de vent qu’un cours se prolonge parfois à la maison, en ré-appropriation de ce qui a été fait en classe… Ah oui — « aucune présentation de la progression annuelle » — du coup, il exige que je passe mon week-end à prévoir la totalité des « séquences » sur un an : que je pense tenir compte des acquis successifs, des manques, des redites nécessaires, et de mes erreurs, ça n’existe pas pour lui : il faut décrire le parcours et s’y tenir aveuglément.

C’est ça, la pédagogie ? Ce ne serait pas plutôt de l’idéologie, au sens que Hannah Arendt donne au mot – « est idéologie ce qui n’a aucun point de contact avec la réalité » ?
Ce qui me choque le plus, c’est cette haine de la grammaire. À moins qu’ils ne tiennent compte, à l’ESPE, du niveau des stagiaires, formés eux-mêmes dans leur enfance et leur adolescence sans cours réels de grammaire, puisqu’à vingt-cinq ans (en moyenne), ils appartiennent tous à cette génération Jospin qui a construit ses savoirs toute seule… Mais moi, le constructivisme, ce n’est pas ma tasse de thé. Je cherche juste à apprendre quelque chose à mes loupiots — sans les lasser, et en tenant compte des disparités de niveaux. C’est mal, je le sais…
Si ça continue comme ça, si je persiste à vouloir transmettre des savoirs, je sens bien que je ne serai pas prof à la fin de l’année. Virée, la Cagole ! Déjà on me conseille de feinter, de ruser, de faire semblant de marcher dans leurs clous — et en attendant, je saborde les deux classes qui m’ont été confiées ? Ça se passe assez bien, j’ai le contact, ils travaillent volontiers — mais pas selon les diktats de l’Institution et de ses sbires. Blanquer, au secours, ils sont devenus fous !

Jennifer Cagole

Mort aux vaches, ou la dernière lagasnerie

Capture d’écran 2017-09-18 à 16.56.31Sociologue et philosophe, cela vous pose un homme. Evidemment, Kant ou Hegel se contentaient d’être philosophes. Mais la sociologie ayant envahi le champ de l’immanence, nous n’avons plus besoin de penser la transcendance. Encore que « penser » soit un terme excessif.
Enter Geoffroy de Lagasnerie. La « reproduction » au sens pur du terme, que ce soit en valeur économique ou simplement bourgeoise. Il n’a pas dû avoir trop de mal à intégrer l’ENS Cachan — à 22 ans quand même, le surdoué a pris son temps.
Il a commis un certain nombre d’ouvrages que je ne commenterai pas (sur Foucault, nous avions certainement besoin d’un commentaire de plus sur le pape de la déconstruction, et sur Bourdieu, cela permet de faire oublier qu’on est un « héritier », quasi caricatural même), et a accumulé les prises de position « de gauche ». Sûr qu’avec ce garçon-là, la révolution a de beaux jours devant elle.Capture d’écran 2017-09-18 à 16.50.41Donc, « sociologue et philosophe », dit l’oracle du Web. Sauf qu’à demander aux philosophes (« Qui ça ? Geoffroy quoi ? ») et aux sociologues (« Un faux poids », me dit mon ami T***C***, « un type qui s’agite sans produire aucun résultat »), il semble  que notre cher Geoffroy est bien, comme disait Marcel Gauchet (que notre intello à deux balles a tenté de refouler des Rendez-vous de l’Histoire de Blois en 2014, sous prétexte qu’un intellectuel « réactionnaire » n’a pas à s’exprimer sur la rebellitude de Geoffroy, Edouard, Didier et les autres) un spécialiste des « pignolades parisiennes », marqueur zéro de la « bêtise rétrograde d’une extrême-gauche en délire ».

Notre héros-zéro vient donc de signer (dans Libé, où vouliez-vous qu’il écrivît ?) une défense des « accusés du Quai de Valmy », du nom de cet aimable rive du canal Saint-Martin où le 18 mai 2016 quelques cagoulards tentèrent d’incendier une voiture de police avec ses occupants — un joli coup que d’autres réussirent cinq mois plus tard à Viry-Châtillon.Capture d’écran 2017-09-18 à 16.55.19Il faudra demander à Vincent et Jenny, qui se sont offert quelques semaines d’hôpital avec des brûlures au troisième degré, ce qu’ils pensent de notre ami Geoffroy.

Les (pas si) jeunes, qui ont agressé à coups de barre de fer le flic qui s’extirpait de la voiture — un colosse qui a courageusement résisté à l’envie de répliquer à hauteur de l’attaque, version longue ici, version courte — passent en procès aujourd’hui 20 septembre à Paris. De quoi les accuse-t-on ? Pff, pour certains de « violences aggravées sur policiers en réunion ». Une pignolade. Dix ans de taule tout au plus.
Et Geoffroy de les excuser. Ils se battaient contre l’inique loi El Khomry. Ils avaient donc tous les droits. « Dans l’excitation et la colère, certains individus agressèrent les policiers et attaquèrent la voiture, qui brûle. » Oh, ce passage du passé simple, si bourgeois que les ESPE l’interdisent désormais, au présent de narration ! La marque d’un grand écrivain !
Et Victor Hugo le Petit ne s’arrête pas là. « Il faut se souvenir de la tension qui régnait lors du mouvement contre la loi travail… » « Il faut se souvenir aussi des violences policières… » « Et il faut se souvenir enfin du sentiment d’indignation qui nous traversait alors, avec un Etat dont le comportement se situait de plus en plus aux limites de la démocratie. »
Aïe aïe aïe ma mère, l’anaphore ! On dirait un discours de Sarko, dis ! Un de ces jours on apprendra que Geoffroy était le nègre d’Henri Guaino… Et puis l’envolée finale — Jaurès n’a qu’à bien se tenir : « Quand nous regardons les images de l’agression quai de Valmy, plutôt que d’orienter notre regard vers les quelques individus agissants, nous devons voir la violence d’une séquence politique, d’un mode de gouvernement, liée à la violence du vallsisme, mais aussi à celle de la privation démocratique et des pratiques policières. Quai de Valmy exprime les affects inscrits dans la politique contemporaine : ne pas avoir envie de subir ça, d’être gouverné comme ça, et ne pas pouvoir agir. Etre pris malgré soi dans une situation contre laquelle on ne sait pas quoi faire. Ces expériences de la dépossession et de l’impuissance, qui peut dire qu’il ne les a pas ressenties ? Réagir de manière politiquement juste à ce qui s’est passé le 18 mai devrait consister à affronter ces questions et à en tirer les leçons, pas à s’indigner, ou à distribuer quelques années de prison à des militants qui n’ont au fond fait qu’exprimer par leurs actes une inquiétude et une colère collective. »

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C’est beau quand même, ces graffiteurs qui ont assez de temps et de jugeote bien-pensante pour respecter la graphie « genrée » à la mode…

Notre pseudo-sociologue pseudo-philosophe pseudo-révolutionnaire ne bâtirait-il pas tout un raisonnement marxisant juste pour faire oublier qu’il est, comme il l’a dit lui-même, l’antithèse de ceux qu’il défend : « Moi, comme jeune blanc, bourgeois, de milieu culturel, j’ai été consacré par l’école, j’ai fait les classes préparatoires, les grandes écoles etc. Mais le même système scolaire a fait de la violence symbolique, de la violence culturelle sur les enfants des classes dominées, sur les Noirs, sur les Arabes. Qui, eux, se sont déscolarisés. (…) Ma vie est définie par le fait qu’elle organise aussi l’exclusion et l’emprisonnement d’un certain nombre d’individus. »

Quand même, en arriver à légitimer la tentative de crémation des flics afin d’éviter de se payer une psychanalyse et effacer l’image du père et de sa classe d’origine, c’est un peu violent. Dans la pénible rhétorique appliquée de Geoffroy, on flaire le désir de s’auto-convaincre qu’il est un rebelle. Son pote Edouard Louis, qui a écrit Histoire de la violence, le récit de son viol par un certain Reda, devrait lui expliquer mieux ce qui arrive lorsqu’on fréquente des gens qui ne sont pas de votre milieu — et qu’on n’a pas les biceps appropriés aux rencontres du troisième type.
Tous ces bobos douillets — ah ciel, si la police leur cassait un ongle ! —, tous ces Geoffroy, Eddy, Didier, Annie et quelques autres, constituent une clique bien particulière. Des athlètes de salon, qui n’hésitent pas à fustiger tout ce qui n’appartient pas au conformisme de gauche et au confort intellectuel du VIème arrondissement. C’est ainsi qu’Annie Ernaux, écrivain estimable avec le bon sens politique d’une vache, a signé une pétition en défense de Houria Bouteldja, la présidente du Parti des Indigènes de la République, auteur ( même pour célébrer ces jobards je n’écrirai pas « auteure ») de Les Blancs, les Juifs et nous, qui n’est pas du tout un pamphlet raciste et communautariste. Un micro-événement parisien qui a fait sortir de ses gonds le bon Jack Dion : il a signé pour Marianne une tribune qui remet les pendules à l’heure et les gauchistes-à-bon-compte à leur place.

Notre ami Geoffroy se bâtit une jolie carrière qui lui vaut l’admiration de ses semblables et le mépris de tous les sociologues. Jamais l’opposition entre Paris-ville-monde et la « France périphérique » n’a paru si violente. Mélenchon devrait se faire du souci, si c’est ça la Gauche qu’il veut rassembler. Reviens sur la Canebière, Jean-Luc, ici le monde est réel, là-haut ils sont devenus fous.

En attendant l’issue du procès, je m’étonne un peu que les syndicats de policiers ne s’indignent pas de cette légitimation de la violence anti-policière — et ne demandent pas le droit à l’avenir de riposter à hauteur des attaques.

Jean-Paul Brighelli

Jennifer Cagole écrit au ministre de l’Education

jean-michel_blanquer_sipaMonsieur le Ministre, cher monsieur Blanquer,

Pensez si j’ai applaudi à vos récentes déclarations ! On va réintroduire de la chronologie dans l’étude des textes, en Français, obliger les instits à enseigner le Lire / Ecrire / Calculer selon le programme du SLECC / GRIP (oui, je me tiens au courant de ce que le Primaire propose de mieux, n’en déplaise au SNES / SGEN / UNSA) dont vous devriez bien vite imposer les manuels, rétablir la primauté des grands textes sur le gloubi-boulga que constitue l’essentiel de l’oral des élèves, sans compter quelques bonnes idées sur la laïcité, qui nous éviteront, à l’avenir, d’entendre des énormités, en classe, sur les rapports garçons / filles, le fanatisme selon Voltaire ou la théorie de l’Evolution. En parallèle, j’ai bien compris que vous reformatez les programmes de Najat VB  : ainsi, les EPI sont vidés de leur fonction, puisqu’ils n’ont plus de référent précis, une bonne idée dont les Cahiers pédagogiques se désolent — à propos, avez-vous vraiment résolu, comme le bruit en a couru, de sucrer les subventions énormes de ces idéologues ?
Une grammaire intelligible où l’on renoncera au « prédicat » cher à Michel Lussault (qui serait, paraît-il, sur siège éjectable, oh oui !), une grammaire où l’on reviendrait à des concepts clairs — COD ou COI — parce que ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et « structure la pensée »… « Le mot grammaire était presque devenu un mot tabou » — vous allez nous changer tout ça.
Vous avez expliqué tout cela sur LCP, et j’y ai vu une éclaircie dans l’océan de brumes où m’enfoncent l’ESPE et mon tuteur…
Oui, j’ai applaudi…
Et puis j’ai demandé leur avis aux divers formateurs dont ma titularisation dépend étroitement — ESPE et dépendances…
« Il faut suivre les programmes officiels décidés en 2016 », ont-ils dit. Les déclarations du ministre vont à l’encontre de la loi de refondation votée sous Peillon. Le ministre s’agite, mais rien de ce qu’il dit ne sera mis en place : la pédagogie est reine, le ministre est son valet, et nous sommes ses hérauts » — ou « héros », c’était à l’oral, l’ambiguïté était possible.
Tel que.

J’ai donc passé deux semaines en allers-retours entre les deux classes que l’on m’a (imprudemment) confiées et la formation à l’ESPE, même si, titulaire, comme tant d’autres, d’un Master 2, je ne saisis pas le besoin de passer en plus cette année un Master MEEF comme on voudrait m’y obliger. Le plus agréable, au fond, ce sont les élèves. Parce que les collègues sont inénarrables, et les parents ont trouvé moyen de se plaindre, dès la première semaine, parce que j’avais donné « le Corbeau et le Renard » à apprendre du mardi pour le jeudi — les gosses sont des éponges, mais on préfère les maintenir sèches.. Pour le reste, j’ai appris de bien belles choses dont j’ai pensé qu’elles vous amuseraient — moi, je rigole si peu que je pense très sérieusement poser ma démission avant même d’être (ou ne pas être) titularisée.
En sixième, l’objectif du trimestre est de leur enseigner qu’une phrase commence par une majuscule, et se termine par un point. Ah oui, et leur apprendre qu’ils n’ont pas, eux, à commencer leurs textes, à l’écrit, par une lettrine gigantesque, copiée sur ce que font les éditeurs sur leurs manuels. L’alinéa, ce sera en 5ème ou en 4ème — parce que la construction en paragraphes reste au programme de 3ème. Une chose à la fois — je ne m’étonne plus que le SNUIpp ait fermement condamné votre suggestion d’apprendre les autres opérations au CP, comme cela s’est fait durant une siècle ou deux. La division en CM1, ils y tiennent — sinon, ils devraient revoir leur enseignement et se remettre en cause, trop dure la vie…
Et à propos de grammaire… « Savoir par cœur « avoir » et « être » ne sert à rien — sinon, dit mon tuteur, ils commenceront leurs phrases par de longues litanies de « il a » et « il est ». Apprends-leur des verbes différents — mais au présent, hein, parce que sans avoir et être, ils risquent de ne pas savoir les conjuguer, et il ne faut pas les mettre en difficulté… »
J’ai fini par comprendre qu’apprendre quoi que ce soit à un élève c’est, pour ces gens-là, « risquer de le mettre en difficulté ». Et l’ignorant, dites-moi, il n’est pas en difficulté pour le reste de son existence ?

Ça n’a pas fait tressaillir d’un poil mes co-stagiaires, dont je me suis aperçu que la plupart pensaient que le mot « orthographe » était masculin (« Sur tel mot, me dit l’un d’entre eux, j’ai eu tous les orthographes possibles »). Ils doivent déjà l’avoir, eux, le Master MEEF.

Et au lycée — où la promesse de revenir à un enseignement chronologique m’avait fait tressaillir d’aise : à moi les Lagarde & Michard, les Textes & Contextes et autres collections des années 1980 (dont celle commise par votre ancien ministre, Xavier Darcos), quand on ne prenait pas encore les élèves pour des crétins…
Mais non : « En Seconde, c’est déjà beau s’ils vous ressortent, d’une séance à l’autre, ce que vous avez dit précédemment. Du coup, vous pouvez très bien leur refaire un texte déjà donné en contrôle, pour voir s’ils ont bien compris les questions et les thématiques vues en cours. »
Et « prohibition » — ce fut le mot — de toute question sur la lecture des textes étudiés : rien de plus subjectif, n’est-ce pas, et la lecture de l’élève a autant de légitimité que celle du maître. À la rigueur, demander « qu’avez-vous pensé ? » — mais pas la date de rédaction ou le sens du pronom de troisième personne. Le questionnaire de lecture « à l’ancienne » pénalise ceux qui ont lu le texte sans repérer les mêmes détails que vous, mais valorisera ceux qui n’ont lu qu’un bon résumé sur Internet. Commencer plutôt par des résumés successifs des chapitres, en misant sur le fait que ledit résumé donnera aux élèves qui n’ont rien lu l’idée d’aller y voir. Rousseau, vous dis-je. L’homme est bon, et le petit d’homme aussi. Fini, l’époque où La Fontaine, qui vous est cher, Monsieur le Ministre, constatait : « Cet âge est sans pitié ». Les nouveaux pédagogues ont lu l’Emile et n’en sont jamais revenus.

Alors, ne vous cassez pas la tête — vous n’êtes pas là pour faire de la littérature, mais de la garderie aménagée. Un tiers d’oral, un tiers d’écrit, et un tiers de grammaire — mais attention : la grammaire ne doit pas faire l’objet d’un cours spécifique, elle doit partir du texte — grammaire de texte pédago contre grammaire de phrase des grammairiens sérieux et du ministre réunis. Les élèves se doivent de réinventer les règles en les déduisant des fragments qu’ils ont sous les yeux — fastoche ! Après tout, Pascal est bien arrivé à retrouver tout seul à 10 ans les 12 premiers principes d’Euclide…
Et l’essentiel : changer d’activité toutes les dix minutes. Le zapping évite la surcharge cognitive — sur TF1 aussi, ils ne chargent pas trop…
Enfin, pour tenir compte de l’hétérogénéité des classes, faire de la « pédagogie différenciée », et travailler en îlots : cela ne consiste pas à faire des groupes de niveau, mais à concocter des sous-ensembles harmonieux où les meilleurs — les rats ! — auront à cœur de former leurs camarades plus déshérités, lesquels, pleins d’émulation cognitive, les rattraperont aisément. Même Rousseau n’y avait pas pensé.

Alors, Monsieur le ministre, vous conviendrez que l’on peut sérieusement se demander d’abord qui a le pouvoir, et ensuite si ça vaut bien la peine de s’incruster dans un système où les Grands Nuisibles se sont infiltrés à tous les échelons, et pourrissent la vie des profs et des élèves — et la mienne.

Jennifer Cagole.

PS. Je suis en train de remplir divers documents à renvoyer à la Fac — en particulier la « Convention CIF » (pour « Convention Individuelle de Formation »). J’ai cherché partout, dans tous les papiers récupérés — jusqu’à ce que je comprenne qu’Aix-Marseille Université a baptisé le document « Individual Training Contract ». C’était bien la peine que Brighelli écrive C’est le français qu’on assassine : il est mort depuis belle lurette.9782846287340

Sofia Coppola is a fraud

les-proies-affiche-987435Disons-le tout net pour commencer — et en finir : les Proies, le film de Sofia Coppola, est d’une nullité absolue. Pas un navet (ça peut être drôle, un navet, il y en a même pour lesquels on a une sorte de tendresse), mais un film de degré zéro, à partir duquel nous étalonnerons désormais le cinéma contemporain. Un zéro qui malheureusement multiplie parce que le réalisateur est une femme : c’est devenu un gage de qualité pour certains médias abonnés au politiquement correct — d’autant que pour se dédouaner devant de grotesques accusations de racisme, elle a déclaré avoir voulu faire un film sur les « genres ». Un zéro multiplicateur parce qu’elle est la fille d’un homme de génie, auquel je ne reprocherai pas d’avoir contribué à la naissance d’une buse : on n’est jamais trop responsable de ses enfants, et la mode actuelle consistant à promouvoir les « fils et filles de » n’est qu’une perversion typique de ces temps de crise où l’état-civil sert de passeport bien davantage que le talent. Curieux, quand on y pense, que tous ces progressistes qui exaltent la fille de son père croient au fond à une fatalité génétique à l’ancienne.
Alors, nul ?
Nul.

Savez-vous ce qu’est un chromo ? C’est une reproduction lithographique d’un paysage de carte postale. Le genre dont Flaubert se moque quand, se mettant dans le regard post-coïtal d’Emma, il écrit : « Les ombres du soir descendaient ; le soleil horizontal, passant entre les branches, lui éblouissait les yeux. Çà et là, tout autour d’elle, dans les feuilles ou par terre, des taches lumineuses tremblaient, comme si des colibris, en volant, eussent éparpillé leurs plumes. Le silence était partout ; quelque chose de doux semblait sortir des arbres ». Vous voyez le genre — mauvais genre. Pour y arriver, on est allé chercher un directeur photo français, Philippe Le Sourd — le même qui a filmé Gordes et Cucuron comme une collection de chromos dans l’un des plus mauvais films de Ridley Scott, Une grande année. Pour bobos du Luberon only.
Eh bien, le film de Sofia C*** (on est bien obligé de lui donner un prénom, puisque Coppola tout court, c’est son génie de père) est bourré de ces cartes postales à épingler sur le buffet de votre arrière-grand-mère. La réalisatrice s’est dit que son film se passant pendant la guerre de Sécession, elle devait copier les tableaux de Corot de cette période, style Mortefontaine, jeunes filles et bouquets d’arbres traversés de lumière.Capture d’écran 2017-09-09 à 14.34.06 On y a droit dans le film toutes les sept à huit minutes. Ça lasse vite. Une fois, on pourrait croire à de l’ironie. Mais rien dans le film ne permet de supposer que la réalisatrice prend un peu de distance avec son style ampoulé. Sans oublier la musique, dégoulinante à l’unisson.
À moins que la distance ne découle du jeu terriblement faux de tous les personnages. Même l’immense Kidman en arrive à jouer à plat. Sans doute lui a-t-on donné pour consigne : « Montre bien que tu refoules tout, hein ! Le désir doit se déduire de ton absence de désir » — et le spectateur en arrive à ne pas désirer Kidman. Un comble.

Mais le clou (le clou dans la chaussure), c’est Colin Farrell. Rappelez-vous, c’est lui qui jouait Alexandre dans le nanard terrible d’Oliver Stone. Il a la même personnalité vibrante qu’un caillou. Ce type dont toutes les héroïnes du film sont supposées tomber raides dingues a le potentiel érotique et la variété d’expression d’un monolithe. Rendez-nous Clint Eatswood !
Parce que Sofia Coppola, faute de trouver un sujet digne de son talent, s’est crue autorisée à faire un remake du film génial de Don Siegel (1971).thebeguiled-french Mais certaine de son génie, elle en a supprimé le relent d’inceste que traîne derrière elle la maîtresse des lieux — tout comme elle a effacé la servante noire, qui rasait le héros et faisait ressurgir le beau Clint d’un nuage de mousse à barbe,beguiled-shaving ou le fait que le héros couche avec une mineure. Et, surtout, le chaos initial, la guerre dont la vieille maison sudiste hantée de virginités frustrées sera le contrepoids — et l’autre théâtre : voir le parallèle fort intelligent réalisé par Susan Wloszczyna. D’un film magnifiquement transgressif Sofia C*** a fait une bleuette touche-pipi pour minettes pan-américaines et journalistes du référent vespéral. Un navet devant lequel la plupart des commentateurs bavent d’émotion. Ça donne le niveau des commentateurs.
Don Siegel avait fait un film magnifique, encensé par la critique (particulièrement en France, où l’on a découvert avant le reste du monde qu’Eatswood était bien autre chose qu’un cow-boy au cigarillo fatal).Sofia C*** s’y est cassé les quenottes.

Si l’on réfléchit trois secondes sur la notion de remake…
Ça n’existe pas en littérature. On peut à la rigueur reprendre un sujet (les 37 versions d’Amphitryon avant celle de Giraudoux), ou adapter une trame réduite à son anecdote (Phèdre reprise par Zola dans la Curée), à la rigueur décontextualiser, comme Régine Deforges l’a fait en adaptant Autant en emporte le vent en Bicyclette bleue. Mais il faut avoir la perversion d’un Borgès pour affirmer que le Quichotte de Pierre Ménard, copie fidèle de celui de Cervantès, est supérieur à l’original — c’est dans Fictions.
Au cinéma, ça ne les dérange pas. On prend un film et on le recopie plan par plan — et chose étrange, le résultat est invariablement plus mauvais que la première version. Damned ! Le talent ne tient donc pas au cadrage…
Il est toujours difficile de revenir sur un film remarquable. Prenez Richard Gere et Valérie Kaprisky, vous n’en ferez jamais les doubles du couple fatal Belmondo / Seberg (dans À bout de souffle Made in USA, remake 1983 du film de Godard). Prenez Alec Baldwin et Kim Basinger, ils n’arriveront jamais à la cheville de Steve McQueen et Ali McGraw (The Getaway de Roger Donaldson, en 1994, pâle copie — plan par plan — du chef d’œuvre de Peckinpah). Et tout l’amour que je porte à Jessica Lange ne m’empêche pas de penser que le King Kong de John Guillemin (1976) est une grosse bouse, et que le remake du Facteur sonne toujours deux fois, en 1981, signé Bob Rafelson (qui n’est pas n’importe qui) est très inférieur au modèle de Tay Garnett (pour une comparaison systématique des deux versions, voir ici). Le roman de James Cain a été adapté sept fois — mais il n’y a guère que Visconti, dans Ossessione, qui soit supérieur à Garnett (qu’il a précédé d’ailleurs, comme si le niveau descendait à chaque remise en scène). Non, Jessica Lange ne m’a pas fait oublier Lana Turner — comment pourrait-on oublier Lana Turner ?
Tout comme les Sept mercenaires, quelque bien que j’en pense, reste inférieur aux Sept samouraïs — mais John Sturges avait pris la peine de mexicaniser sérieusement le film originel. Quand Sergio Leone (Pour une poignée de dollars) a adapté le Garde du corps du même Kurosawa, il l’a fait en transposant le Japon pré-Meiji en Ouest hispano-américain ; et quand Walter Hill, réalisateur non négligeable, a repris encore une fois la même histoire, il l’a transposée dans le temps et l’espace, dans un Texas poussiéreux saisi par la débauche et la Prohibition (Last man standing, 1996).
Mais bon, il s’agit là de très grandes pointures. Pas de Sofia Coppola.

Jean-Paul Brighelli

PS. Quitte à aller au cinéma, allez donc voir Que Dios nos perdone,que_dios_nos_perdone-230971747-mmed qui est une pure merveille qui ne vous donnera pas envie de retourner à Madrid. Et surtout Wind River,MV5BMTUyMjU1OTUwM15BMl5BanBnXkFtZTgwMDg1NDQ2MjI@._V1_UX182_CR0,0,182,268_AL_ qui ne vous donnera pas envie de visiter le Wyoming au début du printemps — mais heureusement, nous n’en avions pas l’intention. Une pure merveille.

Les aventures pédagogiques de Jennifer Cagole, II

diapo-st-charles-4Après la grand-messe inaugurale vinrent les messes basses — je ferai tout aussi bien de renoncer au passé simple, dont l’usage est désormais prohibé par les pédagogues qui ont fait réécrire le Club des Cinq au présent de narration, ou au passé composé, qui fait plus « peuple ». Donc, reprenons :
Après la grand-messe inaugurale sont venues les messes basses — encore que cette inversion du sujet soit un peu tirée par les cheveux, puisqu’elle suppose un accord du participe avec un mot qui n’est pas encore apparu. Donc, reprenons :
Après la grand-messe, les messes basses…
Hmm… La métaphore est-elle bien compréhensible ? Désormais, évitons les métaphores — surtout celles qui, comme ci-dessus, puent la culture bourgeoise. Sans parler du fait qu’elle fait directement référence au christianisme, et que cela laisse sur la touche (ça, c’est une bonne métaphore populaire ! Le peuple, on ne s’en foot pas, quand on est pédagogue !) nombre de nos concitoyens, ceux qui ont obtenu du maire de Marseille la suppression de la grande crèche installée chaque hiver dans l’ancienne Bourse, au bas de la Canebière, parce qu’elle choquait leurs convictions religieuses.
Donc, reprenons :
Après la réunion de rentrée, c’est le début de la formation proprement dite. Les six IPR de Lettres étaient alignés derrière la table, au bas de l’amphi, accompagnés du responsable ESPE de tous les formateurs. Ça promet, côté organigramme. Ledit responsable nous a expliqué qu’il allait falloir, cette année, conforter les savoirs savants en littérature et en grammaire, acquérir des savoirs didactiques et pédagogiques généraux et disciplinaires, connaître le système éducatif et apprendre le sens de l’EQUIPE, et enfin « conduire une réflexion sur le métier et la mise en œuvre didactique et pédagogique des savoirs savants littéraires et linguistiques. Ôtez « pédagogie », « didactique » et autres mots en –ique de son discours, il reste peu de chose. Quoi qu’il en soit, ma formation a commencé et j’ai fait des progrès : j’ai appris que plus un discours est creux, plus il s’emplit de mots ronflants. Comme disait Valéry : « Savoir et Devoir, vous êtes donc suspects ? »
À vrai dire, tout cela est centré sur le Master MEEF — titulaire d’un M2 de Lettres, je n’existe pas dans leur discours. Je subodore que qui que ce soit qui n’est pas passé sous leurs fourches caudines n’existe pas pour eux.
« En cas de difficulté, l’ESPE vous enverra un bulletin d’alerte qu’il ne faudra pas négliger, afin que les formateurs viennent dans votre classe. » Chouette mégateuf en perspective !
Mais avant tout, il nous faut lire et relire les préambules des programmes, qui sont l’esprit des programmes. C’est là que l’on apprend, par exemple, que « le langage oral, qui conditionne également l’ensemble des apprentissages, continue à faire l’objet d’une attention constante et d’un travail spécifique » : je connais quelqu’un qui sort cette semaine un livre intitulé C’est le français qu’on assassine, où il explique que cette attention à l’oral est en train de tuer (intentionnellement, dit-il) le français, qui est fondamentalement, même à l‘oral, une langue écrite, à qui cela ne fera guère plaisir.
Bien sûr, « il faudra tenir compte que nombre de nos futurs élèves, surtout en PACA, sont issus de milieux défavorisés et souvent allophones. D’où le prédominance de l’oral (ça me rappelle un vieux bouquin de Fruttero et Lucentini intitulé la Prédominance du crétin — même que c’est là que Brighelli a jadis trouvé ce terme de « crétin »). Ah bon ? Moi, j’aurais cru qu’un étranger progresserait plus vite si on le frottait de La Fontaine, Hugo et Verlaine que de « nike ta mère la putin de ça rasse ». J’en apprendrai tous les jours, à l’ESPE.
En même temps, parce qu’ils ne sont pas à une contradiction près, ils nous serinent qu’il faut les faire lire, sinon ils ne seront jamais professeurs de Lettres. Certes, mais… ils préfèrent peut-être se faire pianiste dans un bordel ? Si on m’avait appris la musique…
Puis nous sommes entrés dans le dur : l’enseignement de la grammaire au collège. Parce que c’est en grammaire que les nouveaux programmes ont imposé les changements les plus importants — « nous avons essuyé les plâtres l’année dernière, cette année nous allons consolider. Ils ne savent pas, apparemment, que Blanquer a remplacé Vallaud-Belkacem. Le temps pour eux s’est arrêté en mai dernier, et court sur son erre.
Une Inspectrice Pédagogique Régionale dont j’ai déjà oublié le nom (j’ai tort, c’est d’elle que pourrait bien dépendre ma titularisation en juin prochain) nous a alors longuement sermonnés sur les exigences du programmes de Français en Sixième. « Lire les programmes stabilo en main », surligner toutes les recommandations », — et projection immédiate d’un PowerPoint sur lequel étaient listés les grands principes : programmes de cycles, programmes resserrés (ah ça, on ne se noiera pas dans les détails !), programmes spiralaires (Word souligne le terme en rouge, c’est un joli mot nouveau pour expliquer que l’année prochaine on reviendra sur ce qui aura été dit cette année, sûr que les gosses vont trouver ça stimulant), des « programmes qui préconisent une approche explicite et réflexive de la langue » : voir ce que je disais plus haut sur la façon de remplir un discours creux. « Les élèves, dit-elle, revoient plusieurs fois les mêmes notions dans des situations différentes, avec un léger décalage à chaque fois ». C’est beau, c’est même Boléro (de Ravel).
Ce qui compte, ce sont les démarches — pas les contenus. Bref, le verre, pas le liquide. On se sent déjà mieux.
Et là…
« La grammaire nouvelle insiste sur les régularités, et uniquement les régularités ». Que la langue française soit truffée d’exceptions, et que des foules de grammairiens, depuis Port-Royal, se soient échinés à rendre compte des subtilités de la langue, rien à battre. « Les programmes ne visent pas l’exhaustivité ». Ça me rappelle le français appris aux premiers temps des colonies : « Oui, pat’on », « oui, pat’onne ». Et ça suffit. Ces gens de gauche sont stupéfiants.
« Pour la première fois, ces programmes vous donnent la liste des notions à travailler et vous indiquent les démarches pour y arriver ». Najat nous tient toujours la main. Nous sommes des assistés — des « cadres » bien encadrés.

Retour au PowerPoint et au Bulletin Officiel de 2015-2016. Blanquer, au secours ! Je vais devenir folle !
Je suis la seule à prendre des notes — faudra faire attention, à l’avenir, sinon Jennifer sera vite grillée, et moi crucifiée par la même occasion.
Les mots à rallonge se précipitent dans sa bouche. « Complexification », « approfondissement », « connaissances solides » — et « ensemble » : ça tient de l’incantation et du chant scout.
Qu’est-ce qu’une progression ? « Ce n’est pas un empilement de leçons de grammaire ». Mince alors, j’ai appris l’italien, l’anglais, l’allemand, et le coréen en empilant des connaissances ! J’ai tout faux, j’ai l’illusion de parler ces langues, mais en fait j’ai juste « empilé ». Honte à moi ! Mea culpa ! Mea maxima culpa !
Stendhal dessinait des pistolets en marge de ses lettres d’amour — probables symboles de décharges et d’instinct suicidaire. Moi, sur mes feuilles de note, j’ai dessiné ça :Capture d’écran 2017-09-02 à 22.11.00(comme Brighelli adore l’art pompier, je lui rajoute la source de mon inspirationave-maria-movie-poster-1984-1020744876 — mince, elle a beaucoup plus de nichons que moi !)
« Bref, a-t-elle conclu, il ne faut pas faire en classe ce que je suis en train de faire avec vous » : pas d’activités magistrales, pas de « verticalisme » (celui-là non plus, Word ne l’aime pas). « Evitez la mémorisation de règles, évitez les étiquettes grammaticales, évitez les batteries d’exercices que proposent les manuels ».
ET de glisser soudain sur la déploration entonnée par les conservateurs sur le COD antéposé et ses p*** de conséquences. « En Sixième, il ne faut pas parler de COD mais de complément de verbe. On leur reparlera du COD en Cinquième. Il ne faut pas confondre programme et progression : avec ce nouveau programme, l’interchangeabilité des notions permet l’appropriation de savoirs. »
Je vais conserver toutes ces notes au propre, et proposer en premier exercice à mes loupiots de barrer tous les mots de plus de trois syllabes. On y verra plus clair ! Et pourtant, c’est la même qui dit que « l’inflation terminologique doit être évitée » — ah oui, mais elle parle du couple fatal COD-COI, pas de son propre jargon.
En résumé, la grammaire doit se résumer au schéma suivant :
Groupe sujet -> groupe complément de verbe -> groupe complément de phrase.

Parce que « la notion de groupe est essentielle — comme en société, quoi ! » — je crois être revenue aux heureux temps des maths modernes et de la théorie des ensembles ! « Il ne faut pas concevoir la phrase comme une suite de mots, mais comme une suite de groupes. Bâtir une grammaire, et non enseigner « la » grammaire ».
Et la voici — je jure que je ne galèje pas — qui sort des legos © de son sac, tout en remarquant : « Les legos © utilisent les quatre mêmes couleurs que les stylos » : serait-ce un complot ?
Et de bâtir sous nos yeux extasiés de symboles de groupes sujets (rouges !), de groupes verbe (en bleu !) et de compléments de phrase — en jaune.
Je veux bien. Le musicien entend les notes. OK. Mais avec « il ne les entendait pas », comment fait-on ?
Alors là, elle s’est surpassée. « Comme on ne peut pas dire qu’il y a un COD, puisque l’usage de la notion est interdit, il faut ruser. Il faut dire que « les » est un pronom collant — un pronom amoureux, comme l’a nommé devant moi un professeur de cette Académie ».
Je crois que j’ai décroché à partir de ce moment-là.

Jennifer Cagole

Principal de collège ou imam de la république ?

9782366583878« Le cri d’alarme d’un ancien principal de Marseille », titrait la Provence du samedi 26 août, rendant compte du livre de Bernard Ravet, tout récemment paru (éd. Kero). Et le reste de la presse, du Figaro à l’Express en passant par Valeurs actuelles, a fait chorus (et il est invité sur BFM.TV à l’instant même où je mets en ligne cet article, mercredi 30, 19h et des broutilles) Curieusement (non, je blague), je n’ai rien trouvé dans les journaux de gauche, ce qui doit peiner l’auteur, qui n’a guère de sympathies pour la Droite — sans doute sans l’étonner. La Gauche serait-elle dans le déni ? Je ne peux le croire.

Je me suis souvent demandé ce qui fait qu’un livre arrive à l’heure — à l’heure où il sera lu. Il ne faut pas arriver trop tôt, c’est sûr — sinon on entre a posteriori dans la catégorie du « prémonitoire », sous-rubrique « Cassandre » : ceux qui parlent mais que l’on n’entend pas. Depuis les Territoires perdus de la République (2002 — quinze ans déjà, coucou les revoilà !), combien d’oiseaux de malheur ont dénoncé la mainmise de l’islam sur la société française en général et l’Ecole en particulier ? Le rapport Obin, dont Bernard Ravet parle longuement parce que le collège dont il était alors principal (« qui porte ce nom totalement improbable, « Versailles » — dans le IIIème arrondissement de Marseille) a été visité par Jean-Pierre Obin, avait été enterré par François Fillon, et il avait fallu toute une équipe, sous la direction de mon ami Alain Seksig, pour l’éditer (l’Ecole face à l’obscurantisme religieux, 2006) en l’étayant d’articles qui corroboraient le propos alors « inaudible » (dit Ravet) de l’Inspecteur général — dont un essai sur les filles musulmanes à l’école, paru peu avant sur Bonnet d’âne. Des filles dont Bernard Ravet fait grand cas (« la seule bouée de secours dont s’emparent certaines de ces jeunes filles, dit-il des jeunes Comoriennes, c’est la réussite scolaire »), mais dont il a vu, au fil de sa carrière, les minois obscurcis par les voiles : pour ne pas être emmerdées par les suppôts d’Allah qui font régner l’ordre, c’est-à-dire le désordre, et aussi pour grignoter le terrain. Leurs voiles les protègent et nous assiègent.
Parce que tout est question de territoire — les islamistes accroissent leur empire, les caïds (qui sont parfois les mêmes) définissent leur secteur de vente (où la police n’entre pas), et même le Principal, présent à la grille le matin, « marque son territoire, tous les jours ». « Le sas matérialise le fait qu’on pénètre dans un territoire où prévalent d’autres règles que celles du quartier ». Fort bien. Demandons-nous comment envahir l’espace des caïds et du wahhabisme. Comment les éradiquer.

Mais on peut arriver trop tard, et c’est le cas du bon livre de Bernard Ravet, auquel Emmanuel Davidenkoff, jadis pilier journalistique du pédagogisme triomphant, mais revenu pour l’essentiel des meirieuseries de sa jeunesse, a donné un coup de main. Ce qu’il dénonce, parce qu’un Principal retraité a récupéré son droit de parole, c’est ce qui est dénoncé depuis plus de quinze ans — y compris par moi-même avec Une école sous influence (2007). Le cri d’alarme est un dernier cri de détresse.
Que dit notre beau moustachu ? Qu’« il y a urgence » — c’est la première phrase. Ah oui ? Il y avait urgence il y a quinze ans — et tout ce que nous avons déduit de cette urgence, c’est une loi sur les signes religieux ostensibles mi-chèvre mi-chou, conçue pour ne pas empêcher la déferlante islamiste dans les universités (ou dans les hôpitaux). Comme le remarquait il y a quelques jours notre envoyée spéciale en Pédagolie, Jennifer Cagole, le personnel de l’Education nationale est soumis à la neutralité la plus stricte. Mais les élèves, les parents, le quartier, Marseille tout entier et le reste de la France ont le droit de proférer des menaces ou d’éructer des mots d’ordre, de boycotter les minutes de silence, de manifester leur fanatisme et d’étaler leurs superstitions. De voiler Voltaire.XVM0c14f7b6-8cd9-11e7-8851-28a86c911c0f Notre Principal moustachu se voit en « défenseur du territoire ». À ses côtés, des enseignants débordés, régulièrement agressés parce que certaines osent porter une jupe ou avoir les bras nus, le Conseil général de Jean-Noël Guerini (comme quoi on peut être un homme politique aux finances douteuses et un élu responsable), et des flics, ses seuls interlocuteurs pendant toutes ces années de violence sociale et confessionnelle (dans cet ordre). Parce que de l’institution Education Nationale, rien à attendre. Il a consciencieusement signalé tous les faits et méfaits, des années durant, quitte à faire passer ses collèges successifs pour des refuges de terroristes en devenir, sans que cela n’émeuve qui que ce soit au rectorat ou plus haut. « Pas de vagues » est le leitmotiv de tous ces couards écouillés qui occupent la hiérarchie du système éducatif.

Il y a des propositions dans ce livre. Raser ces collèges « enkystés dans des zones impossibles à réhabiliter ». J’ai adopté cette solution il y a 12 ans, lorsque dans la Fabrique du crétin je parlais des Zones d’Exclusion Programmée, et des ces ghettos éducatifs élevés au milieu des ghettos sociaux (mais il a fallu « attendre dix ans pour qu’un Premier ministre, Manuel Valls, ose appeler un chat un chat et parler d’apartheid »). « On y vieillit deux fois plus vite qu’ailleurs, J’allais découvrir qu’à Versailles, on vieillissait quatre fois plus vite. » Il faut réorganiser le premier cycle à l’intérieur des lycées de centre-ville, en organisant une carte scolaire en tranches d’orange — comme autrefois. Sinon, on continuera à avoir, à Versailles, à « Izzo » ou à Manet, des collèges sociologiquement purs — 100% barbares. Sinon les familles (maghrébines ou comoriennes) les mieux informées continueront à exfiltrer leur progéniture dans le privé — qui fonctionne bien mieux, figurez-vous, parce qu’il rassemble des enfants qui ont choisi, et non la lie de la boue.

On y vieillit d’autant plus vite que, comme je l’ai expérimenté dans mes 12 années de ZEP aux Ulis et à Corbeil-Tarterêts, le turn-over des enseignants, d’une année sur l’autre, est impressionnant. « 30 à 40% », dit Bernard Ravet. Il subsiste un noyau dur de missionnaires en terrain hostile, mais les p’tits jeunes capotent rapidement. Alors cessons d’imaginer que des enseignants expérimentés viendront spontanément se faire caillasser (c’est l’anecdote de départ du livre) dans ces sites de gestion des désastres. Il faut envoyer les mômes là où sont les profs — et les y noyer. Evidemment, sur une ville comme Marseille qui est déjà une wilaya algérienne, c’est compliqué — mais c’est faisable. Parce que l’auteur témoigne de la difficulté à constituer des îlots de savoirs dans des quartiers perdus. Ce qu’un élève gagne dans la journée, il le perd en 10 minutes en chouffant (faire le guet, je précise pour les puristes) pour les dealers du coin. Ou en remettant leurs voiles. S’obstiner à concentrer dans le même collège « 700 piles électriques, des gamins incapables de se parler autrement qu’en hurlant, hypersensibles à la moindre critique, éruptifs, impulsifs, imprévisibles ». Oui, il faut les noyer — non pas comme des petits chats, mais en les immergeant dans un grand bain de culture — avec une tolérance zéro : notre Principal de gauche (c’est évident) invoque Rudolf Giuliani et la façon dont il a remis de l’ordre à New York. Il faut décontextualiser les élèves, si l’on veut qu’ils cessent de dire, quand on évoque des études longues et complexes, « Ce n’est pas pour nous ».
Certaines anecdotes sont susceptibles d’une double lecture. Ainsi, un casse a permis de débarrasser le collège de tous les ordinateurs flambant neufs dont on venait de l’équiper. Bonne idée, pédagogiquement parlant. Les pays qui arrivent en tête dans le classement PISA ne laissent pas leurs élèves jouer avec l’intelligence artificielle : ils préfèrent qu’ils développent la leur, tout comme les ingénieurs de la Silicon Valley inscrivent leurs loupiots dans des établissements sans informatique. L’ordinateur devrait être un cadeau de fin d’études.

L’un des points intéressants de l’ouvrage est l’analyse psychologique de ces enfants perdus de la République. Ils sont au premier stade de l’état d’esprit du terroriste : ils se sentent victimes. Ce qu’ils font n’est, dans leur esprit, que réaction à une violence antérieure. Le discours sur le colonialisme n’a fait qu’accentuer ce sentiment (et l’islam, n’a-t-il pas colonisé des territoires gigantesques en réglant la question religieuse par le fer et par le feu ? N’a-t-il pas mis en esclavage plus d’Africains que la traite atlantique ? Que des enseignants collaborent avec la déviation des faits est intolérable). Les savoirs que l’on tente — difficilement — de faire passer sont pour eux la culture de l’ennemi. Darwin, Voltaire, Molière, Corneille, tous pourris. Et les obligations d’EPS aussi. N’importe quel enseignant sait désormais que les garçons, en classe, opèrent une auto-ségrégation vis-à-vis des filles — toutes impures, toutes des salopes sauf ma mère et ma sœur qui sont des saintes. Ce qui autorise l’oncle et le cousin d’une gamine à la violer consciencieusement, raconte Ravet, parce qu’elle a déjà fauté, selon eux — et qu’elle n’est plus qu’un hangar à bites : sachons-lui gré d’avoir collaboré avec la police pour faire tomber ces salopards.

J’ai pris pas mal de notes sur ce livre, mais finalement, je préfère que vous le découvriez vous-mêmes (il est déjà en réimpression, m’a dit mon libraire). J’ai pris contact avec l’attachée de presse de l’auteur, en demandant un rendez-vous pour préciser certains points — après tout, nous habitons l’un et l’autre Marseille. On verra bien — auquel cas, je vous en imposerai une deuxième tranche.

Jean-Paul Brighelli

PS. Comme l’a remarqué l’un des fidèles de Bonnet d’Âne, la couverture reprend, dans le contraste des couleurs / valeurs et des graphismes, celle de mon livre sur Voltaire ou le jihad.voltaire-ou-le-jihad-de-jean-paul-brighelli-1102286446_ML Bah, soyons généreux, accordons-lui le bénéfice du doute, puisqu’après tout nous défendons la même école, et le même savoir-vivre (non, non, pas le « vivre ensemble » !).