Drunk, un film fantast-hic !

DrunkDrikke, dit le danois. Drink, dit l’anglais. Et l’allemand, Trinken. « Trink ! », ordonne Rabelais — c’est l’oracle de la Dive bouteille, c’est le « Enivrez-vous ! » baudelairien. Tout cela vient d’une très vielle racine indo-européenne, dhreg-, qui signifiait originairement glisser — et pour glisser, ça glisse bien, ça descend facile — surtout quand c’est bon. Le petit Jésus en culottes de velours, disait mon grand-père…
Vous n’êtes pas sans avoir appris par cœur les verbes irréguliers anglais. Drink, drank, drunk, ânonnions-nous. Et donc Drunk, le dernier film de Thomas Vinteberg — l’homme qui avait eu le Prix du Jury au festival de Cannes en 1998 pour ce chef d’œuvre de cruauté familiale (pléonasme !) qu’était Festen, et qui aurait dû décrocher cette fois la Palme d’or pour son dernier opus, si le festival 2020 n’avait pas été annulé au nom d’une politique sanitaire dont je ne dirai rien tant elle me met hors de moi.
Quatre enseignants qui s’aiment bien — une espèce assez rare, pour autant que je connaisse le milieu —, en pleine « midlife crisis » (ou crise de la cinquantaine, si vous préférez), mariés ou non, autrefois brillants, engoncés dans une routine sclérosante, enfants sur les bras, partenaire présente / absente, sans motivation, habitant un pays luthérien, circonstance aggravante, apprennent fortuitement qu’un psychologue norvégien, Finn Skårderud (qui existe vraiment) affirme que l’homme est en manque d’alcool dès sa naissance, et qu’il a besoin d’un taux à 0,5 — en moyenne — pour être au mieux de sa physiologie et de ses performances.
Que risquent-ils ? Ils se lancent dans l’expérimentation, et comme on pouvait s’y attendre, ils deviennent rapidement plus brillants, plus performants et plus extravertis — y compris au lit.
Jusque là, rien de très nouveau. Que l’alcool désinhibe, on le sait, il n’y a qu’à contempler les hordes de Vikings affalées sur les plages languedociennes et tétant leurs cubis de rosé pour s’en persuader. Qu’il rende même plus intelligent, il n’y a qu’à relire le Banquet pour s’en souvenir. Mais Drunk entre alors dans une autre dimension, que seul Ferreri avait explorée avec la Grande bouffe. Il ne s’agit plus d’être plus, d’être mieux, mais d’aller au-delà.
Voltaire disait de Rabelais que c’était « un philosophe ivre qui n’a écrit que dans le temps de son ivresse ». Propos d’abstinent. Rabelais, pour oser ses outrances, devait de temps en temps se murger méchamment. Nos quatre pédagogues, qui aiment explorer à fond, vont au-delà de la gaité, au-delà même de l’ivresse. Ils vont au fond. L’un d’eux n’en remontera pas.
Vinterberg a perdu sa fille — à qui le film est dédié — pendant le tournage. Il n’a pas pu tourner la scène de funérailles (qui vaut largement, au niveau émotion, celle de Quatre mariages et un enterrement, qui a fait découvrir Auden à tant d’ignorants), qu’il a laissé diriger par son scénariste. Il a aussi affirmé que les acteurs n’ont consommé aucun breuvage alcoolisé sur le plateau au moins, ce qui rend encore plus exceptionnelle la performance des quatre acteurs. En particulier celle de Thomas Bo Larsen (le frère quelque peu excité de Festen), et bien sûr celle de Mads Mikkelsen, qui n’en finit plus d’étonner son monde. Sa performance dans un précédent film de Vinterberg, la Chasse, était déjà sidérante. Là, il m’a rappelé celle de Christopher Walken dans Voyage au bout de l’enfer. Et comme Walken, il se révèle à la fin un remarquable danseur — car c’est bien de cela qu’il s’agit : danser au bord du gouffre est la seule solution pour encaisser ce monde, « pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre » — comme disait Baudelaire, encore.

Jean-Paul Brighelli

De la guerre et des moyens de la gagner

On ne peut pas être « en même temps » à l’extérieur et à l’intérieur des métaphores. « C’est une guerre », a dit Emmanuel Macron à propos du coronavirus il y a quelques mois — et il a pris, quoi qu’on en pense, des décisions de guerre : restrictions à la liberté de circulation, ausweis, accoutrement de combat, couvre-feu. Ce n’étaient pas des décisions anodines. Ce fut son choix.

« C’est une guerre », dit-il encore du terrorisme islamique. En quoi il a raison, mais il faut là encore s’en donner les moyens. Des milliers de terroristes dangereux se sont infiltrés dans le pays. Il faut les repérer par tous les moyens, et s’en débarrasser, en les renvoyant là d’où ils viennent. Quelles que soient les conséquences potentielles. Des Tchétchènes posent des problèmes ? Renvoyons-les chez Poutine. Des Syriens sont dangereux ? Remettons-les à Assad. Des Afghans sont fanatisés ? Ils se feront moins remarquer à Kaboul. Et s’il existe des Ouïgours menaçants, Xi Jinping sait quoi en faire.
Et ceux qui sont Français ? Il y a des policiers, il y a des juges, il y a des prisons. Oui, mais le droit des gens…
Si nous sommes en guerre, il faut suspendre le droit. On ne peut pas être dedans et dehors. Demandez-vous comment l’armée française a gagné la bataille d’Alger. Et en très peu de temps — parce que frapper ne se fait pas avec des gants, ni au compte-gouttes.

Un parent d’élève s’est répandu sur la Toile en propos haineux qui étaient potentiellement des appels au meurtre — tout en se référant au CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France. Est-ce cette organisation qui lui paie l’avocat qui l’épaule nécessairement, à présent que le voici en garde à vue ? Sinon, qui ?
Quant aux responsabilités dans la mort de Samuel Paty…
J’aimerais déjà être sûr que certains, sur la foi de son prénom biblique, ne l’ont pas identifié comme juif — et je me fiche de savoir s’il l’était, je ne classe pas les gens en fonction de leur religion, moi. Tout ce que je sais, c’est qu’il était un enseignant d’expérience qui faisait bien son métier, et qui — l’information est absolument sûre — a été épaulé par la haute administration du Rectorat dès qu’a circulé la rumeur d’une plainte déposée contre lui par ce père de famille si chatouilleux. Samuel Paty suivait à la lettre le programme d’Education Morale et Civique.

Les responsabilités sont multiples et c’est aux enquêteurs de les démêler. Et même si l’on peut estimer que le chef d’établissement a ménagé la chèvre pédagogique et le chou parental, j’aimerais savoir si, conformément à ce qu’affirment diverses sources, certains de ses collègues se sont ligués contre lui — et auraient indiqué son adresse et ses heures de cours.
La police a tout intérêt à enquêter le plus vite possible. À saisir les portables et les ordinateurs de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce crime. À les faire parler au plus tôt. Entre le président des parents d’élèves, d’une redoutable ambiguïté, et tel syndicat qui localement a pu ne pas se solidariser immédiatement avec notre malheureux collègue, le spectre est large.
J’espère — j’espère vraiment — qu’aucun enseignant n’a prêté son concours, même indirect, même involontaire, à cette boucherie. Dire « on ne pouvait savoir » n’est en rien une excuse, parce que depuis quelques années, nous savons, et nous devons prévoir. Et nous savons aussi que bien des pseudo-intellectuels, sous couvert de combat contre le racisme, ont fomenté dans ce pays une ambiance bien peu sereine. Eux aussi portent une bonne part de responsabilité.
Allons plus haut. Les Territoires perdus de la République, c’était il y a vingt ans. Le rapport Obin remonte au passage de Fillon au ministère de l’Education — un rapport enterré que quelques enseignants motivés, dont j’étais, ont publié en 2006. 2006 ! Une autre ère. Combien d’alertes ont été sonnées — en vain ? Combien de Cassandres ont prévenu — en vain ? Combien de rapports ont été élaborés — pour des prunes ? Le dernier a été remis à Blanquer cette semaine. Le ministre, qui a marqué son intention de ne rien laisser passer, sera impuissant s’il n’a pas l’appareil d’Etat avec lui. Tenez, faisons-lui une suggestion, affichons les caricatures de Mahomet dans tous les établissements scolaires, affichons-les partout dans les rues. Si le ministre appuie la liberté de blâmer, alors je pourrai sans flagorner en faire un éloge flatteur.

Allons, autant s’y risquer nous-mêmes… La référence au début du Mépris me fait mourir de rire :Mahomet

Enfin, soyons cyniques. Emmanuel Macron, qui n’est pas au mieux — ni son premier ministre — dans l’opinion publique, et son parti encore plus bas, regagnerait la confiance de ses concitoyens s’il choisissait enfin de désambiguïser son discours et d’opter pour la guerre — puisqu’aussi bien elle a été déclarée de l’autre côté. La guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens. « En même temps » fut le slogan de sa première campagne. « Ecrasons l’infâme », comme disait Voltaire, pourrait être celui de sa seconde victoire.
Bien sûr que je ne mets pas tous les Musulmans dans le même sac. Bien sûr qu’une immense majorité d’entre eux aspire à vivre sous les lois de la République, et sait bien qu’une image, aussi drôlement offensante soit-elle, n’est pas un prophète. L’image de Mahomet n’est pas Mahomet. Mais cela irait mieux si partout les Musulmans qui ne veulent pas être assimilés par des citoyens excédés à des assassins et des complices d’assassins, des gens qui ont un vrai agenda de guerre, se désolidarisaient de tout ce qui entretient le communautarisme, l’appel à la charia et le sentiment qu’il existe des lois au dessus de celles de l’Etat.

Jean-Paul Brighelli

PS. Quitte à être dans le symbole, Blanquer s’honorerait de débaptiser tout de suite le collège de Conflans et de l’appeler Samuel-Paty.

Mélenchon le créole

1600845739_Melenchon-estime-quil-faut-se-rejouir-de-la-creolisation-deEt, lentement, Mélenchon s’enfonça.
Il avait déjà risqué la submersion, lorsqu’il avait défilé avec des islamistes qui le prenaient en otage consentant. La fréquentation de Danièle Obono ne lui avait fait aucun bien. Mais comme il arrive fréquemment quand on se croit lider maximo et que personne n’ose vous contredire, parce que votre mode de communication favori est l’éructation, Mélenchon a fini par se croire intouchable, et infaillible. Ainsi finissent en général les grands petits hommes.

Le 20 septembre dernier, pour le lancement de l’Institut La Boétie, l’inventeur de la France insoumise, se référant à Edouard Glissant comme s’il lui fallait absolument un gage antillais, a parlé de la nécessaire « créolisation » de la France. Il est revenu quelques jours plus tard sur ce concept dans une tribune pour l’Obs, en reprenant la référence à Glissant, qui définit la créolisation comme un « tissage d’arts ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est, précise le poète, « une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. »

Curieuse confusion entre métissage et créolisation. Cette dernière est, au sens strict, un processus linguistique, par lequel une langue parlée par une minorité dominante (le superstrat) s’incorpore des pidgins, des langages véhiculaires employés par tout ou partie des dominés — des substrats.
Tu suis, Jean-Luc ? Mais oui, après tout, tu as enseigné le français, même si tu fais semblant de l’avoir oublié quand tu parles dans le Ier arrondissement de Marseille — histoire de te mettre au niveau de tes interlocuteurs. Ou de ce que tu penses être leur niveau.

La créolisation est un processus impérialiste. L’anglais, par exemple, est un créole où le français parlé par une minorité d’aristocrates a absorbé le saxon des serfs. Tout comme le saxon, langue des envahisseurs des Ve-VIe siècles, avait absorbé le bas-latin parlé par le roi Arthur. Un processus fort long, et très violent, qui correspond à ce que les Anglais appellent les Dark Ages. La créolisation n’est pas une opération de tout repos.
Il arrive même que la langue de l’envahisseur, quand il amène avec lui des structures rigides et convaincantes, éteigne complètement les langues antérieures. Dans le « gallo-romain », la part gauloise était très faible, d’autant que la langue de Vercingétorix ne s’écrivait pas.
Les voisins de l’Empire romain, qui venaient goûter aux joies de l’Empire, s’ingénièrent d’ailleurs à se latiniser à toute allure — jusqu’au calamiteux Edit de Caracalla, en 212, qui réduisit à rien la nécessité de parler latin et d’accéder par le mérite à la dignité de citoyen romain.

Nous en sommes là : au lieu d’exiger que chaque migrant apprenne à parler et à écrire le français et se plie aux coutumes de la nation française, afin de s’intégrer au mieux, nous leur ouvrons désormais les bras indistinctement. En leur promettant qu’ils pourront vivre à leur convenance dans les ghettos que nous leur avons attribués.
N’en déplaise à Mélenchon, qui dans son internationalisme trotskiste a manifestement tout oublié de son premier métier, ce n’est pas à une créolisation que nous sommes en train d’accéder, mais à une mosaïque de communautés concurrentes. Parmi lesquelles se distingue une minorité combattive, dont les éléments les plus avancés rêvent d’imposer à la France leur langue, leur justice et leur religion. Bref, de créoliser effectivement le pays — à son avantage.

Ils n’ont pas eu besoin d’une nouvelle bataille d’Hastings pour l’emporter. Il a suffi que l’on cesse, à l’école, d’enseigner le bon français, et que l’on accepte, au nom de la « communication », n’importe quelle langue fautive. N’importe quel pidgin.
Demandez donc aux profs de Lettres — et aux autres — quelle langue parlent et écrivent les élèves de Sixième (par exemple) au bout de six mois de confinement et de vacances. C’est de la bouillie de français, dont les malheureux enseignants tentent malgré tout, parce qu’on leur a demandé de valoriser « l’expression » au détriment de la correction (un concept probablement sadique), de tirer quelque chose qui ne soit pas absolument négatif.

Ça ne date pas d’hier. Lorsque des Inspecteurs, en séance de formation d’enseignants dans l’Académie de Versailles, ont conseillé de ne compter qu’une demi-faute à un beau pataquès du genre « les arbres pousses », sous prétexte que le « s » de « pousses » montrait une conscience du pluriel « arbres », nous avons tous compris qu’il s’agissait d’un plan soigneusement réfléchi, alimenté par une idéologie anti-élitiste, pour annihiler le français. Parce que respecter l’orthographe et la grammaire, sachez-le, est un processus fasciste.

C’est tout ce que ces crétins ont retenu d’une leçon célèbre de Barthes, qui expliquait que la langue, par définition, « oblige à dire ». Mais c’est fini, désormais, le français devient phonétique, il se mélange à des langues elles-mêmes mal articulées, et le résultat n’est pas une créolisation : c’est une reddition en rase campagne devant les forces de régression culturelle.

Nous en sommes là. Soit nous réaffirmons, par une lutte impitoyable en classe et dans les médias, la prédominance du français, soit nous nous inclinons devant le volapük actuel, une langue agglutinante inarticulée.
Mais alors, ce n’est pas un créole unifié qui en sortira : c’est la guerre civile. C’est peut-être le but que poursuit Mélenchon, faute d’avoir un projet politique.

Jean-Paul Brighelli

Une photo de Noir est-elle un Noir ?

Il fut un temps où Roland Barthes estimait que Elle était un inestimable fournisseur de mythologies modernes. C’en est bien fini : le Monde peut aujourd’hui revendiquer cette distinction.
Le 25 septembre dernier, le « quotidien de référence » de la boboïtude et du politiquement correct se demandait doctement, sous la plume de son rédacteur en chef, Michel Guerrin, « Un Blanc peut-il photographier un Noir ? » Le prétexte de cette question fondamentale était l’exposition, à la Fondation Cartier-Bresson, des images de l’Américain Gregory Halpern — par ailleurs d’un vrai intérêt plastique. Intitulée Let the Sun Beheaded Be (traduit en « Soleil cou coupé » par référence au recueil homonyme d’Aimé Césaire paru en 1948 — qui s’appropriait un vers d’Apollinaire, et il avait bien raison, la poésie n’a pas de couleur de peau), elle dévoile les images fixées par le photographe à la Guadeloupe. Libé, l’autre quotidien de référence de la bien-pensance, voit dans ces images une vision « nimbée d’une ambiguïté souvent aux confins du malaise, solidement ancrée, par-delà les clichés ensoleillés, dans l’histoire complexe et douloureuse du territoire ultramarin marqué par plusieurs siècles de colonisation ». Diable !
Le chroniqueur du Monde, dans le plus pur style crypto-catho, s’interroge gravement : « Un artiste blanc peut-il encore photographier des Noirs ? Ou une autre communauté que la sienne ? » Et il justifie sa problématique aberrante : « En contact avec le réel, la photographie est au cœur du débat, pour le moins crispé, sur l’appropriation culturelle. »
Des Blancs qui photographient des Noirs, il y en a depuis lurette. On sent bien que les deux journaux de la boboïtude triomphante pensent aux cartes postales de beautés bronzées et dénudées dont le prétexte ethnologique permettait, dans les années 1900-1930, d’outrepasser les normes étroites de la décence et de faire les beaux jours de l’exposition coloniale de1931 à la Porte Dorée. Par exemple cette très belle « Bédouine tunisienne » photographiée vers 1910 par Rudolf Lehnert — transposition de l’orientalisme qui sévissait déjà depuis un siècle et montrait volontiers des beautés dénudées, y compris nombre de Blanches vendues comme esclaves :Capture d’écran 2020-10-08 à 17.31.49

Dans l’exposition de la Fondation, ces cartels explicitent les images. Le Noir tenant une Blanche dans ses bras, dans l’eau,cc15ffc_903917621-unnamed

n’est pas en train de la secourir (ou de la noyer), il « pratique un massage par flottaison ». Et il est bien précisé qu’aucune de ces photos n’a été extorquée — nombre de modèles ont d’ailleurs posé. Sait-on jamais…

Que des Noirs s’imaginent que des Blancs qui les photographient leur volent quelque chose (leur âme, peut-être bien) est déjà stupéfiant et témoigne d’un recul culturel abyssal. Les diverses négresses nues de Rembrandt, Manet ou Marie-Guillemine Benoist — des Blancs colonialistes certainement — ne seraient plus politiquement correctes, d’ailleurs le tableau de Benoist a changé de nom lorsqu’il a été exposé à Orsay, il est devenu Portrait de Madeleine. Interdire de fixer des images de corps noirs sous prétexte que l’image serait « colonialiste » témoigne d’une bêtise saisissante.
Pourquoi ? Parce que c’est croire que la représentation est l’objet représenté. Ah oui ? « Ceci n’est pas une pipe » — eh non, on ne peut pas la fumer. C’est l’image, rien qu’une image. Pour parodier Spinoza, l’image d’un chien ne mord pas. Ou comme disait Godard, « le plus con des cinéastes suisses pro-chinois » (dixit je ne sais plus quel situationniste), « Ce n’est pas une image juste, c’est juste une image ». Et il avait raison, le bougre…
L’image d’un Noir n’est pas un Noir. C’est une image. C’est le regard du spectateur qui restitue à l’image le poids du réel primitif. Par manque de culture. « Ciel, un Noir ! » dit le béotien — quelle que soit sa couleur — en voyant l’image d’un Noir.
Admettons un instant qu’il y ait un soupçon de vérité dans cette perception du crétin ordinaire. Admettons même qu’il y ait chez certains photographes la volonté de heurter les représentations figées que le spectateur se fait de la réalité. Ruth Bernhard, en 1962, photographie ainsi l’étreinte de deux femmes nues, l’une blanche et l’autre noire — en pleine ségrégation, et à une époque où les lesbiennes s’affichaient fort peu. Cela s’intitule Two Forms.ruth-bernhard-two-forms

Volonté de choquer l’Amérique bien-pensante, certainement. Mais au final, une magnifique combinaison de formes, qui renvoie à d’autres images de la photographe qui intitule « Sand » un corps de femme allongée, allant au delà de l’anecdote : avant d’être un Blanc ou un Noir, ou une pipe, une image est une combinaison de formes et de couleurs en un certain ordre assemblées, et c’est tout. De même les fabuleuses photos des Noubas réalisées par Leni Riefenstahl en 1974. Ah mais c’était une ex-nazi, bla-bla-bla… Justement : la Beauté, que Riefenstahl avait exaltée dans les 10 premières minutes des Dieux du stade, est partout — et pas seulement chez les belles brutes blondes. Elle est dans une certaine combinaison de lignes et de proportions. Qu’importait à la photographe que les Noubas fussent noirs ?
On en revient toujours au même problème culturel. Ce n’est pas l’image qui est problématique, c’est le regard de l’hilote qui se pose sur elle. Ce n’est pas la jeune fille en crop top qui est provocante, c’est le regard lascif du mâle mal éduqué qui se pose sur elle — comme une limace glisse sur une fleur. Ce n’est pas le Noir qui est capturé par le photographe blanc, c’est le Noir (ou le Blanc) qui croit qu’il n’y a entre Noirs et Blancs que des rapports de domination. Peut-être est-ce là son fantasme…

Il en est d’ailleurs de même avec les photos de corps nus, quel que soit leur sexe : il faut être extraordinairement barbare et mal éduqué pour y voir un prétexte à surexciter sa libido — ou la preuve du machisme ambiant.
Le pouvoir du mâle ne s’exprime pas sur la photo qu’il fait. Il s’exprime bien davantage dans l’écart de salaire persistant entre hommes et femmes, dans l’assignation à domicile et à vocation matrimoniale qui va de soi dans certaines cultures, dans les sifflets qui accompagnent les mini-jupes et les pantalons dans nombre de rues de ce pays, voire dans les agressions que subissent des femmes simplement parce qu’elles sont habillées… en femmes.

Jean-Paul Brighelli

République versus démocratie

louis-collageNous sommes, paraît-il, en démocratie. Et c’est, paraît-il, le meilleur des régimes : ses partisans tentent de faire honte à Xi Jinping, si chien avec les Oïgours, ou à Poutine, si vache avec les Tchétchènes.
La démocratie fonctionne sur un grand principe, que l’on nous serine volontiers : la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Quand on prononce rapidement la phrase, elle paraît fondée sur une réciprocité dans la tolérance et sur une common decency tout à fait séduisante. Mais si vous tentez de la figurer, il en va tout autrement.
Imaginez un cercle, qui représentera votre espace de liberté. Puis un second cercle, représentant l’espace d’un autre démocrate. Ces deux cercles ne se confondent pas (ce serait supposer que nos désirs sont absolument identiques), ils sont forcément sécants. La zone commune empiète donc par définition sur votre espace de liberté, et l’ampute. Imaginez ensuite tous les cercles de 67 millions de Français, et vous comprenez vite que dans ce merveilleux système démocratique, il ne vous reste aucun espace de liberté. Partout ailleurs, on appellerait cela une contrainte dictatoriale. Mais en démocratie, on appelle cela la loi, où l’individu s’efface devant le collectif.
La loi par exemple empiète en ce moment avec mon désir d’aller prendre un café le matin au Bar de la Marine en lisant le journal. Et je ne suis pas prêt de pardonner cet empiètement sur un minuscule espace personnel que je croyais avoir préservé. Puis la loi m’exhorte à me masquer pour marcher dans une ville parfaitement déserte. Puis elle m’oblige…
Quant à la démocratie, c’est ce régime qu’enfourche l’exquis Geoffroy de Lagasnerie lorsqu’il explique qu’il est favorable à une censure préalable de tout ce qui n’est pas conforme à ce que pensent lui et ses amis.
Quant à savoir s’ils pensent… Il y a beau temps que la pensée n’est plus à gauche.

Je ne suis pas démocrate. Je suis républicain.
Encore faut-il s’entendre sur le terme. J’ai expliqué tout récemment à des élèves qui doivent en fin d’année disserter sur la Révolution que lorsque Saint-Just dit « République » dans ses discours, il fait allusion à la république romaine — suggérant d’être aussi tranchant envers Danton que Brutus le fut pour ses enfants.
Ce n’est pas exactement à ce genre de république que je pense.
Ma république, j’en ai reçu la définition la plus simple quand j’avais 8 ans.
Nous n’avions pas la télévision, et mes parents m’amenaient parfois au cinéma. Ce jour-là, dans une grande salle de la rue de Rome, à Marseille, qui n’existe plus et permettait alors de voir des films en 70mm, j’ai entendu la déclaration suivante :

« République ! C’est un nom qui sonne très bien… Ça veut dire qu’on peut vivre libre, dire ce qu’on veut, aller et venir où on veut, boire à en prendre une cuite si ça vous chante… Il y a des mots qui vous font de l’effet. République est l’un de ces mots qui me donnent des picotements dans les yeux, un serrement de gorge comme lorsqu’un homme voit son premier-né commencer à marcher… Ces mots-là quand on les prononce, ça vous échauffe le cœur… « République » est l’un de ces mots. »

On pourra si l’on veut mettre sur le compte de mon jeune âge l’effet prodigieux de ce discours, articulé par un acteur que j’admirais — et dudit film en général. Un film où 175 hommes meurent comme étaient morts les 300 Spartiates des Thermopyles — ou le petit Bara face aux contre-révolutionnaires : au nom de la Liberté.
Ils auraient été bien surpris si on leur avait expliqué que 180 ans plus tard, un gouvernement pourrait les empêcher non seulement de « boire à en prendre une cuite », mais simplement d’avaler un café. Qu’auraient-ils fait du gouvernement qui aurait tenté de les museler ? Ce que, dans le film susdit, ils firent à Santa-Anna, dictateur du Mexique. Ils l’auraient chassé.
Les démocrates ont, assez habilement, mis le mot « Liberté » au pluriel, afin de l’émietter. Un truc de rhétoriciens malhabiles. Tout comme ils ont accolé des adjectifs au mot « Laïcité » — et une laïcité à géométrie variable, ce n’est plus une laïcité du tout. C’est comme le « Je t’aime ». Accolez-lui un adverbe (un peu, beaucoup), et le sens est subitement édulcoré.
Il y a des mots absolus. Liberté est de ceux-là. République aussi.
Démocratie est désormais un mot de politiciens avides et corrompus. Un mot de trouillards aussi — mais la trouille, en langage rhétorique contemporain, se dit désormais Altruisme et Respect d’autrui. Sauf que le mot Respect, tel qu’il est articulé aujourd’hui, appartient lui aussi à la gamme des renoncements. Les seuls individus respectables sont les hommes libres. Mais où sont-ils désormais ?

Jean-Paul Brighelli

PS. Si l’on doute de la version française, dont j’ai repris exactement les termes, on peut toujours se référer à l’original américain, dont voici la version intégrale : « Republic. I like the sound of the word. It means people can live free, talk free, go or come, buy or sell, be drunk or sober, however they choose. Some words give you a feeling. Republic is one of those words that makes me tight in the throat — the same tightness a man gets when his baby takes his first step or his first baby shaves and makes his first sound as a man. Some words can give you a feeling that makes your heart warm. Republic is one of those words.»

Les Aérostats : quand Amélie Nothomb s’intéresse à la lecture

Les-aerostatsJ’ai une vieille faiblesse pour Amélie Nothomb. J’avais lu en son temps Hygiène de l’assassin, un roman-conversation plein de promesses. Puis quelques autres — pas tous, elle écrit à un rythme infernal. Et dans les années 1990, quand je m’occupais de la partie Littérature du Dictionnaire Larousse, j’ai fait entrer la dame aux chapeaux dans le Petit Larousse. J’espère qu’elle est depuis dans le « Robert des noms propres »…
C’est une interview pêchée à la fin de l’été dans le Midi-Libre qui m’a donné envie de lire les Aérostats — un titre qui s’éclaire à la lueur des zeppelins en flammes, mais chut, ne divulgâchons pas l’intrigue.
Que disait la plus célèbre des romanciers belges d’aujourd’hui ? Qu’elle avait « passé son adolescence dans les livres, et qu’elle n’avait réussi à se greffer au monde, malgré son immense solitude, que grâce aux livres ». Puis l’auteur (et non auteure, je suis presque sûr qu’elle répudie ces barbarismes modernes) se faisait pédagogue, expliquait qu’il « faut briser ce malentendu qui veut que lire soit un truc de vieux », alors que « c’est l’absolu contraire ».
Alors sonna à mes oreilles une délicieuse musique. « Dans beaucoup de lycées et de collèges, on considère qu’il n’est pas possible de faire lire un roman en entier à des élèves. Quand j’en ai été témoin, j’ai été effarée. Mais on m’a répondu : « Faire lire un livre en entier ? Mais vous n’y pensez pas ! » Je crois qu’on m’a prise pour une toquée. Et après on s’étonne que les jeunes ne lisent plus. » Et de conclure : « C’est pour moi le comble du mépris et de la condescendance à l’égard de la jeunesse ».
Je contresignerais volontiers ces dernières lignes. L’inaptitude de la plupart de mes collègues à proposer aux élèves quoi que ce soit qui dépasse en longueur la nouvelle (la Vénus d’Ille, c’est presque trop long, essayons la Chevelure, quatre pages, « ils » doivent y arriver) fait partie de ces a priori pédagogiques qui tuent le métier de prof, et flinguent concurremment les jeunes inintelligences qui leur sont confiées.

Les Aérostats parlent donc de la lecture. De l’accès aux livres. Une étudiante enseigne à un lycéen peu porté sur la littérature les beautés du Rouge et le noir (il n’aime pas) ou de l’Iliade (il adore — à ceci près qu’il hait les Grecs et s’identifie à Hector, le perdant magnifique). Puis quelques autres chefs d’œuvre qui sont tous, explique la pédagogue (qui a lu Queneau, qu’elle cite sans le nommer, car Nothomb ne verse pas dans la pédanterie) à son élève, des Iliades ou des Odyssées — qu’il a détestée, car, dit-il fort justement, Ulysse mène Nausicaa en bateau…
Retour à la politique éducative. « « Qu’avez-vous dû lire, au collège ? » Expression stupéfaite, comme s’il ne comprenait pas la question. Je reformulai avec des termes différents : « Vous rappelez-vous vos lectures obligatoires ? » « Des lectures obligatoires ? Jamais ils n’auraient osé un coup pareil. » »
Quand je pense que j’avais fait lire et étudier en Cinquième, à la fin des années 1970, le Comte de Monte-Cristo, 1500 pages en Poche, et que les néoprofs dépassent rarement, à cet âge où les programmes français suggèrent d’étudier le Monstre en littérature, la Belle et la bête… Et encore, disent les mômes, à quoi ça sert, on a vu le dessin animé…
Ouais. Comme ils ont vu le Bossu de Notre-Dame et croient dur comme fer qu’Esméralda se marie à la fin de l’histoire avec le beau Phœbus pendant que le Bossu fatal saute de joie…
D’où la curieuse épidémie de dyslexie signalée depuis quelques années. « Nous vivions une époque ridicule où imposer à un jeune de lire un roman entier était vu comme contraire aux droits de l’homme ».

La romancière n’est pas dupe. Elle sait bien que l’imprégnation à la lecture vient des parents, et que l’on arrive à l’école enclin ou rétif aux livres. « Ma mère me lisait les Contes de Perrault [où le petit chaperon rouge est mangée par le loup, et c’est tout] au chevet de mon lit et il allait de soi que je découvre par moi-même le mode d’emploi de ces grimoires. Dès mes huit ans, j’étais devenue dépendante de ces immersions dans l’univers miraculeux des enchanteurs que sont Hector Malot, Jules Verne et la comtesse de Ségur. L’école n’avait eu qu’à s’engouffrer dans la brèche ».
Vous vous rappelez peut-être le petit Poulou, dans les Mots : « Etait-ce lire ? Non, mais mourir d’extase. »

Et sachant que son livre risque d’en froisser plus d’un, parmi les pédagogues qui désormais ne l’inviteront plus, Nothomb prévient : « La littérature n’est pas l’art de mettre les gens d’accord. Quand j’entends des lecteurs dire « j’adhère à Madame Bovary », je soupire de désespoir ». Ai-je tort d’entendre dans ce propos l’écho de l’Evangile selon Matthieu : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Un romancier qui ne choque pas les bonnes consciences — et l’Education s’est construite ces dernières années sur le consensus universel — est nul et non avenu.
Et ce n’est pas par sa vulgarité qu’il choque. Nothomb n’éprouve aucun besoin d’écrire comme Despentes, en vomissant sa bière. D’ailleurs l’héroïne (19 ans) vouvoie le héros, qui en a 16, au lieu d’adopter le tutoiement de rigueur entre adolescents (et entre profs…). Le « Tu » m’évoque à chaque fois la réplique de Cyrano : « Tu ? Qu’est-ce donc qu’ensemble nous gardâmes ? » Nothomb écrit un français sévèrement châtié, jusque dans son oralité. Après tout, comme elle le souligne elle-même, « les meilleurs grammairiens de cette langue sont belges » — si l’on était chez Gérard de Villiers, l’auteur noterait : « Ici passa soudain un ange qui ressemblait à Maurice Grevisse ».

J’ai particulièrement aimé — à propos des modes vestimentaires dans la Princesse de Clèves — quelques réflexions rapides sur les « sublimes crevés narratifs » du roman de Mme de La Fayette. « Aujourd’hui, quand les habits ont des plis creux, c’est sans aucun intérêt. À l’époque, à l’intérieur des plis creux, on dissimulait des étoffes somptueuses ». Rarement lu une plus belle métaphore de ce que devrait être la littérature. Pas pour rien que j’ai finalisé récemment pour mes étudiants une étude sur le pli et le voile qui développe celle de Starobinski sur « le voile de Poppée ». Qui s’étonnera que le plaisir du texte soit dans la fente ?
Un pli que ce roman ne forme pas tout à fait. Il court sur Amélie Nothomb une légende : elle écrirait plusieurs livres par an, livrant impitoyablement à Albin Michel le plus abouti. Peut-être est-il temps qu’elle se consacre entièrement à un seul texte, qu’on lira, celui-là, par plaisir, et qu’on relira par jouissance, pour deviner la soie au-delà des crevés. On en arrive à se dire que l’auteur ne croit pas à son public, et juge inutile — un certain « mépris d’avance » affleure çà et là — d’en donner davantage. Mais par les fentes de son texte, on devine des chatoiements lointains.

Jean-Paul Brighelli

Voici revenu le temps des assassins de l’Ecole

coronavirus-5088470_1920-1Que les patrons profitent du coronavirus pour supprimer les 35 heures, réduire le salaire minimum, licencier des milliers d’employés et restructurer sauvagement et quasi impunément parce que les Français, obnubilés par la situation sanitaire réinventée chaque jour, ne peuvent peser deux problèmes à la fois, passe encore : ils agissent dans leur intérêt.
Mais que des enseignants profitent de la même crise supposée pour exiger des conditions d’enseignement qui descendront encore le niveau, et revendiquent du coup une modification des programmes à la baisse, voire une fermeture des établissements, c’est plus scandaleux — car où est leur intérêt, sinon dans leur psychose ?

La rentrée a eu lieu, et tous constatent combien les élèves sont revenus déscolarisés par six mois de vacances forcées — preuve par l’absurde que le confinement scolaire était une gigantesque erreur. Incapacité à rester assis, graves lacunes (sont passés ainsi en CE1 des milliers d’élèves qui n’avaient pas profité des derniers mois de CP pour faire ce bond qualitatif si souvent constaté d’avril à juin), programmes parfois à peine entamés, difficulté de concentration, tout se conjugue pour rendre la pédagogie d’après-crise bien incertaine. Un bon prétexte pour certains pour perdre du temps en papotages de resocialisation…

Surfant sur les inquiétudes des hypocondriaques, qui prennent en ce moment en otages des dizaines de millions de Français qui vont très bien, ou qui sont asymptotiques (rappelons que le Covid est cette étrange maladie qui n’empêche pas Kylian M’Bappé de courir comme un zèbre et de marquer un but en match international), les syndicats, toujours désireux de se payer le ministre pour des motifs de plus en plus troubles, ont bondi sur le stress médiatique pour critiquer le protocole sanitaire de rentrée — déjà bien exagéré : car pourquoi imposer le masque en classe, quand il n’est soudain plus nécessaire en EPS ou à la cantine ? Pourquoi cloîtrer les enseignants sous un chiffon inopérant, au moment où ils ont besoin de toutes les ressources de l’expression pour rattraper tant de semaines perdues ?

À quelques jours des élections professionnelles (et ceci explique cela), le SNES par exemple suggère de diviser les classes en groupes, qui viendraient alternativement dans les établissements — ce qui suppose, expliquent Saint Jean Bouche d’Or et Frédérique Rolet, de réécrire les programmes dans un sens moins exigeant. Plus bas, toujours plus bas ! Faisons donc en Seconde le programme de Troisième, cela permettra de mieux critiquer la nouvelle répartition / orientation de Première… Le SNALC, quant à lui, par la bouche de son ineffable président, propose de sanctionner les enseignants qui n’appliqueraient pas à la lettre les précautions maximalistes réclamées par les hystériques du Covid. Allez, Jean-Rémi, comme si je ne savais pas qui tu vises !

Et je ne citerai que pour mémoire ceux qui, bondissant sur la récente décision de fermer les centres sportifs, suggèrent de fermer les gymnases des lycées en supprimant les cours d’EPS. Et tant qu’à faire, puisqu’aller au restaurant est désormais une menace, selon les critères d’Olivier Véran, comment tolérer que des élèves se démasquent pour fréquenter la cantine ?
Alors que l’on pourrait tout aussi bien en conclure qu’il ne sert à rien qu’ils soient masqués en classe…

Nous sommes pourtant quelques-uns à critiquer ces excès qui font du Malade imaginaire le grand gagnant des protocoles scolaires. Il est si urgent de rattraper les élèves — particulièrement les plus déshérités, mais pas seulement — que nous devons utiliser toutes les ressources du geste, de la voix et du visage (ou alors, il faut changer de métier). « Prof bashing ! » clament aussitôt dans un français exquis tous ceux qui se sentent breneux, au Café pédago ou ailleurs.

Je vais tâcher d’être clair.
Ce métier est plus qu’une vocation : un sacerdoce. Bien sûr que nous ne devons rien à l’institution en tant que telle, qui nous a fort bousculés depuis trente ans, de réformes imbéciles en diminutions de salaires (mais Jospin ou Vallaud-Belkacem, largement responsables de la gabegie scolaire actuelle, n’ont guère été critiqués par ces mêmes syndicats qui veulent la peau de Blanquer, qui pourtant n’a pas inventé le coronavirus). Mais nous devons tout aux enfants et aux adolescents que l’on nous confie.
C’est pour eux que nous sommes là. C’est à eux que nous devons penser. C’est à eux que nous devons transmettre nos savoirs.
Et particulièrement aux plus fragiles.

Et là, nous touchons le point aveugle de la société libérale et des revendications syndicales.
Vouloir diminuer les ambitions des programmes, c’est sacrifier à nouveau ceux qui sont déjà sacrifiés. Vouloir réduire de moitié le temps scolaire, c’est abandonner à nouveau ceux que nous avons abandonnés à la mi-mars — et encore en mai, par la grâce de protocoles sanitaires absurdes, les gosses passant majoritairement à travers l’épidémie sans s’en apercevoir.
« Oui, mais nous ? » protestent les enseignants.
Soyons clairs. Le modèle d’un enseignant, ce n’est pas Philippe Meirieu, c’est Vincent de Paul — en version laïque. Ni Belsunce ni le chevalier Roze, qui en 1720 ont combattu la peste à Marseille, l’un au nom de la foi et l’autre au nom du roi, ne se sont posé la question de savoir s’ils pouvaient être victimes d’un agent infiniment plus pathogène que le coronavirus d’aujourd’hui. Ils le devaient à leurs ouailles ou à leurs concitoyens, et voilà tout. À noter que l’un et l’autre ont survécu : le courage est le meilleur antidote aux germes pathogènes. Tout comme le stress leur ouvre la porte.

Nous nous devons à nos élèves. Ils n’ont que nous — tous ceux en tout cas qui ne sont pas sortis de la cuisse de Jupiter ni d’un foyer d’enseignants. Leur faire cours par quinzaine, ou les reconfiner en misant sur un enseignement « distanciel » dont on a vu ce qu’il donnait trop souvent, ne pas utiliser toute la gamme des moyens d’expression normalement utilisés pour faire classe, c’est les condamner définitivement.
Notez que ça ne m’étonne guère, de la part de « pédagogues » qui sous des prétextes divers ont renoncé depuis lurette à tout enseignement explicite et exigeant, et qui pensent qu’« élitisme républicain » est un gros mot. Ça l’est certainement pour eux, chacun pense selon ses moyens. Mais si nous voulons récupérer au plus vite tant d’élèves perdus, il faut en finir avec les simagrées, reprendre des cours normaux, et en donner davantage à des gosses qui ont rarement sucé Kant et Pythagore avec le lait de leur mère.

« Oui, mais nous ? Et nos proches ? » Merveilleuse hypocrisie qui camoufle une inappétence pédagogique et un égoïsme peureux sous un prétexte altruiste — comme si la bête humaine était altruiste ! Quelle est l’importance collective de chacun de nous ? L’enseignant, en tant qu’individu, ne compte pas : il n’existe que comme passeur de savoirs. Y renoncer, c’est renoncer au métier — autant faire autre chose.
Je signale en passant à ceux qui sont allés dénoncer de façon anonyme à l’administration ma façon très personnelle de porter un masque qu’on embauche dans la police.
Voilà 45 ans que j’enseigne. Pendant 45 ans, c’est le métier qui m’a permis de rester en vie, dans les pires moments de ma vie. Le job ! Rien que le job ! Au mépris de tout le reste. Et c’est encore le cas aujourd’hui — dussé-je mourir sur scène, comme… le malade imaginaire en 1673. Tant qu’à me choisir un modèle, je préfère Molière plutôt qu’Olivier Véran.

Jean-Paul Brighelli

Tenue correcte exigée

PF006702Va-t-il falloir lancer une seconde « journée de la jupe » ? Dans un grand nombre d’établissements scolaires l’administration, qui a pourtant ces temps-ci autre chose à faire que de traquer les nombrils, bloque à l’entrée les élèves habillées de façon « provocante », et appelle les parents en leur demandant d’amener d’urgence des vêtements « décents ». Le nombril visible, qui donnait jadis des sueurs froides au sénateur William Hays, inventeur du code de décence qui sévit sur le cinéma américain de 1934 à 1966, est à nouveau réprouvé. Peut-être nos censeurs modernes pensent-ils, comme Hays, que c’est par là que l’on fait les bébés ?
Les règlements intérieurs des établissements portent tous les marques d’un « dress code », comme on dit en boîtes de nuit spécialisées. Mais tandis qu’à Cris et chuchotements (rue Truffaut, dans le XVIIe) on impose un « code » basé sur l’indécence du noir, les collèges et lycées sont un tant soit peu plus pudibonds — non sans raison.
Encore faut-il s’entendre. Que l’on proscrive les tongs est une mesure de bon sens appuyée par des impératifs de sécurité — les nu-pieds constituent un danger réel dans les escaliers des établissements. Que l’on interdise le voile islamique va de soi : ce n’est pas un vêtement, c’est une déclaration de guerre, et tout prosélytisme est interdit par la loi depuis 2004. Mais pour le reste…

Jean-Michel Blanquer a imprudemment comparé tenues religieuses et indécence vestimentaire : « J’ai à me battre contre les élèves qui veulent venir voilées à l’école et ceux qui veulent venir avec des tenues provocantes ». C’est malheureusement le parallèle même qu’utilisent les gamines pour justifier le port du tchador (argument du « c’est mon choix », alors que les jeunes filles voilées le sont sous la pression, parfois inconsciente, de leur entourage). La vérité est que les deux n’ont rien à voir. Quant à l’idée soulevée par le ministre de comportement vestimentaire « républicain », chacun s’interroge. La Marianne selon Bardot ferait-elle l’affaire ? Ou la Liberté de Delacroix, peut-être…
Le seul point qui rapproche ces deux modes, c’est qu’elles ne concernent que les filles. Bien peu de garçons ont été refoulés pour débordement du caleçon — alors même que le string dépassant de la ligne de flottaison du jean fait hausser le sourcil des CPE, soudain mués en dragons de vertu.

Tout cela ne date pas d’hier. Le string brésilien est apparu discrètement en Europe dans les années 1970, puis de façon plus prononcée à partir de 1985, où il évolue en tanga. Dans les années 1990, l’engouement est général — quel que soit le type de postérieurs, dont il faut remarquer que certains ne sont pas coupés « à la brésilienne »… D’ailleurs, la concurrence du boxer est alors là pour montrer que toutes les femmes ne cèdent pas à l’inconfort de la ficelle inter-fessière…
J’ai assisté, en classe, dans ces années-là, à des scènes burlesques. Les adolescentes, qui pratiquent la provocation de façon spontanée à 14 ou 15 ans, se tenaient légèrement vautrées sur leurs pupitres, le dos bien cambré, le string remontant habilement sur 10 cm de peau nue au bas du dos. Et les garçons assis juste derrière elles s’énucléaient à imaginer dans quelles profondeurs s’abîmaient ces ficelles colorées. Ils n’écoutaient plus, tout agités de flux hormonaux que l’on peine à discipliner à cet âge. C’était drôle, et un peu irritant, à cause de la répétitivité.
Mais la supériorité des filles dans le domaine scolaire — une vérité reconnue par les analystes — ne tient évidemment pas à cela.

S’ajoutent aux questions de mode des considérations météorologiques. Il fait très chaud dans le Midi en ce moment, et qui demanderait aux jeunes collégiennes de venir collet monté ? Enfin, ces reproches ne touchent que les filles, éternelles Lilith provoquant les malheureux Adam qui, sans elles, en seraient toujours à compter les pommes dans le jardin d’Eden sans même penser à les croquer…

Puis vint la modernité.
J’ai déjà conté comment une jeune femme se promenant en short (et pas du genre ultra-moulant) dans le centre-ville de Marseille à quatre heures de l’après-midi un 30 août avait été agressée par deux gardiens de la vertu. Comme elle avait répliqué vertement, cela se termina en pugilat, un passant intervint pour la ceinturer, elle, lui expliquant : « Mais enfin, mademoiselle, c’est leur culture ! » On en revient à la dichotomie être la maman et la putain : soit tu es un modèle de vertu, soit tu es une salope.
Les demoiselles n’ont pas tort d’affirmer que c’est le regard masculin qu’il faut ré-éduquer, et lui apprendre à ne pas poser sur les vêtements, quels qu’ils soient, un œil contaminé par des superstitions d’un autre âge et d’une autre culture. Un homme, a dit à peu près Camus, ça s’empêche de bander. Mais est-il inutile pour autant de leur expliquer que se déguiser en bimbos n’est pas du meilleur goût ? Et que toute provocation obéit à la règle action / réaction ?

En fait, c’est le goût qu’il faut rééduquer — vaste programme. La tolérance aux idées impulsée par la loi Jospin puis par les pédagos qui l’ont enfourchée comme un cheval de Troie pour infiltrer tous les niveaux du système a fondé l’abominable génération « J’ai le droit », « C’est votre avis, ce n’est pas le mien », variantes du topos usagé « Tous les goûts sont dans la nature ».

Oui — le mauvais goût particulièrement. Parce que le bon goût est culturel, et qu’il faut sérieusement revenir à des critères de beauté plus immuables que l’anarchie esthétique qui sévit aujourd’hui. Penser qu’H&M fait de jolis vêtements, c’est croire que Virginie Despentes vaut Racine.

Et il faut sévir chez les garçons comme chez les filles. Si j’étais chef d’établissement, je virerais d’abord ceux qui arrivent en survêtement, avec le bas du pantalon fourré dans les chaussettes. Une règle non écrite, à Marseille, voulait que l’on se rhabillât en quittant la plage. Mais de plus en plus de petits mâles font allègrement torse nu le trajet Catalans / Canebière, y compris en bus. L’exhibition de poils follets et de bustes maigrichons exhale des relents de sueur qu’ils ne tolèreraient pas chez leurs sœurs ou leurs copines, s’ils en ont. L’intolérance aurait-elle un double standard ?
Je virerais pareillement les démonstrations tétonesques : un crop top associé à une absence de soutien-gorge permet aux glandes mammaires des ballottements d’une vulgarité absolue. Le modèle pornographique s’est imposé, et Lolita, la nymphette qui chez Nabokov est une exception rarissime, est devenue le modèle à suivre. C’est ce que démontre avec finesse le film de Maimouna Doucouré, Mignonnes. La sexualisation des enfants que l’on reprochait à Irina Ionesco quand elle photographiait sa fille s’affiche sans complexe dans des magazines de mode : voir ce reportage paru en décembre 2010 dans Vogue où des gamines de 7 ou 8 ans étaient déguisées en putes et offertes en cadeaux au pied d’un arbre de Noël. À l’usage du Père Fouettard, sans doute.
Mais dans un monde où l’on montre en exemple des gamines délurées maquillées à la truelle qui comptent sur YouTube le nombre de leurs « followers », à quoi peut-on s’attendre, sinon au pire ? Est-il bien évident que Thylane Blondeau, qui posait en 2010 pour ce numéro de Vogue, est un modèle à suivre ?

Revenons-en à une conception plus éclairée de la beauté et du charme. Ce n’est pas en se dénudant que l’on aguiche, bien au contraire. Une plage de nudistes est un souverain remède à l’amour. Les tenues les plus strictes sont parfois les plus provocantes. Encore faudrait-il prendre le temps d’expliquer — par les œuvres, car les romanciers et les peintres travaillent sur le voile et le désir depuis quelques millénaires — qu’un nombril en soi n’a aucun charme, que la mini-jupe ne va pas à tout le monde, que le nichon baladeur finit fatalement par obéir à la loi de la pesanteur, et que l’on peut s’habiller chic et léger sans s’habiller vulgaire. Bref, que la « sobriété », comme dit le ministre, ne nuit pas à l’image.

À noter que les enseignants feraient bien de montrer l’exemple. Les jeans troués, les sandales de moines du SGEN ouvertes sur des orteils douteux, les jupes remontées sur des jambons d’York, tout cela donne une légère nausée, et n’indique pas aux élèves la bonne marche à suivre. Ah oui, mais « c’est mon droit », vont dire certains. Mais alors, c’est mon droit de penser qu’ils n’ont rien à faire dans l’Education nationale.

Jean-Paul Brighelli

L’origine du monde d’après


db6dcb52-f379-11ea-b8ad-02fe89184577« Jeanne » a donc été interdite à Orsay : une robe bien coupée au décolleté trop profond, des seins trop omniprésents selon l’avis des vigiles, et vous voilà refoulée. Sans qu’on lui dise, comme elle l’a précisé dans un compte-rendu fort bien écrit (si les Vénus callimastes — à partir de μαστός, le sein — ont du style, où allons-nous ?) déposé très vite sur Twitter, ce qui était choquant : « Ça », disaient les sbires de la Vertu.« Jeanne » a donc été interdite à Orsay : une robe bien coupée au décolletté trop profond, des seins trop omniprésents selon l’avis des vigiles, et vous voilà refoulée. Sans qu’on lui dise, comme elle l’a précisé dans un compte-rendu fort bien écrit (si les Vénus callimastes — à partir de μαστός, le sein — ont du style, où allons-nous ?) déposé très vite sur Twitter, ce qui était choquant : « Ça », disaient les sbires de la Vertu.
Où commence l’indécence ? Nous sommes désormais fixés : au bonnet D. À C, « ça » se discute encore, A ou B sont acceptés : « Les femmes dos nu, en brassière ou en crop-top », cela passe sans problème tant qu’elles sont « toutes minces et avec très peu de seins ». Comme Jeanne l’a dit elle-même, « cachez ce sein que nous ne saurions voir » : si les indécentes (aux Enfers) s’approprient Molière, où allons-nous ?
La société privée à laquelle Orsay a délégué la gestion de la Vertu ne recrute manifestement pas des athlètes de l’intellect.
La direction du musée s’est d’ailleurs excusée devant le tollé. Peut-être Laurence des Cars, qui préside l’institution, et qui, lectrice attentive des œuvres de son grand-père Guy, a dû apprendre dans l’Impure (1946) ou dans l’Entremetteuse (1970) ce qu’est une femme de petite vertu, devrait-elle organiser, pour les personnels chargés de la sécurité et de la sauvegarde des visiteurs à moralité étroite, une visite guidée de son établissement. Leur expliquer qu’un musée qui s’enorgueillit (à juste titre) de posséder le Déjeuner sur l’herbe ou l’Olympia a des vues assez larges sur ce qu’est la provocation. Leur rappeler qu’en 2014 la plasticienne Deborah de Robertis est venue s’exposer, cuisses ouvertes, un jeudi de l’Ascension, juste en dessous de l’Origine du monde, sexe noir contre sexe roux.deborah-de-robertis Que l’on ne peut défendre une morale rigoriste quand on expose la Femme piquée par un serpent d’Auguste Clésinger Statue-Orsay-10— en fait la « présidente »Sabatier : Théophile Gautier, qui connaissait assez bien la jeune femme pour lui écrire d’Italie des lettres polissonnes dont elle faisait la lecture publique dans son salon, disait que c’était « le pur délire orgiaque, la Ménade échevelée qui se roule aux pieds de Bacchus, le père de liberté et de joie » et qu’un « puissant spasme de bonheur soulève par sa contraction l’opulente poitrine de la jeune femme, et en fait jaillir les seins étincelants ». Mazette ! Cela laisse assez loin, dans l’obscénité, le sillon d’ombre fort décent où se devinent les seins de Jeanne.
Cela ne dépasserait pas le stade de la bévue si l’événement ne venait après l’expulsion d’Agathe chez Leclerc ou celle de Marion chez Casino. À chaque fois des vigiles tatillons ont refoulé des jeunes femmes sous prétexte de tenues légères : que diable, tout le monde ne peut pas s’habiller en burka… Et « ça » s’ajoute à l’intervention de gendarmes sur une plage à Sainte-Marie-la-Mer, venus demander à des femmes qui bronzaient seins nus de remettre leur soutien-gorge, car leur nudité gênait une famille installée tout à côté sans doute pour mieux s’offusquer — elle fait des kilomètres, la plage de Sainte-Marie-la-Mer.

Tout cela participe d’une grande vague de puritanisme qui est en train de déferler sur notre pays. Chaque fois que cela est arrivé dans l’histoire, que ce soit dans la Florence de la fin du XVe siècle (avec l’épisode calamiteux de Savonarole) ou dans l’Angleterre des Stuarts, c’était en réaction à une décadence ressentie, une fin de monde, une peur subite d’être entraîné vers l’Enfer — et le canyon vertigineux entre les seins de Jeanne est sans doute la voie de la damnation. En ces temps d’épidémie, quelque chose doit se payer : notre licence supposée, notre indécence intellectuelle, l’abus de liberté — un concept familier à ceux qui préfèrent le carcan et le corset des règles à la démarche vaporeuse des créatures venues faire de la retape pour Satan ou Iblis.

Jeanne a dû visiter Orsay emmitouflée dans une veste qui cachait l’objet du délit. La dernière fois que j’ai vu exiger ce genre de camouflage, c’était dans un monastère des Météores, et dans la mosquée bleue d’Istanbul, où un pantalon, ostentation des vénus callipyges, doit être camouflé sous un tissu faisant jupe. On ne peut que répéter à ces sicaires de la vertu deux autres vers de Tartuffe : « Vous êtes donc bien tendre à la tentation / Et la chair sur vos sens fait forte impression ». L’obscénité est dans le regard du puritain, pas dans les courbes de Jeanne.

Jean-Paul Brighelli