Le chenapan au centre

Cette semaine, Marianne se fend d’un long article sur « ces enfants qui nous pourrissent la vie ». Et d’évoquer les inévitables anecdotes sur les petits malappris qui renversent les verres de l’apéro entre copains, escagassent les hôtesses de l’air (ou les paisibles voyageurs de TGV), et le « marché » des sales gosses, marché plein de « supernannies » et autres redresseuses de monstres.

Au même moment nous arrivent de Suède des nouvelles revigorantes à l’aube des élections européennes : les Scandinaves ont leur propre épidémie d’enfants-rois, et n’osent plus rien dire à cette marmaille déchaînée :

http://www.slate.fr/monde/83599/suede-generation-education-enfant-roi

Le mal vient de plus loin — de chez Philippe Meirieu.
Dès 2008, le grand pontife de l’IUFM de Lyon dépeignait, dans une conférence à Neuchâtel, la montée des insolences des moins de seize ans :

http://www.hep-bejune.ch/recherche/conferences/lenfant-roi-lenfant-sujet

(2008)
Et le candidat à la députation / au ministère de l’Education / aux Régionales / au Sénat (rayez les mentions désormais obsolètes) est revenu lui aussi sur le concept :

http://www.meirieu.com/ARTICLES/esprit-attention.pdf

Encore et encore :

Que dit l’illustrissimo fachino, comme on disait de Mazarin ?
« Nous vivons, pour la première fois, dans une société où l’immense majorité des enfants qui viennent au monde sont des enfants désirés. Cela entraîne un renversement radical : jadis, la famille « faisait des enfants », aujourd’hui, c’est l’enfant qui fait la famille. En venant combler notre désir, l’enfant a changé de statut et est devenu notre maître : nous ne pouvons rien lui refuser, au risque de devenir de « mauvais parents »…
Ce phénomène a été enrôlé par le libéralisme marchand : la société de consommation met, en effet, à notre disposition une infinité de gadgets que nous n’avons qu’à acheter pour satisfaire les caprices de notre progéniture.
Cette conjonction entre un phénomène démographique et l’émergence du caprice mondialisé, dans une économie qui fait de la pulsion d’achat la matrice du comportement humain, ébranle les configurations traditionnelles du système scolaire.
Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n’ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l’extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s’apparente à une cocotte-minute. »

Ah, le retour du pédagogue devant une classe qui l’envoie paître par pure insouciance… Grand moment de délectation pour celles et ceux qui pensent qu’il en va quand même un tout petit peu de sa faute, au petit père de « l’enfant au centre du système » — il paraît qu’il regrette la formule aujourd’hui : oui, comme l’Ours de la fable regrette d’avoir écrasé la tronche de l’Amateur de jardins. Oups, j’ai merdu ! dit l’Ours. Mince alors ! Une nouvelle génération perdue !

Qu’on me comprenne bien : je ne reproche pas à Meirieu d’avoir initié une pédagogie qui aurait enfanté le désordre. Non : il a promulgué la pédagogie libertaire dont le néo-libéralisme, qui est bien, comme il a fini par le comprendre, l’initiateur et le profiteur de ce désordre, avait besoin pour enfanter les jeunes-tout-pour-ma-gueule qui sont aujourd’hui les premiers consommateurs de tous les gadgets générateurs de fausse sociabilité. Des autistes à qui Facebook fait croire qu’ils communiquent. Des demeurés qui se croient sujets sous prétexte qu’ils crient plus fort que leurs bobos de parents (qui votent pour Meirieu et ses amis socialisto-libéraux, tout se recoupe), alors qu’ils sont de purs objets manipulés par les marchands du temple et les amuseurs de la société du spectacle.
Il y a enfant-roi et enfant-roi. Le petit Maghrébin auquel des mères béates refusent de donner un ordre, c’est un enfant-roi classique, connu et convenu — et tant pis pour lui s’il laisse ses petites et grandes sœurs briller en classe, afin de lui dire Merde le moment venu. Mais le petit enfant gâté, déjà pourri et fier de l’être, ça, c’est une création de notre époque formidable, comme disait Reiser. Et tous deux réunis, le caïd qui se veut cancre et le crétin qui se croit malin font l’élève incontrôlable, celui qui refuse obstinément de s’asseoir en classe et en avion, l’élève dont on ne teste plus que les compétences depuis que le Ministère a renoncé à lui faire ingurgiter (quelle violence !) le moindre savoir.
À noter que cet enfant-roi, ce petit sauvage (n’en déplaise à Rousseau, l’enfant n’est pas bon — il est violence pure tant qu’on ne lui a pas appris à parler clairement et à substituer les mots aux injures) n’est que la caricature, comme tous les enfants, de cet adulte qui se croit roi parce qu’on l’a fait client. Le petit sauvage est l’enfant des invasions barbares dont nous parlait jadis Denys Arcand dans un film exemplaire sur la fin du monde occidental.
Parce que c’est la fin d’un monde qui s’esquisse à chaque grossièreté proférée, chaque affirmation de l’individualisme dont les marchands sont parvenus à nous faire croire qu’il était une bonne chose — puisqu’il faisait disparaître ces deux notions centrales, si ancrées pourtant durant des siècles dans la culture française, que furent la Patrie et l’Etat. Pauvres gens qui n’avez pas compris qu’à l’Etat républicain, qui vous a si longtemps permis de devenir ce que vous n’étiez pas encore, s’est substitué l’Etat anonyme des multinationales. Goldman Sachs forever ! Be yourself ! Ce monde-là parle globbish.
Et pendant ce temps-là, Hollande amène Gattaz aux Amériques, et cajole les patrons français exilés en Californie — on les aurait voués aux gémonies, ou pire, en d’autres temps plus héroïques. Mais dorénavant, le héros est un trader — un loup pour le loup de Wall Street. Fric, où est ta victoire ?
Quant à l’amour, il s’est quantifié en pornographie. Les mêmes jeunes violent les bienséances et leurs copines. Carton plein.
C’est qu’ils ont été élevés dans un monde en loques et fier de l’être, et ils en traduisent, dans leurs comportements les plus extrêmes, cette barbarie de chaque instant que nous croyons être la civilisation avancée — si avancée qu’elle pue déjà un peu.
Pas tous, bien sûr — mais le modèle s’impose peu à peu, et l’Ecole joue son rôle dans cette capitulation globale. Complot, pensais-je jadis : même pas. Nous avons l’Ecole que nous méritons, et nous méritons même pire : patience, le gouvernement socialo-libéral (qui s’étonnera que ça plaise aux bobos, puisqu’il n’y a désormais plus de classe ouvrière, à en croire François Hollande ?) s’en occupe.

Jean-Paul Brighelli

Discrimination positive

Selon un tout récent sondage, 67% des Français sont opposés à la discrimination positive.

http://www.leparisien.fr/politique/integration-67-des-francais-opposes-a-la-discrimination-positive-07-02-2014-3569901.php

C’est un signe dont devrait tenir compte le gouvernement Ayrault, qui tient compte déjà de tant de choses : quand le Premier ministre dévoilera, mardi, ses propositions pour une intégration (on se souvient que le rapport incendiaire mis directement en ligne sur le site de Matignon avait déclenché quelques polémiques bienvenues, dans l’optique d’un renfort au FN et d’un effacement de l’UMP, afin que 2017 ne soit plus qu’un 2002 à l’envers — ce qu’il sera, vu que Marine Le Pen sera élue…), on ne manquera pas de discuter ses propositions (apprentissage de l’arabe et du mandarin, accès privilégié des populations d’origine immigrée aux emplois de la fonction publique, et entrée au Panthéon de tout ce que l’on pourra trouver de Français méritants d’origine étrangère — moi-même, par exemple) à la lumière de ce que pensent effectivement les Français. Attachement aux valeurs de la République, qui stipulent que l’accès aux emplois dépend du seul mérite, ou vague puissamment xénophobe, peu importe : le PS au pouvoir, et ses alliés verts — qu’il faut bien ménager à deux mois des municipales, allez, Meirieu, fais risette — a décidé de faire la part belle aux communautarismes. Un effet sans doute des admonestations reçues de David Cameron par Hollande. Il n’y a pas de raison que le modèle anglo-saxon, qui se plante, ne fasse pas école.
L’école, justement, était jusqu’à ces dernières décennies le modèle le plus sûr de discrimination : réussir en classe, c’était réussir dans la vie. Ce n’est plus le cas, comme nous le savons, depuis que réussir en classe est une formalité décidée en haut lieu (Chevènement, que de crimes on commet en ton nom, toi qui le premier parlas de 80% d’une classe d’âge au Bac !). Donc, désormais, généralisons le principe de la rue Saint-Guillaume, où depuis Descoings on va chaque année chercher dans des banlieues plus ou moins lointaines un petit quota de déshérités, propulsés à Sciences-Po (tant mieux pour eux) comme autrefois la marquise de Saint-Frusquin propulsait ses rosières.
Les Français estiment malheureusement que c’est aux étrangers de s’intégrer, et pas à eux de se vaseliner la tolérance. Et qu’ils doivent adopter les habitudes de notre pays. Les Français en voyage se déchaussent quand ils visitent les mosquées, ils acceptent que leurs compagnes court vêtues, même sous la neige stambouliote, s’affublent de longs tissus hâtivement jetés sur leurs jambes interminables. Ils acceptent même que l’Arabie saoudite interdise aux femmes de conduire, que des flics de la moralité islamique interviennent à toute heure du jour et de la nuit chez les particuliers. Ils acceptent que les Talibans tuent préférentiellement des femmes et des enfants (35% de plus en 2013) au nom d’Allah le Miséricordieux. Ils acceptent (mal, mais ils acceptent) que le gouvernement espagnol interdise désormais l’avortement, avant d’interdire la contraception, qui a fait tant de mal à l’Eglise de l’Opus Dei… Oui, ils acceptent tout cela, les Français — ailleurs. Chez eux, ils exaltent le vin et la gastronomie made in France, comme on dit ici, et ils s’indignent quand ils voient des femmes voilées dans la rue, alors qu’elles seraient tellement plus mignonnes (et, au fond, moins visibles) si elles allaient vêtus de légers chiffons, comme les autres.
C’est entendu, le PS et les Verts font ce qu’ils peuvent pour renforcer l’extrême-extrême droite, afin de couler l’UMP (qui se coule bien toute seule — un parti qui se choisit Jean-François Copé et qui voit en Sarkozy, l’inventeur du « préfet musulman », un Sauveur ne mérite pas mieux) et de rester au pouvoir, où il continuera à virer les procureurs indociles (tant pis s’ils sont aussi aveugles)

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/02/04/01016-20140204ARTFIG00417-le-procureur-falletti-dans-le-viseur-de-taubira.php

tout en démentant les faits si par malheur ils sont éventés,
et à pistonner fifille pour les postes d’attaché culturel de prestige, à Tel-Aviv ou ailleurs

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/peillon-le-serpent-a-piston-147633

tout en expliquant que la Gauche est avant tout morale, et qu’une information vraie pêché sur le site d’un antisémite est forcément fausse : l’Ignorance, c’est la Force — mais où diable ai-je déjà lu ça ?
Comme disait Reiser, qui me manque tous les jours, nous vivons une époque formidable. Arrosez le fascisme, il poussera — et en mauvaise graine qu’il est, il envahira tout.
Je ne connais qu’une seule discrimination, celle que le travail et la réussite autorisent. Qu’on ait recours à des procédés mécaniques (ce qu’en termes de dynamique on appelle le piston) pour pallier les insuffisances programmées de l’Ecole donne la mesure de la falsification générale du régime.

Jean-Paul Brighelli

Français de souche

La caractéristique principale du Minable, c’est sa propension à donner des leçons. D’où sa présence massive parmi les profs, les journalistes, le personnel politique. Ce qui bien sûr n’exclut pas qu’il n’y ait de grands profs, de bons journalistes, voire des politiques intelligents. Mais bon…

« Après l’émission Des Paroles et des Actes ce jeudi 6 février, deux membres du Conseil National du PS, Mehdi Ouraoui, ancien directeur de cabinet d’Harlem Désir, et Naïma Charaï, présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), ont saisi le CSA. Dans une lettre envoyée à son président, ils qualifient l’intervention d’Alain Finkielkraut «d’inacceptable» et «dangereuse». Ils s’inquiètent précisément de l’usage par le philosophe de l’expression «Français de souche», «directement empruntée au vocabulaire de l’extrême droite». »

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/02/07/97001-20140207FILWWW00200-finkielkraut-des-socialistes-saisissent-le-csa.php

Le malheureux Finkielkraut a cru bon de répondre — non pour se justifier, mais parce que c’est son métier de rendre les autres intelligents, treizième des travaux d’Hercule :
«Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra-droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complètement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation.»

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/02/07/31003-20140207ARTFIG00274-alain-finkielkraut-une-partie-de-la-gauche-a-perdu-la-raison-et-la-memoire.php

Admettons que l’expression « Français de souche » soit aujourd’hui délicate à employer, surtout depuis qu’elle sert d’étiquette à un site dont la mesure ni le bon goût ne sont les qualités dominantes. Admettons qu’un philosophe (je rappelle que Finkielkraut ne l’est pas, de formation) doive utiliser les mots avec circonspection. Oui, admettons…
Mais comment admettre qu’un parti (le PS) décide d’interdire les mots qui le défrisent ? À l’intolérance de ceux que leur étiquette « de gauche » ne préserve pas du malheur d’être des abrutis, répondra tôt ou tard l’intolérance massive d’une foule d’abrutis qui revendiqueront crânement, et dans la rue, une étiquette « de droite ».

D’ailleurs, ils la revendiquent déjà. L’un des exploits les plus remarquables de ce gouvernement de fantoches est d’avoir rassemblé des centaines de milliers de personnes qui n’existaient pas collectivement, et qui désormais s’expriment d’une seule voix. On salue bien bas.

Au passage, et quitte à chicaner sur les mots, comment distinguer les Français nés en France depuis plusieurs générations et ceux de toute fraîche importation, nés à l’étranger — Finkielkraut lui-même ? Parce que la distinction, quoi qu’on en pense, fait sens : on n’est pas français comme le camembert est normand : on l’est parce qu’on le mérite.
On ne naît pas Français — on le devient, même quand on a des parents inscrit au registre national depuis lurette. On le devient en s’affranchissant des coutumes, des relents familiaux, des communautarismes de toutes farines, des habitudes religieuses exotiques, des impératifs gastronomiques exogènes. J’ai parlé ici-même de cet excellent livre paru l’année dernière, la République et le cochon (Pierre Bimbaum, http://www.seuil.com/livre-9782021108651.htm), dans lequel l’auteur analyse avec une grande finesse le rôle du porc dans l’intégration à la communauté française, et la façon dont les Juifs (et les Musulmans, mais ce n’est pas son sujet directement) ont accepté (ou non) d’entrer dans les usages alimentaires de la République. On est français parce que l’on maîtrise la langue (ce que Finkielkraut fait à un niveau supérieur — très supérieur aux deux hurluberlus qui veulent le traîner aujourd’hui en justice au nom du politiquement correct, très supérieur aux membres du gouvernement, très supérieur à l’ensemble de la classe journalistique qui le juge), et parce que l’on a accepté les caractéristiques de la civilisation française.
Il ne s’agit pas de nationalisme — encore que « mourir pour la France », expression qui paraît de plus en plus désuète aux jeunes générations, qu’elles soient « de souche » ou non, me paraisse la pierre de touche de la nationalité. Encore moins d’esprit cocardier — même si ce drapeau « plein de sang dans le bas et de ciel dans le haut » a une histoire que nous pouvons revendiquer autant qu’au temps d’Edmond Rostand, dont les vers de mirliton me font toujours tressaillir.
Il s’agit de terre et de terroir.
Il faut être bête comme peut l’être Claude Askolovitch pour croire que « terroir » est une expression pétainiste, alors que c’est la façon la plus simple de distinguer un bayonne taillé dans la croupe d’un honnête porc pie noir basque d’un jambon issu d’une quelconque carcasse danoise élevée en batterie (ou, pour en rester au cochon, distinguer un prizuttu d’origine, dont le gras adhère à la chair et possède un merveilleux goût de noisette et de châtaigne, des horreurs proposées dans les restaurants insulaires et pour lesquelles il n’y a, justement, pas de nom).
Alors, d’accord, sur nos papiers d’identité, rien ne spécifie l’origine de nos origines, et c’est tant mieux. C’est tout à la gloire de la France, justement, que de refuser l’inscription de la religion, telle qu’elle se pratique dans nombre de pays — y compris en Europe — et telle qu’elle se pratiquait sous Pétain. Mais c’est d’une hypocrisie sans nom que de prétendre que l’on ne peut pas, par exemple, analyser les résultats scolaires en fonction du contexte familial tel qu’il se lit à travers les patronymes (l’étude qui a été faite sur le sujet en région Aquitaine est à la fois exemplaire et en théorie illégale). Nous sommes tous français par principe, et plus ou moins dans les faits.
Parler la langue et la culture, comprendre que ce vieux pays est laïque sur un antique fond chrétien et gréco-romain, admettre qu’il y a des caractéristiques communes (la combinaison paradoxale d’une réelle fierté nationale et d’une tendance à l’auto-dépréciation, par exemple), sourire même à une certaine bêtise française, voilà ce qui caractérise le « Français de souche ». Les détracteurs de Finkielkraut sont loin, très loin, de posséder sa maîtrise de la langue et de la culture françaises. Ni son sens de la dérision.
Tout cela pour dire… Pour dire que la débauche de politiquement correct, en dehors de ses velléités castratrices typiques d’un parti (le PS) qui manque essentiellement de cou… rage, engendrera fatalement, à terme, une réaction bien plus terrible que prévue. Ce qui est prévu de toute évidence, c’est la montée du FN, en prévision d’un 2017 où l’UMP, débordée sur sa droite, serait absente au second tour, et laisserait le PS étaler sa morgue face à une droite bleu-marine réduite à ses appuis traditionnels : stratégie imbécile, parce qu’il n’y aura pas, en faveur d’un président qui est actuellement tombé à 19% d’opinions favorables (mais il peut mieux faire…), de retournement comme on en a vu en faveur de Chirac en 2002. Non, ce que le politiquement correct attise, c’est la montée d’une droite extrême, qui s’exprimera dans la rue avant de s’exprimer par la violence — et qui s’exprimera dans les urnes aux municipales et plus encore aux européennes. Ce qui nous guette, c’est la venue d’un fascisme dur — parce que le PS est fini, fichu, foutu, à force de se caricaturer dans des initiatives qui sont autant de chiffons rouges, faute de drapeaux de la même couleur. Incapable d’affronter les réalités économiques, le gouvernement et ses affidés ont décidé de bouger essentiellement sur le plan « sociétal » — et ça ne leur porte pas bonheur. Les bobos parisiens qui nous gouvernent devraient de temps en temps redescendre dans le pays réel, et mesurer exactement l’exaspération : nous sommes à deux doigts de l’émeute, et ils perpétuent leurs délires. Ce n’est pas l’UMP qu’ils descendent (avec la politique libérale qu’ils mènent, qui a encore besoin de l’UMP ?), c’est le fascisme qu’ils alimentent. Parce qu’ils fonctionnent déjà comme des fascistes.

Jean-Paul Brighelli