La grande peur des bien-pensants

Mercredi matin, sur C News, j’en ai croisé un beau.
Un très beau.
Un qui tournera longtemps, longtemps, longtemps, après qu’on les aura tous mis sur orbite.
Il s’appelle Patrick Bloche. Il est député de Paris (il n’a d’ailleurs rien fait d’autre dans sa vie, apparemment, que de la politique), et président de la Commission des Affaires culturelles et de l’Education à l’Assemblée.
Il est arrivé en retard sur le plateau, de façon à ne pas avoir à saluer quiconque, et il a commencé à aboyer. « Je suis allé dans des collèges, ce n’est pas du tout ce que vous dites », m’a-t-il lancé. Ah oui ? Dans le XIème arrondissement, dont il est l’élu ?
Il soutient Benoît Hamon, dont la courbe vient de croiser celle de Jean-Luc Mélenchon et ne remontera pas de si tôt. Et il pense que les réformes de Najat Vallaud-Belkacem sont une chance pour les petits Français. Les déshérités surtout, qui le seront chaque jour davantage.
Il pense aussi (je m’en veux quand même à galvauder ainsi le verbe penser) que si 40% des élèves entrant en Sixième ne savent pas orthographier correctement « le soir tombait », c’est la faute au gouvernement précédent. 2007-2012, le quinquennat maudit.
En revanche, depuis 2012…
Enfin Hollande vint.
Et Najat est son prophète.

Pascal Praud, qui animait l’émission et qui avait déjà eu l’occasion de dire tout le bien qu’il pense du « prédicat », n’en est pas revenu. Voilà que ce mister Bloche tempêtait et hurlait, l’accusant d’être partisan parce qu’il énonçait des vérités d’évidence sur les réformes en cours et l’état orthographique des collégiens — des constats que n’importe quel journaliste de terrain peut faire chaque jour.
Mais évidemment, il y aussi le journalisme façon le Monde ou Libé.
En fait, toute vérité non conforme à la doxa gouvernementale, toute tissée de mensonges, est réputée mensongère. Orwell a très bien expliqué que sous le règne de Big Brother, l’Ignorance, c’est la force. Et que 2 + 2 = 5. La démocrature, c’est quand le déni de réalité devient une façon de gouverner.

Ainsi, COD et COI sont de droite, et Prédicat est de gauche. Il est dans le camp du Bien.
Qu’on se le dise.

Comme Annie Genevard, députée LR et ancienne prof de Lettres, tentait d’analyser d’une façon posée l’état des lieux, Mister Bloche a bondi de nouveau. Praud, qui est bien élevé, lui a fait remarquer qu’on ne coupe pas la parole à une dame qui avait patiemment écouté ses éructations. C’était l’occasion que guettait depuis le début notre député parisien : il s’est levé et a quitté l’émission — en stationnant quand même assez longtemps devant les caméras afin d’occuper l’écran de sa masse. Société du spectacle, quand tu nous tiens…

Pourquoi tant de haine ?
Il en est des députés de gauche comme des roquets : ils aboient parce qu’ils ont peur. Les autres invités (Annie Genevard, député du Doubs, Jean-Rémy Gérard, vice-président du SNALC, Danielle Simonnet, porte-parole de Mélenchon — qui faisait le grand écart entre condamnation de la réforme du collège et refus du « déclinisme » —, et moi-même qui m’étais acheté une conduite) n’étaient pas en soi des menaces. Mais Patrick Bloche a peur de ce qu’il peut devenir — un ex-député d’un ex-parti de gauche coulé par son ex-premier secrétaire. Hollande a sorti Macron de sa boîte à malices afin de ne plus avoir à payer le loyer exorbitant de la rue de Solférino : le prochain congrès du PS se tiendra dans une boîte d’allumettes.
Peur aussi de ce qu’ils sont devenus : des repoussoirs de la cause du peuple. Notez que question éducation, cela fait longtemps qu’ils l’ont trahi, le peuple — en 1989 avec la loi Jospin, en 1997 avec Allègre et en 2012 avec Peillon et consorts. Bloche ne connaît, en fait de peuple, que les bobos hors sol qui l’élisent. Faudrait redescendre un peu dans la France réelle.

Oui, ils crèvent de trouille. Alors, ils aboient.
Ils en sont à prédire (ou à souhaiter) la victoire de Marine Le Pen, parce qu’ils n’ont plus que cet espoir-là pour susciter un grand « sursaut démocratique » savamment orchestré qui les portera à nouveau au pouvoir après les législatives.
Sans voir que la vraie France les vomit, les conchie et les renie.

Pas une voix pour ces guignols ! Pas une ! Pas une voix d’enseignant, au moins ! Votez pour qui vous voulez, sauf pour ces gros pleins de soupe qui veulent encore se faire cinq ans de gras ! Bloche à nouveau, c’est Vallaud-Belkacem encore. Et l’école de France au tapis.

J’ai une pensée émue pour Pascal Praud, qui avait cru monter un beau débat d’idées, et qui n’a eu droit qu’aux glapissements des chiens de garde. Mais peu importe. Avec un peu de chance, dans trois mois, Mister Bloche ne sera plus qu’une note de bas de page dans l’histoire des cataclysmes mous.

Jean-Paul Brighelli

Mazarin président !

Les solides élans de vertu de la France contemporaine me sidèrent un peu. On veut, paraît-il, des hommes politiques intègres. Curieux discours, qui met en avant certaines qualités qui ne sont pas essentiellement politiques, mais morales. Mais qu’est-ce que la morale a à faire avec la politique ? Relisez Machiavel, relisez Gabriel Naudé, puis posez-vous la question : qu’est-ce qui est prioritaire, en politique ? Celui qui a acheté le veston, ou les qualités de l’homme à l’intérieur du veston ? Je ne doute pas que le Canard enchaîné, qui dispose manifestement d’un dossier très complet tombé du ciel, ait encore sous le coude la facture insensée du fournisseur des caleçons de Fillon — il a eu jadis celle des chaussettes cardinalices de Balladur. Et alors ? On distille des sous-entendus sur les mœurs de tel autre — mais qu’en avez-vous à faire ? On sort des histoires sur le chauffeur de l’un et le garde du corps de l’autre — et puis ? Lire la suite

Le vaccin anti-SIDA existe peut-être, et le CNRS ne voudrait pas le savoir ?

Le 28 février dernier, la petite et dynamique société Biosantech avait convoqué pour 14h une conférence de presse. Le docteur Erwann Loret, détaché par le CNRS pour travailler sur un très prometteur vaccin curatif et préventif du SIDA, allait présenter les derniers états de sa recherche — le virus en voie de rapide disparition chez les malades traités, et le passage nécessaire de l’expérimentation en phase IIb, avec arrêt des trithérapies des patients rentrés en rétro-séro-conversion.
À 15 h, le docteur Loret a reçu de la sous-directrice de l’INSB, département du CNRS dont dépend le docteur Loret, l’ordre express de ne pas participer à ladite conférence, et de ne plus communiquer sur quoi que ce soit. Lire la suite

Emmanuel Macron et la « décomposition française »

J’étais en train de lire Décomposition française, le beau livre de Malika Sorel paru le 12 novembre 2015 — la veille des attentats du Bataclan —, qui vient opportunément de paraître en Poche, quand Emmanuel Macron a fait en Algérie les déclarations que nous savons sur la colonisation (« crime contre l’humanité », etc.) et a, quelques jours plus tard, aggravé son cas en reprenant, en meeting à Toulon, la déclaration quelque peu ambiguë de De Gaulle aux Pieds-Noirs en 1958, le célèbre « Je vous ai compris ».
Je dis « ambiguë » parce que sur le coup, la foule massée à Alger n’a pas bien compris ce que MonGénéral (comme l’écrivait à l’époque le Canard enchaîné) était en train de lui faire — collectivement. Mais ils ont pigé assez vite. Lire la suite