Du souverainisme comme souveraineté

« La souveraineté nationale appartient au peuple », dit la Constitution. Et le principe de la République est « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».
Nous avons oublié combien, à l’origine, « peuple souverain » était, plus qu’un oxymore, une provocation.
Une provocation contre tous les monarques qui avaient confisqué le pouvoir, depuis des siècles. Toutes les hiérarchies, civiles ou religieuses, qui prétendaient exercer seules le pouvoir — et dominer le peuple.
Le peuple « français », précisait la Constitution de 1946. Il a fallu l’insistance de Guy Mollet et de Jacques Soustelle — jolie association — pour que De Gaulle accepte de supprimer ce « français » qui n’est jamais que sous-entendu — et quel autre peuple pourrait prétendre à diriger la France ?
Le peuple allemand, via une chancelière qui dicte désormais sa marche à l’Europe entière ? Le petit peuple des administratifs bruxellois ? Ou le « vice-chancelier administrateur de la province France », selon le mot de Marine Le Pen à l’Assemblée européenne à Strasbourg ? Un discours particulièrement bien écrit, d’ailleurs — sans doute la raison pour laquelle Florian Philippot se frottait les mains derrière elle…

Dans les années 2000, lorsque Bush est parvenu à entraîner l’Angleterre dans le bourbier irakien, les journaux satiriques anglais puis internationaux ont ironisé sur Tony Blair, « caniche » du président américain.
Et encore, « caniche » rend très imparfaitement compte du mépris absolu du mot anglais, « french poodle » — la connotation « française », au pays du Sun et des News of the world, étant toujours une circonstance aggravante.
Le président de la République « française » vaut-il beaucoup mieux aujourd’hui ? Il pratique l’austérité souhaitée par l’Allemagne, il laisse la Grèce sombrer dans l’ornière creusée par l’Allemagne, il se coule dans les discours contradictoires de « la chancelière » (Hollande ne rajoute jamais « allemande », comme si cela allait de soi) sur les migrations. Merkel qui un jour prétend accueillir tout le monde pour mieux fermer sa frontière le lendemain. Merkel qui gère les futures retraites des Allemands, désormais incapables de se régénérer. Merkel qui dirige un pays dont la première entreprise se croit assez puissante pour trafiquer les moteurs de ses voitures — a-t-on bien mesuré ce que cela révélait de présomption et de certitude d’impunité ? Et le reste de l’Europe persiste à acheter des voitures allemandes, persuadé que les véhicules fourgués par Volkswagen ou Opel sont bâtis comme des chars Tigre…

Alors oui, et dix fois plutôt qu’une : il faut très urgemment revendiquer et rétablir la souveraineté française — et cela s’appelle le souverainisme. C’est le mot autour duquel tournent aujourd’hui les commentateurs, qui croient, ou s’efforcent de croire, comme Hollande, que se dissimulent forcément derrière ce mot des intentions obscures ou nauséabondes.
Un mot que les plus courtisans, à l’exemple de François Hollande lui-même dans sa réponse à l’Assemblée, assimilent au « populisme ». Sans se rendre compte que dans « populisme », il y a justement « peuple », et que tous ces petits marquis européens qui tentent de confisquer la souveraineté du peuple, parce qu’ils se croient seuls légitimes, pourraient bien finir un jour, eux aussi, à la lanterne.

Je soulignais ici-même la semaine dernière que ce sont là des mots qui fâchent. Le peuple, ce sont tous les obscurs pour lesquels Vallaud-Belkacem fabrique en ce moment le collège de niveau zéro. Tous les sans-grade pour lesquels Emmanuel Macron ré-invente un libéralisme débridé. Le peuple est capable d’arracher la chemise d’énarques insouciants et grassement payés pour lesquels quelques milliers d’emplois sont une ligne à rayer sur un livre de comptabilité. Le peuple est capable de renvoyer tous ces grands nuisibles à leurs chères études — samedi prochain en défilant à Paris contre la réforme du collège, en décembre en exerçant sa souveraineté et en votant pour des souverainistes, et en 2017 en éradiquant la caste qui lui a confisqué le pouvoir. Le peuple est capable de récupérer le pouvoir que de grands inutiles exercent en son nom et dans leur intérêt.
Sinon, ça se passera dans la rue — et on va en arracher, des chemises !

Jean-Paul Brighelli