Le vaccin anti-SIDA existe peut-être, et le CNRS ne voudrait pas le savoir ?

Le 28 février dernier, la petite et dynamique société Biosantech avait convoqué pour 14h une conférence de presse. Le docteur Erwann Loret, détaché par le CNRS pour travailler sur un très prometteur vaccin curatif et préventif du SIDA, allait présenter les derniers états de sa recherche — le virus en voie de rapide disparition chez les malades traités, et le passage nécessaire de l’expérimentation en phase IIb, avec arrêt des trithérapies des patients rentrés en rétro-séro-conversion.
À 15 h, le docteur Loret a reçu de la sous-directrice de l’INSB, département du CNRS dont dépend le docteur Loret, l’ordre express de ne pas participer à ladite conférence, et de ne plus communiquer sur quoi que ce soit.

En l’état, où en étaient les recherches ? 10 personnes ont un ADN viral indétectable depuis deux ans sur les 36 patients ayant reçu une dose de vaccin. « Les anticorps contre le virus ont disparu sur 2 personnes sur 8 dont les sérums ont été prélevés, explique Corinne Treger, PDG de Biosantech. 2 personnes aujourd’hui au moins sont en mesure de tester l’arrêt de leur traitement de trithérapie sans voir remonter leur virémie et leur ADN proviral. Dans les faits, l’expérimentation suit le même processus que le fameux « patient de Berlin », seul sidéen totalement guéri — « sa « chance » avait été d’être atteint simultanément d’une leucémie, et d’avoir bénéficié d’une greffe de moelle osseuse fournie par un donneur porteur de la mutation qui empêche le virus de se développer dans l’organisme. »
Evidemment, on peut la comprendre : le développement du candidat vaccin dépend étroitement de cette expérimentation, de la reprise du protocole et des essais. Le CNRS s’est voulu discret, et a bloqué l’expérimentation en marchant sur des œufs. Résultat ? « On patauge dans l’omelette. »
Quant au docteur Loret, interdit de communication, « il n’est pas bien », dit Corinne Treger. « On lui interdit de participer à l’avancée d’un brevet qu’il a déposé en… 1999, et qui est toute sa vie. »
Parce que cette sombre histoire a une histoire, justement.
Une étrange histoire.

En 1989, une publication fait état d’une cohorte de 23 Gabonaises guéries du SIDA : en fait, le virus n’est pas unique, il a des variants, et le variant dont avaient été atteintes ces femmes présentait une mutation de la protéine TAT qui le rendait instable, et finalement non toxique. D’où l’appellation de Tat-Oyi — du nom de l’une des patientes de l’époque ; Mme Oyi…
Dans le principe, l’idée du docteur Loret, qui a récupéré les prélèvements, de 1989, est simple, comme nombre de grandes idées : il s’agit de récupérer les 101 acides aminés de cette Tat spécifique pour les recomposer comme la TAT Oyi. Il dépose un brevet en 1999, et reçoit l’année suivante le prix GSK de l’Innovation. Tout roule…
Non, tout ne roule pas. En 2001 se déroule l’étrange affaire des macaques.
On disposait de deux lots de 7 macaques répartis en deux groupes (expérimentation en double aveugle). L’un des groupes est traité avec le premier lot du vaccin Tat Oyi, l’autre avec un produit concurrent. Sur ce dernier groupe, aucun changement. Sur l’autre groupe, 5 sur 7 affichent une réponse nette, et l’un des singes est en rétro-séro-conversion.
A la très grande surprise du docteur Loret, l’Agence nationale de Recherche sur le SIDA (ANRS) décide d’abattre tous les singes au bout de 59 jours (les expérimentations pour être validées doivent durer 60 jours), et d’opter pour le produit qui n’avait rien donné.
Le docteur Loret mit un certain temps à récupérer les résultats. Leur publication en 2006 fut curieusement passée sous silence.
Bien entendu, le fait que le marché des trithérapies pèse aujourd’hui environ 17 milliards d’euros dans le monde (dont 2 milliards en France) n’a rien à voir avec cette histoire.
Que l’un des articles les plus critiques contre l’essai clinique EVAVTAT ait été écrit par le rédacteur en chef de VIH.org, organe officiel soutenu par les labos spécialisés dans les trithérapies, n’a aussi aucun rapport avec l’histoire — je me demande même pourquoi je mentionne le fait.
Le docteur Loret se retrouve assez rapidement mis à l’écart de tous les congrès où la consommation de petits fours est inversement proportionnelle à l’avancée de la recherche. Tant pis pour lui.
« Biosantech, continue Corinne Treger, entre dans cette histoire en 2010. Et se demande que faire. Dans un premier temps, passer en essai sur l’homme, et étudier la réponse anticorps antitat des patients malades inclus dans l’essai et les étudier.»
Le vaccin évolue donc selon le protocole ordinaire. Après les essais de phase I / IIa, et devant les promesses inouïes des résultats, il est donc temps de passer à un stade plus avancé — arrêter la trithérapie pour démontrer la disparition du virus du Sida dans l’organisme des patients en voie de rétro-séro-conversion.
C’est alors que le CNRS intervient pour couper empêcher le docteur Loret de participer à la mise en place de la phase IIb.

L’ANRS travaille sur le vaccin de l’INSERM, dont le brevet appartient au Professeur Levy, Président de l’INSERM, partenaire privilégié du CNRS qui n’entend pas collaborer à un autre projet que celui-ci. Contacté, le ministère de la Santé avoue son impuissance. Divers articles cherchent pendant ce temps à décrédibiliser l’hypothèse de recherche du docteur Loret — à la limite de la diffamation. Alors même que le vaccin s’avère non seulement curatif, mais aussi préventif comme l’a été le test sur l’animal. Et 100% français.
Bien sûr, le fait que soigner à vie des malades qui coûtent en moyenne 1500 € par mois à la Sécurité Sociale soit plus rentable que de les guérir n’a rien à voir avec cette déplorable histoire. Je me demande même pourquoi j’en parle.
Mais en fait, il faut en parler. Le 10 mars, le CNRS a convoqué le docteur Loret, et il y avait de la révocation dans l’air. Mais la menace que fait peser la presse, susceptible de révéler toute l’affaire et les appels désespérés des patients qui voyaient un peu de lumière au bout de leur tunnel, ont fait reculer l’organisme. Jusqu’où ?

Jean-Paul Brighelli

Merci à « Flo » qui m’a mis sur la piste de cette ténébreuse affaire. ET merci à Corinne Terger pour avoir pris le temps de tout expliquer au quasi-profane que je suis.