La France (peau de) chagrin

« L’idéologie, écrivait Hannah Arendt, est un système d’explication de la vie et du monde qui se flatte de rendre compte de tout événement passé ou futur sans faire autrement référence à l’expérience réelle », rappelle Alain Finkielkraut dans un récent entretien avec Elisabeth Lévy sur RCJ — entretien repris dans Causeur ce mois-ci, mais je m’abstiendrai de conseiller aux fervents de ces chroniques de se plonger dans un magazine où Philippe Meirieu explique qu’il a toujours défendu la culture et la pédagogie de l’excellence…
Elisabeth Lévy y avoue toutefois son « pincement de jalousie » à l’endroit de ses confrères du Point qui avaient eu l’idée de leur titre sur « la gauche Finkielkraut ». Oxymore ? se demande le lecteur pressé. Pas même : dans le délitement de l’opposition Droite/Gauche, il y a bien une vraie gauche dans ce pays, même si il lui arrive de voter ailleurs, parce que le vote ne signifie plus rien : quand le temps est au gris et que les gens au café tiennent des propos excessifs, je pense pour me réconforter à la tête que font aujourd’hui tous ces gens qui ont voté Hollande en 2012 — et je ris, je ris, je ris…
Prenons un exemple : où se situe le « Comité Orwell », qui rassemble tant de signatures diverses — sauf qu’elles s’accordent sur l’ambition exprimée par l’auteur de 1984 : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». Quelqu’un croit-il sincèrement que Jean-Claude Michéa, longuement interviewé par le site, est de droite ? Quelqu’un doute-t-il de l’engagement à gauche de Natacha Polony, ex-candidate chevènementiste en 2002 ? Qui peut croire que Caroline Fourest, parce qu’elle dit des choses justes sur l’Islam salafiste, est frontiste ?
Autant penser que Finkielkraut est subtilement antisémite…
Si quelqu’un croit que ma présence à Béziers le 16 mars prochain est en contradiction avec ma pensée profonde, qu’il me le fasse savoir, je rectifierai ses propos sur le pré — hélas, on ne peut plus le faire, et nombre de courageux anonymes se déchaînent donc çà et là contre moi — et contre Finkielkraut, Polony, Michéa et consorts. « On ne va pas à Béziers », s’exclament ces belles consciences. Comme on ne va pas à Orange, ni à Hénin-Beaumont, ni à Fréjus, ni à Hayange.
Ni bientôt à Marseille, quand Jean-Claude Gaudin, qui n’est pas bien vaillant, aura laissé sa place à… à qui, à votre avis ?
J’étais à Ajaccio il y a huit jours : on ne m’a rien dit, que je sache, et pourtant j’y ai tenu le langage de la vérité — celle qui est inaudible aux belles consciences des bobos. Ajaccio on peut (c’est limite, notez bien, depuis que certains Corses se livrent à des ratonnades que j’ai fustigées sans ménagement, et deux fois plutôt qu’une), et Béziers on ne peut pas ! Mais j’irais dans une municipalité hollandiste aussi bien, expliquer les impasses de la réforme du collège et les mensonges de la laïcité aménagée ! J’irais en Tunisie ou en Algérie expliquer que le fondamentalisme religieux est une hérésie ! Quelqu’un croit-il que je puisse avoir peur ?

Ça me rappelle les années 1960, quand on interdisait aux belles consciences d’aller en vacances dans l’Espagne franquiste ou en Grèce colonelle — ni en Afrique du Sud apartheid, ni en Israël sioniste, ni aux Etats-Unis impérialistes, ni-ni. Europe parcellaire, et univers à trous. Comment d’ailleurs pouvions-nous subsister dans une France aussi désespérément gaulliste ?
Mais justement — je vais y revenir.
La France de ces belles consciences est une France de plus en plus mitée. Une France qui se racornit à quelques prés carrés. Où diable iront-ils bientôt, tous ces beaux donneurs de leçons ? À qui serreront-ils la main ? Le FN, c’est au minimum 30% des voix : je leur conseille de demander à leur boulanger un certificat de bonne vie et mœurs de gauche avant de lui acheter une baguette.
Je dis « de gauche », mais en même temps, ils vilipendent la politique pour laquelle ils ont voté. Faudrait savoir, les mecs : cocus et pas contents ? Ah bon, vous n’aviez pas voté pour la réforme du collège, ni pour les lois sur le travail, ni pour l’aberrante politique étrangère de l’actuel gouvernement, ni pour… Ni-ni est le petit frère de Oui-Oui !

Faisons comme le conseillait Hannah Arendt, et revenons-en au réel.
Dans les années 1960, le réel, c’était De Gaulle. Je l’ai suffisamment combattu, à l’époque, pour ne pas avoir à fournir de certificat de gauchisme. Mais je l’ai combattu pour de bonnes raisons — l’incapacité à parler aux enfants du baby-boom, le simplisme de croire qu’un plongeon dans la piscine de Nanterre allait régler les questions que posait le Mouvement du 22 mars, ou de penser qu’une réforme suffirait pour apaiser la chienlit. Je n’ai pas combattu la vision d’une France forte, qui savait se tenir face aux Soviétiques et face aux Américains, une France qui avait su liquider la question algérienne sans s’illusionner sur une victoire qui ne réglait rien (parce que l’armée avait gagné la guerre, mais n’aurait pas gagné la paix), une France du France et du Concorde, une Nation et non le petit tas de gelée tremblotante que les politiques successives d’aplatissement devant Bruxelles et Berlin ont fait de nous. Tout comme j’ai combattu la vraie extrême-droite, les vrais fachos — le 21 juin 1973, par exemple. Où étaient-ils, à l’époque, les donneurs de leçons d’aujourd’hui ? Dans quel trou de rat — ou de lapin ? Robert Ménard, à l’époque, était à la LCR. Les hollandistes d’aujourd’hui, les belles consciences donneuses de leçons, devraient se demander pourquoi tant d’anciens gauchistes se prononcent aujourd’hui pour la France — contre leur France.

Il faut restaurer une France forte (toute allusion à un slogan sarkozyste est indépendante de ma volonté), une France qui donnera un idéal à des jeunes que nous ne savons plus intégrer, et auxquels nous apprendrons des savoirs au lieu de les noyer sous les compétences — parce que les savoirs savamment distillés suffisent à créer ce « vivre-ensemble » dont on nous parle tant depuis qu’il est devenu si difficile à vivre. Une France laïque où les religions auront toute leur place — à la maison. Une France unifiée, et non une France truffée de zones blanches sous prétexte que çà et là des citoyens français votent mal.
Alors oui, je vais à Béziers comme je vais partout où l’on m’invite — parce que je ne m’interdis rien de cette France actuelle qui est mienne, qui est nôtre — et ceux qui voudraient me donner des leçons peuvent se les carrer dans l’hémisphère sud — par où ils pensent.

Jean-Paul Brighelli

Génération Zidane et génération rap.

Qui a demandé, l’année dernière, « un autodafé pour ces chiens de Charlie-Hebdo » ? Un imam des Buttes-Chaumont ? Non. Un représentant de l’une ou l’autre des organisations musulmanes qui avaient porté plainte en 2007 contre l’hebdomadaire et qui verse aujourd’hui des larmes de crocodile, et sera certainement présent demain dimanche à ce rassemblement « républicain » (entendez : le camp du Bien) qui entend exclure un parti représentant 25% des Français ? Pas même.
En fait, l’auteur de cette boutade (un mot qu’en l’occurrence je ferais volontiers venir de l’expression « bouter le feu ») est un collectif rassemblant l’élite (?) des rappeurs français : Akhenaton, Kool Shen , Disiz la Peste, Soprano , Nekfeu , Dry , Lino , Nessbeal, Sadek, Sneazzy, S.Pri Noir, Still Fresh et Taïro. Des athlètes de l’intellect dont le portefeuille prospère sur la naïveté de ceux qui l’écoutent. Charb avait alors dénoncé une chanson « fasciste » chantée par des « branleurs millionnaires ». Christiane Taubira ne s’en était pas émue. Ni la presse, pour l’essentiel. Seul Jack Dion, dans Marianne, avait signé un papier furieux où il écrivait de façon prémonitoire : « Certes, il ne s’agit que d’une chanson. Certes, on n’est ni en Afghanistan ni au Pakistan, mais chacun connaît le poids des mots et le choc des formules. »
Et quelques lignes plus loin, il ajoutait, avec une grande pertinence : « le plus inquiétant est que personne ne se soit offusqué d’un engrenage débouchant sur un cri de haine contraire à l’esprit même de la marche de 1983, d’inspiration laïque, et qui était à mille lieux de toute récupération religieuse. A l’époque il s’agissait de défendre les immigrés. Aujourd’hui on renvoie immédiatement ces derniers à une essence musulmane supposée ne tolérant aucune critique. »

Ah oui, la marche des Beurs… Cela remonte à 1983, à l’époque où Mitterrand se séparait du PC, après l’avoir descendu, réorientait son action économique dans le sens du tout-libéral (j’y reviendrai), et surtout, dans la perspective de 1988, inventait Le Pen, qu’il faisait inviter à l’Heure de vérité, ce qui facilitait son élection l’année suivante au parlement européen, et, en 1986, bénéficiant de la proportionnelle opportunément inventée par la Gauche, d’entrer à l’Assemblée nationale. Tout se tient. « On a tout intérêt à pousser le FN. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C’est la chance historique des socialistes. » Tels sont les propos que Franz-Olivier Giesbert prête, non sans vraisemblance, à cet « honnête homme » de Pierre Bérégovoy dans le Président (1990). J’en connais un, qui était alors directeur de cabinet de divers ministres socialistes, avant d’être nommé à la Cour des Comptes, qui s’en souvient encore, maintenant qu’il est président. Exclure ostensiblement le FN des manifestations de dimanche, c’est lui donner, aux yeux de ceux qui ne reconnaissent plus la représentativité de l’UMPS, une aura de semi-martyr médiatique. Si le plan de tous ces petits malins n’est pas de provoquer en 2017 un affrontement, au second tour, entre François et Marine, je veux bien perdre un œil.
La Marche des Beurs (le mot entra l’année suivante dans les dictionnaires) fut initiée par un curé lyonnais, le Père Delorme, spécialisé dans le « dialogue inter-religieux », comme on dit poliment pour désigner la reddition de l’église catholique à l’Islam, et un pasteur, Jean Costil, membre de la CIMADE qui a la même fonction œcuménique côté protestant. L’un et l’autre sont de la même génération que Philippe Meirieu, Lyonnais d’adoption, et membre éminent, dans les années 1960, des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes — les JOC, c’est son Mai 68 à lui. Tout se tient.
Quand je pense que j’ai défendu Meirieu contre les plus jusqu’au-boutistes des pédagos, ici même… Et que ce même Meirieu, récemment sollicité pour LePoint.fr où je cause Education, a osé me répondre : « Nos relations ne sont pas “comme elles sont”, mais comme vous les avez construites par votre comportement et vos propos. Nul doute que vous ne trouviez quelque jouissance à la pratique de l’injure à mon égard. Mais, dans ces conditions, je préfère utiliser d’autre (sic) canaux que votre interlocution pour faire connaître mes analyses sur l’Ecole de la République. Au nom de l’éthique minimale nécessaire à tout débat démocratique. » On se pare volontiers de probité candide et de lin blanc, quand on est responsable du plus grand désastre scolaire de l’Histoire.
La Marche des Beurs, où flottaient quelques keffiehs palestiniens, n’était pas exactement la sauce désirée. Le PS, l’année suivante, inventa SOS Racisme, avec l’argent de l’Elysée et de Pierre Bergé réunis, et le soutien, cette fois, de l’Union des Etudiants Juifs de France. Il fallait canaliser cette belle jeunesse dans une voie électorale adéquate — la « génération Tonton ».
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Dans les slogans de l’époque (l’exaltation du métissage et du « mélange » — il y avait eu opportunément une « marche » des mobylettes), c’était déjà de la dissolution de la République qu’il était question.
Saïd Kouachi est né en 1980. Son frère Chérif, deux ans plus tard. Ils ont connu jusqu’à la nausée cette célébration du mélange qui devenait, peu à peu, une célébration de l’identité. Ils ont connu aussi, à l’entrée en collège, les bénéfices de la loi Jospin — qui deux mois après sa promulgation entraînait, au nom de la « liberté d’expression » qu’elle imposait, la première affaire de voiles. 1989 ! C’est tout proche, c’est très loin.
La démocratie à l’algérienne du GIA et du FIS est venue sur ces entrefaites allumer des foyers de terrorisme dans toutes les cités — le PS n’offrait pas une idéologie de substitution assez puissante, il fallut convoquer l’Islam.

Zidane, né en 1972, était passé du bon côté de l’école. Même s’il s’est très tôt intéressé au foot, il a appris les fondamentaux. D’ailleurs, il est trop kabyle pour être très musulman, et son père, venu en France avant la guerre d’Algérie, ne lui a pas fait porter le poids d’une algérianité, si je puis dire, exacerbée.
La coupe du monde 1998, puis la coupe d’Europe deux ans plus tard, qui marquèrent son apogée, virent aussi l’émergence de cette France « Black / Blanc / Beur » qui n’était déjà plus du mélange (c’est-à-dire de l’intégration) mais de la juxtaposition communautaire d’entités pseudo-raciales disposées à l’étalage.
La preuve de cet éclatement de l’idéal républicain d’assimilation fut apportée l’année suivante, lors d’un match France-Algérie de sinistre mémoire. Les Renseignements généraux, qui ne sont pas forcément à côté de la plaque, avaient prévenu qu’il y aurait des débordements communautaires. C’était dire qu’en quelques années les communautés s’étaient mises en place. Et que l’Islam pouvait tranquillement prospérer dans des crânes vidés par les pédagogues de toute culture commune au profit d’un communautarisme concurrentiel, typique d’une Europe désétatisée, et d’un libéralisme mondialisé.

Le reste, c’est l’actualité. C’est la plainte en 2007 contre Charlie, coupable de caricaturer le Prophète. C’est un premier attentat au cocktail Molotov en 2011, c’est l’appel au meurtre des citoyens-rappeurs en 2013 (Saïd Kouachi a fait du rap, figurez-vous), et c’est mercredi dernier. Fin de partie. Communautarisme 12, République 0. Et le bilan s’est encore alourdi depuis. Parce que ce ne sont pas des cinglés qui tirent à l’aveuglette. Ce sont des tueurs organisés. Des assassins — du persan ḥašišiywn, « les gens de principe, de fondement de la foi ». Il fallait le rappeler.

Immédiatement, chœur des vierges et des bobos, qui dix minutes auparavant trouvaient que Charlie était un journal raciste — et c’est une injure que j’ai trouvée ces jours-ci dans certains forums où ils feraient mieux de se taire, par décence. Récupération de cadavres. Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Voltaire — et, paraît-il, à Houellebecq, à Zemmour et à Finkielkraut — si !… Mais qui les a aidés quand il était encore temps ? Le gouvernement a même allégé la protection dont ils bénéficiaient. Jolie fenêtre de tir.
Il n’est plus temps. Umberto Eco a parfaitement formulé la situation : « C’è una guerra in corso e noi ci siamo dentro fino al collo, come quando io ero piccolo e vivevo le mie giornate sotto i bombardamenti che potevano arrivare da un momento all’altro a mia insaputa. Con questo tipo di terrorismo, la situazione è esattamente quella che abbiamo vissuto durante la guerra. » Oui, c’est une guerre, une guerre à distance contre l’Etat islamique, devenue une guerre de proximité — et Eco a raison, c’est comme en 1940 : qui collaborera, et qui résistera. Et nous nous y sommes plongés jusqu’au cou nous-mêmes, en cédant sur l’universalisme républicain, en cédant sur la laïcité, en cédant sur la transmission de la culture commune. En acceptant des voiles à l’université et dans les sorties scolaires : la femme de Chérif Kouachi en porte un intégral. L’Ecole qu’ont fréquentée toutes ces têtes creuses mériterait de figurer dans une nouvelle Histoire de l’Infâmie.

Et Zidane, qui avait appelé son fils Enzo, aurait décidé — info ou intox — de le rebaptiser Mokhtar. Les sites islamiques s’en réjouissent, dans l’orthographe rectifiée qui est la leur : « Cet convertion de Zidane dans ces jours-ci que les pays occidentaux veulent anéantir le visage de l’islam en créant les terroristes de Daesh dans la région du Moyen-Orient. » Sic.
Mais ce n’est pas important, l’orthographe…
Eh bien si. Je crois même que c’est un critère, parmi d’autres, pour reconnaître les apprentis jihadistes.

Ecr.l’inf.

Jean-Paul Brighelli

Néo fachos et gauchos réacs

« Michel Onfray, fils naturel de Jean-Paul Brighelli et de Farida Belghoul ? » se demande Sandrine Chesnel dans l’Express
Primo, démentons : Onfray a ses propres parents, qui lui suffisent — et justement, tout est parti de là, depuis trois semaines que l’auteur du Traité d’athéologie est vilipendé par la gauche bien-pensante (pléonasme !).
Il n’est pas le seul : Véronique Soulé, dans Libé, dresse une première liste de proscription : « Qu’y a-t-il de commun entre Alain Bentolila (linguiste), Jean-Paul Brighelli (professeur) et Michel Onfray (philosophe) ? Réponse: ils trouvent que l’école française n’est plus ce qu’elle était, qu’au lieu d’apprendre à lire et à écrire, elle enseigne des choses ridicules aux élèves – du genre «théorie du genre» – et que tout ça est dû à Mai 1968. Pour ceux qui n’ont déjà pas le moral, mieux vaut s’abstenir. Pour ceux qui chercheraient un débat d’idées, idem. » Mais déjà le 20 septembre Renaud Dély, dans l’Obs, dressait la liste des « Nouveaux fachos » et de leurs amis : Elisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Eric Zemmour et Richard Millet, mis en contiguïté intellectuelle de Patrick Buisson et de Robert Ménard, sans oublier Marc-Edouard Nabe, Alain Soral et Renaud Camus — « une amicale brune », dit finement le journaliste, qui m’a rappelé ces temps déjà lointain où l’ineffable Frakowiack me reprochait de « penser brun ». Et le 3 octobre, dans le Figaro, Alexandre Devecchio en proposait une autre : « Onfray, Guilluy, Michéa : la gauche réac ? demandait-il. Comment ? ET Natacha Polony ? Laurence de Cock, qui gère Aggiornamento, le site d’Histoire-Géographie où se con/gratule la bien-pensance, a bien voulu la mettre dans le même sac que moi. Qu’elle en soit remerciée, j’en rêvais, effectivement.
De l’ouvrage de Bentolila, j’ai déjà tout dit sur le Point.fr — et de l’excellent petit livre de géographie pratique de Guilluy, aussi. Sur Finkielkraut, j’avais exprimé ici-même tout ce que m’inspirait la campagne répugnante des belles âmes au moment de son élection à l’Académie française.
Et pour ce qui est d’Onfray, tout est parti d’un tweet ravageur et d’une interview non moins enlevée sur France Inter à propos de son dernier livre où il feint de s’apercevoir que le Divin marquis malmenait les demoiselles (et s’en faisait malmener : voir son escapade à Marseille en juin 1772). Qu’a-t-il dit de si choquant ce jour-là ? « On apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser, dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. Le gamin d’aujourd’hui qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec l’école telle qu’elle fonctionne, parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire d’apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. »
Et cela a suffi à en faire mon fils naturel (j’ai commencé tôt, visiblement, Onfray n’a jamais que six ans de moins que moi). Pourtant, comme le dit avec un soupçon de franchise Véronique Soulé à la fin de son article, « il n’a pas vraiment tort » d’affirmer que « les enfants de pauvres font les frais de l’effondrement du système d’instruction et d’éducation français. Pour les autres, les parents se substituent à l’école défaillante ».

Je suis très honoré d’être associé parfois à de grands noms de la pensée contemporaine par les tenants de l’orthodoxie hollandiste (ça existe donc) qui à force d’exclure à droite et à gauche vont se retrouver très seuls. Il fut un temps où, de Zola à Sartre en passant par Bernanos ou Camus, une certaine idée de la contestation pouvait être revendiquée par la Gauche. Mais la Gauche de Jaurès et de Blum, le Parti communiste d’Aragon, ont-ils encore quelque chose à voir avec les néo-libéraux qui s’agitent à l’Elysée, à Libé, au Monde et au Nouvel Obs ? L’idée que Jean Zay se faisait de l’Ecole a-t-elle quelque chose à voir avec celle de Philippe Meirieu ou de Najat Vallaud-Belkacem ?
Il faut le dire et le redire : les socialistes de salon, de hasard et de bazar, les bobos du Marais et d’ailleurs, les pédagos du SGEN, du SE-UNSA et d’EELV, les antiracistes de profession, qui refusent de voir que la stratégie de Terra Nova en 2012 pour récupérer le vote des enfants d’immigrés impliquait le déni de ce qui se passe effectivement à Marseille ou à Saint-Denis, tous sont les fourriers du FN, les idiots utiles de Marine Le Pen. Parce que c’est prioritairement le peuple qui souffre qui pâtit de leur bonne conscience. Les enfants les plus démunis, comme le dit bien Onfray (« On apprenait à lire, à écrire, à compter et à penser, dans l’école républicaine. Ce n’est plus le cas. Le gamin d’aujourd’hui qui est fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage, il ne s’en sortira pas avec l’école telle qu’elle fonctionne, parce que c’est une école qui a décidé qu’il était réactionnaire d’apprendre à lire, à écrire, à compter, etc. ») n’ont plus d’autre espoir que de confirmer les prédictions de Bourdieu : il est venu enfin, le temps des héritiers ! Grâce aux sociologues de gauche (autre pléonasme) qui n’ont eu de cesse, en dénonçant le sort fait aux plus pauvres, d’inventer des dispositifs qui enfermaient dans des ghettos scolaires les victimes des ghettos sociaux. Vous leur laissez l’espoir de s’inscrire en ZEP, pendant que vos propres enfants s’épanouissent à Henri-IV ? Eh bien, ils vont se venger et vous le faire savoir — dans la rue peut-être, dans les urnes certainement. Sur les 35% de ceux qui votent et qui voteront pour Marine, et qui constitueront 52% du second tour en 2017, combien le font et le feront par désespoir de voir leurs enfants confinés dans des réserves, au sens indien du terme ? Oui, Meirieu et ses amis — et il lui en reste, la démence pédagogique étant fort bien partagée dans l’Education nationale — sont directement responsables du glissement à l’extrême-droite de tous ceux — des millions — qui ont cru à l’ascenseur social et n’ont même plus d’escalier.
Alors, persistez à vilipender les uns, parce qu’ils seraient néo-fachos, et à vous moquer des autres, parce qu’ils seraient gaucho-réacs. Quand vous ferez le tri, vous verrez qu’il ne reste personne, rien que vous et vos amis — les misérables 12% qui ont encore un intérêt à voter pour Hollande en 2017, et qui n’auront plus que leurs yeux pour pleurer, après le second tour — juste avant que l’on vous demande des comptes. Vous récusez l’intelligence, et vous avez raison : vu ce que vous êtes, elle est la suprême insulte.

Jean-Paul Brighelli

Hors concours

Au grand concours de la Bêtise de la semaine, il y a bien sur Benoît Hamon qui a l’air de penser qu’une faute grammaticale et une faute syntaxique sont intrinsèquement différentes. Mais je voudrais ici saluer un sommet, atteint ces derniers jours, en commentaire sur l’affaire Bonnemaison, par un multi-récidiviste, Bernard Kouchner.

Interrogé sur ce qu’il pensait du délicat problème de l’euthanasie, le french doctor ex-PS ex-Sarko-boy s’est exclamé : « « N’employons plus jamais le mot « euthanasie ». D’abord, il y a le mot nazi dedans, ce qui n’est pas très gentil. Et puis on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens ». Si ! C’est . Profitez bien de la vidéo.
Hmm… Que je sache, le bon docteur Bonnemaison ne les achevait pas au gaz, mais au curare.

Mais Kouchner tenait à remporter à la fois la palme de la khonnerie hebdomadaire (ou mensuelle, ou peut-être annuelle : avant d’en retrouver une de ce format…) tout en pulvérisant le Point Godwin. Euthanazie ! Sachant que les parents de Kouchner ont été malheureusement déportés à Auschwitz en 1944, qu’aurait pensé Lacan d’un tel mot-valise ?

À noter qu’il donne des idées.

Les lycéens du Bac S dont je parlais dans ma dernière chronique, ceux qui se plaignaient de la trop grande rigueur de l’épreuve de maths, ont sans douté été trop mathisés.

Mon chat, Whisky, a des puces. Lorsque je le passe au peigne fin, irai-je jusqu’à appeler cela un dépucepelage ? Et dysorthographier, est-ce caresser à rebrousse-poils le chat des aiguilles ?
Et pour en rester aux chats, on sait qu’ils abhorrent les enfants. C’est normal, les chats sont des gastronomes à heures fixes, qui répugnent au mou tard. Enfin, Whisky a quelques puces : c’est mieux que la France, qui ne manque pas de polytiques.
Quant à mon ordinateur, il a commencé par des puces, et maintenant il a des bugs : c’est parce que je m’en sers comme d’un pense-petites-bêtes.

Je parlais il y a peu du Petit Fictionnaire illustré d’Alain Finkielkraut, où l’on trouve le « sapotage » — « soupe servie froide intentionnellement ». Bernard Kouchner nous expliquera un jour que cette soupe froide se mitonne sur du gaz pas chaud. Sans rire.

Ou que les sales gosses qui pissent sur les colonnes de fourmis pratiquent la formication — une forme fréquente de sexualité enfantine…

Pour en revenir au curare du docteur Bonnemaison, je m’étonne que ce détail n’ait pas excité la verge — pardon, la verve — de l’ex-ministre. Le cul rare est très apprécié des sodomites — petites bêtes ravageuses des fonds de culottes…

Franchement, qu’un médecin de cette génération (on y faisait encore des études sérieuses, le latin et le grec étaient les langues de référence des carabins d’autrefois) semble ignorer que l’euthanasie, c’est la « bonne mort » (eh oui, il en est des moins goûteuses…), c’est à se taper la tête contre les murs (je précise, dans ce contexte, qu’un fondu enchaîné n’est pas forcément un fou sous camisole). Peut-être est-ce l’âge — « le pourrissement de certaines cellules peu connues », comme disait Boris Vian. Faut-il déjà lui rappeler qu’un ectoplasme n’est pas une plaquette sanguine de 100 grammes ?

La vérité, c’est qu’on ne l’avait pas filmé depuis un certain temps, et que les caméras lui manquaient. On se souvient de son affectation à attendre le soleil d’après-midi pour débarquer du riz en Somalie : c’est à 1mn40, à se passer en boucle.

À l’époque il représentait Mitterrand. Plus tard, il a représenté Sarko. Maintenant qu’il ne représente plus que lui-même, il en est à faire des calembours débiles. Ah, c’est pas bô de vieillir !

Jean-Paul Brighelli

 

PS. Assez décodé. Signez et faites signer la pétition sur la laïcité lancée à l’initiative de Marianne. C’est rédigé en termes mesurés, mais l’essentiel y est dit. Et il y a dans les signataires plein de beau monde fréquentable — le bon docteur Kouchner n’y est pas, dis !

Français de souche

La caractéristique principale du Minable, c’est sa propension à donner des leçons. D’où sa présence massive parmi les profs, les journalistes, le personnel politique. Ce qui bien sûr n’exclut pas qu’il n’y ait de grands profs, de bons journalistes, voire des politiques intelligents. Mais bon…

« Après l’émission Des Paroles et des Actes ce jeudi 6 février, deux membres du Conseil National du PS, Mehdi Ouraoui, ancien directeur de cabinet d’Harlem Désir, et Naïma Charaï, présidente de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (ACSE), ont saisi le CSA. Dans une lettre envoyée à son président, ils qualifient l’intervention d’Alain Finkielkraut «d’inacceptable» et «dangereuse». Ils s’inquiètent précisément de l’usage par le philosophe de l’expression «Français de souche», «directement empruntée au vocabulaire de l’extrême droite». »

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/02/07/97001-20140207FILWWW00200-finkielkraut-des-socialistes-saisissent-le-csa.php

Le malheureux Finkielkraut a cru bon de répondre — non pour se justifier, mais parce que c’est son métier de rendre les autres intelligents, treizième des travaux d’Hercule :
«Je suis totalement abasourdi. Hier soir, lors de l’émission Des paroles et des actes, j’ai dit que face à une ultra-droite nationaliste qui voulait réserver la civilisation française aux Français de sang et de vieille souche, la gauche a traditionnellement défendu l’intégration et l’offrande à l’étranger de cette civilisation. La gauche en se détournant de l’intégration abandonne de fait cette offrande. Manuel Valls a expliqué que nous avions tous trois -lui-même, David Pujadas et moi – des origines étrangères et que c’était tout à l’honneur de la France. J’ai acquiescé mais j’ai ajouté qu’il «ne fallait pas oublier les Français de souche». L’idée qu’on ne puisse plus nommer ceux qui sont Français depuis très longtemps me paraît complètement délirante. L’antiracisme devenu fou nous précipite dans une situation où la seule origine qui n’aurait pas de droit de cité en France, c’est l’origine française. Mes parents sont nés en Pologne, j’ai été naturalisé en même temps qu’eux en 1950 à l’âge de un an, ce qui veut dire que je suis aussi Français que le général de Gaulle mais que je ne suis pas tout à fait Français comme lui. Aujourd’hui, on peut dire absolument n’importe quoi! Je suis stupéfait et, je dois le dire, désemparé d’être taxé de racisme au moment où j’entonne un hymne à l’intégration, et où je m’inquiète de voir la gauche choisir une autre voie, celle du refus de toute préséance de la culture française sur les cultures étrangères ou minoritaires. L’hospitalité se définit selon moi par le don de l’héritage et non par sa liquidation.»

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/02/07/31003-20140207ARTFIG00274-alain-finkielkraut-une-partie-de-la-gauche-a-perdu-la-raison-et-la-memoire.php

Admettons que l’expression « Français de souche » soit aujourd’hui délicate à employer, surtout depuis qu’elle sert d’étiquette à un site dont la mesure ni le bon goût ne sont les qualités dominantes. Admettons qu’un philosophe (je rappelle que Finkielkraut ne l’est pas, de formation) doive utiliser les mots avec circonspection. Oui, admettons…
Mais comment admettre qu’un parti (le PS) décide d’interdire les mots qui le défrisent ? À l’intolérance de ceux que leur étiquette « de gauche » ne préserve pas du malheur d’être des abrutis, répondra tôt ou tard l’intolérance massive d’une foule d’abrutis qui revendiqueront crânement, et dans la rue, une étiquette « de droite ».

D’ailleurs, ils la revendiquent déjà. L’un des exploits les plus remarquables de ce gouvernement de fantoches est d’avoir rassemblé des centaines de milliers de personnes qui n’existaient pas collectivement, et qui désormais s’expriment d’une seule voix. On salue bien bas.

Au passage, et quitte à chicaner sur les mots, comment distinguer les Français nés en France depuis plusieurs générations et ceux de toute fraîche importation, nés à l’étranger — Finkielkraut lui-même ? Parce que la distinction, quoi qu’on en pense, fait sens : on n’est pas français comme le camembert est normand : on l’est parce qu’on le mérite.
On ne naît pas Français — on le devient, même quand on a des parents inscrit au registre national depuis lurette. On le devient en s’affranchissant des coutumes, des relents familiaux, des communautarismes de toutes farines, des habitudes religieuses exotiques, des impératifs gastronomiques exogènes. J’ai parlé ici-même de cet excellent livre paru l’année dernière, la République et le cochon (Pierre Bimbaum, http://www.seuil.com/livre-9782021108651.htm), dans lequel l’auteur analyse avec une grande finesse le rôle du porc dans l’intégration à la communauté française, et la façon dont les Juifs (et les Musulmans, mais ce n’est pas son sujet directement) ont accepté (ou non) d’entrer dans les usages alimentaires de la République. On est français parce que l’on maîtrise la langue (ce que Finkielkraut fait à un niveau supérieur — très supérieur aux deux hurluberlus qui veulent le traîner aujourd’hui en justice au nom du politiquement correct, très supérieur aux membres du gouvernement, très supérieur à l’ensemble de la classe journalistique qui le juge), et parce que l’on a accepté les caractéristiques de la civilisation française.
Il ne s’agit pas de nationalisme — encore que « mourir pour la France », expression qui paraît de plus en plus désuète aux jeunes générations, qu’elles soient « de souche » ou non, me paraisse la pierre de touche de la nationalité. Encore moins d’esprit cocardier — même si ce drapeau « plein de sang dans le bas et de ciel dans le haut » a une histoire que nous pouvons revendiquer autant qu’au temps d’Edmond Rostand, dont les vers de mirliton me font toujours tressaillir.
Il s’agit de terre et de terroir.
Il faut être bête comme peut l’être Claude Askolovitch pour croire que « terroir » est une expression pétainiste, alors que c’est la façon la plus simple de distinguer un bayonne taillé dans la croupe d’un honnête porc pie noir basque d’un jambon issu d’une quelconque carcasse danoise élevée en batterie (ou, pour en rester au cochon, distinguer un prizuttu d’origine, dont le gras adhère à la chair et possède un merveilleux goût de noisette et de châtaigne, des horreurs proposées dans les restaurants insulaires et pour lesquelles il n’y a, justement, pas de nom).
Alors, d’accord, sur nos papiers d’identité, rien ne spécifie l’origine de nos origines, et c’est tant mieux. C’est tout à la gloire de la France, justement, que de refuser l’inscription de la religion, telle qu’elle se pratique dans nombre de pays — y compris en Europe — et telle qu’elle se pratiquait sous Pétain. Mais c’est d’une hypocrisie sans nom que de prétendre que l’on ne peut pas, par exemple, analyser les résultats scolaires en fonction du contexte familial tel qu’il se lit à travers les patronymes (l’étude qui a été faite sur le sujet en région Aquitaine est à la fois exemplaire et en théorie illégale). Nous sommes tous français par principe, et plus ou moins dans les faits.
Parler la langue et la culture, comprendre que ce vieux pays est laïque sur un antique fond chrétien et gréco-romain, admettre qu’il y a des caractéristiques communes (la combinaison paradoxale d’une réelle fierté nationale et d’une tendance à l’auto-dépréciation, par exemple), sourire même à une certaine bêtise française, voilà ce qui caractérise le « Français de souche ». Les détracteurs de Finkielkraut sont loin, très loin, de posséder sa maîtrise de la langue et de la culture françaises. Ni son sens de la dérision.
Tout cela pour dire… Pour dire que la débauche de politiquement correct, en dehors de ses velléités castratrices typiques d’un parti (le PS) qui manque essentiellement de cou… rage, engendrera fatalement, à terme, une réaction bien plus terrible que prévue. Ce qui est prévu de toute évidence, c’est la montée du FN, en prévision d’un 2017 où l’UMP, débordée sur sa droite, serait absente au second tour, et laisserait le PS étaler sa morgue face à une droite bleu-marine réduite à ses appuis traditionnels : stratégie imbécile, parce qu’il n’y aura pas, en faveur d’un président qui est actuellement tombé à 19% d’opinions favorables (mais il peut mieux faire…), de retournement comme on en a vu en faveur de Chirac en 2002. Non, ce que le politiquement correct attise, c’est la montée d’une droite extrême, qui s’exprimera dans la rue avant de s’exprimer par la violence — et qui s’exprimera dans les urnes aux municipales et plus encore aux européennes. Ce qui nous guette, c’est la venue d’un fascisme dur — parce que le PS est fini, fichu, foutu, à force de se caricaturer dans des initiatives qui sont autant de chiffons rouges, faute de drapeaux de la même couleur. Incapable d’affronter les réalités économiques, le gouvernement et ses affidés ont décidé de bouger essentiellement sur le plan « sociétal » — et ça ne leur porte pas bonheur. Les bobos parisiens qui nous gouvernent devraient de temps en temps redescendre dans le pays réel, et mesurer exactement l’exaspération : nous sommes à deux doigts de l’émeute, et ils perpétuent leurs délires. Ce n’est pas l’UMP qu’ils descendent (avec la politique libérale qu’ils mènent, qui a encore besoin de l’UMP ?), c’est le fascisme qu’ils alimentent. Parce qu’ils fonctionnent déjà comme des fascistes.

Jean-Paul Brighelli