Manuel Valls appelle Christian Estrosi

Valls a félicité Bertrand et Estrosi (la presse).

– Christian Estrosi ?
– Ouais ? Céki ?
– Ici Manuel Valls… le premier ministre…
– Ah ouais…
– Je voulais vous féliciter pour cette brillante élection… Dix points d’écart sur le FN ! Quel magnifique sursaut républicain ! Vous allez diriger une grande, une belle région… Et sans aucune opposition socialiste…
– Ah ? Ah ouais… Ouais, je suis content… Qu’est-ce que je lui ai mis, à l’autre dinde ! Dans l’cul la balayette !
– J’ai appelé aussi Xavier Bertrand pour le féliciter d’avoir brillamment battu Marine Le Pen…
– Qui ? Ah oui, Bertrand… Il doit être content, lui aussi, ce connard…
– J’imagine qu’il va y avoir une réunion du bureau exécutif des Républicains…
– Qui ? Les Républicains ? Ah ouais, l’UMP… C’est Sarko qui doit être content…
– Certainement. Un vrai républicain. Assurez-le du soutien sans faille du président de la République pour 2017…
– Ah ? Ouais, j’ui dirai… Mais la grande bringue va péter un câble…
– La grande bringue ? NKM ?
(Rires)
– Vous pouvez compter sur les militants socialistes pour voter pour Sarkozy lors de la primaire.
– Ah ouais ? Le PS va voter pour nous ? Encore ?
– Oui… Vous savez bien que Juppé, hein, Juppé…
– Ah ouais, Juppé !
(Rires)
– Et au second tour de la présidentielle, vous vous souviendrez de nos accords, hein… Les voix de Bayrou — parce qu’il va se présenter, Bayrou, si c’est Sarkozy —, elles se reporteront automatiquement. Mais il nous faudra les vôtres — celles de tous les vrais républicains !
– Les Républicains ? Ah, ouais… Mais aux législatives…
– Cela va de soi… Sarkozy premier ministre, ça me laisse à moi toutes mes chances pour 2022. C’est là que je prendrai Najat comme Premier ministre.
– Qui ça ? Ah, ouais, la fille qui a fait gagner Valérie Pécresse en Ile-de-France (1)… Super ! Moi, vous savez, en 2022… Mais dites, M’sieur l’Premier, et le FN ? Parce que dans le Sud, le FN… Et dans le Nord aussi ! Et partout, d’ailleurs… En 2017, j’veux bien… Mais en 2022… Boum ! Avant, peut-être ! Boum !
– En nombre de voix, il plafonne quand même, le FN ! Le plafond de verre, hein…
– Quoi, le plafond des Verts ? Les Verts, c’est sûr qu’ils votent pas bleu marine !
(Rires)
– Et puis, un plafond, ça doit faire mal, quand on le cogne ! Plus mal qu’une barrière de Grand Prix ! Ce gadin que je me suis pris à Jarama en 76 ! Mais sous la pluie, hein…
(Rires)

– Remarquez… Hier aussi il pleuvait sur le Midi… Elections pluvieuses, élections heureuses, hein…
– Heu… Oui… Enfin, je voulais vous rappeler tout ça… Nous avons voté pour vous… Vous voterez Hollande au second tour, n’est-ce pas…
– Heu… Ouais… Je me vois bien ministre de l’Intérieur d’un gouvernement Sarko… Même si Ciotti en rêve… Putain, ce mec, j’y ai fait sa carrière ! Et il compte encore que je  lui laisse Nice en 2020… J’vais pousser Rudy Salles, tiens !
– L’éternelle histoire du chien qui mord la main de son maître ! Bon, toutes mes félicitations à nouveau. Vous avez une belle région à administrer. Moi, je m’occupe de la France. À nous deux, le libéralisme n’aura pas trop à se plaindre !

Pcc. Jean-Paul Brighelli

 

(1° Valérie Pécresse l’a emporté de 60 000 voix dans une région peuplée de 12 millions d’habitants — et de 90 000 profs, dont un certain nombre ont renâclé à mettre dans l’urne un bulletin appuyant un parti qui a inventé la réforme du collège. Si demain Bartolone — l’homme qui a fait de Pécresse la représentante de la « race blanche », ne l’oublions jamais — est aussi dégommé du Perchoir, il saura à qui dire merci.

Le tango des cocus

Franchement, être au PS, en ce moment, c’est difficile.
J’en connais qui ont voté Hollande en 2012, parce qu’ils ont cru que son ennemi, c’était la finance. Quelques Macronneries plus tard, ils en sont revenus — ou plutôt, ils n’en sont pas revenus. De même, ils ont cru — dans l’enseignement surtout — que Vincent Peillon, qui se préparait depuis des années à être ministre de l’Education, sortirait de son chapeau une grande réforme qui reviendrait sur les horreurs de la loi Jospin de sinistre mémoire — l’élève au centre, le constructivisme, les pédagos au pouvoir, etc.. Quelques belkassineries plus tard, il leur reste leurs yeux pour pleurer. Restaient les Régionales : les voici sommés de voter pour le Parti Républicain. Embrassons-nous, Folleville ! Sarko for ever !
Pauvres gens ! On a tenté de les rassurer en inventant un « front républicain » de texture composite et d’intentions obscures — quoi qu’ils disent. Démonstration.

J’ai au lycée Thiers, à Marseille, une classe qui prépare activement le concours des Sciences-Po de province. Au programme des IEP, cette année, l’Ecole (bon, ça va, je raconte, en toute objectivité, l’apocalypse molle des quarante dernières années, et particulièrement des vingt dernières, ça les fait beaucoup rire — jaune —, d’autant qu’ils éprouvent dans leur chair de cancres sympathiques à quel point on les a pris pour des crétins tout au fil de leur formation) et la Démocratie : et là, j’ai un peu de mal à leur vendre la notion de Front républicain.
D’autant que nous sommes partis de Montesquieu, pour qui la Démocratie, déjà, est une perversion de la République. Alors quand ils voient le déni de démocratie organisé par un parti dont toute la philosophie consiste à barrer la route — en prévision de 2017 — d’un FN qui rassemble au moins 30% des voix, les bras leur en tombent.
« Mais M’sieur, si le FN n’est pas républicain, pourquoi ne pas l’interdire ? » Oui, pourquoi ? La question a été posée jeudi soir sur i-télé à Manuel Valls, qui a répondu à côté parce qu’il n’y a pas de réponse : ils ne sont pas républicains parce qu’ils ne sont pas nous, nous, nous sommes le Bien. Et Bartolone, qui vient d’accuser Valérie Pécresse de représenter « la race blanche » — kholossale finesse —, dans la plus pure obédience à la stratégie Terra Nova, est un « grand républicain » — dixit Valls. Il y a des jours où je suis fier d’être français.
Mais si les Frontistes sont républicains, puisqu’on ne les dissout pas, pourquoi leur interdire l’accès aux institutions vers lesquelles les pousse la vox populi ? Pourquoi donner le spectacle un peu sidérant et légèrement pornographique de cette collusion complice PS / LR, comme si les deux partis qui bipolarisent la vie politique depuis trois décennies répugnaient à faire de la place et choisissaient soudain de se rouler des pelles ? Ce « Front républicain », me disent-ils, ne serait-il pas par ailleurs un bon moyen de camoufler le bilan catastrophique de cinq années de sarkozysme et de quatre années — bientôt — de hollandisme ? Et ces 9 ou 10 ans, c’est presque toute notre vie, ajoutent-ils. Un truc pour ne pas parler des cadeaux faits aux banquiers, du léchage des bottes de Merkel, des disparités qui se creusent, des salaires qui stagnent, des migrants qui viennent prendre la place de leurs parents ex-immigrés, de la réforme du collège qui enverra leurs petits frères et sœurs encore plus sûrement dans le mur ?
De surcroît, ajoutent-ils, qu’est-ce que c’est que ces manières ? Ces partis se croient propriétaires des voix des électeurs ? Au moins, remarquent-ils, ni Mélenchon ni Dupont-Aignan, pour prendre deux opposés du spectre politique (et pas si éloignés que ça, en fait, but that’s an other story) ne donnent de consignes de vote : leurs électeurs, jugent-ils, sont adultes et savent quoi faire dans cette bipolarisation imposée qui tourne doucement au tripode, de façon à exclure ceux qui proposent autre chose que l’obéissance à Bruxelles pour les uns ou les propositions aberrantes pour les autres — parce que quand même, cette histoire de planning familial, quand on sait qu’il y a en France 200 000 avortements par an minimum, c’est un peu fort, non ? Quand je pense que la Provence disait récemment de Marion Maréchal qu’après un départ nunuche, il y a quelques années, elle avait appris vite…

Et puis ils sont inquiets.
« Si le FN est balayé par des alliances contre-nature, c’est nous — nous, les enfants d’immigrés, les musulmans boucs émissaires, nous, les petits, les obscurs, les sans-grade — qui allons payer les pots cassés, parce que c’est dans la rue que ça va éclater, et que les frontistes frustrés se vengeront… » Ils voient la France courir à l’émeute sous prétexte d’avoir préservé la démocratie par des manœuvres anti-démocratiques… Ma foi, ils ne sont pas les seuls.
Alors certes, ce sont juste des Régionales. Mais c’est évidemment une répétition de 2017 — Hollande élu au second tour face à Marine avec les voix piteusement enthousiastes de Républicains renvoyant l’ascenseur, et un PS repayant son dû en perdant les législatives dans la foulée de façon à ce que le chef de l’Etat, reconduit dans ses ors et ses fastes comme jadis Chirac, prenne Sarko comme premier ministre. Je reste persuadé qu’il y a un accord tacite sous ces désistements sidérants du PS en faveur de gens vilipendés et presque pendus encore la veille — ce n’est plus de la politique, c’est du candaulisme —, et que les jeux sont faits sur les deux prochaines années : ils devraient se méfier, ça va se passer dans la rue, et ce sera violent.

Jean-Paul Brighelli

Le déni

Homme politique, franchement, je ne pourrais pas. Pas comme ça. Pas comme eux.
Le PS vient de se prendre la pire raclée de son histoire. Le PR s’est révélé incapable d’en profiter. Le Front de Gauche rêve, de loin, de très loin, d’être un Podemos à la française. Les Ecolos sont dans les choux. Quant aux « petits partis », ils restent petits, parce qu’en état d’urgence, les votes vont vers les gros effectifs. Dommage.
Le FN tire les marrons du feu. Logique. « On n’a pas tout essayé », disent les désespérés de la France périphérique. Et ce ne sont pas seulement les scrogneugneus hors d’âge qui ont voté pour lui. Non : les jeunes aussi ont massivement apporté leurs voix au FN. La désespérance aussi est un parti politique.
Même si le plus grand parti de France est l’abstention — mais on s’en aperçoit un peu tard, dans un système qui a toujours refusé de comptabiliser les votes blancs, de peur que les hommes politiques (les femmes aussi, et on en connaît qui ne sont pas piquées des vers) ne réalisent à quel point ils sont démonétisés.

Assez intelligemment, ni Marine Le Pen ni Florian Philippot n’ont particulièrement pavoisé dimanche soir. Contents — on le serait à moins — mais conscients que l’establishment va s’insurger. Comment ? Le FN ? Et nous ? Et nos places ? Nos prébendes ? Nos bénéfices sur la collecte d’ordures ? Nos petites habitudes ? Nos petits arrangements ?
Pas une fois — et je me suis imposé l’écoute attentive des uns et des autres — le PS ou le PR n’ont mis en cause leur politique. Pas un seul pour dire : « Si les Français votent massivement contre nous, c’est que nous menons une politique nulle, niaise et nocive ».
Il faut dire que les principaux responsables de cette déroute, à commencer par le Premier ministre, sont restés loin des micros — et pourtant, ce n’est pas leur genre. Pimprenelle n’est pas venue s’excuser d’une mauvaise réforme du collège qui a dressé nombre d’enseignants de gauche contre la Gauche — ou ce qu’il en reste, des bourgeois parlant à gauche en tâtant leur portefeuille à droite. Emmanuel Macron n’a pas paru pour fustiger son néo-libéralisme qui fait les affaires des banquiers en remplissant leurs poches avec nos sous. Laurent Fabius ne s’est pas montré pour s’excuser d’une politique moyen-orientale aberrante. Et le capitaine en chef n’a rien dit sur son obédience européenne qui a fait de lui le toutou de « la chancelière » — ah, la chancelière !
De l’autre côté, Sarkozy ne doute de rien, Jean-Luc Mélenchon ne rompra pas avec le PC, qui drague le PS pour quelques places dans des mairies de seconde zone, les Verts s’obstineront dans la défense des plantes vertes — leurs semblables, leurs frères.
Non, ils n’ont rien dit, alors qu’ils auraient dû venir corde au cou comme des bourgeois de Calais (où par parenthèse Marine Le Pen est presque à 50% — y aurait-il une exaspération locale ? La politique migratoire ne serait-elle pas du goût des Calaisiens ? Ah, que de questions…) demander pardon au peuple de la politique aberrante qu’ils mènent depuis des années — eux, et leurs prédécesseurs, renvoyés pareillement dans les cordes.
Le PS, réuni à Matignon autour de Valls, a dû se féliciter du bouillon bu par Sarkozy et ses amis. Les Régionales, ils s’en tapent : comment rester en place en 2017 ? Ah, nos places !

Fin septembre, j’ai interviewé Florian Philippot dans Le Point.fr sur la politique d’Education du FN. En préambule à cette discussion, j’écrivais : « On m’a beaucoup déconseillé d’offrir une tribune à Florian Philippot, c’est-à-dire au FN. Des démocrates convaincus pensent légitime d’ignorer un parti qui rassemble, sondage après sondage, au moins 30 % des Français. Ce n’est pas ma façon de penser. Qu’il soit par ailleurs bien entendu que publier ses réponses à des questions qui se posent effectivement n’est ni un acte d’allégeance ni un appel du pied. » 30% ! Une poignée d’illuminés m’ont sommé de dire d’où je tirais ce chiffre fantaisiste…
Et aujourd’hui, ils le demandent encore ? Le FN est à 30% ! « Le FN est le premier parti de France, a dit dimanche soir Marine Le Pen, alors qu’il est à peine représenté au Parlement ». C’est vrai, et c’est sans doute ce que les démocrates qui ont la bouche pleine de « barrage républicain » appellent la démocratie — ou la république. C’est qu’ils entendent y rester, au Parlement ! C’est confortable !
Ils vont finir par me dégoûter de la démocratie.

Et surtout, ils vont dézinguer la République. « Front républicain ! » Mais si la semaine prochaine le FN, arrivé en tête dans la plupart des régions, est renvoyé dans les cordes de façon à ce que les nantis restent à leurs postes comme des morpions dans des poils pubiens ; si dans un an et demi avec des scores encore améliorés le FN est réduit à la portion congrue à l’Assemblée, après avoir été l’épouvantail qui permettra la réélection de Hollande — eh bien ça se passera dans la rue.
Nous sommes quelques-uns, et un peu plus même, à sentir monter l’émeute. Quand la démocratie se caractérise par le déni de démocratie, le peuple choisit toujours la rue — ils devraient réviser leurs cours d’Histoire, les uns et les autres. Et d’un gouvernement né d’une insurrection ou d’une réaction à l’insurrection, on peut tout craindre — y compris l’élimination de la République.
Ce déni de démocratie est le produit du déni de réalité : rien de la politique menée depuis quinze ans ne convient à la France — sinon des réformes « sociales » cosmétiques, celles qui ne coûtent rien. Ah, mais si on adopte une autre politique, on va se faire taper sur les doigts par tata Merkel ! Ma foi, on pourrait aussi se passer de marâtre. Sinon, on se passera de démocratie — et ce serait bien dommage.

Jean-Paul Brighelli

Du FN et de la peine de mort

« Rétablissement de la peine de mort ou instauration de la réclusion criminelle à perpétuité réelle », dit le programme du FN. Et de préciser : « L’alternative entre ces deux possibilités pour renforcer notre arsenal pénal sera proposée aux Français par référendum. La réclusion à perpétuité aurait un caractère définitif et irréversible, le criminel se trouverait sans possibilité de sortir un jour de prison. »
Soyons clair : je ne voterai jamais pour un parti qui inscrit le rétablissement de la peine de mort dans son programme. Aucun souci moral dans ce principe — mes relations avec le Camp du Bien sont lointaines, et la transposition dans la morale laïque du « Tu ne tueras point » biblique n’entretient avec la pure idéologie des Lumières que des rapports médiats. Non : mon souci premier est un souci d’efficacité — je ne vois pas d’autre raison à toute discussion juridique.
Au tournant des années 2000, je travaillais sur le marquis de Sade (il en sortit un livre que les sites d’occasion vous proposent pour pas cher, je vous laisse juges de la décision à prendre, d’autant que le récent bouquin d’Onfray sur le Divin Marquis n’est pas ce que sa plume a produit de plus intelligent). Que dit le promoteur — paraît-il — de la cruauté comme l’un des beaux-arts (et non du sadisme, qui fut inventé par Krafft-Ebing vers 1900 dans sa Psychopathia sexualis) de la peine de mort ? « Il n’y a point de plus mauvais calcul que celui de faire mourir un homme pour en avoir tué un autre, puisqu’il résulte évidemment de ce procédé qu’au lieu d’un homme de moins, en voilà tout d’un coup deux, et qu’il n’y a que des bourreaux ou des imbéciles auxquels une telle arithmétique puisse être familière ». Il fallait être sérieusement gonflé pour s’opposer à la peine de mort en pleine révolution, même si Robespierre, à l’origine au moins, était sur les mêmes positions. Le seigneur de Lacoste paya cette originalité de sa liberté, et ne dut la vie sauve qu’aux embarras administratifs de la Terreur.
Quant au Code pénal revisité par Sade, le lecteur curieux en trouvera l’essentiel dans la seconde partie de la lettre XXXV d’Aline et Valcour. Comme Beccaria, le premier à s’être opposé au XVIIIème siècle à la peine capitale, Sade veut un système pénal qui ne cherche pas à punir, mais à amender le coupable.
Et de la guillotine, ô fidèles lecteurs, on ne ressort pas réparé.
Pire : la peine de mort abîme aussi ceux qui y assistent — de près ou de loin. William Thackeray est un jour allé voir pendre un homme. Et le récit qu’il en a tiré, remarquable en tous points, est limpide : la joie des spectateurs n’a rien à voir avec une régénération morale, comme on disait volontiers à l’époque. En instituant le meurtre légal, la peine de mort ouvre la porte au meurtre illégal. La force de l’exemple, n’est-ce pas…
Sans compter que le coût d’une condamnation à mort, si je prends l’exemple de Etats-Unis, est proprement exorbitant. À moins que le FN n’envisage la décapitation au sabre ? Mais alors, qu’est-ce qui le distingue des barbares qui sévissent dans ces pays qui lui servent par ailleurs de repoussoir ? Aucune envie que la France prenne modèle sur l’Arabie saoudite — même si le recrutement de bourreaux ne poserait, sans doute, aucun problème…
Un cran plus loin : une perpétuité réelle ferait des hommes condamnés à ce genre de peine des fauves que les gardiens auraient bien du mal à mater : sans espoir, même lointain, qu’est-ce que le condamné a à perdre ?
Quant à un référendum sur la question… C’est tout à la gloire de Mitterrand et de Badinter d’avoir fait voter l’abolition, en septembre 1981, par l’Assemblée — et Chirac, parmi d’autres, a voté avec la Gauche, ce qui lui vaudra à jamais mon respect inoxydable. À leur gloire aussi d’avoir refusé un référendum : il est des moments où il faut faire passer les Lumières par-dessus la tête de la démocratie.

Voilà — je ne cherche pas à faire du lyrisme, comme Hugo dans la préface au Dernier jour d’un condamné. La peine de mort ne résout rien — elle aggrave les choses. Qu’un parti qui n’est pas dirigé par des imbéciles — comme dirait Sade — maintienne, pour garder le noyau dur des jusqu’auboutistes de l’extrême-droite, le rétablissement de ce crime inutile dans son arsenal de propositions me paraît un peu méprisable. Je sais bien qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Mais il y a tant de bonnes raisons de ne voter ni pour le PS ni pour la Droite classique que franchement, on n’a pas besoin d’agiter un chiffon rouge de sang pour attirer à soi les votes de la France périphérique.

Jean-Paul Brighelli

Zemmour un jour, Zemmour toujours

Ce que l’Histoire nous apprend, c’est que la démocratie athénienne, qui ne brillait pas toujours pour son intelligence, comme nombre de démocraties, ostracisa l’un après l’autre tous les grands citoyens qui l’avaient sauvée, en diverses circonstances. Elle nous apprend aussi que c’est néanmoins de Thémistocle, ostracisé en 471, que l’on se souvient. De Thémistocle, et non de Cimon qui le fit exiler ; et que l’on se rappelle Cimon, et non Ephialtès, qui l’avait fait bannir à son tour. « Car on n’abdique pas l’honneur d’être une cible ».
Mais qui, dans la classe politique, s’intéresse encore à l’Histoire ?
Pas les dirigeants-croupion d’i-Télé, qui viennent d’ostraciser Eric Zemmour — si bien que l’on parle partout de l’auteur du Suicide français, et pas du tout de Cécilia Ragueneau (qui ça ?) ni de Cécile Pigalle (heu…).
Pour ceux qui auraient raté un épisode, résumé sur Causeur — erreurs de traduction comprises, puisque tout est parti d’une interview au Corriere della Sera que Mélenchon a interprétée à sa manière. Et analyse convaincante de Jérôme Béglé.

Je ne suis pas d’accord à 100% avec ce qu’écrit Zemmour. Ce n’est pas parce que c’est un ami que je vais jouer au béni-oui-oui. Mais même les horreurs, Eric les dit avec talent (bon, d’accord, de temps en temps, à force d’essayer de se faire haïr du plus grand nombre possible d’imbéciles, il se fait détester aussi par des gens décents, abusés par sa rhétorique), ce qui n’est pas à la portée du premier journaliste venu.
Il a le même palmarès académique que Najat Vallaud-Belkacem (Sciences-Po, et deux échecs à l’ENA), et douze mille fois plus de talent. Ce n’est pas lui qui éclaterait de rire au nez et à la barbe de 850 000 enseignants en s’exclamant : « On ne fait pas ce métier pour de l’argent ! » Je l’ai toujours vu défendre l’Ecole de la République, sans laquelle le petit Juif qui n’était pas « fils de » et traînait ses culottes courtes à Drançy ou à Château-Rouge ne serait pas ce qu’il est.
Alors, on me dira, il s’acharne sur les femmes — oui, mais c’est qu’il leur en veut fort, à toutes les viragos du féminisme tardif, de n’être pas à la hauteur des idoles qu’il a élevées en lui : il leur en veut au fond de trop les aimer — et pour les aimer, il les aime : il a même essayé de m’en souffler une, et à mon nez encore — qui est grand.
Domenach, son compère de toujours dans l’émission d’i-télé, déplore la mesure de la chaîne (plains-toi, Eric, te voici déchaîné…). Il pourrait ajouter qu’i-télé étant la succursale infos de Canal, et Canal n’ayant rien à refuser au PS, tout cela fleure bon le règlement de comptes — qui fait long feu : jamais on n’a tant parlé d’Eric que depuis qu’il se retrouve interdit de débat.
Ne pleurons pas trop : il lui reste Paris-Première, le Figaro, RTL, et j’en oublie sans doute. Depuis qu’on n’en veut plus, tout le monde le désire.
Le plus grotesque, c’est que cette mesure, qui fait la joie de tous ceux qui cherchent absolument à faire progresser le FN dans les sondages (ceux qui le font exprès, mais plus encore ceux qui ne le font pas exprès — SOS Racisme par exemple.
Parce que vouloir à toute force virer Zemmour (ou d’autres, comme votre serviteur) sous prétexte qu’il appuie le FN (ce qui est fondamentalement faux) ou qu’il exalte Pétain (vous imaginez un Juif pied-noir penser du bien du Maréchal-nous-voilà ?), c’est faire le jeu du FN et des nostalgiques de tous les Ordres nouveaux. Tout comme démanteler l’Ecole, sous prétexte de « progrès » pédagogique, c’est aussi faire le jeu des extrémistes. Le Collectif Racine a cette semaine adressé une lettre ouverte sans grand intérêt à Natacha Polony qui s’était fait attaquer au burin par le végétarien de chez Ruquier. Il aurait mieux fait d’écrire à Philippe Meirieu, ne serait)-ce que pour le remercier : l’entreprise de démolition lancée après la loi Jospin en 1989, les IUFM triomphants, l’apprentissage du français dans les modes d’emploi des appareils ménagers, ça oui, ça a favorisé la montée des exaspérations périphériques ! Pas Zemmour, qui n’a jamais voté FN — ni EELV, figurez-vous : il n’est pas adepte des totalitarismes, et il y a un totalitarisme de la pensée bobo comme il y a — en puissance — un totalitarisme d’une extrême-droite qu’une Gauche hantée de libéralisme et d’euro-béatitude a fini de décomplexer.
À noter que Domenach déplore l’exil forcé de son ami et adversaire de toujours. Et Cohn-Bendit, qui a plus de ruse politique dans son petit doigt que Meirieu dans toute sa personne, défend Zemmour. Il se rappelle sans doute qu’expulsé par la porte en 1968 il était rentré par la fenêtre. Aucun régime ne gagne à flinguer les trublions, qui font leurs choux gras de toutes les intimidations qu’on leur oppose. Nous sommes tous des Juifs allemands et accessoirement pieds-noirs.
Allez, Eric, ne t’en fais pas. On te hait cette fois bien plus que tu ne l’as rêvé dans tes espoirs les plus fous. Attends deux ans : tu auras toute latitude — et tu ne t’en priveras pas — pour attaquer les nouveaux maîtres de la pensée unique. Parce qu’après le déluge de niaiseries contentes d’elles-mêmes que sont les discours de Gôche actuels, il y aura des déluges d’idées reçues made in Café du Commerce. Les polémistes ont encore de beaux jours devant eux. On peut bien tenter de les faire taire, mais on aura toujours besoin d’eux, tant la Bêtise, elle, persiste.

Jean-Paul Brighelli

Paris est une fiction

Le Comité Laïcité République remettait l’autre jour ses prix à divers écrivains et militants de la laïcité. Dans le cadre de l’Hôtel de Ville de Paris, en présence d’Anne Hidalgo et de Pierre Bergé (et de Bruno Julliard, qui par chance s’est tu), Henri Pena-Ruiz et Catherine Kintzler, entre autres, ont chaleureusement remercié les uns et les autres — ça, c’est la partie obligée de l’exercice, mais j’y reviendrai — et rappelé les fondamentaux de la laïcité. Bien. Les frères et sœurs Trois points se congratulèrent, Patrick Kessel, ex-Grand Maître, salua ceux qui l’avaient remplacé, des élus PS amis de François Hollande et de Najat Vallaud-Belkacem firent semblant de ne rien entendre, comme d’habitude, bref, tout alla pour le mieux dans le meilleur des mondes laïques et des réceptions parisiennes. J’y étais invité, je n’ai pas pu y aller — en avais-je vraiment envie ? Je n’ai plus trop de goût pour les pince-fesses.
Pendant ce temps-là, dehors, dans le monde réel, ça ne s’arrangeait pas. Ni dans les facs, où les militants barbus et les militantes voilées font pression non seulement sur leurs camarades, pour les inciter à les rejoindre dans l’aliénation généralisée, mais aussi sur les enseignants, sommés de ne pas parler de ceci ou cela, qui n’est pas conforme à leurs superstitions — et rien n’est conforme à la parole de Dieu sinon la parole de Dieu, qu’on se le dise… Ni dans les rues de Saint-Denis ou de Villeurbanne. Ou dans la « jungle » de Calais. Ou d’ailleurs, tant la contagion s’étend. Tant la marée monte.
Est-ce parce que, sur les conseils éclairés d’un commentateur de ce blog, je suis (enfin ! diront les initiés) en train de lire le Camp des saints, le roman où Jean Raspail, en 1973, prédisait l’invasion de la France par une nuée de pauvres débarqués des pays du sud, en une vague inexorable à laquelle notre « vieux pays », comme dit l’autre, ne résistait pas — et où même les idiots utiles de l’altérité à tout prix et du métissage espéré applaudissent le flux qui va les noyer.
Le roman m’avait échappé, à l’époque. Ma foi, il n’y a pour ainsi dire rien à reprocher à l’anticipation de Raspail — sinon le fait de ne pas avoir clairement compris, à l’époque, que le « choc des civilisations » (Samuel Huntington parle avec enthousiasme de l’ouvrage de Jean Raspail dans son analyse des temps-à-venir-qui-sont-déjà-là) serait d’abord un choc culturel au sens large et cultuel au sens étroit. Parce que notre civilisation globalement gréco-latino-catholique a appris, avec le temps, à dissocier les deux, et qu’en face, c’est la même chose — et que confondre volontairement culte et culture, c’est renoncer, d’évidence, à la seconde au profit de la première. Notre liberté s’appuie sur la dissociation de la foi et du savoir. Notre esclavage à venir naîtra de l’absorption du culturel par le religieux.
C’est cela la réalité, telle qu’elle est vécue partout — sauf à Paris. J’aime beaucoup Catherine Kintzler, qui a écrit des choses très pertinentes sur la laïcité. Mais quand au début de son discours elle parodie Corneille et salue « Paris « qui m’a vu naître, et que mon cœur adore », « où personne », dit-elle, « ne demande compte à personne de ses « racines », où règne une urbanité emblématique » ; quand elle ajoute : « Le summum de l’urbanité – et cela vaut aussi et heureusement ailleurs qu’à Paris –, c’est qu’une femme peut se trouver dans la rue, y flâner sans attirer l’attention, sans avoir à affronter le harcèlement, sans qu’on la somme de s’affairer à quelque travail ou de rentrer dans l’espace intime », est-elle vraiment au fait de l’allahicité — le mot est du Canard enchaîné, je m’attribue rarement les belles trouvailles des autres ?

Chère Catherine Kintzler, il faut que je vous le dise : vous vivez dans une ville fictive. Une ville de bobos — y compris de bobos laïques — qui n’ont aucune idée de ce qui se vit de l’autre côté du périph — pour ne pas parler de ces territoires perdus de la république que sont le sud marseillais ou le nord lillois. Et le reste, toute cette géographie française « périphérique », comme dit Christophe Guilluy, oubliée des décideurs et des théoriciens, et où une fille ne peut pas sortir dans la rue sans se faire interpeller par les sectateurs de Mahomet, comme on disait autrefois. Je hais la notion même de communautarisme — je suis Français, vous êtes Française, nous sommes tous Français, sauf quelques étrangers dont nous n’avons aucune leçon à recevoir — Français et rien d’autre. Nos « racines » sont d’aimables folklores — je ne suis corse qu’après dix heures du soir, après dégustation d’une dose adéquate de Comte Peraldi. Nos convictions religieuses, pour celles et ceux qui en ont encore, sont une affaire privée : jamais aucun Juif n’a agressé une fille parce qu’elle allait nue tête ou se baladait en short. Le prosélytisme, voilà l’ennemi.
Oui, Paris est une ville inventée. J’ai des élèves qui rêvent d’y aller pour finir leurs études, certain(e)s y sont déjà, persuadés, les uns et les autres, que c’est la ville de la culture, des opportunités, de l’esprit — la ville-lumière parce qu’elle a hébergé, il y a longtemps, les Lumières. Mais ce n’est pas parce que Procope existe encore qu’il y a encore à Paris des philosophes — des vrais, des hommes et des femmes de combat. Pas des sentimentaux — y compris des sentimentaux de la laïcité. Henri Pena-Ruiz, qui a fait un beau Dictionnaire amoureux de la laïcité dont j’ai dit tout le bien qu’il mérite, est un doux. Un tendre. Le combat n’est plus affaire de théorie, il est désormais affaire de muscles. Les islamistes et leurs amis qui me dénoncent sur leurs sites, en affichant ma photo pour qu’un cinglé quelconque me reconnaisse, ne sont pas seulement des pierres dans la chaussure de la laïcité : ce sont des sauvages. Des barbares, tout disposés à se conduire en barbares. Vous distribuez des prix, à Paris, pendant que l’on se bat au jour le jour, dans une ville où des conseillers municipaux élus sur une liste PS (celle de Samia Ghali) ridiculisent le mariage de deux lesbiennes au nom de leurs convictions musulmanes.
Samia Ghali a d’ailleurs parfaitement réagi en suspendant l’élue en question de tout mandat et de toute rétribution. Mais c’est bien insuffisant. Je croyais qu’on ne pouvait discriminer qui que ce soit, en franc, sur la base de ses options sexuelles. Je croyais même que c’était un délit…
Quelques amis que j’avais jadis à Riposte laïque ont pris un tournant que Catherine Kintzler réprouverait, et que j’ai moi-même trouvé excessif parfois. Mais il faut comprendre que face à la démission des politiques et de la quasi-totalité des intellectuels, les apéritifs pinard-saucisson ne sont jamais que d’aimables manifestations de colère. Un peu puériles.
Quand ce gouvernement de fantoches, qui fait suite à un autre gouvernement de fantoches, aura enfin, à force de « compréhension » et de laïcité « aménagée », amené le FN au pouvoir, nous aurons le choix entre l’exil — mais où ? — et la guerre civile. Et cette guerre, nous la devrons à tous ces imbéciles qui marchent dans un rêve, persuadés que nous finirons bien par nous aimer les uns les autres. Savent-ils au moins comment finissent les collabos ?

Jean-Paul Brighelli

Marseille, Capitale européenne du Sport

Marseille veut donc être nommée Capitale européenne du sport en 2017, et n’a plus aujourd’hui qu’un adversaire dans la course à la désignation, Sofia. Comme depuis 2001 toutes les villes désignées ont été choisies en Europe de l’Ouest, le sort de la « capitale phocéenne », comme disent les journalistes, est suspendu au choix de 2016, annoncé le 5 novembre prochain — Prague ou Palerme. Si c’est Prague, conclut le Figaro, ce pourrait bien être Marseille l’année suivante.
Bonne idée. La désignation de Marseille comme Capitale européenne de la Culture avait quelque peu étonné — ici-même. Nous ne croulons pas sous les théâtres (quatre ou cinq en exploitation plus ou moins régulière, et le plus grand, la Criée, est en désamiantage depuis des mois, on ne l’avait laissé ouvert que pour bien figurer sur le tableau). Ce ne sont pas non plus les galeries d’art (quelques-unes) ni les cinémas (quatre ou cinq au total, les autres sont en périphérie) qui ont permis à la ville d’être élue : quand j’étais gosse, il y avait jusqu’à vingt salles sur la seule Canebière : il en reste une, le reste étant devenu entreprises de gros / demi-gros en direction du Maghreb. Marseille est la seule ville de France à n’avoir pas réhabilité son centre, et à voir sa bourgeoisie s’exiler sur de lointains villages — Cassis, par exemple.
Bref, la Capitale européenne de la Culture a surtout brillé par ses constructions opportunistes, réalisées avec l’argent de l’Europe.
Mais pour le Sport, c’est autre chose. Je ne peux qu’approuver.
Le Marseillais de base pratique de nombreux sports, sur une base quotidienne. Le tir, bien sûr — même si l’épreuve de flingage à la cible mouvante à 5 mètres à la kalachnikov n’est pas encore homologuée par les instances olympiques. La course aussi — surtout quand un individu patibulaire mais presque, comme disait Coluche, vous poursuit avec un rasoir à la main. La boxe enfin — une amie s’est fait agresser par deux individus qui lui ont proposé de leur faire une gâterie à 4 heures de l’après-midi en plein centre sous prétexte qu’elle portait un short — par 30° en fin d’été — et pas de voile. Ils l’ont bousculée, elle en a frappé un pour se dégager, ils l’ont rouée de coups (forcément hein, elle était peut-être impure), avec l’aide d’un passant qui lui a expliqué qu’elle avait insulté leur culture, et sous l’œil intéressé de trois flics locaux attablés à une terrasse toute proche : sollicités, ils ont expliqué qu’ils n’étaient pas là pour ça — ni pour rien d’ailleurs, le viol du code et des jeunes filles en fleur étant ici un sport local. La même aventure m’est arrivée il y a quelques jours, dans la queue d’un supermarché (nous manquons d’équipements, à Marseille, nous pratiquons donc le sport dans des endroits incongrus) où un autre patibulaire m’a proposé gentiment de m’arranger le nez d’un coup de tête — on est serviable, dans le Midi. Et l’année dernière, l’un de mes élèves de Maths Sup, gentil garçon qui venait d’une ville périphérique moins sportive, s’est fait braquer à dix heures du soir par deux individus de même farine, armés d’un couteau, en plein centre ville, à deux pas du commissariat central de Noailles, où ils devaient achever leur belote, et a dû les escorter chez lui afin qu’ils le délestent de son ordinateur, de son portable, et de ce qu’il avait d’argent liquide — 15 euros. Il a déménagé, du coup, et il est rentré chez lui — petit joueur ! Encore un qui n’avait pas intégré le Citius Altius Fortius Mortibus local. Il aurait au moins pu coller sa photo de lendemain d’agression sur le site ouvert tout exprès pour la candidature de la ville, où les vrais Marseillais survivants sont invités à déposer leurs témoignages sportifs..
Le Marseillais réel s’entraîne, afin d’être prêt. Jour et nuit des coureurs arpentent la Corniche, et déboulent au sprint sur le Vieux-Port. Ah, c’est beau, cette jeunesse aux muscles tendus, au visage ruisselant, les poings serrés sur le trousseau de clefs, arme opportuniste et efficace en cas d’agression.


Nous sommes si sollicités par les jeunes sportifs des Quartiers Nord que nous venons d’élire dans ce coin Stéphane Ravier (1),  l’un des deux sénateurs FN — avec des voix de droite et de gauche, nous ne sommes pas à parti pris, ici. D’ailleurs, la seule à avoir sauvé les meubles de la Gauche (d’extrême justesse) est Samia Ghali — les trois autres sénateurs PS se sont fait battre par des dissidents emmenés par Jean-Noël Guerini, exclu rue de Solferino mais plébiscité ici. La prochaine fois, les instances du PS réfléchiront à deux fois avant de s’en prendre à un parrain. On a le respect de la famille et des traditions, ici. Enfin, dans l’aventure, Patrick Menucci a disparu — il s’entraîne sans doute pour les prochaines épreuves, catégorie troisième mi-temps.
Alors oui, la Ville de Jean-Claude Gaudin mérite amplement d’être élue Capitale du Sport. «Nous avons privilégié la culture au cours des dernières années pour la préparation de l’année capitale européenne de la culture. Si nous sommes choisi capitale européenne du sport, la priorité sera donnée à la rénovation de nos stades, piscines et gymnases», commente Jean-Claude Gondard, directeur général des services de la mairie — et vrai maire de la ville. «Ce sont 200 millions d’euros qui y seront consacrés sur le milliard d’investissements prévus pour les six prochaines années». Et Jean-Claude Gaudin d’ajouter : «Ce serait bien que l’État aide la deuxième ville de France, car non seulement on nous réduit nos dotations mais on nous oblige à mettre en place ces nouveaux rythmes scolaires qui vont nous couter une fortune ! »
Comme je l’ai expliqué récemment sur France 3 Provence, il faut à Marseille 3500 animateurs pour se plier aux fantaisies gouvernementales sur les rythmes scolaires, et début septembre, il n’y en avait que 350 : c’est qu’il est difficile, ici, de trouver des jeunes qui aient à la fois un BAFA et un casier judiciaire vierge. Bah, on en fera des volontaires encadrants pour les festivités sportives.

Jean-Paul Brighelli

(1) Auquel on doit un trait d’esprit sélectionné (mais non retenu, c’est bien dommage) par le Club de l’humour politique. Interrogé l’année dernière sur l’avenir politique à Marseille de Bernard Tapie, Ravier a déclaré : « Le seul Tapie qui a de l’avenir ici, c’est le tapis de prière. »

Pour faire le portrait du FN

Que trouve-t-on dans le chaudron de la Sorcière ?
(Oubliez la bave de crapaud et les testicules de chauve-souris — nous sommes au XXIème siècle, queue diable, pas au début de Macbeth !)

Dans le chaudron de la Sorcière, il y a une bonne pincée de Front de Gauche — tout le discours anti-capitaliste et anti-européen. Une poignée de Mouvement Républicain et Citoyen, les héritiers de Chevènement, qui d’ailleurs touillent parfois eux-mêmes la tambouille, assaisonnée de républicanisme exaspéré et de souverainisme jacobin. Quelques miettes encore de l’ancienne xénophobie, l’ombre de Léon Daudet pour l’anti-judaïsme, et le Café du Commerce pour les couplets sur l’immigration. Presque rien de la Droite traditionnelle, qui sert davantage de repoussoir que de modèle (alors que l’UMP, elle, voulait s’inspirer du FN — encore des gens qui n’ont rien compris, et qui se sont laissé manipuler par un Buisson dont l’objectif évident était de couler la Droite pour renflouer le Front, ses anciennes amours de toujours). À la Gogoche traditionnelle (mais tout le monde sait bien que cette opposition Droite/Gauche est un pur fantasme, un souvenir de grand-papa, rien qui corresponde encore à un état de fait), la Sorcière a pris… la lutte des classes, négligée par ces bobos de centre-ville qui ignorent qu’il se passe quelque chose en dehors du Faubourg Saint-Germain et du Marais : je racontais cela dans un billet précédent. Elle s’est dit que le libéralisme n’était pas la solution, mais le problème : pile le contraire de ce que racontait le Menhir — mais bon, les filles parfois gagnent à tuer papa.
Pour ce qui est de l’Ecole, on trouve dans le chaudron l’état des lieux dressé par tant de polémistes de génie et d’idéologues de premier plan, de Polony à Michéa en passant par Milner. Je ne me compte pas dans le lot, parce que je n’ai pas le talent de tant d’illustres devanciers, même si la Sorcière et ses affidés m’ont emprunté pas mal de formulations ; mais après tout, Rama Yade, il y a trois ou quatre ans, avait sorti un livre émaillé de citations non signalées d’une certaine Autopsie du Mammouth chroniquée ici-même, et si on s’en était moqué,  personne ne lui en avait fait le reproche, sinon celui de plagiat : quand Marine Le Pen en use de même, les faits cesseraient d’être vrais ? Allons donc ! Voici donc la Sorcière se réclamant de l’antipédagogisme, parce qu’elle a remarqué (elle, elle sort dans l’infra-monde où se débattent les électeurs et les mort-de-faim) que les papys, mamies et autres géniteurs au premier et au second degré se désolaient de voir leur progéniture rentrer de l’école plus ignorante qu’elle n’y était entrée, et que les fadaises et turpitudes des Cahiers pédagogiques étaient un admirable terreau pour son mouvement bleu-Marine. Si Meirieu n’avait pas existé, le FN aurait plusieurs millions d’électeurs de moins : les vrais « malgré-nous » de l’extrême-droite, ils sont là, et pas ailleurs. Et c’est moi qu’ils accusent, les gueux !
J’exagère : ils sont aussi dans les médias, qui alimentent merveilleusement le fantasme. À la façade d’un kiosque à journaux de la Canebière, il y a dix minutes, grand panneau célébrant le Nouveau Détective : « T’es blanche, tu manges du porc, on va te violer ». Cent électeurs de plus pour le Front à chaque minute — surtout dans un centre-ville sérieusement basané. À chaque règlement de compte dans les Quartiers Nord marseillais, 100 000 électeurs de plus. Ah oui, mais Marseille, c’est spécial : tu me fais frissonner la peau des roubignolles, pauvre cloche, Marseille est le laboratoire, l’avant-garde, la ville sacrifiée — Marseille, c’est demain. 40% pour la Sorcière dans certains quartiers, 60% demain. Grande bascule. On va se marrer.

Vous en voulez encore ? À chaque connivence médiatico-politique, cent mille électeurs de plus. À chaque discours de Hollande (avez-vous entendu sa performance pour le 6 juin ? Ils n’ont pas un historien capable de singer Malraux, au PS ? Et tous les connards d’Aggiornamento, qui me vomissent sur les pompes — crac ! 100 000 électeurs de plus, à chaque dégueulis de la Pensée Unique ! —, pourquoi ne volent-ils pas au secours du grand homme, eux qui se prétendent historiens ?), un million de voix de plus. Pris dans le métro du FN. Un métro de sensations, pas un raisonnement construit, juste du passionnel. C’est ça qui marche, surtout en temps de crise. Et la Crise, ça fait bientôt quarante ans.
Et ça ne s’arrêtera pas là. Ce qui est beau dans les mouvements populaires, c’est qu’ils vont de l’avant — ils ne se retournent jamais, ou alors après coup. Soit Marine est élue en 2017, et ça va faire mal, soit elle ne l’est pas, et ça va faire mal — parce que la Gauche méprise le peuple, et que le peuple a commencé à se venger. Ça sent mauvais, le peuple. Ça pue des pieds, à force de faire la queue à Pôle Emploi. Ça vocifère sur les bougnouls, tout en n’étant pas vraiment raciste, parce qu’ils l’ont sous les yeux, eux, l’Arabe du quartier. Ce n’est certainement pas à lui qu’ils feront mal, quand ça tournera au vinaigre : c’est aux intellos qui les ont trahis, aux profs qui ne les éduquent plus, aux flics qui ne les protègent plus — z’ont trop à faire à se protéger eux-mêmes. Ségolène Royal, qui a tous les défauts du monde mais qui ne manque pas d’intuition, proposait jadis d’envoyer l’armée dans les quartiers : trop tard, il fallait le faire il y a dix ans. À vous tous qui regardez vos petites menottes bien blanches, vos mains qui jamais ne se saliraient à aller voir de quoi la boue est faite, ils arracheront les yeux. Et ce sera justice.
Pour rire, pour voir les réactions des sycophantes, je me fends donc d’un article sur les propositions (pleines de bon sens, nous disons tous cela dans les salles de profs — tous, y compris ceux qui me cherchent des poux dans le slip) du FN en matière d’éducation. Et j’entends aussitôt le chœur des indignés, des profs à colliers de barbe, inscrits au SGEN, conscience pure, intellect en jachère — mais l’envie de me pendre par les pieds, pour voir ce que j’ai sous mes jupes. Le Point Godwin à portée de menotte, et le trouillomètre à zéro. Eux aussi, ils la voient arriver au pouvoir gros comme une maison, la Sorcière. Un délicieux soupçon leur hante le scrotum.
Et alors on établira les responsabilités, les complicités actives et passives — et la première chose à faire, ce sera de se débarrasser de ces foies jaunes, les petites mains de la protestation molle, les agités de la pensarde. Vous vous croyez intelligents ? Mais les sorcières ont oublié d’être stupides ! À part des anathèmes (crac ! 100 000 voix de plus chaque fois qu’un média la taquine !), que savez-vous faire ? Est-ce que vous irez vous battre dans la rue, quand on en sera là — dans trois ans, peut-être avant ? Combien d’entre vous se sont déjà affrontés à des nervis bien entraînés ? Combien le feraient ?
Crapules, va ! Petites crapules ! Pédagos !
Vous voulez changer l’Ecole ? Eh bien, demandez-vous sérieusement quel est le chat capable d’attraper des souris, comme disait le vieux Deng !

Jean-Paul Brighelli

Le hollandisme, maladie infantile du socialisme

Jean-Pierre le Goff, dont le petit doigt est à lui seul plus cultivé, politiquement parlant, que l’ensemble du gouvernement, s’est récemment fendu d’une analyse de la politique « sociétale » du gouvernement dont je ne saurais trop recommander la lecture aux gens intelligents qui viennent faire un tour sur Bonnetdane. Voir

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4281

L’auteur de La Barbarie douce (1999 — remarquable analyse de ce qu’une certaine gauche pédago a fait de l’école, sous prétexte de faire réussir tout le monde à l’occasion de la semaine des quatre jeudis) y dissipe avec une grande rigueur le rideau de fumée qu’un parti social-démocrate — le PS et ses alliés —, qui a renoncé à tout vrai principe de gauche, a développé pour camoufler le fait qu’il a renoncé à toute intervention crédible dans le domaine économique — le seul susceptible de faire bouillir la marmite des damnés de la terre — et classes moyennes comprises, cela finit par faire du monde.
Résumons : les lois sur le mariage gay, par exemple, sont des manifestations typiques de ce gauchisme culturel que dénonçait Lénine en 1920 — une déviation qui sous prétexte de « pureté » révolutionnaire, feint d’oublier que le facteur économique est déterminant en dernière instance — et pas l’autorisation de passer ou non devant un maire (et, in fine, devant un juge aux Affaires familiales), ou l’affirmation un peu péremptoire qu’un double cunni peut engendrer des bébés (ou en donne l’autorisation, ce qui revient au même). Ce qui aurait été vraiment révolutionnaire (un terme incompatible avec les libéraux au pouvoir, nous sommes bien d’accord), c’eût été de proclamer la non-nécessité du mariage bourgeois, et l’égalité des droits pour tous : le prolétariat, qui n’avait pas les moyens de s’offrir une dot, a inventé l’union libre de fait bien avant que les pseudo-libertaires ne s’en emparent.
Le Goff ou moi — question de génération — avons expérimenté jusqu’au dégoût les impasses du gauchisme culturel, qui à se vouloir pur et sans compromission avec les « partis bourgeois » (c’est tout le sens de la diatribe de Lénine) a fini par sombrer dans la collaboration de classe la plus honteuse : on évite de s’allier au P »C »F, comme on écrivait à l’époque, on critique le Programme commun, on se croit révolutionnaire parce qu’on lit le Monde et on finit suceur de barreau de chaise à Libé ou publiciste chez… Publicis. Ou prof sur le Net, jusqu’auboutiste des causes les plus variées et les plus avariées qui n’ont jamais qu’un seul objet (et la plupart de leurs thuriféraires ont si peu de conscience politique qu’ils ne s’en aperçoivent pas) : défendre l’état des choses, la répartition actuelle du capital, la « rigueur budgétaire » et l’Europe de Juncker-Schultz.
Quitte à paraître plus léniniste que Vladimir Ilitch, je voudrais le répéter encore et encore : le seul problème, c’est de donner à manger à ceux qui ont faim. Et cela fait du monde, en France même : on s’occupera du reste du monde ultérieurement, l’alter-mondialisme est une déviation majeure qui permet de se préoccuper des « étrangers », des primo-arrivants, des manouches et de ceux qui croient que Yannick Noah est un artiste, au lieu d’imposer une politique qui redonne au moins l’espoir de grignoter un peu de l’immense fortune française — la redistribution oui, les réformes Taubira (la femme qui ne sait pas chanter la Marseillaise, et encore moins l’Internationale) non.
Evidemment, il est plus simple d’amuser le peuple, via des journalistes incompétents et / ou complices, avec des écrans de fumée, en espérant que cela vous donnera une chance en 2017, qu’avec une réduction visible des inégalités.

Au passage je préfère être dans ma peau que dans celle de Thomas Piketty, qui s’est décarcassé à prouver à ses anciens amis qu’une autre politique économique est nécessaire (et possible), et qui est le plus grand cocu de l’arrivée de la « Gauche » au pouvoir et qui a bien compris, en allant vendre sa salade aux USA, qu’il est possible de travailler avec des capitalistes intelligents, en attendant de prendre le pouvoir pour de bon, mais pas avec des « socialistes » français obsédés par les sondages, aveuglés d’ambitions minuscules et de mauvaise foi — définitivement disqualifiés.
Mélenchon a raté le coche : à faire du Parti de Gauche le véhicule d’une ambition personnelle, il n’est pas parvenu à présenter ses propositions économiques comme une solution aux difficultés croissantes des Français. La seule qui a capitalisé sur le sentiment intense de frustration, c’est Marine Le Pen. Calcul ou retournement, le FN tient ces temps-ci un discours anti-capitaliste très drôle à entendre, pour qui se rappelle ses prises de position ultra-libérales d’il y a quelques années. De même, il (ou le Comité Racine qui théorise pour lui) a sur l’Ecole des positions que 90% des profs approuvent, en le disant ou sans le dire — et les 10% qui restent sont juste les hommes-liges du PS et des Verts, ceux qui ont ou qui espèrent des positions compatibles avec leur petitesse conceptuelle, pas avec le bien public, et certainement pas avec celui des élèves.
Alors soyons tout à fait clair : si demain je pense qu’une alliance tactique avec des partis de droite (un ticket Juppé-Bayrou, mais aussi bien un infléchissement du Bleu-Marine) peut faire avancer la cause de ceux qui souffrent réellement, victimes des dégraissages des grandes entreprises, de la politique de déflation systématique, ou des prétextes démagogico-pédagogiques qui théorisent le succès de tous afin de réaliser la réussite des mêmes, eh bien je m’allierai, et sans un battement de cils. Parce que toute alliance avec le PS est devenue impossible (et depuis plusieurs années, depuis l’ère Jospin en fait), et que persister à se vouloir « de gauche » avec les guignols sanglants qui nous gouvernent est une entreprise illusoire : la Droite est aujourd’hui — parce que les uns sont en crise, et que les autres ont faim de pouvoir — le véhicule le plus commode des ambitions réellement révolutionnaires.

Jean-Paul Brighelli

Quatrième Reich

La France (et pas mal d’autres pays européens, surtout ceux du Sud — qui s’en étonnera ?) vient donc de se livrer à un exercice électoral à visée interne, à propos d’un scrutin européen. Ce qui fait dire à ce glorieux imbécile de José Bové que ce scrutin est nul et non avenu — ce qui revient à peu près à mettre la poussière sous le tapis. « Ce n’est pas une élection à valeur nationale, c’est un scrutin européen, et au niveau européen, ce sont les Européanistes qui ont gagné » : tels sont les « éléments de langage » que les états-majors, bien obligés, ont fourni dimanche soir, dans l’urgence, à leurs troupes. Pauvres pignoufs !
Cette élection a pris en France, et un peu partout en Europe, des allures de plébiscite national. La démocratie dont tous ces démocrates se gargarisent n’a pas la possibilité de s’exprimer sous forme officielle de référendum ? Eh bien, le peuple souverain a sauté sur la première occasion de manifester son opposition aux gougnafiers qui nous gouvernent — et le terme inclut pour moi aussi bien le PS, retombé dans les eaux basses du marigot où s’abreuvent les éléphants, que l’UMP, incapable de capitaliser sur l’effondrement du parti au pouvoir, absent de toute la campagne des Européennes, et déchiré de querelles intestines qu’aucun Spasfon idéologique n’apaisera.
À vrai dire, le PS a fait de son mieux pour éliminer préventivement l’UMP du jeu européen, persuadé qu’il était que la stratégie visant à faire croire qu’il est la seule alternative au FN est la bonne pour remporter, à terme, la présidentielle de 2017. On n’a vu ou entendu que des débats PS / FN — et les médias aux ordres ont complaisamment négligé d’inviter l’UMP à ces joutes. C’était une idée d’escrocs, qui ne voyaient plus d’autre stratégie gagnante que cette bipolarisation nouvelle.
Retour de flammes : avant même cette échéance, le peuple vient de lui signifier qu’en cas de duel avec Marine Le Pen, et malgré les plaisanteries nauséabondes de Jean-Marie (qui doivent faire bondir Philippot, à moins qu’il ne pense que ces roulements d’épaules pour bistrot du Commerce ne cristallisent dans leurs convictions la petite portion de fachos qui constitue la vieille garde du parti bleu-marine), Hollande II sera balayé avant même de régner, quoi qu’en pensent les bobos parisiens qui ne passent jamais le périph, et ne vont en province que dans le Luberon.
Le soir même, Jean-Claude Juncker se proclamait déjà élu à la tête de la commission européenne. Les soubresauts français (ou danois, ou espagnols, ou anglais, ou italiens, ou hongrois, ou…) lui importent peu : une grande petite ambition satisfaite le remplit d’aise. Sûr que ça va nous faire aimer l’Europe !
Qui ne voit que si les gouvernants ne tiennent pas immédiatement compte du vote de dimanche, soit en changeant radicalement de politique, et en cessant de nous saigner pour rembourser une dette qui ne peut l’être, soit en démissionnant et en appelant à de nouvelles élections à la proportionnelle, ça va se passer dans la rue ? Qu’aucun gouvernement ne peut tenir encore trois ans sur des bases aussi minces — parce que la popularité s’effrite de façon exponentielle, ils devraient le savoir, une fois que le mouvement est lancé, et que l’on ne remonte pas d’une désaffection : c’est le propre des passions de ne pas réfléchir, et ces imbéciles croient intelligents d’adresser au désespoir des signaux « raisonnables » — moins de petits Français imposés, ce qui signifie évidemment que ce sont les classes moyennes qui paieront pour les autres (et comptez sur le FN pour expliquer posément qui sont les autres). Nous glissons tout doucement vers une guerre civile qui ne dira pas son nom, via des milices d’auto-défense, des pogroms discrets et autres joyeusetés dont l’Allemagne de Weimar pourrissante nous a donné l’exemple. Une guerre civile molle qui engloutira ce qui reste de républicain, et dont nous ne sortirons qu’au prix d’un grand carnage de valeurs.
Pendant ce temps, Merkel sur son petit nuage se fiche pas mal de ce qui se passe chez les voisins. Elle a gagné dans son pays, elle couronnera demain Juncker, son homme-lige, et prétendra gouverner l’Europe comme elle a gouverné la Grèce. Deustchland über alles est de retour — il fallait bien qu’un jour ou l’autre, les Allemands fassent payer le prix de 1945. Le Japon a fait de même en conquérant tranquillement l’Amérique dans les années 1970-1980. C’est de bonne guéguerre.
C’est à ce Quatrième Reich, le Reich des grands intérêts bancaires, du libéralisme pontifiant, que les Français viennent de dire non : additionnez les voix du FN, celles du Front de Gauche, qui n’en pense pas moins, et celles de Dupont-Aignan, et vous avez 40% de révoltés qui crachent sur l’Europe des trusts financiers. Ce Non ne sera pas entendu — parce que le PS croit pouvoir surfer jusqu’en 2017, et que l’UMP, d’ici là, aura éclaté en factions sanguinaires. Il ne sera pas entendu, et c’est dans la rue que ça va se passer.

Jean-Paul Brighelli