Le point sur les présidentielles

Benoît Hamon est donc l’heureux élu primaire, Emmanuel Macron va, court, vole et nous gonfle, Fillon est dans les enquiquinements — que le Canard ait été abreuvé par le Ministère des Finances (mais non, pas par Sapin ! Il y a de tout aux Finances, et surtout pas des gauchistes ! Il y a même des sarkozystes…) ou par une « officine » au service de — de qui ? De Rachida Dati ?
Hmm…

Il y a trois mois, alors que nous ne savions pas si le Président de la république en titre irait ou non à l’abattoir, je disais ma certitude que Macron était le plan B de Hollande, dont l’objectif final est de faire triompher le néo-libéralisme (qu’il soit de droite ou de gauche n’a aucun sens en pratique) et d’annihiler le PS, refuge des Cambadélis et autres Bartolone — tous des petites pointures, si on en croit ce que racontait complaisamment le même Hollande aux deux journalistes invités à ses levers et à ses couchers. J’ajoutais que Mélenchon était le caillou dans la chaussure de ce même Hollande — le miroir impitoyable dans lequel il se reconnaît en homme de droite.
Il fallait donc grignoter le Parti de gauche, qui est le remords personnifié, la preuve vivante que le PS est de droite. D’où l’Opération Hamon, bien parti pour devancer Mélenchon, en donnant à tous les déçus du PS un prétexte pour voter encore une fois pour ce parti de gougnafiers. Cocus de 2012, à vos bulletins ! Il y a du candaulisme chez certains électeurs de gauche… On prostitue la république à un Macron en faisant semblant de soutenir Hamon. Bien joué.

Sans compter que Hamon, l’homme qui justifie le fait qu’il n’y ait pas de femmes visibles dans certains quartiers, est islamo-compatible — ce que n’était pas Valls, dont on peut critiquer bien des points, mais pas son engagement laïc. Avec Hamon, on chasse sur les terres du NPA et du PIR. L’islamo-gauchisme n’est qu’un prétexte : l’essentiel, c’est que la France en tant que nation disparaisse, que les Français en tant que peuple disparaissent, remplacés par une mosaïque de communautés qui se regarderont peut-être en chiens de faïence, qui se tireront peut-être dans le dos, de temps en temps, mais qui consommeront. Et c’est bien l’essentiel.

Soutenir Hamon, mais pas trop. Ce n’est pas lui, l’Elu. On le reçoit à l’Elysée, mais on s’abstient de le raccompagner sur le perron. C’est à ces petits détails que l’on mesure aujourd’hui les grands hommes.Sur la photo, il n’a pas l’air ravi, le ministriculus interruptus comme dit mon ami Antoine Desjardins (140 jours rue de Grenelle — il n’a même pas fait la rentrée, cette année-là !). Benoît, méfie-toi, cet escalier, il faudrait le monter au lieu de le descendre !
Hamon n’est donc qu’un écran de fumée. Le vrai candidat du PS, c’est Macron. L’homme de la loi Travail, d’Uber et compagnie. Un libéral, un vrai.Je ne dois pas fréquenter les bons cercles, mais depuis un mois, je n’ai absolument rencontré personne qui se dise prêt à voter Macron. Les sondages qui lui donnent aujourd’hui plus de 20% des intentions de vote seraient-ils manipulés par des médias complices ? Hypothèse absurde, bien entendu. Qu’importe que L’Express ou Libé, ou BFMTV et RMC, ce soit Patrick Drahi, à qui Macron a rendu un signalé service en lui permettant d’acquérir SFR. Que le Monde, ce soit Pierre Bergé qui vient de signaler son ralliement… Et j’en passe… Comme dit Polony dans le Figaro de ce matin 4 février : « L’élite financière a décidé de s’affranchir de ces politiques devenus inutiles et de faire le boulot directement.  »
Tiens, Causeur n’est pas dans le coup ? Faudra que je me renseigne…
En fait, l’Institut Montaigne avait deux fers au feu — Fillon et Macron. Fillon est dans les embarras ? On tire Macron du sac à malices. Si demain Fillon se remet en selle, ce sera coucouche panier.
Dans les deux cas, il s’agit de se débarrasser de Marine Le Pen, le cauchemar de la droite raisonnable et de la gauche de droite, toutes deux libérales jusqu’au bout des ongles. Marine Le Pen qui, si elle osait, finirait par annoncer que non, la France ne remboursera jamais sa kolossale dette, et que oui, les banques se sont assez gavées comme ça sur notre dos. Ce que chacun sait.
Le plus drôle, c’est que l’un des adversaires les plus convaincus de Macron, c’est Bayrou. Je l’ai rencontré cette semaine : il n’avait pas de mots assez durs pour le candidat du mondialisme et de l’Europe décomplexée. L’homme qui parle anglais aux allemands. L’homme qui ignore tout de la France, hors le trajet fluvial Bercy / Elysée. Qui ignore tout de l’école, sauf le lycée La Providence, noble institution jésuite d’Amiens, et la prépa d’Henri-IV, derrière le Panthéon. Un énarque assez malin pour avoir plu à Jacques Attali, qui depuis la mort de Mitterrand se cherche un roi à couronner. Pour avoir plu à Rothschild. À Alain Minc. Pour avoir plu à tout le monde…Sauf au reste de la France — la France qui n’est passée ni par la rue Saint-Guillaume ni par l’ENA, qui ne connaît de Bercy que les feuilles d’impôt du percepteur, qui ne « lève » pas des millions d’euros en se mettant « en marche », qui n’envoie pas ses enfants dans de grands lycées privés ou publics, qui se lève tôt en espérant avoir encore du boulot, et qui préférerait un CDI aux angoisses des CDD à répétition. La France qui en a jusque là des politichiens de garde du système bancaire — parce que cette France-là, ma France comme chantait Jean Ferrat, a peut-être un compte en banque, mais rien dessus. Ma France qui a le pain quotidien de plus en plus hebdomadaire. Ma France qui ne connaît que deux mots d’arabe — Allah akhbar, claironnés par tous les apprentis-terroristes, et encore aujourd’hui au Louvre. Ma France qui se prépare à l’émeute, demain — parce qu’elle ne voit plus d’autre issue.

Jean-Paul Brighelli

Petit exercice de détestation

Nous ne détestons pas détester, en France. Nous votons contre.
Exécrer est une chose. Mépriser en est une autre. On peut à la limite se passer d’être aimé — De Gaulle ne l’était guère, mais il fut longtemps plébiscité, avant que Giscard ne le flingue. Mais on ne se relève pas du mépris — Hollande vient d’en tirer la conclusion en se retirant de la compétition.
Le PS tout entier est méprisable. Quand j’entends des gens les appeler « la Gauche », je m’esclaffe. Quelle Gauche ? Ces gens dont l’adversaire n’est pas la finance. Qui se cachent derrière le petit doigt d’Angela Merkel. Qui augmentent le SMIC de 0,93% en 2017 — dis-moi, Hollande, tu as déjà essayé de vivre avec 1153 € par mois, logement compris ? Qui virent Filoche (il fallait entendre le grand numéro de Cambadélis priant l’ancien inspecteur du travail d’« arrêter son cirque ») parce qu’ils en ont une trouille bleue — dans un débat public, il aurait été le seul anti-libéral, et il avait assez de coffre pour rallier à lui pas mal de suffrages qui vont désormais se porter…
Se porter sur qui ? Sur Hamon, que n’inquiète guère le fait qu’en France, des cafés et des rues entières soient interdits aux femmes ? Le reportage de France 2 s’est circonscrit à la région parisienne et aux faubourgs de Lyon, ils auraient pu venir à Marseille ou à Lille, ils auraient constaté le même phénomène. Relativise, Benoît ! Seuls les masochistes voteront pour toi.
Certains voteront Mélenchon, le spécialiste du taboulé au quinoa — un végan qui tonitrue, c’est toujours drôle, ça doit faire mourir de rire toute une petite paysannerie française qui est en train de crever. Les plus résignés (mais comment peut-on se résigner ?) iront droit chez Macron, la bulle gonflée par les médias. Les autres…
Les autres sont nombreux, et imprévisibles. Les autres ont élu Trump — pas forcément une grande idée, mais élire Clinton n’en était pas une bonne : la démocratie montre ses limites, ces derniers temps. Les autres ont voté pour le Brexit, contre les diktats de la City, de Bruxelles et de Berlin. Les autres renverront le PS au cimetière des éléphants — et j’espère bien qu’ils n’atteindront pas les 100 députés aux législatives. Les autres affûtent leur bulletin de vote, tout en préparant le troisième tour, voire le quatrième — dans la rue.
On n’en a pas fini avec les surprises.

Je sais bien que je radote, mais je suis un peu sidéré que l’Ecole ne soit pas un thème majeur, pour le moment, des campagnes qui s’amorcent. Broder sur la réduction du nombre de fonctionnaires séduira ceux qui croient que l’entreprise privée fonctionne mieux que l’entreprise publique — une jolie fable. Proposer de modifier les remboursements de la Sécu séduira ceux qui n’ont ni problèmes de fins du mois, ni de problèmes de santé — pas grand monde, en ce moment. Parler de l’avenir de nos enfants me paraît autrement porteur — à condition d’identifier clairement les responsables. Fillon a parlé de cette « caste de pédagogues prétentieux » que Carole Barjon a identifiés par leur nom — assassins —, et que le candidat LR se propose d’éliminer dès son entrée en fonction (et que je sache, il est le seul, pour le moment, à l’avoir osé).
Je sais bien que l’Ecole n’est pas tout, qu’il faut voir le reste, que « it’s the economy, stupid », etc. Mais je me bats depuis si longtemps contre ces imbéciles que je finis par ne plus voir que l’ennemi d’hier et celui d’aujourd’hui, les mêmes, toujours les mêmes, les responsables du désastre scolaire, les « experts » auto-proclamés et auto-satisfaits, les pédagogues des IUFM et des ESPE, et tous les collègues qui croient que c’est avec de beaux discours sur « l’apprendre à apprendre » que l’on peut faire classe.
Oui, le petit bout de la lorgnette, si l’on veut.
Ou pas tant que ça. Ces salopards ont fabriqué l’Ecole que voulait le néo-libéralisme. Fin des connaissances et des savoirs savants. De vagues compétences, un vernis pré-craquelé, une infinie capacité à faire la queue à Pôle-Emploi et à dire « Merci, Patron » dans toutes les langues de la terre. Pire : les adeptes du néant ont créé un tel vide que les barbares en embuscade l’ont rempli avec les certitudes mortelles du Bataclan, de Nice ou de Berlin.
Reprendre les choses en main ne se fera pas en un jour, ni en trois mois. Il faut repenser la formation des maîtres, repenser les programmes, repenser les emplois du temps, repenser le système tout entier. Cesser de demander leur avis à des gens qui sont hors-sol, et s’appuyer sur les praticiens — les bons, tant qu’à faire.
Et le PS ? Ma foi, il continuera à croire que Terra Nova a des idées, et il croira que les imbéciles décérébrés qu’il a contribué à fabriquer voteront pour lui — à Villeurbanne, où se présente Vallaud-Belkacem, ou ailleurs. Mais même les crétins patentés ont compris que le PS ne s’intéressait qu’aux bobos de la capitale — la ville-monde qui ignore sa périphérie. Anne Hidalgo se voit un avenir national — ce parti est si pitoyable que tous ses minables s’imaginent avoir un destin d’exception, en 2017 ou en 2022.
S’il a un destin, c’est aux oubliettes. Si demain il ne reste rien de cette gauche-là, je ne pleurerai pas — ni personne. On en reviendra au mécanisme que cette gauche d’opérette a si bien masqué depuis 1983 — la lutte des classes. Le rapport de forces.
Et puis après, la victoire ou la mort. Au point où on en est…

Jean-Paul Brighelli