Quand les cathos tentent le diable

Ceux qui ont ici reçu une bonne éducation chrétienne se souviennent sans doute qu’après avoir pris une gifle sur la joue droite, il faut tendre la gauche.
Et après avoir été égorgé, que fait-on ? Que tend-on ?
La réponse vient de nous être fournie par Monseigneur Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, qui dans une interview à Paris-Normandie explique que la mort du Père Jacques Hamel — une « mort mystérieuse » en ce qu’« elle nous rend contemporains de la mort du Christ », si ! — ne signifie pas que nous soyons confrontés à « une guerre de religions ». Pas du tout. C’est juste « un déchaînement du mal qui est de l’ordre de Satan, du démon. Qu’il faut traiter comme tel. » Oui.
Mais alors, qui est responsable ? Lire la suite

Padamalgam

Je ne parlerai pas des martyrs de Charlie. Car je risquerais de parler de l’Islam, et l’Islam est une religion de paix et d’amour.

Je ne disserterai pas sur les massacres du Bataclan et d’ailleurs. Car je risquerais de parler de l’Islam, et l’Islam est une religion de paix et d’amour.

Je n’évoquerai pas les tueries de Boko Aram, de l’AQMI, d’Al-Qaida, d’Al-Nosra et d’une foule d’autres groupes d’assassins organisés, en Syrie et ailleurs, au nom du Prophète, sur lui la paix et la lumière. Car je risquerais de parler de l’Islam, et l’Islam est une religion de paix et d’amour.

Lire la suite

Dira ? Dira pas ?

Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien : l’une des premières phrases complètes que j’ai prononcées dans ma vie, ce fut « Le veau d’or est toujours debout » — c’est dans le Faust de Gounod, allez savoir pour quelle raison et par quel canal ces mots m’avaient frappé l’entendement.
Sauf que je ne parvenais pas à dire « toujours », et que j’allais répétant « le veau d’or est tout debout » — malgré les efforts de mes parents pour me faire articuler distinctement les deux syllabes de « toujours »… Tous les géniteurs ont connu des cas similaires, un mot sur lequel l’enfant butte, qu’il ne parvient pas à articuler dans son entier.
François Hollande a longtemps eu un problème du même genre avec le mot « islamisme » — ou l’un quelconque de ses dérivés. Depuis deux ans, ou presque, que les guignols sanglants qui se réclament de l’Etat islamique mettent la France à feu et à sang, et massacrent ailleurs dans le monde par dizaines de milliers des gens qui ne leur ont rien fait, il butte sur cet « islamique », qui renvoie sans doute pour lui à « Islam », donc « Musulmans », donc « électorat sensible », selon le plan élaboré pour lui par Terra Nova, le cercle de réflexion de la Gauche de droite.
Ou plutôt le « think tank », parce que chez ces gens-là, Monsieur, on n’parle pas français, on cause globish. Lire la suite

« Je suis Marianne »

C’est donc le dernier livre (paru en janvier, oui, je sais, je date, mais bon, tant de sollicitations…) de Lydia Guirous, éphémère porte-parole des « Républicains », virée pour cause de langue bien pendue. À tel point que Luc Le Vaillant, qui est à peu près le dernier à ne pas penser courbe chez Libé, en arrive à la plaindre.
À tel point aussi que Yann Moix, le sémillant roquet de la Pensée Unique et du Bien réunis, a cru intelligent de l’agresser sauvagement quand elle est passée à On n’est pas couché.
Pour mémoire, Lydia Guirous avait écrit il y a deux ans Allah est grand, la République aussi — et le parallèle entre Allah l’Incomparable et la Gueuse, comme disent les ultra-cathos, lui a amené quelques tombereaux d’insultes et de menaces. Lire la suite

Du côté de la surmusulmane

Myriam B*** est une jeune musulmane comme on aimerait en voir plus souvent : originaire des Quartiers Nord de Marseille, elle a su en sortir, elle est apparemment libérée, mène la vie qu’elle entend, et réussit de brillantes études — elle est présentement en Master de Droit. Vêtue plus ordinairement de mini-jupes et de jeans moulants que de voiles — en fait, elle n’a jamais porté de voile. Maquillée assez pour avoir l’air d’une seconde Nefertiti — une Egyptienne d’avant l’Islam. Ajoutons qu’elle est issue d’une double souche algéro-marocaine, preuve que les frères ennemis peuvent, s’ils le veulent, faire l’amour et pas la guerre. En elle, il y a les traits fins d’une Berbère, et la culture d’une fille formée à l’école de la République — ou plutôt, elle a fait l’effort de sortir de l’enseignement de l’ignorance pour se cultiver réellement.
Je lui ai communiqué mon analyse du livre de Fehti Benslaman dont je parlais la semaine dernière, et elle a bien voulu me faire partager ses réactions de lecture. Qu’elle en soit remerciée.

Lire la suite

Les surmusulmans sont parmi nous

On peut tortiller la question dans tous les sens, reste le noyau dur du problème : comment décide-t-on au nom de la religion de se lancer dans des opérations mortelles ? « Viva la muerte ! » disaient les phalanges franquistes. Mais le catholicisme ne promettait pas le Paradis aux Maures des corps d’élite de Franco. Un pur instinct guerrier les habitait — il y a dans toute guerre un moment où l’envie de mort passe indifféremment d’un camp à l’autre, où l’habitude de tuer se change en désir de mourir.
Mais qu’est-ce qui explique que des hommes (et des femmes) jeunes, sans formation militaire particulière, rejoignent les rangs du jihad, quitte à se faire sauter au milieu de la foule ? Notre incompréhension fait d’ailleurs la joie et la fierté de ces sacrifiés de l’Islam : l’Occident ne parvient pas à comprendre. Lire la suite

Apostasie, blasphème et tutti quanti.

Notre dépendance à l’actualité étant ce qu’elle est, j’ai raté la célébration, le 17 février dernier, de la mort de Giordano Bruno.
Heu… Qui ça ? demandent les non-spécialistes.
Bruno était un ancien moine dominicain, fort versé dans les sciences exactes (mathématiques, physique, astronomie) qui après s’être moqué de la soi-disant virginité de la Vierge, de la transsubstantiation et autres billevesées de la chrétienté de son temps, a réfuté la physique et l’astronomie selon Aristote, en établissant non seulement que Copernic avait raison, que l’univers n’avait pas de centre, et que la Terre tournait sur elle-même — avant Galilée. Et d’élaborer une sorte de panthéisme précurseur de Spinoza. De sorte que l’Inquisition — vénitienne d’abord, romaine ensuite — l’a rattrapée, interrogé huit ans durant, et finalement brûlé vif sur le Campo de’ fiori à Rome — avec la langue entravée par un mors de bois pour l’empêcher de parler et de crier.
Il a nourri la figure de Zénon dans l’Œuvre au noir (Yourcenar, 1968), et c’est en son honneur qu’Augustine Fouillée a signé « G. Bruno » le fameux Tour de France par deux enfants paru en 1877 — manuel de cours moyen dans les écoles de la IIIème République.
Et le cinéphile que je suis ne peut manquer de signaler le très beau film (si !) de Montaldo (1973) avec Gian Maria Volonte en Giordano Bruno faisant des polissonneries avec Charlotte Rampling.
C’est en son honneur que le sculpteur Ettore Ferrari, par ailleurs futur grand-maître de la Franc-maçonnerie italienne en 1904, a coulé une statue à son effigie (celle qui ouvre cette chronique) à l’endroit même où il a été exécuté — je devrais dire martyrisé, parce que la libre-pensée a bien plus de martyrs que le fanatisme.
Pour être tout à fait complet, l’érection de cette statue a déchainé les foudres de l’Eglise. Léon XIII a protesté contre un projet « injuriant systématiquement la religion de Jésus-Christ, en décernant à un apostat du catholicisme les honneurs dus à la vertu », Pie XI a béatifié, canonisé et déclaré Docteur de l’Eglise le cardinal Robert Bellarmin qui s’était chargé du procès de Bruno, et Jean-Paul II — il nous manquait, celui-là — en détachant le cas de Bruno (bien fait pour lui) de la polémique galiléenne sur laquelle l’Eglise officielle a fini par revenir en 1981 — parce qu’enfin, « elle » tourne…
Jacques Attali a écrit (lui-même ?) un beau résumé de la vie et des œuvres de Bruno dans le Monde du 17 février 2000.
Et comme je ne laisse aucun compte non réglé, je me demande franchement comment des scientifiques contemporains de haut niveau peuvent croire encore aux billevesées qu’imposent les églises — et perdre un temps précieux, qu’ils devraient consacrer à résoudre la Conjecture de Hodge ou l’hypothèse de Riemann.

Pourquoi diable pensé-je à Giordano Bruno aujourd’hui ?
La nouvelle vient de tomber qu’un jeune blogueur mauritanien du nom de Mohamed Cheikh Ould Mkheitir vient d’être condamné à mort en Mauritanie pour apostasie — en fait, pour avoir réclamé la fin du système des castes qui régit la vie mauritanienne. Etre fils de charpentier n’a pas trop réussi à Jésus, être descendant de forgerons n’est pas une sinécure dans ce pays écrasé d’islam et de soleil.
Le plus drôle, si je puis dire, c’est que la Commission des Droits de l’Homme mauritanienne ‘si, ça existe) a rappelé que la mort était bien la peine prévue pour blasphème — vous vous souvenez, c’est à cause de cette accusation que les journalistes de Charlie ont été massacrés en janvier 2015… Et combien depuis, en Arabie Saoudite, en Iran et ailleurs ?
Erdogan, qui n’en rate pas une, a étendu la notion de blasphème à sa propre personne : il vient de demander à Merkel — et d’obtenir d’elle — que soit traduit en justice un humoriste allemand, Jan Böhmermann, qui a eu le malheur de lui déplaire. Parce qu’il est évident que l’apostasie ou le blasphème sont le prétexte religieux à pétrifier des rapports sociaux répugnants, mais précieux pour tous les despotes qui se prennent pour le Mahdi — pour la plus grande gloire de Dieu et de leur pomme.

Bruno, c’était il y a un peu plus de 400 ans. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’Islam a 600 ans de retard sur la chrétienté, et qu’il est donc légitime qu’il vive aujourd’hui avec nos concepts du XVème siècle. Je crois tout à fait que la modernité n’est qu’une — mais que nombre de pays ont choisi de vivre dans un Moyen Age épais parce que ça arrange les castes dominantes. Quand toutes les filles voilées de France ou d’ailleurs auront compris que se soumettre aux règles d’une religion, c’est perpétuer le pouvoir de quelques tyrans phallocrates, on cessera de condamner et d’exécuter pour apostasie — que ce soit au sabre ou à la kalachnikov.

Jean-Paul Brighelli

La journée de la mini-jupe

Le dernier numéro-papier de Causeur revient longuement sur le « syndrome de Cologne » — les viols divers et variés auxquels se sont livrés pour le Nouvel An des gens que les victimes ont identifiés unanimement comme des étrangers basanés, nord-africains ou migrants moyen-orientaux.
Elisabeth Lévy (dite « la Patronne », susnommée « Trois pommes acides » ou encore « Philippine Muray »), dans un éditorial lumineux intitulé « Leur culture et la nôtre », évoque avec émotion — quand même — et perspicacité l’aveuglement collectif de tous ceux qui, en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas ou en France, ont peur d’être taxés de racisme et d’islamophobie si seulement ils disaient que les réseaux criminels — à commencer par la prostitution — et les comportements asociaux — à commencer par le mépris des femmes — sont très souvent le fait des sectateurs de Mahomet, comme on disait aux époques où l’on appelait un chat un chat.
Elle prend la précaution élémentaire de préciser que « tous les immigrés ne sont pas des violeurs » — loin de là, bien sûr. Mais c’est pour ajouter immédiatement : « Mais à Cologne, tous les violeurs étaient des immigrés ».
Et de citer in fine un proverbe juif que j’ignorais, mais auquel j’adhère : « Celui qui a pitié des méchants finira par être cruel avec les bons ». Parce que, comme l’écrit Cyril Bennasar dans le même numéro, « si l’Etat ne fait pas respecter la loi, le citoyen s’en chargera : voulez-vous vraiment ça ? »

J’ai longtemps eu un problème avec le viol — en fait, je me suis toujours demandé comment faisaient les violeurs. Longtemps j’ai penché pour une explication hormonale — un quelconque dérèglement glandulaire, qui expliquerait, par exemple, le taux effarant de récidive à la sortie de la prison (et le peu d’efficacité justement du système carcéral dans ce cas).

Mais Cologne — et la réalité des commissariats, à Marseille et ailleurs — m’incitent à penser davantage en terme de culture. Et ce n’est pas, contrairement à ce que pense Elisabeth (dite aussi « Calamity Levy » et « Sexy Sadie », vieux reste des Beatles de son enfance) un « choc des cultures » à la Samuel Huntington. C’est l’affrontement d’une culture — la nôtre — et d’un refus de la culture — une contre-culture au sens propre du terme. D’une civilisation — la nôtre — et du déni de la notion même de civilisation. L’opposition de la Raison et de la Foi — une foi obscure, primitive, qui engendre chez ses sectateurs la certitude des pierres — celles que l’on jette sur les femmes adultères.
Faites donc une expérience. En arrivant Gare Saint-Charles, descendez vers le centre ville par la rue des Petites Maries. À mi-parcours, au croisement avec la rue Longue des Capucins, il y a un bar fort populaire, fort peuplé — d’hommes. Uniquement d’hommes. En huit ans — et j’y passe très souvent — je n’ai jamais vu une femme. Ni au bistro, ni, en général, dans la rue. Et pour y être passé avec des créatures du sexe, comme on disait quand on parlait français, je sais ce que l’on entend, au passage, de réflexions oiseuses. Je préfère ne pas imaginer ce que seraient les insultes si ladite créature était maghrébine, légère et court vêtue, comme Perrette dans la fable.
Ce que cette attitude, cet apartheid, ce mépris généralisé disent de cet islam du quotidien, c’est d’abord une peur des femmes — on n’enferme que ce que l’on craint. La peur du ventre des femmes.
Et la frustration. Nous avons glissé tout doucement, en Occident, vers la liberté sexuelle (pas dans les années 1960, mais dès le XVIIIème siècle dans les sphères aristocratiques), et ce que le sexe libéré disait aux obsédés de la morale et de la religion, c’était que du libertinage des sens à celui de l’esprit, la pente est naturelle. Vouloir à toute force contrôler les ventres, c’est prétendre contrôler l’esprit — on le voit assez avec les femmes voilées, qui se font croire que « c’est leur choix », mais qui sont les exemples les plus purs de cet opium du peuple dont parlait un certain barbu juif (un complot, sûrement) du XIXème siècle.

Comme le dit éloquemment Elisabeth Lévy (dites « Betty Boop »), « cet Autre-là ne nous dit pas, comme les propagandistes du multiculturalisme heureux « à toi le string, à moi la burqa, vivons avec nos différences, inch’Allah » : il pense que mon string signifie « à prendre ». »
Vous vous rappelez peut-être la Journée de la jupe, le film de Jean-Paul Lilienfeld sur lequel j’avais écrit, à l’époque, de gentilles choses (et l’article de Philippe Meirieu, en pseudo-soutien tout en nuances, dandinements et contournements, vaut aussi son pesant de pédagogisme embarrassé). À la dernière image, les élèves musulmanes d’Isabelle Adjani alias Sonia Bergerac venaient, audace inouïe, à ses funérailles en jupe — il y avait un plan qui m’a rappelé celui que fait Truffaut sur les jambes des ex-maîtresses, dans une situation exactement similaire (l’enterrement du héros), dans l’Homme qui aimait les femmes.
Mais ce sont des jambes encore très décentes. Pour tester la pudeur des vrais croyants, il en faut davantage. Raccourcissons les jupes ! Interdire les burqas ne suffit pas : il faut imposer la mini.
Elisabeth Lévy (dites aussi « mini-mini-mini », version Dutronc, ou « mini Minnie », version Disney) ne me démentira pas, elle qui, jupe haute et bottes du même cuir, teste toute la journée la capacité des Parisiens à tenir en laisse leurs pulsions — ce que tout le monde ne sait pas faire.

Il faut comprendre que nos élèves musulmanes (et pas seulement musulmanes, dans une ville aussi bariolée que Marseille) ont chaque matin, avant de s’habiller, des hésitations que ne connaissent pas les petites Parisiennes — mais Paris est une ville qui n’existe pas. Une jupe longue, pour satisfaire les wahhabites ? Un voile amovible, pour satisfaire les salafistes et les laïques qui guettent à la porte ? Un pantalon, comme tout le monde ? Moulant ? Pas moulant ? Toujours trop moulant… Elles évoluent dans un monde où porter une jupe de longueur normale (sans parler d’une mini) ou un soutif un peu pigeonnant est une déclaration de guerre (et d’indépendance) face à un milieu étroitement normatif, face aux regards de coreligionnaires peu portés sur la tolérance. Nous voici revenus cinquante ans en arrière, quand il était interdit aux filles de venir au lycée en pantalon — sauf que cette fois, c’est l’inverse. Un conformisme religieux s’est substitué au conformisme des bien-pensants. Au niveau vestimentaire, nous voici un demi-siècle en arrière (ma mère aussi portait souvent un foulard dans les années 1950 — mais pas les Musulmanes débarquées après les accords d’Evian). Au niveau des mœurs, nous voici mille ans en arrière — avant que l’amour courtois enseigne à des chevaliers quelque peu rustres que l’on séduit les gentes dames avec des roses et des fleurs de rhétorique, et non en les traitant en prise de guerre.

Jean-Paul Brighelli

Laïcité à l’université : Bisounours is back !

L’Observatoire de la laïcité, le « machin » dirigé par Jean-Louis Bianco, après une pleine année d’auditions diverses de responsables bien-pensants et de syndicats ejusdem farinae, a rendu son avis sur les menaces pesant sur la laïcité à l’université.
Je résume : il n’y a pas de menace. Ni réelle, ni fantôme.
Après un long rappel historique de la loi de 1905, le rapport conclut :

« La plupart des auditionnés ont rappelé le caractère « isolé »5, « marginal »6 et « sporadique »7 des incidents impliquant la question plus globale du fait religieux au sein de l’enseignement supérieur public. Il est apparu que dans chacun des cas mentionnés, une issue a pu être trouvée par le dialogue ou en faisant référence au règlement intérieur (…) Les auditions et les réponses aux questionnaires ont ainsi révélé une situation globale respectueuse de la laïcité (…) La plupart des auditionnés ont, en revanche, souligné et critiqué le traitement médiatique des rares incidents existants : « Cette question a surgi dans la sphère publique à l’occasion d’incidents sporadiques mais fortement médiatisés dans un registre du fait divers à sensation et avec une iconographie qui présente les évènements de façon stéréotypée. » »

Dégagez, il n’y a rien à voir.
Ça valait le coup de s’interroger. Vraiment.
L’Observatoire a ainsi demandé son avis qualifié au Président de la Conférence des Présidents — Jean-Loup Salzmann, le type qui essaie depuis deux ans de dégommer Samuel Mayol à Paris-XIII et traite de billevesées l’emprise constatée par une commission indépendante des intégristes sur cette fac. Il fera un super-recteur de super-région tout à fait convenable.

Le Comité Laïcité République, par la plume de Jean Glavany (député PS des Hautes-Pyrénées), Patrick Kessel (ex-Grand Maître du Grand Orient) et Françoise Laborde (sénatrice PRG de Haute-Garonne), a réagi immédiatement à cette coulée de lubrifiant.

« Nous devons constater que, si l’avis de l’Observatoire prétend le contraire, ce dernier a consulté le Président des Universités mais en aucune sorte les professeurs et ceux qui auraient pu témoigner de situations dégradées dans les établissements où ils travaillent. C’est le cas en particulier, de Samuel Mayol, Président de l’IUT de St Denis. Il en résulte que les difficultés rencontrées sont minimisées. »

Et de se référer au constat beaucoup plus alarmant réalisé dès 2013 par le Haut Conseil à l’Intégration (dissous depuis par Jean-Marc Ayrault dans une splendide illustration de la vieille technique de la poussière sous le tapis). Il aurait aussi bien pu citer un (bon) article du Monde sur le sujet, où un simple journaliste sans les normes moyens du « machin » gouvernemental, dressait en mars dernier un constat tout aussi accablant — et accablé.
Et de conclure :
« Le déni n’est pas la réponse appropriée face à la nouvelle poussée de l’extrême droite qui se nourrit des dégâts occasionnés par les communautarismes, dégâts que ressentent les citoyens sur le terrain avec le sentiment d’être abandonnés. »
Mais, chers amis du Comité, le déni est la parade universelle de ce gouvernement. Que conclut Cambadélis de Régionales marquées par la montée du vote FN et le rejet de la politique gouvernementale ? Un tweet enthousiaste le résume :

C’est comme dans le Malade imaginaire : « Le déni, le déni, vous dis-je… » La politique de « refondation de l’école » a valu au PS des centaines de milliers de votes nuls — ou franchement hostiles — de la part de centaines de milliers d’enseignants, y compris dans des régions stratégiques comme l’Ile-de-France. La politique macronienne lui a valu des millions de voix déplacées sur la droite la plus extrême. Quant aux régions, ma foi, ils ont payé pour voir. Mais rue de Solférino, tout va très bien, madame la marquise.

Soyons sérieux. La loi de 1905 prononçait la séparation de l’église (catholique, essentiellement) et de l’Etat. De l’Islam, à l’époque, pas de nouvelles.
Mais face à une religion expansionniste, colonisatrice, impérialiste, sûre d’elle et dominatrice, et génératrice d’horreurs, face à un extrémisme qui en a fait une machine de guerre, peut-être faudrait-il toiletter la loi, répondre par la guerre à la guerre, et cesser de… se voiler la face. Je me fiche pas mal de ce que les gens pensent ou de ce à quoi ils croient — en leur for intérieur, et chez eux. Il en est de la religion comme des pratiques sexuelles — ça ne devrait jamais intervenir dans l’espace public. Ou alors, c’est que l’on tient à faire du prosélytisme — et ça, c’est interdit, ou ça devrait l’être.

Jean-Paul Brighelli

L’islam est-il soluble dans le beaujolais nouveau ?

Un écrivain à la verve inépuisable, que j’aime beaucoup pour sa maîtrise de la langue — il la maîtrise à tel point qu’il l’invente — écrivait en 1992 :

« Qu’on les laisse venir et s’installer à leur guise, jamais la France ne deviendra maghrébine, parce que c’est la terre qui fait les hommes. En trois générations : gloup ! Absorbés, nos petits crouilles. Français, fils de Gaulois ! Ramadan mon cul ! Champagne pour tout le monde ! Coq au vin ! Le Chat noir aura remplacé le tchador !Ils seront bretons, comme le Jean-Marie. Ils fêteront l’arrivée du beaujolais nouveau. J’en connais des tombereaux : fils de et déjà plus français que toi. Assimilés à outrance. Diplômés techniques. Tamanrasset ? Tiens, fume ! Ils préfèreront Dunkerque. T’as oublié les bagnoles à kroum, les syndicats, le Club Med, la machine à laver, la bouffe congelée, l’école laïque, la Roue de la Fortune et toutes ces françaiseries amollissantes qui nous enveloppent de graisse et de cholestérol. Voilà le mot clef lâché, on les annexera par le cholestérol, mon vieux Cyclope. Ils seront francisés grâce au cochon qui leur faisait si peur. »(1)

C’est un texte fascinant à bien des égards. Outre la verve déployée, l’affirmation du Moi par le style et non par l’inflation de l’Ego, on est frappé de la concomitance de l’espoir de l’intégration, de l’assimilation, et de la mise en place d’un système duel opposant, pour mieux les unifier in fine, les éléments d’une culture maghrébine réduite à ses éléments religieux (le ramadan, les interdits alimentaires, le port du tchador — déjà en 1992) et une trame épaisse de culture française, le cabaret où se produisait Bruant, De Gaulle à travers une citation célèbre dissociée (« la France, de Dunkerque à Tamanrasset »), et les symboles de la francité, ceux de l’après-guerre (la génération de Frédéric Dard a été véritablement marquée par la mise en place de la Sécu et surtout des Allocs, dont Christiane Rochefort avait fait un symbole d’enrichissement — dans les Petits enfants du siècle, on se paie avec les enfants la « machine à laver » et « la voiture à kroum », c’est-à-dire à crédit) puis ceux de l’actualité, émissions de télé ou clubs de vacances.
Et puis la France éternelle, aussi bien les Gaulois que le cholestérol — voir sur ce sujet l’inénarrable Bouclier arverne, écrit par un auteur (Goscinny) de la même génération et de la même verve que Dard. Le vin et le cassoulet ou la choucroute — les cochonnailles, typiques de la France française du XIXème siècle — voir Pierre Birnbaum, la République et le cochon.
Il est remarquable que face à une société maghrébine réduite à des éléments religieux, Dard, qui n’était pas athée, que je sache, n’évoque aucun symbole religieux. Bien au contraire : le facteur d’assimilation — et comme il a raison ! — c’est « l’école laïque », et l’ascenseur social (« diplômés, techniqués »).
Le seul problème, que n’a pas connu Frédéric Dard, mort en 2000, c’est l’effondrement de cette France laïque. Et, mécanique des vases communicants, la montée parallèle du tchador.

C’est aussi l’effondrement de la francité devant l’offensive de la sous-culture mondialisée. Combien de cassoulets pour combien de McDo ? Et combien de Coca pour combien de champagne ? Nous avons vendu notre âme pour un hamburger, et les âmes en déshérence se sont tournées vers le premier prêt-à-croire disponible. Frédéric Dard, dont Wolinski a dessiné les couvertures pendant plusieurs années, aurait été horrifié d’apprendre que le gentil Georges avait été assassiné par ces enfants de maghrébins dont il préconisait l’assimilation, et qui ont préféré le djihad.
Que s’est-il passé en vingt-cinq ans ? Nous avons baissé la garde à tous niveaux. Aussi bien à l’école (Frédéric Dard a arrêté l’école à 17 ans, après une vague formation dans un lycée commercial, et sans jamais passer le Bac, mais j’avais fait un recensement des allusions littéraires des San-Antonio : c’est toute la culture du Primaire et du Primaire supérieur des années trente, à grand renfort de Victor Hugo) que dans la rue, où le tchador a avancé ses pions. À vrai dire, nous avons aussi, dans le grand lessivage de la mondialisation, détruit l’industrie française, et cassé la machine qui ne permettait certes pas à tout le monde d’avancer, mais en propulsant quelques enfants du peuple, elle donnait de l’espoir à tout le peuple.
Et c’est cela qu’il faut remettre prioritairement en marche. D’abord en restaurant la valeur Travail, en répudiant la « culture de l’excuse », qui justement n’a rien à voir avec la vraie culture, en renonçant à la reddition avant même de combattre. La culture est ordinairement la force tranquille sur laquelle s’appuie une civilisation. Mais attaquée, elle peut être un instrument de combat, à condition d’être, comme disait De Gaulle, dominatrice et sûre de soi.
Et donnons-nous cet objectif, dans dix ans : permettre aux apprentis djihadistes d’aujourd’hui de lire San-Antonio en goûtant non le beaujolais nouveau, qui a un arrière-goût de mondialisation et de saveurs ajoutées, mais un cru honnête, qui soit l’expression du travail vigneron. Le même San-Antonio ne disait-il pas que le groupe sanguin de l’ineffable Bérurier était « Juliénas sans O » ?

Jean-Paul Brighelli

(1) San-Antonio, Y en avait dans les pâtes, Fleuve noir, 1992.