And the winner is…

Fini de rire. Il faut se décider.
Et je me suis personnellement décidé en fonction des politiques éducatives envisagées par les différents candidats.
« Mais vous êtes donc aveugle aux questions économiques ? Au chômage de masse ? À la dissolution de la nation dans l’européanisation, la mondialisation, le Marché divinisé ? »
« Et les questions de sécurité, alors ? L’immigration sauvage ? Et… »

J’adore la valse des milliards que nous promettent la plupart des candidats. Ils iront les pêcher où, leurs milliards ? Depuis 1973, depuis que Pompidou — un autre ex-employé de la banque Rothschild — a accepté que la France ne puisse faire fonctionner sa planche à billets et s’auto-financer, depuis que nous sommes pieds et poings liés devant les diktats des banques privées, nous n’avons d’argent que si les grands financiers internationaux le décident.
« Il suffira d’emprunter ! Nous sommes solvables, à long terme ! »
Pas du tout. Si vous voulez savoir ce qui nous pend au nez, jetez un œil sur ce que Wolfgang Schaüble a fait à la Grèce — le piège dont les mâchoires se referment, ces jours-ci. Ces salopards veulent une Europe à deux vitesses — et nous ne serons pas en tête. Tout comme ils ont fait une école à deux vitesses. L’Ecole du Protocole de Lisbonne avait pour fonction de réduire la nation. Les programmes des européanistes ont pour fonction de l’éliminer.
L’argent, le nerf de la guerre… Ben oui : Hollande a trébuché là-dessus dès son entrée en fonction. C’est pour ça — et uniquement pour ça — que les socialistes se sont lancés dans des réformes sociétales sans impact financier. Parce qu’ils ne pouvaient pas se lancer dans quoi que ce soit d’autre. Le mariage pour tous, les « rythmes scolaires », la réforme du collège, la loi Travail… Du vent — avec de petites économies en perspective.
Et un bénéfice électoral conforme aux plans de Terra Nova. Faire plaisir aux bobos gays du Marais. Accabler le prolétariat — parce qu’il y a toujours un prolétariat, et même de plus en plus. Faire semblant de s’occuper des pauvres, et des pauvres en esprit — et les accabler dans les faits. Et avec ça ils comptent sur le vote immigré !

Aucun candidat ne pourra opérer d’autres réformes que celles qui ne coûteront rien, ou pas grand-chose.

Par exemple, l’école. L’école, sous un certain angle, ça ne coûte rien de la réformer. Autant en profiter.
Revenir, au moins dans un premier temps, aux programmes de 2008 serait indolore. Les manuels existent, il en est même de bons.
Décider de dédoubler la section S pour dégager une vraie filière scientifique ne coûtera rien — ou pas grand-chose : quelques heures de cours de plus, c’est secondaire. Il suffit de les financer en coupant le robinet à subventions qui arrose des organisations pédagos dont l’objectif commun est la désorganisation de la nation. Ou en remettant devant des classes ces merveilleux didacticiens qui font perdre leur temps aux stagiaires dans les ESPE — puisqu’ils sont si malins et si bons pédagogues…
D’ailleurs, autant fermer les ESPE, et demander aux enseignants-praticiens en exercice — les bons — de former gracieusement leurs collègues. Ils adoreront ça.
Comme il ne coûtera rien de décréter la tolérance zéro, et la remise au travail de tout le monde. Ou de tirer un trait sur cette grande escroquerie que fut le collège unique — est-ce qu’un seul prof « de gauche » a réfléchi à ce qui avait décidé Haby et Giscard à imposer le collège unique ? Mais pensent-ils encore, les profs de gauche ?
Il faudrait augmenter de façon sensible les salaires — au moins les salaires de départ. Ne rêvez pas : ça ne se fera pas. De la même façon, on ne recrutera pas des dizaines de milliers d’enseignants — Hollande ne l’a pas fait, quoi qu’il dise, parce que les volontaires ne se pressent pas — et qu’il est parfaitement inutile de recruter à la va-vite des gens qui n’auront pas le niveau requis : on tient ses classes, entre autres, parce qu’on domine totalement sa discipline, et où voyez-vous que des étudiants de M1 (surtout quand il s’agit de ces merveilleux MEEF, ces masters d’enseignement à grande base de didactique prodigués / imposés par les ESPE) aient un niveau disciplinaire suffisant ? Démissionneraient-ils en masse comme ils le font dès l’année de stage s’ils se sentaient bien préparés ?
En modifiant les programmes intelligemment, en évacuant toutes ces heures perdues à effectuer des EPI et autres plaisanteries pédagogiques, on peut dégager des heures pour dédoubler les classes les plus faibles, et multiplier par deux les heures des matières fondamentales — à commencer par l’apprentissage systématique de la langue, sans laquelle…
Il faut sonner le tocsin, au niveau de l’enseignement — et ce n’est pas en saupoudrant le système d’aumônes, comme le voudraient certains syndicats, que l’on remontera le niveau, qui est, comme le moral, dans les chaussettes.
D’ailleurs, les syndicats doivent contribuer à l’effort en se passant de subventions — réelles ou déguisées sous la forme de permanents payés à faire du syndicalisme. Et les parents doivent redevenir des parents — pas des officines financées pour imposer des vues pédagogiques héritées de Meirieu et de ses disciples.
On peut en trois mois imposer des réformes qui ne coûteront rien — sinon un peu d’explication. On a des IPR pour ça. Ils ont passé un an à expliquer la réforme de Najat. Ils passeront quelques mois à expliquer qu’il faut faire machine arrière — avant que les profs soient allés de l’avant.
Et croyez-moi : on peut le faire parce qu’on ne pourra pas faire autre chose.

Alors, qui ?Quand on compare les programmes (ce qu’a excellemment fait une équipe de pédagos de Cergy, il suffit de prendre leurs conclusions et de les renverser), il nous reste, par ordre alphabétique, Dupont-Aignan, Fillon, Le Pen (ce sont encore ses adversaires qui en parlent le mieux), et peut-être Mélenchon : je me base pour ce dernier sur les critiques qu’il essuie de la part de socialos pédagos bon teint, ainsi l’infâme Zakhartchouk, qui a si fort contribué aux programmes Najat et au prédicat-roi.
Macron ou Hamon, c’est la continuation sans faille de la politique des quinze dernières années. Nous avons touché le fond, mais ils creusent encore.
Je ne parle même pas de Poutou, qui a la faveur de l’establishment pédago — on en aurait, du vivre-ensemble avec toutes les filles voilées de la terre !

Reste à présent à déterminer qui a une chance de l’emporter dans trois semaines. Qui aura donc l’opportunité de mettre en œuvre quelques-unes des réformes de surface préconisées ci-dessus — étant entendu que personne n’aura l’occasion de faire davantage, quoi que prétendent les uns et les autres. Faites votre marché. Nous ne gagnerons qu’une capacité limitée à gouverner — et dans certains cas, une école selon notre cœur.

Ou alors, on lance un appel à l’insurrection et à une seconde révolution française. Mais si le foot et TF1 avaient existé en 1789, Louis XVI aurait-il fini chez la Veuve ?
Notez que je crois vraiment que l’émeute attend patiemment les Législatives, et le chaos probable qui en sortira — parce qu’il n’y aura pas cette fois d’accord « républicain » — quelle blague ! Juste des appétits qui se déchireront pour les meilleures places. Et à l’arrivée, un pays ingouvernable.
Dois-je avouer que je ne pleurerai pas ?

Jean-Paul Brighelli

Génération Zidane et génération rap.

Qui a demandé, l’année dernière, « un autodafé pour ces chiens de Charlie-Hebdo » ? Un imam des Buttes-Chaumont ? Non. Un représentant de l’une ou l’autre des organisations musulmanes qui avaient porté plainte en 2007 contre l’hebdomadaire et qui verse aujourd’hui des larmes de crocodile, et sera certainement présent demain dimanche à ce rassemblement « républicain » (entendez : le camp du Bien) qui entend exclure un parti représentant 25% des Français ? Pas même.
En fait, l’auteur de cette boutade (un mot qu’en l’occurrence je ferais volontiers venir de l’expression « bouter le feu ») est un collectif rassemblant l’élite (?) des rappeurs français : Akhenaton, Kool Shen , Disiz la Peste, Soprano , Nekfeu , Dry , Lino , Nessbeal, Sadek, Sneazzy, S.Pri Noir, Still Fresh et Taïro. Des athlètes de l’intellect dont le portefeuille prospère sur la naïveté de ceux qui l’écoutent. Charb avait alors dénoncé une chanson « fasciste » chantée par des « branleurs millionnaires ». Christiane Taubira ne s’en était pas émue. Ni la presse, pour l’essentiel. Seul Jack Dion, dans Marianne, avait signé un papier furieux où il écrivait de façon prémonitoire : « Certes, il ne s’agit que d’une chanson. Certes, on n’est ni en Afghanistan ni au Pakistan, mais chacun connaît le poids des mots et le choc des formules. »
Et quelques lignes plus loin, il ajoutait, avec une grande pertinence : « le plus inquiétant est que personne ne se soit offusqué d’un engrenage débouchant sur un cri de haine contraire à l’esprit même de la marche de 1983, d’inspiration laïque, et qui était à mille lieux de toute récupération religieuse. A l’époque il s’agissait de défendre les immigrés. Aujourd’hui on renvoie immédiatement ces derniers à une essence musulmane supposée ne tolérant aucune critique. »

Ah oui, la marche des Beurs… Cela remonte à 1983, à l’époque où Mitterrand se séparait du PC, après l’avoir descendu, réorientait son action économique dans le sens du tout-libéral (j’y reviendrai), et surtout, dans la perspective de 1988, inventait Le Pen, qu’il faisait inviter à l’Heure de vérité, ce qui facilitait son élection l’année suivante au parlement européen, et, en 1986, bénéficiant de la proportionnelle opportunément inventée par la Gauche, d’entrer à l’Assemblée nationale. Tout se tient. « On a tout intérêt à pousser le FN. Il rend la droite inéligible. Plus il sera fort, plus on sera imbattables. C’est la chance historique des socialistes. » Tels sont les propos que Franz-Olivier Giesbert prête, non sans vraisemblance, à cet « honnête homme » de Pierre Bérégovoy dans le Président (1990). J’en connais un, qui était alors directeur de cabinet de divers ministres socialistes, avant d’être nommé à la Cour des Comptes, qui s’en souvient encore, maintenant qu’il est président. Exclure ostensiblement le FN des manifestations de dimanche, c’est lui donner, aux yeux de ceux qui ne reconnaissent plus la représentativité de l’UMPS, une aura de semi-martyr médiatique. Si le plan de tous ces petits malins n’est pas de provoquer en 2017 un affrontement, au second tour, entre François et Marine, je veux bien perdre un œil.
La Marche des Beurs (le mot entra l’année suivante dans les dictionnaires) fut initiée par un curé lyonnais, le Père Delorme, spécialisé dans le « dialogue inter-religieux », comme on dit poliment pour désigner la reddition de l’église catholique à l’Islam, et un pasteur, Jean Costil, membre de la CIMADE qui a la même fonction œcuménique côté protestant. L’un et l’autre sont de la même génération que Philippe Meirieu, Lyonnais d’adoption, et membre éminent, dans les années 1960, des Jeunesses Ouvrières Chrétiennes — les JOC, c’est son Mai 68 à lui. Tout se tient.
Quand je pense que j’ai défendu Meirieu contre les plus jusqu’au-boutistes des pédagos, ici même… Et que ce même Meirieu, récemment sollicité pour LePoint.fr où je cause Education, a osé me répondre : « Nos relations ne sont pas “comme elles sont”, mais comme vous les avez construites par votre comportement et vos propos. Nul doute que vous ne trouviez quelque jouissance à la pratique de l’injure à mon égard. Mais, dans ces conditions, je préfère utiliser d’autre (sic) canaux que votre interlocution pour faire connaître mes analyses sur l’Ecole de la République. Au nom de l’éthique minimale nécessaire à tout débat démocratique. » On se pare volontiers de probité candide et de lin blanc, quand on est responsable du plus grand désastre scolaire de l’Histoire.
La Marche des Beurs, où flottaient quelques keffiehs palestiniens, n’était pas exactement la sauce désirée. Le PS, l’année suivante, inventa SOS Racisme, avec l’argent de l’Elysée et de Pierre Bergé réunis, et le soutien, cette fois, de l’Union des Etudiants Juifs de France. Il fallait canaliser cette belle jeunesse dans une voie électorale adéquate — la « génération Tonton ».
Mais qu’on ne s’y trompe pas. Dans les slogans de l’époque (l’exaltation du métissage et du « mélange » — il y avait eu opportunément une « marche » des mobylettes), c’était déjà de la dissolution de la République qu’il était question.
Saïd Kouachi est né en 1980. Son frère Chérif, deux ans plus tard. Ils ont connu jusqu’à la nausée cette célébration du mélange qui devenait, peu à peu, une célébration de l’identité. Ils ont connu aussi, à l’entrée en collège, les bénéfices de la loi Jospin — qui deux mois après sa promulgation entraînait, au nom de la « liberté d’expression » qu’elle imposait, la première affaire de voiles. 1989 ! C’est tout proche, c’est très loin.
La démocratie à l’algérienne du GIA et du FIS est venue sur ces entrefaites allumer des foyers de terrorisme dans toutes les cités — le PS n’offrait pas une idéologie de substitution assez puissante, il fallut convoquer l’Islam.

Zidane, né en 1972, était passé du bon côté de l’école. Même s’il s’est très tôt intéressé au foot, il a appris les fondamentaux. D’ailleurs, il est trop kabyle pour être très musulman, et son père, venu en France avant la guerre d’Algérie, ne lui a pas fait porter le poids d’une algérianité, si je puis dire, exacerbée.
La coupe du monde 1998, puis la coupe d’Europe deux ans plus tard, qui marquèrent son apogée, virent aussi l’émergence de cette France « Black / Blanc / Beur » qui n’était déjà plus du mélange (c’est-à-dire de l’intégration) mais de la juxtaposition communautaire d’entités pseudo-raciales disposées à l’étalage.
La preuve de cet éclatement de l’idéal républicain d’assimilation fut apportée l’année suivante, lors d’un match France-Algérie de sinistre mémoire. Les Renseignements généraux, qui ne sont pas forcément à côté de la plaque, avaient prévenu qu’il y aurait des débordements communautaires. C’était dire qu’en quelques années les communautés s’étaient mises en place. Et que l’Islam pouvait tranquillement prospérer dans des crânes vidés par les pédagogues de toute culture commune au profit d’un communautarisme concurrentiel, typique d’une Europe désétatisée, et d’un libéralisme mondialisé.

Le reste, c’est l’actualité. C’est la plainte en 2007 contre Charlie, coupable de caricaturer le Prophète. C’est un premier attentat au cocktail Molotov en 2011, c’est l’appel au meurtre des citoyens-rappeurs en 2013 (Saïd Kouachi a fait du rap, figurez-vous), et c’est mercredi dernier. Fin de partie. Communautarisme 12, République 0. Et le bilan s’est encore alourdi depuis. Parce que ce ne sont pas des cinglés qui tirent à l’aveuglette. Ce sont des tueurs organisés. Des assassins — du persan ḥašišiywn, « les gens de principe, de fondement de la foi ». Il fallait le rappeler.

Immédiatement, chœur des vierges et des bobos, qui dix minutes auparavant trouvaient que Charlie était un journal raciste — et c’est une injure que j’ai trouvée ces jours-ci dans certains forums où ils feraient mieux de se taire, par décence. Récupération de cadavres. Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Voltaire — et, paraît-il, à Houellebecq, à Zemmour et à Finkielkraut — si !… Mais qui les a aidés quand il était encore temps ? Le gouvernement a même allégé la protection dont ils bénéficiaient. Jolie fenêtre de tir.
Il n’est plus temps. Umberto Eco a parfaitement formulé la situation : « C’è una guerra in corso e noi ci siamo dentro fino al collo, come quando io ero piccolo e vivevo le mie giornate sotto i bombardamenti che potevano arrivare da un momento all’altro a mia insaputa. Con questo tipo di terrorismo, la situazione è esattamente quella che abbiamo vissuto durante la guerra. » Oui, c’est une guerre, une guerre à distance contre l’Etat islamique, devenue une guerre de proximité — et Eco a raison, c’est comme en 1940 : qui collaborera, et qui résistera. Et nous nous y sommes plongés jusqu’au cou nous-mêmes, en cédant sur l’universalisme républicain, en cédant sur la laïcité, en cédant sur la transmission de la culture commune. En acceptant des voiles à l’université et dans les sorties scolaires : la femme de Chérif Kouachi en porte un intégral. L’Ecole qu’ont fréquentée toutes ces têtes creuses mériterait de figurer dans une nouvelle Histoire de l’Infâmie.

Et Zidane, qui avait appelé son fils Enzo, aurait décidé — info ou intox — de le rebaptiser Mokhtar. Les sites islamiques s’en réjouissent, dans l’orthographe rectifiée qui est la leur : « Cet convertion de Zidane dans ces jours-ci que les pays occidentaux veulent anéantir le visage de l’islam en créant les terroristes de Daesh dans la région du Moyen-Orient. » Sic.
Mais ce n’est pas important, l’orthographe…
Eh bien si. Je crois même que c’est un critère, parmi d’autres, pour reconnaître les apprentis jihadistes.

Ecr.l’inf.

Jean-Paul Brighelli

Quenelles

Quenelles

Jusqu’à ces derniers mois, je ne connaissais de la quenelle que celles qui se mangent, avec ou sans sauce Nantua.
Enfin Dieudonné vint, et par lui la quenelle devint un signe d’engagement politique. « Protestataire », dit le supposé humoriste. « Anti-système », prétend cette grande courge d’Anelka — j’adore les libertaires multi-millionnaires.
Non : la « quenelle » est un signe nazi réprimé (à l’origine, le geste est une répression du salut hitlérien, comme on le voit dans le Docteur Folamour de Kubrick) :

http://www.huffingtonpost.fr/2013/12/31/quenelle-docteur-folamour-stanley-kubrick-inspire-salut-dieudonne_n_4523726.html

Pour ceux qui douteraient encore, la mise en situation dudit geste est éloquente. On ne fait pas de quenelle en faisant la queue chez l’épicier : on en fait devant les monuments aux morts de la Shoah, on en fait dans les camps d’extermination, partout où le souvenir des six millions de Juifs anéantis par l’idéologie de la « race supérieure » — celle à laquelle appartient Dieudonné M’Bala M’Bala, certainement — est encore vivace.

http://k00ls.overblog.com/2013/12/pour-ceux-qui-prétendent-que-la-quenelle-n-est-pas-un-geste-antisémite.html

Comme le dit Emilie Frèche dans une tribune du Monde : non, ce n’est pas un geste « anti-système » — et le fait même que certains le revendiquent donne juste la mesure de leur hypocrisie.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/01/07/non-monsieur-anelka-la-quenelle-n-est-pas-antisysteme-au-contraire_4343603_3232.html

Le problème, c’est qu’un geste diffusé en circuit interne par un histrion, dès qu’on lui offre des tribunes en le censurant et en l’interdisant (ce qui, dans la Société du spectacle, revient à lui donner une visibilité supplémentaire) est repris en masse par des gosses à tête creuse. Ce ne sont plus quelques fachos qui en remettent une couche : ce sont des cohortes d’élèves, saisissant l’opportunité de la photo de classe.

http://www.ledauphine.com/savoie/2013/11/15/chambery-7-lyceens-font-la-quenelle-sur-la-photo-de-classe

« Ouf, nous n’avons pas été sanctionnés » ont-ils tous crié en chœur en descendant du bureau du proviseur, tout à l’heure, devant l’entrée du lycée Monge de Chambéry. A 15 heures, ce vendredi 15 novembre, 7 lycéens ont été convoqués par le chef d’établissement pour s’expliquer de leur geste : sur leur photo de classe ils ont fait « la quenelle ». Pendant 10 minutes le proviseur leur a reproché la portée antisémite de ce geste », explique le journaliste du Dauphiné. Et de conclure : « Aucune sanction n’a été prononcée. »
Du coup, ils sont imités un peu partout. Bravo aux administratifs qui par leur laxisme encouragent tacitement l’expression de la Bêtise et de la Haine.
Oh, comme je reconnais bien là le courage de l’institution scolaire ! Du coup, les sept jeunes imbéciles de ce bac pro électro-technique se sentent « fiers d’avoir fait réagir la hiérarchie ». Lesdits élèves auraient dû être sanctionnés, et durement, pour apologie de crimes contre l’humanité — tout comme Dieudonné est régulièrement condamné pour injures à caractère raciste, ce qui pourrait paraître paradoxal pour un homme qui en 2007 apportait son soutien au CRAN


mais qui ne l’est pas, apparemment, aux yeux de tous ceux qui viennent à ses spectacles, Africains musulmans, islamistes voilées, petits fascistes qui seraient blonds s’ils ne se rasaient pas le crâne. Le public de Dieudonné est à la fois varié et monocolor – dans les bruns.
Valls avait-il raison de faire interdire les spectacles somme toute confidentiels de Dieudonné ? C’est lui donner une audience qu’il n’osait espérer. Alors, une raison plus tordue peut-être ? Ma foi, je serais tenté d’y voir (comme dans la publication, sur le site du Premier Ministre, de ce rapport décoiffant sur l’intégration, le mois dernier) une poussette au FN, dont le PS espère, de toute évidence, qu’il sera sa planche de salut aux élections prochaines et, surtout, en 2017. En cristallisant l’extrême, en réalisant en quelque sorte la bi-polarisation Gauche / Extrême droite dont avait rêvé Patrick Buisson pour Sarkozy (une stratégie qui a fait long feu), il se positionne comme le recours à la bête immonde, qui s’est appelée Le Pen dans les années 80, lorsque Mitterrand a réinventé à son profit la politique du pire, et qui prend aujourd’hui l’apparence bouffie d’un type dont on devrait exiger, avant tout, comme le signale le Canard enchaîné de cette semaine, qu’il paie ses amendes et rende des comptes à la justice fiscale. Mais il serait trop simple de se contenter d’appliquer la loi : on en invente une autre spécialement pour lui.
Ce faisant, on en fait une victime, et il a beau jeu de s’inviter sur YouTube pour mettre en scène le calvaire que lui fait vivre aujourd’hui le gouvernement — pauvre Christ recrucifié qui a la douleur d’apparaître à chaque bulletin d’information depuis dix jours.


Au passage, Dieudonné devrait être salué par Israël : il est parvenu à faire de l’antisionisme, qui peut avoir ses raisons, un synonyme de l’antisémitisme, qui n’a que des déraisons. Et salué par tous les pédagogues mous qui organisent des débats sur ce pauvre clown au lieu d’apprendre à leurs élèves que toutes les opinions ne se valent pas.

On se rappelle la Vague, le film d’Alexander Grasshoff inspiré de l’expérience de Ron Jones au lycée Cubberley de Palo Alto en 1967. Un signe cabalistique quelconque, même s’il n’est pas un signe de reconnaissance hitlérien au départ — ce qu’est la quenelle — finit forcément par devenir un salut fasciste. L’embrigadement commence au signe de reconnaissance, à la certitude d’être membre d’un groupe à part, en butte (forcément !) à l’hostilité de tous les autres. Alors, quand on s’en prend au leader d’un tel mouvement, comment s’étonner que les têtes creuses finissent par penser qu’il est un prophète ?
Jean-Paul Brighelli

 

PS. Quant à l’origine du mot dans la bouche de Dieudonné, c’est apparemment une déclaration pleine de tact de l’humoriste :  » L’idée de glisser ma petite quenelle dans le fion du sionisme est un projet qui me reste très cher ». « Glisser une quenelle », en argot, c’est sodomiser. Ma foi, on apprend au passage que celle de Dieudonné n’est pas bien grosse. Allez savoir si ceci n’explique pas cela.