Présomption de culpabilité

Il y a quelques jours, dans le questionnaire que devait remplir une étudiante pour postuler à Kedge Business School, on demandait : « Quel est l’évènement majeur, de ces derniers mois, qui vous a marqué(e) ? »
Et la jeune fille, une Marseillaise issue, comme on dit, de l’immigration, de répondre : «Le viol du jeune Théo… » Empathie maximale. Sans doute s’y est-elle vue.
Il m’a fallu des trésors de diplomatie pour lui conseiller de prendre un autre exemple. Pour expliquer que les flics ont droit, comme les autres citoyens, à la présomption d’innocence — même si les faits sont clairement établis, ce qui n’est pas vraiment le cas. Et qu’en tout état de cause, même si le policier incriminé se révélait finalement coupable, il est quelque peu délicat de juger prématurément d’une affaire en cours d’instruction. C’est même carrément illégal. Lire la suite

J’habite une ville formidable

Peut-être le fait d’habiter Marseille fausse-t-il ma vision de l’islam… Ou peut-être le fait de vivre dans une ville musulmane permet-il au contraire d’en voir de près le fonctionnement.

Peu importe. Pour une fois que l’on a aussi la fin de l’histoire…

Les faits remontent au 9 juillet dernier.
On est en plein ramadan, ce qui devrait apaiser les esprits. Mais la canicule aidant, ils s’échauffent.
La brigade VTT (bravo à eux, Marseille est une ville qui n’est pas toujours facile en vélo, faut dire qu’ils ne s’aventurent jamais loin du centre) opère un banal contrôle rue des Récollettes, au cœur de ce quartier presque exclusivement maghrébin (je dis presque parce que les Chinois s’y glissent peu à peu, comme ils ont fait il y a deux décennies à Belleville). Pour ceux qui connaissent un peu, c’est presque à l’angle de Belsunce et de la Canebière, tout près de la rue Thubaneau où fut chantée pour la première fois la Marseillaise et que fréquentèrent jadis tant de dames de petite vertu. Pour les autres, c’est là que se dresse la mosquée Al Qods et ça donne ça.
Contrôler, mais vous n’y pensez pas : un presque adolescent (il s’appelle Djamel Gherici, et il est élève de Terminale, sans doute fête-t-il le Bac à grandes rasades de limonade) harangue la foule et l’invite à « niquer les condés ». « « C’est ramadan, on est chez nous ici ! » croit-il bon d’ajouter, avant de faire un signe d’égorgement à l’aide du couteau qu’il porte », écrit le journaliste de la Provence, Denis Trossero. Bref, il en fait tellement que les pandores, pourtant portés par nature à l’apaisement, finissent par l’interpeller.
L’affaire était jugée hier. Je reprends l’article qui n’est pas encore en ligne.

« Quand le policier raconte la scène, c’est avec précision et sobriété à la fois. On y lit la désespérance ordinaire du fonctionnaire républicain qui tente de faire au jour le jour son travail, mais qui sait qu’il marche sur des œufs. L’explosion est au coin de la rue s’il n’y prend garde. « Je voudrais que vous ayez conscience de cette violence. C’était une poudrière, raconte le gardien de la paix. On a régulièrement des gens qui viennent nous titiller, nous mettre en porte à faux. Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV. Ce sont des éléments qui me font perdre la foi en mon métier républicain. On est obligé de baisser le froc. C’est hard ! Quand on rentre le soir à la maison, je me demande pourquoi je fais ce métier. » »
Le procureur, Agnès Rostoker, note que « l’on sent poindre chez ces policiers un légitime découragement sur notre territoire républicain. » Le prévenu soutient qu’il s’est contenté de pousser « des petits cris » (?) puis affirme « qu’il a été frappé par la police. Rien de tel dans le dossier. Le parquet a requis six mois de prison avec sursis assortis de l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général ». L’avocat de la défense a cru pouvoir plaider « un très grand affolement des policiers », qui voudraient faire porter par son client « tout le poids du djihad islamique ». Ben voyons.
Le tribunal a suivi peu ou prou les recommandations du proc, et Gherici a écopé finalement de cinq mois avec sursis assortis de 180 heures de TIG — et d’une amende de 500 euros à chacun des deux policiers. Ce n’est pas cher payé pour une menace de mort à un agent de la force publique, mais j’imagine que le code ne permet pas d’aller beaucoup plus loin.

Je voudrais revenir brièvement sur un passage du témoignage du policier. « Monsieur était comme un chauffeur de salle dans les émissions TV », a-t-il dit. J’ai eu l’occasion ici-même d’analyser une vidéo de Daech, pour bien cerner l’aspect hyper-réaliste et en même temps fantasmagorique des mises en scène de l’Etat islamique. Dans les têtes creuses de nos élèves — et s’agissant d’un crétin de Terminale, c’est bien ça —, dans les crânes de ces gamins auxquels l’Ecole n’a décidément rien appris, c’est comme un jeu vidéo, une télé-réalité à laquelle ils ambitionnent de participer — sauf que la réalité saigne davantage que l’hyper-réalité de la société du spectacle.
En légende de la photo accompagnant l’article dans la Provence aujourd’hui, on peut lire : « La présence policière agace, mais force doit rester à la République. » Oui-da ! Mais l’idée même que la police »agace » est en soi un scandale — sauf à supposer, et ici nous sommes au-delà de la supposition, que la ville est désormais, dans certains de ses quartiers au moins et dans le centre en particulier, régie par la charia.

Jean-Paul Brighelli

PS. Pendant ce temps un plaisantin appose un bandeau rouge sur les yeux des statues marseillaises. Bonne idée — autant que David (il ne serait pas juif, celui-là ?) ne voie pas ce que devient cette ville.