Nous sommes tous des Juifs allemands et des islamophobes

Rappel des épisodes précédents.
Il y a quinze jours, le mardi 30 septembre, un prof d’Histoire de l’IEP d’Aix-en-Provence, en plein cours sur la Constitution de 1789 — et le passage d’une société monarchique et religieuse à une société laïque et démocratique — a traité une étudiante habillée d’une burka de « cheval de Troie de l’islamisme ». Emotion, l’interpellée éclate en sanglots ou feint de, et quelques étudiants quittent l’amphi en signe de solidarité. Ceux qui y sont restés — la majorité — ont exprimé aussi une forme de soutien au prof.
Tous les détails, fournis par un témoin oculaire ancien élève du lycée Thiers, ici.
J’ai réagi sur le site du Point.fr, si bien réagi que Jean-Louis Bianco a cru bon de donner son sentiment sur la « laïcité aménagée » chère au PS et autres crétins utiles. Je lui ai répondu, courtoisement (je crois) mais fermement.
Et voici que les salafistes s’en mêlent, et par la voix d’un membre du NPA, où il joue lui-même au cheval de Troie de la grande réconciliation version EEIL, je suis étiqueté « islamophobe » — ce qui, dans ce pays plein de jihadistes en puissance et autres têtes creuses, m’inquièterait si j’étais du genre à, et en tout cas inquiète quelques proches.
Alors, mettons les choses au point.

Cher Renaud Cornand qui m’invectivez sur le site si démocratique d’Oumma, et dont je crois bien avoir eu l’honneur de croiser la verve énervée lors d’une conférence-débat avec Philippe Meirieu à la FNAC Marseille il y quelques années (eh oui, j’ai la mémoire longue, et quand j’en rencontre un beau, je le repère)…

Je sais, vous brûlez d’être connu et reconnu. On vous doit, au NPA, l’heureuse initiative de cette candidate voilée présentée en 2010 dans le Vaucluse — une audace que l’ancienne LCR, que je connais bien, n’aurait jamais validée : aucune femme voilée n’a été admise dans l’organisation d’Alain Krivine (qui s’y était personnellement opposé chez lui, en Seine Saint-Denis). Comme l’a utilement rappelé en 2010 un communiqué du NPA, auquel j’adhère totalement, « Le foulard est non seulement un symbole religieux visible mais il est également un instrument de soumission des femmes utilisé sous diverses formes et à diverses époques par les trois monothéismes. » Et après, ils ont accepté la candidature de la jeune soumise…
Ils ne seraient pas un peu schizoïdes, chez Besancenot ?
D’autant que ladite voilée a fait long feu : elle est partie du NPA, où elle n’avait rien à faire, avec ses petits camarades barbus. Carton plein. On discrédite un honnête groupuscule, et on se casse après avoir fait le maximum de dégâts.
Mais Renaud Cornand n’en a pas profité pour réfléchir. Il est vrai que depuis le début des années 2000, où il a commencé à militer au NPA d’Aix-Marseille, il est parvenu à vider la cellule locale de la LCR de la plupart de ses membres, ulcérés par ses diatribes pro-islamistes. Il encensait alors Tariq Ramadan (à qui j’ai flanqué, c’est un bon souvenir, l’une des rares raclées médiatiques essuyées par cet as du double langage, et dont le frère, Hani, recommande saintement la lapidation des femmes adultères en Europe), et justifiait le rapprochement de la LCR avec les Frères musulmans en rappelant que la Gauche s’était bien acoquinée avec Mgr Gaillot ou les ministres jésuites du Nicaragua — en oubliant au passage que l’Islam n’a fait ni sa Réforme, ni sa théologie de la Libération, et qu’il exècre les homos.
Bref, grâce à cet agité du bocal, les effectifs de l’extrême-gauche aixoise ont fondu comme neige au soleil de l’Arabie heureuse, entre ceux qui, écœurés, sont partis dans la nature, et ceux qui sont allés s’encarter chez Mélenchon, qui lui au moins n’a pas varié dans son rapport aux voiles, burkas, tchadors, niqabs et autres symboles indéniables de liberté de pensée et de libération de la femme : « On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale », affirme-t-il. Islamophobe, va ! On va te scier la tête, Merluche ! Juste après moi.
Parce que dans la dénonciation en règle qu’opère Renaud Cornand, il y a en filigrane l’espoir qu’on se débarrassera bientôt de moi — professionnellement d’abord : « Un enseignant islamophobe est-il légitime pour enseigner au lycée Thiers de Marseille, qui-plus-est au sein d’une classe accueillant des élèves issus d’établissements populaires ? »
Pauvre cloche ! L’élève voilée de l’IEP d’Aix, elle y est probablement grâce à moi (comme quoi je fais de mon mieux pour leur apprendre à penser sainement, et à distinguer la foi du fanatisme, mais ça ne marche pas toujours). Comme pas mal de ses camarades des deux ou trois sexes. Et toi, crétin patenté, qu’est-ce qu’ils te doivent ?
Quant aux brevets de rectitude gauchiste… Ce n’était pas toi qui étais à la Mutualité le 21 juin 1973, face aux (vrais) fachos et aux CRS, avec la LCR de l’époque — et une petite organisation qui s’appelait tout bonnement Révolution ! Tu tétais ta mère pendant que je m’exerçais à la guérilla urbaine.

Alors, tiens-toi le pour dit : je sais identifier un fasciste quand j’en vois un. Tu cherches à exister en flattant ce qu’il y a en ce moment de plus bas, comme Edwy Plenel, qui vient de sortir Pour les Musulmans (franchement, les trotskards, ils feraient mieux de se mettre à la retraite) ou Claude Askolovitch (feuilleter son ineffable livre, Nos mals-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas, c’est faire l’expérience de l’abîme). Tu devrais te méfier : l’Islam a mauvaise presse, en ce moment. Et d’ici que les RG s’intéressent aux amis des amis des extrémistes… Sans parler de ce qui arrivera quand, grâce à toi, le FN sera aux commandes.

Ceux que je plains, au fond, ce sont les Musulmans sincères.Avec des amis comme Renaud Cornand, ils n’ont plus besoin d’ennemis.

Allez, tu me laisses faire mon boulot, et tu changes de trottoir si par hasard tu me rencontres à Marseille. J’ai horreur de marcher sur des merdes de chien.

Jean-Paul Brighelli