Molière était-il Charlie ?

Rappelez-vous :

DOM JUAN.- Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins ; ah, ah, je m’en vais te donner un Louis d’or tout à l’heure[, pourvu que tu veuilles jurer.
LE PAUVRE.- Ah, Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?
DOM JUAN.- Tu n’as qu’à voir si tu veux gagner un Louis d’or ou non, en voici un que je te donne si tu jures, tiens il faut jurer.
LE PAUVRE.- Monsieur.
SGANARELLE.- Va, va, jure un peu, il n’y a pas de mal.
DOM JUAN.- Prends, le voilà, prends te dis-je, mais jure donc.
LE PAUVRE.- Non Monsieur, j’aime mieux mourir de faim.]
DOM JUAN.- Va, va, je te le donne pour l’amour de l’humanité…

(Dom Juan, Acte III, scène 2).

C’est une scène à la fois centrale et emblématique, et à ce titre, je crois que je l’ai évoquée chaque année depuis quarante ans que je fais ce métier. En expliquant à chaque fois ce que signifiait en 1665 ce mot de « jurer » — jurer le nom de Dieu, blasphémer.
Avec des succès divers, et que je ne peux imputer ni à mon incompétence (qui est globalement restée la même, en tout cas en ce qui concerne l’enseignement de la littérature) ni à une difficulté particulière du texte, qui n’a pas varié. Ni même à l’évolution du savoir des élèves, quoi que l’on ait fait pour le réduire à ce « socle commun » qui ressemble à de la culture comme mon dos ressemble à la lune.
En fait, tout a tenu à chaque fois à la culture acquise des élèves (celle qui ne s’enseigne pas, celle avec laquelle ils arrivent à l’école, par opposition à la culture apprise).

En Normandie, à la fin des années 1970, personne ne comprenait vraiment cette obstination du pauvre à refuser un louis d’or (une somme invraisemblablement élevée, expliquais-je, et un objet — une pièce d’or — qu’un pauvre avait vraisemblablement aucune occasion de voir dans sa vie, sinon de loin). À Versailles, au début des années 1980, le blasphème était ressenti, mais d’assez loin : les cathos même intégristes ne s’offusquent guère d’un juron bien senti, et cela fait des lustres que « nom de Dieu ! » n’est plus un péché mortel. Lorsque je leur expliquais que passée la première représentation Molière (et surtout, abusivement, sa veuve) coupa quasiment toute cette scène, ils haussèrent les épaules : leur foi, lorsqu’elle subsistait autrement que comme grimace versaillaise, ne s’arrêtait pas à de semblables peccadilles. Qu’Armande ait fait réécrire toute la pièce en vers par Thomas Corneille ; que ce fût cette version sans intérêt que l’on ait jouée jusqu’au milieu du XIXème siècle ; que des coupes frileuses (voir par exemple ce que j’ai mis ci-dessus entre crochets, dont la suppression vide la scène de tout son sens) subsistassent dans toutes les éditions jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale — Saint Pétain, priez pour nous ! —, tout cela leur paraissait quelque peu caricatural : c’étaient des chrétiens modernes.
Puis j’enseignai douze ou treize ans dans les banlieues déshéritées de la couronne parisienne — aux Ulis, à Montgeron, à Corbeil. À des classes qui rassemblaient divers partisans déclarés du GIA et du FIS (c’étaient pendant les années de plomb de l’Algérie), en tout cas une majorité de Musulmans — que j’ai retrouvés ensuite à Montpellier (au lycée Mermoz plus qu’au lycée Joffre, selon une ségrégation habile) et bien sûr à Marseille.
Et là, je peux le dire, « jurer » au sens de « blasphémer » n’était pas pris à la légère. La scène condamnait Dom Juan — et Molière — aux yeux de ces jeunes imbéciles.

Quand des dessinateurs ou des intellectuels défendent le droit au blasphème, ils ne parlent pas de la même chose que les apprentis djihadistes qui les tuent parce qu’ils ont blasphémé. Je pourrais proférer — et cela m’est fréquemment arrivé en classe, pour tester les élèves — des imprécations monstrueuses qui ne me paraissent pas telles puisque pour moi, ce sont juste des suites de mots sans autre signification que celle du dictionnaire — « bordel à cul de vierge enceinte » ou « Mahomet poil au vier », comme on dit à Marseille. Regards outrés des unes et des autres — stupéfaction de ma part devant des réactions qui me paraissent hors de saison.
Je préfère ne pas imaginer la réaction des futurs petits Syriens balancés dans les classes françaises à qui on va expliquer Molière…
C’en est d’ailleurs touchant, de constater combien des populations encore enfouies dans le fanatisme comprennent les intentions de Molière mieux que nos modernes incroyants « de souche », pour parler comme les épigones du FN. Et leur réaction, en retour, me permet à moi de saisir à plein l’audace de Molière, balançant à des spectateurs effarés cette incongruité majeure — et risquant tout simplement sa peau : il y eut dès 1665 bien des bonnes âmes pour réclamer pour lui le bûcher — et ce n’était pas une métaphore, Louis XIV venait de faire brûler Claude Le Petit, un jeune poète (après étranglement, quand même) pour quelques vers licencieux.

Cette scène met en lumière, à mon sens, le problème majeur qui hante aujourd’hui l’actualité.
Par « respect » pour les superstitions de tel ou telle, dois-je cesser de parler de Molière, ¬ comme certains collègues ne parlent plus de Corneille sous prétexte que l’on tue des Maures dans le Cid, ce qui contriste certains de leurs élèves ? Mais alors, jusqu’où déplacer le curseur ? Ne plus faire lire Montesquieu ou Voltaire, parce qu’ils utilisent le mot « nègre » ? Ne plus parler de toute cette littérature où des messieurs très bien évoquent les « objets » de leurs amours ? Dès que l’on prend en compte les revendications du politiquement correct et les critères du Camp du Bien, on ne s’en sort pas. On s’assoit sur la culture. On la nie. On l’éradique.
Reste la seconde hypothèse. Je suis en France, je suis un prof français, je suis spécialiste de littérature française, et c’est aux élèves, tous les élèves, de venir dans mon champ culturel. Parce que je suis la culture dominante, et que mon boulot, c’est justement de leur apprendre — à tous — les règles d’une société gréco-latino-judéo-chrétienne et largement agnostique. Et que je n’ai pas à « respecter » les superstitions des uns et des autres dans le contexte étroit d’un enseignement laïque — ni, à vrai dire, si j’avais un quelconque pouvoir, dans le contexte plus large d’une rue elle aussi laïque. Oui, c’est aux élèves de laisser leurs croyances à la porte du lycée comme les filles y laissent leurs voiles, c’est à eux d’apprendre, comme le dit très bien Isabelle Adjani dans la Journée de la jupe, flingue au point, que Molière s’appelait Poquelin, et que ce n’est pas tout à fait un hasard si à la fin de la scène Dom Juan donne quand même son louis au Pauvre — « pour l’amour de l’humanité » et non pour l’amour de Dieu : dans quel monde vivons-nous pour qu’une transgression du XVIIème siècle qui se résolvait en acte d’humanité soit encore vécue, au XXIème, comme un blasphème susceptible d’excuser des actes de barbarie ?
Et si cela continue à choquer les élèves, ma foi, tant pis ou tant mieux. L’enseignement ne se nourrit pas d’eau tiède.

Jean-Paul Brighelli

PS. Je travaille en ce moment sur le Voyage au bout de la nuit. Parce que Céline est un formidable écrivain, que Philippe Muray a écrit sur lui des pages saisissantes (par exemple ici), et que le ministre (Frédéric Mitterrand) qui crut bon de déprogrammer les manifestations qui devaient célébrer le cinquantenaire de la mort de Louis-Ferdinand Destouches est un bélître — comme aurait dit Molière. Et pour leur faire comprendre que malgré Bagatelles, Céline était peut-être moins antisémite que Zola.
À ce propos, très belle BD sur le Céline d’Un château l’autre — la fuite à Baden-Baden et Berlin dans les décombres de la Collaboration. Ça s’intitule la Cavale du docteur Destouches, c’est scénarisé par le comédien Christophe Malavoy, et dessiné par Paul et Gaétan Brizzi. Un très beau graphisme, et une utilisation intelligente des imprécations céliniennes. Chez Futuropolis.

L’évangile selon Hésiode

– Sais-tu pourquoi le Ciel est au-dessus de la Terre ? me demande un jour mon ami Philippe, qui est Grec à n’en plus pouvoir.
– Ben, il n’est pas au-dessus de la terre, il est tout autour d’elle…
– Tu n’y connais rien : le Ciel est au-dessus de la Terre parce qu’il la baise constamment.
– Heu… Oui… Si tu veux, dis-je sottement.
Surtout, ne pas contrarier les délires.
– La Terre a enfanté l’Océan aux gouffres immenses, continue mon ami grec. Et les Monstres et les Cyclopes. Et Mnémosyne, la mère des Muses qui ont enseigné au prophète…
– Heu… Quel prophète ? Nous en avons pléthore, ces temps-ci…
– Il n’y en a qu’un de véridique, Hésiode — sur lui la bénédiction et la sagesse. C’est lui qui dans la Théogonie nous enseigne qu’Ouranos, le Ciel, dévorait ses enfants, mais que Gaia, la Terre, après avoir enfin enfanté Saturne, qui joue à bousculer les roses, conspira contre son terrible époux et fabriqua une grande faux, dont s’arma Saturne, qui saisit son père Ouranos de la main gauche et de la droite, agitant la faulx énorme, s’empressa de couper l’organe viril de son père et le rejeta derrière lui. Et des gouttes du sang céleste qui tombaient sur le sol naquirent les Géants et les Furies, tandis que de celles qui touchaient la mer naquit Aphrodite aux cheveux d’or, que le flot porta jusque sur l’île de Cythère.
– Si tu veux. Mais es-tu sûr…
– C’est écrit dans le Livre ! s’emporte-t-il en brandissant la Théogonie, reliée de cuir rouge. Je t’interdis d’en douter.
– C’est qu’il existe de nos jours deux ou trois versions alternatives…
– Des mécréants auxquels on donnera la ciguë, après les avoir convaincus d’impiété !

Ai-je rêvé ce dialogue ? Ou mon Moi ancien, celui qui vécut vers le VIIIème siècle avant J.C., l’a-t-il recomposé à partir de souvenirs enfouis ?
Le fait est que chaque époque, en fonction de ses connaissances, fournit son explication du monde. Du temps où j’étais homme de Tautavel, nous pensions que chaque brin d’herbe, chaque arbre, chaque volcan, était la manifestation d’une force incompréhensible. Puis vinrent les Dieux immortels (et je mets au défi les sectateurs de Moïse, Jésus et Mahomet de me prouver qu’ils sont morts), qui se partagèrent des secteurs entiers du vivant. C’est ainsi que Zeus eut le Ciel, Poséidon la Terre et la Mer et Hadès le sous-sol et le noir Erèbe. Quelques siècles encore, et d’aucuns, copiant un ancien pharaon, ramassèrent toutes ces divinités en une seule. Attendez un millénaire et des poussières, et Spinoza, Voltaire, Diderot, Feuerbach, Darwin et Nietzsche ont assassiné ce dieu unique — et j’attends que l’on me prouve qu’il n’est pas mort. Tout cela est question d’opinion, et mon ami Philippe le Macédonien, quoiqu’il soit parfaitement fou, n’est pas assez intolérant pour administrer la ciguë, comme il dit, aux sectateurs du dieu unique, reliquat de temps anciens de superstition : toutes les folies sont de ce monde.

Alors qu’on cesse de me les briser menu avec des raisonnements du genre « Dieu le veut » ! Dieu ne veut rien, et Zeus ne veut rien non plus : il se contente de brandir la foudre, et de l’envoyer sur les imbéciles qui contestent le droit inaliénable de l’être humain à ne pas croire. Mais voilà, avec l’âge, il ne vise pas toujours très bien.

Jean-Paul Brighelli

Petit complément à l’année Diderot (qui s’achève)

Je ris assez moi-même des littéraires qui philosophent pour… prendre le risque d’être ridicule.
« Retour du religieux » est, au mieux, une expression approximative. Ce qui revient depuis une quarantaine d’années (en fait, depuis que l’économie libérale, en chancelant, a cessé d’apporter sa justification au positivisme du XIXème siècle, qui fut la base théorique de l’expansion capitaliste) est moins le religieux que la superstition — et non, ce n’est pas la même chose. La foi, pour autant que j’aie pu comprendre un état auquel je ne comprends rien, appartient aux convictions intimes. Au cœur, aurait-on dit dans les siècles passés. Mais la superstition, somme de comportements aveugles et réitérés, mécanique plaquée sur du vivant, ne vient ni du cœur ni de l’esprit. Ni sentiment, ni rationalité : la superstition se complaît dans une extériorité, dans des démonstrations qui abolissent l’être au profit du pantin. Le fanatique est un robot qui veut réduire autrui aux mêmes automatismes — reductio ad absurdum. Un voile, dix voiles, cent mille voiles. Trois cents personnes prosternées sur un tapis de prière au milieu de la rue. Une barbe, dix barbes, trois cents millions de barbes. Il n’est pas simple d’être Blaise Pascal, mais il est aisé d’être un intégriste : c’est une foi réduite à sa grimace.
Et nous, nous les rationalistes sévères, y sommes un peu beaucoup pour quelque chose.
Notre façon de rapporter les fins de l’action à celles de la connaissance (c’est cela, n’est-ce pas, le rationalisme), et, depuis le XVIIIème siècle, de condamner les passions, de récuser la folie, de prétendre que sous les Lumières il n’y avait pas d’ombre, a laissé à l’irrationnel tout le champ des fantasmes. Or, asséner aux autres son fantasme, là commence le totalitarisme, politique et religieux — et les deux confondus, tant qu’à faire.
Petit détour par Molière et Diderot.
Harpagon est possédé par la passion de l’argent, d’accord. Mais l’avarice n’est que la transcription d’un délire autrement ravageur, qui fait le fond de la pièce : la manie du contrôle. Le personnage de Molière prétend contrôler le corps des autres (et donc le sien : c’est un constipé chronique qui refuse de rendre quoi que ce soit), via des restrictions alimentaires cocasses et criminelles (Molière excelle à montrer combien le criminel est cocasse). Il prétend aussi régir la sexualité de ses enfants — il n’est pas de père chez Molière qui ne soit abusif. Dans le Tartuffe, Orgon est un obsédé du même acabit, sauf que cette fois ce sont les gesticulations religieuses qui remplacent les abstinences d’Harpagon (en fait, l’Avare vient après Tartuffe : Molière, échaudé par les menaces de mort que lui avait values sa grande pièce religieuse, a préféré après 1666 passer par la métaphore pour attaquer les bigots de toutes farines). Tous les barbons de Molière, avec « cette large barbe au milieu du visage », sont taillés dans le même tissu passionnel, pantins dont la Compagnie du Saint-Sacrement tirait les ficelles.
L’islamisme opère de même — et nous ne saluerons jamais assez Ariane Mnouchkine pour avoir pensé, en 1995, à transposer Tartuffe dans une Egypte fondamentaliste — oserait-on encore le faire ? Contrôle abusif du corps (ramadan et interdits divers pris au pied de la lettre), contrôle des habits et des emplois du temps — police de la pensée. Le libre-arbitre que le dieu des religions monothéistes accordait à l’homme disparaît, dans ces caricatures de la foi, au profit d’une servitude stricte : des « born again christians » aux salafistes en passant par les haredim purs et durs, la caricature religieuse offre la possibilité de réintégrer l’univers des passions, récusées depuis Descartes, d’Alembert, Condorcet ou Hegel (qui sur ce plan oublie volontiers la dialectique), abolition qui a trouvé en Auguste Comte son jusqu’auboutiste. Mais chassez les passions, elles reviennent par la fenêtre. Faute de les intégrer dans le plan, elles s’aigrissent et nourrissent les intégrismes — ou le racisme, qui procède de la même haine de cette rationalité qui nous enjoint de considérer l’Autre comme un autre nous-même. Et à force de nous prescrire l’amour du prochain, alors même que nous avons parfois envie de l’envoyer à tous les diables, nous obtenons l’effet inverse — on le voit bien en classe où le discours anti-raciste finit par générer son contraire.

Nous sommes très loin d’avoir éprouvé tous les effets de la crise, et très loin d’avoir vu monter tous les délires. Sartre avait raison de dire qu’on ne convainc pas un raciste avec des arguments rationnels, parce qu’il est dans la passion. Il n’a pas assez insisté sur le fait que cette passion est le produit de la rationalité imposée sans reste — au sens mathématique du terme.
Diderot seul (il faut lire et relire le Neveu de Rameau) a compris qu’il fallait tenir compte du reste, et qu’on ne pouvait opposer un Moi rationnel à un alter ego passionnel. Dans le Neveu, la dialectique entre Moi et Lui n’oppose pas le Philosophe à l’énergumène du café de la Régence : il construit, en interaction entre les deux débatteurs, un personnage complexe et sans cesse changeant — un certain Diderot — qui est la somme de Moi et de Lui. Somme impossible d’ailleurs : on n’additionne pas davantage les exigences rationnelles de l’un et la folie de l’autre que les torchons et les lanternes. Nous sommes, dit Diderot, un manteau d’Arlequin tissé de bon sens et de folie douce. Et exclure la folie au nom d’une vision étroite du rationalisme l’a transformée en folie furieuse. Récuser le désordre au nom de l’unicité du Moi lui donne un bon prétexte pour aller se réfugier chez tous les paumés de la terre, les sacrifiés de la croissance défunte, qui se forgent une identité dans le délire et la violence.
Montaigne avait bien senti que nous sommes, à son image, « ondoyants et divers ». Mais le culte de la norme, depuis l’âge classique, nous a fait oublier sa leçon, et les passions récusées sont allées se réfugier chez les extrémistes de tout poil. Imposer un corset de restrictions au croyant, le pousser au fanatisme, c’est la pratique ordinaire de la superstition, qui ne vit que dans l’air raréfié des extrémismes superlatifs. Croyants ordinaires ou athées, nous sommes un mixte d’ange et de bête, de lumière et de nuit. Et réfréner à tout prix ses désirs, se refuser aux péchés capiteux, au verre de Rioja sur une chiffonnade de pata negra, à la main qui se glisse et à la bouche qui consent, nous expose à glisser vers l’ultra-violence et le prosélytisme militant, seuls défoulements autorisés à ces cocottes-minute sans soupape que sont les intégristes de toutes obédiences. Jamais un voile n’abolira le désir : autant vivre ses désirs plutôt que de se couvrir la tête en croyant — c’est le cas de le dire — qu’un bout de tissu fait taire les pulsions sous prétexte qu’il les cache. Jeunes musulmanes, mes sœurs, mes amies, allez au bout de vos désirs, mangez, buvez, baisez — le Ciel peut attendre, et il n’y a qu’une vie. Comme on disait jadis, jouissez sans entraves. Que des anciens de 68, au NPA ou ailleurs, se fassent les propagandistes du voile prouve assez que ce n’est vraiment pas beau de vieillir… Tout est bon dans le cochon, un verre ça va, mais trois verres aussi, et la sodomie ouvre l’esprit — souris qui n’a qu’un trou est bientôt prise. Seul le libertinage (tous les libertinages : « Mes pensées, ce sont mes catins », disait Diderot) confère la liberté, tout le reste est prétexte et servitude involontaire. La vraie raison est dans l’acceptation de notre part de folie. Quand vous serez bien vieilles, assises au coin du feu, que vous rappellerez-vous ? Vos excès, et non vos précautions. Vos cuites mieux que vos pénitences. Le désordre du lit mieux que les ordres donnés. Récusons les rationalismes qui récusent l’ivresse. Ils alimentent les jeûnes sans le savoir, et fomentent les horreurs, sans le vouloir. Bref, relisons, revivons Diderot, qui fut le dernier esprit libre, le dernier libertin.

Jean-Paul Brighelli

Le bikini ne passera pas

La finale du concours de Miss Monde se déroule donc ces jours-ci à Bali — merci à l’actualité qui me permet d’entasser dans une seule phrase autant d’occasions de rêver.
Mais ce qui se présentait, à l’origine, comme une cérémonie quelque peu kitsch est en train de virer à la manifestation politique : dans cette île où les touristes se baladent souvent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil,, et parfois un peu moins, où les hindouistes, majoritaires, ont sur la nudité un regard complaisant et alléché (regardez de près les temples hindous, c’est le kama-soutra en trois dimensions), une minorité d’islamistes radicaux fait le siège de l’hôtel où se déroulent les festivités en hurlant à l’obscénité (merci encore à l’actualité qui me permet d’entasser en trois propositions autant d’occasions de cauchemarder).
Passons sur le fait que l’obscénité est toujours dans la tête de celui qui hurle, pas sur les fesses de celle qui les montre. Les organisateurs ont déjà cédé à la rue : il n’y aura pas de défilé en bikini — on voilera ces sculpturales jeunes femmes. Cachez ce sein… Il en est de l’Indonésie comme de chez nous : pour les politiques, toutes les occasions de baisser culotte sont bonnes.
Les îlots de résistance sont peu nombreux. Dans le grand jeu de Go où les islamistes placent stratégiquement leurs pions noirs, les taches de lumière se font rares. À peine Vincent Peillon publie-t-il une Charte de la laïcité qui ne mange pas de pain mais ne casse pas trois pattes à un canard que les représentants de la « communauté » musulmane se dressent vent debout pour crier à l’islamophobie. Dalil Boubakeur, le nouveau Président du Conseil du culte musulman craint de « voir les Musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble, et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale » : « 90% des musulmans, ajoute-t-il, vont avoir l’impression d’être visés par cette charte, alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité ». Ah bon ? Où est-il question d’Islam dans les quinze articles de cette charte ? N’est-ce pas ce qui s’appelle « crier au loup » ? Et Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie, en rajoute une couche : « Cette charte a été faite soi-disant pour combattre le communautariste. Qui dit communautarisme… Forcément, je me sens visé parce que maintenant quand on parle de communautarisme, on parle de Musulmans ».
Mais bon sang, il n’y a qu’une communauté en France, et elle est composée de Français ! La religion n’est pas indiquée sur les cartes d’identité, que je sache ! Les médias en ont plein la bouche : communauté ceci, communauté cela. On devrait leur interdire une bonne fois pour toutes le terme : « La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée ». UNE culture ! Pas trois, pas vingt. Et plus loin : « Nul ne peut se prévaloir de sn appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République ». Par exemple aux programmes, ou aux devoirs obligatoires. De partout m’arrivent des nouvelles d’élèves musulmans rendant copie blanche quand on les interroge sur quoi que ce soit qui a un rapport avec l’évolutionnisme : alors, en vérité, je vous le dis, Mohamed / Ismael / Sarah / Anifa / Nawel et les autres : vous descendez d’un être mono-cellulaire qui fut une algue bleue —, et ultérieurement, après des péripéties sans nombre, un grand anthropoïde. Et ce que vous êtes actuellement est en évolution aussi — vous avez moins de dents que le Prophète, qui en avait 32 lors de l’Hégire alors que vous en possédez difficilement 28 en ce moment, et bientôt 24. Votre mâchoire se contracte, votre museau s’affine, vous pourriez bien glisser vers l’écureuil — et alors ? Qu’est-ce que cela fait à la Vie, qui continuera sous une forme ou une autre ?
En attendant, elle persiste, sous une forme intermédiaire en sari :

Et c’est Marine Lorphelin, Miss Bourgogne 2012 et Miss France 2013, qui représentera la France — allez, Musulmans de tous les pays, franchement, vous ne voulez pas adopter l’orpheline ?

Jean-Paul Brighelli