Marine à voile(s)

Grand scandale, disent les officiels libanais. Opération de com’, fulminent les journaux bien-pensants français. Marine Le Pen a refusé de se voiler pour rencontrer le mufti — sur lui « sottise et bénédiction », comme dit Voltaire. Walid Joumblatt éructe : « Une insulte envers le peuple libanais et le peuple syrien » ! C’est peut-être là la clé, comme le remarque au passage l’Orient le Jour : la présidente du FN a soutenu Assad dans sa guerre contre les islamistes, sans doute un crime originel dans l’Orient compliqué.

Il y a deux façons d’analyser le refus de MLP — l’une et l’autre au regard du proverbe fameux, « à Rome, fais comme les Romains ». Soit elle devait porter le voile pour se conformer aux coutumes locales — mais alors, elle est dans son droit lorsqu’elle condamne le port du voile en France, parce qu’il n’est pas dans les coutumes françaises d’arborer dans la rue des signes de superstition et de soumission. Soit elle a bien fait de ne pas le porter (et de Michelle Obama, en 2015, à Angela Merkel, en 2010, en passant par Madeleine Albright — en 1999 —, elle a un bon nombre d’illustres devancières qui, à chaque fois, ont été encensées par les mêmes bien-pensants français), parce qu’elle défend le droit pour les femmes de porter haut la tête, et alors il faut l’interdire en France, pays des Droits de l’homme et de l’égalité des sexes.
Dans tous les cas, il faut en finir avec ces femmes habillées de sacs, comme j’en croise tous les jours — ici, Porte d’Aix, à cinq heures du soir,Et là, rue d’Aubagne, à 11h du matin :Il y a deux jours, je sortais d’un brunch à l’Inter-Continental-Hôtel-Dieu de Marseille (Lionel Lévy, ex-chef d’Une table au Sud désormais aux fourneaux de l’Alcyone, s’y est montré un hôte prévenant), j’avais passé deux heures agréables avec des gens cultivés pourfendeurs d’islamisme et de political correctness, et en sortant, je suis tombé sur ça :J’en ai marre, du voile et des débats infinis sur la question. Marre d’en rencontrer à tous les coins de rues à Marseille, avec des petites filles voilées elles aussi de la tête aux pieds. Et pas qu’à Marseille : chaque fois que je croise une femme ainsi déguisée en sac, j’ai le cœur à l’envers. Marre que des députés de gauche, qui ont sucé le lait de Terra Nova, justifient cette mise à l’écart de la vie publique au nom de la liberté — et Benoît Hamon n’a pas été le dernier à se rallier à cette interprétation révoltante. Je n’ai pas participé à la primaire du PS (je n’ai pas qualité à défendre la social-démocratie molle qu’ils représentent tous si bien, après avoir éliminé Filoche), Manuel Valls portait sans doute l’héritage du hollandisme, mais il a au moins sur la laïcité une attitude constante et rigoureuse. Hamon, parce qu’il se veut de gauche (et cette prétention est l’un des aspects les plus répugnants de sa campagne), est prêt à dire n’importe quoi pour s’aligner sur les positions du NPA et du PIR (dont la LICRA demande enfin la dissolution, ce n’est pas trop tôt) et draguer quelques islamistes de plus ou de moins, qui, pense-t-il (et quelques autres avec lui) feront peut-être la différence dans les « quartiers » de Paris / Marseille / Lyon — ou Lille.
Je ne suis pas le seul à trouver que le voile islamique, ça suffit. Cet oripeau est d’ailleurs de plus en plus détourné, par exemple sous la forme chicOu sous la forme chocEt c’est tant mieux. Le seul voile tolérable, c’est justement celui qui joue sur la transparence et sur l’imminence de son envol. Le voile de Morgane, qui stupéfie le chef des voleurs dans l’histoire d’Ali-Baba Les sept voiles de Salomé, devant lesquels s’exorbita Hérode.Alors je n’ai pas d’intérêts particuliers dans la maison FN, je ne connais MLP que de façon superficielle, mais comment ne pas approuver, quelles que soient ses arrière-pensées politiques, son refus de se plier à la contrainte du fanatisme noir ?

Jean-Paul Brighelli

« La femme voilée du métro »

J’achète peu Libé — sinon pour vérifier de temps à autre l’état réel de la bien-pensance telle qu’elle s’exprime dans le Camp du Bien. J’ai trop de souvenirs de guerre liés à ce journal, du temps où il était de gauche, qu’il résidait à Barbès et que nous le défendions contre les attaques de vrais fachos, pour supporter le brouillis infâme de libéralisme hollandais et de boboïtude branchée qu’il est devenu. Souvenir aussi d’un jour où, vers 1995, un ami qui demandait le Monde et Libé se vit répondre par le kiosquier : « Ah, la grande Pravda et la petite Pravda » — et comme il avait raison, cet homme !
Bref, je l’ai acheté hier mardi, sur le conseil affectueux d’une amie qui venait de le lire.
En page 27, sous la rubrique Ré / jouissances — joli en-tête —, un article de Luc Le Vaillant, que j’avais identifié il y a deux ans parce qu’il était l’un des rares, dans cette Gauche désormais parée de toutes les vertus ecclésiastiques, à défendre DSK et à imaginer à Pimprenelle une vie libertine avec un gigolo d’occasion, ce qui avait exaspéré les chiennes de garde du féminisme à géométrie variable.
L’article s’intitule « La femme voilée du métro », et fait le buzz, comme on dit dans la France qui a choisi l’onomatopée insectoïde comme mode d’expression : accusations mêlées de misogynie — péché mortel dans un pays où il est désormais interdit d’aimer les femmes — et d’islamophobie — autre tare indéniable dans un pays où, comme on le sait, tous les Musulmans sont nos amis et le communautarisme une bonne idée.

Je ne suis pas un grand amateur du style de Luc Le Vaillant — « un peu pudding, un peu meringue, un peu chantilly », disait un journaliste ami de Stratégies ; et Philippe Lançon, chroniqueur à Charlie et à Libé : «Son style a un côté débordant, humide, un peu sexe, qui exaspère les puritains. Lui, rien ne l’agace plus que les pisse-froid, les peine-à-jouir.» C’est tout à fait ça. Echantillon :
« La femme en noir est debout au coin d’une rame et n’attend personne. Elle a la puissance de celles qui aimantent à parité l’attention et la répulsion, la fascination et la détestation. Impavide, immobile, elle tient serrées les paranoïas ambiantes et calcifie les fantasmes destructeurs. Elle se retrouve encagée dans un grillage d’affects réprobateurs et de désirs ambivalents. Le tout lui fait un bouclier protecteur et un podium de pole-dance pour un strip-tease mystique terrorisant.
« Elle porte une abaya couleur corbeau. La tenue traîne jusqu’au sol et balaie la poussière des anxiétés alentour. Les mains sont gantées et on ne saura jamais si les paumes sont moites. Cette autre soutane monothéiste lui fait la cuisse évasive, la fesse envasée, les seins restreints. Les cheveux sont distraits à la concupiscence des abominables pervers de l’Occident décadent. Ceux-ci ne rêvant, paraît-il, que de dénuder ce corps réservé à un seigneur et maître, réel ou spirituel, qui tient ses pouvoirs d’accaparement du Dieu unique à la féroce jalousie. »

Bref, Luc Le Vaillant, ou son doppelganger fantasmé, a donc rencontré une femme voilée dans le métro. Et il en a dit ce que pensent actuellement tous les gens raisonnables :
« Je me dis que j’exagère, et toute la rame avec moi, de mettre en garde à vue le libre arbitre d’une pauvre petite croyante qui ne fait de mal à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome. Sauf qu’il y a peu de chances que la demoiselle fête les 110 ans de la loi de 1905 dont elle ferait plutôt des confettis. Elle peut toujours arguer d’une pratique piétiste qui ne fait pas de mal à une mouche, je ne peux m’empêcher de la voir comme une compagne de route des lapideurs de couples adultères et des coupeurs de mains voleuses. Tant qu’elle ne rafale pas les terrasses à la kalach, elle peut penser ce qu’elle veut, croire aux bobards qui la réjouissent et s’habiller à sa guise mais j’aimerais juste qu’elle évite de me prendre pour une buse. Arborer ces emblèmes sinistres revient à balancer un bloc d’abîme fondamentaliste sur l’égalité homme-femme, sur les libertés publiques et sur l’émancipation de l’individu. Ce qui est son droit le plus strict, même si je le juge inique.
« Le métro continue sa route. A la station Saint-Germain-des-Prés, j’implore Simone de Beauvoir de faire entendre raison aux asservies volontaires. A Saint-Sulpice, le flip revient et je me raconte que la femme voilée est en cheville avec le conducteur salafiste et que mon supplice en sous-sol est pour bientôt. A Saint-Placide, quand se finit la théorie des saints protecteurs si peu laïcards, mon naturel paisible pète un plomb et j’écartèle les portes pour sauter à quai alors que je suis censé ne descendre qu’à la prochaine. Ma couardise laissant la femme-fantôme continuer à couvert sous le tunnel, immobile et tout de noir vêtue. »
Le spécialiste de Sade que je fus apprécie au passage la référence discrète au merveilleux livre d’Annie Le Brun sur le Divin marquis (Soudain un bloc d’abîme, Sade — Jean-Jacques Pauvert 1986, mais aussi en Folio depuis l’année dernière). Et le défenseur féroce de la laïcité que je suis fait chorus avec ce sentiment d’étrange étrangeté dégagé par ce vêtement de deuil et de fanatisme textile.
Une collègue me racontait tout récemment comment, confrontée dans le métro à un fantôme en burka — pour ne pas déclencher d’émeutes, les flics ont désormais l’ordre de ne plus intervenir, à Marseille, quand au mépris de la loi des femmes grillagées occupent les rues —, elle avait vu toute la rame se regrouper à l’autre bout, et finalement descendre à l’arrêt suivant : après tout, on ne sait pas ce que les islamistes trimballent sous leurs défroques — on ne sait même pas si ce sont des femmes.

Mais ce qui est drôle, c’est que cet article tout naturel, quelles que soient mes réserves sur son style, a provoqué une révolution à Libé (c’est bien la première fois depuis longtemps que ce journal bien-pensant flirte avec la révolution, dont il fut jadis l’un des chantres). À en croire les Inrocks, autre totem de la branchitude, un journaliste anonyme du quotidien s’exclame : « Chez nous c’est la war room. On réfléchit à la réponse à apporter. La grande majorité des journalistes sont scandalisés. On a l’impression de faire 50 pas en arrière avec un texte comme ça, surtout après avoir fait des doubles et des doubles pages sur l’islamophobie, encore pas plus tard que la semaine dernière. »
Et les gardiens du temple et de la mosquée réunis de se répandre en tweets rageurs pour fustiger le racisme de Le Vaillant :

Au-delà de la liberté d’expression des journalistes (mais apparemment le délit de blasphème est en voie de réintroduction à Libé), ce que raconte Luc Le Vaillant est le quotidien de milliers de Français confrontés chaque jour aux croyances médiévales des salafistes, fondamentalistes et autres littéralistes — comme dit Tariq Ramadan dans un entretien que nous eûmes ensemble et qui est publié ce mois-ci dans la Revue des deux mondes. Le quotidien aussi de milliers de femmes confinées par le fanatisme et l’ignorance derrière des voiles — dont je ne reconnais l’importance que lorsqu’on les ôte, comme jadis Salomé.
Quant à la condamnation à la géhenne de Luc Le Vaillant par ses pairs et paires (féminisons gaiement !), aucune importance. Cher Luc, vous vous rappelez sans doute ce que dit Molière dans Tartuffe : « C’est être libertin que d’avoir de bons yeux ». Et ma foi, libertins nous sommes sans doute — des esprits libres qui jamais n’accepteront que d’autres êtres libres soient confinés derrière des murs — de béton ou de toile.

Jean-Paul Brighelli

Suite du même

Symptomatiquement, les imbéciles qui parlent du voile (« c’est mon choix ! » / « C’est leur choix ! ») font comme si ces gamines allaient bien. Comme si elles étaient libres de leur choix.
Le Christ, qui avait fait des études de psychologie appliquée, en savait davantage. J’imagine que les Juifs qui l’ont escorté au Golgotha auraient juré, eux aussi, que c’était leur choix — mais l’illustre crucifié a lancé son fameux « Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! »
Ben non. C’est même la caractéristique de l’aliéné(e) : il ne sait pas ce qu’il / elle fait. L’esprit prétend disposer de son libre arbitre — mais le corps se venge.
Le docteur Aslem Lazaar Selimi, qui bosse comme psy à l’hôpital de Nabeul (c’est en Tunisie, à côté d’Hammamet) lance ces jours-ci un cri d’alarme :
« Tous les jours, des médecins m’adressent des petites filles voilées, pour « troubles psychogènes » !!! Facile pour moi d’identifier l’origine de ces troubles, pas besoin d’être psy pour comprendre qu’un voile, ça voile !! Ça étouffe, ça fait poser des questions… Je me trouve alors confrontée à une famille hermétique, un système éducatif imperméable que rien de ce que je dis ne peut pénétrer, et pire encore, quand je discute avec les médecins » pédiatres » ils répondent « c’est leur choix, on doit le respecter » et le plus intelligent va me dire « Bien sûr, j’ai posé la question à la fillette et elle m’a dit que personne ne l’a obligée… » »

Sans déc’ ! On vous ensevelit vivant, et ça n’aurait aucune incidence sur la santé mentale, et par ricochet sur la santé physique — c’est ça, un trouble psychogène !
Soyons sérieux : plus une fille dit que c’est son choix, plus elle prouve qu’elle est en état de dérangement grave. Il faut non seulement la soigner, mais la couper du milieu qui l’a influencée.
« Mais c’est dieu qui veut », objectent les crétins des Alpes.
Dieu ? Qui ça ? C’est la société qui l’impose, comme elle impose l’excision dans d’autres régions d’Afrique. Pour les plus chanceuses, voile et excision : ce sont en général celles qui feront subir les deux à leurs filles.
Non, mais tu t’imagines, ma chérie, sans clito et sous voiles ? Et pourquoi pas cousue aussi pendant que tu y es ! Pardon ? Mais c’est que ça se fait aussi dans certaines cultures africano-islamiques ? Infibulée, dis-tu… Pardon, j’avais oublié… Mais dieu le veut, connasse !
C’est que je deviendrais vulgaire, à force d’indignation…

Rachid ben Othman a commenté le discours alarmant (non, « alarmiste », rectifient les suppôts du fanatisme) de la psy. « Les parents de ces enfants, écrit-il, la société ainsi que les pouvoirs publics portent tous la responsabilité et sont coupables de ces crimes contre les enfants. Cela aussi est du terrorisme, qui n’a rien à envier au terrorisme classique — il est pire même, car il s’attaque aux enfants, à leurs esprits, à leurs corps, à leurs âmes. Les autorités seraient-elles incapables de prendre des mesures fermes et énergiques contre les groupes terroristes qui corrompent les jeunes et les enfants et abîment leur conscience ? Où est le droit dans ce monde? Des enfants sont pris en otages par des sectes qui les endoctrinent avec la complicité des parents, de la société et le silence des autorités. »
Je ne saurais mieux dire. Le même garçon avait d’ailleurs établi un parallèle saisissant entre sexisme et racisme : « Le sexisme dirigé contre les femmes, écrivait-il sur Facebook, consiste en un ensemble de pratiques d’incivilité et de discrimination qui normalisent et banalisent la misogynie et le machisme. Le mépris de la femme assure à la religion un pouvoir renforcé dans la mesure où la moitié de la population est privée de ses droits et maintenue dans une position d’esclavage, une situation absurde où la population féminine alimente une foi qui l’opprime et cherche son salut dans sa soumission. »
Et c’est justement le nœud du problème. Aucune fille voilée — non, aucune — n’est susceptible d’avoir un jugement qualifié sur la question du voile. C’est pour la même raison que certains Conventionnels, en 1793, proposèrent d’enlever les enfants aux parents à l’âge de deux ans et de les leur rendre à 15, après leur avoir fait téter le lait de la République dans de grandes institutions d’Etat. Parce que si on les laisse aux parents, on aura ça
Ou ça
Ou encore ça
Et à terme, ce sera ça

« Je déteste les victimes quand elles respectent leurs bourreaux », écrit Sartre dans les Séquestrés d’Altona. Liliana Cavani en avait fait un film sidérant intitulé Portier de nuit, où une ex-déportée juive (sublime Charlotte Rampling) rejoue avec son bourreau (prodigieux Dirk Bogarde) aux rituels du pouvoir et de la domination, dans une combinatoire SM sophistiquée et quelque peu hégélienne. Je suis moins rigoureux que le philosophe auquel je dois mon prénom (c’est un lourd secret de famille enfin révélé !). Peut-être parce que je suis pédagogue : les filles voilées, il faut les soigner. Et les guérir.
Ou les enfermer. L’espace privé (un vrai espace privé, derrière les murs) est propre à tous les délires. Pas l’espace public. Un seul voile dans la rue est une offense à toutes les femmes, parce qu’il est une diminution de leur qualité de citoyennes égales en tout aux citoyens, et un reproche permanent de ne pas être conforme — conforme au modèle esclavagiste.

Jean-Paul Brighelli

Les féministes sont islamophobes — paraît-il…

J’ai travaillé dans les années 1970 avec des féministes, des vraies, qui militaient par exemple pour la liberté de l’avortement et de la contraception, ou l’égalité des salaires. La plupart d’entre elles — les « Gouines rouges », grand moment — étaient de coloration marxiste, et « l’opium du peuple » n’était pas leur tasse de thé : partant du principe que les religions monothéistes n’ont finalement été inventées que pour asservir la femme, elles considéraient leurs consœurs non libérées comme de pauvres esclaves. Comme dit la marquise de Merteuil dans la lettre LXXXI des Liaisons : « Mais moi, qu’ai-je de commun avec ces femmes inconsidérées ? »
C’était l’époque (1973) où Claude Alzon (c’est un homme — nos féministes modernes déjà le récuseraient) sortait chez Maspéro la Femme potiche et la femme bonniche — les deux destins auxquels la société mâle capitaliste — je résume — assigne les donzelles…
Je préfère ne pas imaginer ce que ces militantes auraient pensé des Musulmanes aliénées derrière leur voile par une conspiration de petits mecs si crispés sur leur pouvoir qu’ils préfèrent dissimuler la chair qui leur appartient — disent-ils — derrière des barrières. Le voile, c’est le mur du harem portatif. J’ai toujours eu un doute sur la sexualité de gens qui sont si peu sûrs d’eux qu’ils enferment leurs filles et leurs femmes ou les font garder par des eunuques. P’tits mecs !
« Aliénées » est vraiment le mot juste : on en fait des aliens. Des monstres. Des créatures de foire. Regardez ma femme, regardez ma sœur, comme elle est vertueuse. C’est l’expression majuscule du pouvoir mâle dans ce qu’il a de plus caricatural. Fondamentalistes de toutes les religions, unissez-vous — et encore une fois, utilisez les nanas pour exprimer votre obsession du contrôle.
Et qu’on ne vienne pas me dire que « c’est leur choix », comme chez Evelyne Thomas. On le leur serine depuis l’enfance : tu es impure quelques jours par moi, tu es inférieure par essence, et tu es une tentation luxurieuse pour tous ces types qui apparemment n’existent que dans l’esthétique du viol.

Mais voici que des féministes défendent désormais le voile ! Si ! Christine Delphy, qui n’est pourtant pas tombée de la dernière pluie (elle a 74 ans, et a participé à toutes les luttes du « féminisme matérialiste » — mais voilà : elle est sociologue), qui a jadis dénoncé dans l’Ennemi principal le travail non payé auquel le patriarcat oblige les femmes, vient de se fendre d’un article hallucinant dans le Guardian, dans lequel elle explique que les féministes devraient soutenir les femmes voilées, en butte à l’oppression… de l’Etat français, qui les empêche d’exprimer leur fanatisme et leurs superstitions dans les salles de classe. « La première loi ouvertement islamophobe a été votée en 2004, en interdisant l’école aux filles portant un voile, sur la certitude que les « signes religieux » sont contraires à la laïcité — le sécularisme politique », écrit-elle.
Au passage, on remarquera qu’elle est obligée de mettre le mot « laïcité » en italique : il n’y a pas d’équivalent anglais. C’est une spécificité française, et quiconque vit ici doit le savoir : la laïcité est au cœur de la loi républicaine — même si la Gauche l’a abandonnée en rase campagne, comme l’explique fort bien Elisabeth Badinter. Et la loi de 1905, sur laquelle s’appuient les petits chevaux de Troie de l’islamisme pour parader vêtues des signes ostensibles de leur soumission (au prophète, au mari, au grand frère — tous des symboles mâles), doit d’urgence être sérieusement toilettée : la totalité de l’espace public doit, très vite, être interdit de manifestations religieuses. Ou alors, on renonce à la citoyenneté, et à ce qui en découle. Les Carmélites s’enferment dans des couvents, fort bien, elles sont en accord avec leur foi. Elles ne viennent pas exhiber leurs cornettes sur la place publique.
Delphy va plus loin. « Comme Saïd Bouamama (1) l’a écrit en 2004, la version française de l’islamophobie, sous prétexte d’être un sécularisme politique, n’est qu’une tentative pour rendre le racisme respectable. » Et pire, d’après elle : « Les groupes féministes établis en France n’acceptent pas les femmes voilées dans leurs réunions. » Encore heureux !
Passons sur le fait que l’islam, apparemment, est confiné à certaines « races » (quid est ?). Mais qu’il puisse être question d’accueillir parmi des femmes libres et responsables des créatures qui sont des pions manipulées par des fondamentalistes animés de projets politiques de domination — à commencer par la domination de l’homme sur la femme —, c’est très fort.
Des féministes françaises n’ont d’ailleurs pas tardé à répondre vertement à notre virago — ah, c’est pas bô de vieillir ! Et d’une façon catégorique. Elles ne sont donc pas toutes devenues folles, et Rokhaya Diallo, qui s’est fabriqué une compétence, faute de mieux, en défendant les filles voilées — contre Fadela Amara, qui a pris position sans équivoque contre ce signe immonde de la domination des barbus — n’est pas forcément la voix de la majorité.
Il devient urgent d’interdire le voile sur tout l’espace public. Si elles ont envie de le porter chez elles, grand bien leur fasse — il y a des soumises, dans les jeux SM, qui portent des chaînes, et cela ne regarde personne. Mais qu’elles ne viennent pas sur la place publique afficher leur aliénation : depuis plus de deux cents ans que les femmes se battent pour être les égales des hommes, un tel retour en arrière est une injure inacceptable à la « cause des femmes », comme disait Gisèle Halimi, à qui on n’aurait pas fait avaler ça, tiens !

Jean-Paul Brighelli

(1) Autre sociologue, algérien de passeport, militant de gauche, proche du PC, rédacteur de Oumma.fr, le site fondamentaliste qui m’aime, il a protesté contre le soutien à Charlie en 2011, après un premier attentat, et a renvoyé aux « racistes » la responsabilité des tueries de janvier : « Si l’attentat contre Charlie Hebdo est condamnable, il est hors de question cependant d’oublier le rôle qu’a joué cet hebdomadaire dans la constitution du climat islamophobe d’aujourd’hui » — voir ici.. Pour l’anecdote, Bouamama a été soupçonné d’appuyer le discours de Dieudonné.

Brûlons les voiles

Contrairement à une légende tenace, les féministes n’ont jamais brûlé leurs soutiens-gorge. Elles avaient bien prévu de le faire, en ce jour de septembre 1968, pour protester contre l’élection, qu’elles jugeaient quelque peu futile et sexiste, de Miss Monde, mais elles n’ont pas eu l’autorisation de faire un feu en plein New York : alors, elles se sont contentées de les mettre à la poubelle. Symboles de l’aliénation, de la contrainte, de l’enfermement. On peut imaginer que les suffragettes des années 1900 ont jeté de même leurs corsets, avant même que Mary Phelps Jacob invente la première paire de brassières en 1913. Mais Paul Poiret dès 1906 (ou est-ce Madeleine Vionnet ?) avait créé des robes à taille haute qui impliquaient la disparition de cet accessoire quelque peu contraignant. En tout cas, la Première Guerre mondiale en a sanctifié la disparition.
Tout ça pour dire…

Plusieurs amies d’un féminisme incontestable (pas les pétroleuses des chiennes de garde, non : de vraies féministes, qui attachent plus d’importance aux réalités qu’aux symboles, et ne répugnent pas, éventuellement, à s’offrir de la vraie lingerie de charme sans avoir l’impression d’être des femmes-objets) m’ont avoué partager un sentiment que j’éprouve pour ma part chaque jour : celui de ne plus supporter le moindre vêtement qui implique l’abaissement de la femme.
Le voile islamique, par exemple. Pas seulement la burka, ni le tchador, toutes ces horreurs inventées par des barbares pour contraindre les femmes à disparaître. Non, les simples voiles islamiques. « Une offense perpétuelle contre les femmes », me dit l’une d’entre elles. « Le symbole de l’abaissement concerté des femmes », me dit une autre. Et elles comprendraient fort bien que ‘on interdise ces symboles d’oppression non seulement dans les universités, non seulement à la Poste ou dans les hôpitaux, et dans les services publics en général, mais dans la rue. Parce que ce sont des exemples déplorables de soumission à une soi-disant autorité masculine qui évoque la barbarie et le Moyen-Age. Et rien d’autre.

Et ce n’est pas être un ayatollah de la laïcité (prodigieux oxymore, quand on y pense…) que de dire cela. C’est juste une façon de se rappeler que sur les écoles et les monuments français, il y a, avant tous les autres, un petit mot de trois syllabes qui s’écrit LI-BER-TE. Et que c’est un concept qui ne se négocie pas. Je sais bien que cela fait hurler les idiots utiles de l’islamisme radical, qu’ils sévissent sur Médiapart ou ailleurs. Mais il n’y a qu’une liberté — celle de 1793? celle de 1905. Et elle ne peut tolérer les symboles de l’esclavage.

Dans une ville comme Marseille (et dans pas mal d’autres : il faut habiter Paris, quartiers des ministères, pour croire que le voile est une offense anecdotique), ce sentiment d’horreur est permanent, parce que des voiles, on en voit partout. Chaque seconde. Comme si toutes les Musulmanes de cette ville avaient une fois pour toutes intégré le fait qu’elles sont inférieures, qu’elles sont impudiques, qu’elles ont quelque chose à cacher — leurs cheveux, en l’occurrence, symboles, paraît-il, d’une toison secrète que l’on n’exhibe pas : il faut être singulièrement taré pour voir dans ces « toisons moutonnant jusque sur l’encolure », comme dit le poète, un rappel des boulettes pubiennes, qui d’ailleurs, ces temps-ci, n’existent plus qu’à l’état de traces ou de tickets de métro.
Alors, oui, j’appelle solennellement les Musulmanes de France (la France, hé, les filles, vous savez, Liberté, Egalité, Sensualité) à mettre à la poubelle, sur la voie publique, toutes leurs chaînes. Brûlez les voiles ! Dépouillez-vous de ce harnachement imbécile.
Et ne venez pas me dire que c’est votre choix, comme dans cette lointaine émission d’Evelyne Thomas. Ce qui est systématique, ce qui est imposé, ne peut jamais être un choix — ou alors, au sens où l’esclave choisit ses chaînes. Inutile de vous expliquer ce qu’est l’aliénation, j’imagine. Vous êtes enfermées, cloîtrées là-dessous comme des esclaves médiévales. Attendez de voyager en Arabie Saoudite — à Rome, il faut faire comme les Romains, et à la Mecque comme les wahabbites. Mais ici ! Il fait déjà 25° dans la journée, et vous vous enfouissez sous des voiles ? Vous êtes cinglées.
Oui, brûlez vos voiles. Jetez-les. Faites-les disparaître. Proposez à vos hommes de les porter, pour changer — après tout, eux aussi ont des cheveux — et des barbes — qui pourraient évoquer des toisons pubiennes bouclées. Ce serait drôle qu’au nom d’une pseudo-pudeur, tous ces grands obsédés portent des voiles sur la tête. Ça les changerait des casquettes de base-ball.
Mais justement ils ne le font pas. Les voiles, c’est bon pour les nanas. Eux s’en vont tête libre.
Et c’est bien de liberté qu’il s’agit. La liberté d’être libre, et de ne pas s’engloutir sous des oripeaux funèbres. La liberté d’aller cheveux au vent — et de leur dire merde si jamais ils vous font une réflexion. Une femme vaut un homme, vous savez. Et si jamais une religion dit le contraire, eh bien, elle ment. Parce qu’au fond, ce n’est qu’une affaire de pouvoir. « Du côté de la barbe est la toute-puissance » — c’est ce que Molière fait dire à un triste imbécile cocu avant d’être marié. Et c’est bien tout ce qu’il(s) mérite(nt).

Jean-Paul Brighelli

Mettre les voiles

Dans le Monde du 4 octobre dernier, pp. 20-21, la rubrique Débats publiait divers avis sur l’une des polémiques du moment, le voile à l’université. Et comme il est d’usage dans ce journal de faux-culs, sous prétexte de diversité d’opinions (et soyons tout de suite clair : face à la vérité, plaider pour la diversité d’opinions n’est jamais que donner la parole au mensonge…), le Monde noyait un article de bon aloi signé du « collectif » des membres de la commission Laïcité du Haut Conseil à l’Intégration (HCI), qui s’est auto-dissous récemment, après avoir remis au Premier Ministre un rapport circonstancié proposant douze recommandations sur les conditions d’exercice de la laïcité — c’est-à-dire de la vraie liberté de penser — dans l’Enseignement Supérieur —, dan un fatras d’avis et d’opinions contradictoires, comme si exposer la vérité aux mensonges faisait avancer la cause de la liberté.
La mission laïcité a aussi bien dénoncé les courants chrétiens évangéliques ou néobaptistes qui critiquent les théories darwiniennes de l’évolution au profit des thèses créationnistes que des courants musulmans qui font dans le prosélytisme et récusent la mixité tant au niveau des étudiants que des enseignants. Aucun ostracisme anti-musulman là-dedans.
Que disait spécifiquement la Commission (1) de la question du port du voile à l’université ? Sous le titre « Garantissons la neutralité religieuse dans les salles de cours du supérieur », il se défendait d’avoir mérité « le terme discutable si impudemment brandi aujourd’hui dès qu’on évoque la laïcité d’« islamophobie » — mais l’intolérance (la vraie, l’intolérance religieuse) crie au loup dès qu’on l’empêche d’excommunier, ou qu’on lève le sourcil devant une brochette d’étudiantes voilées assises en groupe au premier rang de l’amphi.
Islamophobe ? La recommandation du HCI est pourtant fort mesurée. Il s’agit d’« interdire dans les salles de cours, lieux et situations d’enseignement et de recherche des établissements d’enseignement supérieur les signes et tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse. » Une proposition déjà révélée par le Monde du 6 août — une indiscrétion qui était moins une vraie information qu’un moyen de pression sur le gouvernement, sommé de ne pas écouter des laïcards qui attentent visiblement à la liberté d’attenter aux libertés des autres. « En quoi l’exigence de neutralité religieuse dans les salles de cours, gage de la sérénité de l’enseignement, serait-elle discriminante ? Comment peut-on estimer que l’affichage « ostensible » d’une conviction religieuse dans un lieu de transmission et de discussion du savoir ne pose aucun problème ? »
Dès 2004 la Conférence des Présidents d’Université avait émis un document, « Laïcité et enseignement supérieur », qui faisait déjà largement le tour de la question — et des problèmes. Pour n’en citer que deux, la réquisition de locaux d’universités à des fins cultuelles, ou la récusation de la mixité.
Le seul à avoir manifesté son intérêt pour les propositions du HCI est Manuel Valls. « Le manque de clarté, de lucidité et de courage, loin de favoriser le vivre-ensemble, attise les tensions et fait le lit des extrêmes », poursuit l’article du Collectif. Qui ne sait, parmi les enseignants et sans doute ailleurs, que se plier, en classe, aux injonctions du caïd de service ne permettra pas de rétablir l’ordre — bien au contraire ? Donnez le doigt, on vous mangera le bras. Céder devant les manifestations ostensibles de la superstition, c’est ouvrir la porte au fanatisme, qui est à la religion, comme le rappelle Voltaire, « ce que le transport est à la fièvre ». Partout, toujours, il nous faut, inlassablement, « écraser l’infâme », comme disait ce même Voltaire à la fin de ses lettres.
Dans le même journal, le même jour, Dounia Bouzar (2) signait un article intitulé « Gare au piège de l’exclusion / Ne pas faire le jeu des radicaux » dans lequel elle soulignait que nous assistions aujourd’hui, n’en déplaise à Malraux, à une« mutation du religieux plutôt qu’à un retour du religieux ». Quelle mutation ? Celle qui va vers la nuit : « Le religieux se transmet sans aucun savoir, déconnecté de l’expérience humaine, de manière virtuelle. On assiste non pas au choc des civilisations, mais au choc des ignorances. » L’ignorance du « vrai croyant » (faut-il rappeler que « taliban » signifie « étudiant en religion », et qu’il s’agit manifestement là d’un oxymore — au vu de ce que les Afghans fanatisés ont fait aux Bouddhas de Bâmiyân) l’engage à « rester pur, à ne pas se mélanger aux autres » — de peur sans doute que des autres ne surgisse une étincelle de vrai savoir. « La mise en veilleuse des facultés intellectuelles facilite la fusion », précise Mme Bouzar.
Elle ne répugne pas pourtant à la contradiction interne. « Une loi d’interdiction des signes religieux, précise-t-elle, exigerait l’invisibilité des croyants ou plutôt des croyantes, car quid des immenses barbes et des chaussettes remontées sur le jogging de ceux-là mêmes qui refusent de regarder une femme ? » Ma foi, si l’Islam est si ostensiblement manque de goût, nous n’y sommes pour rien. Quant aux barbes… Faut-il rappeler que ces mêmes talibans tuaient volontiers les Afghans d’origine asiatique qui auraient été bien en peine de se laisser pousser un quelconque poil au menton ? La bêtise, partout, toujours, génère la violence, et une interdiction mesurée (dans les salles de cours…) n’est pas une violence mais un effort pour l’empêcher.
Alors certes, il est temps de « sortir de ce débat bipolaire « pour ou contre le voile » que l’on traîne depuis dix ans et qui nous empêche de poser les bonnes questions. Mettons-nous autour d’une table pour trouver une stratégie qui empêche les jeunes radicalisés d’imposer leurs normes dans les espaces publics sans pour autant les abandonner aux mains de ceux qui veulent les couper définitivement de tout lien avec la société et sans pour autant sanctionner tous les étudiants pratiquants. » La stigmatisation, comme tous les interdits, peut sans doute transformer en pseudo-martyres des filles frustrées qui se réfugient derrière leur bout de tissu dans une société qu’elles imaginent hostile. Mais la vraie stigmatisation, la stigmatisation première, n’est-elle pas dans l’ordre, exprimé ou non exprimé, de se retrancher de la communauté française ? Elles sont les pions le plus souvent inconscients que l’islamisme avance, peu à peu, jusqu’à ce qu’un voile noir obscurcisse définitivement la Raison et les Lumières (3).

SI le HCI défend l’université et le droit d’enseigner en toute quiétude, il faut qu’il sache qu’il le fait contre certains enseignants qui, angélisme ou collaboration, ne voient pas où est le problème. Pascal Binczak président de l’université Paris-Lumières (Paris VIII-Vincennes-Saint-Denis) signe un article (« Nos campus sont rarement perturbés ») qui est mi-chair mi-poisson et qui, au concert des faux-culs, pourrait servir de carnet de bal.
Après avoir rappelé que la première affaire de voile remonte à septembre 1989 (dans la foulée de la loi Jospin qui simultanément mettait, comme on se rappelle, l’élève au centre du système et lui donnait le droit de dire autant de bêtises qu’il le souhaitait (allez, redisons-le : l’enfant est étymologiquement celui qui n’a rien à dire, et l’élève est celui qui apprend à dire, et à qui on peut donner la parole à condition qu’il n’en abuse pas pour redevenir… un enfant), affaire tranchée par le Conseil d’Etat en novembre 1992 — ce qui a prouvé la nécessité d’une loi, promulguée en 2004), il plaide pour une philosophie du Ni-Ni : pas de « tolérance inconditionnelle », « ni prosélytisme ni entrave au bon fonctionnement du service public. » Ah oui ? Et on fait comment ? Mais notre président d’université, benoîtement, « adhére à la position défendue par la ministre » — l’ineffable Geneviève Fioraso, qui s’est insurgée imméiatement devant l’intérêt que Manuel Valls avait manifesté dès le mois d’août pour les propositions de la Commission Laïcité. Duel au sommet ! « Tolérance et vigilance doivent seulement continuer à aller de pair », conclut notre universitaire — ce qui en l’espèce ne signifie absolument rien. Tolérance et vigilance sont en bateau, mais vigilance est tombée à l’eau. Quand on n’a plus que la tolérance, on ouvre la porte à l’intolérance de l’Autre.

Collabos toujours. Valérie Aminaux (« professeure » de sociologie à Montréal, acuellement détachée au CNRS), sous le titre « Des opinions paniquées », croit utile de se moquer de l’« obsession visuelle » que constitue d’après elle notre rejet du voile en France (ah, les cousins qui dans les dîners de famille viennent nous donner des leçons…). « La silhouette sombre de la femme voilée est associée à tout ce qui menace, de l’intégrité territoriale à la cohésion sociale, opérant comme un memento mori globalisé. » Eh bien oui : l’islam des voiles porte en lui la mort — on le voit chaque jour, en Afghanistan, au Kenya, en Irak, — ou à Toulouse. C’est effectivement une religion qui, dans ses formes « pures », aime la mort. Du 11 septembre (à grande échelle) à Mohammed Merah (à toute petite échelle), les preuves ne manquent pas, et concordent toutes.

Tareq Oubrou enfin, recteur de la mosquée de Bordeaux (« Pour une visibilité musulmane discrète / Evitons les interdictions supplémentaires »). Comment dit-on « jésuite » en arabe ? Notre recteur a toujours « prôné, dit-il, une visibilité religieuse modérée ». Je ne lui reprocherai pas, en tout cas, de rappeler encore une fois que se couvrir les cheveux relève d’une « prescription équivoque et mineure » qui « repose sur un ou deux passages coraniques amphibologiques et sur des hadiths du Prophète dont l’authenticité n’est pas certaine » — faute de matériel d’enregistrement au VIIème siècle sans doute… « Nous avons plus de textes qui demandent aux hommes de garder leur barbe que de textes qui demandent aux musulmanes de couvrir leurs cheveux, abstraction faite de leur authenticité ou de leur sens discutable ». Pourquoi dès lors cette « focalisation » sur le foulard des femmes plutôt que sur les barbes des hommes ? Parce que justement le foulard est un signe bien plus ostensible, dans une stratégie d’occupation, qu’une barbe (4).
Le recteur de Bordeaux souligne (il est plus au courant que nous) que ces pseudo-musulmanes se dispensent pour la plupart des cinq prières journalières (l’un des piliers de l’Islam, pourtant) et combinent volontiers le voile avec des tenues d’une coquetterie toute laïque. Et il argumente non sans finesse sur la « double culpabilisation » frappant les musulmanes, coupables si elles découvrent leurs cheveux (« ce qui est théologiquement grave », ajoute notre recteur), et coupables aux yeux du législateur laïque d’intimidation systématique.
Soyons clair : quand nous parlons d’interdire le voile à l’université, il s’agit de protéger les femmes contre les diktats du fascisme islamiste, et contre elles mêmes, aliénées par l’opium du peuple. Je ne suis pas de ceux qui s’indignent de ce que Saint-Just ou Robespierre aient eu une volonté pédagogique. Mais je ne veux pas la mort du pécheur — juste sa rédemption laïque. Une loi sur le voile à l’université complèterait utilement celle de 2004 sur le voile dans les lycées et collèges (y compris dans les sorties scolaires, qui ne sont jamais que l’exportation du lycée ou du collège hors les murs).
Le port du voile n’est pas, et ne sera jamais, l’expression du libre-arbitre. Cela n’a rien à voir, je suis désolé de le redire à certaines amies, avec la décision de porter une mini-jupe ou un pull échancré — ou n’importe quelle pièce d’habillement profane. On ne s’habille pas impunément en bonne sœur — je ne le tolère que des religieuses et des créatures de Clovis Trouille, qui relèvent la rigueur religieuse d’un porte-jarretelles adéquat, comme on relève un plat d’une pincée de piment d’Espelette.

Jean-Paul Brighelli

(1) La liste de ses membres est consultable sur le site du Comité Laïcité République : www.laicite-republique.org.
(2) la République ou la burqa, Albin Michel 2010, avec Lylia Bouzar)

(3) Voir sur le sujet la très belle tribune d’Elisabeth Badinter dans Médiapart, http://blogs.mediapart.fr/blog/alban-ketelbuters/300913/la-soumission-au-religieux-est-un-desastre
(4) Une barbe pourrait à la rigueur n’être que le signe ostensible, surtout en collier, d’une appartenance au SGEN ou au SNUIPP. Et quoi que je puisse en penser, je supporte l’existence du SGEN et du SNUIPP. Et on osera dire après ça que je ne suis pas tolérant !