Nocturnal Animals

C’était le 4 janvier. Je me suis laissé entraîner — et puis j’avais vu le précédent film de Tom Ford, A Single Man, où Colin Firth était magnifique (comme dans Genius) et Julianne Moore désespérée (comme dans The Hours).
Vers la quatrième ou cinquième minute, j’ai eu un sentiment de déjà-vu — ou plus exactement de déjà-lu. « J’ai la mémoire qui flanche / J’m’souviens plus très bien… » Oui, j’avais lu ça — mais ça ne s’appelait pas Nocturnal animals, c’était intitulé Tony et Susan, c’était signé Austin Wright,  ça a paru au Seuil il y a vingt ans — un bail, et tant de polars depuis ont coulé sous le pont Mirabeau… Et dans mon souvenir, c’était un très bon roman.
Je suis rentré, je l’ai cherché en vain — livre prêté, livre volé. Je n’ai pas voulu en parler avant de l’avoir relu — le temps de me le procurer sur un site de soldes…
C’est un très bon livre. Mais en le relisant, je me suis souvenu que je l’avais déjà trouvé très bon deux fois — en 1995, puis dix ans après. Par un effet de concernement, comme dit Starobinski.

C’était vers 2004. Un que je connais avait une grande passion de midlife crisis (à vrai dire, depuis l’âge de quinze ans — et il en a plus de soixante aujourd’hui — il a été en permanence en midlife crisis, à voir le nombre de passions horizontales qui ont nourri sa vie et son imaginaire), pour une créature bien sous tous rapports, enseignante comme lui, et quelque peu plus jeune — disons vingt ans d’écart, pas de quoi se retourner dans la rue. Un an de bonheur au bout des doigts. Il allait abandonner pour elle sa femme et ses enfants quand elle lui signifia qu’il n’était pas assez riche pour elle — pas assez pour lui assurer un train de vie adéquat. Et qu’il lui fallait bien (elle venait sans doute de recevoir je ne sais quel message biologique qui lui conseillait d’abandonner l’amour par derrière, comme chante GieDré) qu’elle se mît en quête d’un géniteur adéquat, susceptible d’offrir à sa future progéniture le nid douillet et parisien qu’elle convoitait… Ainsi se termina l’histoire — ou pas tout à fait : piqué au vif, mon ami écrivit dans le mois qui suivit un livre qui eut un écho considérable, et des ventes confortables. Et il le lui envoya, dédicacé, mortel.

C’est tout le sujet de Tony and Susan / Nocturnal Animals. Susan est mariée depuis vingt ans à un chirurgien qui la trompe un peu mais qui a la surface financière adéquate pour que ça passe. Dans le film, elle a un côté Desperate Housewife — Amy Adams, sublime, a teint ses cheveux en acajou pour renforcer l’écho avec Marcia Cross. Elle s’occupe d’une galerie d’art moderne (ne ratez pas le début, c’est fascinant de monstruosité) qui périclite. Et elle reçoit par la poste le tapuscrit d’un livre qui va sortir, écrit et envoyé par son ancien mari, Edward — et de surcroît il le lui a dédié. Vingt ans auparavant, il se voulait écrivain, il comptait sur elle pour qu’elle fût sa première et meilleure critique, et elle n’a rien su lui dire d’autre que « C’est trop plein de toi, ces histoires »…
Oui, mais, objecte-t-il, on n’écrit au fond qu’avec soi. Il lui a demandé d’être patiente, qu’il finirait bien par… Elle a préféré le quitter, d’autant que le prochain frappait déjà à la porte, si je puis dire. Et qu’il avait une surface économique plus confortable. On ne dit pas assez que tant de belles histoires d’amour meurent d’impératifs financiers.
Ce qu’il lui a envoyé — Nocturnal Animals — est pour un œil naïf enfin détaché de lui. Un thriller parfaitement angoissant, dont je ne vais pas vous raconter les péripéties. Tom Ford, matois, a eu la bonne idée de faire jouer par le même acteur — Jake Gyllenhaal, parfait — à la fois le rôle de l’ex, réanimé dans le souvenir de Susan en quelques flash-backs significatifs (elle l’a quitté parce qu’il ne gagnait pas assez d’argent, et qu’au fond, elle reproduisait les préjugés texans hérités de sa mère) et le rôle du père de famille de la fiction, à qui il arrive quelques pépins notoires.
Evidemment, le récit (fictif) est tout imbibé de l’ancienne relation. Le roman d’origine s’appelle Tony et Susan parce qu’il mélange la Susan du niveau I, le niveau réel, avec le Tony du niveau II — soi-disant fictionnel. Qu’il suggère un couple impossible et néanmoins réalisé — quant à savoir s’ils pourraient se retrouver dans la réalité, savoir si Edward viendra au rendez-vous qu’elle finit par lui donner, quand elle a achevé le livre…
Tom Ford est paraît-il heureux en ménage. Mais il dit dans ce film quelque chose de magnifique à son partenaire d’aujourd’hui — « heureusement que tu as pensé que j’avais du talent, et il m’en a fallu pour remonter Gucci (après tout, Ford est surtout un créateur de mode) et Saint-Laurent, il m’en a fallu pour résister aux attaques des féministes hystériques qui trouvaient que je déshabillais trop les modèles dans mes pubs » — par exempleC’est un film sur la vengeance : tu n’as pas cru en moi, je t’envoie ce livre à la figure, et je te renvoie à ta solitude et à ton impuissance et aux infidélités misérables de ton mari et à tes enfants — bobonne !
Le film, Lion d’argent à Venise, a été très bien reçu par la critique. En France, quelques-uns ont parfaitement compris — et quelques autres sont passés à côté. Mais bon, Télérama… Jetez un œil sur la bande-annonce, qui vous en dit juste assez. C’est un film nocturne, admirablement photographié par un grand chef opérateur — Seamus McGarvey, qui avait aussi filmé The Hours, que j’évoquais plus haut. Il n’y a pas de hasard.
Et même si vous n’écrivez pas, même si vous n’avez pas de vengeance en cours, même si votre femme et votre fille n’ont pas été violées par trois voyous sur les routes de Pennsylvanie ou d’ailleurs, même si vous n’aimez pas les thrillers glacés, courez-y — c’est une pure merveille.

Jean-Paul Brighelli

93 réflexions au sujet de « Nocturnal Animals »

  1. Restons français, soyons gaulois

    Boutons les anglicismes hors de France

    Noctural animals : animaux nocturnes, ou mieux : oiseaux de nuit.
    midlife crisis : crise de mi-vie
    Desperate Housewife : femme au foyer (brulant) et désespérée. Ou bien, victime consentante de ses hormones.

    A part cela :
    concernement := résonance psychique

    • Je fais dans mon prochain bouquin tout un chapitre sur ce que signifie, en vingt ans, la renonciation à traduire les titres — et même à donner de faux titres anglais à des films anglo-saxons qui en avaient un autre (ainsi Cruel Intentions a été rebaptisé chez nous Sexe Intentions — qui est du plus beau globbish), alors que les Québécois ne tolèreraient pas qu’un petit Mac rond causât anglais chez eux.
      Pour « concernement », le mot ne m’appartient pas, Starobinski (qui est un critique de tout premier ordre) l’a inventé tel quel.
      Et midlife crisis se traduit en français par « rise de la quarantaine » — une traduction incertaine, surtout quand la quarantaine évolue vers la cinquantaine, voire au-delà :-) )

      • Si le remplacement, a fortiori par un titre anglais est assez décevant, quelque fois, le « tradutore traditore » doit obliger à garder l’original.
        Je me suis toujours dit que si l’on essayait de trouver une traduction à Staship Troopers, on finirait par proposer « les bidasses du vaisseau spatial! ».

        Mais quelques fois ces renonciations en disent long. Ainsi le contreversé « I spit on your grave » original avait été traduit par « oeil pour oeil », ce qui convenait assez bien. Le remake non, et même pire l’original diffusé sur OCS dardait le même titre anglais.

        Il ne faudrait pas non plus revenir à l’excès contraire, qui n’était pas mieux non plus, où non content de traduire le titre, on francisait des noms très spécifiques (ah le charme des « préfets de police » et des « juges d’instruction » à New York) voire on massacrait les noms de personnages historique, comme ce monsieur « Thorpe » qui réglait ses comptes à OK Corral

    • « Noctural animals : animaux nocturnes, ou mieux : oiseaux de nuit. »
      Caveat:
      « oiseaux de nuit » peut s’entendre comme « personnes qui sortent beaucoup,vivent la nuit etc. » P
      our désigner ce genre de personnes,l’anglais dira: »night owls » (littéralement chouettes de (la) nuit.

  2. Merci pour l’éclairage
    Si l’espérance d’une vie humaine passe de 80 ans à 100 ans, la moitié d’une vie vie passe de 40 à 50 ans. Enfin, normalement.

    • Maître,
      Ce n’est pas la première fois qu’ici vous débattez (et nous incitez à débattre) de titres de films;je me souviens qu’il fut question de « The wild bunch » -traduit par « la Horde Sauvage » alors que ce n’est pas une horde et qu’ils ne sont pas sauvages; ( et contre-sens sur « Dog- day afternoon » traduit par « une après-midi de chien  » au lieu de: « une après-midi de canicule »).
      Cela dit, la « communication » entre les hommes n’est-elle autre chose qu’un incessant flux et reflux de contre-sens ?
      Réjouissons nous pourtant:de toutes ces erreurs, de tous ces errements naissent parfois des chefs-d’oeuvre.
      Füssli semble avoir mal compris le mot « nightmare » (cauchemar), ou plus exactement son étymologie;il donne au mot « mare » le sens de « jument » et, partant,représente sur sa (ses) toiles une jument parfaitement incongrue – d’autant plus que le succube (vrai sens du mot « mare »,aujourd’hui désuet hors le composé « nightmare ») est bien présent.
      cf,e.g.
      http://www.visual-arts-cork.com/famous-paintings/nightmare-fuseli.htm

  3. Au sujet de la traduction en français des films anglais il faut distinguer le doublage à proprement parler et la traduction littérale.

    Sur le site de Renaud Camus, Francis Marche qui est un contributeur insatiable et traducteur de métier fait une intervention hier 14/1/2017 que je crois absurde.

  4. « Il y a aussi cette manie, pas même un snobisme, une manie, un goût pervers, supérieurement maniéré (comme peut l’être la manie du verlan), de coller au mot anglais pour le plaisir de faire « décalé », de transgresser la convention à coup de petits clins d’oeil. Par exemple, dans la version française du film de Besson Le Cinquième Elément, on entend un personnage (celui du « méchant ») qui, dans la version anglaise s’exclame I am disappointed ! gueuler « je suis désappointé ! » Quand chacun sait, dès la classe de quatrième, voire plus tôt, que « disappointed » est le mot qu’emploie l’anglophone pour faire savoir qu’il est déçu, tout simplement. Je suis déçu ! ce qui n’est pas sans effet comique quand cette phrase est prononcée dans un cri. Et cet effet comique est bien sûr présent dans l’anglais « I am disappointed ! » Dans aucune langue, si l’on n’est pas un psychopathe mégalomane (ce qu’est le personnage du méchant dans ce film), on ne crie à pleins poumons je suis déçu ! Le « désappointé » choisi dans la version française ne s’explique pas, il détruit l’effet comique de l’original anglais, il fait plus que tricher, il ment : le personnage ne dit pas qu’il est désappointé ; la langue anglaise avec son disappointed ne signifie pas « désappointé » mais déçu.

    Pourquoi avoir opté pour produire ce faux sens ? Pour rien, comme ça, par plaisir pervers de « faire décalé »

    • Selon moi l’art du doublage consiste à faire coller l’image au son et non pas au sens à strictement parler ! Tant pis pour les finesses du langages, les sous-entendus et l’humour … pourquoi désappointé au lieu de déçu ? Parce qu’on a 4 syllabes ou lieu de 2 et sinon les lèvres remuent dans le vide ce qui est tout bonnement ridicule … je ne suis pas un professionnel du doublage mais l’explication tarabiscotée de Marche ne me convainc pas.

      • 4 au lieu de 2 !

        Que pensez-vous Brighelli de mon idée toute simple il me semble vous qui êtes cinéphile et angliciste si j’ai bien tout compris ?
        Je suppose qu’il y a certaines règles propres au doublage des films qui sont différentes d’une traduction littéraire.

        • Ce n’est pas tant le nombre de syllabes mais la présence d-une labiale (le P en l’occurrence dans votre exemple) qui n’échappe pas au regard et avec laquelle l’adaptateur est obligé de composer et raison pour laquelle il a choisit de garder « désappointé » .

  5. On a un peu le même problème avec la poésie ; faut-il imiter le son vocalisé dans la langue originelle ou le sens supposé ? Avec Mallarmé cela prend un tour crucial …

  6. Il ne faut jamais oublier que le sens est toujours relatif alors que le son est absolu.
    Par exemple si vous écoutez un des grands discours d’Hitler même sans comprendre un seul mot d’allemand vous pénétrez très bien la menace qu’il profère à ses intonations et à son débit – la manière dont il accélère et précipite les mots ou au contraire se fait caressant et suspend sa voix pour promettre la paix dont il parle sans cesse.
    Hitler était un histrion politique de première grandeur …

  7. Je vais finir par faire un article sur cette décision navrante de Macron de parler anglais à Berlin. Anti-France, me voilà !
    L’excellent sociologue québécois Mathieu Bock-Côté est en resté tout sidéré :

    http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2017/01/13/10001-20170113ARTFIG00241-emmanuel-macron-ou-le-delire-de-l-anglomanie-des-elites-francaises.php?een=d62dd2f5f25b05f2f532aa40e92c4b19&m_i=SdQoHPv_M9VxlzNJkFRAmvwwVLDIXlDkig_hBJL5uZmcP9oPxAGmYcpNGnPEA6Zt5hF63Y0Gjze4XOI2%2BQdGq%2BBkYqgZZ_&seen=6&redirect_premium

    Et comme vous n’êtes pas forcés d’être abonnés au Figaro, version intégrale de l’article sur

    http://www.gaullisme.fr/2017/01/14/emmanuel-macron-ou-le-delire-de-langlomanie-des-elites-francaises/

    • Excellent article ; malheureusement, il n’y a plus guère que les québécois que l’invasion de l’anglais dérange . Cette hégémonie est pourtant dramatique pour nous .

    • On peut être Québécois et de droite ( collaboration pour Figarovox) ; c’est même assez fréquent et il paraît même que les Québécois seraient assez « nationalistes ». Il n’aime pas Macron ? Quelle surprise !
      Enfin, on est rassurés puisque le sociologue est excellent ; excellent puisqu’il pense comme vous.

        • Et surtout, difficile de parler d’invasion de l’anglais pour une seule intervention d’un candidat.
          Si l’on en juge par le nombre de mots anglais de cet article, quelle injure au français:-)

          • Ca ressemble à un lieu commun (comme « celui qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens ») : développez!
            L’anglais permet à Macron d’être compris de la plupart ; et il est identifié comme étant français.

    • Oui, faites un article, certains n’ont pas compris et les commentaires n’ont pas de valeur à leurs yeux. Et fleurissez-le de belles petites nanas, anglaises, de préférence, pour faire bon poids !

  8. Ah oui! « A single man » est un film magnifique où l’on sentait bien le goût du publicitaire. A chaque image on se serait crû dans une pub Kenzo. Tout n’était qu’ordre et beauté, luxe, calme etc…Baudelaire à l’heure de Gainsbourg, comme dans la chanson du film d’ailleurs.
    Maintenant, donner à un réalisateur américain la tâche de montrer les arcanes d’un enroulement de deux récits enroulés comme une séquence ADN est peut-être au-dessus des capacités d’un publicitaire qui n’a pas l’habitude de jouer à cache-cache avec ses spectateurs.
    Bon, faisons confiance à jpb pour voir si vraiment l’intrigue perdure jusqu’au bout et allons voir le film.

  9. Au fait au Palmarès des Golden Globes le 8 janvier dernier:
    Meilleur acteur dans un second rôle : Aaron Taylor-Johnson pour Nocturnal Animals. Et puis, il y a aussi Michael Shannon dans la distribution, donc une raison supplémentaire d’aller voir ce film.

      • Allez voir la Grande Muraille, il y a une belle Chinoise chaste et guerrière, comme vous les aimez ! Brunehilde qui ne craque pas malgré Siegfried — la version Empire du Milieu de la scène primitive qui n’aura pas lieu.

  10. Le 15 Janvier 2017 à 15 h 15 min, Pierre Driout a dit :
    Merci à Flo ! Précision qui apporte de l’eau au moulin … à paroles !

    Tu parles d’une découverte! Tu connais une femme muette, Pierre ?

    • « SGANARELLE.- Qui est causée par l’âcreté des humeurs, engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs… Ossabandus, nequeys, nequer, potarinum, quipsa milus. Voilà justement, ce qui fait que votre fille est muette. »
      Le Médecin Malgré Lui.

  11. Pour ceux dont la séquence ADN a malheureusement connu quelques ratés, il y a le film sur Dalida qu’ils peuvent aller voir, film à paillettes de leur mémoire collective qui va de Dalida à Soeur Sourire…uhuhu !

  12. RECTIFICATION:
    J’ai louché sur des photos de Dalida, elle était un peu canon la mou-Caire ! Après tout pourquoi pas aller voir un biopic si c’est pour mieux siphonner le moteur de l’intéressée comme le fit sûrement Luigi Tenco mentalement et physiquement à San Remo en 1967 dans une relation authentique à la (petite) mort ?

    • « vous avez louché… » et chez elle, pas de téton borgne .(vous vous souvenez qu’un téton borgne suffit un jour à provoquer la débandade de jean Jacques.)

      • Certes — c’est à cause de cette scène avec la magnifique Zulietta que j’ai décidé, fin Troisième de faire des Lettres au lieu de faire des maths ! Quel crétin, ce Jean-Jacques !

        • Maître,quelle confidence !
          Nous en direz-vous davantage ?
          Dois-je comprendre que c’est de ce moment là que date (que vous datez) votre passion pour la littérature-laquelle aurait « écrasé » votre amour des maths ?
          De cet amour juvénile,il semble d’ailleus que subsiste quelque chose.
          Nabokov raconte qu’à la suite d’une maladie grave (peut-être quelque chose comme une pneumonie) il perdit tout à fait son don pour le calcul mental;ailleurs, il confie qu’un peu plus tard, la joie de voir dans la nature un papillon rare qu’il ne connaissait jusque là que par les livres,se substitua à celle de « découvrir » un nouveau nombre premier.
          PS Si vous avez envie de découvrir une ou deux annotations de la main de Voltaire,allez sur le site de la bibliothèque nationale de Russie .
          Il n’est pas nécessaire de lire le russe .
          Suivez le lien;cliquez ensuite sur l’une des images de droite (Le contrat social, c’est la sixième image en partant du haut).
          Pour agrandir,cliquez sur le petit pictogramme (deux flèches croisées coin du haut à droite) .
          Vous pourrez alors faire défiler à l’aide de vos curseurs;un jeu d’enfant et je vous garantis que ce n’est pas vérolé.
          http://www.nlr.ru/voltaire/marginals.php#prettyPhotogal2/3/

    • Hihihi …
      A sa décharge, sans doute pas aidé par la mise en forme des exposants en html merdique de blog.

      Sur le fond : la routine.

      Les imbéciles heureux inventent et promeuvent les pédagogies au service des multinationales qui seront chargées de l’enseignement.
      (et ces cons ne le font même pas pour du fric mais par délire idéologique !)

      Bientôt dans le public :
      * des MOOC
      * une tablette par élève avec un logiciel d’IA chargé de gérer la progression des exos (évaluation et remédiation en live)
      * 1 pion par salle payé au smic (afin de faire en sorte que les élèves n’aient pas de conduites trop sexuellement suggestives en « classe »)

      (après vu le niveau de certains de nos jeunes collègues, sera-ce trop si pire ?)

      En complément chèque éducation couvrant pile le prix de l’enseignement public. Cette somme étant largement utilisée pour rétribuer les actionnaires des multinationales chargées de créer les MOOC et les IA.

      Pour les riches (et là c’est bien plus cher !)
      * idem à 50% (on délègue les enseignements des technicités aux logiciels qui sauront très bien le faire)
      * des profs de bon niveau culturel (et sans doute payés correctement car ils seront rares à terme !) chargés de faire passer ce qu’on nomme désormais les « éléments de langage » qui distinguent les classes dirigeantes du vulgum pecus.
      Et de cultiver les vraies potentialités des fils de riche qui, faut bien le dire, sont souvent plus beaux et mieux équipés au départ que les autres (pour plein de raison qu’on pourrait détailler).

      Ajoutez cannabis en vente libre à très bas prix et junk food distribuée dans les banques alimentaires.

      Un rêve !

        • Dire que « l’élève doit consruire son savoir », c’est à mon avis parler par slogans.
          Et le problème des slogans c’est qu’on peut leur donner des sens très divers.(Les dictateurs -lesquels ne me sont pas très sympathiques- s’expriment souvent par slogans fort « sympa » d’aspect).
          S’écharper à propos de slogans,n’est-ce pas un vain combat ?
          J’ignore ce que sont exactement les vues des « pédagogistes constructivistes » .
          Mais il me semble que dans l’étude des mathématiques,le rôle des exercices que l’élève résout (ou tente de résoudre) est capital.Les exercices sont proposés par le professeur qui a ses intentions et sa logique.
          S’il advient que l’élève ,au cours de sa recherche,aperçoive quelque chose qui n’était pas « prévu au programme », s’il emprunte un chemin de traverse et se lance dans des investigations ,toute personnelles,ce n’est pas un mal n’est-ce pas ?
          Je soumets à l’attention de l’honorable commentariat un extrait d’un dialogue entre Benoît Mandelbrot et son oncle:Szolem , à quatorze ans, crut avoir découvert une méthode d’extraction des racines carrées;celui qui, à l’époque, observait avec bienveillance ses premiers émois mathématiques eut la sagesse de le laisser faire et non de lui enseigner la méthode éprouvée.
          http://users.math.yale.edu/~bbm3/web_pdfs/souvebursABatonsRompusDeSzolemMandelbroj.pdf

          SOUVENIRS A BATONS ROMPUS DE SZOLEM MANDELBROJT,RECUEILLIS EN 1970 ET PREPARES PAR BENOIT MANDELBROT
          « …Je me rappelle … qu’à l’âge de 14 ans j’ai fait une très grande découverte: j’ai inventé
          l’extraction des racines carrées! Il était évident qu’on savait déjà le faire, comme je l’ai appris par ton père. Ton père était très intelligent, à tel point que, tout en sachant, bien entendu, ce que c’est que l’extraction d’une racine carrée, il n’a pas voulu me le dire, pour que je puisse continuer à réfléchir sur un ‘‘nouveau’’ sujet. Il s’était dit: ‘‘il est en train d’inventer, laissons-le faire’’. Vraiment, il me fallait pas mal de temps pour extraire une racine carrée: pour un nombre de 5 ou 6 chiffres, il me fallait peut-être une vingtaine d’opérations. Mais ton père comprenait parfaitement bien… »

  13. Oui, bon article de Brighelli sur la classe inversée. Il y en a dans mon lycée qui jouent à cela. Si vous voyez le b….. quand on passe devant la salle de cours. Dernièrement, certains en étaient aux mains quand je suis sortie de ma classe, pendant que le prof était en mode psychologie-magazine avec trois autres élèves dans le couloir.
    Une de mes élèves en début d’année a « disparu » pour rejoindre sa copine dans le nouveau « dispositif » comme ils disent. Et lorsque j’ai demandé à mes élèves où elle était passée, ils m’ont répondu : « Elle est dans la seconde des fous ».
    Dispositif impossible à généraliser, ne serait-ce que par les équipements exigés, l’espace demandé ( il leur faut plusieurs salles pour une classe ) et des bibliothèques à disposition. Comme ils n’ont rien de tout cela, ils en viennent aux mains. Juste impossible de faire cours à côté, il faudrait une isolation phonique spéciale.
    C’est proprement ubuesque.

    • Là je vous suis, je pense faire la grève du zèle pour la classe inversée (mais en réalité ça me donnerait beaucoup plus de travail et de stress, moi qui fait mon cours en direct au tableau), ainsi que minimiser le recours aux TICE.
      Le SNALC ferait une manif anti réforme du collège à Montpellier le 28!

    • « le prof était en mode psychologie-magazine »
      Alors ça c’est devenu plus que banal.

      C’est d’ailleurs souvent la prof (désolé de ce relent de sexisme, j’ai pas de stat fiables, mais un fort sentiment …).

      En réalité, ce sont des sortes de vampires qui se repaissent de la misère humaine. Ils ont besoin de se la faire exposer et détailler sous le prétexte de la guérir par des mots …
      Ils aiment sentir l’odeur de la merde des autres et n’hésitent pas à remuer si besoin.
      Ça leur permet de passer un bon moment, heureux qu’ils sont du parfum de bonheur qu’ils pensent eux-même exhaler.

      Y me foutent la gerbe à vouloir tout savoir des péripéties intimes des gosses, de leurs ascendances (elle sont désormais multiples !), et autres fratries recomposées.
      Plus c’est gratiné, plus ils en jouissent.

      Et ils commentent en SdP à mi-voix afin de faire semblant d’être discret et en affichant des mines concernées et préoccupées témoignant à la fois de leur grandeur d’âme face à la douleur d’autrui et leur implication qui leur a permis d’obtenir ces infos confidentielles.

      Beurk !

      • Alors là, Allons Bon, vous êtes encore plus minable que je ne croyais. Ben, oui, je ne passe pas des journées de bobonne au coin du feu en lisant des ouvrages sur le camaïeu des possibles et en priant que MLP ou Fillon remettent de l’ordre dans notre beau pays et il y a des soirs où l’on est crevé en rentrant d’une journée de cours épuisante, comme moi aujourd’hui par exemple et une faute peut nous échapper. Si, relever mes fautes sur ce blog vous occupe votre soirée, remarquez, faites, faites. Surtout qu’il y avait mille moyens de le faire de manière aimable et drôle. Mais l’humour agréable, ça n’est pas votre truc. Les élèves nous ont fait chier aujourd’hui; des parents de votre espèce aussi qui poursuivent un de mes collègues de manière stupide, des parents dans votre genre, qui n’ont rien à faire de leur journée, qu’à faire chier les profs. Vous savez, Allons Bon, vous êtes lâche, incapable de vous défendre ici toute seule et pour ce faire, vous vous appuyez sur les sales cons de ce blog. Libre à vous mais pour cette veulerie et la mesquinerie dont vous faites preuve en vous acharnant sur moi, dès que vous le pouvez, sachez que je vous emmerde. Vous avez remarqué que je ne m’occupe plus de ce que vous dites depuis quelque temps, alors, faites de même, lâchez-moi la grappe et ne me lisez pas, je vous emmerde, je vous emmerde à cent sous de l’heure et plus encore. Allez vous faire foutre, y a des amateurs sur ce blog.

        • « Lâchez-moi la grappe… »
          Expression quelque peu virile;je suis toujours surpris d’entendre des adolescentes dire avec le plus grand naturel (et ,semble-t-il ,sans la moindre conscience de l’incongruité de leur propos): Untel me casse les c*uilles!
          Le mot va-t-il s’imposer ?
          C*uille connaîtra-t-il le sort de « c*n » ?

          • Oui, vous avez raison, une sorte de lexicalisation du terme. Pour grappe, c’est un vieux reste d’incompréhension à une tendre époque d’innocence où je croyais que grappe ne signifiait que grappe de raisin. Vous savez lorsqu’on découvre tardivement la signification d’un mot et que tout à coup un pan du monde s’ouvre à vous. J’ai gardé de l’affection pour le mot et son sens premier.

        • Keep cool !
          Sanseverina, enfin, tout le monde s’exprime comme il le désire, ici — tant qu’on écrit en français. Si je devais prendre autant à cœur certaines des amabilités qu’on me balance, je finirais avec un ulcère. Et je laisse les injures comme les coups de brosse — je ne censure rien.

          • à Sanseverina:à propos de grappe

            « tendre époque d’innocence »…
            Merci pour cette anecdote intime. (Semble souffler soudain ici comme un zéphyr où voltigerait l’incarnat léger de quelques nymphes que nul-ni faune,ni brighellien lubrique,n’eût encore ravies).
            Lectrice si attentive de la prose du Maître,vous souvenez-vous de son billet charmant sur la lecture, Colette et le mot « presbytère » ?

          • Trois fois rien, une broutille. Juste la goutte d’eau qui …etc, à la fin d’une journée difficile.Les gens qui m’enquiquinent sur ce blog, je ne les lis pas depuis bien longtemps. Une bonne âme me donne des nouvelles de temps à autre, vaguement. On a mieux à faire. La petite dame peut s’économiser, je ne la lirai plus.
            Va tutto bene.
            Alors cet article sur Macron, vous nous le sortez, Brighelli, qu’on s’amuse un peu ? Avec le dernier Marianne, vous avez de quoi faire, non ?
            Notez que si toute la pègre socialiste se rallie à sa personne, mon enthousiasme va faiblir…

          • Figurez-vous que je n’achète plus Marianne — l’actuelle direction (qui vient de virer Eric Conan, l’un des derniers journalistes historiques de l’hebdo) me sort par les yeux. Renaud Dély, trop pour moi.

          • Quand je pense que je lui ai demandé gentiment de rester sur ce blog qu’elle menaçait de quitter, se trouvant offensée par les « attaques » répétées de ces messieurs ! Hum, ne pas regretter d’être gentil, mais…

          • Pour information, car il est vrai qu’on a parfois un peu de mal à suivre le fil .
            Voilà ce qui a provoqué le « crêpage de grappes » :
            Le 16 Janvier 2017 à 19 h 28 min, Sanseverina a dit :
            « Si vous voyez le b….. quand on passe »
            et Allons bon a cru bien faire en rectifiant la faute :
            Le 16 Janvier 2017 à 20 h 02 min,
            Allons bon
            a dit :
            « Voyiez »
            C’est donc juste un i qui a provoqué l’ire; décevant, n’est-ce pas ?

  14. ET PERSONNE ICI POUR RÉAGIR À L’IGNOMINIE DU 23 h 37, PROSTRÉS DANS VOTRE HÉBÉTUDE, ESPÈCES DE BENÊTS FASCINÉS !
    Quelle manque de classe dans l’invective, quelle manque de talent dans l’insulte contre « Allons bon », je me demande à quoi peuvent bien servir toutes ses soi-disant lectures choisies si l’autre tarte de 23 h 37 n’est pas même capable de convertir sa rage en une prose acceptable. À moins qu’il y ait eu des dégâts, un peu comme pour les eaux et qu’elle ne puisse plus rien contenir, laissant sa boue cérébrale envahir les lignes de ce blog. Quel ravage, sans intérêt !
    Cela ressortit assurément à la joie d’un crâne creux qui, n’ayant pas d’autre idée, commente inlassablement les inscriptions des portes des chiottes de son compère Dugenou, en jouissant de ses petits vices de trouduculte pompeux.
    En cherchant un peu, on retrouverait dans les archives du blog ses exploits de causette agonisante nous balançant ad nauseam son petit couplet d’italien. N’en reste littéralement rien, ni un mot ni une idée. C’est quelqu’un qui vous transformerait un poème de Dante en quelque chose qu’on pourrait confondre avec la liste des courses et qui prétend en remontrer.
    Je ne comprends pas que Brighelli ne l’ait pas encore chassée, comme on élimine la charogne ! C’est pas possible, elle doit avoir un dossier compromettant sur lui, sinon je ne vois pas !

    • Je vous remercie Hervé, et vous écrivez vraiment très bien ! Un poème de Dante qui devient une liste de courses, tout est dit !
      Je me demande ce que ça donnerait autour d’une table, tous ces pseudos brusquement à découvert ? Qui serait vraiment à l’aise ? Vous, à coup sûr, tranquillement installé dans le bonheur de vivre, malgré tout et malgré certains et certaines.

    • La milice acnéique fait sa ronde; normal, en Israël, ils sont habitués à patrouiller.
      Si le front national passe, y en a qui s’entraînent déjà. ils auront du renfort;

  15. Je suis outré de la passivité des gens de ce blog devant une telle diatribe largement disproportionnée face à la remarque taquine d’ « Allons bon ». La Fée Vieillesse aurait-elle pris vos vies d’adultes affaiblis et pusillanimes dans ses bras décharnés couverts d’asticots affamés ?

  16. Le 17 Janvier 2017 à 0 h 40 min, Lormier a dit :
    « Les dictateurs -lesquels ne me sont pas très sympathiques- »
    Erreur !
    Le peuple, c’est comme le gazon: un assemblage uniforme de brins d’herbe tous égaux tous semblables, qui a besoin
    d’être taillé régulièrement par un bon jardinier pour embellir la vue des nobles sur leurs jardins…uhuhu !

    • Et encore, je me retiens de ne pas être encore plus explicite car ce Noël en Terre Sainte a irrigué mon coeur d’une infinie tendresse comme vous l’avez sûrement constaté dans mon 1h53…uhuhu !

  17. @Lormier du 16 Janvier 2017 à 23 h 19 min.
    Non je n’ai pas vu « Nocturnal Animals » mais j’avais vu « A single man » son premier film.

  18. Pour rester dans le sujet du cinéma et dans les mathématiques, j’ai reçu une invitation à un petit-déjeuner « presse-univers convergents » du ciné-club de l’IHP Mercredi 18 janvier, de 10h à 11h, au cinéma le Grand Action.
    Je suis facilement reconnaissable, mon physique se situant entre celui de Louis de Funès et celui d’Arnold Schwarzenegger.
    Avis aux amatrices !

  19. La vraie malveillance consiste à prédire un avenir sombre parce qu’alors on le rend plus susceptible de se produire (pensée magique pédagogiste).

    A force de parler de baisse de niveau en maths de nos bambins, nous, les déclinistes, les oiseaux de mauvais augure qui prêchent dans le désert depuis des décennies, avons fini par la rendre effective.

    A tel point que le « quotidien de référence » en fait état :
    http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/01/17/baisse-du-niveau-en-maths-les-grandes-ecoles-s-adaptent_5063819_4401467.html

    Il tempère cependant :
    « Les étudiants d’aujourd’hui n’ont pas moins de compétences que leurs aînés, ils en ont d’autres », « ils sont plus à l’aise à l’oral, se révèlent meilleurs communicants et ont acquis une dextérité avec les outils informatiques»

    En voilà de beaux et utiles savoir-faire lorsqu’on les met face à une équa dif ou à la modélisation d’un pb de méca rationnelle…

    • Une équa dif, akwassa ?

      Dans le « programme » de TS, ont lit : « Comme pour la première S, une rédaction volontairement allégée des contenus, notions et compétences a été privilégiée »

      En TS, une équa dif, c’est z »=g et donc z’=g.t et z=1/2gt^2

      Evidemment, il serait totalement pervers d’étudier en détail une situation où on lance verticalement vers le haut ou, pire, obliquement. Ne parlons même pas d’électricité…

      D’ailleurs de telles situations n’ont aucun caractère « concret », adjectif qui est devenu le cache misère pour « trivial »

      PS pour Sanseverina : laissez tomber pour le roquet qui sort de sa niche chaque fois qu’il crève de ses petites griffes la poupée gonflante que sa moman lui a offerte pour Noël et jappe pour qu’on lui accorde une existence biologique. S’il n’est pas content qu’il aille coucher ou qu’il se casse.

      • Oui, vous avez parfaitement raison, Dugong. Et je continuerai de rire de vos jeux de mots et de vos trouvailles ( qui se font plus rares ces temps-ci ) , n’en déplaise au barbet.

    • Comme je n’ai pas de secrets pour vous, le voici in extenso :

      Rassurons nos lecteurs : de très nombreux enseignants persistent à faire de la résistance et à refuser d’enseigner la grammaire selon les Normes Nouvelles de la rue de Grenelle. J’ai ainsi demandé à Cécile Revéret, auteur d’une Grammaire française / Précis d’analyse grammaticale et logique (aux Editions du GRIP) qui ira aussi bien aux élèves de Primaire qu’aux candidats au CAPES de Lettres ce qu’elle pensait des nouvelles consignes ministérielles.
      Sa réponse n’est pas triste.

      « Ignorantus, ignoranta, ignorantum ! » (Molière, le Malade imaginaire)

      Rappelez-vous: chez Molière, pour soigner, on pratiquait la saignée. Le malade allait encore plus mal après la première saignée ? On lui retirait une nouvelle dose de sang. Il s’affaiblissait encore ? Une nouvelle saignée… et ainsi de suite, jusqu’à l’issue fatale … Les réformes de l’enseignement, depuis plus de 50 ans, suivent le même processus.
      La dernière nouveauté est l’introduction, dès l’école primaire, du terme PRÉDICAT, censé simplifier l’enseignement de la grammaire. L’étude du complément d’objet, jugée trop compliquée, est repoussée au collège, lorsque les élèves auront 12 ans. Ce n’est que le dernier avatar d’une succession de réformes calamiteuses initiées dès le plan Rouchette de 1963, entérinées par les instructions officielles de 1972 et aggravées par toutes celles qui ont suivi.
      Dorénavant, il faudra analyser ainsi ces phrases simples :
      À tout instant de la journée, Pierre nettoie ses lunettes avec soin. Il est maniaque.
      À tout instant de la journée : complément de phrase . Pierre : sujet. nettoie ses lunettes : prédicat. avec soin : complément de phrase. Il : Sujet. est maniaque : prédicat.
      Anodin ? Pas tant que cela. Parce que dès que la phrase se complexifie — mais sans doute veut-on apprendre aux enfants une langue réduite à des phrases minimalistes… Ainsi, comment analyser la phrase suivante ?
      La cravate qu’il a mise pour cette cérémonie s’harmonise bien avec son costume.
      Perplexité de l’élève. Où s’arrête le sujet du verbe s’harmonise ? Que faire de la proposition subordonnée relative (termes inconnus de toute façon…), qu’il a mise pour cette cérémonie ? Que faire de pour cette cérémonie ? Est-ce un complément de phrase ? Doit-on faire un sort aux deux verbes ? A-t-on vu que le petit qu’est un pronom relatif qui représente la cravate et qui entraîne l’accord au féminin du participe mise ? Si on préfère dire la cravate qu’il a choisie…, saura-t-on écrire le -e final du participe choisie ?
      Mais non, voyons, le complément d’objet est prévu pour la classe de 5ème…

      « Pour la rendre idiote autant qu’il se pourrait » (Molière, l’Ecole des femmes)

      Cette réforme qui ne dit pas son nom provoque un tollé chez les enseignants comme chez les parents. Réaction bien légitime. Mais il ne faut pas se tromper : si les membres du Conseil Supérieur des Programmes ont cru bon de réformer l’enseignement de la grammaire, c’est que celui-ci, depuis plus de cinquante ans, est déjà une catastrophe ; et par la faute de ces mêmes membres du Conseil Supérieur des Programmes ou de leurs prédécesseurs.
      On veut faire l’impasse sur le complément d’objet sous prétexte que les élèves n’y comprennent rien ? Certes, il est présenté actuellement de façon tellement absurde que les élèves ont, en effet, peu de chances de saisir le rôle de ce complément pourtant fondamental. Il faut savoir qu’à aucun moment, dans les manuels actuels et dans les pratiques actuelles, on n’explique clairement ce qu’est un complément d’objet. Voici le critère d’identification utilisé dans les classes : si un complément ne peut être déplacé ni supprimé, c’est un complément d’objet : il est essentiel. Si un complément peut être déplacé ou supprimé, c’est un complément circonstanciel ; il n’est pas essentiel (on l’a nommé complément de phrase bien avant cette récente réforme). Non seulement cette façon de faire n’est qu’un jeu de tric-trac inintéressant, qui ne fait aucunement appel à la réflexion, mais elle n’est, en outre, pas toujours valide. Démonstration.
      Il a passé ses vacances en Suisse tous les ans.
      ses vacances (COD) – en Suisse (complément circonstanciel de lieu) – tous les ans (complément circonstanciel de temps). Y a-t-il un complément plus essentiel qu’un autre ? Y en a-t-il un seul qu’on puisse supprimer sans dénaturer complètement le sens de la phrase ?

      « Qui parle d’offenser grand-père ni grand-mère ? » (Molière, les Femmes savantes)

      On conçoit bien qu’il faille « réparer » la grammaire, qui a été offensée gravement ces dernières décennies. Le Conseil Supérieur des Programmes a choisi une solution radicale : on efface tout et on revient au découpage grossier en groupes. On avait le GNS et le GV (Groupe Nominal Sujet et Groupe Verbal) ; on aura le Sujet, le Prédicat et le Complément de Phrase. C’est aussi peu précis. Les professeurs de langues étrangères continueront de s’arracher les cheveux — en particulier les professeurs d’allemand, pour qui aborder les cas et les déclinaisons semble déjà mission impossible, tout comme pour leurs collègues latinistes. Peu importe, me direz-vous : l’allemand et le latin viennent d’être rangés par Mme Vallaud-Belkacem au magasin d’antiquités.
      Il existe pourtant une façon bien simple d’expliquer ce qu’est le complément d’objet (= ce sur quoi s’exerce l’action) sans faire appel à la distributivité (la place des mots dans la phrase), sans manipulation/suppression et même sans utiliser la question quoi ? Il suffit :
      - d’expliquer le sens du terme objet en parlant de l’objet de l’action et de l’illustrer par des exercices nombreux comme ceux-ci : Il faut nettoyer et ratisser le jardin > le jardin doit être l’objet du nettoyage et du ratissage. Marie craint les araignées > les araignées sont l’objet de sa crainte. Pierre aime Jacqueline > Jacqueline est l’objet de son amour. Nous admirons ton travail > ton travail est l’objet de notre admiration. etc.
      - de dire qu’un complément sert à …compléter. Et qu’un complément, quel qu’il soit, complète un autre mot de la phrase et un seul. Et c’est cette relation qui donne du SENS qu’il s’agit de trouver.
      Le complément de phrase, qu’on veut nous faire utiliser, ne signifie rien… Formule vague, elle ne nous apprend rigoureusement rien sur le rôle de chacun des compléments d’une phrase donnée. Le large groupe nommé prédicat noie dans le flou les éléments constitutifs de la pensée qui s’y exprime.
      La grammaire peut être passionnante et elle passionne les élèves quand elle les aide à comprendre ce qu’ils lisent et à mieux s’exprimer. Encore faut-il qu’elle soit expliquée de telle sorte qu’elle éclaire le sens. Ce n’est pas le cas de ce qui a été pratiqué depuis 50 ans. Et cela le sera encore moins avec le prédicat, fausse nouveauté, et le complément de phrase, qui réduisent dans des cases trop larges et par un découpage hasardeux l’analyse de la phrase et sa compréhension.

      Pour en savoir plus sur l’analyse du COD, c’est ici. https://fr.calameo.com/read/000252235685be3d07f26

      • Cette modification de l’enseignement de la langue française me rappelle étrangement le lancement des soi-disant maths modernes, destinées in fine à dégouter des générations d’élèves des sciences.

  20. « le complément d’objet est prévu pour la classe de 5ème »

    Et si par malheur, lors d’une séance d’ORL en CM2 ou en 6°, un môme dont le potentiel intellectuel serait resté intact en dépit des efforts de tous pour le faire diminuer pose des questions sur ces drôles de « e », « s » ou « es » qui traîne PARFOIS à la fin de participes passés ils répondent koa ?

    ‘tain c’est définitivement mort pour l’orthographe cette fois.
    Sachant que c’est mort pour les maths (voir supra), y reste le tri des déchets.
    Y’a du boulot, surtout si on autorise les gosses à mettre le nez dans les ESPE.
    (interro : où est le prédicat dans cette phrase ?)

  21. Et après au lycée, comment fait-on pour expliquer la présence in absentia du cod dans des aveux si magnifiques ?
    « J’aime, je le confesse »
    Bajazet et Phèdre en ressortiront tout anémiés, tout pâlis, tout affadis.

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