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Ces temps sont déjà loin. Ils ont pour moi le parfum de l’enfance : mes parents, les amis de mes parents, une bibliothèque avec des livres étranges, un divan, les patients qui sonnaient à la porte, les séances qu’il ne fallait pas déranger, et cette intelligence du monde, un peu sûre d’elle, fascinante, inaccessible.

J’ai grandi dans ce climat. La psychanalyse exerçait alors une emprise certaine sur la quasi-totalité du champ intellectuel. Le moi et le ça débordaient du cadre de la cure. Lacan faisait son séminaire, Dolto ses émissions. De Saint-Germain à Avignon, de la Cartoucherie à Libé, pas un livre, pas un film, pas une pièce, pas un événement politique n’échappait à la vague. Freud était partout, régent en embuscade.

Et puis ça s’est tassé. Un lent reflux. C’est devenu has been, parfois moqué, voire attaqué, le plus souvent ignoré. Jamais peut-être il n’y a eu tant d’analystes et d’analysants, jamais certains concepts n’ont été aussi largement diffusés, mais c’est un fait : en dehors du cabinet de l’analyste, l’argument psy ne fait plus autorité. Les signifiants tapis au creux des songes ont cessé de terroriser le chaland.

Tant mieux ! Tel un vieux Turc dans son yalı branlant à la moindre tempête et qui ne peut s’empêcher d’écouter la rumeur lointaine de la ville mêlée au bruit des flots, on peut s’obstiner encore un peu.

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