Antifas, comment se la faire à plusieurs

Psychanalyse du « nique la police »

La scène de l’incendie d’une voiture de police, rue du faubourg du Temple, la semaine dernière, n’a pas que choqué ou indigné le citoyen qui observe  pour l’instant plus décontenancé que rageur  l’interminable chute de notre pays et de sa dignité. Elle a aussi réjoui et excité tout un public friand d’un tel spectacle, et pas seulement pour des raisons politiques : c’est une scène à forte connotation sexuelle. En effet, sur la vidéo, quatre ou cinq jeunes assaillent une voiture de police. Ils en perforent les orifices. Ils y mettent le feu. C’est quasiment un rapport explicite. Il n’est guère besoin de faire un dessin (non, non, les gars on a compris, merci), mais on peut, en revanche, y mettre quelques mots d’interprétation. L’obscénité du geste perdra de sa puissance de sidération.

Deux points attirent mon attention : la dimension incestueuse, œdipienne de cet acte et le fantasme homosexuel lié. Bien qu’ils aient été mis en examen pour tentative d’homicide, et qu’on puisse approuver cette maximisation de la qualification judiciaire (elle permettra une longue détention préventive), il est clair que l’objet du désir, le corps du délit, était cette voiture à l’évidente symbolique féminine (du moins dans le fantasme masculin : un creux dont on peut s’emparer).

Mais c’était surtout une voiture « interdite » (comme la mère est la femme interdite) : c’est même la seule voiture qu’un citoyen ordinaire ne peut pas convoiter en tant que telle, qu’il ne peut ni acheter ni même voler. Toutes les autres, oui. Celle-là, non. Dans le champ symbolique, elle est la mère.

Ici une mère violée : du nique ta mère à nique la police, il n’y avait qu’un pas. Il fut franchi.

Ce fut, soulignons-le, un viol collectif. Les assaillants ont agi en bande, si j’ose dire. Il y a bien sûr des raisons pratiques : on est plus fort à cinq que tout seul. Dans de pareils cas, l’avocat général soulignera, avec une efficacité de prétoire, la lâcheté du geste. Mais on a alors tendance à oublier la jouissance particulière du viol en réunion : c’est aussi du sexe « entre potes ». Le violeur, dans ces circonstances, voit son comparse, frotte, touche, partage la folle l’ivresse (on voit sur la scène de l’attaque de la voiture, cette joie rugissante). Le violeur en réunion abolit la rivalité fraternelle (source possible de castration symbolique), mais pas seulement : en anéantissant la victime, la bacchanale fait d’une pierre deux coups. Altérité féminine et altérité de la loi sont comme désintégrées dans la fureur du passage à l’acte. Cette fraternité exacerbée tue père et mère dans un même geste. Le violeur en réunion jouit de cette violence, avec le frère. Il jouit de se voir comme le frère, fantasmatiquement tout puissant. Et surtout, comprenons-le bien : il jouit du frère.

On n’épiloguera pas : il va de soi que la pulsion homosexuelle de ces miliciens « antifas » trouvera en prison, entre le porno du samedi soir et l’appel de six heures, de fréquentes occasions de s’exprimer. Surpopulation carcérale aidant, ces rouges S.A vont pouvoir démontrer leur bonne volonté antiraciste et leur sens de l’accueil. La taule, ça n’est pas que salsifis tièdes en guise de dîner. Les after sont longues. Bon app’ les gars.

Ce qui peut nous préoccuper un peu plus, si l’on veut bien poursuivre cette interprétation, c’est la défaillance du père, inhibé dans sa violence légitime, fondatrice d’un ordre humain. Et le père ici, c’est le peuple français.

En observant la cérémonie de remise d’une médaille à Kevin Philippy (le conducteur de la voiture de police), je ne fus pas tant frappé par le visage un peu absent du ministre de l’Intérieur (nos gouvernants ont toujours cette tête éternellement contenue de principal de collège en ZEP surjouant la sérénité grave au milieu du chaos), ni par les larmes de ce brave gardien de la paix encore sous le choc, que par l’unanimisme avec lequel on accueillit cette bravoure, tout de même un peu passive, et qu’on qualifie de « sang-froid ». La police doit-elle forcément l’avoir douce ? Et nos CRS, régulièrement appelées place de la République, ont-elles vocation à être des casques bleus ou à répondre sans faiblir à la demande de matraque de l’hystérie manifestante ?

Je ne mets évidemment en cause ni les forces de l’ordre, ni leur hiérarchie, ni même les gouvernants, mais la société qui permet à cette situation de perdurer. C’est elle qui est défaillante. Cette opinion publique qui, d’un côté, tolère qu’on envoie un CRS en correctionnelle pour un geste musclé dans le cadre d’échauffourées et qui, de l’autre, applaudit à tout rompre une retenue que sur la vidéo, je n’arrive pas à trouver pertinente (bien que peut-être courageuse, ou la seule attitude possible, je ne sais pas). Je ne justifie pas le geste violent du CRS et ne désapprouve pas la retenue du gardien de la paix. Je dis juste que l’unanimisme de la presse et de l’opinion est surprenant. Comment l’entendre ? Comment entendre cette véritable passion de la retenue où chacun s’encourage bruyamment non pas à cogner fort mais à demeurer le plus impassible possible ? Comment comprendre qu’on veuille être si passionnément raisonnables, imperturbables et stoïques ? Comment sommes-nous tous devenus ces principaux de collège ivres d’immobilisme ?

Cette étrange passion me fait penser à la figure de l’obsessionnel rongé par la pulsion agressive qui le taraude inconsciemment et le culpabilise. Plus cette pulsion l’agite, plus il se refrène. Plus il a envie d’en découdre, plus il se retient et se combat lui-même. Plus la pulsion l’assaille, plus il la verrouille. Jusqu’au jour où, n’y tenant plus, il fend l’armure.

Ça tombe alors, et dru.