Si c’est un noble

Générosité de la « vieille France »

Le film Les pépites (sortie : mercredi 5 octobre) est la bonne surprise de cette semaine de cinéma. Loin des banlieues et des questions identitatires (Chouf de Karim Dridi, Le ciel attendra, de Marie-Castille Mention-Schaar), l’émouvant documentaire de Xavier de Lauzanne, nous emmène au Cambodge où l’association, Pour un sourire d’enfant, combat l’extrême pauvreté depuis plus de vingt ans.

Née d’une urgence, d’un coup de tête d’un couple d’aristos voyageurs, P.S.E scolarise aujourd’hui plus de 7000 jeunes et emploie 450 personnes. Pourtant, rien ne prédisposait Marie-France et Christian des Pallières, issus de la plus vieille noblesse française, à porter secours à ces enfants du bout du monde. Rien, sinon « un coeur gros comme ça » et une certaine idée de l’homme et de sa dignité.

Entretien exclusif pour Causeur avec Xavier de Lauzanne, réalisateur du film. Lire la suite

Barcelone : quand Le Monde comprend la notion de seuil de tolérance

En pleine quête identitaire, l’extrême-gauche catalane fait de l’étranger un bouc émissaire…

Affichettes à l'entrée de la station Diagonal à Barcelone, le 26/09/16. Crédit : O. Prévôt

D’abord, ça m’a fait bien rire.

C’était en juin dernier, dans le quartier le plus bobo de Barcelone, Gràcia. Je descendais tranquillement la Carrer de Torrijos en direction de la halle de l’Abaceria – marché couvert où l’on peut, au petit matin et sur le zinc, se régaler de charcuteries et fromages catalans. Là, devant l’entrée de la halle, un petit malin s’était amusé à ajouter une direction à celles déjà présentes sur les panneaux indicateurs destinés aux touristes – pourtant rares dans ce coin de la ville. « L’aéroport, c’est par là ! », inscription suivie d’une invitation à partir, un peu plus convenue et abrupte, « Tourists, go home ! ». Entre la douceur de ce matin d’été, cette impression confuse que la ville, les gens, l’air lui-même avaient organisé une sorte de conjuration pour assurer mon bonheur et, d’autre part, la brutalité du message, j’ai senti un choc. Non, avec nos chaussures de marche, nos shorts de toile beige, nos sacs à dos siglés et, surtout, cette confiance, un rien vaine, du Parisien pour lequel le monde est un vaste banquet où il est l’invité d’honneur, non, avec tout ça, malgré tout ça, nous n’étions pas nécessairement les bienvenus. Je veux dire : dans la vraie ville – qui n’est pas qu’un décor – peuplée par de vrais gens – qui ne sont pas que des figurants. En fait, je ne tarderai pas à m’en apercevoir, les murs de Barcelone étaient envahis par de telles inscriptions, signes d’une allergie de la capitale catalane à la présence touristique. Lire la suite

L’amour au temps du choléra

Tandis que se préparait l’attentat, le gouvernement nous invitait à réfléchir sur les discriminations.

Au moment où s’est produit l’attentat de Nice, j’étais à Paris. Si j’en crois l’historique de mes notes, c’est même au moment exact où se déroulait la tragédie que j’ai commencé à étudier le rapport L’Horty, intitulé Les discriminations dans l’accès à l’emploi public. J’ai l’air de présenter un alibi… En fait, je veux juste souligner ce curieux télescopage : tandis qu’un terroriste fauchait une centaine de personnes, j’étais invité, en tant que citoyen, à m’interroger sur le racisme supposé de la société française.

« Télescopage » mais pas tout à fait « hasard » : ce rapport a été commandé en mars 2015 dans le cadre de la vaste introspection proposée par le gouvernement après les attentats de Charlie et de l’Hyper-casher, dont on se souvient qu’une partie de la population refusa de les désavouer (quand elle ne les approuva pas bruyamment). Pour « expliquer » ce mouvement d’opinion qu’on ne pouvait plus dissimuler, Manuel Valls proposa le terme « d’apartheid ». Peu s’émurent de l’insulte et du blanc-seing moral qu’elle délivrait à nos ennemis – n’est-il pas légitime de lutter contre l’apartheid par tous les moyens ? Tous les Kouachi de ce pays ne seraient-ils pas, finalement, que des indignés un peu expéditifs ?

Quelques mois plus tard, ce rapport sur les discriminations (rendu public la veille de l’attentat de Nice) fit la joie de commentateurs progressistes : Ah, on la tenait la preuve que notre bon vieux principe d’égalité dissimulait une inégalité de fait, plus ou moins volontaire ! Étrange lecture qui fait fi de toutes les prudences du rapport et de l’échec de son auteur à mettre en lumière ce qui n’existe pas : une discrimination dans l’accès à l’emploi public des populations issues de l’immigration récente. L’auteur souhaite « mettre en œuvre une stratégie particulière de révélation du fait discriminatoire » (p.57). À une exception près (dans la fonction publique hospitalière, pour un poste d’infirmière), il n’y parvient pas.

Cette impasse est passionnante. Elle nous raconte l’univers mental de la galaxie antiraciste. Comme tout discours délirant, celui-ci s’arrime d’abord à la réalité. Tandis que 14 % des Français de souche (qualifiés de « natifs ») sont en emploi dans la fonction publique, seuls 10 % des descendants d’immigrés se trouvent dans la même situation (p.23).

On passera sur le fait que ces 14 % ne sont pas nécessairement une preuve de bonne santé économique. On n’insistera pas non plus sur ces quatre points de différence que des modérés auraient pu considérer comme certes significatifs mais pas non plus criants : le verre est aussi à moitié plein. Sans être nécessairement mal intentionné, un observateur pourra juger que ce décalage peut-être lié au temps, et qu’entre une citoyenneté acquise et une citoyenneté vécue, il peut y avoir mille petites étapes qui prennent plus que les cinq-six ans séparant une naturalisation (à sa majorité) et l’entrée véritable dans la vie active. Cette hypothèse optimiste n’est nullement envisagée. Avec l’obstination du loup dans la célèbre fable de La Fontaine, le professeur L’Horty s’obstine : s’il n’y a ni discrimination légale, ni discrimination délictueuse, c’est que celle-ci s’opère à l’insu du recruteur lui-même (p23 et 29). Le « c’est donc quelqu’un des tiens », a ici sa variante :« c’est quelque chose d’inconscient en toi ». Tel le jeune paroissien travaillé par l’appel de la chair, nous sommes invités à une sorte de vigilance à l’endroit de nos penchants coupables. On se gardera alors d’interroger la curiosité insistante et l’intérêt têtu du confesseur pour la chose…

Le professeur L’Horty, dans sa rigueur universitaire, n’élude en revanche pas une autre hypothèse : celle de l’auto-discrimination (« la discrimination nourrit l’auto-sélection des candidats », p.10). Il n’y a là que du bon sens : si l’on se sent par avance vaincu, on hésite à se lancer dans le combat. On pourra prolonger le raisonnement : à force de se considérer comme un discriminé, on finit par l’être.

Il n’est pas rare que sur le divan du psychanalyste, le mal-aimé se découvre mal-aimant. Derrière le mal être et la souffrance dont on se sent victime, se dissimule fréquemment une hostilité qui n’ose pas dire son nom. Une fois au clair avec sa pulsion, le patient découvre qu’il a autour de lui des gens pas si mal disposés à son endroit. C’est peu dire que le professeur L’Horty est loin de ce type de considérations.

Pour dire les choses de manière triviale, on peut dire qu’on ne peut pas klaxonner le dimanche soir à la victoire du Portugal (sans être en aucune façon d’ascendance portugaise)… et postuler le lendemain à un emploi public, supposé, tout de même, au service de la nation. J’irai même plus loin : plus on s’interdit de klaxonner (refoulement de la pulsion), plus il est urgent de renoncer à l’exercice de sa citoyenneté, discriminé que l’on est.

Là où les choses se corsent un peu plus encore, c’est quand on analyse ce pré-supposé de l’auteur du rapport : devenir fonctionnaire de la République française, les fils de l’immigration ne rêveraient que de cela. S’ils sont moins représentés dans la fonction publique, c’est qu’on leur barre la route. Nous autres « natifs », biberonnés au Code général de la fonction publique, serions à la fois aimés et enviables. La foule des descendants de l’immigration ne rêverait que de nous rejoindre – et c’est nous qui, à notre insu bien sûr, lui refuserions ce privilège. Il va de soi que ce type de fantasme ne peut sévir que dans certains cercles de la fonction publique, plutôt épargnés par le gel du point d’indice et les difficultés d’exercice du métier. Prof au Blanc-Mesnil ou postier à l’Elsau (Strasbourg), on ne se sent guère enviable.

Derrière l’aveuglement vis-à-vis de l’autre, il y a souvent du refoulé vis-à-vis de soi. Les élites ne peuvent envisager l’hostilité, l’irrédentisme culturel d’une partie de la population d’origine immigrée, ou même sa seule réticence à s’intégrer, ou encore les sentiments contradictoires des déracinés, partagés entre attachement et rejet de leur patrie d’adoption. Les élites ne peuvent considérer ces populations que comme victimes de discriminations, volontaires ou non.

Je propose l’hypothèse suivante : et si c’était ces élites qui projettent sur les « natifs » un soupçon de discrimination et sur les immigrés un désir d’assimilation forcené, et si ces élites qui mettent en scène le combat de l’ombre et de la lumière étaient elles-mêmes hantées par la nostalgie de la toute puissance coloniale où, subjugué, l’esclave rêve de devenir le maître ? C’est là une réalité psychique : voir dans l’autre un envieux, ce n’est pas que se rassurer narcissiquement sur son statut d’enviable, c’est désirer la subordination de l’autre.

Il serait peut-être temps de considérer cet autre comme sujet, y compris de sa propre violence. Et pas seulement à Nice.

Rocard, intact comme un regret

De la posture du parler-vrai, à l’empêchement narcissique, je ne garde pas le meilleur souvenir de l’ex-prétendant.

Enfant dans les années 70, je fus témoin d’un hold-up. J’ai bien sûr mis quelques années à comprendre. L’omerta ne se brise pas facilement. Mais les faits étaient là : sous les yeux impuissants des adultes qui m’entouraient, l’héritage de Pierre Mendès-France avait été subtilisé par des technocrates europhiles réunis autour d’un certain Michel Rocard.

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Le jour où Salah l’adoptera

Le dernier livre de Gérard Haddad, Dans le main droite de Dieu, explore la psyché ordinaire du fanatisme.

 

 

Momentanément privés de parole par l’ampleur du crime du 13 novembre, obligés à la décence et à la retenue jusque sur ses canaux habituels (tel Radio-France), beaucoup n’en démordent pourtant pas et le font rageusement savoir dès qu’occasion leur est donnée : comprendre n’est pas pardonner. Dans l’emballement, le dégagement qu’autorisent l’idée que l’on a de sa propre hauteur de vue, certains ajouteront même que ça n’aurait rien à voir. Circulez les moralisateurs, dispersez-vous les offusqués et les blessés, laissez passer le cortège, plumes au vent, de l’intelligence.

Certes, la proposition selon laquelle explication n’est pas excuse ne serait pas un sophisme si ceux qui la formulent ou la suggèrent à nouveau prenaient le temps d’analyser leur propre inclination à la compréhension des criminels concernés, de leurs complices plus ou moins actifs à Mollenbeek et ailleurs, plutôt qu’à l’intelligence des phénomènes violents dont notre société est victime, de l’incivilité au terrorisme en passant par le crime ordinaire. Oui, que comprendre n’équivaille pas à pardonner, comme on dit « ça peut, ça pourrait s’entendre ». À condition bien sûr qu’on soit clair sur… l’ambiguïté qui s’attache à la volonté de comprendre. Il est, en effet, impossible de lever cette polysémie du terme, elle fait partie de notre langue. Mais il est également impossible de faire comme si, non, rien de rien, nous ne regrettions rien : il n’y aurait donc jamais eu de désirs incestueux liant l’aînée explication à sa cadette l’excuse. Honni soit qui mal y pense !

Tant qu’il y aura ainsi déni et perversion du débat d’un côté, il y aura refus abrupt et rejet dans l’encoignure, de l’autre. Compreneurs-excuseurs VS porteurs d’œillères, on en est là.

Mais nul n’est obligé de demeurer l’otage de cette tentation française, européenne, d’abdiquer face à ce qui entreprend de nous détruire et, par réaction, par illusoire sauvegarde de soi, son génie propre, celui des Lumières. Au « Personne n’a le droit de vous battre » de feu Milosevic, peut (et doit) s’ajouter « Personne n’a le droit de nous rendre fous » qui a, en revanche, sans doute manqué aux Serbes. Ainsi, on peut accueillir avec intérêt et bienveillance, voire soulagement, le dernier ouvrage du psychanalyste Gérard Haddad, Dans la main droite de Dieu, « une sorte de manuel à l’usage de ceux qui veulent comprendre ce phénomène qui nous ravage, le fanatisme » pour reprendre l’expression d’une autre psychanalyste, Françoise Hermon.

Dans ce livre court, très construit, articulé, et qui n’est pas prioritairement destiné à un public d’analystes (on appréciera la quasi-absence de termes obscurs aux profanes, les Lacaniens ne parlent pas toujours qu’aux Lacaniens, et celui-ci a gardé du Maître… son invitation à être libre), Gérard Haddad entreprend d’abord une sorte d’anthropologie du fanatisme (Les lois fondamentales du fanatisme) avant d’aborder dans une seconde partie « la structure psychique du fanatique ».

Il n’est pas certain que le public le plus informé trouve dans ce livre de véritables révélations. Il n’éclaircit pas d’une trouvaille magique le mystère qui fait qu’un jeune homme ayant bénéficié du support matériel et moral d’une société avancée en vienne à vouloir la détruire. Haddad n’a évidemment pas l’ambition délirante d’en finir, une bonne fois pour toutes et grâce à quelques formules, avec le mal. Il décrit en revanche avec beaucoup d’acuité les phénomènes inconscients qui accompagnent des humains, fils d’un père et d’une mère, vers des conduites monstrueuses, ce chemin qui mène « du complexe fraternel à la haine absolue » : narcissisme, envie, non-résolution œdipienne, quête effrénée de jouissance, anomie et besoin d’étais…

On pourra légitimement se demander à quoi nous sert, à l’heure où il est bientôt question de juger, de condamner, de connaître ces dispositions intérieures, ces processus inconscients. Sans doute notre intérêt participe-t-il ici d’un processus de décontamination sociale. Opposer au spectaculaire de l’action terroriste, ce petit tas de fantasmes vains, infantiles, misérables et que la plupart d’entre nous aurons pu et su dépasser, ne guérira pas nécessairement les auteurs des attentats, ni même ceux qui en conçoivent, ici ou là – secret de polichinelle – de l’admiration, mais il peut nous protéger, nous, du ravage consécutif au crime de masse. En cessant d’être impensable, en s’articulant à une psychologie commune, le terroriste perd de son effet terrorisant. On combat plus facilement des humains que des monstres. J’entends pour ma part, en écho à la description clinique par Gérard Haddad du phénomène djihadiste, ce bon vieux et solide « Tu ne craindras pas le Mal » de nos pères.

Cette dimension « moral(e) des troupes » n’est heureusement pas la seule. Le livre de Gérard Haddad, jusque dans sa faiblesse, et même à partir de celle-ci merveilleusement assumée, sublimée, s’articule à un projet éthique auquel nous pouvons nous ressourcer.

On peut être agacé par ce qui sous-tend le livre. Gérard Haddad ne l’écrit jamais, mais il le pense si fort que je forcerai sa plume : comme Flaubert sa Bovary, Salah Abdeslam, c’est lui.

J’exagère bien sûr. Je caricature jusqu’à la provocation un propos qui n’est jamais écrit tel quel. Dans le livre, il n’est pas question de l’hôte de Fleury-Mérogis dont nous nous apprêtons à convoquer la patience (le livre a été écrit avant le 13 novembre). La pensée de l’auteur est évidemment beaucoup plus fine que mon raccourci lapidaire. Il y a dans ce qu’écrit Gérard Haddad trop de bienveillance envers le lecteur pour qu’il s’autorisât ce genre de saillies épidermiques. Et si j’entends moi-même si fort l’identification au fanatisme, ce n’est sans doute pas sans résonance avec ma propre pulsionnalité : Salah, c’est aussi moi, une part plus ou moins enfouie de moi.

Il n’en demeure pas moins que c’est avec constance que l’auteur part de sa propre possibilité de fanatisme – qu’elle soit culturelle ou personnelle – pour interroger celui, bien réel, qui nous menace. Je veux bien croire qu’il y ait ou qu’il y ait eu une possibilité juive de fanatisme ou de déviance (même si en tant que né-chrétien j’ai plus tendance à m’interroger sur ma propre religion et la possible menace qu’elle a pu porter en elle). Je veux également bien croire que, dans sa propre cure analytique avec Lacan, Gérard Haddad ait perçu et choisi de renoncer à une dimension fanatique de son être. Mais tous les récits sur le communisme ou sur l’histoire juive d’une part, tout le ressenti pulsionnel de l’auteur d’autre part, n’interdiront pas cette réaction de bon sens : il est possible qu’à la fin des années 60 il se fût trouvé un Français, juif tunisien, communiste, un tantinet intolérant, et – qui sait ? – coupable d’aveuglement envers l’Union Soviétique. Cela n’en aurait jamais fait un ennemi public. Une menace contre la digestion après un dîner trop animé entre amis, peut-être. Contre la société et la paix civiles, un peu moins. Et n’en déplaise au récit de soi !

La main droite de Dieu n’échappe donc pas à ce travers narcissique, à cet « et moi, émoi » qui m’avait un peu gêné il y a dix ans, lors de la parution de Le jour où Lacan m’a adopté (éditions Grasset), récit par ailleurs passionnant de la cure de Haddad auprès de Lacan. Et la gêne devient ici, parfois, irritation. Rappelons que l’identification au patient n’est pas la seule voie pour accéder à sa réalité psychique. Les mécanismes de défense, les résistances du thérapeute, l’altérité abrasive du contre-transfert sont au moins aussi féconds pour l’analyse du lien unissant le patient à son psy – témoin de l’inconscient. Il y a dans ce généreux « moi aussi, peut-être » de Gérard Haddad un risque : perdre de vue la radicalité menaçante, la spécificité islamiste de ce qui nous occupe. L’identification, pertinente dans l’absolu, sans doute nécessaire dans l’économie personnelle de l’auteur, me semble tout de même hors-sol.

Cette irritation ne dure heureusement qu’un temps. Sans doute parce que Gérard Haddad est au clair avec lui-même. Même à l’écrit, il ne cherche pas à dissimuler ce narcissisme en le gommant dans un réflexe du sur-moi moralisateur. Il ne cache pas son besoin (corrélé) d’être adopté, soutenu par un Lacan, par un Y. Leibowitz cité à l’envi (et parfois exclusivement). Haddad ne cache pas son besoin d’être étayé par un maître à penser… comme le fanatique, dans son anomie, recherche l’étai du fanatisme.

Sauf que, justement, ce n’est pas la même chose. Et c’est au final la merveilleuse leçon de ce livre – du moins celle que j’entends. On ne choisit pas ses failles narcissiques, ses fragilités, ses besoins d’étais fussent-ils très incarnés et personnels, donc archaïques. Ils sont là. Ils nous agissent comme on dit. Mais on peut choisir ceux (J. Lacan, Y. Leibowitz ici) à qui l’on donne la possibilité de vous adopter. Plutôt Finkielkraut qu’Al-Baghdadi, si j’ose dire. En d’autres termes, en écho au « Tu ne craindras pas le Mal » évoqué plus haut, on peut aussi entendre, avec Dans la main droite de Dieu : « Tu choisiras le Bien. » C’est-à-dire aussi, la main gauche de Dieu, celle de la quête de vérité.

Dans la main droite de Dieu, Gérard Haddad, éditions Premier Parallèle, 120 pages, 12 euros.