A l’enterrement du séguinisme…

J’ai eu beau regarder ma boîte aux lettres, scruter ma messagerie électronique, je n’ai pas reçu de carton d’invitation pour assister au colloque organisé à l’Assemblée nationale pour commémorer le premier anniversaire de la disparition de Philippe Séguin. Je n’avais pourtant pas démérité, entre janvier 1990 et septembre 1998, lorsque je relayais le message séguiniste avec tout l’enthousiasme de mes vingt ans. Rien à voir, bien sûr, avec ma lettre de démission du RPR en octobre 1998, laquelle avait été interceptée un temps par le secrétaire national à la jeunesse lequel, justement, se trouve être l’une des chevilles ouvrières de ce colloque. Rien à voir non plus avec ma nouvelle activité de blogueur laquelle n’épargne pas forcément le Premier Ministre lequel, on le verra,  voulait profiter de cet évènement pour se mettre en scène comme l’Héritier. il ne pouvait donc s’agir que d’une mauvaise manipulation postale, donc, qui était sans conséquence puisque raisons professionnelles et familiales me retenaient dans ma lointaine province.

Mais, heureusement, je pouvais compter sur deux amis, qui ont donc accepté de jouer le rôle d’envoyé spécial à l’Hôtel de Lassay. Dans la salle, quatre-cents places assises étaient donc disposées et avaient trouvé occupants. Au total, on peut estimer que six-cents personnes, dont une immense proportion avait atteint un âge mûr, ont assisté à tout ou partie de ce colloque, lequel se déroulait sur toute la journée. Mes deux envoyés spéciaux, pourtant venus chacun de leur côté, ont raté le début et donc le discours du charismatique Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale. Bien que non titulaire de diplôme en psychologie, je ne saurais écarter la thèse de l’acte manqué. Tout deux de ma génération, ils ne m’ont pas caché avoir rencontré très peu d’anciens du RAP[1. Mouvement des jeunes séguinistes, de 1994 à 1998.]. D’autres absences étaient remarquées : pas l’ombre d’un pasquaïen à l’horizon, ni bien sûr Charlie lui-même. Et Henri Guaino avait semble t-il envoyé balader l’émissaire chargé de le convaincre d’assister à l’évènement, avec des mots qui n’étaient pas forcément empreints de la plus grande tendresse. En revanche, la séguiniste historique Christine Lagarde[2. LOL.] a fait une apparition ainsi que Marie-Anne Montchamp qui avait sans doute été conviée pour symboliser la fidélité, haute valeur séguiniste s’il en est.

Soyons justes : cette journée, malgré ce dernier paragraphe issu tout droit de mon mauvais esprit, a aussi comporté des motifs de satisfaction à mes deux émissaires. Les interventions de Bourlanges, qui établissait un parallèle intéressant entre Séguin et Mendès[3. Genre, grand homme qui passe à côté de son destin.], de Badinter, qui s’était invité pour saluer l’abolitionniste Séguin, de Serge Moati, émouvant, de Paul-Marie Coûteaux, qui a fait du Coûteaux, ou de Jean de Boishue, évoquant le « Grand Professeur », ont suscité de l’intérêt. Consternantes, en revanche, l’intervention de Jean-Louis Valentin -tout le monde était pourtant descendu du bus, cette fois-ci[4. Ceux qui ne comprennent pas cette allusion se souviendront de ces images en boucle le jour de la grève des joueurs de l’équipe de France en juin dernier et de ce directeur en larmes qui démissionne devant la presse. C’était Valentin.]- ou cette volonté chez quelques intervenants au premier rang desquels Alexandre Adler, de convaincre que Séguin faisait campagne pour le Non à Maastricht mais priait pour que le Oui gagne. Roger Karoutchi a d’ailleurs tenu, à cet égard, à remettre l’Eglise au milieu du village. Bon point pour l’ancien ministre aux relations avec le Parlement. Louise Baudoin,  ancienne cheftaine du parti québecois n’a pas non plus ménagé ses efforts, se muant en avocate inconditionnelle de celui qu’on surnommait « le gros ». En ce qui concerne Hubert Védrine, mes deux envoyés spéciaux ne tombent pas d’accord puisque l’un l’a trouvé décevant alors que l’autre le trouvait très subtil dans sa critique voilée de la geste séguinienne. Beaucoup d’intervenants ont aussi jugé que le destin de Philippe Séguin avait été freiné par son lancinant espoir de servir un grand homme, qu’il ne trouva jamais, plutôt que de croire qu’il était celui-là.

Celui de mes deux envoyés spéciaux qui avait semble t-il passé la meilleure journée, commença à déchanter lorsque François Fillon prit la parole pour conclure le colloque. Un discours torché en vingt minutes, où il n’était finalement question que de son action à la tête du gouvernement sensément émanation du séguinisme dans ce qu’il a de plus pur. Une escroquerie d’autant plus évidente qu’il suffit de lire le discours sur le Munich social pour comprendre que le Premier Ministre et sa certaine idée de la comptabilité sont à peu près aussi fidèles au message de Philippe Séguin que Raymond Domenech le fut de celui de Michel Hidalgo ou de Marc Dorcel de celui de Laclos.

En conclusion, on ne résistera pas au plaisir de conter une anecdote dévoilée par Serge Moati à l’un de mes deux amis. Deux ou trois jeunes UMP lui ont demandé ce qu’il faisait donc là, lui un homme de gauche. Et s’il s’agissait de la preuve qu’un an après avoir enterré Philippe Séguin, on enterrait vendredi le séguinisme ?