Auront-ils le scalp de Laurent Blanc ?

Il s’en pourlèche déjà les babines. Quel plaisir cela sera, pour le fondateur et directeur du marketing[1. Amusez-vous à compter le nombre de fois où Plenel cite le nom de son site à chaque passage télé. C’est assez impressionnant.] de Mediapart, le sémillant Edwy Plenel, d’accrocher le scalp de Laurent Blanc au dessus de la porte de son bureau. Des ministres, c’est très commun de les faire démissionner. Et puis, tout le monde les déteste, on pourrait finir par vous accuser de populisme. Mais un sélectionneur national ! Et pas n’importe lequel. Pas un Domenech honni ! Un sélectionneur populaire ! Cela en jetterait, n’est ce pas ?

Il a les trémolos dans la voix quand il parle avec condescendance de son copain Laurent, qu’il a eu au téléphone, et dont il veut croire que non, finalement, il n’est pas raciste. Mais c’est horrible n’est ce pas, de s’attaquer à des enfants de douze ans. Et il la répète plusieurs fois l’expression « enfants de douze ans » qu’on voudrait trier selon la couleur de leur peau. Lorsque Lilian Thuram parle ainsi, on imagine Blanc dans un uniforme de SS caressant d’une main la tête d’un enfant blond qui aura le droit d’entrer à Clairefontaine et désignant à un autre à la peau noire la direction du train. Il apprend vite, Thuram, les leçons de Tonton Edwy.

Il n’est pas ici question de traiter du fond. Nous l’avons fait dimanche. Nous examinons les forces en présence dans cette guerre médiatique autour du maintien ou du départ de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France. Ainsi, d’autres que moi, ou autres néo-réacs[2. Parmi lesquels Eric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan. J’ai entendu aussi Christine Boutin et François Bayrou.] de la pire espèce, ont courageusement pris la défense du sélectionneur. Peu après avoir rendu ma copie à Causeur, samedi, j’ai pu lire Julien Dray sur son profil Facebook. Il expliquait à quel point il respectait Laurent Blanc, qu’il connaissait et considérait comme un homme de gauche sincère. Au passage, l’ancien co-fondateur de SOS Racisme qualifiait Plenel de « toujours aussi démago ». Dans le milieu du foot, on a  pu voir Dominique Rocheteau, connu pour son engagement à gauche, se faire aussi l’avocat du sélectionneur.

Et, ce soir, dans le Monde, on peut lire un entretien fort intéressant de Malek Boutih, ancien président de SOS Racisme. Boutih, secrétaire national du PS aux questions de société, explique que Laurent Blanc n’est pas, en réalité, attaqué pour les raisons invoquées. Mais qu’il se trouve, par sa position et sa réussite actuelle, en position de gêner certains intérêts : « Un jeu de dominos se met en place : la Ligue de football professionnel (LFP) abandonne des prérogatives au profit des grands clubs pour prendre possession, en contre-partie, de la FFF et en particulier, de son joyau, l’équipe de France. Derrière la bataille d’ego, se cache la volonté de copier les modèles anglais ou italien, où la puissance financière s’impose au détriment du monde amateur ». Derrière les beaux principes, qui sont d’ailleurs en meilleure santé dans le foot que dans le milieu politique, ajoute malicieusement Boutih, ce sont donc des histoires de gros sous qui motivent la chasse au Laurent Blanc.

Pour autant, j’ai la désagréable impression que ces soutiens ne suffiront pas. La ministre a donné le ton dès samedi en suspendant Blaquart et tout porte à croire que si l’idée d’établir des quotas pour limiter les binationaux dans les pôles « espoirs » de la Fédé n’a pas été suivie d’effet, elle a bien été évoquée comme solution parmi d’autres dans cette fameuse réunion. Cette seule évocation sera jugée suffisamment répréhensible. Il est alors très probable qu’on ne demandera pas à Laurent Blanc sa démission mais une séance supplémentaire d’auto-flagellation. Il aura alors le choix de s’exécuter ou de partir.  Et s’il avait déjà décidé de tout laisser tomber ? S’il leur disait de se démerder et leur conseillait, en prime, de rappeler Domenech ? La tentation doit être grande chez lui de privilégier cette option. Pour autant, je ne la souhaite pas. Je préférerais que, se sentant soutenu par le président de la FFF Duchaussoy, il décide de tenir bon, de ne pas s’excuser,  et d’aller avec lui affronter les élections fédérales de juin. En expliquant les vrais enjeux aussi clairement que Malek Boutih, nul doute que le monde amateur, majoritaire en voix, leur offrirait un joli triomphe, et enverrait valser Plenel, Thuram, Jouanno et les requins qui se cachent derrière.

Un joli match à jouer, monsieur le sélectionneur. Et à gagner.