A quoi sert Virginie Calmels ?

Son nom n’existait qu’à-côté de celui de Laurent Wauquiez


Après son entretien au vitriol dans Le Parisien, Virginie Calmels a été limogée de son poste de vice-présidente déléguée des Républicains. Mais ces derniers ont sûrement moins perdu qu’elle dans la bataille. 


Virginie Calmels savait-elle que son entretien dominical au Parisien provoquerait de facto son éviction de l’équipe dirigeante des Républicains (LR) ? C’est fort probable. Convenons qu’elle n’y allait pas avec le dos de la cuiller. Evidemment, sa charge contre Laurent Wauquiez et – ce qu’on dit moins depuis dimanche soir – le fait de lui intimer publiquement l’ordre de prendre la tête de liste aux européennes, alors qu’il n’en a nul souhait, ne pouvaient pas passer comme une lettre à La Poste pendant les trente glorieuses. Peu avant vingt-et-une heure, alors que les Brésiliens débutaient la Coupe du Monde contre notre rugueux voisin helvète, LR lâchait son communiqué : Virginie Calmels n’était plus numéro deux du parti.

Virginie qui ?

Mais que croyait donc l’adjointe au maire de Bordeaux lorsqu’elle s’est engagée avec Laurent Wauquiez à l’automne dernier ? Et que croyait ce dernier, lorsqu’il a souhaité former cet improbable tandem ? Nous l’avions alors écrit ici, le duo Wauquiez-Calmels n’avait guère de sens. L’ancienne patronne d’Endemol France s’offrait l’illusion d’avoir sa part dans la victoire du successeur de Nicolas Sarkozy, et un poids politique en général, alors que – je le testerai bientôt – il est fort probable que ma coiffeuse de Besançon n’ait aucune idée de son existence. Quant à Laurent Wauquiez, il brouillait son message d’opposant en s’associant avec une personnalité qui, quoi qu’elle en dise, est idéologiquement très proche d’Emmanuel Macron.

Calmels accuse aujourd’hui Wauquiez de ne pas être rassembleur alors qu’il a, au contraire, tenté de rassembler ce qui est aujourd’hui inconciliable. Comment, en effet, avoir dans le même parti – et pis dans l’équipe dirigeante – Virginie Calmels d’un côté et Julien Aubert ou Guillaume Peltier de l’autre ? Nous l’avions fait remarquer à Eric Ciotti récemment. Il avait nié. Nous ne lui tenons pas rigueur de cette dénégation, figure imposée des conférences de presse.

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Il aura suffi d’un tract qui ne cassait pas trois pattes à un canard pour avoir raison de l’unité de façade. On ne peut pourtant pas dire que Virginie Calmels n’avait aucune influence sur la ligne politique, comme elle le martèle aujourd’hui. N’était-ce pas elle qui donnait le tempo sur les questions économiques, déroulant un discours selon lequel Emmanuel Macron était un fieffé dépensier creusant encore la dette de la France, en continuateur de François Hollande ? On a souvent entendu d’autres membres de l’équipe dirigeante reprendre cette antienne, à l’exception, il est vrai de Peltier et Aubert. Il suffisait alors de faire l’unité sur l’immigration et l’insécurité. D’où le tract.

Et maintenant, Macron ?

Calmels avait pourtant dit à qui voulait l’entendre, il y a deux ans, qu’elle était la « droitière » du clan Juppé. Et qu’elle s’était opposée à tous les autres, sur les thèmes régaliens. Ce n’était pas un malheureux tract qui allait la formaliser ! Lundi soir, au JT de TF1, elle a pourtant lâché les gros mots : « Identitaire », « populiste ». Il fallait aussi qu’elle trouve d’autres mots que Valérie Pécresse, qui avait tenu conférence de presse dans la journée, accusant Wauquiez de « rétrécir la droite ».

Car entre le président de LR et son ex-vice-présidente, c’est bien la seconde qui a perdu le plus dans ce divorce inéluctable. Virginie Calmels ne s’était finalement fait un nom qu’en duo avec Laurent Wauquiez. Aujourd’hui, à quoi sert-elle ? Alain Juppé n’a plus confiance en elle et semble bien décidé à rempiler à Bordeaux. Et pour incarner l’opposition à l’intérieur des Républicains, Valérie Pécresse a déjà pris la place, forte de bien davantage de légitimité. Que lui reste-t-il désormais ? Peut-être l’espoir, pas si improbable, de devenir ministre d’un prochain gouvernement formé par Emmanuel Macron ?

Pour que Wauquiez devienne enfin Wauquiez

Laurent Wauquiez est devant un mur lisse, qu’il doit escalader. De temps en temps, il aperçoit une prise. Elle n’est pas forcément adaptée, mais il fait un petit détour pour l’accrocher. L’image du mur lisse n’est pas de nous. Elle est de Wauquiez lui-même. Confidence d’une hiérarque des Républicains (LR), qui traduit bien le désarroi du premier parti d’opposition en nombre de sièges au Parlement, à défaut de l’être dans les études d’opinion.

Le baudet Wauquiez et la harde des offusqués

Depuis qu’il a décidé de prendre la tête de LR, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est devenu la cible préférée de la presse française. Marine Le Pen dans les choux, il supplante même Jean-Luc Mélenchon dans le hit-parade des détestations de l’intelligentsia. Tout est bon pour se payer Wauquiez. La séquence de la semaine dernière fut un modèle du genre. Wauquiez a été la cible pour deux raisons : l’affaire du tract « Pour que la France reste la France » et la photo en costard-cravate dans les ruines de Mossoul.

Passons rapidement sur la seconde : accompagné par Bruno Jeudy, rédacteur en chef à Paris Match, il s’est laissé photographier par ce dernier de manière improvisée. Bruno Jeudy a posté la photo sur Twitter, déclenchant les moqueries de la twittosphère. Un buzz savamment entretenu par les détracteurs habituels de Laurent Wauquiez qui l’auraient critiqué de la même façon s’il avait été vêtu en treillis, en tenue de plage, et même s’il avait suivi les conseils avisés de Cristina Cordula.

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L’affaire du tract revêt un sens plus politique. Convaincu depuis quelques années que « l’insécurité culturelle » constitue un thème central dans les électorats de toutes les démocraties occidentales, Laurent Wauquiez dégaine un tract au slogan claquant comme un coup de fusil : « Pour que la France reste la France ».

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Les bonnes âmes y voient une parenté avec les tracts du FN, rappelant le « On est chez nous » scandé par les militants frontistes. Elles interpellent les élus LR sur le ton : « Mais vous, le gaulliste – l’humaniste – le libéral (rayer le ou les mentions inutiles), comment pouvez-vous supporter ? Allez-vous distribuer vous-même ce torchon rappelant les heures les plus sombres de la droite décomplexée ? ». « Droite décomplexée », dites-vous ? N’est-ce pas un concept cher à Jean-François Copé qui semblait, invité ce dimanche sur l’antenne d’Europe 1, oublieux de son passé « petit pain au chocolat », se désolidarisant du tract en question, toute honte bue. Pourtant, ce slogan n’a pas été inventé par Wauquiez. C’est d’ailleurs la principale critique qu’on pourrait lui adresser : le manque d’originalité.

« Pour que la France reste la France », un slogan socialiste

Figurez-vous qu’il a été utilisé par feu « la belle alliance populaire » de Jean-Christophe Cambadélis, dans un tract distribué par les militants socialistes en 2016. Il était précédé par la mention « Front des progressistes », certes, et n’évoquait ni le terrorisme, ni le communautarisme, ni l’immigration mais plutôt la protection sociale et tous les acquis sociaux du siècle dernier. Mais à dire vrai, l’intention était la même, en miroir inversé. Il s’agissait de dénoncer une dépossession, celle que vivent les peuples d’Europe. Que la gauche la prenne en compte à sa manière et que la droite le fasse à la sienne, on ne peut juste que déplorer leur hémiplégie à tous les deux, mais constater qu’elle est bien ressentie comme telle. Ceux qui dénonçaient le tract de LR ce week-end ne comprennent rien au film qui se joue en ce moment dans nos contrées, ou le comprennent trop bien, ce qui est pire, puisque méprisant ce refus des peuples alors qu’il faudrait le comprendre, l’analyser, le prendre en considération.

Le haro sur Wauquiez peut se voir dans d’autres attitudes médiatiques. Ainsi, le barouf créé autour de la création de l’école de Marion Maréchal, de la participation de cette dernière à un colloque sur Mai 68 et surtout autour du délestage de la partie « Le Pen » de son patronyme, était sans doute, consciemment et inconsciemment, entretenu pour enquiquiner l’homme à la parka rouge. Et tout cela répond à merveille aux desseins de l’Elysée qui voit en lui le seul à pouvoir l’inquiéter dans un futur second tour en 2022, profitant éventuellement de l’abstention des « insoumis ».

Dans la droite ligne de Chirac et Sarkozy

Tout est bon pour l’étouffer, l’empêcher de respirer, le ridiculiser. Mais convenons que Wauquiez lui-même ne s’aide pas. La séquence des confidences aux étudiants lyonnais a validé le soupçon qui pesait sur lui depuis quelques années : l’insincérité politique. Comment croire un homme qui avoue user de « bullshit médiatique » sur les plateaux ? Comment croire un homme qui passe en quelques années de la figure tutélaire de Jacques Barrot à l’ombre planante de Patrick Buisson ? Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy étaient finalement parvenus après de longues années à faire oublier leur parcours sinueux et faire de leurs contradictions une richesse, suscitant une audience plus large. Ils n’avaient pas été ménagés par la presse non plus, accusés l’un après l’autre de s’acoquiner avec les thèmes de l’extrême droite, de « Facho-Chirac » aux « odeurs », et du Kärcher au « mouton dans la baignoire ». Laurent Wauquiez peut-il, comme ses prédécesseurs, inverser la tendance ? Ce n’est pas exclu, à condition toutefois qu’il ne se trompe pas de stratégie, et qu’il comprenne complètement que le paysage politique a changé, que le clivage droite-gauche, s’il subsiste culturellement, n’est plus le clivage fondamental, ainsi que l’ont analysé les politologues Jérôme Sainte-Marie et Jérôme Fourquet, et un autre spécialiste pratiquant sis rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris.

Reculer pour mieux sauter

Et le président de LR n’en montre pas les signes, tentant maladroitement et contre toute raison électorale, de convaincre que le quinquennat Macron se situe dans la droite ligne de celui de son prédécesseur. Non, Jupiter n’est pas le fils spirituel de Flanby. Personne ne peut croire cela, à part peut-être au siège de LR. Ceux qui répètent à l’envi cette antienne se fourvoient et doivent remiser leurs vieux réflexes au vestiaire. Ils ont certes raison de combattre l’idée que Macron serait le président dont la droite avait rêvé, mais ce n’est pas une raison pour en faire celui de la gauche.

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Il ne faut pas s’interdire de penser que Laurent Wauquiez soit conscient de tout cela, au moins en partie. Mais il semble enfermé dans une course contre le temps, et est obsédé par l’unité de son parti. En parant au plus pressé avec les vieux réflexes, il aggrave paradoxalement son temps de passage, et n’améliore pas davantage la cohésion de LR. Pour cela, il doit peut-être abandonner son objectif de grimper au mur lisse, reculer, observer. Il verra peut-être une porte qu’il ne distinguait pas jusque-là ou qu’il refusait d’emprunter.

 

À LR, on ne change pas une équipe qui perd

Eric Ciotti était de passage à Besançon lundi, invité par la fédé’ locale des Républicains (LR). Avant qu’il ne se rende à deux réunions successives devant les militants, il tenait une conférence de presse à la permanence du parti présidé par Laurent Wauquiez, située depuis une trentaine d’années sur la place Victor Hugo, à quelques mètres de la maison natale de l’écrivain. La secrétaire générale de LR, Annie Genevard, député du Haut-Doubs, était présente pour l’accueillir, ainsi que le sénateur Grosperrin, qui ne pouvait ignorer la présence de celui qui préside la commission nationale d’investiture, puisqu’il compte, dit-on, guigner à nouveau la mairie de Besançon en 2020.

L’UMP renaîtra de ses cendres

C’était donc l’occasion d’interroger Eric Ciotti, sur la prochaine échéance électorale, celle des élections européennes, prévues dans une année tout juste. Alors que Laurent Wauquiez a décidé que la ligne du parti serait fixée lors d’un remue-méninges à Menton, à deux pas de Nice, fief de Ciotti. A croire ce dernier, il n’y aurait pas deux lignes irréconciliables sur le sujet européen, ce que je me suis permis de lui suggérer d’emblée. Entre Guillaume Peltier ou Julien Aubert, lequel avait réuni son think-tank Oser la France le week-end précédent, et Virginie Calmels, le député niçois ne voyait nul fossé, rien qui ne pouvait rappeler les fractures des années 1990, entre Pasqua-Séguin d’un côté, et Chirac-Juppé de l’autre. Et – ô miracle ! – l’immigration constituait le dénominateur commun, permettant d’unir tout ce petit monde, évitant ainsi tous les sujet qui fâchent et divisent. Le choix de Menton, située à quelques kilomètres de la frontière italienne, ne devait alors rien au hasard.

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Plus largement, Eric Ciotti ne croit guère à la recomposition. Ou, en tout cas, il pense que ce quinquennat Macron ne constitue qu’une parenthèse historique. Les plaques tectoniques sont amenées à se repositionner comme avant, celle de droite comme celle de gauche ; LR ne ressemble aucunement à une Californie menacée par la faille de San Andréas, comme je lui ai cruellement suggéré. Le retour du bon vieux temps est espéré, tout le monde se retrouvera à la fin de l’aventure au banquet, se gavant de sanglier à la broche après que Ciottix et ses amis auront donné les dernières baffes aux légionnaires de Jupiter Macron.

Un pour tous et tous contre eux

Eric Ciotti se berce-t-il d’illusions ? S’en remet-il à la méthode du bon docteur Coué ou nous gratifie-t-il d’une langue de teck ? Faisons le pari de la lucidité et penchons plutôt pour la troisième solution. Il n’était pas raisonnable de penser que le député de Nice nous avoue lundi que son parti ne parviendrait pas à trouver cohérence et unité sur l’Europe et soit condamné à subir la recomposition au forceps initiée à l’Elysée, laquelle consiste depuis quelques mois à étouffer Laurent Wauquiez. En revanche, lorsque je l’ai interrogé sur la possibilité d’une alliance avec Nicolas Dupont-Aignan, ne pouvait-il pas éviter d’insulter l’avenir ? Certes, l’alliance avec le FN est exclue d’emblée par Laurent Wauquiez. Mais en décrétant Nicolas Dupont-Aignan « intouchable », parce qu’il avait touché « l’intouchable » Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle, Eric Ciotti et les autres dirigeants de LR ne se privent-ils pas d’un allié, prenant un poids de plus en plus important dans le paysage de ce qui reste de la droite ? Au jeu de l’intouchable, on peut aller loin. Car à Angers, Nicolas Dupont-Aignan a lui-même touché Thierry Mariani qui est toujours membre des Républicains et qui touche donc Wauquiez.

« Dans un jeu à trois puissances, il faut être l’une des deux »

Il n’est pas interdit de penser qu’Eric Ciotti, comme Laurent Wauquiez pourraient voir leur position évoluer dans un an, après le scrutin européen. Entre une liste FN conduite par Nicolas Bay ou Louis Aliot, et celle conduite par Virginie Calmels – c’est elle qui tient la corde pour l’instant – le patron de Debout La France (DLF) pourrait très bien constituer la surprise des européennes et faire jeu égal avec Les Républicains. Disposant aujourd’hui d’une cote flatteuse dans l’électorat de droite, Nicolas Dupont-Aignan, qui a abandonné le souverainisme pour se muer en Fourier de l’union des droites, ne peut plus être méprisé comme il y a cinq ans. Eric Ciotti devrait méditer la citation de Bismarck : « Dans un jeu à trois puissances, il faut être l’une des deux ». Laisser DLF dans les bras de Marine Le Pen ne constitue donc pas, à cette aune, une tactique de bon aloi.

Mais d’ici à l’an prochain, l’Italie aura sans doute revoté. Les cousins transalpins auront peut-être renvoyé le président Mattarella à ses chères études, confirmant leur volonté de voir gouverner la coalition Lega-M5S. Mattarella, que le président Macron a félicité lundi, comme si céder aux oukazes de Mario Draghi et Jean-Claude Juncker constituait un acte de courage. Dans quel état se trouvera l’Europe dans un an, quand les électeurs européens se rendront aux urnes ? Et que pèseront la langue de bois d’Eric Ciotti à Besançon et les reproches que je viens de lui faire, qui s’avéreraient alors complètement périmés ?

Le moment où Edouard Philippe a compris que le juppéisme méritait mieux que Juppé

Le documentaire sur Edouard Philippe qui explique l’échec du « meilleur d’entre nous »

Mardi soir, le compte Twitter des Républicains se montrait plutôt chafouin :

les Républicains

@lesRepublicains

Une semaine après le documentaire sur Emmanuel Macron par son copain nommé à LCP, le documentaire sur Edouard Philippe par son copain d’enfance. Demain, le documentaire sur Gérald Darmanin par Thierry Solère ?

Deux documentaires consacrés aux deux têtes de l’exécutif, et réalisés par des proches respectifs, cela pouvait effectivement sembler beaucoup trop. A première vue seulement. Car autant le documentaire de Bertrand Delais permettait bien à Emmanuel Macron de dérouler tranquillement sa communication, autant ce n’était pas du tout le but de celui de Laurent Cibien. Le deuxième épisode de « Edouard, mon pote de droite », répond à d’autres objectifs.

Juppé comme jamais

Le premier avait montré les coulisses de la campagne municipale du Havre de 2014, à travers Edouard Philippe, alors totalement inconnu de la population française, Seine-Maritime exclue. Il avait fait connaître un personnage intéressant, celui d’un homme politique vu par un documentariste du bord politique opposé, alors qu’ils étaient assis sur les mêmes bancs au lycée Janson-de-Sailly.

Cette fois, il était question de la campagne de la primaire, puisqu’Edouard Philippe comptait parmi les principaux lieutenants d’Alain Juppé, longtemps favori de la presse, des élites, et des sondages réunis. Les confidences d’ « Edouard » à « son pote », les réunions auxquelles nous avons le droit d’assister, les réactions du maire du Havre en direct au téléphone, ses agacements, la manière dont il appréhende les relations avec les journalistes, tout est enrichissant sur ce moment politique important, la primaire de droite de 2016, qui restera sans doute comme la seule de l’histoire, tant elle n’aura pas servi de marchepied pour le pouvoir, comme initialement prévu, mais comme peau de banane magnifique.

Sarkocentré

On apprend à cette occasion que l’actuel Premier ministre est un bien piètre pronostiqueur. Il est vrai que ce n’est pas ce qu’on demande à un dirigeant politique, et qu’il est loin d’être le seul à avoir été démenti lors de la séquence politique 2016-2017, sans doute l’une des plus imprévisibles de l’histoire de la République. Sur les chances d’Emmanuel Macron, sur la non-candidature de François Hollande, sur les rapports de forces entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon, la veille du premier tour de la primaire, Edouard Philippe se plante, et en beauté.

C’est en fait sur Nicolas Sarkozy qu’il se trompe le plus, l’imaginant toujours plus haut qu’il ne l’est réellement. C’est d’autant plus étonnant que, dans un déjeuner avec des journalistes à l’été 2016, il livre un ressenti tout à fait réaliste de l’humeur droitière qu’il hume auprès de son terrain normand : « Je suis frappé par le nombre de gens à droite qui disent que Sarko, on a vu et on ne reverra jamais. Il dit tout, son contraire et l’inverse ». Edouard Philippe avait pris là, la bonne température et il aurait mieux fait de s’en imprégner lui-même, plutôt que de jeter ceci à des journalistes, comme des os à ronger, pour les influencer, comme il le confie juste après le repas. Au lieu de cela, comme toute la garde rapprochée de Juppé, il semble obsédé par Sarkozy, et ne croit jamais à la percée d’un troisième homme. Cela le conduit aussi à adopter les mêmes réflexes sarkozyens, faisant de la presse, de l’Adversaire et des animateurs du débat en général, les responsables de la piètre qualité de ce dernier : « On ne parle pas de justice sociale, on ne parle pas de politique culturelle, on ne parle pas d’Europe. On parle du jambon et des frites ».

« J’me casse, ça m’fait chier ».

Si Alain Juppé et son équipe, malgré les bons sondages, et peut-être à cause d’eux, n’a pas réussi à imposer ses thèmes dans le débat, ce n’est pas la faute de la presse, des réseaux sociaux et du monde méchant qui l’entourait, c’est avant tout à cause de sa mauvaise campagne. L’échange avec Ruth Elkrief, le soir du premier tour dans un salon de BFM TV déçoit. Philippe reproche aux journalistes d’avoir favorisé Fillon pendant la dernière semaine, par la tonalité des commentaires. Ruth Elkrief rétorque qu’elle ne faisait que rendre compte de ce qui se passait. Ce qui est objectivement la réalité. A Besançon, chez son coiffeur ou au marché, on ressentait exactement la même chose, et cela n’avait rien à voir avec ce qui se passait dans les chaînes info.

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Que le réalisateur soit remercié d’avoir retenu deux scènes d’anthologie dans son documentaire. La première se passe dans la dernière ligne droite. Benoist Apparu anime une réunion. Virginie Calmels intervient pour dire les dégâts faits par le phénomène « Ali Juppé » dans les réseaux sociaux et sur le terrain, notamment cette histoire de mosquée qui n’existe pas. Edouard Philippe prend le parti de ne pas s’attarder sur cette histoire, objectant que si Juppé est associé à Tareq Oubrou sur le web, Sarkozy est associé à Kadhafi. Ce genre de coups est courant en campagne et Juppé n’est pas forcément le plus perdant à ce jeu-là. Le problème, qu’il ne voit pas, c’est que le danger n’est pas Sarkozy. Mais Calmels ne le voit pas davantage. Le plus drôle dans cette scène, c’est l’idée farfelue qu’imagine Benoist Apparu pour mettre tout le monde d’accord : demander à Calmels d’organiser une rencontre entre Alain Juppé et l’évêque à Bordeaux, et faire prendre une photo pour la poster sur Twitter et créer ainsi un contrefeu. Alors qu’on reprochait les accommodements déraisonnables de Juppé avec la laïcité, c’eût été pire que tout. Du reste, Edouard Philippe quitte la réunion à ce moment-là, grommelant : « J’me casse, ça m’fait chier ».

On a marché sur Juppé

La deuxième scène se passe le soir du premier tour. Edouard Philippe est dans le studio d’une radio et semble consterné par le fait qu’Alain Juppé soit tenté de se retirer et de ne pas disputer le second tour. Il y a de quoi être saisi par ce sentiment. Finalement, Alain Juppé ne se retirera pas et enverra des boules puantes à son adversaire. Ce n’est pas Philippe qui se pose cette question mais votre serviteur : n’y avait-il pas une voie entre tout arrêter et déstabiliser le futur candidat de la droite ? Finir la campagne dignement, par exemple ? De cela, Juppé était incapable.

Comme de mener une campagne présidentielle tout court, d’ailleurs. Car il est là, le véritable enseignement de ce documentaire et de cette campagne primaire d’Alain Juppé. Voilà un homme qui bénéficiait d’une autoroute pour être désigné, qui avait la possibilité d’imposer ses thèmes, puisque la presse était bienveillante avec lui, pour le moins. Et il en a été incapable, subissant tout, se montrant – mais ce n’était pas une nouveauté – piètre orateur et piètre débatteur. Alors qu’Edouard Philippe, dès le début du reportage prévoit la recomposition du paysage politique qui va naître de la campagne présidentielle, et que ses idées – et donc celles de Juppé – sont amenées à être au pouvoir dans les six mois, le maire de Bordeaux est infoutu d’en être à l’origine. Le juppéisme devait arriver au pouvoir. Edouard Philippe devait arriver au pouvoir – profitant de la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Mais sans Juppé. Le problème n’était pas le juppéisme, mais Alain Juppé lui-même.

Ce n’est jamais dit dans le documentaire, mais il y a quelque chose qui nous le fait comprendre. Quelque chose qui flotte au-dessus de ces scènes de vie. Edouard Philippe ne veut pas se l’avouer ou ne veut surtout pas le dire à « son pote de gauche », mais il sait. C’est sans doute pour cette raison que, du premier cercle juppéiste, il n’ira pas à Bordeaux, avec Boyer et Apparu, tenter de convaincre Juppé de se déclarer candidat le lendemain du Trocadéro. Et que Macron pensera à lui pour Matignon.

Violences: comme un pavé dans la mare du président

Macron adopte le parti du Désordre


Emmanuel Macron avait l’intention d’incarner le parti de l’Ordre. Mais les violences du 1er mai ont sérieusement écorné l’image qu’il comptait renvoyer, au point de voir resurgir l’ombre d’un ancien président…


La semaine du fameux match opposant Emmanuel Macron au duo autoproclamé  « irrévérencieux » Bourdin-Plenel – qui, à leur corps défendant, a bien profité au président – le locataire de l’Elysée avait programmé une séquence. Dès le lundi matin, avant même que nous apprenions qu’il irait se mesurer aux vedettes de Mediapart et BFM TV, les forces de police s’approchaient de Notre-Dame-Des-Landes. Il devait aussi aller le jeudi midi discuter avec Jean-Pierre Pernaut, l’homme qui murmure à l’oreille des retraités de France. Toute la semaine était placée sous le signe du parti de l’Ordre, comme on disait au mitan du XIXe siècle. Autorité et Réconciliation, nous susurrait-on du côté du Château.

Le parti de l’Ordre vacille déjà

Bref, il s’agissait de gagner des points à droite, d’étouffer Laurent Wauquiez, dont on craint qu’il n’arrive peu à peu à reconstituer le socle réuni par François Fillon il y a un an. Qui sait si ces vingt points ne suffiront pas, en 2022, pour accrocher le strapontin du second tour ? Avec une abstention forte des Insoumis, prônée par ses dirigeants, ce serait alors gagné pour l’homme à la parka rouge. Il fallait donc priver Wauquiez d’oxygène immédiatement. L’isoler, le pilonner, le moquer, le trianguler, aller sur son terrain. Le sondage indiquant le président de LR à 8% arrivait à point, juste après ladite séquence. « Jupiter » pouvait savourer son bon coup, sous les vivas de la foule médiatique.

Sauf que.

Lorsqu’on joue à incarner le parti de l’Ordre, il faut pouvoir l’assumer au-delà d’une séquence d’une semaine et deux émissions de télé réussies. Et de quoi s’aperçoit-on depuis quinze jours ? Notre-Dame-Des-Landes n’a toujours pas été évacuée de ses zadistes ; les images de Tolbiac vandalisée ont été vues par toute la France ; du côté de la frontière franco-italienne, Génération Identitaire joue aux garde-frontières, sous le regard passif du ministre de l’Intérieur ; et des centaines de militants cagoulés s’installent en tête de la manif du 1er mai, et commettent leurs exactions habituelles. Ce printemps 2018 n’est pas terminé que le parti de l’Ordre vacille déjà.

Chienlit, Kärcher et Jupiter

Cette perception ne se traduira pas immédiatement dans les études d’opinion mais l’idée qu’il vacille avance imperturbablement. Le charisme et l’énergie du ministre de l’Intérieur commencent à être mis en cause et il se pourrait bien que cela soit en partie injuste. Celui qui a voulu s’ériger en parti de l’Ordre, et le marteler dans cette première quinzaine d’avril, c’est « Jupiter » lui-même. Jupiter contre la chienlit ! Et si la chienlit s’installe, c’est donc Jupiter qui sera le seul responsable. Le seul coupable.

Il me revient une expression célèbre. Un ministre de l’Intérieur, qui ne pensait pas à l’Elysée qu’en se rasant, avait un jour évoqué la volonté de passer le Kärcher dans des territoires perdus de la République. Il avait tout fait pour qu’on l’associe à cet outil de nettoyage germanique. Il n’est pas complètement impossible que cela put l’aider à accéder au pouvoir suprême quelques années plus tard. Mais le Kärcher fut remisé dans un placard. Et, dans l’électorat populaire, on a beaucoup dit en 2012 que le président sortant n’avait pas perdu parce qu’il avait voulu passer le Kärcher, mais parce qu’il y avait piteusement renoncé. On évoque souvent les bonnes relations entre Emmanuel Macron et cet ancien président. Sans doute ce dernier aurait pu mettre en garde l’actuel chef de l’Etat. Malheureusement, il aurait fallu que lui-même, pour prodiguer un tel conseil, ait quelque capacité à l’autocritique.

Evidemment, comme le style de Nicolas Sarkozy – tout le monde l’aura reconnu, sous son loup – et celui d’Emmanuel Macron sont fort différents, le parallélisme des situations n’est pas parfait. « Jupiter » se meut bien plus en douceur, dans le style gaullo-mitterrandien. Mais l’intention était malgré tout la même. Incarner l’Ordre. L’Autorité de l’Etat. Qu’on le fasse en plastronnant ou lors d’une séquence de communication réussie, il faut pouvoir assumer derrière. Dans le cas contraire, tout cela apparaît tôt ou tard, comme un lancer de boomerang mal ajusté. Et il n’est pas facile de rattraper l’objet dans ces conditions.

Emmanuel Macron peut remercier Bourdin et Plenel


Hier soir, pendant plus de deux heures et demi, en mordant les mollets du président sur l’islam, l’immigration ou Notre-dame-des-Landes, ses deux contradicteurs Bourdin et Plenel lui ont permis de gagner des points à droite. 


Après le « good cop » Pernaut de jeudi, Emmanuel Macron était donc confronté à deux « bad cops », ce dimanche soir. Le ton de Jean-Jacques Bourdin et d’Edwy Plenel, et leur tendance à transformer leurs questions en plaidoyers politiqus, étaient évidemment prévus par le président de la République. Il s’y était manifestement préparé et c’était sans aucun doute une volonté de sa part d’y être soumis.

Jupiter conforté sur son trône

Tout l’objectif des deux journalistes était de faire descendre Jupiter de son trône, celui du monarque républicain. Tout l’objectif d’Emmanuel Macron était de demeurer sur son trône pendant l’émission. L’essentiel n’était pas pour lui de réussir à tous les coups, mais de démontrer que ledit trône existe encore. Sur ce plan, la partie était gagnée d’avance, grâce à l’aide des deux boxeurs qu’il avait en face de lui. En s’efforçant de toujours l’appeler par son nom et jamais par son titre, Bourdin et Plenel, en voulant le faire descendre du trône, en confortaient paradoxalement la stature. Ils faisaient oublier que toute la politique d’adaptation à la mondialisation d’Emmanuel Macron ne constitue, par définition, que le produit d’une contrainte extérieure, et que le trône est parti depuis longtemps du pays, surtout dans le domaine économique.

Plenel, gauchiste de service

En matière internationale, tout l’objectif d’Emmanuel Macron a été de se placer en tant qu’acteur diplomatique majeur et apôtre du multilatéralisme, après les frappes sur la Syrie. Ce n’était pas gagné d’avance, convenons-en mais son explication fut plutôt habile. Elle ne sera réellement convaincante que si les promesses d’actes diplomatiques d’ampleur sont tenues, en particulier en direction de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

C’est sur les sujets nationaux que la bagarre avec Bourdin et Plenel s’est tenue. Sur les dossiers fiscaux, sur la santé, sur la SNCF comme sur les universités et Notre-Dame-Des-Landes, Jean-Jacques Bourdin donnait, comme pour ses entretiens habituels, l’impression d’engueuler le président, ce qui n’avait pas l’air d’émouvoir particulièrement ce dernier, qui préférait réserver des piques à Edwy Plenel. Le patron de Mediapart a joué le rôle pour lequel il avait été choisi : le gauchiste de service, faisant apparaître Emmanuel Macron comme le dépositaire de l’ordre et l’autorité républicains. Plenel savait-il en arrivant à Chaillot qu’il jouerait aussi admirablement le rôle d’idiot utile du macronisme ?

Macron réservé face au voile

Après avoir interrogé le président sur l’inutile sujet du livre de François Hollande, Jean-Jacques Bourdin a eu la bonne idée de le questionner sur l’islam. Les questions étaient précises, notamment sur l’état d’esprit d’une bonne partie de la jeunesse musulmane. On n’est pas forcément certain que la fermeture de trois mosquées et la division par deux du nombre d’élèves par classe aient été de nature à rassurer les téléspectateurs. Sur ce sujet, Edwy Plenel a cru bon de ramener la question du voile islamique porté par les accompagnatrices des sorties scolaires. Cela a donné l’occasion à Emmanuel Macron de livrer ses réserves sur ce vêtement, dont il a dit qu’il était étranger à la civilité française, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’à présent.

Feu sur Wauquiez!

Sur l’immigration, Edwy Plenel a également permis au président de la République d’apparaître plus ferme qu’il ne l’est réellement, se plaçant ainsi sur le terrain qu’il voulait occuper, celui du président de LR Laurent Wauquiez. De l’évacuation de Notre-Dame-Des Landes au journal de Pernaut, et du discours des Bernardins aux baffes à Plenel, cette semaine constituait bien une offensive territoriale contre l’homme à la parka rouge, considéré aujourd’hui comme le danger numéro un pour 2022.

Denis Balbir, carton rouge d’une croisade morale


Pour avoir malencontreusement prononcé le mot « pédé » en se croyant hors antenne, le commentateur est exécuté en place publique. Au nom de la lutte contre l’homophobie, on abolit la vie privée…


Dans Le goût des autres, la réalisatrice Agnès Jaoui met en scène un petit patron beauf, joué par Jean-Pierre Bacri, qui a le malheur de prononcer le mot « pédé » sous sa forme d’insulte familière. Immédiatement, un acheteur d’arts homosexuel lui fait remarquer vertement ce que cette insulte a d’homophobe.

Finalement, le beauf joué par Bacri se révélera beaucoup plus sympathique et ouvert d’esprit que le snob incarné par Wladimir Yordanoff, lequel sera suspecté de vouloir profiter de l’inculture dudit homophobe pour lui vendre une fresque de son fiancé. Jaoui n’est pas suspecte de nager dans l’univers de la droite Manif pour tous ni de celui de certaines tribunes dont les « Oh hisse, enculé ! » fleurissent contre le gardien de but adverse. Mais, lorsqu’on découvre hier matin l’affaire Balbir qui a mis le feu à Twitter, on ne peut s’empêcher de demander si, dix-huit ans après, ce film pourrait encore recueillir le César du meilleur film. Le temps est aujourd’hui aux « Social Justice Warriors » (SJW), il n’est plus à la complexité.

En marge du match de Ligue Europa OM-Leipzig qu’il commentait avec Jean-Marc Ferreri, Denis Balbir a utilisé la même expression que Jean-Jacques Castella du Goût des autres contre les joueurs de Leipzig qui ont mordu la poussière hier soir au Stade Vélodrome.

Mais il ne l’a pas dit à l’antenne, ce qui aurait effectivement constitué une faute professionnelle. Il l’a glissé à son comparse après le match, hors-antenne. Il l’a fait dans un contexte et au cours d’une conversation strictement privés. Seulement voilà, il y avait dans la chaîne quelqu’un qui a capturé la phrase et qui a décidé de la balancer sur les réseaux sociaux. Les excuses de Denis Balbir n’y ont rien fait, il a été suspendu de ses fonctions par le groupe M6 en quelques heures. Sa carrière professionnelle est aujourd’hui en danger de mort, pour une parole prononcée dans un cadre privé.

A tous ceux qui pensent que l’important, c’est que le combat contre l’homophobie soit gagné et qui considèrent que cela passe par le recul d’expressions qui y contribuent, ce que nous pouvons approuver, il faut poser la question suivante : tous les coups sont-ils permis ? Faut-il, de manière déloyale, traquer la parole privée et l’assimiler désormais à la parole publique ? S’ils répondent positivement à cette première interrogation, il leur faudra aussi répondre à la seconde : sont-ils si irréprochables en privé ? N’y ont-ils jamais prononcé la moindre parole qui pourrait déclencher le courroux numérique d’une meute des justiciers du Net ? Qu’ils prennent quelques secondes pour bien y réfléchir ! Peut-être alors se rendront-ils compte du monde dans lequel ils nous plongent, doucement mais sûrement.

Il faut, au contraire, augmenter le nombre de parlementaires

Réduire leur nombre serait aussi néfaste que démagogique


La réforme des institutions présentée, le 4 avril, par le Premier ministre Edouard Philippe prévoit une réduction du nombre de parlementaires. Un projet démagogique qui renforcera la France des villes et le pouvoir du président Macron.


Depuis quelques années, une large majorité des forces politiques, pour une fois en phase avec la majorité des sondés, se prononce pour une réduction du nombre de parlementaires. Un jour, quelqu’un a décrété que députés et sénateurs étaient décidément trop nombreux et que cela coûtait trop cher au contribuable. On en a profité pour expliquer que nous possédions un nombre record de parlementaires payés à ne rien faire, et l’idée s’est installée. Ne craignant aucun paradoxe, certains ajoutaient qu’il valait mieux avoir moins de députés et qu’ils puissent recruter davantage d’assistants, ce qui entrait en collision avec le premier objectif cité de réduire les coûts, tout en favorisant le népotisme par rapport à la démocratie.

La France n’est pas l’Amérique

En fait, nous n’avons pas trop de parlementaires. Au lieu de comparer avec l’Etat fédéral américain – comble de la malhonnêteté intellectuelle -, comparons plutôt avec un pays de taille et structure équivalentes, comme le Royaume-Uni, et on constatera qu’il ne faudrait pas réduire le nombre de parlementaires mais plutôt l’augmenter.

On a l’habitude. Quand il avait fallu réduire le nombre de régions, il avait été martelé pendant des années que nos régions étaient moins peuplées que celles de notre voisin et principal partenaire allemand. Or, les régions françaises d’avant 2015 étaient en moyenne déjà plus peuplées que les Länder. Ce n’était pas la taille des régions allemandes qui faisaient leur force mais les compétences dont elles avaient la charge. A l’heure où le gouvernement prétend lutter contre les fameuses « fake news », peut-être faudrait-il, plutôt que de les entretenir, tordre le cou à ces légendes urbaines.

La « France périphérique » a besoin de parlementaires

En fait, pour se faire bien voir de certains électeurs qui pensent qu’ils sont trop nombreux pour le peu de travail qu’ils semblent effectuer, ce qui est d’ailleurs le plus souvent injuste, les partis politiques avaient quasiment tous intégré cette réduction du nombre de parlementaires dans leurs programmes. Ainsi, il est piquant d’entendre aujourd’hui Bruno Retailleau, l’un des plus proches de François Fillon, s’alarmer du danger que fait peser cette mesure sur la représentation des territoires alors que son ami proposait de tailler à la hache dans les effectifs de députés et sénateurs. Il faut dire que François Fillon proposait de tailler à la hache dans tous les effectifs dont il aurait eu la charge, ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la chute qu’il a subi entre le 1erdécembre 2016 et le 25 janvier 2017, chute bien plus forte, rappelons-le, que celle qu’il a connu ensuite après les révélations du Canard enchaîné. Mais puisque Bruno Retailleau et autres anciens soutiens de François Fillon se sentent dorénavant plus soucieux de la représentativité de tous les territoires, ne boudons pas notre satisfaction.

Car l’heure est à la dénonciation – légitime la plupart du temps – de « Macron, l’homme des métropoles ». Diminuer le nombre des députés et sénateurs, c’est augmenter le nombre de communes qu’un parlementaire de la France périphérique devra couvrir dans sa circonscription, alors que celui de la France urbaine aura la partie la plus facile. Diminuer ce nombre, cela se traduira forcément par un avantage pour les métropoles, celle qui a voté le plus pour le président de la République. Diminuer ce nombre, enfin, en ajoutant une dose de 15% d’élus à la proportionnelle désignés par les appareils politiques parisiens, réduira considérablement le poids des territoires dans les choix publics. Tout le contraire de ce qu’il faut faire pour renouer avec une cohésion nationale et réconcilier France des villes et France des champs.

La République au pas

Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision d’Emmanuel Macron n’est pas seulement dirigée contre les adversaires de La République En Marche (LREM). Elle est en fait dirigée principalement contre les députés du parti présidentiel. En se réservant le droit de désigner directement, grâce à la proportionnelle, une partie des futurs élus à l’Assemblée nationale, et de diminuer une bonne partie des futurs effectifs du groupe parlementaire LREM élus dans les territoires, il pose sur leur tempe la menace de ne pas être reconduits dans leurs fonctions en 2022. L’investiture sera très chère et on le leur signifie. Quelle meilleure arme pour calmer une majorité hétérogène, faite de membres sélectionnés sans doute très rapidement l’an dernier, et qui pourrait commencer à se montrer un peu remuante voire frondeuse ?

On a beau expliquer à l’Elysée qu’un tiers des parlementaires LREM ne travaille pas ou peu et qu’il ne serait pas illégitime de ne conserver que les députés utiles à la nation, on se montre dubitatif, expérience aidant, sur le fait que le tiers de députés qui disparaîtra de la circulation sera celle qui comprend les moins travailleurs. Les « godillots » seront forcément favorisés. Les personnalités indépendantes et de conviction seront éliminées. Il n’y aura que des perdants à cette réforme démagogique : les territoires, les convictions, le citoyen et même le contribuable. Si, par chance, cette réforme de nos institutions est soumise au référendum, on espère que des personnalités fortes mouilleront leur chemise pour l’expliquer.

Qui sauvera la peau du FC Sochaux ?

Les initiatives se multiplient pour le sauver de son propriétaire hongkongais


Monument du foot français, le FC Sochaux est menacé de couler avec son propriétaire hongkongais. Pour le sauver, les initiatives se multiplient.


Les lecteurs de Causeur ont pris l’habitude de suivre les mésaventures du club de foot favori de l’auteur de ces lignes. Dès mai 2015, nous avions dit nos craintes en voyant débarquer un nouveau propriétaire hongkongais dont le manque de solidité financière rivalisait avec le flou du projet. Nos craintes ne se sont pas apaisées, peu s’en fallait, en observant les premiers pas du nouveau président du club, nanti d’une personnalité aussi mystérieuse que fantasque. Nous avons ensuite rendu compte des premiers pas d’une fronde menée par l’ensemble des groupes de supporteurs, conscients de l’extrême dangerosité que faisait courir ce propriétaire au plus vieux club professionnel français.

Menace de rétrogradation 

Et nous avions fini par prendre personnellement la plume en novembre dernier, adressant à l’ambassadeur de la République populaire de Chine en France, une lettre ouverte, alertant Son Excellence sur la piètre image que donnait Wing-Sang-Li des investissements chinois dans notre pays. Ce courrier a connu un destin particulier puisque le collectif des groupes de supporteurs sochaliens « Sochaux United » a souhaité le reprendre à son compte et que deux sénateurs, Cédric Perrin (LR) et Martial Bourquin (PS) l’ont fait parvenir personnellement à l’ambassadeur.

Il faut préciser qu’entretemps, la DNCG, gendarme financier du football professionnel français, s’était inquiété de l’avenir financier du club et avait réclamé des garanties à Wing-Sang-Li dont le cours de l’action du groupe qu’il dirige est suspendu depuis des mois à la bourse de Hong-Kong, et sur le coup de menaces de mise en faillite personnelle. Résultat : c’est le FCSM qu’on menace désormais de reléguer administrativement dans la division inférieure, faisant planer le spectre d’un dépôt de bilan qui ferait redémarrer le club en National 3, c’est à dire le cinquième niveau du football français.

Ces admonestations de la DNCG ont provoqué un véritable émoi dans la région, faisant sortir les élus de la réserve qui les caractérisait jusque-là. Ainsi, le président de l’agglomération de Montbéliard, collectivité propriétaire du stade du club, a mené une délégation au ministère des Sports, dont on peine à voir les résultats à l’heure actuelle, d’autant que Charles Demouge, est tombé quelques jours plus tard dans les bras de Wing-Sang-Li au moment du but de la victoire sochalienne contre Le Havre, suscitant la consternation peinée des élus qui occupaient ce soir-là la tribune officielle du stade Bonal.

Deux sénateurs rencontrent l’ambassadeur

Plus sérieuse semblait donc la voie diplomatique empruntée par les deux sénateurs, et en particulier Cédric Perrin qui a donc fini par obtenir son rendez-vous à l’ambassade de Chine avec la conseillère économique de Son Excellence. Il a donc pu lui faire part de l’inquiétude des supporteurs comme d’une bonne partie de la population locale, attaché à ce club, véritable institution pour les Francs-Comtois, les habitants du sud et de l’Alsace et beaucoup de connaisseurs du foot dans la France entière, lui remettant à cette occasion un dossier très fourni et documenté. Parallèlement, un repreneur potentiel, Pierre-Arnaud Rollin s’est manifesté. L’un des membres de la famille Peugeot, Romain, qui avait désapprouvé la vente du club par PSA, se tient également en réserve et n’a sans doute pas renoncé à proposer un projet de reprise si Wing-Sang-Li annonce son intention de vendre. Quant à l’entourage de l’incompréhensible actionnaire – lequel se demande toujours avec la plus grande naïveté pourquoi il suscite la révolte par sa seule présence – il a visiblement peur de perdre son joujou en cas de vente du club. Cet entourage a donc propulsé un chef d’entreprise organisatrice de foires et salons, qui a proposé sa candidature au poste de directeur général désormais vacant, depuis que le très coûteux Ilja Kaenzig a fait ses valises pour Bochum, de l’autre côté du Rhin.

Vers une République populaire du FC Sochaux ?

Mais la ficelle était bien trop grosse, et cette proposition de services a fait l’unanimité des supporteurs contre elle, comme en témoigne un communiqué cinglant publié le 22 mars.

Tribune Populaire Nord !@tribune_nord_sx

Une très bonne nouvelle dans la grisaille sochalienne a vu également le jour : anticipant une prochaine reprise qu’ils jugent inéluctable, une escouade d’amoureux du club a monté un projet de « socios », dont l’ambition est d’entrer dans l’actionnariat du club, accédant ainsi aux comptes de ce dernier et pouvant jouer un rôle de lanceurs d’alertes. En Espagne, les « socios » sont parfois propriétaires de leur club. De ce côté-ci des Pyrénées, on peut en observer à Guingamp, au Havre ou à Strasbourg.

L’originalité du projet sochalien, c’est qu’il a été suscité par les supporteurs eux-mêmes et non proposé par les autres actionnaires en place. En cinq jours, 1250 personnes se sont manifestées comme futures parties prenantes du projet, alors que les initiateurs pensaient atteindre ce chiffre en un mois. Wing-Sang-Li est donc placé devant un mur. Menacé par la DNCG, peut-être bientôt dans le collimateur des autorités chinoises, considéré comme persona non grata par les supporteurs, une personne rationnelle aurait déjà mis les voiles. Ce n’est pas (encore) son cas. Qui sait ce qui se passe dans la tête de l’insondable Monsieur Li ? Son obstination aux allures candides aura-t-elle raison d’un monument du foot français ?

Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

Hier soir, sur LCI, le PS se cherchait une nouvelle tête


Le débat entre les candidats à la tête des restes du Parti socialiste (PS) a tourné autour… d’un ancien de la maison, Emmanuel Macron. 


Faut-il que nous soyons attentifs aux lecteurs de Causeur pour se priver de « Zemmour et Naulleau », sans doute la meilleure émission politique du PAF, et regarder pour eux le débat entre les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) ?

RTL et LCI, en association avec Le Figaro avaient donc organisé cette confrontation inédite sur leurs antennes. Louable intention. Pour la première fois, de grands médias offraient une vitrine à un petit parti, alors qu’ils ne le faisaient jusque-là que pour des gros. Difficile de résister à cette boutade. Le PS n’est évidemment pas un petit parti comme les autres. C’est surtout un ancien gros. On voit en effet mal LCI et RTLorganiser un débat préalable au congrès de Debout La France, qui a aujourd’hui des résultats électoraux comparables à ceux du PS, et pas seulement parce que Nicolas Dupont-Aignan ne suscite pas d’opposition à l’intérieur d’un parti construit par lui et pour lui.

L’épilogue du PS

Depuis la dernière élection présidentielle, le parti d’Epinay n’est plus. Il a rejoint le score de Gaston Deferre en 1969. D’ailleurs, pour faire oublier qu’il était le candidat, Benoît Hamon a quitté le PS, de même que son finaliste de la primaire Manuel Valls, tandis que le troisième s’est lancé dans l’apiculture.

Quatre candidats s’affrontaient donc. Stéphane Le Foll en héritier du hollandisme assumé. Emmanuel Maurel en héritier des frondeurs tout aussi assumé. Olivier Faure tentait de se faufiler entre les deux. Quant au quatrième, Luc Carvounas, il tentait de déborder Maurel sur sa gauche, pour faire oublier son passé de chasseur de frondeurs, au temps où il était lieutenant de Manuel Valls. Un cinquième homme s’est invité dans ce débat très vite, et ne l’a plus quitté : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dont Maurel a rapidement dit justement qu’il était « la créature du PS ».

Macron, président du PS

Se positionner par rapport au président de la République fut donc le fil conducteur de l’émission, chacun montrant à sa manière à quel point il en était différent. A ce jeu, c’est Emmanuel Maurel qui était le plus efficace, car lui avait expliqué d’emblée que Macron n’était en fait que le continuateur du quinquennat Hollande, quand les autres s’échinaient maladroitement à démontrer qu’il y avait entre les deux présidents une différence de nature, et pas une différence de degré. Sur la forme, Olivier Faure, qui fait figure de favori des spécialistes en « solférinologie » (bien que le siège de Solférino soit aujourd’hui vendu), n’a pas paru très à l’aise. Luc Carvounas, après un début difficile, s’est montré ensuite plus à son avantage. Le Foll et Maurel se montraient les plus efficaces, ce qui ne constituait pas une surprise pour l’ex-ministre de l’Agriculture, habitué des plateaux. Emmanuel Maurel, inconnu du grand public, et pas très souvent invité dans les médias, constituait la découverte de ce débat. Il y eut donc des différences de fond et de forme entre les candidats… jusqu’à ce que l’immigration soit abordée en fin de débat.

Une rose très épineuse

Sur ce sujet, les quatre furent d’accord pour dénoncer la politique incarnée par le duo Macron-Collomb, et n’ont sans doute pas convaincus ceux qui regardaient l’émission sans être adhérent du PS. Cette confrontation aura-t-elle une influence sur le congrès ? Rien n’est moins sûr tant les équilibres socialistes répondent à d’autres logiques que celles d’un débat télévisé. A-t-il d’ailleurs eu un vainqueur ? Un perdant ? Sans doute Maurel et Le Foll semblent avoir marqué des points quand le favori Olivier Faure en aura perdu quelques-uns. Une chose est sûre : le chantier est immense pour le futur vainqueur. Faire exister ce parti entre Macron et Mélenchon n’a rien d’un chemin parsemé de roses, fussent-elles rouges.