Le moment où Edouard Philippe a compris que le juppéisme méritait mieux que Juppé

Le documentaire sur Edouard Philippe qui explique l’échec du « meilleur d’entre nous »

Mardi soir, le compte Twitter des Républicains se montrait plutôt chafouin :

les Républicains

@lesRepublicains

Une semaine après le documentaire sur Emmanuel Macron par son copain nommé à LCP, le documentaire sur Edouard Philippe par son copain d’enfance. Demain, le documentaire sur Gérald Darmanin par Thierry Solère ?

Deux documentaires consacrés aux deux têtes de l’exécutif, et réalisés par des proches respectifs, cela pouvait effectivement sembler beaucoup trop. A première vue seulement. Car autant le documentaire de Bertrand Delais permettait bien à Emmanuel Macron de dérouler tranquillement sa communication, autant ce n’était pas du tout le but de celui de Laurent Cibien. Le deuxième épisode de « Edouard, mon pote de droite », répond à d’autres objectifs.

Juppé comme jamais

Le premier avait montré les coulisses de la campagne municipale du Havre de 2014, à travers Edouard Philippe, alors totalement inconnu de la population française, Seine-Maritime exclue. Il avait fait connaître un personnage intéressant, celui d’un homme politique vu par un documentariste du bord politique opposé, alors qu’ils étaient assis sur les mêmes bancs au lycée Janson-de-Sailly.

Cette fois, il était question de la campagne de la primaire, puisqu’Edouard Philippe comptait parmi les principaux lieutenants d’Alain Juppé, longtemps favori de la presse, des élites, et des sondages réunis. Les confidences d’ « Edouard » à « son pote », les réunions auxquelles nous avons le droit d’assister, les réactions du maire du Havre en direct au téléphone, ses agacements, la manière dont il appréhende les relations avec les journalistes, tout est enrichissant sur ce moment politique important, la primaire de droite de 2016, qui restera sans doute comme la seule de l’histoire, tant elle n’aura pas servi de marchepied pour le pouvoir, comme initialement prévu, mais comme peau de banane magnifique.

Sarkocentré

On apprend à cette occasion que l’actuel Premier ministre est un bien piètre pronostiqueur. Il est vrai que ce n’est pas ce qu’on demande à un dirigeant politique, et qu’il est loin d’être le seul à avoir été démenti lors de la séquence politique 2016-2017, sans doute l’une des plus imprévisibles de l’histoire de la République. Sur les chances d’Emmanuel Macron, sur la non-candidature de François Hollande, sur les rapports de forces entre Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et François Fillon, la veille du premier tour de la primaire, Edouard Philippe se plante, et en beauté.

C’est en fait sur Nicolas Sarkozy qu’il se trompe le plus, l’imaginant toujours plus haut qu’il ne l’est réellement. C’est d’autant plus étonnant que, dans un déjeuner avec des journalistes à l’été 2016, il livre un ressenti tout à fait réaliste de l’humeur droitière qu’il hume auprès de son terrain normand : « Je suis frappé par le nombre de gens à droite qui disent que Sarko, on a vu et on ne reverra jamais. Il dit tout, son contraire et l’inverse ». Edouard Philippe avait pris là, la bonne température et il aurait mieux fait de s’en imprégner lui-même, plutôt que de jeter ceci à des journalistes, comme des os à ronger, pour les influencer, comme il le confie juste après le repas. Au lieu de cela, comme toute la garde rapprochée de Juppé, il semble obsédé par Sarkozy, et ne croit jamais à la percée d’un troisième homme. Cela le conduit aussi à adopter les mêmes réflexes sarkozyens, faisant de la presse, de l’Adversaire et des animateurs du débat en général, les responsables de la piètre qualité de ce dernier : « On ne parle pas de justice sociale, on ne parle pas de politique culturelle, on ne parle pas d’Europe. On parle du jambon et des frites ».

« J’me casse, ça m’fait chier ».

Si Alain Juppé et son équipe, malgré les bons sondages, et peut-être à cause d’eux, n’a pas réussi à imposer ses thèmes dans le débat, ce n’est pas la faute de la presse, des réseaux sociaux et du monde méchant qui l’entourait, c’est avant tout à cause de sa mauvaise campagne. L’échange avec Ruth Elkrief, le soir du premier tour dans un salon de BFM TV déçoit. Philippe reproche aux journalistes d’avoir favorisé Fillon pendant la dernière semaine, par la tonalité des commentaires. Ruth Elkrief rétorque qu’elle ne faisait que rendre compte de ce qui se passait. Ce qui est objectivement la réalité. A Besançon, chez son coiffeur ou au marché, on ressentait exactement la même chose, et cela n’avait rien à voir avec ce qui se passait dans les chaînes info.

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Que le réalisateur soit remercié d’avoir retenu deux scènes d’anthologie dans son documentaire. La première se passe dans la dernière ligne droite. Benoist Apparu anime une réunion. Virginie Calmels intervient pour dire les dégâts faits par le phénomène « Ali Juppé » dans les réseaux sociaux et sur le terrain, notamment cette histoire de mosquée qui n’existe pas. Edouard Philippe prend le parti de ne pas s’attarder sur cette histoire, objectant que si Juppé est associé à Tareq Oubrou sur le web, Sarkozy est associé à Kadhafi. Ce genre de coups est courant en campagne et Juppé n’est pas forcément le plus perdant à ce jeu-là. Le problème, qu’il ne voit pas, c’est que le danger n’est pas Sarkozy. Mais Calmels ne le voit pas davantage. Le plus drôle dans cette scène, c’est l’idée farfelue qu’imagine Benoist Apparu pour mettre tout le monde d’accord : demander à Calmels d’organiser une rencontre entre Alain Juppé et l’évêque à Bordeaux, et faire prendre une photo pour la poster sur Twitter et créer ainsi un contrefeu. Alors qu’on reprochait les accommodements déraisonnables de Juppé avec la laïcité, c’eût été pire que tout. Du reste, Edouard Philippe quitte la réunion à ce moment-là, grommelant : « J’me casse, ça m’fait chier ».

On a marché sur Juppé

La deuxième scène se passe le soir du premier tour. Edouard Philippe est dans le studio d’une radio et semble consterné par le fait qu’Alain Juppé soit tenté de se retirer et de ne pas disputer le second tour. Il y a de quoi être saisi par ce sentiment. Finalement, Alain Juppé ne se retirera pas et enverra des boules puantes à son adversaire. Ce n’est pas Philippe qui se pose cette question mais votre serviteur : n’y avait-il pas une voie entre tout arrêter et déstabiliser le futur candidat de la droite ? Finir la campagne dignement, par exemple ? De cela, Juppé était incapable.

Comme de mener une campagne présidentielle tout court, d’ailleurs. Car il est là, le véritable enseignement de ce documentaire et de cette campagne primaire d’Alain Juppé. Voilà un homme qui bénéficiait d’une autoroute pour être désigné, qui avait la possibilité d’imposer ses thèmes, puisque la presse était bienveillante avec lui, pour le moins. Et il en a été incapable, subissant tout, se montrant – mais ce n’était pas une nouveauté – piètre orateur et piètre débatteur. Alors qu’Edouard Philippe, dès le début du reportage prévoit la recomposition du paysage politique qui va naître de la campagne présidentielle, et que ses idées – et donc celles de Juppé – sont amenées à être au pouvoir dans les six mois, le maire de Bordeaux est infoutu d’en être à l’origine. Le juppéisme devait arriver au pouvoir. Edouard Philippe devait arriver au pouvoir – profitant de la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Mais sans Juppé. Le problème n’était pas le juppéisme, mais Alain Juppé lui-même.

Ce n’est jamais dit dans le documentaire, mais il y a quelque chose qui nous le fait comprendre. Quelque chose qui flotte au-dessus de ces scènes de vie. Edouard Philippe ne veut pas se l’avouer ou ne veut surtout pas le dire à « son pote de gauche », mais il sait. C’est sans doute pour cette raison que, du premier cercle juppéiste, il n’ira pas à Bordeaux, avec Boyer et Apparu, tenter de convaincre Juppé de se déclarer candidat le lendemain du Trocadéro. Et que Macron pensera à lui pour Matignon.

Violences: comme un pavé dans la mare du président

Macron adopte le parti du Désordre


Emmanuel Macron avait l’intention d’incarner le parti de l’Ordre. Mais les violences du 1er mai ont sérieusement écorné l’image qu’il comptait renvoyer, au point de voir resurgir l’ombre d’un ancien président…


La semaine du fameux match opposant Emmanuel Macron au duo autoproclamé  « irrévérencieux » Bourdin-Plenel – qui, à leur corps défendant, a bien profité au président – le locataire de l’Elysée avait programmé une séquence. Dès le lundi matin, avant même que nous apprenions qu’il irait se mesurer aux vedettes de Mediapart et BFM TV, les forces de police s’approchaient de Notre-Dame-Des-Landes. Il devait aussi aller le jeudi midi discuter avec Jean-Pierre Pernaut, l’homme qui murmure à l’oreille des retraités de France. Toute la semaine était placée sous le signe du parti de l’Ordre, comme on disait au mitan du XIXe siècle. Autorité et Réconciliation, nous susurrait-on du côté du Château.

Le parti de l’Ordre vacille déjà

Bref, il s’agissait de gagner des points à droite, d’étouffer Laurent Wauquiez, dont on craint qu’il n’arrive peu à peu à reconstituer le socle réuni par François Fillon il y a un an. Qui sait si ces vingt points ne suffiront pas, en 2022, pour accrocher le strapontin du second tour ? Avec une abstention forte des Insoumis, prônée par ses dirigeants, ce serait alors gagné pour l’homme à la parka rouge. Il fallait donc priver Wauquiez d’oxygène immédiatement. L’isoler, le pilonner, le moquer, le trianguler, aller sur son terrain. Le sondage indiquant le président de LR à 8% arrivait à point, juste après ladite séquence. « Jupiter » pouvait savourer son bon coup, sous les vivas de la foule médiatique.

Sauf que.

Lorsqu’on joue à incarner le parti de l’Ordre, il faut pouvoir l’assumer au-delà d’une séquence d’une semaine et deux émissions de télé réussies. Et de quoi s’aperçoit-on depuis quinze jours ? Notre-Dame-Des-Landes n’a toujours pas été évacuée de ses zadistes ; les images de Tolbiac vandalisée ont été vues par toute la France ; du côté de la frontière franco-italienne, Génération Identitaire joue aux garde-frontières, sous le regard passif du ministre de l’Intérieur ; et des centaines de militants cagoulés s’installent en tête de la manif du 1er mai, et commettent leurs exactions habituelles. Ce printemps 2018 n’est pas terminé que le parti de l’Ordre vacille déjà.

Chienlit, Kärcher et Jupiter

Cette perception ne se traduira pas immédiatement dans les études d’opinion mais l’idée qu’il vacille avance imperturbablement. Le charisme et l’énergie du ministre de l’Intérieur commencent à être mis en cause et il se pourrait bien que cela soit en partie injuste. Celui qui a voulu s’ériger en parti de l’Ordre, et le marteler dans cette première quinzaine d’avril, c’est « Jupiter » lui-même. Jupiter contre la chienlit ! Et si la chienlit s’installe, c’est donc Jupiter qui sera le seul responsable. Le seul coupable.

Il me revient une expression célèbre. Un ministre de l’Intérieur, qui ne pensait pas à l’Elysée qu’en se rasant, avait un jour évoqué la volonté de passer le Kärcher dans des territoires perdus de la République. Il avait tout fait pour qu’on l’associe à cet outil de nettoyage germanique. Il n’est pas complètement impossible que cela put l’aider à accéder au pouvoir suprême quelques années plus tard. Mais le Kärcher fut remisé dans un placard. Et, dans l’électorat populaire, on a beaucoup dit en 2012 que le président sortant n’avait pas perdu parce qu’il avait voulu passer le Kärcher, mais parce qu’il y avait piteusement renoncé. On évoque souvent les bonnes relations entre Emmanuel Macron et cet ancien président. Sans doute ce dernier aurait pu mettre en garde l’actuel chef de l’Etat. Malheureusement, il aurait fallu que lui-même, pour prodiguer un tel conseil, ait quelque capacité à l’autocritique.

Evidemment, comme le style de Nicolas Sarkozy – tout le monde l’aura reconnu, sous son loup – et celui d’Emmanuel Macron sont fort différents, le parallélisme des situations n’est pas parfait. « Jupiter » se meut bien plus en douceur, dans le style gaullo-mitterrandien. Mais l’intention était malgré tout la même. Incarner l’Ordre. L’Autorité de l’Etat. Qu’on le fasse en plastronnant ou lors d’une séquence de communication réussie, il faut pouvoir assumer derrière. Dans le cas contraire, tout cela apparaît tôt ou tard, comme un lancer de boomerang mal ajusté. Et il n’est pas facile de rattraper l’objet dans ces conditions.

Emmanuel Macron peut remercier Bourdin et Plenel


Hier soir, pendant plus de deux heures et demi, en mordant les mollets du président sur l’islam, l’immigration ou Notre-dame-des-Landes, ses deux contradicteurs Bourdin et Plenel lui ont permis de gagner des points à droite. 


Après le « good cop » Pernaut de jeudi, Emmanuel Macron était donc confronté à deux « bad cops », ce dimanche soir. Le ton de Jean-Jacques Bourdin et d’Edwy Plenel, et leur tendance à transformer leurs questions en plaidoyers politiqus, étaient évidemment prévus par le président de la République. Il s’y était manifestement préparé et c’était sans aucun doute une volonté de sa part d’y être soumis.

Jupiter conforté sur son trône

Tout l’objectif des deux journalistes était de faire descendre Jupiter de son trône, celui du monarque républicain. Tout l’objectif d’Emmanuel Macron était de demeurer sur son trône pendant l’émission. L’essentiel n’était pas pour lui de réussir à tous les coups, mais de démontrer que ledit trône existe encore. Sur ce plan, la partie était gagnée d’avance, grâce à l’aide des deux boxeurs qu’il avait en face de lui. En s’efforçant de toujours l’appeler par son nom et jamais par son titre, Bourdin et Plenel, en voulant le faire descendre du trône, en confortaient paradoxalement la stature. Ils faisaient oublier que toute la politique d’adaptation à la mondialisation d’Emmanuel Macron ne constitue, par définition, que le produit d’une contrainte extérieure, et que le trône est parti depuis longtemps du pays, surtout dans le domaine économique.

Plenel, gauchiste de service

En matière internationale, tout l’objectif d’Emmanuel Macron a été de se placer en tant qu’acteur diplomatique majeur et apôtre du multilatéralisme, après les frappes sur la Syrie. Ce n’était pas gagné d’avance, convenons-en mais son explication fut plutôt habile. Elle ne sera réellement convaincante que si les promesses d’actes diplomatiques d’ampleur sont tenues, en particulier en direction de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

C’est sur les sujets nationaux que la bagarre avec Bourdin et Plenel s’est tenue. Sur les dossiers fiscaux, sur la santé, sur la SNCF comme sur les universités et Notre-Dame-Des-Landes, Jean-Jacques Bourdin donnait, comme pour ses entretiens habituels, l’impression d’engueuler le président, ce qui n’avait pas l’air d’émouvoir particulièrement ce dernier, qui préférait réserver des piques à Edwy Plenel. Le patron de Mediapart a joué le rôle pour lequel il avait été choisi : le gauchiste de service, faisant apparaître Emmanuel Macron comme le dépositaire de l’ordre et l’autorité républicains. Plenel savait-il en arrivant à Chaillot qu’il jouerait aussi admirablement le rôle d’idiot utile du macronisme ?

Macron réservé face au voile

Après avoir interrogé le président sur l’inutile sujet du livre de François Hollande, Jean-Jacques Bourdin a eu la bonne idée de le questionner sur l’islam. Les questions étaient précises, notamment sur l’état d’esprit d’une bonne partie de la jeunesse musulmane. On n’est pas forcément certain que la fermeture de trois mosquées et la division par deux du nombre d’élèves par classe aient été de nature à rassurer les téléspectateurs. Sur ce sujet, Edwy Plenel a cru bon de ramener la question du voile islamique porté par les accompagnatrices des sorties scolaires. Cela a donné l’occasion à Emmanuel Macron de livrer ses réserves sur ce vêtement, dont il a dit qu’il était étranger à la civilité française, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu’à présent.

Feu sur Wauquiez!

Sur l’immigration, Edwy Plenel a également permis au président de la République d’apparaître plus ferme qu’il ne l’est réellement, se plaçant ainsi sur le terrain qu’il voulait occuper, celui du président de LR Laurent Wauquiez. De l’évacuation de Notre-Dame-Des Landes au journal de Pernaut, et du discours des Bernardins aux baffes à Plenel, cette semaine constituait bien une offensive territoriale contre l’homme à la parka rouge, considéré aujourd’hui comme le danger numéro un pour 2022.

Denis Balbir, carton rouge d’une croisade morale


Pour avoir malencontreusement prononcé le mot « pédé » en se croyant hors antenne, le commentateur est exécuté en place publique. Au nom de la lutte contre l’homophobie, on abolit la vie privée…


Dans Le goût des autres, la réalisatrice Agnès Jaoui met en scène un petit patron beauf, joué par Jean-Pierre Bacri, qui a le malheur de prononcer le mot « pédé » sous sa forme d’insulte familière. Immédiatement, un acheteur d’arts homosexuel lui fait remarquer vertement ce que cette insulte a d’homophobe.

Finalement, le beauf joué par Bacri se révélera beaucoup plus sympathique et ouvert d’esprit que le snob incarné par Wladimir Yordanoff, lequel sera suspecté de vouloir profiter de l’inculture dudit homophobe pour lui vendre une fresque de son fiancé. Jaoui n’est pas suspecte de nager dans l’univers de la droite Manif pour tous ni de celui de certaines tribunes dont les « Oh hisse, enculé ! » fleurissent contre le gardien de but adverse. Mais, lorsqu’on découvre hier matin l’affaire Balbir qui a mis le feu à Twitter, on ne peut s’empêcher de demander si, dix-huit ans après, ce film pourrait encore recueillir le César du meilleur film. Le temps est aujourd’hui aux « Social Justice Warriors » (SJW), il n’est plus à la complexité.

En marge du match de Ligue Europa OM-Leipzig qu’il commentait avec Jean-Marc Ferreri, Denis Balbir a utilisé la même expression que Jean-Jacques Castella du Goût des autres contre les joueurs de Leipzig qui ont mordu la poussière hier soir au Stade Vélodrome.

Mais il ne l’a pas dit à l’antenne, ce qui aurait effectivement constitué une faute professionnelle. Il l’a glissé à son comparse après le match, hors-antenne. Il l’a fait dans un contexte et au cours d’une conversation strictement privés. Seulement voilà, il y avait dans la chaîne quelqu’un qui a capturé la phrase et qui a décidé de la balancer sur les réseaux sociaux. Les excuses de Denis Balbir n’y ont rien fait, il a été suspendu de ses fonctions par le groupe M6 en quelques heures. Sa carrière professionnelle est aujourd’hui en danger de mort, pour une parole prononcée dans un cadre privé.

A tous ceux qui pensent que l’important, c’est que le combat contre l’homophobie soit gagné et qui considèrent que cela passe par le recul d’expressions qui y contribuent, ce que nous pouvons approuver, il faut poser la question suivante : tous les coups sont-ils permis ? Faut-il, de manière déloyale, traquer la parole privée et l’assimiler désormais à la parole publique ? S’ils répondent positivement à cette première interrogation, il leur faudra aussi répondre à la seconde : sont-ils si irréprochables en privé ? N’y ont-ils jamais prononcé la moindre parole qui pourrait déclencher le courroux numérique d’une meute des justiciers du Net ? Qu’ils prennent quelques secondes pour bien y réfléchir ! Peut-être alors se rendront-ils compte du monde dans lequel ils nous plongent, doucement mais sûrement.

Il faut, au contraire, augmenter le nombre de parlementaires

Réduire leur nombre serait aussi néfaste que démagogique


La réforme des institutions présentée, le 4 avril, par le Premier ministre Edouard Philippe prévoit une réduction du nombre de parlementaires. Un projet démagogique qui renforcera la France des villes et le pouvoir du président Macron.


Depuis quelques années, une large majorité des forces politiques, pour une fois en phase avec la majorité des sondés, se prononce pour une réduction du nombre de parlementaires. Un jour, quelqu’un a décrété que députés et sénateurs étaient décidément trop nombreux et que cela coûtait trop cher au contribuable. On en a profité pour expliquer que nous possédions un nombre record de parlementaires payés à ne rien faire, et l’idée s’est installée. Ne craignant aucun paradoxe, certains ajoutaient qu’il valait mieux avoir moins de députés et qu’ils puissent recruter davantage d’assistants, ce qui entrait en collision avec le premier objectif cité de réduire les coûts, tout en favorisant le népotisme par rapport à la démocratie.

La France n’est pas l’Amérique

En fait, nous n’avons pas trop de parlementaires. Au lieu de comparer avec l’Etat fédéral américain – comble de la malhonnêteté intellectuelle -, comparons plutôt avec un pays de taille et structure équivalentes, comme le Royaume-Uni, et on constatera qu’il ne faudrait pas réduire le nombre de parlementaires mais plutôt l’augmenter.

On a l’habitude. Quand il avait fallu réduire le nombre de régions, il avait été martelé pendant des années que nos régions étaient moins peuplées que celles de notre voisin et principal partenaire allemand. Or, les régions françaises d’avant 2015 étaient en moyenne déjà plus peuplées que les Länder. Ce n’était pas la taille des régions allemandes qui faisaient leur force mais les compétences dont elles avaient la charge. A l’heure où le gouvernement prétend lutter contre les fameuses « fake news », peut-être faudrait-il, plutôt que de les entretenir, tordre le cou à ces légendes urbaines.

La « France périphérique » a besoin de parlementaires

En fait, pour se faire bien voir de certains électeurs qui pensent qu’ils sont trop nombreux pour le peu de travail qu’ils semblent effectuer, ce qui est d’ailleurs le plus souvent injuste, les partis politiques avaient quasiment tous intégré cette réduction du nombre de parlementaires dans leurs programmes. Ainsi, il est piquant d’entendre aujourd’hui Bruno Retailleau, l’un des plus proches de François Fillon, s’alarmer du danger que fait peser cette mesure sur la représentation des territoires alors que son ami proposait de tailler à la hache dans les effectifs de députés et sénateurs. Il faut dire que François Fillon proposait de tailler à la hache dans tous les effectifs dont il aurait eu la charge, ce qui n’a d’ailleurs pas été pour rien dans la chute qu’il a subi entre le 1erdécembre 2016 et le 25 janvier 2017, chute bien plus forte, rappelons-le, que celle qu’il a connu ensuite après les révélations du Canard enchaîné. Mais puisque Bruno Retailleau et autres anciens soutiens de François Fillon se sentent dorénavant plus soucieux de la représentativité de tous les territoires, ne boudons pas notre satisfaction.

Car l’heure est à la dénonciation – légitime la plupart du temps – de « Macron, l’homme des métropoles ». Diminuer le nombre des députés et sénateurs, c’est augmenter le nombre de communes qu’un parlementaire de la France périphérique devra couvrir dans sa circonscription, alors que celui de la France urbaine aura la partie la plus facile. Diminuer ce nombre, cela se traduira forcément par un avantage pour les métropoles, celle qui a voté le plus pour le président de la République. Diminuer ce nombre, enfin, en ajoutant une dose de 15% d’élus à la proportionnelle désignés par les appareils politiques parisiens, réduira considérablement le poids des territoires dans les choix publics. Tout le contraire de ce qu’il faut faire pour renouer avec une cohésion nationale et réconcilier France des villes et France des champs.

La République au pas

Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision d’Emmanuel Macron n’est pas seulement dirigée contre les adversaires de La République En Marche (LREM). Elle est en fait dirigée principalement contre les députés du parti présidentiel. En se réservant le droit de désigner directement, grâce à la proportionnelle, une partie des futurs élus à l’Assemblée nationale, et de diminuer une bonne partie des futurs effectifs du groupe parlementaire LREM élus dans les territoires, il pose sur leur tempe la menace de ne pas être reconduits dans leurs fonctions en 2022. L’investiture sera très chère et on le leur signifie. Quelle meilleure arme pour calmer une majorité hétérogène, faite de membres sélectionnés sans doute très rapidement l’an dernier, et qui pourrait commencer à se montrer un peu remuante voire frondeuse ?

On a beau expliquer à l’Elysée qu’un tiers des parlementaires LREM ne travaille pas ou peu et qu’il ne serait pas illégitime de ne conserver que les députés utiles à la nation, on se montre dubitatif, expérience aidant, sur le fait que le tiers de députés qui disparaîtra de la circulation sera celle qui comprend les moins travailleurs. Les « godillots » seront forcément favorisés. Les personnalités indépendantes et de conviction seront éliminées. Il n’y aura que des perdants à cette réforme démagogique : les territoires, les convictions, le citoyen et même le contribuable. Si, par chance, cette réforme de nos institutions est soumise au référendum, on espère que des personnalités fortes mouilleront leur chemise pour l’expliquer.

Qui sauvera la peau du FC Sochaux ?

Les initiatives se multiplient pour le sauver de son propriétaire hongkongais


Monument du foot français, le FC Sochaux est menacé de couler avec son propriétaire hongkongais. Pour le sauver, les initiatives se multiplient.


Les lecteurs de Causeur ont pris l’habitude de suivre les mésaventures du club de foot favori de l’auteur de ces lignes. Dès mai 2015, nous avions dit nos craintes en voyant débarquer un nouveau propriétaire hongkongais dont le manque de solidité financière rivalisait avec le flou du projet. Nos craintes ne se sont pas apaisées, peu s’en fallait, en observant les premiers pas du nouveau président du club, nanti d’une personnalité aussi mystérieuse que fantasque. Nous avons ensuite rendu compte des premiers pas d’une fronde menée par l’ensemble des groupes de supporteurs, conscients de l’extrême dangerosité que faisait courir ce propriétaire au plus vieux club professionnel français.

Menace de rétrogradation 

Et nous avions fini par prendre personnellement la plume en novembre dernier, adressant à l’ambassadeur de la République populaire de Chine en France, une lettre ouverte, alertant Son Excellence sur la piètre image que donnait Wing-Sang-Li des investissements chinois dans notre pays. Ce courrier a connu un destin particulier puisque le collectif des groupes de supporteurs sochaliens « Sochaux United » a souhaité le reprendre à son compte et que deux sénateurs, Cédric Perrin (LR) et Martial Bourquin (PS) l’ont fait parvenir personnellement à l’ambassadeur.

Il faut préciser qu’entretemps, la DNCG, gendarme financier du football professionnel français, s’était inquiété de l’avenir financier du club et avait réclamé des garanties à Wing-Sang-Li dont le cours de l’action du groupe qu’il dirige est suspendu depuis des mois à la bourse de Hong-Kong, et sur le coup de menaces de mise en faillite personnelle. Résultat : c’est le FCSM qu’on menace désormais de reléguer administrativement dans la division inférieure, faisant planer le spectre d’un dépôt de bilan qui ferait redémarrer le club en National 3, c’est à dire le cinquième niveau du football français.

Ces admonestations de la DNCG ont provoqué un véritable émoi dans la région, faisant sortir les élus de la réserve qui les caractérisait jusque-là. Ainsi, le président de l’agglomération de Montbéliard, collectivité propriétaire du stade du club, a mené une délégation au ministère des Sports, dont on peine à voir les résultats à l’heure actuelle, d’autant que Charles Demouge, est tombé quelques jours plus tard dans les bras de Wing-Sang-Li au moment du but de la victoire sochalienne contre Le Havre, suscitant la consternation peinée des élus qui occupaient ce soir-là la tribune officielle du stade Bonal.

Deux sénateurs rencontrent l’ambassadeur

Plus sérieuse semblait donc la voie diplomatique empruntée par les deux sénateurs, et en particulier Cédric Perrin qui a donc fini par obtenir son rendez-vous à l’ambassade de Chine avec la conseillère économique de Son Excellence. Il a donc pu lui faire part de l’inquiétude des supporteurs comme d’une bonne partie de la population locale, attaché à ce club, véritable institution pour les Francs-Comtois, les habitants du sud et de l’Alsace et beaucoup de connaisseurs du foot dans la France entière, lui remettant à cette occasion un dossier très fourni et documenté. Parallèlement, un repreneur potentiel, Pierre-Arnaud Rollin s’est manifesté. L’un des membres de la famille Peugeot, Romain, qui avait désapprouvé la vente du club par PSA, se tient également en réserve et n’a sans doute pas renoncé à proposer un projet de reprise si Wing-Sang-Li annonce son intention de vendre. Quant à l’entourage de l’incompréhensible actionnaire – lequel se demande toujours avec la plus grande naïveté pourquoi il suscite la révolte par sa seule présence – il a visiblement peur de perdre son joujou en cas de vente du club. Cet entourage a donc propulsé un chef d’entreprise organisatrice de foires et salons, qui a proposé sa candidature au poste de directeur général désormais vacant, depuis que le très coûteux Ilja Kaenzig a fait ses valises pour Bochum, de l’autre côté du Rhin.

Vers une République populaire du FC Sochaux ?

Mais la ficelle était bien trop grosse, et cette proposition de services a fait l’unanimité des supporteurs contre elle, comme en témoigne un communiqué cinglant publié le 22 mars.

Tribune Populaire Nord !@tribune_nord_sx

Une très bonne nouvelle dans la grisaille sochalienne a vu également le jour : anticipant une prochaine reprise qu’ils jugent inéluctable, une escouade d’amoureux du club a monté un projet de « socios », dont l’ambition est d’entrer dans l’actionnariat du club, accédant ainsi aux comptes de ce dernier et pouvant jouer un rôle de lanceurs d’alertes. En Espagne, les « socios » sont parfois propriétaires de leur club. De ce côté-ci des Pyrénées, on peut en observer à Guingamp, au Havre ou à Strasbourg.

L’originalité du projet sochalien, c’est qu’il a été suscité par les supporteurs eux-mêmes et non proposé par les autres actionnaires en place. En cinq jours, 1250 personnes se sont manifestées comme futures parties prenantes du projet, alors que les initiateurs pensaient atteindre ce chiffre en un mois. Wing-Sang-Li est donc placé devant un mur. Menacé par la DNCG, peut-être bientôt dans le collimateur des autorités chinoises, considéré comme persona non grata par les supporteurs, une personne rationnelle aurait déjà mis les voiles. Ce n’est pas (encore) son cas. Qui sait ce qui se passe dans la tête de l’insondable Monsieur Li ? Son obstination aux allures candides aura-t-elle raison d’un monument du foot français ?

Débat du PS: pour la première fois, un petit parti avait les honneurs d’une grande chaîne

Hier soir, sur LCI, le PS se cherchait une nouvelle tête


Le débat entre les candidats à la tête des restes du Parti socialiste (PS) a tourné autour… d’un ancien de la maison, Emmanuel Macron. 


Faut-il que nous soyons attentifs aux lecteurs de Causeur pour se priver de « Zemmour et Naulleau », sans doute la meilleure émission politique du PAF, et regarder pour eux le débat entre les quatre candidats à la tête du Parti socialiste (PS) ?

RTL et LCI, en association avec Le Figaro avaient donc organisé cette confrontation inédite sur leurs antennes. Louable intention. Pour la première fois, de grands médias offraient une vitrine à un petit parti, alors qu’ils ne le faisaient jusque-là que pour des gros. Difficile de résister à cette boutade. Le PS n’est évidemment pas un petit parti comme les autres. C’est surtout un ancien gros. On voit en effet mal LCI et RTLorganiser un débat préalable au congrès de Debout La France, qui a aujourd’hui des résultats électoraux comparables à ceux du PS, et pas seulement parce que Nicolas Dupont-Aignan ne suscite pas d’opposition à l’intérieur d’un parti construit par lui et pour lui.

L’épilogue du PS

Depuis la dernière élection présidentielle, le parti d’Epinay n’est plus. Il a rejoint le score de Gaston Deferre en 1969. D’ailleurs, pour faire oublier qu’il était le candidat, Benoît Hamon a quitté le PS, de même que son finaliste de la primaire Manuel Valls, tandis que le troisième s’est lancé dans l’apiculture.

Quatre candidats s’affrontaient donc. Stéphane Le Foll en héritier du hollandisme assumé. Emmanuel Maurel en héritier des frondeurs tout aussi assumé. Olivier Faure tentait de se faufiler entre les deux. Quant au quatrième, Luc Carvounas, il tentait de déborder Maurel sur sa gauche, pour faire oublier son passé de chasseur de frondeurs, au temps où il était lieutenant de Manuel Valls. Un cinquième homme s’est invité dans ce débat très vite, et ne l’a plus quitté : Emmanuel Macron. Emmanuel Macron dont Maurel a rapidement dit justement qu’il était « la créature du PS ».

Macron, président du PS

Se positionner par rapport au président de la République fut donc le fil conducteur de l’émission, chacun montrant à sa manière à quel point il en était différent. A ce jeu, c’est Emmanuel Maurel qui était le plus efficace, car lui avait expliqué d’emblée que Macron n’était en fait que le continuateur du quinquennat Hollande, quand les autres s’échinaient maladroitement à démontrer qu’il y avait entre les deux présidents une différence de nature, et pas une différence de degré. Sur la forme, Olivier Faure, qui fait figure de favori des spécialistes en « solférinologie » (bien que le siège de Solférino soit aujourd’hui vendu), n’a pas paru très à l’aise. Luc Carvounas, après un début difficile, s’est montré ensuite plus à son avantage. Le Foll et Maurel se montraient les plus efficaces, ce qui ne constituait pas une surprise pour l’ex-ministre de l’Agriculture, habitué des plateaux. Emmanuel Maurel, inconnu du grand public, et pas très souvent invité dans les médias, constituait la découverte de ce débat. Il y eut donc des différences de fond et de forme entre les candidats… jusqu’à ce que l’immigration soit abordée en fin de débat.

Une rose très épineuse

Sur ce sujet, les quatre furent d’accord pour dénoncer la politique incarnée par le duo Macron-Collomb, et n’ont sans doute pas convaincus ceux qui regardaient l’émission sans être adhérent du PS. Cette confrontation aura-t-elle une influence sur le congrès ? Rien n’est moins sûr tant les équilibres socialistes répondent à d’autres logiques que celles d’un débat télévisé. A-t-il d’ailleurs eu un vainqueur ? Un perdant ? Sans doute Maurel et Le Foll semblent avoir marqué des points quand le favori Olivier Faure en aura perdu quelques-uns. Une chose est sûre : le chantier est immense pour le futur vainqueur. Faire exister ce parti entre Macron et Mélenchon n’a rien d’un chemin parsemé de roses, fussent-elles rouges.

Laurent Wauquiez: Paris perdu, pari gagné !


La polémique sur les propos discrètement enregistrés de Laurent Wauquiez est purement parisienne et révèle la fracture entre la capitale et sa périphérie. Ca tombe bien, c’est à elle que le président de LR s’adresse. 


Je débarque de ma province comtoise et il est question de Laurent Wauquiez. Evidemment. C’est le sujet médiatique numéro un depuis vendredi soir. Et l’accusé est allé enfin s’expliquer la veille sur l’antenne de BFM TV. Immédiatement, sur le plateau de Sud Radio ce matin, j’ai compris que j’allais avoir le rôle ingrat de défenseur. D’avocat du diable.

Il n’y a que Paris pour s’offusquer

Mes trois interlocuteurs tapent comme des sourds sur Wauquiez. C’est un populiste. Il est irresponsable. Il se « trumpise ». Il raconte n’importe quoi pour qu’on fasse attention à lui. C’est à mon tour d’intervenir. J’attire l’attention sur le fait que, dans l’électorat de droite, il y a ce sentiment que l’ensemble de la presse tire toujours dans le même sens, qu’une phrase polémique d’Emmanuel Macron, c’est un jour de débats sur les chaînes info, quand c’est quatre avec Fillon ou Wauquiez. C’était d’ailleurs la première salve lancée par le président LR sur le plateau de Ruth Elkrief. Mes interlocuteurs protestent.

C’est à ce moment que l’animatrice de l’émission, Valérie Expert, prend l’appel d’une auditrice biterroise. Et elle défend Wauquiez bien plus énergiquement que je ne l’ai fait. Il y aura deux autres appels du même genre. Ce sentiment existe bien, et mes trois comparses sont bien obligés de le constater. Quant à le trouver justifié, en revanche, ce ne sera pas pour aujourd’hui, à écouter leurs protestations et leurs tentatives avortées de remettre l’auditeur fourvoyé sur le bon chemin. Pourtant, Muriel, Sammy et les autres existent bien et ils soutiennent l’homme à la parka rouge. On a l’impression qu’ils se fichent bien que ce soit Wauquiez ou un autre mais l’agacement est tel qu’ils ont pris leur téléphone pour dire leur vérité.

Laurent Wauquiez parle à la France qui vote pour lui

Cette coupure Paris « mainstream » vs. France des petites villes et des campagnes, elle existe, elle s’élargit et c’est bien aux habitants de la seconde que Wauquiez a voulu parler. Depuis sa fameuse tribune au JDD, on sait que c’est bien dans les provinces que les marges de manœuvre électorales existent. Le processus électoral de l’automne dernier, qui l’a mené à la tête des Républicains, lui a aussi permis de constater que plus les médias le présentaient en Bête du Gévaudan, plus il était populaire dans son propre camp. A-t-il lu le formidable livre de notre camarade Gérald Andrieu, qui racontait la défiance de la France périphérique envers le journaliste venu de Paris, et à qui on accepte de parler que parce qu’il a eu l’idée géniale de venir à sa rencontre avec son seul sac-à-dos ? C’est possible. Si la comparaison avec Trump a finalement un sens, c’est dans la compréhension que, pour bonne partie du pays, le divorce avec la presse « mainstream », dont Quotidien n’est que l’avant-garde arrogante et ricaneuse, est acté. Alors Wauquiez en profite.

Malgré sa balourdise, qui le conduit à égratigner Sarko le grand commandeur. Malgré ses formules de communicants qui finissent par ressembler à des tics de langage (« Madame Ruth Elkrief, permettez-moi de répondre à votre question », combien de fois ?). Malgré le soupçon d’insincérité qui pèse sur lui, l’ancien disciple de Jacques Barrot reconverti en apôtre de la droite décomplexée version Puy-en-Velay.

A qui perd Paris, gagne la France

Alors que l’émission s’achevait, les chiffres d’audience de l’interview de Laurent Wauquiez sur BFM TV tombaient sur le fil Twitter de Valérie Expert. 786 000 personnes en moyenne avec un pic tutoyant le million de téléspectateurs. Un vrai carton d’audience sur une chaîne d’information continue. Une émission diffusée à 19h00. Où regarde-t-on la télévision à cette heure ? Certainement pas dans la France des métropoles. Il y a trois jours, je confiais à un jeune wauquiéziste que son patron aurait pu se priver de cette séquence et mettre plutôt le paquet sur la suppression des petites lignes de trainpréconisée par le rapport Spinetta. Finalement, elle lui sera peut-être bénéfique. Trop fort !

Jean-Michel Blanquer doit tout à Najat Vallaud-Belkacem

L’ancienne ministre a posé les bases de la reconstruction de l’école


Mais si mais si, pour l’oeuvre de Jean-Michel Blanquer, c’est à Najat Vallaud-Belkacem qu’il faut dire merci ! 


Jean-Michel Blanquer a donc explosé les compteurs de « L’Emission politique », avec 71% des personnes convaincues dans le sondage final. Plus encore, Alexis Corbière, qui n’avait pourtant pas démérité lors de son débat avec le ministre de l’Education nationale, a sans doute eu un moment de désolation lorsqu’il a appris que 69% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon de la dernière présidentielle avaient été convaincus par son interlocuteur du soir.

Corbière après avoir vu le sondage où 71% des téléspectateurs ont trouvé Blanquer convaincant

Blanquer, c’est « le vice-président » selon Le Point, et « la nouvelle star » selon Valeurs actuelles.

Derrière chaque grand homme…

Il ne s’agit pas là de mettre en cause ses compétences, ni son bon sens et son habileté politique. Mais on oublie un peu trop facilement à qui Blanquer doit en priorité son immense popularité. La personne à qui le ministre pourrait dire : « je lui dois tout ». Emmanuel Macron, le président qui lui a fait confiance ? Alain Juppé, ce fourier du macronisme, qui l’avait abondamment consulté pour la construction de son programme éducatif ? Gilles de Robien et Luc Chatel, qui lui ont permis de faire ses armes au ministère ? Non. Ni les uns, ni les autres. Cette personnalité à qui Blanquer doit tout est une femme. Sa femme ? Je ne pense pas à elle, et du reste – le ministre préservant à juste titre sa vie privée – on ne sait rien d’elle.

Jean-Michel Blanquer doit tout à Najat Vallaud-Belkacem, qui l’a précédé rue de Grenelle. Grâce à elle, il est populaire. Grâce à elle, tout ce qu’il touche se transforme en or sondagier. Grâce à elle, cet homme est le messie.

Après moi, le soleil !

Si Najat Vallaud-Belkacem n’avait pas mis en œuvre sa réforme du collège, si elle n’avait pas piétiné les classes bilangues et les options Latin et Grec, si elle n’avait pas délégué la rédaction des programmes à l’idéologue Lussault, si elle n’avait installé le tirage au sort comme solution de sélection d’entrée à l’Université, qu’aurait bien pu faire Jean-Michel Blanquer ?

Il suffisait juste d’annoncer son intention de rétablir les classes bilangues, le Latin et le Grec pour paraître un homme de bon sens. Le ministre n’a même pas eu besoin de financer leur rétablissement en redonnant les dotations en heures-postes correspondantes. Ce qui, au passage, n’a pas permis qu’elles fassent leur retour dans bon nombre d’établissements. Oui, il suffisait juste de l’annoncer.

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En ce qui concerne la sélection à l’université c’est encore plus piquant. Voilà une proposition qui avait mis la jeunesse dans la rue il y a trente-deux ans. Dont la perspective effrayait tous les dirigeants politiques de droite, Sarkozy en tête. Et que le gouvernement fait passer comme une lettre à la poste, avec quelques petites manifs embryonnaires de-ci de-là, sous les applaudissements, ou presque, de la plupart des lycéens. Pour réaliser ce miracle, dont Blanquer est crédité alors que c’est sa collègue Vidal qui est à la manœuvre, il fallait bien que Najat Vallaud-Belkacem soit passée par là, et instaure cette idée saugrenue de tirage au sort. Le tirage au sort, comme preuve par l’absurde de ce refus de la sélection par le mérite, préférant depuis des lustres organiser un naufrage dans le premier cycle des facs, pour mieux repérer les meilleurs nageurs.

La grimace de Mona Lisa

Ah, s’il n’y avait pas eu cette grimace ! Vous vous souvenez ? Cette grimace que Najat Vallaud-Belkacem avait faite lorsqu’elle avait appris le nom de son successeur.

Cette image qu’une caméra indiscrète avait filmée un jour de mai de l’an dernier. S’il n’y avait pas eu cette grimace, on pourrait croire que tout cela n’était que volontaire. Que Vallaud-Belkacem avait en fait tout planifié pour que son successeur puisse enfin, après tant d’années de destruction de notre système éducatif, remettre enfin l’église au milieu du village. Qu’elle avait dynamité sciemment le système de l’intérieur afin que Blanquer puisse reconstruire, enfin. On aurait pu croire à cette alliance entre les deux contraires, comme d’autres croyaient naïvement à celle du glaive et du bouclier à une époque que l’octroi d’un point Godwin ne me permet pas d’évoquer.

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S’il n’y avait pas eu cette grimace, on pourrait alors diminuer complètement les mérites de Jean-Michel Blanquer, et ériger une statue à la nouvelle directrice éditoriale de Fayard. Ne pas être statufiée à cause d’une grimace ! C’est ballot.

Obsédés par Paris, les nationalistes corses se trompent d’ennemi


Les nationalistes corses s’en prennent à un supposé « Macron jacobin » quand ils devraient viser le « Macron mondialiste ».

Il est parfois des critiques qui me donnent envie de défendre Emmanuel Macron. Celles qui ont suivi son déplacement en Corse en font partie. Qu’on se rassure, je ne céderai pas à cette facile tentation. Le clivage préféré du président de la République, qui sépare en toutes occasions les partisans de l’ouverture et ceux de la fermeture n’a rien pour me séduire. Mais s’agissant de la Corse, il n’est pas celui qui m’a agacé le plus.

La mauvaise foi appelle la fermeté

Dès le début, le duo qui dirige aujourd’hui la collectivité insulaire, a démontré sa mauvaise foi crasse, accusant Emmanuel Macron de provocation alors qu’il les multipliait lui-même. Jean-Guy Talamoni qui parlait du drapeau national comme celui d’un « pays ami », et qui, alors qu’il préside une assemblée qui doit sa légitimité aux lois de la République, refuse de la représenter lors de l’hommage dû à un préfet assassiné. Jean-Guy Talamoni toujours, qui ne laisse passer aucune occasion d’évoquer des « prisonniers politiques », comme autant de crachats à la République, à propos de ceux qui, justement, ont lâchement assassiné ce représentant de l’Etat qui refusait une protection rapprochée. Et Gilles Siméoni, jouant les « good cop » quand son alter-ego Talamoni serait le « bad cop », qui dénie à Jean-Pierre Chevènement le droit d’être présent à l’hommage à Claude Erignac, et qui accuse le président de la République de provocation, parce que cet ancien ministre de l’Intérieur avait eu le front d’envoyer un préfet de combat, après que le prédécesseur avait été assassiné. Dans mes souvenirs, lorsque des milliers de Corses avaient défilé pour s’élever contre l’assassinat de leur préfet, il ne me revient pas qu’ils réclamaient Gandhi au Cours Napoléon.

Face à Siméoni et Talamoni qui faisaient monter les enchères, alors qu’ils ont été élus pour exercer des compétences définies par la loi lors d’élections dont le taux de participation devrait inviter à davantage de modestie, il fallait qu’Emmanuel Macron fasse preuve de fermeté. Sans doute une autre attitude de ses interlocuteurs aurait pu inviter à davantage d’ouverture. Tout est affaire de contexte. Parce qu’il faut bien reconnaître que la demande de statut de résident répond à des problématiques qui existent bel et bien. Et qui peuvent exister aussi sur le continent. Il faut reconnaître aussi que les enfants des prisonniers corses ne sont pas responsables des crimes et délits de leurs parents et qu’une solution devrait être trouvée, en Corse comme ailleurs.

Le nationalisme corse a 50 ans de retard

Mais Siméoni et Talamoni ont dès le début souhaité défier Paris ! Paris la jacobine ! La bonne blague ! Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu… Paris la jacobine ? Si seulement ! Paris n’est plus jacobine depuis longtemps. Quand on entend Siméoni et Talamoni, et parfois d’excellents bons esprits (sauf sur ce sujet) reprendre cette antienne, on hésite entre hilarité et consternation. Non, Paris n’est plus jacobine depuis longtemps. Petite parenthèse en direction de M. Talamoni qui se voit en pays colonisé, il est rare que la capitale d’un pays colonisateur se donne un maire de la colonie en question. Pourtant, d’après mes informations, Jean Tibéri a bien été maire de la fameuse Paris jacobine. Et le clan corse à la Ville n’a rien d’une légende. Il est même arrivé qu’un Corse accède aux fonctions de ministre de l’Intérieur. Deux fois, ces trente dernières années. Paris la jacobine ? Cette page est tournée depuis bien longtemps.

Aujourd’hui, Madame Hidalgo ne parle plus que de « Ville-Monde » et se fiche bien de la Nation, de la République et de l’Etat. Ce qui l’intéresse, c’est d’imiter ses homologues londonien et new-yorkais, en moquant cette province dont les beaufs votent si mal, pour le Brexit ou pour Trump. Cette volonté de se détacher de la Nation n’a rien de jacobine, c’est même le contraire du jacobinisme, ce républicanisme ardent. Comment peut-on entretenir cette fiction de Paris-qui-décide-de-tout alors que, depuis bien longtemps, Paris ne décide plus de grand-chose ? Qu’on décide en fait à Bruxelles, à Francfort, à Washington, et dans les petites féodalités créées par la décentralisation.

Décentralisation, piège à…

La décentralisation, parlons-en ! Parce qu’il va bien falloir se décider à faire son bilan. Il va bien falloir déterminer sa part de responsabilité dans la toute-puissance de la grande distribution, dans l’enlaidissement de nos entrées de villes, dans la mort de nos bourgs-centres, dans l’accompagnement de la métropolisation dont profite justement la région parisienne jusqu’à l’étouffement, comme le montre à épisodes réguliers le blocage complet provoqué par les premiers flocons de neige. La décentralisation ! C’est en son nom qu’on a, par exemple, regroupé la Bourgogne et la Franche-Comté, c’est en son nom que Monsieur Rebsamen, qui se prend pour le Duc d’une Grande Bourgogne, traite les Franc-Comtois de « gougnafiers », parce qu’ils manifestent de la mauvaise humeur à tout voir partir à Dijon. Ma Franche-Comté, je l’aime. Elle n’a pas à rougir devant les quatorze ans d’indépendance corse. Dole a résisté bien plus longtemps face au Grand Condé. Besançon a subi le canon de Vauban. Et pourtant la Franche-Comté est française. Elle en est fière, et elle ne souffre pas moins que la Corse dans la mondialisation sauvage. Elle souhaiterait un Etat qui fasse son travail, qui la protège des ravages du libre-échange. Pas d’un Etat qui s’efface et qui lui dise « démerde-toi », en lui déléguant un pouvoir réglementaire.

En Corse comme en Franche-Comté, on ne vote d’ailleurs plus beaucoup. Il faut dire que lorsqu’on lui demande son avis sur une question importante, on s’assoit dessus ensuite. En 2005, dans la France entière, le peuple avait dit non à la constitution européenne. Trois ans plus tard, on faisait passer un traité quasi-identique par la fenêtre. En 2003, les Corses refusaient la collectivité unique et souhaitaient conserver leurs deux départements, vestiges du jacobinisme. Nationalistes, autonomistes, et vieux partis en capilotade se sont entendus pour piétiner aussi cette décision souveraine. Alors la moitié d’entre eux ne va plus voter et, par leur abstention, dit aux natios : « démerdez-vous, montrez ce dont vous êtes capables ». Ils leur disent en gros ce qu’Emmanuel Macron a dit l’autre jour, et qui a été pris pour du mépris.

La Corse a rendu service à Macron

Qu’on ne s’y trompe pas. On ne répondra pas aux fractures françaises par moins d’Etat, moins de République, moins de Nation. On ne répondra pas aux souffrances de la France périphérique par un « démerdez-vous ». En fait, Emmanuel Macron en rêve ! Le dépeindre en Jupiter jacobin, n’est-ce pas en fait lui rendre un sacré service ? Si son image s’est améliorée, c’est grâce à cette posture dont il sait qu’elle correspond à une demande réelle. Le critiquer sur ce thème, c’est lui rendre service. A bon entendeur…