Changement de nom du FN: est-il déjà trop tard?

Le premier tome des mémoires de Jean-Marie Le Pen devrait donc être publié début mars en guise d’apéritif du congrès du Front national (FN) le même mois. Clin d’œil du patriarche fondateur aux adhérents du parti, dont il veut toujours croire qu’il en demeurera le président d’honneur. Clin d’œil à la plus jeune de ses filles, Marine, qui a repris la boutique familiale il y a sept ans. Un septennat, un siècle, une éternité. En réalité, on se demande bien si Jean-Marie Le Pen a le cœur à témoigner des signes sympathiques à celle qui lui a succédé. Celui qui déclenchait son agacement, qu’il dépeignait en gourou de sa fille, Florian Philippot, a pourtant vidé les lieux.

Front populaire

Mais Marine Le Pen semble ne plus savoir où elle habite. Alors que le départ de son stratège préféré, qu’elle a finalement poussé vers la sortie, tout en assurant ne pas avoir l’intention de troquer sa ligne « ni-droite ni-gauche » par une ligne « à droite toute », l’a considérablement affaiblie à l’intérieur de son propre parti, la présidente du FN a toujours l’intention de changer le nom du parti. La semaine dernière, notre consoeur, Pauline de Saint-Rémy, toujours bien informée, dévoilait sur l’antenne de RTL que les réponses des adhérents FN à cette question s’avéraient catastrophiques pour Marine Le Pen. 80% d’entre eux souhaiteraient conserver la marque FN. Un vrai désaveu pour Marine. Un triomphe pour Jean-Marie.

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La présidente, afin de démontrer qu’elle demeurait fidèle à la ligne qu’elle avait développée pendant sept ans, a promu Sébastien Chenu. Issu des mêmes eaux souverainistes anti-Maastricht, tout en étant plus souple que Florian Philippot sur la question de l’euro, ce dernier constitue une nouvelle vitrine. Une différence subsiste néanmoins. Florian Philippot n’était pas qu’une vitrine. Il était aussi au four des idées et au moulin de la stratégie. Beaucoup de projets de communiqués passaient entre ses mains. Ainsi a-t-il pu déjà fustiger la position du FN sur le glyphosate et en faire le témoin d’un nouvel alignement frontiste sur la doxa européenne.

Marine Le Pen ne sait plus où elle habite

Mais revenons à ce vieux serpent de mer du changement de nom. A juste raison, Jean-Marie Le Pen faisait de ce chiffon rouge l’œuvre de Florian Philippot. Lequel en avait trouvé un, « Les Patriotes », avant de le garder finalement pour lui. Mais aujourd’hui, alors que le FN souhaite se recentrer sur ses fondamentaux sécuritaires et identitaires, pourquoi changer la marque du fondateur ? Parce que Marine Le Pen veut montrer qu’elle habite encore quelque part, contrairement à ce qu’ose raconter une certaine presse dont fait partie votre serviteur. Et cette volonté de le démontrer à tout prix dévoile en fait son embarras. CQFD.

Mais ce n’est pas parce que Marine Le Pen continue de donner des signes de sa fragilité que Les Patriotes de Florian Philippot disposent d’une autoroute à deux fois trois voies devant eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est que de ce côté, on sait où on va, et on y va avec panache, prenant des risques énormes. Le sort des numéros deux de l’histoire du FN n’incite en effet pas à l’optimisme. Bruno Mégret fit scission en 1998 dans de bien meilleures conditions et avec bien plus de cadres que ne l’a fait Florian Philippot cet été. On se souvient de ce qu’il advint de son aventure, dont certains chevau-légers entourent aujourd’hui Marine Le Pen et furent au premier rang de ceux qui l’ont incitée à bouter Philippot hors du FN.

Les Patriotes vs. Front national, premier test fin janvier

Non content de prendre le risque de la séparation, voilà que quelques mois plus tard, le patron des Patriotes décide d’envoyer son lieutenant le plus solide, mais aussi le plus exposé, au feu électoral. Souvent accusée d’utiliser le parachute électoral, Sophie Montel qui, d’après nos informations, « s’amuse terriblement » à écrire un livre sur sa « désillusion » mariniste, a donc décidé d’aller visiter une nouvelle terre électorale, le Territoire de Belfort, où l’invalidation de l’élection du député LR Ian Boucard par le Conseil constitutionnel a provoqué un nouveau scrutin. Le premier tour aura lieu le 28 janvier prochain et un premier débat s’est tenu ce dimanche sur l’antenne de France 3Franche-Comté.

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On y a beaucoup parlé d’économie en général et d’Alstom en particulier, puisque la circonscription abrite l’usine historique de l’entreprise. Et on a pu y déceler une ligne de partage décoiffante, avec d’un côté les « libéraux », à savoir le candidat de la majorité présidentielle issu du MoDem, Christophe Grudler, celui du FN Jean-Raphaël Sandri, et de l’autre les « étatistes », c’est-à-dire tous les autres candidats, ce qui n’est pas très étonnant de la part du PS tendance frondeuse Arthur Courty, de la candidate FI Anaïs Beltran et même de Sophie Montel. Le fait de trouver le candidat LR de ce côté de la barrière n’est en fait étonnant que depuis Paris. Ian Boucard ne cache pas faire partie de la sensibilité la moins libérale de son parti. Je l’ai personnellement entendu évoquer « l’obsession des 3% » à propos de l’orthodoxie budgétaire sauce bruxelloise.

Il est peut-être déjà trop tard…

Ce qui se joue dans cette circonscription, plus que de savoir si la majorité macroniste gagnera un siège supplémentaire aux dépens de LR, c’est évidemment le rapport de force entre Montel et Sandri, entre Les Patriotes et le FN. Si Sandri réussit à fidéliser l’électorat FN sur le logiciel libéral-identitaire très en phase avec le secrétaire général Nicolas Bay, et que Sophie Montel hérite, malgré un terreau sociologique et économique favorable à son discours, d’un score décevant, de l’ordre de celui promis à son nouveau parti par les instituts de sondages pour les élections européennes, Les Patriotes auront perdu une première manche décisive, leur promettant de devoir beaucoup ramer dans les prochaines années, à l’image du parti de Nicolas Dupont-Aignan. Si au contraire Montel fait jeu égal avec Sandri, voire le dépasse, ce serait un coup de tonnerre électoral. Une véritable défaite pour Marine Le Pen. Son idée de changer le nom de son parti demeurerait perdant à tous les coups. Dans le premier cas, c’est surtout la marque qui serait décisive dans la fidélisation de l’électorat. Dans le second, cela signifierait surtout que ce changement de nom arrive bien trop tard et que pousser Philippot dehors constituait une erreur funeste.

Une autre histoire de la présidentielle (3/3)


Décembre 2017, Mélenchon nomme Guaino Premier ministre


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Lundi 19 juin 2017

Arnaud Montebourg était assis face au président. La tension était palpable. Jean-Luc Mélenchon ne comprenait pas son Premier ministre. La France insoumise, grâce à la démobilisation de tous ses adversaires, avait obtenu plus de 300 sièges. Cette majorité permettait de mettre en œuvre le projet joliment appelé « L’avenir en commun », et l’hôte de Matignon faisait la fine bouche.

Montebourg souhaitait que l’idée de Constituante pour une VIe République ne soit pas mise en œuvre, comme prévu, aussitôt la réforme du mode de scrutin votée. Lui qui avait porté depuis le début de sa carrière l’idée d’en finir avec la Ve lui demandait de renoncer à ce projet, de le renvoyer aux calendes grecques. « Il faut regarder les choses en face, monsieur le président. D’abord, même si cette réforme était à votre programme, vous n’avez pas été élu pour ça. Si vous avez obtenu 20% au premier tour, c’est parce que vous, et non la France insoumise, avez su montrer que vous aviez les qualités d’un chef. C’est parce que vous avez incarné, dès l’annonce de votre candidature, ce « qui m’aime me suive » gaullien. Paradoxalement, c’est le futur monarque républicain qui a été élu, pas celui qui annonçait la Constituante. Ensuite, votre majorité est diverse. Entre le duo Obono-Autain, le jacobin Corbière et mes proches qui l’ont rejointe, on dirait des grenouilles dans une brouette.  Seule la Ve République et ses outils permettront de la discipliner pour mettre en œuvre les chantiers prioritaires, la transition écologique et le bras de fer européen avec l’Allemagne. Enfin, j’ai bien peur que cette assemblée constituante élue à la proportionnelle fasse n’importe quoi, allant beaucoup plus loin dans le régime d’assemblée que nous ne le souhaitons nous-même. »

Le président n’était pas décidé à s’asseoir sur sa VIe République, et il le signifia à Montebourg. Celui-ci ne se démonta pas. « Alors, je retourne faire du miel en Saône-et-Loire ! ».

Jeudi 14 septembre 2017

Au premier rang de la manifestation, Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez, Manuel Valls et Florian Philippot – fraîchement débarqué du FN – avançaient, bras dessus bras dessous. Marine Le Pen avait été déclarée persona non grata, bien qu’opposée aussi à la mise en place du Conseil de déontologie des médias. Le nouveau Premier ministre Benoît Hamon faisait le siège de l’Elysée chaque jour depuis une semaine pour implorer le président Mélenchon de renoncer à son projet. A l’Assemblée, la majorité France insoumise se fissurait. Clémentine Autain avait demandé à ce qu’on abandonne le projet, suscitant la colère du président de groupe Alexis Corbière. François Kalfon, le ministre de l’Intérieur, avait aussi prévenu depuis quelques jours de l’ampleur de la manifestation.

Le président de la République avait toutes les raisons de tenir. Depuis son élection, il faisait l’objet d’une opposition médiatique massive, qu’il trouvait la plupart du temps caricaturale et malhonnête. Mais la France des médias résistait et était parvenue à mobiliser. Bizarrement, c’est la France périphérique, celle qui lui avait été la moins favorable lors de l’élection présidentielle, qui se mobilisait le moins contre l’idée de ce conseil de déontologie journalistique. La fronde se déployait en revanche dans toute la France des métropoles, ce qui donnait aux manifs l’effet grossissant d’une loupe. Les études d’opinion confirmaient politiquement le clivage géographique. Le président s’écroulait dans son propre électorat et celui du Parti socialiste. Il remontait en revanche légèrement dans l’électorat LR et sensiblement dans l’électorat FN. Il avait décidé de tenir bon, mais commençait à se demander si son éphémère Premier ministre, devenu apiculteur, n’avait pas vu juste en juin dernier. S’il avait du mal à imposer une telle réforme à sa majorité, comment la France serait gouvernée en VIe République ?

Dimanche 24 décembre 2017

Enfin, les émeutes avaient cessé. En octobre, le président Mélenchon avait décidé d’une répression tous azimuts contre la fraude fiscale. En Conseil des ministres, il avait insisté pour que cette bataille se fasse non seulement au niveau des cols blancs mais aussi dans les banlieues où nombre de trafiquants en tous genres ne déclaraient aucun revenu tout en affichant ostensiblement des signes extérieurs de richesse. Il avait ainsi exigé qu’on redonne une nouvelle vie au travail commun de la police, du fisc et des douanes initié par Nicolas Sarkozy lorsqu’il occupait Beauvau au début du siècle. Frapper les trafiquants au porte-monnaie.

Mais, comme en 2005, ces derniers avaient décidé de ne pas rester inertes. Il avait suffi d’un accident de scooter d’un jeune homme à Clichy-sous-Bois, poursuivi par la police, pour que les banlieues s’embrasent. Hamon et Khalfon étaient passés sous la table. Les médias – Mediapart en tête – vent debout contre l’Elysée, accusé de tous les maux. Ne restait plus que la Ve République. Et son fameux article 16. Au bout d’une semaine d’émeutes, le président se décida à l’utiliser. Les accusations de fascisme se multiplièrent, les allusions au Venezuela et à Cuba fleurirent. Mais Mélenchon savait qu’il jouait son mandat dans l’épreuve de force. En quinze jours, l’ordre régnait dans les banlieues. Et la popularité présidentielle remontait en flèche.

En ce dimanche de fête, le président de la République annonça la fin de la mise en œuvre de l’article 16 et ceux des travaux de la Constituante. La Ve République continuerait à vivre. Dans quelques jours, il nommerait Henri Guaino Premier ministre, Hubert Védrine aux affaires étrangères et Natacha Polony à la transition écologique. A la fin de son allocution, Jean-Luc Mélenchon se paya le luxe de ces deux mots adressés aux Français : « Joyeux Noël ».

Une autre histoire de la présidentielle (2/3)

Mai 2017, Jean-Luc Mélenchon élu président de la République

Mardi 4 avril 2017

Malgré son expérience, François Bayrou n’avait rien vu venir. Et pourtant, deux mois auparavant, les réseaux sociaux s’étaient timidement fait l’écho de ce passage d’un livre de Corinne Lepage paru deux ans avant. Une affaire d’emplois fictifs. Comme Fillon. Et concernant le Parlement européen, en plus. Il était monté trop vite et trop haut dans les sondages. Depuis vendredi dernier, il devançait désormais François Fillon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron, et occupait ainsi virtuellement – avec 18.5 % – la seconde place pour le second tour, selon le Rolling-IFOP.

Son slogan de campagne, « La sagesse », s’était imposé et collait à merveille avec une opinion en train de se cristalliser. Cette « sagesse » répondait à une demande de protection. De manière surprenante, le démocrate-chrétien qui avait toujours été un représentant de la politique d’ouverture du pays aux vents du marché européen et de la mondialisation, faisait presque jeu égal dans la France périphérique avec Marine Le Pen. Il devenait le candidat de la France profonde, et un peu celle des oubliés. Et cette sagesse renvoyait aussi et surtout à l’honnêteté, ce qui lui avait apporté des bataillons d’électeurs de droite devenus rétifs au vote Fillon.

 Et voilà qu’il était rattrapé, comme le candidat LR et Marine Le Pen par cette histoire d’emplois fictifs. Il était désormais trop tard pour retirer sa candidature mais François Bayrou savait qu’il retomberait aussi vite qu’il était monté. Il savait aussi d’où venait le coup et rejoignait désormais François Fillon dans le diagnostic selon lequel un cabinet noir travaillait à la perte de ceux qui pouvaient succéder à François Hollande. A qui profitait le crime ? A Emmanuel Macron, à l’évidence.

Lundi 24 avril 2017

La France des médias avait la gueule de bois. Pendant des semaines, elle avait conjuré le mauvais sort, souhaitant ne pas voir en face ce qui la guettait. Le second tour tant redouté. Entre « les deux extrêmes ». Entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Pendant des semaines, elle y avait pourtant travaillé soigneusement, avec l’Emission Politique en tête de gondole, ses invités-surprises, son surf sur les buzz en tous genres. Elle avait pourtant fustigé le dégagisme. Elle l’avait fustigé, mais encouragé à force de le dénoncer et d’y participer néanmoins. Schizophrénie médiatique.

Et voilà qu’il fallait choisir. Entre la peste et le choléra. Du côté des partis politiques, on était aussi devant ce second tour comme des poules devant un couteau. A part Benoît Hamon, Philippe Poutou (pour Mélenchon), Nicolas Dupont-Aignan (en faveur de Le Pen), François Asselineau, Nathalie Arthaud et Jean Lassalle (pour le vote blanc), on n’avait encore donné de consigne de vote. Les trois gros candidats éliminés se taisaient. Quelques personnalités proches de ces candidats les avaient en revanche devancés. Laurent Wauquiez avait annoncé dans la matinale de RTL qu’il choisissait Marine Le Pen. Christophe Castaner se prononçait pour Jean-Luc Mélenchon sur France Inter. Marielle de Sarnez, enfin, se résolvait au même vote que le porte-parole d’Emmanuel Macron, « la mort dans l’âme », sur l’antenne de LCI.

Les premiers sondages donnaient Jean-Luc Mélenchon en tête avec 54%. C’était peu. Tout dépendrait de la capacité de chaque candidat à mobiliser, ce qui pouvait déjouer les pronostics et les sondages, jusqu’au dernier jour.

Dimanche 7 mai 2017

Jean-Luc Mélenchon apprit vers 18h30 qu’il était sans doute le huitième président d’une Ve République dont il souhaitait la fin. Il avait conscience que la France était en miettes. La campagne présidentielle la plus déplorable de l’histoire de la République n’y avait pas peu participé. Il fallait désormais rassembler. Le chef de la France insoumise avait conscience qu’il avait été élu par défaut, comme tout candidat vainqueur de Marine Le Pen l’aurait été à sa place. La désignation de son Premier ministre ne devait pas attendre. Il l’annoncerait dans les prochains jours, avant même d’être investi de ses fonctions. Tout le monde attendait Benoît Hamon mais le nouveau président ne souhaitait pas désigner une personnalité ayant participé au scrutin. Son choix se porta alors sur Arnaud Montebourg, qui accepta la proposition. Il fallait désormais trouver une majorité aux élections législatives. Jean-Luc Mélenchon n’en doutait pas : la mécanique des institutions de la Ve lui permettrait de l’obtenir.

Une autre histoire de la présidentielle 2017 (1/3)

Février 2017, François Bayrou se déclare candidat à l’Elysée

 Mercredi 22 février 2017

Les chevau-légers du macronisme faisaient feu de tout bois. L’annonce de la candidature de François Bayrou tombait bien mal. Le maire de Pau l’avait faite dans l’après-midi au cours d’une conférence de presse. « La France doit refuser l’aventure. Marine Le Pen représente l’aventure anti-européenne, l’aventure de l’isolement et du repli. François Fillon représente désormais l’aventure de l’immobilisme car il n’est désormais plus en position – même s’il était élu – de mettre en œuvre son programme. Emmanuel Macron, c’est l’aventure du déracinement, le porte-drapeau d’une élite hors-sol, le triomphe du consumérisme. La tentation de le soutenir m’a effleuré. J’y ai complètement renoncé après qu’il a lancé à la tribune qu’il n’y avait pas de culture française. J’ai donc décidé de présenter ma candidature à l’élection présidentielle ».

Au QG d’Emmanuel Macron, après une dizaine de minutes d’hésitation, entre le silence méprisant et l’offensive armée, le chef lui-même avait opté pour la seconde option. A grands renforts de tweets, « l’irresponsabilité », et « l’égocentrisme », censé prendre un double-sens avec François Bayrou, étaient fustigés, par les porte-parole officiels comme officieux. Dans l’open-space du Figaro, la journaliste Eugénie Bastié se souvint de l’appel téléphonique qu’elle avait reçu de lui début février, juste après une chronique matinale : « vous avez raison, Charles Péguy aurait vomi le progressisme d’En Marche ». Depuis ce jour, elle était convaincue de cette candidature. Comment pouvait-il en être autrement ? Pourquoi prenait-il la peine de l’appeler pour la féliciter si c’était pour se rallier la queue basse à Macron deux semaines plus tard ?

Jeudi 2 mars 2017

Assis dans une banquette du café Bonaparte à Saint-Germain-des-Prés, Bruno Le Maire se demandait si c’était la pratique de la course automobile qui avait doté François Fillon de cette mentalité de tête brûlée. « Imagine-t-on François Fillon mis en examen » ? C’était désormais le cas. Comment pouvait-il se renier à ce point ? Justifier cette volte-face par l’idée d’un complot politico-judiciaro-médiatique ourdi dans un « cabinet noir » sis rue du Faubourg-Saint-Honoré avait quelque chose de pathétique. Confier l’orchestration de cette musique à Sens commun, dans un grand raout au Trocadéro, avait quelque chose de suicidaire. Trop c’était trop. Il ne pouvait participer à une telle aventure. Il fallait que Fillon renonce à cette candidature, qu’il laisse Juppé y aller à sa place.

La décision de Le Maire était prise. Il ne soutiendrait pas Fillon. Si LR désignait un autre candidat, il jouerait le jeu. Dans le cas contraire, ce serait sans lui. Et il rebondirait ensuite chez Macron. Ou chez Bayrou. Mais il rebondirait bien quelque part. Du haut de ses 2% à la primaire de la droite, Le Maire se voyait déjà ministre à un poste régalien. Sauf si Fillon finissait par l’emporter. Dans ce cas-là, pour lui, ce serait les mines de sel. Ou au mieux, beaucoup de temps pour venir déguster un thé au Bonaparte.

Lundi 6 mars 2017

Alain Juppé en avait terminé avec sa conférence de presse. Il avait dénoncé la radicalisation du noyau dur des militants LR, cette droite qui s’était massée place du Trocadéro la veille. Encore sonné par sa défaite à la primaire, actée dès le premier tour, le 20 novembre, il avait définitivement perdu l’espoir de devenir président. Et il avait choisi d’en rendre responsables les militants de son parti. Alors qu’il savait très bien que sa propre histoire lui interdisait de prendre la succession de Fillon. Comment pouvait-il, lui condamné dans la plus grande affaire d’emplois fictifs de la Ve République, prendre la succession d’un candidat soupçonné dans une affaire du même genre ? Une minute après l’annonce de sa candidature, ce rappel fleurirait par centaines de tweets et de posts Facebook. On en rirait. On déplorerait à juste titre l’absurdité de la situation.

Juppé voyait aussi avec intérêt la montée dans les sondages de son ancien allié Bayrou. En moins de deux semaines, il avait déjà atteint un score à deux chiffres. Il avait pris deux points à Macron, et deux autres à Fillon. Il restait sept semaines. Avec la candidature du maire de Pau, le prix du ticket pour le second tour serait moins cher que prévu. 19 ? 18 ? 17%, même ? Jamais une élection présidentielle n’avait été plus ouverte et plus incertaine. Bayrou élu, Juppé se voyait déjà de retour à Matignon, vingt ans après. Quelle revanche ce serait. « Wait and see », comme disent les Anglais. Rester à Bordeaux. Attendre le 23 avril. Patiemment.

Emmanuel Macron, un président sans opposition

Ainsi, la communication présidentielle aurait dérapé. C’est ce qu’on pouvait lire samedi sur les réseaux sociaux alors que toutes les radios avaient annoncé qu’Emmanuel Macron fêterait son anniversaire à Chambord et qu’il avait même rencontré des chasseurs au petit matin. On a pu y voir des comparaisons avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy consécutives à la soirée au Fouquet’s et au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré. Ceux qui se sont prêtés à ces analyses se fourvoyaient évidemment. De dérapage, il n’y avait pas. Très vite, après un début d’agitation sur internet, on a fait savoir que le président de la République ne dormirait pas dans le château, mais dans un pavillon, et que la salle louée pour la fête d’anniversaire, payée sur les deniers personnels d’Emmanuel Macron, était moins onéreuse que si elle avait eu lieu à Paris. Bref, les spécialistes de la polémique ont pris dans les dents le boomerang qu’ils croyaient avoir lancé, alors qu’ils avaient joué les idiots utiles de la communication présidentielle. Chapeau l’artiste !

Ni Sarkozy, ni Hollande

Bien sûr, la référence à la monarchie était une volonté, et non une maladresse, dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Et contrairement à ce que pensent Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, elle ne constitue nullement une provocation. Le chef de file de la France insoumise se souvient-il des nombreuses allusions à la France des Rois dans les discours et actes politiques de François Mitterrand, ce président qu’il a tant admiré ? C’est aussi ce qu’a remarqué Patrick Buisson, interrogé par David Pujadas en début de semaine dernière : il prêtait à Emmanuel Macron, dans cette France qui a été si longtemps monarchique, dans les institutions forgées par l’homme du 18-juin de vouloir incarner la fonction, d’avoir à l’esprit qu’il ne succédait pas seulement aux présidents de la République, mais aussi à tous les monarques qui l’ont précédé.

Et cette obligation est d’autant plus pressante dans un contexte mondialisé où les Français ont compris que les marges de manœuvre étaient davantage réduites pour celui qu’ils élisaient. C’est ce que n’avaient compris ni Nicolas Sarkozy ni, davantage encore, François Hollande, lesquels, chacun dans leur style, hyperprésident vibrionnant et touche-à-tout pour l’un, président (trop) normal pour l’autre, avaient tant donné l’impression qu’ils n’incarnaient aucunement la fonction. Dès l’été 2016, dans un entretien accordé au magazine Le 1 hebdo, Emmanuel Macron l’avait théorisé ; il récidivait un an plus tard, interrogé par le magazine Challenges. Pendant toute sa campagne, la promesse du retour à un style « gaullo-mitterrandien » avait été martelée et il n’est pas interdit de penser qu’elle a pu être décisive en avril dernier lors du premier tour.

Macron apprend vite de ses erreurs

Comme nous l’avions expliqué à deux reprises dans ces colonnes, il semblait bien qu’après un mois réussi dans cette manière d’incarner la fonction, Emmanuel Macron avait oublié sa promesse, se rapprochant de plus en plus du style de Nicolas Sarkozy. La façon dont il avait morigéné publiquement le général De Villiers en avait été le meilleur exemple. L’espace réduit qu’il laissait à son Premier ministre y participait également. A cela s’est ajouté l’erreur originelle des députés de son parti qui ont accepté de se faire rouler dans la farine par Thierry Solère dans la consternante affaire de la questure, provoquant la colère du groupe LR, qui a boycotté le bureau de l’Assemblée pendant quelques mois. Ce qui a eu pour conséquence de promouvoir des députés complètement inexpérimentés aux vice-présidences, laissant cette impression d’amateurisme justifiée l’été dernier.

Mais, ce qui est notable chez Emmanuel Macron, c’est qu’il apprend vite de ses erreurs, contrairement à ses prédécesseurs. Il y a quelques jours, les Républicains acceptaient de revenir au bureau de l’Assemblée, retrouvant les vice-présidences qui leur étaient promises. D’autre part, Thierry Solère ayant décidé d’entrer à LREM, pression lui a été mise pour qu’il renonce à la questure et qu’elle soit rendue à la véritable opposition. Et voilà qu’une affaire sortait mercredi dernier à propos du député de Boulogne-Billancourt et que Jupiter, par Christophe Castaner interposé, lançait sa foudre en sa direction, lui signifiant la plus rapide exclusion de l’histoire.

L’Etat est tenu

Si Emmanuel Macron se porte désormais beaucoup mieux dans les sondages, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs. Il a laissé Edouard Philippe prendre davantage de place. Lorsqu’un mot dévastateur – car révélateur de ses pensées profondes – lui échappe dans le Limousin, évoquant ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du travail « pas loin », c’est-à-dire à deux heures de route, il rectifie le tir immédiatement dans une émission, anticipant les critiques justifiées sur son rapport à la France périphérique et la « haine de la province » que Laurent Wauquiez lui reproche. Et il demande à son Premier ministre de mettre en scène une délocalisation de Matignon à Cahors, afin de batailler sur ce terrain avec le nouveau président de LR. Alors que ce dernier a décidé de l’attaquer aussi sur l’immigration, il envoie aussi des messages directs, qu’on n’aurait sans doute pas pardonnés à Nicolas Sarkozy, en répondant à une femme déboutée du droit d’asile : « il faut retourner chez vous, madame ». Et enfin, sur la question essentielle de l’éducation, il dispose de son atout maître, Jean-Michel Blanquer, qui plaît à peu près autant à droite qu’à gauche, lequel envoie des messages de fermeté et de retour au bon sens que 80% de l’opinion approuve avec soulagement, presque étonnée par tant d’audace. Même Marlène Schiappa, qui enchaînait les bourdes à vitesse supersonique l’été dernier, semble avoir trouvé son rythme de croisière à l’étonnement de ceux qui la moquaient. Bref, Emmanuel Macron, en cette fin d’année a fini par donner cette impression, inconnue depuis bien des années, surtout sous la présidence de François Hollande, que « l’Etat est tenu ».

Elle est là, l’erreur de Jean-Luc Mélenchon. Arcbouté sur sa chimère de VIeRépublique, il ne voit pas que c’est justement ce sentiment qu’il était lui-même un chef et que l’Etat serait tenu s’il devenait président qui lui avait permis d’obtenir 19%. Dès lors, critiquer Emmanuel Macron sur ce thème, ne peut que nourrir l’impression, d’une part qu’il n’aurait pas été aussi bon président que ne l’auraient imaginé ses sept millions d’électeurs – leur laissant croire que l’Etat ressemblerait à cette France insoumise tirant à hue et à dia, entre Danièle Obono et Clémentine Autain d’un côté, et Alexis Corbière de l’autre – et d’autre part qu’il reproche à Macron de gouverner, lui donnant quitus que le président incarne effectivement la souveraineté, alors qu’il ne fait, avec son style de présidence, que donner le change. Mélenchon fait de Macron celui qui décide de prolonger le glyphosate alors qu’il le subit. Mélenchon passe sous silence le fait que Macron n’est pas aussi monarque qu’il le dit, lorsqu’il renonce à prononcer un moratoire sur l’extension des surfaces commerciales, otage des desiderata de l’inspection des finances et de la grande distribution.

La France qui va bien l’aime (toujours) bien

Laurent Wauquiez a annoncé qu’il serait meilleur opposant que Mélenchon. On attend de savoir s’il saura percer l’armure du président qui se veut monarque. Mais après avoir suivi sa campagne, et l’avoir entendu répéter à l’envi que « la droite était de retour », il est à craindre qu’il ne soit pas davantage à la hauteur que le chef de file de la France insoumise.

Hier soir, France 2 diffusait un entretien, enregistré en milieu de semaine, entre Laurent Delahousse et Emmanuel Macron.

Sa volonté d’incarner la fonction présidentielle, y ajoutant pédagogie de l’action, dédain du commentaire politicien et proximité avec un journaliste populaire, constituait le fil rouge du reportage. L’anti-Sarkhollande. La France qui va bien a dû adorer. Mais cela suffira-t-il longtemps à la France qui souffre ?

Wauquiez, le premier jour du reste de la droite

 Les militants LR ont donc rendu leur verdict ce dimanche dans la discrétion qu’ils souhaitaient. La Faucheuse leur avait facilité la tâche cette semaine en arrachant Jean d’Ormesson et Johnny Hallyday au monde des vivants. Car de débats, ces militants ne voulaient pas. Et bien des observateurs ont cru à une faible participation – certains craignaient moins de 50 000 votants ce matin, se basant sur l’absence de confrontation entre les candidats. Il fallait discuter avec certains d’entre eux pour comprendre que le problème était ailleurs : le système des primaires les a échaudés pour longtemps contre la démocratie à ciel ouvert.

Wauquiez, sans débat

Ce que les militants craignaient par-dessus tout, c’était des débats télévisés avec les médias honnis, et les électeurs de gauche pour témoins voire acteurs. Ils voulaient décider entre eux dans un confort douillet et rassurant. Et se choisir un chef, un vrai. Assez des guerres de chefs, assez de linge sale lavé en public. Nous avions regretté ici que cette attitude conduise à ne pas traiter les véritables enjeux, de ne pas aborder les sujets qui fâchent, le rapport à Macron, celui à la construction européenne, la conciliation du libéralisme économique avec le conservatisme sociétal. Nous avions aussi visé l’attitude du favori, Laurent Wauquiez, qui cherchait avant tout, sous la pression, notamment celle d’un ancien président de la République, à donner des gages de rassemblement, quitte à ne pas choisir.

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La formation du binôme avec Virginie Calmels, ancienne patronne d’Endemol France, juppéiste patentée et qui, dit-on, se serait bien vue ministre de Macron, constituait une ambiguïté dommageable. La volonté de « réconcilier les enfants de Séguin et les héritiers de Jean Monnet » en fut une autre, jusqu’à la caricature. Cela dit, nous devons à la vérité que tous n’étaient pas sur la ligne du chef. Ainsi, le 25 novembre dernier, votre serviteur a été invité à parler devant les jeunes wauquiéristes du Doubs avec un cahier des charges très simple : leur parler franchement, ce qui est en effet le genre de la maison. Leur intérêt pour le propos, leur soif de débat idéologique, leur capacité à frotter leur cervelle contre celle d’un autre avaient quelque chose de rafraîchissant et rendait plutôt optimiste.

Droite d’inventaire

Tutoyant quasiment la barre des trois-quarts des suffrages exprimés des 100 000 militants actifs des Républicains, Laurent Wauquiez peut s’estimer bien élu d’un parti néanmoins en crise. Loin derrière, Florence Portelli (16%) a montré un véritable caractère, débordant parfois le favori sur la nécessité de ne faire aucun quartier pour les constructifs et autres macron-compatibles. Il est regrettable que, sentant la défaite arriver, elle ait, dans les derniers jours, usé de la vieille ficelle du féminisme victimaire.

Quant à Maël de Calan, il n’atteint pas le seuil psychologique des 10% des suffrages. Qu’Alain Juppé lui ait apporté finalement son soutien dans les derniers jours ne lui a pas servi à grand-chose. Que pesait cette manifestation tardive face aux déclarations prêtées au maire de Bordeaux sur le rapprochement avec Emmanuel Macron en vue des élections européennes de 2019 ? Alors qu’Edouard Philippe est à Matignon, et que la plupart des bataillons juppéistes sont déjà au pouvoir, le score de Maël de Calan donne seulement une information sur la quantité résiduelle des partisans de Juppé au sein de LR, prête à partir dans les prochaines semaines rejoindre leurs amis. La clarté du débat politique y gagnera assurément, ainsi que le confort intellectuel des uns et des autres.

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Reste à examiner les actes de Laurent Wauquiez. Poursuivra-t-il, au risque de lasser, la stratégie consistant à transgresser un jour, choquant le journaliste parisien, pour noyer le poisson le lendemain dans une formule rassembleuse absconse ? Continuera-t-il à expliquer que « se dire de droite, c’est déjà pas mal » ? Ou, maintenant qu’il a acquis la légitimité militante, entamera-t-il un véritable travail idéologique au sein de son parti, au risque de faire fuir certains grands élus aux oreilles et narines sensibles ? Qui nommera-t-il au poste important de secrétaire général ? Qui héritera des postes stratégiques des études et de la formation ? Les réponses à ces questions nous diront très rapidement des indices quant aux véritables intentions de l’homme à la parka rouge.

Lettre ouverte à Monsieur l’Ambassadeur de la République populaire de Chine en France

 Votre Excellence,

Le plus grand quotidien sportif français, L’Equipe, consacrait, le vendredi 24 novembre, un article à la situation difficile du plus vieux club professionnel français, le FC Sochaux-Montbéliard. Depuis quelques mois, le quotidien régional L’Est Républicain a également consacré plusieurs reportages à cette situation. Et Causeur a aussi publié plusieurs articles sur le sujet. Si nous nous permettons d’attirer votre attention sur ce dossier, c’est qu’un ressortissant de votre pays, Wing-Sang-Li, se trouve être le président de ce club historique du football français, depuis que l’entreprise qu’il dirige, Tech Pro, en est devenue propriétaire au printemps 2015.

Dès la vente du club par le constructeur automobile PSA à cet homme d’affaires chinois, nous avions été méfiants, non pas à cause de la nationalité du repreneur, mais de la faible surface financière de cette entreprise, des conditions opaques de la vente, et de l’identité des intermédiaires. La domiciliation de ses différentes filiales dans des paradis fiscaux, Iles Caïmans et Iles Vierges britanniques, n’était également pas de nature à rendre optimiste. La suite nous a donné malheureusement raison. L’action de Tech Pro s’est écroulée à la Bourse de Hong-Kong et sa cote est aujourd’hui suspendue, les autorités boursières de votre pays se montrant visiblement aussi méfiantes, soupçonnant des irrégularités dans la publication des résultats de Tech Pro.

Du côté du club, la situation n’est guère plus enthousiasmante. Alors que leur équipe favorite végète en Ligue 2, contrairement aux promesses de Wing-Sang-Li qui avait fait du retour dans l’élite son objectif affiché, les supporters du FC Sochaux sont très inquiets, voire davantage, comme vous avez pu le constater sur la photographie qui illustrait l’article de L’Equipe. L’autorité financière du football professionnel, la DNCG, surveille aujourd’hui de très près la situation du club, dont le directeur général, un ressortissant helvétique recruté par Wing-Sang-Li, est bénéficiaire d’un salaire astronomique, le troisième du football français, à poste équivalent. Enfin, Ledus France, filiale de Tech Pro, chargée de vendre des ampoules Led, et sponsor maillot du FC Sochaux, vient de faire l’objet d’une liquidation judiciaire.

Votre Excellence, nous avons cru comprendre que le président de la République populaire de Chine, se montrait très soucieux de l’image renvoyée par votre pays à l’occasion d’investissements à l’étranger. A ce titre, il devient évident que M. Wing-Sang-Li contrevient manifestement et gravement au vœu manifesté par M. Xi Jinping lors du dernière congrès du Parti communiste chinois. Qu’il nous soit permis, Votre Excellence, de vous montrer une vidéo prise en 1967 lors de la finale de la Coupe de France.

https://www.ina.fr/video/I07323226

Ce jour-là, le général De Gaulle assistait au match Sochaux-Lyon. Trois ans plus tôt, il avait été le premier chef d’Etat à reconnaître la République populaire de Chine. Votre pays serait-il fidèle à sa mémoire, s’il laissait l’un de ses ressortissants mettre à mort le plus vieux club de football professionnel français ?

Votre Excellence, si nous nous permettons de vous solliciter, c’est parce que nous savons que, soucieux de l’image de votre pays et des relations entre la Chine et la France, vous ne pouvez pas vous résoudre à cette issue. Wing-Sang-Li doit absolument vendre le FC Sochaux-Montbéliard dans les plus brefs délais et faire cette annonce lors de l’audience de la DNCG qui se tiendra le 11 décembre prochain. Il nous est apparu évident que le gouvernement chinois pouvait user de son influence pour convaincre l’un de ses ressortissants de ne pas nuire à l’image de la République populaire de Chine.

Journées du « matrimoine »: ne riez pas, la « matrouille » veille !

Qui a dit que le néo-féminisme ne pouvait pas faire marrer ? Ces dernières semaines laissaient croire le contraire, comme l’illustrait la « une » du Causeur de novembre et le dossier qui y était consacré. Mais hier, les néo-féministes nous ont réservé une bonne tranche de rigolade. Tout est parti d’une séance du Conseil de Paris, épicentre du Juste, du Bien et du Progrès, comme chacun sait. Attention ! Je vous vois déjà accuser Anne Hidalgo, vils personnages que vous êtes… Perdu ! En l’absence d’Anne Hidalgo, c’est le groupe écolo, par l’intermédiaire de la conseillère de Paris Joëlle Morel, qui a osé avancer une proposition révolutionnaire : rebaptiser les Journées du Patrimoine Journées du Matrimoine et du Patrimoine.

Allons enfants de la Matrie

Alors que j’écris ces lignes, mon traitement de texte, en retard d’une guerre néo-féministe, souligne « matrimoine » en bleu. Il n’est pas le seul à s’étonner. Car cette fois, les réacs ne sont pas les seuls à rigoler. Même certaines néo-féministes de mes amies (eh oui…) se demandent si les écolos parisiens n’ont pas fondu un plomb et ne décrédibilisent pas un chouïa la cause. Évidemment, les plaisanteries fusent. Qu’on se permette de vous en livrer quelques-unes : l’un se demande si le groupe vert parisien respecte bien la marité, une autre imagine une nouvelle Marseillaise (Parseillaise ?) « Allons enfants de la Matrie et de la Patrie ». On devise sur le nouveau gardien de chèvres, le mâtre. On se demande si une martie de tennis s’achèvera désormais par ces mots de l’arbitre de chaise : « Jeu, set et patch ». Pour ma part, j’ai vérifié la composition du groupe écologiste de Paris et je n’ai malheureusement trouvé aucune élue prénommée Patricia, à qui j’aurais alors conseillé de se faire re-baptiser Matricia. Evidemment, nos élu.e.s (pas envie de me faire rattraper par la matrouille !) écologistes n’ont guère apprécié les sarcasmes et l’ont fait savoir sur leur compte Twitter.

 Soutien à @ecoloParis victime de moqueries sarcasmes & injures pour une proposition qui n’enlève rien aux uns mais en redonne aux unes Marre de toutes ces personnes pour qui la tolérance s’arrête à leurs seules idées http://lelab.europe1.fr/le-groupe-eelv-au-conseil-de-paris-veut-rebaptiser-la-journee-du-patrimoine-en-journee-du-matrimoine-et-du-patrimoine-3500813 

Le groupe EELV au conseil de Paris veut rebaptiser la Journée du Patrimoine en « Journée du Matrim…

Le groupe EELV au Conseil de Paris veut parler désormais des « Journées du Matrimoine et du Patrimoine ».

lelab.europe1.fr

Caroline de Haas ose tout

Car ils prennent l’affaire au sérieux. Et cette idée n’est pas sortie de leur chapeau lors d’une séance de remue-méninges avant d’entrer en salle du conseil. Des Journées du Matrimoine, c’est-à-dire en bande à part, sans l’encombrant Patrimoine, il y en a déjà eues. J’en ai trouvées à Paris, à Lyon, à Toulouse. Et qui trouve-t-on derrière l’organisation de ces journées consacrées à ces artistes dédaignées par quelques siècles de patriarcat tout puissant ? Je vous le donne en mille ! Nos copines d’Osez le féminisme, fidèles compagnes de route de Causeur, association fondée par l’inénarrable Caroline De Haas, notre chargée de mission préférée à l’agrandissement des trottoirs de La Chapelle. Cette fois, De Haas n’est pas venue à la rescousse de ses amis verts, avec qui elle doit entretenir des rapports tourmentés depuis son formidable succès en tant que directrice de campagne de Cécile Duflot. Dire qu’elle nous a manqué serait exagéré.

Hidalgo cèdera ? Les maris sont ouverts

On ne sait si, à son retour, et alors que l’écriture inclusive a subi de sérieux revers cette semaine, Anne Hidalgo se décidera à  à mettre en œuvre la proposition de ses alliés écolos. Mais on peut parier (marier ?) que la persévérance sera de mise. Pourquoi ne pas récidiver au Conseil Régional et interpeller Valérie Mécressemrésidente de la Région ?

Obono défend Bouteldja, Mélenchon se reconnaît bien las

Jean-Luc Mélenchon est débordé au sein de son propre parti par « celles et ceux » qu’il a fait élire. La député de la France insoumise, Danièle Obono, a une nouvelle fois fait parler d’elle hier en défendant Houria Bouteldja.


Danièle Obono ne facilite décidément pas la tâche à Jean-Luc Mélenchon. Mais est-ce vraiment son intention ? Ce dimanche, si elle a définitivement largué les amarres avec Dieudonné, elle a pris la défense de sa « camarade » de lutte anti-raciste, Houria Bouteldja, porte-parole des Indigènes de la République (PIR).

Alors que la France insoumise est exposée à la critique de complaisance avec le PIR depuis des semaines, que la députée de Paris est accusée d’être elle-même complaisante avec le combat de l’auteur de Les Blancs, les Juifs, et nous, elle vient apporter une preuve matérielle à son dossier d’accusation. Qu’il nous soit permis de plaindre un instant le politiste Thomas Guénolé, qui avait naguère fustigé avec force et précision le discours de Houria Bouteldja, et avait pris il y a quelques jours la défense de Danièle Obono. Il doit éprouver aujourd’hui quelque sentiment de trahison. Mais qu’en est-il de Jean-Luc Mélenchon ?

Obono, Autain & co. : anarchy in the FI

Depuis l’élection présidentielle, il a perdu de la superbe qui lui avait permis une campagne impressionnante de pédagogie et d’entraînement. On était admiratif devant le tribun. On se méfiait tout de même de l’influence du mouvement « Ensemble » et on l’avait même mis en garde sur Causeur.fr. On lui faisait aussi remarquer que c’est parce qu’il avait complètement épousé la logique présidentielle de la Ve République (« Qui m’aime me suive »), sans s’embarrasser de savoir s’il aurait le soutien du PCF ou de la myriade de partis de gauche radicale, qu’il avait réussi l’exploit de tripler le score que lui promettaient les sondages au début de la campagne. Et on l’exhortait à arrêter de causer VIe République, alors que la Ve lui allait comme un gant.

Mais voilà, l’élection présidentielle est terminée et avec elle, la logique présidentielle qui l’accompagne. Le côté foutraque de la France insoumise a repris le dessus. La gauche radicale a parfois des airs du centrisme et de son image bayrouiste des grenouilles qu’il faudrait transporter dans une brouette. Maintenant que Jean-Luc Mélenchon ne peut plus dire « c’est moi le candidat » et qu’il a permis de faire élire Danièle Obono et Clémentine Autain dans la foulée de son excellent résultat, tout le monde pense avoir une part de son score à l’élection présidentielle alors que c’est lui et personne d’autre qui a fait près de 20%. L’ex-candidat ne peut pas faire régner l’ordre, prisonnier de ses déclarations enflammées pour la VIe République.

Marine Mélenchon

Lorsque Danièle Obono a commencé à faire parler d’elle, Jean-Luc Mélenchon l’a soutenue publiquement ; cela avait quelque part un certain panache ; on ne lâche pas ainsi ses ouailles. On peut d’ailleurs soupçonner qu’il avait relancé la polémique sur le caractère religieux du drapeau européen afin de faire oublier les déclarations de sa protégée et démontrer qu’il n’avait aucune leçon à recevoir de quiconque en matière de laïcité. Alors qu’il aurait été bien plus juste et efficace d’attaquer ce drapeau sur son versant politique, il a visé à côté de la cible en l’associant à la Vierge. Et on l’a retrouvé, en début de semaine, témoignant une certaine lassitude, reconnaissant que Macron avait gagné, ce qui ne lui ressemble guère…

Cette lassitude n’est-elle pas plutôt le fait de sa situation politique personnelle ? N’a-t-il pas intégré lui-même toutes les critiques qu’on se permet aujourd’hui de lui adresser ? Ne ressent-il pas actuellement un certain inconfort dans cette France insoumise qui tire à hue et à dia ? On a de plus en plus l’impression que Jean-Luc Mélenchon se retrouve dans une situation symétrique à celle de sa meilleure ennemie Marine Le Pen. Chef d’un collectif auquel il se sent de moins en moins en capacité d’imposer ses vues et ses convictions. Sauf que Mélenchon a bien plus de caractère que la présidente du FN et qu’on ne le voit pas vraiment en rentier de situation.

Back in the NPA

A la tête du Front de gauche, il avait réussi en 2012 un score qu’on n’attendait pas (11,1%). Déjà peu à l’aise entre 2012 et 2015, il avait fini par envoyer balader ce Front et par créer son mouvement d’aujourd’hui. La lassitude de Jean-Luc Mélenchon va-t-elle se muer en déprime ou en colère ? Ceux qui le mettent autant en difficulté devraient comprendre que sans lui, ils ne pèseraient pas dans les urnes. Avec le programme du NPA, la France insoumise obtiendra le score du NPA. Décourager Mélenchon, c’est scier la branche sur laquelle on est assis. A bon entendeur !

Wanted, Marine Le Pen a disparu

Invitée de L’Emission politique, Marine Le Pen n’a pas semblé plus assurée hier soir que lors de son débat raté de la présidentielle

Marine Le Pen était l’invitée de L’Emission politique, hier soir. Elle était attendue puisque c’était sa première grande émission depuis le fameux débat du second tour de l’élection présidentielle. Mais plus encore, la première après le départ de son stratège Florian Philippot. C’est d’abord sur l’euro, point d’achoppement avec ce dernier, qu’elle a été interrogée par François Lenglet. C’est peu dire qu’elle n’a pas été plus convaincante que face à Emmanuel Macron.

L’euro, monnaie gênante et trébuchante

Cette fois, ce n’est pas la distinction entre monnaie unique et monnaie commune, insuffisamment maîtrisée, qui l’a fait trébucher, mais le nouveau calendrier du FN, faisant de la souveraineté monétaire un aboutissement et non plus un préalable, laissant même entendre qu’une sortie de l’euro n’était plus obligatoire si on arrivait à réformer la gestion de la monnaie. Marine Le Pen favorable à la perspective de « l’euro sympa », c’était effectivement nouveau, mais on n’y croyait guère, pas davantage qu’elle-même à ce moment-là, d’ailleurs. Marine Le Pen sait très bien, pour l’avoir dit elle-même pendant deux campagnes présidentielles, que la monnaie est d’abord un outil politique et que sa gestion constitue une arme pour faire plier ceux qui refusent de rentrer dans le rang. Qu’on en parle aux Grecs qui ont été menacés par Mario Draghi de voir leurs banques privées de liquidités au plus fort de la crise de 2015.

À terme, la France doit-elle sortir de l’euro? « Nous allons voir », répond Marine Le Pen.  21:27 – 19 oct. 2017

La présidente du FN a malgré tout lâché les véritables raisons de sa volte-face : les sondages et le marketing électoral, qu’elle a pourtant fustigés en fin d’émission, comme pour mieux se convaincre qu’elle n’y avait pas cédé elle-même.

Tout est à refaire

C’est ensuite Laurence Parisot qui est venu lui porter la contradiction sur le sujet du féminisme. C’est à ce moment-là que Marine Le Pen a été la plus à l’aise. Divine surprise pour la présidente du FN que cette invitée mystère : une ancienne présidente du Medef. Elle a ainsi pu développer la défense des petits et des sans-grades, au féminin. Un peu d’oxygène dans l’émission avant d’être confrontée à Gérald Darmanin qui lui a donné davantage de fil à retordre sur les questions fiscales.

Marine Le Pen ne semble pas avoir retrouvé la confiance et la sûreté qui étaient sa marque de fabrique il y a encore quelques mois. Le débat face à Emmanuel Macron pèse toujours et elle en est convenue elle-même, hier soir. Sa crédibilité en a souffert, en souffre toujours. Elle en paraît d’autant plus consciente que ce débat a été le point de départ du processus qui l’a amenée à se séparer de celui qui fut son stratège depuis 2009, pour se retrouver aujourd’hui isolée idéologiquement dans le parti qu’elle préside, et qui l’amène à dire et faire le contraire de ce qu’elle disait et faisait jusqu’au 3 mai dernier, sur les questions économiques.

Concurrents, un mot qui commence bien mal

Il ne sera pas facile de remonter la pente dans ces conditions, d’autant que Laurent Wauquiez vient aujourd’hui lui faire de la concurrence sur les questions identitaires, et que Florian Philippot développe sa petite entreprise, qu’on aurait tort de mésestimer. Invité la veille chez Zemmour et Naulleau, il a fait preuve d’une efficacité d’autant plus grande qu’il est, au contraire de son ex-candidate, en total accord avec lui-même. S’il continue d’être considéré comme un bon client dans les médias audiovisuels, son nouveau parti pourrait se développer plus vite qu’on ne l’aurait cru. D’autant plus que la prochaine échéance électorale est européenne… Les divorces sont surprenants. C’est parfois celui dont on croit qu’il va souffrir le plus qui, contre toute attente, se libère, laissant l’autre bien plus malheureux que prévu.