Il y a un espace pour une droite urbaine indépendante de LREM

La note qui devrait inquiéter Benjamin Griveaux


La note de Nelly Garnier « Allô maman bobo – L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement » donne des pistes à la droite pour contrer LREM dans les métropoles comme Paris, où Benjamin Griveaux vient d’être investi par son parti. La droite a une carte à jouer si elle se positionne au-delà d’un clivage Bobos parisiens / France périphérique un peu éculé et fait une analyse plus pertinente de l’électorat citadin…


C’est une note en deux volets intitulée « Allô maman bobo – L’électorat urbain, de la gentrification au désenchantement » que vient de publier la Fondation pour l’Innovation politique (FondaPol), le think-tank dirigé par Dominique Reynié et Nicolas Bazire.

Les métropolitains, une élite désenchantée ?

Son auteur, Nelly Garnier, ne nous est pas inconnue. Elle nous avait reçu aimablement pour nous auditionner au printemps 2018, alors qu’elle était encore directrice des études rue de Vaugirard, le siège de LR… Elle avait alors longuement écouté le chroniqueur provincial originaire de la France périphérique, nourri de la prose des Muray, Guilluy, Fourquet et Sainte-Marie. Il n’est d’ailleurs pas innocent qu’elle ait insisté pour que nous lisions sa note : outre les très bonnes relations entretenues depuis lors, elle devait se souvenir de cette audition.

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Hétérogénéité sociologique du « bobo »

Car la note de Nelly Garnier a en effet de quoi nous bousculer. Documentée, précise et souvent convaincante, elle explique la manière dont les travaux de Guilluy ont « contribué à imposer l’idée d’une fracture irrémédiable entre les villes et les territoires ruraux et périphériques, et achevé de convaincre qu’il fallait choisir [entre les deux] » à partir de 2012. De même, la figure du « bobo », souvent fantasmée, apparaissait comme le métropolitain-type et poussait d’un côté à le rejeter sans réfléchir, et de l’autre conduisait la candidate UMP à la ville de Paris en 2014, NKM, à s’afficher comme « boboïsée » et « dédroitisée ».

Pourtant, explique Nelly Garnier, il y a plusieurs sortes de bobos, et il n’y a pas que des bobos parmi les métropolitains. Il n’y a pas non plus que des gagnants de la mondialisation. Il n’y a pas que des « anywhere ». A partir de l’étude de six métropoles (Paris, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Strasbourg et Grenoble), et de six quartiers de chacune sélectionnés pour leur caractère gentrifié, l’auteur bouscule les idées reçues.

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Il y a bien aussi un « malaise du métropolitain » qui conduit par exemple les deux-tiers des Parisiens à envisager un départ pour d’autres territoires. Il y a bien des familles qui ne supportent plus la délinquance, qui sont les premières touchées par la pollution, et qui ne sont pas pour autant des bobos à trottinettes… Il y a enfin des métropolitains qui ne sont pas davantage emballés par le libéralisme libertaire de LREM que par la politique municipale d’Anne Hidalgo…

La droite doit repenser son approche de l’électorat citadin

L’erreur a sans doute été d’avoir été à contretemps. Les médias et les partis politiques de gouvernement qui géraient le pays jusqu’en 2017 ont adopté l’analyse de Christophe Guilluy sans doute trop tard. Or les métropoles de 2017 ne sont plus celles de 2001-2008 lorsque le géographe publiait ses premiers travaux.

Pour les raisons invoquées plus haut – délinquance, pollution – mais aussi parce que le statut des cadres s’est  dégradé alors que cette catégorie socio-professionnelle constitue le plus gros bataillon métropolitain. Le malaise est d’autant plus grand que le discours ambiant ne l’encourageait pas à « exprimer ses fragilités », et qu’il est, davantage que le rural ou le périphérique, soumis à des « injonctions contradictoires » :

– je veux défendre le commerce de proximité mais je commande sur Internet car je suis pressé par le temps,

– je veux que mes enfants soient ouverts sur le monde, mais je les retire d’une classe où plus de la moitié des élèves maîtrise mal le français et où je les sens décrocher,

– je ne veux pas polluer mais je n’ai pas d’autres solutions que la voiture pour emmener mes enfants en week-end…

Un espace politique à reconquérir?

Dès lors, s’interroge l’auteur, y a-t-il encore un espace pour une droite urbaine indépendante de LREM ? Les derniers événements conduisent à répondre par la négative. L’exemple d’élus parisiens très à droite, comme Claude Goasguen, prêts à pactiser avec Benjamin Griveaux pour éviter Anne Hidalgo ou celui de Christian Estrosi prêt à troquer son investiture LR contre celle du parti macroniste, invitent en effet à se faire peu d’illusions. Pourtant Nelly Garnier veut croire que la droite « qui souffrait principalement de son décalage sociologique croissant avec les nouvelles populations des grandes villes, redevient audible sur de grandes problématiques : le sentiment de déclassement, le besoin de sécurité, le besoin de fermeté face à la montée des communautarismes, le besoin de retrouver des limites et des repères, le besoin d’accompagner des familles qui se sentent fragilisées ».

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Nous nous permettrons d’apporter une nuance à l’analyse de Nelly Garnier.

Nous sommes moins certains qu’un choix clair ait été fait par la droite en faveur des territoires ruraux et périphériques, oubliant les métropoles. Dans la France des Gilets jaunes, en tout cas, on n’en pas été convaincu du tout. C’est sans doute parce que cet ensemble, né de la fusion entre le RPR et l’UDF ne parlait plus vraiment à personne, que sa ligne n’était identifiée et adoptée ni par les métropolitains ni par les autres qu’elle a décru, finissant à 8% lors de la dernière échéance électorale. Dès lors, l’idée selon laquelle la reconstruction pourrait passer par la constitution de deux piliers, à l’exemple des CDU et CSU allemandes, pourrait bien être la solution. Le premier pourrait parler davantage aux métropolitains et concurrencerait LREM dont l’assise locale n’est pas encore véritablement assurée et dont le progressisme sociétal ne plaît pas à tout le monde, y compris en ville.  Le second, moins libéral, plus patriote et populaire, concurrencerait le RN sur les territoires périphériques et ruraux. Mieux vaut deux partis-frères aux lignes bien identifiées qu’un seul parti qui débite de l’eau tiède.

En tout cas, il est absolument nécessaire au pays qu’une force politique permette de parler à la fois à la famille parisienne qu’à la mère célibataire de Vierzon. Et que cette force, fut-elle organisée sur deux piliers, puisse être en situation de gouverner. La cohésion nationale le réclame. La France ne peut se satisfaire d’archipels qui se regardent en chiens de faïence.

La retraite de Sarkozy, c’est de la pipe?

On nous dit que ces « Passions » ne sont surtout pas ses Mémoires…


Nicolas Sarkozy ne veut surtout pas que l’on considère son dernier bouquin comme les mémoires d’un homme d’État à la retraite. Pourtant…


« Ecrire des mémoires n’était pas mon but », explique Nicolas Sarkozy, page 10 du livre qui est sorti ce jeudi en librairie. Quel plus bel hommage à René Magritte et son « Ceci n’est pas une pipe » !

© AFP PHOTO / Robyn BECK ROBYN BECK / AFP

Evidemment que ce sont des mémoires ! Des mémoires effectivement organisés de manière thématique et pas chronologique… mais des mémoires quand même.

Les mémoires, ça fait retraité…

Quand on raconte sa vie, quand on raconte ses relations personnelles avec ceux dont on a été proche, son grand-père, Jacques Chirac, Edouard Balladur, on écrit des mémoires. D’ailleurs, il y a malgré tout un peu de chronologie puisque ce tome court jusqu’à son accession au pouvoir en 2007, et qu’un autre tome est sûrement en préparation pour les années du pouvoir…

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Mais les mémoires, ça fait retraité. Les mémoires, ça fait retiré des affaires. Les mémoires ça peut même faire « has been ». Alors, les communicants ont tenté d’expliquer que ce n’était pas des mémoires mais des « Passions ». Même que c’est le titre du livre. Il fallait y penser. Il y a quelque chose de ridicule à ne pas assumer le besoin d’un homme d’Etat à enfin coucher son parcours sur le papier. Nicolas Sarkozy devrait se souvenir que De Gaulle lui-même a écrit ses mémoires de guerre après avoir quitté le pouvoir en 1946, et que ça ne l’a pas empêché de revenir en 1958.

Le deuxième tome, c’est pour quand?

Mais Nicolas Sarkozy n’a que Giscard en tête et ne veut surtout pas qu’on le compare à cet Ex éternel. Et plus il ne veut pas lui ressembler, plus il lui ressemble. Il avait déjà fait l’erreur fatale de reprendre l’UMP en 2014, comme Giscard avait repris l’UDF en 1988. S’il était resté en retrait, et ne s’était pas compromis dans cette primaire humiliante, il aurait pu apparaître comme le recours le jour du Trocadéro, en février 2017. Reprendre LR aujourd’hui, évidemment il ne le fera pas : Sarkozy connaît Marx, la tragédie, et la farce. Alors il s’agite en coulisses. On ne le dit pas étranger à la candidature en mode « poussière sous le tapis » de Christian Jacob à la tête de LR. En voilà un qui ne lui fera pas d’ombre dans les baromètres de popularité. Et qui sait, si Macron décevait…

Le premier problème de Sarkozy, c’est qu’il n’a jamais accepté son départ. Il n’a jamais accepté sa défaite. Il n’a jamais su faire l’inventaire de son bilan à la tête du pays. Peut-être que ce sera enfin l’objet du deuxième (ou second ?) tome de ses mémoires. Peut-être pourrait-il avancer, enfin. Et ne pas continuer à vouloir à tout prix tirer des ficelles.

Publier pareil « brûlot », pas le meilleur moyen de se poser en recours

Le second problème est géographique. S’il était provincial, il ne serait pas plongé au cœur du marigot politico-médiatique. Il ne serait pas à encourager Darmanin à aller à Bercy, puis à pester contre Wauquiez, ou encore à recevoir des pelletées de jeunes parlementaires rue de Miromesnil. Surtout, il verrait moins de journalistes parisiens. Qu’on y voie aucune mauvaise manière, et encore moins de la jalousie envers mes confrères de la capitale ! C’est simplement que leur fréquentation rappelle trop à Nicolas Sarkozy ses combats anciens. Et que sa seule chance d’apparaître comme un recours, en cas de crise grave, nécessite qu’il se place en surplomb. Sans doute le comprend-t-il mais est-il capable d’en tirer toutes les conséquences ?

Son hommage involontaire à Magritte nous inclinerait plutôt à ne pas y croire…

Canicule: la France a peur


Depuis 2003, les politiques sont terrorisés à l’idée qu’un épisode caniculaire puisse de nouveau très mal tourner. Sur nos écrans depuis ce matin, nos dirigeants redoublent de conseils poilants.


La France a chaud. Et la France a peur ! Faut-il que l’épisode de l’été 2003 soit encore dans toutes les têtes ? Faut-il que l’image de Jean-François Mattéi en polo dans sa villégiature obsède encore tout ministre quand le mercure prend de la hauteur sur le thermomètre ? Faut-il que nous soyons si effrayés à l’idée d’être déshydratés alors que les canicules s’emballent ?

Les politiques sur le pont

Dès potron-minet, nous étions au parfum. Dans le RER, des messages écrits nous prodiguaient moult conseils sur des panneaux lumineux, afin de ne pas succomber, et ainsi passer l’été.

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Sur l’antenne de RTL, Benjamin Griveaux nous engageait à bien manger et surtout bien boire. Pas de doute, il vise bien la fonction de « mère » de Paris.

Sur LCI, à l’heure du déjeuner, un bandeau nous interroge, paniqué : « Canicule, des raisons de craindre le pire ? » Etait-ce pour nous procurer ce léger frisson dans le dos, dont nous avions tant besoin ?

L’exemple de Rugy

Et puis, last but not least, nous avons vu le tweet de BFM TV : « Canicule François de Rugy sans cravate pour montrer l’exemple ». Quel courage, quelle audace, faut-il à Monsieur le Ministre, pour oser telle transgression ? Pour aller ainsi braver Jean-Jacques Bourdin col ouvert ? Une telle disruption confine, il faut le reconnaître, à un esprit de résistance qu’on n’a guère vu depuis Jean Moulin et Pierre Brossolette. On me dira que j’exagère et que ce fameux « exemple » tient davantage du Chef Chaudard dans la Septième compagnie que de ces héros historiques. Mauvaises langues !

En boutant la cravate de notre été caniculaire, François de Rugy travaille aussi pour la parité. Les hommes, désavantagés par des stéréotypes genrés qui ont la vie dure, doivent supporter des tenues chaudes alors que les femmes peuvent porter robes légères et sandales. Qui sait si Marlène Schiappa, poussant cet avantage, ne nous dira pas demain qu’un homme aussi peut porter une petite robe, mais seulement par temps chaud ?

Jean-François Mattei et son polo, légende de 2003

Mais l’hommage de François de Rugy, finalement, n’était-il pas destiné à Jean-François Mattei, qui avait alors tout compris, en arborant son polo ? Ceux qui déploraient l’effacement de l’Etat-Nation sont cruellement démentis ! Il s’occupe de nous. Il nous conseille. Il nous hydrate. Il nous rafraîchit.

L’Etat nous protège.

Certes il ne nous protège pas des méfaits de la mondialisation. Ni du libre-échange déloyal. Et encore moins des flux migratoires désordonnés, ou d’une monnaie surévaluée. Mais l’Etat nous protège bien de notre plus grand danger : nous-même ! Et de notre propension à nous abreuver – plutôt que d’eau – de fake news. De notre tentation à se livrer à la haine sur les réseaux sociaux. De dépasser les 80 km/h. Et de s’habiller trop chaudement lors des épisodes caniculaires.

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Merci Agnès Buzyn. Merci Benjamin Griveaux. Merci François de Rugy. Merci Laetitia Avia. Merci notre Président-Protecteur. Nous savons pouvoir compter sur votre attention. Nous savons pouvoir compter sur votre soin. Nous savons pouvoir compter sur votre protection. L’Etat-stratège n’est plus depuis longtemps mais l’Etat-brumisateur le remplace.

Avantageusement. Ou pas.

LR: pas un jour sans une (nouvelle) ligne

La nuit des seconds couteaux a commencé depuis des années


Laurent Wauquiez parti, Les Républicains (LR) ne semblent pas se résoudre à débattre en interne de la ligne politique. Ni à planifier d’urgence quelque congrès! Le transparent Christian Jacob, président du groupe parlementaire, fait figure de candidat crédible à la succession de Wauquiez. Pas fulgurant… Analyse.


Comme prévu, Laurent Wauquiez n’a pu éviter de quitter la tête de son parti. Il lui était impossible de s’exonérer de la responsabilité du crash industriel subi par la liste LR aux européennes. Il n’était pas opportun de faire cornaquer François-Xavier Bellamy par le directeur de campagne Geoffroy Didier; il n’était pas plus heureux de s’imposer dans les meetings et sur le matériel électoral après avoir eu l’excellente idée de désigner le philosophe, comme s’il venait au secours de bons sondages ; il n’était pas plus utile de prendre la place de Bellamy au dernier débat télévisé sur France 2. Laurent Wauquiez était conscient du soupçon d’insincérité qui pesait sur lui, en particulier depuis l’épisode de l’école de commerce lyonnaise. Ces élections européennes n’ont donc pas été l’occasion de le faire disparaître, malgré la fraîcheur dégagée par François-Xavier Bellamy. Peut-être cette dernière l’a-t-elle faire apparaître davantage au contraire, par comparaison.

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Pour autant, il faut le répéter encore : la droite française doit surtout sa lourde humiliation à une situation structurelle, et un autre dirigeant ne l’aurait sans doute pas évitée. Valérie Pécresse a beau fustiger la ligne politique de LR, ne proposait-elle pas finalement la même en miroir ? Quand Wauquiez semblait adopter en vain une ligne plus identitaire pour disputer au Rassemblement national des électeurs éventuellement déçus par l’entre-deux-tours de Marine Le Pen, ne proposait-elle pas quant à elle une ligne libérale-européiste semblable à celle de LREM, qui n’aurait eu d’autre destin que celle de l’UDI de Jean-Christophe Lagarde ?

Retour en arrière

En fait, il n’y a plus vraiment de ligne politique dans ce parti depuis longtemps. Elle n’a pas été débattue par ses adhérents depuis bien longtemps. Remontons un peu le temps. En 2017, l’élection du président de LR n’a pas donné lieu à un véritable débat, Wauquiez affrontant Maël de Calan, représentant un juppéisme déjà installé à Matignon, et Florence Portelli en prête-nom de Pécresse, laquelle n’avait pas souhaité livrer bataille. De surcroît, il faisait tandem avec Virginie Calmels qui cochait les cases libérales et européennes du macronisme. En 2014, Bruno Le Maire avait affronté Nicolas Sarkozy, non sur la ligne politique mais sur le renouvellement des générations. En 2012 enfin, la guerre Copé-Fillon de sinistre mémoire avait été chaudement disputée – c’est le moins qu’on puisse dire – mais on défie le lecteur de nous expliquer les contours idéologiques de cette opposition.

Cela fait donc sept ans – au moins – qu’on ne sait plus vraiment ce que ce parti pense voire qu’il le sache lui-même. Sept ans – au moins – que sa ligne politique n’a plus été débattue par ses adhérents. Le seul moment où elle l’a plus ou moins été, c’était à l’occasion de la primaire, alors que les militants étaient noyés dans un corps électoral vingt fois plus large. Et cette compétition électorale, mise en scène comme un spectacle sportif par les chaînes info, a abouti à sélectionner un candidat qu’il était alors impossible de débarquer, malgré des circonstances sur lesquelles nous ne reviendrons pas, par charité.

Un nouveau chef à l’automne

Tombés à 8% aux européennes, avec un Wauquiez démissionnaire et une Pécresse partie, on pourrait alors s’attendre à ce que l’élection du nouveau président des LR soit l’occasion rêvée pour organiser ce débat sur la ligne politique tant de fois repoussé. Malheureusement, cela n’en prend pas le chemin. Toute une partie des hiérarques a commencé par prôner soit une direction collégiale, comme Eric Woerth, ou de supprimer le poste de président, comme Nadine Morano. Mais les statuts étant ce qu’ils sont, et faits pour être respectés, il a bien fallu se résoudre à organiser ce scrutin à l’automne. Mais ceux qui craignent le débat sur la ligne politique, à force de ne pas y participer depuis des années, n’ont pas désarmé pour autant. Les voilà à pousser la candidature de Christian Jacob, dont les talents pour ménager la chèvre et le chou à la présidence de groupe à l’Assemblée nationale sont effectivement incontestables, mais dont la ligne politique est encore plus difficilement identifiable que ses éventuels prédécesseurs, ce qui ne constitue pas un mince exploit. A cette possible candidature de consensus qui ne ferait de peine à personne, s’ajoute une innovation du bureau politique de mardi soir, celle de demander aux éventuels candidats à la présidence de LR de s’engager à ne pas être candidats à la prochaine présidentielle. Pas de primaire – fût-elle fermée – avant l’heure ! Pourtant, à trois ans du scrutin le plus important, il n’aurait pas été incongru que chaque tenant des différents courants idéologiques de ce parti représente ses idées devant un congrès et que les adhérents tranchent à la fois sur leur chef et sur leur ligne politique. Mais de cela on ne veut décidément pas. De cela, on est effrayé. Et si l’on s’apercevait qu’on n’a plus rien en commun ? Et si on s’apercevait à cette occasion que les élites de LR sont coupées de la base ? Pourtant cet exercice est nécessaire. S’ils n’ont plus rien en commun, que ces gens se séparent. S’ils arrivent malgré tout à organiser ce débat et que la minorité se plie à la décision de la majorité, LR aurait alors un chef et une ligne identifiables pour tous, c’est-à-dire le minimum vital.

Il semble bien que tel n’est pas le chemin choisi. Pour le plus grand bonheur de LREM et du RN.

Au revoir la droite…

La droite en France représente moins de 10% des votants


Moins de 10%. Alors qu’ils espéraient un sursaut grâce à leur nouveau prince François-Xavier Bellamy, les Républicains (LR) n’ont pu assurer qu’une piteuse quatrième place lors des européennes, loin derrière le RN, LREM et même les Verts. LR est mort, vive la droite ?


Le parti officiel de « la droite et du centre » est passé sous la barre des 10 %. Il y a vingt ans, alors que le RPR et l’UDF n’avaient pas encore fusionné dans l’UMP, ancêtre de LR, la liste conduite par Nicolas Sarkozy avait essuyé une grosse défaite, devancée par la liste dissidente menée par Charles Pasqua, sur laquelle votre serviteur avait l’honneur de figurer. Sarkozy avait quitté la direction du RPR le lendemain. A vrai dire, on ne voit pas vraiment comment Laurent Wauquiez pourrait rester en place avec un score inférieur de quatre points à ce qui était déjà à l’époque un accident industriel.

Non, non, rien n’a changé…

Il serait injuste en effet d’accabler François-Xavier Bellamy. Inconnu du grand public il y a encore quatre mois, le philosophe n’a pas démérité. Dans le rolling IFOP, il avait même atteint 15% il y a trois ou quatre semaines, alors qu’il avait débuté à 8 au moment de sa désignation. Est-ce un hasard ou pas : c’est quand Laurent Wauquiez est revenu au premier plan médiatique, jusqu’à représenter la liste au débat de mercredi soir sur France 2, que la dynamique a été arrêtée. L’injonction au vote utile a fait le reste dans les tous derniers jours, une partie des électeurs potentiels de LR faisant barrage à Emmanuel Macron en votant Bardella, et une autre, sans doute plus nombreuse, faisant barrage au RN en votant Loiseau. C’est ainsi : les électeurs se comportent désormais en stratèges, examinant les sondages les tous derniers jours.

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Même si la personnalité de Laurent Wauquiez et son image désastreuse dans l’opinion publique n’ont rien arrangé au destin funeste de la liste LR, on se fourvoierait certainement en le transformant en seul bouc émissaire. Sans doute cette défaite était inscrite dans les astres depuis l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle. Chaque tremblement de terre a sa réplique. Le PS avait été victime du premier séisme. Depuis deux ans, LR était assise sur une faille sismique. L’an dernier nous avions même dit à Eric Ciotti qu’elle s’apparentait à la faille de San Andreas, en Californie. La réplique a donc eu lieu hier soir. Elle aurait sans doute eu lieu avec un autre dirigeant que Laurent Wauquiez et une autre tête de liste que François-Xavier Bellamy. Structurellement et sociologiquement, François Fillon ne rassemblait déjà plus en 2017 qu’un bloc d’électeurs composé essentiellement de retraités. LR subit sur ce secteur de l’électorat la forte concurrence de LREM, nouveau parti de l’ordre, et dans une moindre mesure d’un parti lepéniste qui a renoncé à la sortie de l’euro.

La mort du militant

LR est sans doute moribond mais s’il y a un véritable mort et enterré, c’est quelqu’un d’autre. C’est le militant politique classique. Celui qui se lève le matin pour coller des affiches, qui va se faire engueuler sur les marchés quand il distribue des tracts, qui sert de petite main pour organiser des grands meetings. LR avait encore des militants de cette trempe. Nous l’avons vu, ici à Besançon. Les militants LR, organisés, disciplinés, ont fait le job. Mais aujourd’hui, en 2019, c’est devenu inutile. Toute cette énergie dépensée n’a servi en rien. Tout se joue dans les derniers jours à la télévision et sur les réseaux sociaux. Le militantisme doit être réinventé. La structure militante de LR qui fonctionne comme le RPR des années quatre-vingt, s’apparente à un peigne pour coiffer Alain Juppé.

Droite en butte

Et maintenant ? Les épées ont déjà quitté leur fourreau. Dès ce lundi, Bruno Retailleau, Gérard Larcher, Valérie Pécresse et d’autres vont entourer Laurent Wauquiez et sans doute le pousser à la démission. Hier soir, certains fidèles wauquiézistes avec lesquels nous avons pu nous entretenir ne voyaient pas comment le président de LR pourrait rester en place après une telle défaite. Que ce soit lui ou un autre demain, refonder LR constitue un défi périlleux. Peut-être même insurmontable. Sans doute faut-il recréer un autre mouvement sur d’autres bases, avec d’autres références, en laissant la place à une nouvelle génération, capable de prendre le relais de LREM si l’étoile d’Emmanuel Macron faiblissait encore. Pour cela, il ne faudra pas être assis sur la faille de San Andreas et donc faire preuve d’une sacrée imagination.

Long comme un Premier ministre qui vous parle d’Europe à Vesoul

Je ne m’attendais pas à grand-chose, j’ai bien fait


« Quelle Europe pour demain ? » Pour répondre à la question, la délégation LREM de Vesoul avait carrément convoqué le Premier ministre. Alors le Premier ministre l’a fait. Avec les mots d’un militant de base: l’Europe c’est bien, en douter c’est mal. 


La dernière fois que j’étais allé en reportage à Vesoul, c’était il y a trois ans. Je ne voudrais pas porter la poisse à Edouard Philippe (encore que…), mais c’était pour le lancement de la campagne présidentielle de Bruno Le Maire, et tout cela avait fini autour de 2% à la primaire. Evidemment, le score de la liste menée par Nathalie Loiseau sera beaucoup plus haut dimanche prochain, mais on ne peut exclure que le résultat ne soit pas à la hauteur des espérances en haut lieu. Et nous nous en voudrions d’avoir joué à cette occasion le rôle de chat noir (encore que…).

Il voulait voir Vesoul et il a vu Vesoul…

Dans la bonne ville chantée par Jacques Brel, le maire Alain Chrétien, membre d’AGIR et donc de la majorité, puisque les anciens « constructifs » sont désormais représentés au gouvernement, accueille Edouard Philippe, Premier ministre, et son ancien collègue sur les bancs LR de l’Assemblée nationale. Pas étonnant de l’entendre alors louer le dépassement du clivage droite-gauche qu’il dit mettre en pratique en Haute-Saône, sous les reproches de la droite locale dont il est issu. Drôle de le voir accueillir à bras ouverts le maire de Besançon, passé par à peu près tous les courants du PS, d’Epinay à Reims, avant de succomber au charme d’Emmanuel Macron.

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Après Chrétien, c’est la députée LREM Bessot-Ballot qui prend la parole. Nous n’en dirons rien, puisque ce propos de quelques minutes ne disait rien non plus. Celui de la juppéiste Fabienne Keller, sénatrice et ex-maire de Strasbourg, a au moins le mérite de nous faire rire à ses dépens, s’adressant aux Haut-Saônois en les qualifiant d’ « Haut-Saôniens ». Elle enrôle évidemment Simone Veil pour la cause, et tombe très vite dans un sermon cul-cul-la-praline sur l’Europe, la paix, l’égalité des femmes et des hommes. Les cases sont toutes cochées, ou presque. Il paraît même qu’à Strasbourg, les parlementaires européens lui disent qu’avec Emmanuel Macron, « la France est de retour ». Fabienne Keller a vraiment l’air d’y croire. C’en serait presque rafraîchissant de naïveté.

Le ministre, les gentils et les méchants

Et puis, Edouard Philippe s’empare du micro devant les trois-cents personnes rassemblées dans la salle Parisot. On se dit qu’on ne va peut-être pas s’ennuyer. Il semble être plutôt en mode « Edouard, mon pote de droite » qu’en rigide Premier ministre. Quelques petites notes d’humour, genre british. Un certain flegme, british aussi. Mais très vite, on s’aperçoit que tout cela n’est qu’un vernis pour enrober une liste de poncifs guère plus subtils que ceux de Fabienne Keller. Il y a les gentils qui veulent sauver l’Europe, qui la font « avancer ». Et puis il y a les méchants, qui veulent tout casser, soit alliés aux Russes, soit alliés aux Américains trumpistes, quand ce n’est pas les deux à la fois. Une petite charge contre les « souverainistes » comme ils osent s’appeler, un petit rappel que « sans l’Europe, nous ne sommes que des nains, face à des géants », une ode « à ceux qui nous ont précédés », « ceux de 57 », et sous le regard desquels « il faut être à la hauteur », et le tour est joué, la parole est à la salle.

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Les questions venant d’elle, et les réponses qui leur seront apportées ne nous sauveront pas de l’ennui dans lesquels nous étions plongés. Neuf jours après avoir entendu François-Xavier Bellamy s’adresser aux sympathisants LR, la chute est vertigineuse. Mais le peuple LREM est un peu nouveau en politique. C’est la seule explication envisageable de son manque d’exigence.

Allons enfants de l’a-patrie…

Est-ce aussi ce manque d’expérience qui est à l’origine d’une Marseillaise finale chantée par un-dixième de la salle seulement ? Ou l’assemblée aurait-elle préféré vibrer au son de l’Hymne à la joie, qui ne comporte pas de paroles, ce qui a au moins l’avantage de ne pas appeler à faire verser du sang impur pour en abreuver nos sillons ? A cet instant, on en conclut que les mièvres paroles de Fabienne Keller étaient véritablement raccord avec le public auquel elle s’adressait. Et, nonobstant la promesse faite à notre rédacteur en chef, de nous poser la question fondamentale : « Qu’est-ce que je fous là ? »

La renaissance de la troisième mi-temps

Mais reprenons-nous ! Dans une réunion politique, il se passe toujours quelque chose quand tout le monde a fini de parler. Un incident protocolaire, un militant qui n’est pas content, un vieux copain que l’on retrouve et qui vous fait des confidences off. Sait-on jamais… Et effectivement, nous avons pu sourire, avec notre confrère de France 3 Franche-Comté, aux difficultés du député LREM Eric Alauzet, candidat déclaré à la mairie de Besançon, de forcer le barrage d’un vigile intransigeant, alors qu’il pensait que sa concurrente à l’investiture Alexandra Cordier se trouvait à l’intérieur de la salle annexe où tout le gratin se pressait autour du Premier ministre. Il n’a dû son salut qu’à l’aide du maire de Vesoul, auquel le vigile a cédé plus facilement. La situation était d’autant plus drôle que ladite concurrente ne s’y trouvait pas puisque nous avons pu l’interroger ensuite de l’autre côté de la salle, où elle buvait du cidre avec des militants. Nous lui faisons remarquer que trois-cents personnes à Vesoul avec le Premier ministre en vedette, ce n’est pas beaucoup. Elle n’est pas d’accord. Nous l’informons qu’Arnaud Danjean, seulement troisième de la liste LR a fait le même nombre de personnes à Saint-Dié, dans les Vosges voisines, vendredi soir. Il est pourtant loin d’avoir la notoriété d’Edouard Philippe. Elle n’insiste pas vraiment. Nous lui demandons si c’était une volonté d’avoir organisé la salle de la même manière que lors du « Grand débat ». Elle répond que dès la création d’En Marche, les salles étaient organisées ainsi pour les réunions publiques. Tiens donc ! C’est donc le « Grand débat » qui était organisé comme des réunions LREM. Saperlipopette ! Quel aveu !

En fait, pour les réunions publiques macronistes, il faudrait seulement arriver après le meeting, c’est là que c’est le moins inintéressant. Nous ne sommes malgré tout pas mécontents d’avoir vu Edouard Philippe voir Vesoul. Qui sait si « Edouard mon pote de droite » sera encore Premier ministre dans une semaine ? Qui sait si, alors, je ne serais pas devenu définitivement malgré moi, le chat noir des meetings vésuliens ?

François-Xavier Bellamy, l’homme qui vous parle grec et latin et que vous trouvez « formidable »

Laurent Wauquiez a peut-être enfanté son plus grand rival


C’est l’homme que tout le monde attend. Au moins au meeting des Républicains de Besançon. François-Xavier Bellamy séduit les militants LR comme personne n’avait su le faire depuis Nicolas Sarkozy. En le désignant tête de liste aux européennes, Laurent Wauquiez a peut-être enfanté son plus grand rival. 


Besançon, 11 mai 2019, 15h20.

Le secrétaire départemental des Républicains (LR) est en train d’organiser les troupes pour la grande réunion publique prévue pour les européennes. Ils sont tous là, en train d’écouter poliment les consignes : « Personne ne doit quitter son poste ! » Derrière eux, ils ne voient pas un jeune homme arriver, vêtu d’un blouson sport. Un peu moins de trois heures avant le début du grand meeting bisontin, François-Xavier Bellamy débarque. Discrètement. Quasiment en catimini.

Besançon, 11 mai, 20h00.

Ils étaient entre 800 et 900 personnes agglutinées dans le Palais des Congrès de Besançon. Beaucoup rejoignent les cars qui les ont amenés jusque-là d’un point ou d’un autre de la Franche-Comté. La logistique, à LR, on sait encore faire. LREM, qui s’est pris quelques bides en province, a, sur ce plan, encore beaucoup à apprendre de son vieux concurrent.

Beaucoup de cheveux gris. Nous sommes dans un meeting politique. Celui des Républicains, qui plus est. « Le club des retraités de Nice », grince régulièrement Eric Zemmour dans son émission sur Paris Première. Il n’a pas tort sur les « retraités ». Mais il y en a aussi pas mal en Franche-Comté. Après tout, le troisième âge est toujours celui qui est le plus assidu aux urnes. Le 26 mai, dans un scrutin où l’abstention est toujours à un haut niveau, le poids des cheveux gris comptera. Macron le sait. Wauquiez aussi.

Ils sont séduits. Ils le trouvent « formidable ». Pas Laurent Wauquiez. Non, c’est le jeune homme qui les a scotchés. Enthousiasmés. Transportés. D’ailleurs, au moment où François-Xavier Bellamy a quitté la scène et que le président de LR lui a succédé, j’ai glissé à ma voisine : « Parler derrière lui, bon courage ! »

Bellamy fait même rester les juppéistes

Je reviendrai sur le discours de la tête de liste. Mais attardons-nous un instant sur ceux des autres intervenants.

Christine Bouquin, la présidente du Conseil départemental. Enthousiaste, comme elle en a l’habitude, avec son accent comtois digne de la Madeleine Proust, figure comique locale qui a même connu des gloires parisiennes il y a une trentaine d’années. Pourtant, dans certains cercles doubiens, on la décrivait plutôt « Macron-compatible ». Comme quoi, l’objet non identifié Bellamy et la « remontada » sondagière ne sont pas sans conséquences. Il suffit d’ailleurs d’observer les soudaines conversions de certains édiles, du côté de Reims, Toulouse ou Nice.

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Jacques Grosperrin, sénateur, ancien candidat défait à la mairie de Besançon et qui, dit-on, croit son heure venue, dur comme fer. Fait-il preuve d’un humour particulièrement vachard, lorsqu’il souhaite la bienvenue à l’auteur de Demeure, dans la ville de Fourier, « l’inventeur des phalanstères » ? Ou croit-il seulement bien faire ?

Arnaud Danjean, député à Strasbourg depuis dix ans, troisième sur la liste LR, cible habituelle de Jordan Bardella et Nicolas Dupont-Aignan, adversaires souvent de mauvaise foi, parfois moins. Il est le plus offensif, ce samedi soir. Il vient du camp Juppé, celui qui a quasiment entièrement basculé dans la Macronie. Danjean en est le rescapé, le dernier des Mohicans. C’est donc lui qui se montre le plus sévère envers ses anciens amis, qui évoque la trahison de certains d’entre eux, désigne l’ennemi, la liste Loiseau (juppéiste pur sucre), une liste désormais « écolo-socialiste ». Il ne peut pas comprendre comment les électeurs de droite et du centre peuvent se laisser convaincre d’apporter leur suffrage à un tel attelage. Les deux Pascal écologistes de la liste Loiseau, Canfin et Durand, sont désignés comme les épouvantails. Danjean ne fait pas dans la dentelle. Il sait que les marges de progression de LR, après avoir siphonné quelques points à Debout la France, se situent aujourd’hui du côté de l’électorat modéré qui apprécie Philippe, Darmanin et Le Maire, mais se méfie de ceux qui ont participé au quinquennat Hollande.

Laurent Wauquiez passe après

Annie Genevard, secrétaire général de LR et député du Haut-Doubs, lui succède. Elle dit son bonheur d’être la plus ancienne parmi les orateurs à connaître Bellamy, pour avoir travaillé avec lui sur les sujets éducatifs, lorsqu’elle en avait la charge du temps de Nicolas Sarkozy. Elle fustige Emmanuel Macron qui parle aujourd’hui de « l’art d’être français » alors qu’il avait expliqué pendant la campagne présidentielle qu’il « n’y avait pas de culture française ». Elle engage les militants et sympathisants à se mobiliser : « Un point dans les sondages, c’est seulement 200 000 voix, ce n’est rien ! » Dans ces conditions, en effet, faire basculer 600 000 électeurs de droite déçus de la campagne de Nathalie Loiseau, c’est prendre la deuxième place, c’est humilier le président de la République. Mais ce sont des élections européennes. Dans trois ans, à la présidentielle, le « point » sera beaucoup, beaucoup plus cher.

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Laurent Wauquiez clôt le meeting. Il est plutôt à l’aise ici. Son épouse est originaire du Jura et il paraît que les femmes de Franche-Comté ont du caractère. Voilà au moins un point sur lequel nous ne serons pas en désaccord. Mais le voir succéder à Bellamy à la tribune, c’est comme passer d’un bon Saint-Emilion à un gros rouge qui tache. Même si le Saint-Emilion en question, c’est quand même Wauquiez qui l’a déposé dans son caddie, sous les lazzis de ceux qui reviennent aujourd’hui, par meilleur temps sondagier. « Redonnez-nous l’Europe que nous aimions », lance le chef du parti. « C’était quand ? », s’interroge le chroniqueur souverainiste sur son calepin. Le président de LR se satisfait des retours de Moudenc, Estrosi, Robinet. Mais ce n’est pas la garantie de progrès futurs dans la campagne. Le départ de Raffarin, après tout, a coïncidé avec le retour en forme de la liste dans les études d’opinion. Et si le retour des enfants prodigues produisait des conséquences inverses, gonflant Bardella, Dupont-Aignan et Philippot ? Laurent Wauquiez conquiert la salle quand il glorifie la « préférence européenne ». Avec les traités actuels ? Il termine son discours par une envolée lyrique dont il est peu coutumier, et fait enfin lever la salle. Les Comtois adorent qu’on rappelle leur devise : « Comtois, rends-toi, nenni ma foi ! » Wauquiez le sait et la répète dans une anaphore que François Hollande n’aurait pas reniée.

« Réapprendre qui nous sommes »

François-Xavier Bellamy. Nous avions promis d’y revenir à la fin. Car c’est lui que les sympathisants sont venus voir. C’est lui qui les séduit. Voire un peu plus que ça. L’agrégé de philo n’a pas de notes. Pourtant, son propos est maîtrisé, fluide comme s’il lisait un texte soigneusement écrit. Dans le paysage politique actuel, on ne voit guère que Mélenchon capable d’un tel prodige. Bellamy s’adresse à un public adulte. Il ne fait pas partie des énarques-communicants à qui on a expliqué que « les gens, il faut leur parler avec des mots simples ». Bien souvent, cela aboutit à « Moi, grand chef qui a fait la grande école, parle à toi, gueux de province qui ne comprend pas tout ». Vous pensez à Jean-François Copé ? Moi aussi ! Mais il y en a d’autres. Bellamy, c’est tout le contraire. Il cite Fukuyama et L’archipel français de Jérôme Fourquet. Parfois, du latin ou du grec s’invitent même dans le discours. Pédagogue, et jamais chiant. Après des années de purges, qu’il doit être agréable aux oreilles militantes LR de retrouver un orateur d’une telle valeur. Pas étonnant que le public le trouve « formidable ».

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Dans une métaphore arboricole, Bellamy glorifie les « racines » sans lesquelles la sève est inutile, taclant au passage le Macron des Bernardins, qui négligeait les premières, se contentant de la seconde. Ces racines gréco-latines, ces racines chrétiennes, dont l’Union européenne, dit-il, a eu tellement tort de ne pas les inscrire dans ses textes fondateurs. « Réapprendre qui nous sommes », tel est le mantra de Bellamy, pour lequel on ne sait pas vraiment où l’on va si l’on ne sait pas d’où on vient. Bellamy, en matière politico-philosophique, est, littéralement, l’anti-Macron. Il n’aimera pas cette dernière remarque, lui qui dénonce notre vie politique, qui n’est plus qu’un concours à éliminer l’autre, une succession de « votes négatifs ».

« Utinam » François-Xavier Bellamy

« Utinam ». Bellamy conclut son propos autour de cette injonction. C’est la devise de Besançon. « Utinam », c’est « si seulement », ou plutôt « plaise à Dieu », mais on lui reprocherait sans doute d’amener Dieu dans le débat politique. Nous pourrions lui retourner cet « utinam ». Quand vous serez un parlementaire parmi d’autres dans le groupe PPE à Strasbourg, François-Xavier Bellamy, « utinam » vous saurez résister contre la puissance du contingent allemand, emmené par Manfred Weber. « Utinam » vous saurez alors imposer vos vues sur la « mondialisation débridée » contre laquelle il faut lutter, tel que vous l’avez expliqué avec brio, ce samedi à Besançon. « Utinam » vous parviendrez à empêcher que la CDU-CSU préfère négocier avec le SPD ultra-majoritaire dans le groupe PSE, plutôt que vous écouter, vous le député-philosophe français. « Utinam » vous veillerez ainsi que les seuls intérêts de l’industrie allemande ne guident pas les décisions de ce parlement. Alors, « utinam », l’Europe ne sera plus naïve dans les négociations commerciales, comme vous le déplorez. Alors, « utinam », les marchés publics européens ne seront ouverts que dans la même proportion que ceux des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Alors, « utinam », François-Xavier Bellamy reviendra à Besançon nous dire qu’il avait juste omis que cette « naïveté » ne concernait pas que l’Europe face aux Américains, Russes et Chinois, mais aussi celle de la France par rapport à son partenaire allemand. « Utinam », François-Xavier Bellamy comprendra à Strasbourg, et plus encore à Bruxelles, que le couple franco-allemand n’existe que dans les têtes françaises et que, de l’autre côté du Rhin, le concept au mieux indiffère et, au pire fait hurler de rire.

François-Xavier Bellamy à Besançon, 11 mai 2019. ©JC Tardivon/SIPA / 00907354_000018François-Xavier Bellamy à Besançon, 11 mai 2019. ©JC Tardivon/SIPA / 00907354_000018La politique a gagné François-Xavier Bellamy. Mais il est bien possible qu’il se sente parfois impuissant et inutile au Parlement européen, face aux « gnomes de Bruxelles », comme les nommait Philippe Séguin. « Utinam », il ne douchera pas alors ses espoirs et les nôtres. Et il aura une ambition plus grande. Alors, « utinam », Laurent Wauquiez aura peut-être enfanté son concurrent le plus redoutable.

« L’art d’être Français », c’est d’être Macron

Emmanuel Macron a fait du Emmanuel Macron et invité tous les Français à faire de même


Lors de sa conférence de presse post-grand débat national à l’Elysée, Emmanuel Macron a fait du Emmanuel Macron et invité, à demi-mot, tous les Français à faire de même.


« Un jour, j’aimerais porter l’uniforme. Avec les étoiles. Pensez-y. »

Ainsi parlait Michel Serrault alias Gilbert Brossard dans la scène finale de La gueule de l’autre, ce film-culte des années 70, adoré par tous les passionnés de politique. C’est la phrase à laquelle nous avons immédiatement pensé lorsque nous avons constaté qu’Emmanuel Macron avait souhaité renouer avec la tradition des conférences de presses « assises », comme au bon temps du Général, même si, il faut être honnête, Georges Pompidou avait poursuivi l’exercice et que François Mitterrand l’avait aussi expérimenté une fois.

Macron, l’art d’être politique

Au terme des deux heures trente de conférence de presse, nous ne pouvions que constater que ledit uniforme pourrait bien être trop grand pour l’actuel hôte de l’Elysée. Ce souci louable de rappeler qu’il avait été élu sur le contrat avec les Français de renouer avec un exercice gaullo-mitterrandien de la présidence s’est fracassé sur le réel. Et la dernière question posée qui évoquait l’affaire Benalla, n’a rien arrangé à l’affaire. Emmanuel Macron n’a parlé que des erreurs de son ex-collaborateur. Ce qui était en cause, ce qui lui est reproché, c’est ce « qu’ils viennent me chercher » de la Maison de l’Amérique latine devant son clan. Depuis, nous l’avons maintes fois répété ici, il n’est plus que le président-manager de l’entreprise-France, le symbole de tout ce qu’une très grande majorité des Français rejette, avec son cortège d’adaptations à la mondialisation. Benalla demeurera pour toujours sa « Léonarda », le tournant du quinquennat, le moment où il a perdu la main et la maîtrise des horloges.

Il faut néanmoins retenir qu’Emmanuel Macron en semble bien conscient puisqu’il tente d’envoyer des signes. A ce titre, cette nouvelle formule, qu’il a répétée plusieurs fois sur « l’art d’être Français », mêlant harmonieusement l’enracinement et la quête de l’universel, avait quelque chose de séduisant.

Mais comment ne pas y voir seulement une tactique à court-terme pour les élections européennes, alors que sa catastrophique tête de liste Nathalie Loiseau semble marquer le pas et que le candidat de la droite classique François-Xavier Bellamy poursuit sa dynamique. Eviter un effet de vases communicants vers la liste LR n’est-il pas le principal souci qui agite les têtes pensantes de la Macronie ? Ne nous montrons-nous pas trop soupçonneux et ne nous laissons-nous pas gagner par le procès d’intention ?

Le retour du prestidigitateur

Pour y répondre, examinons le propos du président de la République, hier soir, en commençant par ce qui va dans le sens de notre soupçon.

La réforme de l’ENA caresse certes le sentiment anti-élites qui mouvait les gilets jaunes originels, mais elle s’avère en fait une proposition démagogique et cache surtout une attaque en règle contre le concours républicain de la fonction publique. Hier soir, Emmanuel Macron a mis en cause l’emploi à vie des haut-fonctionnaires ayant réussi un concours. Il réfléchit à d’autres modes de recrutement. « Spoil system » à l’américaine et discrimination positive, musée des horreurs pour n’importe quel républicain enraciné et universel, le président-manager semble bien avoir fait son choix et il n’est pas réjouissant.

Autre mesure démagogique, la réduction du nombre de parlementaires permet au président de la République de faire croire aux gilets jaunes qu’ils ont remporté une victoire, alors que la France périphérique et rurale en sera la première victime. Combinée à l’instillation d’une dose de proportionnelle, le poids des métropoles et des états-majors parisiens en sera accru. La France profonde, celle que le président disait vouloir rassurer après son « Grand débat », payera les pots cassés.

Et puis il y a les justifications présidentielles, à propos des malheureuses formules qu’il a employées, sur l’arrogance qui lui est reprochée. Là aussi, non seulement, il renvoie la responsabilité sur les journalistes et les réseaux sociaux qui ont déformé et décontextualisé sa prose, mais lorsqu’il exprime un mea culpa, c’est pour s’emmêler longuement dans des cordes d’alpinisme et nous faire comprendre in fine et bien malgré lui que nous ne sommes pas assez finauds pour ne pas être accessibles à sa pédagogie.

Promesses ténues

Dans la colonne de ce qui nous conduit à atténuer notre soupçon, on notera tout d’abord sa charge inattendue contre l’islamisme politique et les tentations sécessionnistes à l’œuvre dans de nombreux quartiers. Alors qu’Aurélien Taché avait semé le trouble sur ces sujets dans la majorité et que Marlène Schiappa s’y était fermement opposée, on attendait l’arbitrage présidentiel. Emmanuel Macron semble avoir pris le parti de la seconde, même si, là encore, les élections européennes n’y sont sans doute pas étrangères. Il faudra observer sur le long-terme pour juger si la volonté « intraitable » qu’il a exprimée sera bien suivie d’effets. Même chose pour son timide éloge de la frontière.

La question posée par la correspondante d’un quotidien allemand a été très intéressante. Emmanuel Macron semble avoir pris acte que le couple franco-allemand ne traverse pas une période idyllique en assumant ouvertement sa propre responsabilité à cet égard. Il a sans doute peu apprécié les réponses venues d’Outre-Rhin à ses propositions européennes. Reste à en tirer toutes les conséquences. Là aussi, il faudra observer en d’autres rendez-vous s’il est décidé à jouer, comme les Allemands, la carte des intérêts nationaux stricto sensu, se débarrassant de cette chimère appelée « souveraineté européenne ».

Il est finalement assez douteux que cet exercice ait permis à Emmanuel Macron de changer la perception qu’une grande majorité des Français à son égard. Les études d’opinion publiées dès hier soir par Le Figaro confirmaient ce doute, puisque les sondés répondaient à la fois qu’ils n’avaient pas été convaincus par sa prestation tout en approuvant une majorité des mesures qu’il proposait. C’est bien lui, son style de présidence et ses deux premières années qui motivent ce jugement de l’opinion. Le scrutin du 26 mai donnera des informations encore plus fiables sur le rapport des Français au chef de l’Etat. Il n’est pas certain qu’à l’instar de Gilbert Brossard, il puisse enfiler le fameux uniforme.

Nathalie Loiseau et l’extrême droite: croix de bois, croix de fer, si je mens…

Celle qui pourfend l’extrême droite a appartenu à une liste d’extrême droite…


La tête de liste LREM-Modem pour les élections européennes Nathalie Loiseau a, selon Minute puis Mediapart, appartenu à une liste d’extrême droite lorsqu’elle était étudiante à Sciences-Po. L’intéressée a d’abord nié les faits avant de plaider l’oubli…


Bien sûr, on pourrait maudire cette époque où l’on fouille votre passé jusqu’à trente-cinq ans en arrière. Bien sûr, on pourrait rétorquer que le passé d’extrême gauche du patron de Mediapart vaut bien la participation à une liste liée au GUD à des élections étudiantes. Bien sûr, on pourrait rappeler que le scoop du site d’Edwy Plenel n’en est pas vraiment un : c’est Minute qui avait levé le lièvre il y a quelques semaines déjà. On pourrait ainsi en conclure qu’il y a bien d’autres motifs pour critiquer Nathalie Loiseau.

Mais ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté. La tête de liste de La République en Marche (LREM) et du Modem pour les élections européennes ne s’est pas gênée elle-même pour se servir – avec beaucoup de mauvaise foi – de vieilles déclarations de son homologue LR François-Xavier Bellamy sur l’IVG. Elle a expliqué, le cœur sur la main, que le fil conducteur de toute sa vie politique, c’était la lutte contre l’hydre populiste, fasciste même. Elle avait même été choisie pour ça. Toute la stratégie de LREM, c’était : « Nous les progressistes contre le danger de l’extrême droite », le camp du Bien contre celui du Mal. Nathalie Loiseau avait même mis en scène sa candidature en plein débat face à Marine Le Pen, avec le même naturel que son mentor Alain Juppé avouant à la tribune qu’il « avait la pêche, la super-pêche ».

J’ai la mémoire qui flanche…

Et voilà qu’on apprend qu’en 1984, en pleine émergence du FN dans le paysage politique français, Nathalie Loiseau a fait partie d’une liste estampillée UED (Union des droites de Sciences-Po – liée au fameux GUD) pour des élections étudiantes, rue Saint-Guillaume. Contactée par Mediapart, elle a d’abord nié catégoriquement, accusant les journalistes de faire dans la « fake news », avant de plaider le trou de mémoire puis de reconnaître qu’elle avait bien participé à cette liste. Et c’est là qu’on commence à se fendre la poire.

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Nathalie Loiseau était bien étudiante en sciences politiques dans la plus grande école française desdites sciences. Elle y était même déjà diplômée et y préparait le concours d’entrée à l’ENA. Si encore elle avait été en première année de biologie ou de sports, on aurait pu croire et même être touché par cette tendre naïveté. Mais ne pas connaître le paysage politique étudiant quand on vient tout juste d’être diplômée de Sciences-Po, il y a plus crédible…

Nathalie Loiseau à bonne école

Si on peut se permettre des conseils en communication à Nathalie Loiseau, elle aurait pu trouver meilleure défense. Elle aurait pu dire par exemple, comme l’ont fait beaucoup d’autres avant elle, qu’à cet âge, elle était révoltée contre son milieu, contre sa famille, que c’était sa période punk. Qui sait si cela n’aurait pas cassé son image de technocrate froide ? Elle aurait pu dire que c’était par amour pour un étudiant un peu « bad boy » avec gros biscottos et coupe de cheveux bien dégagée sur les côtés. Il aurait fallu être sans cœur pour le lui reprocher. Elle aurait même pu arguer qu’à l’époque, son mentor Alain Juppé travaillait bien avec le fameux Club de l’Horloge de Jean-Yves Le Gallou et Henry de Lesquen, ce que la presse française, ébahie hier soir, ne nous avait pas rappelé pendant la campagne de la primaire de droite. Bref, on se serait rappelé que chaque personne a son propre parcours et qu’on a après tout bien le droit de changer. Mais non, Madame Loiseau préfère passer pour nunuche. Ou penser que nous sommes nous-mêmes bêtas au point de la croire, ce qui est plus désolant encore.

Comme un boomerang…

Cet épisode distrayant n’en est donc pas moins révélateur. Mettre en scène une campagne « progressistes versus fachos de service », comme on le souhaite à l’Elysée, n’est pas seulement catastrophique pour la vie démocratique du pays, elle est aussi très périlleuse pour ceux qui s’y adonnent. Tel un joueur de boomerang amateur, Emmanuel Macron et sa candidate idéale viennent de prendre l’objet en pleine figure. Et il ne faudrait pas en rire ?

Européennes: un débat pour (presque) rien

La campagne débute trop tôt pour concerner les Français et livrer des enseignements


S’il a permis de révéler l’état de forme des douze têtes de listes et mis en lumière les contradictions internes de certains partis, le premier débat de la campagne des européennes est arrivé trop tôt pour livrer de véritables enseignements.


France 2 et France Inter organisaient hier soir le premier débat télévisé et radiophonique de la campagne des élections européennes. Même si, c’est probable, une bonne partie des futurs électeurs ne sont pas encore réellement dans la campagne – les taux d’audience devraient en témoigner ce matin -, cette confrontation entre douze têtes de listes devait nous donner un aperçu de la capacité des unes et des autres à peser dans le scrutin.

Loiseau et Bellamy, unis par la diversité… 

Sur le fond d’abord, deux personnalités ont été mises en difficulté.

Nathalie Loiseau d’abord, l’a été à propos de l’appartenance des futurs parlementaires de sa liste LREM au Parlement européen. Elle a eu beau nier toute volonté d’intégrer le groupe libéral ALDE (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe), ses contradicteurs lui ont rappelé les déclarations de son président Guy Verhofstadt et l’appartenance à ce groupe déjà acquise d’un parlementaire actuel, M. Arthuis, adhérent de LREM. Ils auraient pu lui rappeler aussi la présence et le discours d’une représentante du parti macroniste au congrès de cette même ALDE. La question de cette appartenance lui sera encore sans doute posée pendant la campagne et risque de devenir comme le sparadrap du capitaine Haddock.

La seconde personnalité mise en difficulté sur le fond fut François-Xavier Bellamy (LR) lorsque l’élargissement de l’Union européenne (UE) à la Serbie fut l’objet d’une question des animateurs. Après s’être opposé à cette dernière, il lui fut demandé par Nicolas Dupont-Aignan (DLF) de se positionner par rapport aux positions de deux de ses colistiers, Arnaud Danjean et Brice Hortefeux, lesquels s’étaient prononcés pour l’adhésion de la Serbie à l’UE, par des votes officiels à Strasbourg. La tête de liste payait là non sa position personnelle mais celle du parti qu’il a reçu la mission de représenter.

Entre le noniste Bellamy et certains colistiers, avec lesquels il dit pourtant bien s’entendre sur le terrain, il y a des différences de fond qu’une campagne européenne de plus en plus active mettra en lumière et qui pourraient freiner le bel élan entrevu jusqu’ici.

Le représentant de l’UDI, M. Lagarde, aurait pu, a contrario, donner une image de cohérence au service d’un européisme assumé s’il n’avait pas critiqué en fin d’émission la directive « travailleurs détachés » tel un souverainiste couteau entre les dents, directive qui demeure un des symboles les plus frappants de l’UE du XXIe siècle. Finalement, à ce jeu-là, ce sont Messieurs Asselineau et Philippot qui s’en sont le mieux sortis. Ils ont eu le mérite de la cohérence parfaite, assumant de vouloir quitter un ensemble qu’ils critiquaient de toutes leurs forces.

La rentrée les classe

Sur la forme, Nathalie Loiseau a paru – comme face à Marine Le Pen – réciter sa leçon. Les petits nouveaux Manon Aubry (FI), François-Xavier Bellamy (LR) et Raphaël Glucksmann (PS), ont paru en demi-teinte. Benoît Hamon et Nicolas Dupont-Aignan ont fait du Hamon et du Dupont-Aignan, avec un air de déjà vu dont on saura dans les prochaines semaines s’il lassera ou pas les sondés. Deux autres nouveaux ont, c’est une surprise, plutôt bien réussi leur examen de passage: le communiste Ian Brossat et la tête de liste RN Jordan Bardella, même si le second a pu agacer en début d’émission en tentant un mano a mano avec Nathalie Loiseau. Mais c’est finalement François Asselineau qui a semblé le plus en verve. Le candidat de l’UPR a tiré les leçons de la présidentielle de 2017 et compris que le principe d’un débat ne consistait pas à réciter des articles de traités. Hier soir, il fut pugnace, parfois drôle, jouant à la fois sur la raison et l’émotion et apparaissant finalement plus adroit que son concurrent « frexitien » Florian Philippot, pourtant davantage expérimenté à la télévision.

Il sera intéressant d’examiner si ce premier débat aura des implications sur la courbe des sondages et notamment l’excellent outil de l’IFOP, le « rolling » qui enregistre les dynamiques et qui avait fait ses preuves en 2014 et 2017. Il faudra aussi attendre le prochain débat à un moment où la campagne sera davantage dans la tête, à défaut d’être dans le cœur, des futurs électeurs. Celui-là sera à coup sûr bien plus décisif que celui d’hier soir.