DSK n’est pas coupable… mais c’est une truffe

Vous avez remarqué ? Je ne me suis jamais exprimé sur l’affaire DSK. Je préférais causer des effets collatéraux, des remous qu’elle avait provoqué chez nous, comme la conversion anti-américaine de BHL ou l’apparition d’une nouvelle génération de féministes. Si je préférais demeurer en France que d’aller m’imaginer au Sofitel de New-York, c’est par prudence. Certains diront par lâcheté mais je m’en tamponne. Il était urgent d’attendre. Il n’y a que deux personnes qui savent ce qui s’est passé dans la suite 2806. Si cette sentence apparaît aujourd’hui comme lapalissade, elle était déjà juste le 15 mai et les semaines qui ont suivi quand, à la télé, la radio, dans les journaux ou sur internet, chacun -ou presque- donnait sa version des faits. Maintenant qu’un tribunal a abandonné les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn et que le procureur de New-York a publié un rapport le conduisant à inciter le juge à le faire, nous avons enfin les bases pour nous exprimer sur l’affaire proprement dite.

Je suis davantage convaincu par Elisabeth Lévy que par Koz Toujours sur le volet judiciaire de l’affaire. DSK est bel et bien innocenté, blanchi[1. Moins que le col de Nafissatou Diallo, me souffle un mauvais génie. Il est vrai que le terme blanchi ne s’avère pas forcément le plus approprié tant il donne du grain à moudre aux chansonniers.] par cet abandon des poursuites. Si on n’actait pas ceci, il faudrait désormais émettre un doute sur toutes les décisions de non-lieu prises par les juges d’instruction et procureurs de notre pays[2. Certes, dans une affaire similaire, un juge français aurait peut-être pris le risque de renvoyer DSK devant un tribunal puisqu’ici un jury ne s’exprime pas à l’unanimité mais à la majorité. De plus, il ne risquait pas, en cas d’acquittement, de subir l’opprobre et  de perdre des élections comme le procureur Vance. Mais DSK était poursuivi aux Etats-Unis. La vérité judiciaire ne pouvait être qu’étatsunienne.]. Inconcevable ! Donc il faut donc conclure, comme Elisabeth, que DSK est considéré comme non-coupable de viol. Marie-Georges Buffet, qui regrette que DSK ne soit pas renvoyé devant un jury, n’a plus qu’une chose à faire : prendre la nationalité américaine et affronter Cyrus Vance aux prochaines élections de procureur de New-York.

Le volet judiciaire de l’affaire étant évacué, il faut bien en aborder un autre. N’ayez aucune crainte, il ne s’agit pas de morale. Il s’agit de politique. Et si Marie-Georges Buffet m’a amusé, les voix qui se sont élevées a contrario, pour déclarer à tue-tête qu’on avait besoin en France de la personnalité de DSK pour donner son avis sur tout et n’importe quoi, et finalement réclamer son retour en politique comme si de rien n’était, m’ont consterné[3. Je ne parle même pas de l’inénarrable Club DSK qui croit encore à sa candidature à l’élection présidentielle de 2012 et qui le faisait savoir à La Rochelle ces derniers jours . Merci à ses dirigeants pour ces bons moments qui n’ont rien à envier à ceux que nous connaissons en écoutant Gerra ou Canteloup.].

Regardons les choses en face. Voilà un monsieur qui vient en France fin avril. Qui rencontre les directeurs de journaux de ce pays et leur raconte qu’il est bien parti pour gagner la présidentielle. Il leur confie aussi qu’il est conscient qu’un des défauts de sa cuirasse, c’est son goût très au dessus de la moyenne pour la bagatelle. Qu’il est certain qu’on peut tenter de le piéger sur ce terrain-là. Et qui, à la première femme de chambre entrée dans sa chambre alors qu’il sort de la salle d’eau, ne trouve rien de mieux que de se faire prodiguer une gâterie. Comme l’écrivait dès le 15 mai, Luc Rosenzweig dans Causeur, il n’y a pas une petite lumière rouge qui doit clignoter quelque part dans son cerveau, là ? Et c’est ce mec là qu’on nous proposait pour devenir président ? Quelqu’un capable de succomber à la première hirondelle[4. C’est ainsi qu’on surnomme les jolies espionnes venues de l’est, de Brejnev hier, ou de Poutine aujourd’hui.] venue ? Y aurait-il fallu comme pour JFK[5. Pas Jean-François Kahn ! John Fitzgerald Kennedy.] qu’on mobilisât une cellule chargée de « l’alimenter » afin qu’il ne donnât point de secrets d’Etat à quelque Mata-Hari ? Vous me direz : c’est peut-être le cas d’autres personnalités politiques et on ne le sait pas. Possible. Mais avec DSK, on en est désormais certain. Ce type ne se maîtrise pas. Sa confidence aux journalistes, en forme de « là, il faut que je me tienne », démontre qu’il n’est absolument pas digne de confiance. Y compris -et, surtout- vis-à-vis de lui-même.

Enfin, je ne saurais m’empêcher d’évoquer certaines déclarations qui, sans réclamer que DSK soit du prochain gouvernement, demandent d’urgence son avis, son expertise même, sur la crise. Certains vont jusqu’à regretter qu’il n’ait pas été présent lors du dernier épisode grec. Demander à un pyromane de donner son avis sur le travail des autres pompiers-pyromanes, en voilà une idée qu’elle est utile ! Le pire, c’est qu’ils croient vraiment que celui qui a participé -avec d’autres- au plan absurde de 2010 aurait pu être davantage efficace en 2011. Voyez-vous, j’ai la faiblesse de penser que ce que DSK a fait subir aux Grecs par l’entremise des nervis du FMI s’avère plus violent qu’une gâterie précipitée à New-York[6. Je sens que je vais encore me faire des copines sur ce coup-là]. Bien avant le 14 mai, mais sur le terrain politique, j’avais déjà jugé l’ancien directeur du FMI.

DSK a désormais droit à la tranquillité. Nous aussi.