Inimitable Quatremer

Il paraît que Jean Quatremer est le meilleur journaliste spécialiste de l’Europe. « Cite-moi un autre journaliste spécialisé dans ce domaine » me questionnait un camarade de Twitter  alors que je me moquais gentiment de ce que ce dernier tenait, semble t-il, pour une Institution. Seulement voilà, que Quatremer connaisse par coeur les rouages de la grande machine bruxelloise, appelle commissaires et députés européens – pas Nigel Farage, faut pas charrier ! – par leurs prénoms, cela n’en fait pas pour autant un spécialiste de l’Europe. Et puisqu’il m’est donné l’occasion de montrer que j’ai l’esprit maison, Luc Rosenzweig, qui a été correspondant dans plusieurs capitales européennes, me paraît donner davantage de garanties que le titulaire d’un bureau bruxellois.

Mais revenons à twitter, puisque notre spécialiste auto-proclamé de l’Europe et son Histoire y vient, comme moi, y délivrer chaque jour quelques messages n’excédant pas 140 signes. Au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement de l’union monétaire réanimaient l’euro en salle de soins intensifs et y parvenaient en donnant au malade un répit de quelques semaines ou quelques mois, Jean Quatremer plastronnait sur le réseau.

La veille, il annonçait la couleur : « Le sommet de l’eurozone s’annonce chaud. Angela Merkel ne veut toujours pas bouger. Sarkozy parviendra-t-il à la convaincre? »  Mais en ce 21 juillet, ce sont les Grecs qui sont habillés pour l’hiver dès le matin : « Pendant que les Européens tentent de sauver la #Grèce, les taxis grecs bloquent Athènes, Corfou, la Crète pour sauver leur statut. » ou ce charmant : « Juste pour rappel: le tourisme est la première ressource grecque #suicide ». C’est vrai, quoi, ces feignasses de Grecs, ils ne pourraient pas fabriquer des machines-outils et des bagnoles de luxe ?

Après avoir ainsi montré que ces manants hellènes ne méritaient quand même pas tant de sollicitude si ce n’était pour sauver le totem monétaire, Quatremer revenait à davantage de positive attitude comme auraient dit Lorie ou Raffarin. Et il finissait par féliciter les participants au Sommet :

Le sommet de la zone euro se dirige vers un succès. Les marchés le saluent comme tel. « Les tabous sont tombés », dit un diplomate #Grèce[1. Une semaine après, Les marchés semblent un peu moins enthousiastes et Quatremer est contraint à ravaler son optimisme.]

– Chacun a donc fait un pas vers l’autre: Allemagne, France et BCE
– Le sommet est terminé. Un succès. « Pour la 1ere fois, les chefs ont discuté dans les détails, ce qui est bien », dixit un pp de la C° #Grèce

C’est bien simple, on pourrait presque l’engager, lui-même, comme PP de la C°, c’est à dire porte-parole de la Commission.

Le troisième temps n’est pas moins caricatural. C’est au tour des europhobes de faire l’objet de la délicate attention de Jean Quatremer. Ah, ce : « Un jour noir pour les europhobes. Caramba, encore raté ! » , il m’a bien fait rire et je ne le remercierai jamais assez pour ce moment de bonheur. Impitoyable, il rosse : « @dupontaignan c’est sûr, avant l’euro, pas de chômage, que du bonheur. Il faudrait arrêter de dire n’importe quoi! #démagogie ». Le président de DLR lui avait fait remarquer que l’heure n’était peut-être pas à la satisfaction béate. Ce n’est pas comme si, pendant les années 90, l’arrimage du Franc au Mark dans l’objectif de l’union monétaire avait anémié notre économie au point de faire atteindre à notre pays les 3,5 millions de chômeurs. Plus tard dans la nuit, il fera preuve d’un mépris souverain pour Paul Jorion lequel fut tout de même l’un des seuls chercheurs à prévoir la crise des subprimes. Un économiste, lui ? Mouarf ! Les vrais économistes, il les croise tous les jours à Bruxelles, lui. Rien à voir avec cet hurluberlu.

Eric Zemmour l’avait surnommé le « curé de l’Europe ». Un côté curé, Jean Quatremer ? C’est vrai que son autre spécialité, la politisation de l’intime, pourrait renforcer cette idée. Mais, finalement,  je préfère laisser les vrais curés tranquilles. Il n’y a qu’un Quatremer. Inimitable.