« La Conquête », première pierre pour la reconquête ?

Il y a encore quelques semaines, on disait les gens de l’Elysée morts d’inquiétude à l’approche de la sortie du film « La Conquête ». De deux choses l’une. Soit nos services de renseignement sont complètement nuls et ont intoxiqué le Château ; soit l’Elysée a intoxiqué son monde et doit bien rire aujourd’hui de son joli coup.

Point de critique ciné ici. Juste un commentaire sur les messages politiques. Ce film constitue une propagande sarkozyste de la plus belle facture. Le réalisateur et le scénariste ont parfaitement le droit -et même le devoir- d’avoir un avis sur la guerre entre l’actuel président et le clan de son prédécesseur. Encore faudrait-il l’assumer, ce qui n’est pas le cas. La Conquête, c’est le bon (Sarkozy), la brute (Villepin) et le truand (Chirac). Le travail de sape paye. A la fin, on est presque triste de voir Charon, Louvrier, Solly et Lefebvre refoulés à l’entrée du Fouquet’s, tellement ils sont apparus sympathiques pendant une heure quarante-cinq. On se frotte les yeux. Le film ne fait rire qu’aux dépends de Chirac, Royal et surtout Villepin. Ah, la mise en scène de Sarkozy se moquant de l’ancien premier ministre à la sortie de son bain de La Baule (« On aurait dit Ursula Andress dans James Bond » lui glisse t-il malicieusement) ! Spectaculaire retournement de situation. A l’époque, c’est bien l’actuel président dont tout le monde se moquait. Montrer une supériorité psychologique de Nicolas Sarkozy à ce moment précis, et faire rire dans les salles de ciné aux dépens de Villepin, constitue une chef d’oeuvre de manipulation. De même, l’évocation de l’affaire Clearstream, semble beaucoup plus sévère que les juges de première instance[1. Et, semble t-il, des débats se tenant actuellement en deuxième instance.] sur la responsabilité de ce dernier. A la fin, le malicieux Nicolas, si humain, qui a tellement souffert, finit par gagner.

Sarkozyste, ce film l’est aussi à un second titre. Il montre à quel point les idées, les convictions ont disparu du champ politique pour ne laisser place qu’à la com’, la pub’, le marketing, les stratégies médiatiques. En politique, on se flingue et c’est normal car c’est la vie. Mais on le faisait naguère au nom d’un idéal. La Conquête montre crûment la réalité. On ne se flingue plus que par ambition pour soi, pour l’ego. On veut niquer l’autre, le baiser avec du gravier[2. Expressions fleuries, tirées du film.]. Hors de cela, point de salut. Nicolas Sarkozy est le prince de cette com’. C’est normal qu’il gagne à la fin. De ce point de vue, le film est totalement réussi car il reflète la triste réalité.

Sarkozy ne pouvait pas rêver meilleur film à sa gloire. Tous ses publicitaires, communicants et autres cartomanciennes n’auraient pu imaginer des clips de campagne plus efficaces. La Conquête constitue, à un an de la prochaine présidentielle, la première pierre dans son opération « Reconquête ».