« La question sociale est liée à la question culturelle »

Suite et fin de l’entretien Leroy-Dupont-Aignan

Entretien Causeur « J’entame un combat de libération nationale »

Blog Partie I « Un système oligarchique pervertit l’économie de marché »

Jérôme Leroy – Croyez-vous qu’un CNR, référence majeure pour un homme tel que vous, est encore possible aujourd’hui puisque vous aspirez à ce que nous sortions d’une dictature soft où nous sommes pieds et poings liés, sachant que cela supposerait que des personnalités de gauche y participent. Faisons un rêve un instant.

Nicolas Dupont-Aignan – C’est totalement possible et souhaitable, mais cela ne viendra qu’après une situation de trouble. Je doute que cela puisse se faire à froid. Si l’on rêvait les choses, si je suis élu, demain matin, j’ai un gouvernement d’union nationale, mais sur un projet de libération nationale et de salut public. Rien à voir avec l’ouverture sauce 2007. Avec 10 points à mettre en œuvre. Après, le jeu politique reprendra son cours.

JL – Et vous verriez qui de l’autre rive ?

NDA – Cela va de Mélenchon à Chevènement. Il y a des jeunes aussi, de la nouvelle génération, comme Aurélien Bernier du mouvement pour une éducation populaire. Il a tout compris. Il faut sortir l’Union européenne de l’Europe. Malheureusement, cela ne se fera pas à froid.

JL : La sensibilité écologique ne me semblait pas comme étant celle qui vous caractérisait pourtant ?

NDA : Les Verts sont totalement incohérents. Ils ont de bonnes idées, mais ils ne veulent pas se donner les moyens. Or, seul l’Etat pourra lancer la reconversion écologique de la France. C’est un chantier magnifique.

JL – C’est une idée assez proche du PG et de Mélenchon qui parle de « planification écologique ». C’est quelque chose dans laquelle vous vous reconnaissez ?

NDA – Tout à fait, mais je ne comprends pas pourquoi Mélenchon ne franchit pas le cap de la sortie de l’euro. Comme Chevènement. Ils sont dans le tabou.

JL – Vous pensez qu’on ne s’en sortirait pas avec un euro faible, en reprenant le contrôle de la Banque centrale européenne ?

NDA – C’est très sympathique, mais cela ne viendra jamais. A moins d’envahir l’Allemagne ! C’est le côté rêveur de la gauche que d’imaginer cela.

JL – Pouvez-vous expliquez votre théorie très lucide du non déficit de gouvernance européenne ?

NDA – Il y a une gouvernance très claire. C’est l’Allemagne qui dirige l’Europe. Pour ses intérêts. Et je ne lui en veux pas. J’en veux à la France d’avoir abandonné les siens. Un mélange d’intérêts de la classe dirigeante allemande -parce que le peuple allemand trinque-et des intérêts extérieurs à l’Europe qui sont ravis d’avoir une Europe suffisamment forte pour étouffer les Nations qui mèneraient leur propre politique, et suffisamment faible et apathique pour laisser ses intérêts en berne. La situation est parfaite pour les Etats-Unis, la Chine, le Brésil, l’Inde… et l’Allemagne s’en tire ! Que demander de plus ? Les puissants, les nouveaux féodaux de France, d’Italie, d’Espagne rackettent leurs peuples. La gouvernance est mise en place. Il n’y a plus qu’à élire Strauss-Kahn[1. L’entretien a eu lieu avant le 14 mai, date de l’arrestation de DSK à New-York.] et tout est complet. Paradoxalement, Sarkozy a compris au fond que cela ne fonctionnait pas, que tout cela n’était pas bon pour le peuple français. Il l’a perçu sinon il n’aurait pas été élu en 2007. Donc il tempête en permanence contre ce système auquel il s’est pourtant plié et que, finalement, il conforte. Il joue double jeu. DSK est plus clair, il veut conforter le système. Il est à la fois plus franc et n’a plus aucun surmoi, ni même électoral. C’est pour cela que cela finira en désastre. Ce système est-il si différent des grands féodaux qui s’entendaient avec l’Angleterre à l’époque de Jeanne d’Arc et trahissaient leur pays ?

JL – Comment vivez-vous une certaine solitude politique ? Vous décrivez une scène assez étrange où vous prenez la parole pour vous opposer au plan de sauvetage de la Grèce, pas contre la Grèce mais contre la méthode, et vous racontez qu’un député UMP vient vers vous et vous dit qu’il va manquer de courage mais qu’on ne peut pas être contre l’Europe face à l’opinion… Lâcheté politique et erreur d’analyse ?

NDA – Cela arrive très fréquemment. Beaucoup viennent me voir en me disant que j’ai raison. Mais on est face à un dogme ou à une faiblesse. Ils ont été prêts à dépenser 17 milliards d’euros pour sauver la Grèce. Maintenant qu’ils ont transféré les créances bancaires sur l’Etat, ils vont préparer une restructuration. C’est-à-dire qu’ils sont prêts à perdre de l’argent pour sauver l’euro… La prochaine étape, c’est l’explosion de l’euro en vol. Les Allemands ont encore un peu de sens d’intérêt national. Ils savent compter leurs sous. Paradoxalement, ils sont plus souverainistes que nous, de très loin. Les Anglais ont compris l’escroquerie depuis longtemps, ils n’y participent pas. Les Allemands participent parce que cela leur profite. Mais le jour où cela ne leur profitera plus, ce sera fini. Et nous, nous sommes les dindons de la farce, les naïfs.

JL – Si je reviens à vos rapports avec l’UMP, il n’y a plus de retour possible ?

NDA – Non. Certes, il ne faut jamais dire jamais en politique. Si l’UMP rejoignait l’opposition…  Mais, dans ce cas ce ne serait plus l’UMP. Là où nous en sommes, ce n’est plus possible. Il n’y a pas d’issue avec l’UMP.

JL – Vous arrivez au pouvoir, ça se passe comment les 100 premiers jours ?

NDA – Il y a le champ politique et le champ du gouvernement. Sur le champ politique, c’est l’union nationale de tous ceux qui veulent reprendre le pouvoir. Référendum immédiat sur l’euro pour en sortir au plus vite, reprise du pouvoir à la banque centrale, dénonciation des accords européens, sommet européen exceptionnel pour reconstruire une Europe des nations, Europe à la carte, reconquête scientifique, nationalisation des groupes énergétiques et mise en place d’une reconversion énergétique française sur 5 ans, baisse des charges sur les PME, construction de 20 000 places de prison . Mais les grandes réformes, euro, justice, école publique, fiscalité, il faut les soumettre à référendums. Sinon, on n’en sortira jamais.

JL – Votre assemblée, dans la foulée, elle est constituante ou pas ?

NDA – Il faut toiletter la Constitution, mais ne pas tout détruire, loin de là. Un peu de proportionnelle.

JL – Et la coïncidence du mandat présidentiel et de la législature ?

NDA : L’idéal c’est de revenir au septennat mais c’est difficile. Je l’avais mis et je l’ai enlevé de mon projet. Pourquoi pas  un mandat de six ans ? Ce qu’il faut avant tout, c’est dissocier les deux élections.

JL – C’est quand même un problème énorme pour le rôle du Parlement ?

NDA – Il ne faut pas se disperser. Le plus important, c’est la reprise du pouvoir économique.

JL –  Mais de Gaulle a commencé par la constitution en 1958 !

NDA – Et elle est très bien. La IVème République, c’était l’impuissance. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas la constitution. C’est ceux qu’on élit. Vous me direz, on élit des gens comme ça parce que les institutions sont défaillantes. C’est le problème du mode de scrutin. Vous l’assouplissez et vous aérez le système. Mais pas trop non plus. Le plus grave aujourd’hui, le plus grand danger, ce n’est pas la révolte, c’est la résignation et le défaitisme. Les Français sont désabusés, ils croient que leur pays est foutu. Tous les hommes politiques et gouvernants ont trahi. Ces alternances ratées successives aboutissent à des échecs et les Français ne croient plus en la France. La grande difficulté c’est à la fois de leur redonner espoir et de leur dire que la France peut s’en sortir, à une condition, de reprendre le pouvoir et de lui rendre, de reprendre sa liberté. Je ne veux pas avoir un discours de repli et d’échec, c’est un défaut français et c’est ce qui me différencie de Marine le Pen. Il faut vraiment expliquer à nos concitoyens que la France a plein d’atouts, leur expliquer qu’elle n’est pas condamnée. Il faut retrouver ce que Marie-France Garaud appelle la volonté de vouloir et de pouvoir, le déclic, l’envie de s’en sortir. C’est tout le boulot de la campagne.

JL – Pensez-vous qu’on peut avoir le sentiment d’appartenir à une même nation avec une telle différence de revenus ?

NDA – La question sociale est au cœur de mon projet, mais elle y est liée à la question culturelle. On a cassé tout sentiment d’appartenance. On a transformé le citoyen en consommateur. On a cassé l’école, on a cassé la télévision, la culture, on est dans le déni de soi permanent, la haine de soi. La différence sociale est inacceptable mais elle peut être très vite corrigée. Salaire maximal, limitation de 1 à 30. Je suis aussi pour l’impôt lié à la nationalité, à l’américaine. Il s’agit un impôt minimum, même si vous êtes résident fiscal ailleurs. Et vous avez interdiction de séjour si vous ne l’avez pas réglé : finis Saint-Tropez l’été et la Pitié Salpétrière pour l’infarctus ; finis le plateau de Fogiel ou celui du Grand Journal pour les auteurs à succès qui sont fiscalisés en Suisse ; fini le tennis à Roland Garros pour ceux qui sont résidents ailleurs.  On ne peut avoir la clientèle de ses bouquins, passer sa vie à Paris faire ses promotions et repartir. Aux Etats-Unis, quelqu’un qui n’a pas réglé son impôt est arrêté à la douane et ne peut pas rentrer. On peut se passer d’eux. D’ailleurs, ils reviendront vite, ne vous en faites pas. Ce genre de mesure, c’est réalisable très rapidement

JL – Et donc, sur le plan culturel ?

Ce qui est beaucoup plus grave, en effet, c’est le déni de soi, l’abandon culturel, la perte d’enseignement de l’Histoire. Ce combat est beaucoup plus difficile. Il s’agit de remettre au centre le rôle de la langue française, de l’écriture. Si on en est là, c’est parce que pendant 30 ans, on a détricoté ça. Il faut le reconstruire grâce à une grande réforme de l’éducation nationale.  Ensuite, il faut en finir avec le communautarisme. En France, on se rassemble, quelque soit sa couleur, sa religion. Et on appartient à la même nation. L’affaire du foot est emblématique. Christophe Dugarry a révélé que Thuram voulait faire une photo entre noirs de la coupe du Monde. C’était du communautarisme, de l’exclusion. On ne pourra redresser la France que si on réconcilie les Français. C’est une différence majeure que je pense avoir avec  Marine Le Pen. Qu’on arrête de souffler sur les braises. Bien sûr qu’il y a des problèmes, des fanatiques. Mais pour 1 pour 1000 de fanatiques, on est en train de créer un sentiment d’exclusion dans une bonne partie de notre jeunesse. La réconciliation nationale est peut-être beaucoup plus compliquée à réaliser que la réconciliation économique et sociale.

JL – vous n’avez pas l’impression qu’il s’agit d’une sorte de cercle vertueux ?

NDA – C’est l’emploi qui fera la réconciliation. Les différences de salaire sont insupportables sentimentalement et idéologiquement. A l’inverse il y a des aides sociales considérables dans notre pays. Les gens de la classe moyenne qui viennent me voir à la permanence, ils critiquent le RMI, le RSA. On oppose les gens. Il suffirait d’un salaire maximal, d’un impôt national, de remettre un peu d’ordre. La dynamique pourrait aussi reprendre si on était davantage ambitieux en matière de participation dans l’entreprise. Ce projet, il est tout à fait réalisable.