Le Président me traite d’irresponsable… Et j’aime ça !

Hier soir -ou l’an dernier, c’est comme vous voulez-, j’ai écouté le Président présenter les vœux traditionnels à ses compatriotes. Je me suis fait ce devoir, entre la dégustation de deux huîtres, puisque ce rendez-vous demeure souvent l’occasion de bien rire, en particulier depuis le 31 décembre de l’an 1974.

Je ne m’y attendais pas du tout, mais le Président de la République a parlé de moi. Pas nommément, bien sûr. Ni exclusivement. Mais il a bien mis en garde les Français contre les irresponsables qui prônent la sortie de l’euro. Dont je suis : nul lecteur de ce modeste carnet ne l’ignore.

Passé le léger rougissement qui s’est manifesté sur mes joues, j’en suis venu à la réflexion purement politique : mais pourquoi donc, alors que l’Elysée nous ignorait, ou plus exactement feignait de nous ignorer, lilliputiens politiques que nous sommes, le Président de la République nous a si gentiment mis en scène à l’occasion d’une émission sans doute parmi les plus regardées de l’année ? Il aurait pu, en effet, se contenter de la seconde partie de ce passage consacré à la défense de la monnaie unique, qui consistait à raconter qu’il défendrait icelle de toutes ses forces, indiquant aux méchants spéculateurs qu’ils dépensaient leurs sous en vain. Nenni, il a ouvert sur ces irresponsables qui voient dans une sortie de l’euro un remède à la crise.

Le Président doit avoir des sondages que nous n’avons pas. Peut-être même les fameux 35 % de  partisans de retour à la monnaie nationale, annoncés par les instituts, sont-ils sous-évalués par rapport aux études dont dispose l’Elysée. Il n’est d’ailleurs pas anormal que le Président de la République puisse bénéficier de sondages secrets. Après tout, nous n’avions qu’à devenir Présidents nous-mêmes. Toujours est-il que Nicolas Sarkozy a bel et bien accrédité l’idée que notre discours progressait à grands pas dans le pays et que ce phénomène le préoccupait énormément.

Bien sûr, il y a ce qualificatif « d’irresponsables ». Que mes amis, qui pourraient s’en formaliser, se rassurent.

D’abord, être ainsi désigné par un tel spécialiste de l’irresponsabilité, cela vaut en quelque sorte adoubement. Les nombreux Français qui n’ont plus aucune confiance en Nicolas Sarkozy pourraient bien alors se demander qui sont ces irresponsables auxquels il a apporté tant d’attention en se souvenant de leurs vieux souvenirs d’algèbre : moins par moins, cela donne « plus ».

Ensuite, n’importe quel spécialiste de la conviction d’autrui, le militant politique ou tout simplement l’agent commercial, vous dira qu’il est souvent improductif -voire contreproductif- d’insulter la concurrence. Cela suscite un intérêt nouveau pour celui qui ne la connaît pas encore, ou une vexation pour celui qui a déjà été intéressé par le discours en question.

Enfin, cela nous annonce la suite. Le Figaro a publié la semaine dernière un article que Laurent Pinsolle a, mieux que je ne pourrais le faire, démonté point par point. Pour ma part, à la lecture de cet article, je n’ai pas eu le sérieux de mon confrère et néanmoins ami. J’ai été pris d’un fou rire que ni Nicolas Canteloup, ni Laurent Gerra, ni même Hervé Morin présentant ses voeux à des casseroles vides, n’ont réussi à égaler. Ne manquait à ce catalogue des malheurs -qui surviendraient en cas de sortie de l’euro- que l’invasion de sauterelles, les inondations mais aussi des séismes divers et variés. A l’évidence, le Président a donné le signal hier soir : les éléments de langage sont quasi-distribués pour l’année. Nous aurons droit aux sauterelles, aux inondations, aux séismes par l’entremise de tous les relais présidentiels mais aussi de la part de la plupart de leurs faux adversaires socialistes. On peut se demander si confier telle mission aux Copé, Paillé, Morano et consorts ne relève pas de l’imprudence. Dans leur zèle légendaire, ils pourraient bien ajouter à toutes ces catastrophes naturelles, jaunissement des dents, calvitie pour les dames et développement de l’éjaculation prématurée pour les messieurs. Toute cette débauche d’énergie ne fera que renforcer chez les Français l’idée que ces gens-là ne sont pas plus sérieux que l’euro qu’ils défendent.

Le Président est donc inquiet. Et son inquiétude lui fait faire des bêtises, de son point de vue. Pour ma part, si je n’avais qu’un vœu politique à formuler, il serait celui-ci : que 2011 éclaire encore davantage les Français sur l’irresponsabilité -réelle, celle-ci- des gens qui nous ont convaincus d’abandonner notre monnaie nationale. Afin qu’ils puissent se tourner enfin vers ceux qui les ont mis en garde, à l’exception, bien sûr, de ceux qui ont changé d’avis[1. François F., Henri G., si vous me lisez…].

Mais il n’y a pas que les vœux politiques, il y aussi ceux, de santé, bonheur et prospérité que je formule auprès de ceux qui me lisent, sur Antidote, Causeur ou Marianne2, et qui continueront de le faire en 2011, je l’espère, même lorsqu’ils ne sont pas d’accord.