« L’Emission politique »: Wauquiez dit merci à ses ennemis

Laurent Wauquiez participait hier soir à « L’Emission politique », son premier grand rendez-vous en tant que chef de parti. Entre ceux qui ont décidé de claquer la porte et ceux qui ont décidé de se tenir en réserve, coincé entre le duo Macron-Philippe et un Front national (FN) qui cherche à devenir plus euro-compatible, Laurent Wauquiez a néanmoins acquis une légitimité dans les urnes, auprès des militants de son parti, et à une large majorité.

A la « droite » de la France d’en bas

Dès le début de l’émission, on a pu s’apercevoir quelle était sa cible électorale : la France périphérique. Sa première critique fut dirigée contre l’augmentation des taxes sur les carburants, décidée par le gouvernement. Un bon début gâché par cette manie de répéter le mot « droite » toutes les deux phrases, comme pour conjurer le sort que les sondeurs lui promettent : observer Emmanuel Macron devenir le nouveau leader de cette dernière, réalisant ce que RPR et UMP avaient promis à cet électorat sans jamais vraiment le réaliser. On ne parle pas à la France périphérique en se plaçant dans un clivage dans laquelle elle ne croit plus depuis longtemps.

Cette France périphérique, qui a majoritairement voté contre le traité de Maastricht en 1992 puis contre le TCE en 2005, s’est trouvée en difficulté lorsque François Lenglet lui a fait remarquer aussi malicieusement que pertinemment qu’il était aussi illusoire de vouloir réconcilier Jean Monnet et Philippe Séguin sur l’idée européenne que de vouloir demeurer vierge et porter un enfant.

Garde tes ennemis près de toi

C’est la rédaction de France 2 qui a livré le plus beau des cadeaux à Laurent Wauquiez. Il ne manquait plus qu’un joli ruban autour d’Alain Minc, cet invité inattendu et idéal à la fois. L’apôtre de la mondialisation a offert au président des Républicains son meilleur passage de l’émission, le seul où il a oublié de sauter sur sa chaise comme un cabri en prononçant le mot « droite ». C’est à ce moment-là qu’il a le mieux parlé à la France des provinces. Minc représentait le projet macroniste en bien plus caricatural. Pendant cette dizaine de minutes, la nuance était du côté de Wauquiez, et la caricature de celui du représentant de la France des métropoles.

La confrontation avec le porte-parole du gouvernement et putatif candidat LREM à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux, promettait donc de rendre un grand service à celui qui reproche à Emmanuel Macron d’avoir la haine de la province. Benjamin Griveaux a commencé par lui faire remarquer, à juste titre, que la question du clivage droite-gauche était désuète. Bon prince, il rendait service à son interlocuteur qui lui rendait la pareille en lui faisant remarquer que près de la moitié des baisses d’impôts avaient profité aux 5% les plus riches. Jolie triangulation. C’est là que Benjamin Griveaux a mis la question d’Alstom sur la table, donnant l’occasion à Laurent Wauquiez de se montrer plus eurosceptique qu’il ne l’est vraiment. Le candidat macroniste de la législative partielle qui se déroulera dimanche dans le Territoire de Belfort n’a pas dû goûter le passage…

La journaliste Nathalie Saint-Cricq a conclu l’émission par la question de l’identité. Et permis au président LR de cocher la dernière case chère à la France périphérique. Hier soir, les interlocuteurs de Laurent Wauquiez furent, de loin, ses meilleurs alliés, lui permettant de se conforter dans sa stratégie électorale. Même François Lenglet, qui a pointé son angle mort européen, lui a rendu service : c’est maintenant cette question qu’il doit trancher. Le sondage final (50% de convaincus) lui donne un peu de temps.