Les quatre ridicules

Il arrive souvent que nos hommes politiques, éditorialistes, sondeurs et cartomanciennes en tout genre, se penchent sur nous autres citoyens afin de savoir pourquoi, bordel de merde, certains d’entre nous se montrent moins assidus dans les bureaux de vote. Généralement, cela oscille entre lamentations, invocations des révolutionnaires qui se sont battus pour qu’on ait le droit de vote et proposition de rendre le vote obligatoire.

Parfois, des esprits plus éclairés interviennent dans le débat et avancent prudemment que si l’Etat n’avait pas abandonné ses prérogatives à des institutions supranationales, aux marchés financiers ou à des comités théodule sans légitimité démocratique, le bon peuple aurait peut-être le sentiment que se déplacer servait à quelque chose. Généralement, ces gêneurs sont réprimandés dans la seconde voire accusés de faire le jeu des extrêmes, selon la formule consacrée.

Mais si je les approuve néanmoins, il y a d’autres raisons qui tiennent au comportement de certaines personnalités[1. Qui n’ont rien à voir avec telle ou telle indélicatesse avec l’argent du contribuable. Qu’on se rassure, pas question de me faire accuser de jouer sur la corde du « tous pourris ». Je suis heureusement conscient qu’il existe des malhonnêtes dans tous les milieux.]. Elles s’appellent Nadine, Jack, Jean-François et Martine[2. Z’avez vu comme je respecte la parité ?] et elles m’ont, chacun à leur manière, donné envie de casser les télés ou radios grâce auxquelles j’avais eu le malheur de les entendre.

Nadine squatte les plateaux de télé depuis quelques semaines. Comme un bon petit soldat, elle est toujours disponible pour aller soutenir l’honneur du Président de la République. Le problème, c’est que sa mauvaise foi insupportable[2.  Je frise le procès là. Nadine est très procédurière.] peut énerver jusqu’à l’électeur qui vote à droite depuis dix générations. Cela n’a pas manqué lundi dernier chez Calvi ou elle s’est surpassée à tel point que même Harlem Désir m’a paru sympathique, sincère, poli et convaincant. Je ne vous dis pas l’exploit… Il se dit que les télés et radios vont devoir procéder à un rattrapage du temps d’antenne pour l’UMP à cause de la primaire socialiste qui a occupé l’espace pendant quelques semaines. Si c’est Nadine qui s’y colle, on n’a pas fini de s’énerver devant le poste.

Jack aime passer à la télé. Il se débrouille toujours pour y passer. Paraît que c’est sexy d’inviter Lang… Tu parles, Charles ! Un homme d’une si grande fidélité… Lorsque Martine Aubry a pris la place de son copain DSK, il a laissé entendre que, pour lui,  ce devrait être Martine. Mais il l’avait fait à mots très couverts, le temps de voir comment la campagne tournerait. Bien lui en a pris, Martine n’a jamais rattrapé son retard sur François. A trois ou quatre jours du 1er tour de la primaire, Jack a donc annoncé qu’il soutiendrait François. Depuis, Jack essaie de passer pour un soutien de la première heure avec, en clou du spectacle, cette ridicule présence devant les télés au QG hollandiste hier soir après le débat télévisé ultime, un bon esprit ayant fait remarquer que Lang devait faire son jogging par hasard dans le quartier… en costume ! On imagine le staff de Hollande consterné et ne sachant que faire pour éloigner ce boulet, résistant de la dernière heure.

Jean-François avait déjà eu mes faveurs. Je l’avais déjà ici accusé d’être ridicule, arrogant, suffisant lorsqu’il avait qualifié les partisans de la sortie de l’euro d’extrémistes de droite ou de gauche. Mais Jeff n’est pas en reste. Voilà que non content de surnommer « dingueries » les projets protectionnistes d’Arnaud Montebourg, il vient de traiter le député bressan de bolchévik. Imaginer Arnaud Montebourg avec un couteau entre les dents et juché sur un tank, voilà qui ne laisse pas de prêter à l’hilarité, si ce n’était pas si triste. Après tout, si l’on pense ceci des apôtres de la démondialisation, que penser alors de celui qui prononça le discours de Toulon ? Bolchévik, peut-être pas ! Sale gauchiste, en revanche, certainement. Copé passera sans doute pour un con lorsque, acculé par la prochaine poussée de crise, Nicolas Sarkozy mettra en oeuvre un contrôle plus accru des banques, ce que réclame le bolchévik en question. Ce jour là, l’homme qui avait promis d’arrêter la langue de bois nous gratifiera d’une pirouette balourde dont il a le secret sans imaginer une seconde qu’elle fait davantage fuir l’électeur qu’elle ne l’attire.

Last but not least, Martine est candidate à l’élection présidentielle. Elle devrait donc éviter au maximum le ridicule. Mais la Mère Emptoire n’a pas été en reste ce matin. Non contente d’avoir accolé le terme de gauche molle[4. Adepte de la contrepéterie, Martine ?] à son adversaire et n’appréciant pas que François Hollande finisse par y riposter en pointant la « gauche sectaire », elle l’a accusé de reprendre le lexique de la droite. Ah bon ? Sectaire, c’est un terme de droite. La gauche ne l’utilise jamais ? Il y aurait donc dans le dictionnaire, des mots de droite et des mots de gauche ? Le croire, à l’évidence, c’est faire preuve de sectarisme et donner raison, par l’absurde, à François Hollande. Franchement, je ne suis pas emballé, loin s’en faut, à l’idée que le député de Corrèze s’installe à l’Elysée en mai prochain. Mais y voir Martine Aubry, c’est un cauchemar à peu près autant effrayant que d’imaginer Sarkozy y demeurer.

Ainsi je m’adresse à Nadine, Jack, Jean-François et Martine. Ne pourriez-vous pas prendre quelques mois de vacances afin que nous puissions profiter de la campagne la moins désagréable possible ? Les boules puantes, c’est vrai que cela n’attire pas forcément l’électeur dans le bureau de vote, mais les quatre ridicules pourraient bien réussir l’exploit de le vacciner à jamais.